L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, de Maria Valtorta

July 25, 2017 | Author: Fotodeclic | Category: Mary, Mother Of Jesus, Saint Joseph, Eve, God, Evil
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Clouée au lit depuis de nombreuses années déjà, Maria Valtorta reçoit, au plus sombre de la 2ème guerre mondiale, la vis...

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MARIA VALTORTA Emilio Pisani, Editeur Le Poème du Homme-Dieu / L’Evangile tel qu’il m’a été révélé (Ed. 1985, Centro Editoriale Valtortiano srl Italie Reprinted in 1999) « Dieu me posséda au commencement de ses œuvres » (Salomon : Proverbes 8, 22) Maria Valtorta " L'Evangile tel qu'il m'a été révélé" Vol 1 La préparation Vol. 2 La première année de la vie publique Vol. 3 La deuxième année de la vie Vol 4 (deuxième partie) Vol. 5 La troisième année de la vie publique Vol. 6 (deuxième partie) Vol 7 (troisième partie) Vol. 8 La préparation à la Passion Vol. 9 La Passion Vol 10 La Glorification MARIA VALTORTA Maria Valtorta naquit à Caserte (Italie) en 1897. Elle fréquenta les écoles primaires à Milan, et à Voghera; et c'est sous la contrainte de sa mère, femme très autoritaire, qu'elle dut rentrer en 1909 au Collège Bianconi de Monza où elle se distingua par son intelligence très vive et son caractère bien trempe. Plus tard, à Florence Maria se fiança avec un brave jeune homme, qu'elle dut pourtant quitter à cause du mauvais caractère de sa mère. Après une période de grande crise, en 1916 elle eut de la part du Seigneur un signe révélateur. et en 1917 entra dans les rangs des infirmières 'samaritaines' et prodigua tous ses soins aux soldats de l'hôpital militaire de Florence. En 1920 un extrémiste la frappa aux reins: était le départ de sa future infirmité. En 1925 sous l'exemple de la Petite S.Therèse elle s'offrit à l'Amour miséricordieux et en 1931 elle voulut s'offrit aussi à la Justice Divine. Du 1934 elle ne quitta plus son lit. Le 12 octobre 1961, après avoir offert tous à Dieu, jusqu'à sa propre intelligence, Elle laissa comme souvenir la phrase suivante: 'J'ai fini de souffrir, mais je continuerai à aimer'. En 1943, sous la Direction du Père Romualdo Migliorini, et après de Corrado M. Berti, des Servites de Marie avait commencé son activité d'écrivain 'porte-parole' 'petite Jean': 'dictées' et 'visions' qu'elle déclarait 'révélés'. Son oeuvre la plus importante est publiée en Italie sous le titre 'Il Poema dell'Uomo-Dio' et après publié comme : 'L'Evangelo come mi è stato rivelato'. L'oeuvre, continuellement réimprimée sans aucune publicité, est désormais largement connue dans le monde entier: au niveau personnel a été appréciés par plusieurs Papes; dernièrement l'Oeuvre de Maria Valtorta (voir Père G.M. Roschini: ' La Sainte Vierge dans les écrits de Maria Valtorta ' Editions 'Centro Editoriale Valtortiano' ; e-mail: [email protected]) a été reconnue comme 'révélation privée' (tel que les écrits de S Catherine de Siene).

…..De l’Autobiographie, voulue par le Père Migliorini (pieux prêtre, des Servites de Marie, autrefois missionnaire son directeur spirituel) et écrite selon ses capacités, Marie passa aux ‘dictées’ et aux ‘visions’, qu’elle déclarait recevoir par révélation. … quinze mille pages : … … « J’ai fini de souffrir, mais je continuerai à aimer »… …Ses restes mortels purent avoir leur sépulture privilégiée à Florence, dans la Chapelle du Chapitre au Grand Cloître de la ‘Santissima Annunziata’…. …Il Poema dell’Uomo-Dio ? ‘ L’Evangile tel qu’il m’a été révélé’ … son œuvre principale, continuellement réimprimée et diffusée sans aucune publicité est désormais largement connue en Italie et dans le monde entier … … il s’agit d’une des plus grandes révélations privées : elles sont d’ailleurs admises par la théologie catholique comme des manifestations possibles, subordonnées à la révélation publique et dignes de foi humaine, que Dieu accorde à certaines personnes pour le profit spirituel de tous les hommes. …Nous demandons à nos lecteurs de nous excuser pour quelques imperfections de cette première édition française. » ÉDITEUR Centro Editoriale Valtortiano 03036 Isola del Liri (FR) ITALY tel 0776 807032, fax 0776 809789 E.mail: [email protected] & [email protected] DISTRIBUTEURS AUSTRALIA: Gatto & Co., Unit 4 / Wanneroo Road P.O. Box 248, Tuart Hill, WA 6060, Phone 09.3443032, Fax 09.3443035 CANADA: Liberairie Médiaspaul, 250 nord boulevard St. François, Sherbrooke, Québec J1E 2B9, Phone 819.5695535, Fax 819.5655474 ENGLAND: Veritas, Lower Avenue, Leamington Spa, Warwickshire CV 31 3 NP, Phone 0926.451730, Fax 0926.451733 HONG KONG: Catholic Truth Society, Catholic Centre, G.P.O. Box 2984, Hong Kong INDIA Examiner Bookshop, 35 Dalal Street, Fort, Mumbai 400 001 IRELAND: Faith & Family, Books & Media, P.O. Box 73, Callan-Co.Kilkenny, Phone and Fax 056.25784 Veritas Company Ltd. Veritas House, 7/8 Lower Abbey Street, Dublin 1, Phone 788177, Fax 744913 MALAYSIA: Melaka-Johor Diocesan Secretariat, P.O. Box 319, 80730 Johor Bahru - Johor, Fax 7.248501 PHILIPPINES: Legion of Little Souls, 518 Buendia Avenue Extension, Forbes Park North, 1200 Makati, Metro Manila, Phone 810-7697 & 810-7698

SINGAPORE: Magnificat Marian Centre Pte Ltd., 222 Queen Street N.01-07, Singapore 188550, Phone 65.3373277, fax 65.3363378 SOUTH AFRICA: Catholic Centre, Archidiocese of Pretoria, P.O. Box 27524, Sunnyside, Phone 012.3416705, Fax 012.3416504 SWITZERLAND: Editions du Parvis, CH-1648 Hauteville, Phone 29.51905, Fax 29.52793 U.S.A. Distributor in CANADA

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Le Poeme du Homme-Dieu / L’Evangile tel qu’il m’a été révélé Vol. 1° : La préparation * = 20%

EN LIGNE

VOL.1. Chapitres 1-10 1. « On peut appeler Marie la puînée du Père 2. Joachim et Anne font un voeu au Seigneur 3. Anne prie au Temple et Dieu exauce sa prière 4. “Joachim avait épousé la sagesse de Dieu renfermée 5. Anne, avec un cantique annonce sa maternité 6. “La Sans-Tache ne fut jamais privée du souvenir de Dieu” 7. Naissance de la Vierge Marie 8. “Son âme apparaît belle et intacte comme quand Dieu la pensa” 9. “D’ici trois années tu seras là, mon Lys” 10. “Voilà la parfaite Enfant au coeur de colombe” VOL. 1. Chapitres 11-20 11. “Ma joie, commente sais-tu ces choses saintes ? Qui donc te les dit?” 12. “Le Fils n’aurait-il pas mis sur les lèvres de sa Mère sa propre sagesse?” 13. Marie présentée au Temple 14. “L’éternelle Vierge n’a eu qu’une seule pensée: adresse vers Dieu son coeur” 15. Mort de Joachim et d’Anne 16. “Tu devrais être la Mère du Christ” 17. “Elle revoyait tout ce que son esprit avait vu en Dieu.” 18. “Dieu te donnera ton époux et il sera saint puisque tu t’es confiée à Dieu. Tu lui diras ton voeu” 19. Joseph désigné comme époux pour la Vierge 20. Mariage de la Vierge avec Joseph * VOL. 1. Chapitres 21-30 21. “Joseph est placé comme un ‘sceau sur un sceau’, comme l’Archange au seuil du Paradis” 22. Les époux arrivent à Nazareth 23. L’annonciation 24. La désobéissance de la première Eve 25. La nouvelle Eve a pratiqué l’obéissance en toutes occasions 26. Encore un mot d’explication sur le péché originel

27. L’annonce à Joseph de la grossesse d’Élisabeth 28. “Confie à Moi le soin de te justifier près de l’époux” 29. Marie et Joseph se rendent à Jérusalem 30. De Jérusalem à la maison de Zacharie VOL. 1. Chapitres 31-40 31. “Ne vous dépouillez jamais de la protection de la prière” 32. Arrivée à la maison de Zacharie 33. Marie révèle le Nom à Elsisabeth 34. Marie parle de son Enfant 35. “Le don de Dieu doit toujours nous rendre meilleurs” 36. La naissance du Baptiste 37. “L’espérance s’épanouit comme une fleur pour celui qui appuie sa tête sur mon sein maternel” 38. La circoncision du Baptiste 39. “Disposez votre esprit à accueillir la Lumière” 40. La présentation du Baptiste au Temple * VOL. 1. Chapitres 41-50 41. “Si Joseph avait été moins saint, Dieu ne lui aurait pas accordé sa lumière” 42. Marie de Nazareth s’explique avec Joseph 43. “Laissez au Seigneur le soin de vous proclamer ses serviteurs” 44. L’édit de recensement 45. “Aimer est satisfaire celui qu’on aime au-delà du sentiment et de l’intérêt” 46. Le voyage vers Bethléem 47. Naissance de Jésus notre Seigneur 48. “Moi, Marie, j’ai racheté la femme par ma divine maternité” 49. Adoration des bergers 50. “Chez les bergers se trouvent toutes les qualités requises pour être les adorateurs du Verbe” VOL. 1. Chapitres 51-60 51. Visite de Zacharie 52. “Joseph protège aussi les âmes consacrées” 53. Présentation de Jésus au Temple 54. Enseignements qui jaillissent de la scène précédente 55. Berceuse de la Vierge 56. Adoration des trois Mages 57. Réflexions sur la foi des Mages 58. La fuite en Égypte 59. “La douleur a été pour nous l’amie fidèle. Elle a eu tous les différents aspects et tous les noms” 60. La Sainte Famille en Égypte VOL. 1. Chapitres 61-70 61. “Dans cette maison l’ordre est respecté” 62 Première leçon de travail à Jésus 63 “Je n’ai pas voulu m’affranchir bruyamment des règles de la croissance” 64 Marie, maîtresse de Jésus, de Jude et de Jaques 65 Préparation des vêtements pour la majorité de Jésus 66 Le départ de Nazareth

67 L’examen de la majorité de Jésus au Temple 68 La discussion de Jésus avec les docteurs au Temple 69 La douleur de Marie à la disparition de Jésus 70 Mort de Saint Joseph VOL. 1. Chapitres 71-72 71 “Marie a éprouvé une souffrance aiguë à la morte de Joseph 72 En conclusion de la vie cachée

Le Poème du Homme-Dieu / L’Evangile tel qu’il m’a été révélé (Ed. 1985, Centro Editoriale Valtortiano srl Italie Reprinted in 1999) « Dieu me posséda au commencement de ses œuvres » (Salomon : Proverbes 8, 22) Vol. 1° : La préparation

MARIA VALTORTA Vol. 1° : La préparation

21. “JOSEPH EST PLACE’ COMME UN ‘SCEAU SUR UN SCEAU’ COMME L’ARCHANGE AU SEUIL DU PARADIS. Jésus dit : « Que dit le livre de la Sagesse, en chantant ses louanges ? ‘Dans la Sagesse, se trouve en effet l’esprit d’intelligence, saint, unique, multiple, subtil’. Il continue en énumérant ses qualités et termine avec ces paroles : ‘…qu’elle peut tout, qu’elle prévoit tout, qu’elle comprend tous les esprits, quelle est intelligente, pure, subtile. La sagesse pénètre tout par sa pureté, c’est une émanation de l’esprit de Dieu… et donc en elle, il n’y a rien d’impur … c’est une image de la bonté divine. Tout en étant unique, son unité peut tout, immuable comme elle est, elle renouvelle toutes choses. Elle se communique aux âmes saintes et forme les amis de Dieu et les Prophètes’. 89 Tu as vu comment Joseph, non par culture humaine mais par surnaturelle instruction, sait lire dans le livre scellé de la Vierge sans tache, et comment il frôle par sa ‘vue’ les vérités prophétiques en voyant un mystère surhumain là où les autres ne voient qu’une grande vertu. Imprégné de cette sagesse, qui s’exhale de la Vertu de Dieu et qui est une émanation certaine de la Toute Puissance, il se dirige d’un esprit tranquille et sûr dans la mer de ce mystère de Grâce qu’est Marie, se rencontre avec Elle en des échanges spirituels où, plutôt que les lèvres, ce sont deux esprits qui se parlent dans le silence sacré des âmes où ils n’entendent que la voix de Dieu et ne la reçoivent que ceux qui sont agréables à Dieu, parce qu’ils Le servent fidèlement et sont remplis de Lui. La Sagesse du Juste, qui s’accroît par l’union de la présence de la Toute Grâce, le prépare à pénétrer dans les secrets les plus hauts de Dieu pour pouvoir les protéger et les défendre des pièges humains ou démoniaques. Et tout lui est occasion de renouvellement. D’un juste elle fait un saint, et

d’un saint le gardien de l’Epouse et du Fils de Dieu. Sans soulever le sceau de Dieu, lui le chaste, qui maintenant porte sa chasteté à un héroïsme angélique peut lire la parole de feu écrite sur le diamant virginal par le doigt de Dieu et il y lit ce que dans sa prudence il ne dit pas, mais qui est bien plus grand de ce que Moïse a lu sur les tables de pierre. Et, pour qu’un œil profane ne déflore pas le mystère, il se place, sceau sur le sceau, archange de feu sur le seuil du Paradis, dans lequel l’Eternel prend ses délices ‘se promenant à la brise du soir’ et en parlant avec Celle qui est son amour, Bois de lys en fleur, brise parfumée d’arômes, Brise fraîche matinière, belle Etoile, Délice de Dieu. La nouvelle Eve est là, devant lui non pas os de ses os ni chair de sa chair, mais compagne de sa vie. Arche vivante de Dieu dont il en reçoit la tutelle et qu’il doit rendre à Dieu pure comme il l’a reçue. ‘ Epouse de Dieu’ il était écrit dans ce livre mystique aux pages immaculées … Et quand le soupçon de l’épreuve lui souffla son tourment, lui, comme homme et comme serviteur de Dieu, souffrit, comme personne au monde, pour le sacrilège soupçonné. Mais ce fut là l’épreuve future. A présent, en ce temps de grâce, il voit et il se met au service plus vrai de Dieu. C’est ensuite que viendra l’orage de l’épreuve, comme pour tous les saints, pour être éprouvés et pour être rendus coadjuteurs de Dieu. 90 Que lit-on dans le Lévitique ? ‘Dis à Aaron, de ne pas entrer en tout temps dans le sanctuaire qui se trouve derrière le Voile, devant le Propitiatoire qui couvre l’Arche, pour ne pas mourir lorsque j’apparaîtrai dans la nuée au-dessus de l’oracle, de ne pas entrer sans qu’il n’y aura fait d’abord ces choses : il offrira un veau, sacrifice pour le péché, et un mouton en holocauste ; il revêtira la tunique de lin et avec les caleçons de lin couvrira sa nudité’. Et réellement Joseph entre, quand Dieu le veut et autant que Dieu le veut, dans le sanctuaire de Dieu, au-delà du voile qui cache l’Arche sur laquelle plane l’Esprit de Dieu, et s’offre et offrira l’Agneau, holocauste pour le péché du monde et l’expiation de ce péché. Et cela, il le fait, vêtu de lin avec son corps mortifié par son vœu pour en abolir les instincts qui, un jour, au commencement des temps ont triomphé, lésant les droits de Dieu sur l’homme, et qui maintenant il sera piétiné dans le Fils, dans la Mère et dans le père putatif, pour que les hommes retournent à la grâce, et qu’il soit rendu à Dieu son droit sur l’homme. Il fait cela avec sa chasteté perpètuelle. Joseph n’était pas au Golgotha ? Il vous semble qu’il ne soit pas parmi les corédempteurs ? En vérité, je vous dis qu’il en fut le premier et pour cela il est grand aux yeux de Dieu. Grand par le sacrifice, la patience, la constance, la foi. Quelle foi plus grande que la foi de celui qui a cru sans avoir vu les miracles du Messie ? Louange à mon père putatif, exemple pour vous de ce qui vous manque le plus : pureté, fidélité, amour parfait. A celui qui a merveilleusement lu le Livre scellé, instruit par la Sagesse, pour savoir comprendre les mystères de la Grâce, à celui que Dieu a choisi pour protéger le Salut du monde contre les embûches de tous ses ennemis.”

22.

LES EPOUX ARRIVENT A NAZARETH

Le ciel le plus azuré d’un tiède mois de février s’étend sur les collines de Galilée. Les douces collines que dans ce cycle de la Vierge enfant je n’ai jamais vu et dont l’aspect m’est désormais

aussi familier que si j’y étais née. La route principale, humide par suite d’une pluie récente, tom91 bée peut-être la dernière nuit, n’est ni poussiéreuse, ni non plus boueuse. Elle est régulière et propre comme une rue de ville et elle se déroule entre deux haies d’aubépines en fleurs. C’est comme une surface neigeuse d’où s’exhale un parfum amer et de bois, coupé par d’énormes groupes de cactus aux feuilles grosses et plates, toutes hérissées d’aiguillons et garnies d’énormes groupes de fruits bizarres poussé sens ordre à l’extrémité des feuilles. Leur forme et leur couleur évoquent toujours en moi les profondeurs marines avec les polypiers, les méduses et autres animaux des fonds marins. Au-delà des haies –qui servent de limites de propriétés, et qui s’allongent en tous sens, en formant un bizarre dessin géométrique avec des courbes et des angles, des rhombes, des losanges, des carrés, des demi-cercles, des triangles aux angles aigus ou obtus les plus invraisemblables, c’est un dessin tout saupoudré de blanc comme un ruban capricieux qu’on aurait ainsi étendu, pour le plaisir, le long des champs et sur lesquels volent, piaulent, chantent, par centaines, des oiseaux de toutes espèces, dans la joie de l’amour et de la construction des nids- au-delà des haies, les champs avec les blés en herbe qui sont déjà plus hauts que ceux de Judée et des prés tout fleuris et sur eux – en réponse aux légères nuées du ciel auxquelles le crépuscule donne des teintes de rose, de lilas clairs, de violettes, de pervenches, d’opale azurée, d’orange corail –par centaines et centaines les nuées des arbres à fruit : blanches, rosés, rouges avec toutes les nuances intermédiaires. Avec le léger du soir, papillonnent et tombent les premiers pétales des arbres en fleurs. On dirait des essaims de papillons à la recherche du pollen sur les fleurs de la campagne. Et d’un arbre à l’autre des festons de vignes encore dénuées, sauf qu’à leur sommet là où le soleil tape davantage, c’est l’ouverture innocente, étonnée, palpitante des premières petites feuilles. Le soleil se couche tranquille dans le ciel si doux dans son azur que la lumière rend encore plus clair et il fait briller au loin les neiges de l’Hermon et d’autres cimes lointaines. Un char va sur la route. C’est celui qui porte Joseph et Marie avec ses cousins. Le voyage se termine. Marie regarde, du regard anxieux de qui veut connaître et même reconnaître ce qu’il voit et dont il ne se rappelle pas et le sourit quand quelque souvenir imprécis revient et s’arrête sur telle 92 et telle chose, sur un point particulier. Elisabeth et avec elle Zacharie et Joseph l’aident à se souvenir en précisant telle ou telle cime, telle ou telle maison. Maisons, désormais, car Nazareth déjà se montre, étendue sur l’ondulation de sa colline. Frappée à gauche par le soleil couchant, la cité montre ses petites maisons blanches, larges et basses que surmonte une terrasse teintée de rose. Certaines, que le soleil frappe en plein, semblent éclairées par un incendie tant de leur façade est rougie par le soleil qui fit briller l’eau des canaux et des puits bas, presque sans parapets, d’où montent les seaux pour la maison et les arrosoirs pour le potager. Enfants et femmes se mettent sur le bord de la route jetant un coup d’œil dans le char, et saluent Joseph, bien connu. Mais après ils restent perplexes et intimidés devant les trois autres. Mais quand on entre dans la cité proprement dite, il n’y a plus ni perplexité, ni crainte. Beaucoup et beaucoup de tout âge se trouvent au début du pays sous un arc rustique de fleurs et de feuillage et à peine le char apparaît de derrière le coude de la dernière maison campagnarde qui échappe à l’alignement, c’est une roulade de cris aigus ; les gens agitent des rameaux et des bouquets. Ce sont les femmes, les jeunes filles et les enfants de Nazareth qui saluent l’épouse. Les hommes plus retenus se tiennent en arrière de la haie remuante et bruyante et saluent avec gravité.

Maintenant le char a été découvert avant d’arriver au pays car le soleil n’est plus gênant et permet ainsi à marie de bien voir la terre natale. Marie apparaît belle comme une fleur. Blanche et blonde comme un ange, elle sourit avec bonté aux enfants qui lui jettent des fleurs et lui envoient des baisers, aux jeunes filles de son âge qui l’appellent par son nom, aux épouses, aux mères, aux vieilles qui la bénissent avec leur voix chantantes. Elle s’incline devant les hommes et spécialement devant l’un d’eux qui est peut-être le rabbin ou le principal personnage du pays. Le char avance au pas par la rue principale suivi d’une grande partie de la foule pour laquelle l’arrivée est un événement. « Voici ta maison, Marie » dit Joseph en indiquant avec le fouet une petite maison qui se trouve exactement au bas d’une ondulation de la colline et qui par derrière un beau et vaste jardin tout en fleurs qui se termine avec un tout petit olivier. Plus loin l’habituelle d’aubépine et de cactus marque la limite de 93 la propriété. Les champs, autrefois à Joachim, sont plus loin… « Il t’est resté peu de chose » dit Zacharie. « La maladie de ton père fut longue et coûteuse. Coûteuses aussi les dépenses pour les réparations, les dégâts faits par Rome. Tu vois, la route a supprimé les trois principales dépendances, on a utilisé une partie de la colline qui fait la grotte. Joachim y gardait les provisions et Anne ses métiers. Tu feras ce qui te semblera bon. » « Oh ! que ce soit peu de chose, n’importe ! Cela me suffira toujours. Je travaillerai… » « Non, Marie. » C’est Joseph qui parle. « C’est moi qui travaillerai. Tu ne feras que les travaux de lingerie, de couture de la maison. Je suis jeune et fort et je suis ton époux. Ne me mortifie pas avec ton travail. » « Je ferai comme tu veux. » « Oui, pour cette question, c’est ma volonté. Pour tout le reste tous tes désirs font loi, mais pas pour cela. » Ils sont arrivés, le char s’arrête. Deux femmes et deux hommes, respectivement sur le quarante et cinquante ans, sont près de la porte, et avec beaucoup de bambins et de jeunes. « Dieu te donne la paix, Marie » dit l’homme le plus âgé et une femme aborde Marie, l’embrasse et la baise. « C’est mon frère Alphée et Marie sa femme et ceux-ci sont leurs fils. Ils sont venus exprès pour te fêter et te dire que leur maison est la tienne, si tu veux » dit Joseph. « Oui, viens Marie, s’il t’est pénible de vivre seule. La campagne est belle au printemps et notre maison est au milieu des champs en fleurs. Là, tu seras la plus belle fleur » dit Marie de Alphée. « Je te remercie, Marie. Bien volontiers je viendrai. Je viendrai de temps en temps et sans faute pour les noces. Mais je désire tant de voir, de reconnaître ma maison. J’étais toute petite quand je l’ai quittée et j’ai oublié son aspect… maintenant je la retrouve… et il me semble de retrouver ma mère que j’ai perdue, mon père bien aimé, de retrouver l’écho de leurs paroles… et le parfum de leur dernier soupir. Il me semble n’être plus orpheline puisque autour de moi j’ai l’embrassement des murs… Comprends-moi, Marie, ». La voix de Marie trahit son émotion et des larmes perlent à ses cils. 94 Marie d’Alphée répond : « Comme tu veux, aimée. Je veux que tu me sentes comme ne sœur et une amie et un peu aussi une mère parce que je suis de beaucoup plus âgée que toi.”

L’autre femme s’avance : « Marie, je te salue. Je suis Sara, l’amie de ta mère. Je t’ai vu naître. Et voilà Alphée, petit fils d’Alphée et grand ami de ta mère. Ce que j’ai fait pour ta mère, je le ferai pour toi, si tu le veux. Vois-tu ? Ma maison est la plus proche de la tienne et tes champs sont maintenant à nous. Mais, si tu veux venir, tu le peux à toute heure. Nous ferons un passage dans la haie et nous serons ensemble, tout en restant chacun chez soi. Voilà mon mari. » « Je vous remercie tous et pour tout. De tout le bien que vous avez voulu faire aux miens et que vous voulez me faire. Que vous bénisse le Dieu Tout-Puissant. » Les lourdes caisses sont déchargées et portées à la maison. On entre, et je reconnais la petite maison de Nazareth, telle qu’elle est plus tard, dans la vie de Jésus. U Joseph prend Marie par la main –geste habituel- et il entre ainsi. Sur le seuil, il lui dit : « Et à présent, sur ce seuil, je veux de toi une promesse. Que n’importe quelle chose survienne ou qui t’arrive tu n’aies pas d’autre ami, d’autre aide vers qui te tourner que vers Joseph et que, pour aucun motif tu n’aies à t’enfermer dans ta peine. Je suis tout entier à ta disposition, rappelle-toi et ce sera là ma joie de rendre heureux ton chemin et, puisque le bonheur n’est pas toujours en notre pouvoir, au moins de te le faire paisible et sûr. » « Je te le promet, Joseph. » On ouvre portes et fenêtres. Le soleil couchant entre, curieux. Marie, maintenant a quitté le manteau et le voile parce que, sauf les fleurs de myrte, Elle a encore le vêtement de noces. Elle sort dans le jardin en fleurs. Elle regarde et sourit avec toujours sa main dans celle de Joseph, Elle fait le tour du jardin. Elle semble reprendre possession d’un lieu perdu. Et Joseph lui montre ses travaux : « Tu vois, ici, j’ai fait ce trou pour recueillir l’eau de pluie, car ces vignes ont toujours soif. A cet olivier, j’ai coupé les branches les plus vieilles pour le revigorer. J’ai planté ces pommiers parce que deux étaient morts, et là j’ai mis des figuiers. Quand ils auront poussé, ils protégeront la maison d’un soleil trop ardent et des regards curieux. Là est l’ancienne tonnelle, j’ai seulement changé les supports pourris 95 et travaillé avec les ciseaux. Elle donnera beaucoup de raisin, j’espère. Et là, regarde » et tout fier, il la conduit vers la pente qui se dresse au dos de la maison et qui fait la limite du verger, « et là j’ai creusé une petite grotte et je l’ai étayée, et quand ces petites plantations auront grandi, elle sera à peu près aussi grande que celle que tu avais. Il n’y a plus la source … mais j’espère amener un filet d’eau. Je travaillerai pendant les longues soirées d’été quand je viendrai te voir… » « Mais comment ? » dit Alphée. « Vous ne faites pas les noces cet été ? » « Non. Marie désire filer les draps de laine, unique chose qui manque au trousseau. Et j’en suis heureux. Elle est si jeune, Marie, qu’il n’y a pas d’importance qu’Elle attende un an ou plus. En attendant, Elle s’habitue à la maison. …» « Ah ! tu as toujours été un peu différent des autres et tu l’es encore maintenant. Je me demande qui n’aurait pas hâte d’avoir pour femme une fleur comme Marie et toi, tu attends des mois !... » « Joie longuement attendue, joie plus intensément goûtée » répond Joseph avec un fin sourire. Le frère hausse les épaules et demande : « Et alors quand penses-tu aux noces ? » « Quand Marie prendra ses seize ans. Après la fête des Tabernacles. Elles seront douces les soirées d’hiver pour les nouveaux époux ! …» Et il sourit encore, en regardant Marie. Un sourire d’entente sécrète et pleine de douceur, d’une consolante chasteté fraternelle. Puis il reprend son tour : « ici, c’est la pièce dans la butte. Si tu veux, j’en ferai mon atelier quand je viendrai. Elle communique mais n’est pas dans la maison. Ainsi il n’y aura ni bruit ni désordre. Si pourtant tu veux autrement … » « Non, Joseph, ça va très bien ainsi. »

On rentre à la maison et on allume les lampes. « Marie est fatiguée » dit Joseph. « Laissons-la tranquille avec les cousins. » Tous saluent et s’en vont. Joseph reste encore quelques minutes et parle à Zacharie à voix basse. « Ton cousin te laisse Elisabeth quelque temps, es-tu contente ? Moi, oui, parce qu’elle t’aidera à … devenir une parfaite maîtresse de maison. Avec elle tu pourras disposer toutes choses à ton goût et ranger le mobilier et je viendrai tous les soirs t’aider. Avec elle tu pourras te procurer la laine et tout ce qu’il faut. C’est moi qui 96 réglerai les dépenses. Souviens-toi que tu as promis de t’adresser à moi pour tout. Adieu, Marie. Dors ton premier sommeil de dame, dans cette maison qui est à toi, et que l’ange de Dieu te le rende paisible. Que le Seigneur toit toujours avec toi. » « Adieu, Joseph, que toi aussi tu sois sous l’aile de l’ange de Dieu. Merci, Joseph. Pour tout. Autant que je le puis mon amour répondra au tien. « Joseph salue les cousins et sort. En même temps la vision cesse.

Jésus dit : « Le cycle est terminé, et avec lui, si doux et si suave, ton Jésus t’a portée sans secousses hors du tumulte de ces jours. Comme un petit enfant revêtu d’une douce laine et posé sur des coussins moelleux, tu as été plongée dans ces visions bienheureuses pour ne pas ressentir, terrorisée, la férocité des hommes qui se haïssent, au lieu de s’aimer. Tu ne pourras plus supporter certaines choses et je ne veux pas que tu en meures, parce que j’ai soin de mon ‘porte-voix’. Elle va cesser, dans le monde, la cause pour laquelle les victimes ont été torturées par tous les désespoirs. Pour toi aussi, Marie, va cesser le temps de souffrir terriblement pour trop de raisons qui violentent tes sentiments personnels. Tu ne cesseras pas de souffrir : tu es victime. Mais une partie de tes souffrances : celle-là va cesser. Puis viendra le jour où je dirai comme à Marie de Magdala mourante : ‘Repose-toi. Il est temps pour toi de reposer. Donne-moi tes épines. Il est temps de roses. Repose-toi et attends. Je te bénis, bénie’. Je t’ai dit cela et c’était une promesse et tu ne l’as pas comprise au moment où arrivait le temps où tu serais plongée, roulée, enchaînée, couverte par les épines, dans la plus profonde obscurité … Cela je te le répète maintenant avec une joie telle que seul l’amour que je suis, peut éprouver quand il peut faire cesser une douleur pour son aimée. Cela, je te le dis maintenant le temps du sacrifice cesse. Et Moi, qui sais , je te le dis pour le monde qui ne sait pas, pour l’Italie, pour Viareggio, pour ce petit pays, où tu m’as apporté –médite le sens de ces paroles- le merci réservé aux holocaustes pour leur sacrifice. Quand je t’ai montré Cécile, vierge épouse, je t’ai dit qu’elle était imprégnée de mes parfums et qu’à leur odeur elle a entraîné mari, beau-frère, serviteurs, parents, amis. Tu as fait sans le savoir, mais moi je te le dis, Moi qui sait, le rôle de Cécile dans ce monde devenu fou. Tu es toute remplie de Moi, de ma parole ; tu as porté mes désirs parmi les personnes et les meilleurs ont compris et après toi, victime, beaucoup et beaucoup en sont sortis et, si ce n’est pas la ruine complète de ta patrie et des lieux qui te sont les plus chers, c’est parce que beaucoup d’hosties ont été consumées à la suite de ton exemple et de ton activité. Merci, bénie. Mais continue encore. J’ai grand besoin de sauver la terre, de racheter la terre. Vous, les victimes, vous êtes le prix du rachat. La Sagesse qui a instruit les saints et t’instruit par un enseignement direct, t’élève toujours plus à l’intelligence de la Science de vie et à sa pratique. Dresse, toi aussi, ta petite tente près de la maison du seigneur. Enfonce aussi

97 les pieux de la tente dans la demeure de la Sagesse et reste-y sans jamais en sortir. Tu reposeras sous la protection du Seigneur qui t’aime, comme un oiseau au milieu des branches fleuries et Il te mettra à l’abri de toutes intempéries spirituelles et tu seras dans la lumière de la gloire de dieu d’où descendront pour toi des paroles de paix et de vérité. Va en paix. Je te Bénis, bénie. » Tout de suite après Marie dit : « A Marie, le cadeau de la maman pour sa fête. Une chaîne de cadeaux. Et s’il y a parmi eux quelque épine, ne t’en plains pas au Seigneur qui t’a aimée comme Il en a aimé bien peu. Je t’avais dit, au débout : ‘Ecris sur moi. Toute peine trouvera sa consolation’. Tu as vu que c’est vrai. Ce cadeau t’était réservé pour ces temps troubles. Nous n’avons pas seulement soin de l’esprit, mais nous savons nous préoccuper aussi de la matière qui n’est pas reine, mais servante utile pour l’esprit, pour lui permettre d’accomplir sa mission. Sois reconnaissante au Très-haut qui, pour toi, est vraiment Père, même au sens affectueusement humain et qui te berce en des suaves extases, pour te cacher ce qui t’épouvanterait. Aime-moi toujours plus. Je t’ai portée avec moi dans le secret de mes premières années. Maintenant tu sais tout de la Maman. Aime-moi comme fille et sœur dans ta destinée de victime. Et aime Dieu le père, Dieu le fils, Dieu l’Esprit Saint en perfection d’amour. Que la bénédiction du Père, du Fils, et de l’Esprit Saint passe par mes mains, qu’elle prenne le parfum de mon maternel amour pour toi, et sur toi elle descende et repose. Sois surnaturellement heureuse. »

23. L’ANNONCIATION Voici ce que je vois: Marie, une très jeune adolescente –quinze ans au plus à la voir- est dans une petite pièce rectangulaire. Une vraie chambre de jeune fille. Contre le plus longue des deux murs, se trouve le lit: une couchette basse, sans rebords, couverte de nattes ou de tapis. On le dirait étendus sur une table ou une claie à roseaux. Ils sont en effet rigides et ne forment pas de courbes comme il arrive sur nos lits. Sur l’autre mur, une étagère avec une lampe à huile, des rouleaux de parchemin, un travail de couture soigneusement plié que l’on dirait de la broderie. A côté, vers la porte qui est ouverte sur le jardin, mais couverte d’un rideau qu’un vent léger remue, est assise sur un tabouret bas la Vierge. Elle file du lin très blanc et doux comme de la soie. Ses petites mains, un peu moins claires que le lin, font tourner agilement le fuseau. Le petit visage, jeune, est si beau, si beau, légèrement courbé, ave un léger sourire, comme si elle caressait ou suivait quelque douce pensée. Un profond silence, dans la petite maison et le jardin. Une paix profonde, tant sur le visage de Marie que dans son environnement. La paix et l’ordre. Tout est propre et en ordre, et le milieu très humble en son aspect et dans l’ameublement, presque comme une cellule, a quelque chose d’austère et en même temps de royal cause de la netteté et du soin avec lequel sont disposées les étoffes sur le lit, les rouleaux, la lumière, le petit broc de cuivre près de la lumière et, avec dedans un faisceau de branches fleuries, branches de pêchers ou de poiriers, je ne sais, mais ce sont

certainement des arbres à fruit avec des fleurs légèrement rosées. Marie se met à chanter à voix basse et puis elle élève un peu la voix. Ce n’est pas du grand ‘chant’, mais c’est déjà une voix qui vibre dans la petite pièce et où on sent vibrer son âme. Je ne comprends pas les paroles, c’est certainement de l’hébreu. Mais comme elle répète fréquemment:’Jéhovah’ je comprends qu’il s’agit de quelque chant sacré, peut-être un psaume. Peut-être Marie se rappelle les cantiques du Temple et ce doit être un doux souvenir car elle pose sur son sein les mains qui tiennent le fil et le fuseau et elle lève la tête en l’appuyant en arrière sur le mur; son visage brille de vives couleurs et ses yeux, perdus dans je ne sais quelle douce pensée, sont rendus plus luisants par des pleurs retenus mais qui le font paraître plus grand. Et pourtant ses yeux rient, sourient à une pensée qu’ils suivent et l’abstraient de ce qui l’entoure. Le visage de Marie émerge du vêtement blanc et très simple, rosé et encadré par les tresses qu’elle porte comme une couronne autour de la tête. On dirait une belle fleur. Le chant se change en une prière: “Seigneur, Dieu Très-Haut, ne tarde pas d’envoyer ton Serviteur pour rapporter la paix sur la terre. Suscite le temps favorable et la vierge pure et féconde pour l’avènement de ton Christ. Père, Père Saint, accorde à ta servante d’offrir sa vie dans ce but. Accorde-moi de mourir après avoir vu ta Lumière et ta Justice sur la terre et d’avoir vu, accomplie, la Rédemption. O Père Saint, envoie à la terre ce qui a fait soupirer les Prophètes. Envoie à ta servante le Rédempteur. Qu’à l’heure où se terminera ma journée s’ouvre pour moi ta demeure parce que ses portes auront déjà été ouvertes par ton Christ, pour tous ceux qui ont espéré en Toi. Viens, viens, ô Esprit du Seigneur. Viens vers tes fidèles qui t’attendent. Viens, Prince de la Paix! …” Marie reste ainsi hors d’elle-même… Le rideau remue plus fort, comme si quelqu’un, par derrière faisait un courant d’air ou le secouait pour l’écarter. Et une lumière blanche de perle, associé à l’argent pur, rend plus clairs les murs légèrement jaunes, plus vives les couleurs des étoffes, plus spirituel le visage levé de Marie. Dans la lumière, et sans que la tenture soit écartée sur le mystère qui s’accomplit –même elle ne remue plus: elle pend absolument rigide contre les montants, comme si s’était un mur qui isole l’intérieur de l’extérieur- dans cette lumière se prosterne l’Archange. Il doit nécessairement prendre un aspect humain. Mais cet aspect transcende l’humain. De quelle chair est formée cette figure très belle et fulgurante? De quelle substance Dieu l’a-t-elle matérialisée pour la rendre sensible aux sens de la Vierge? Seul Dieu peut posséder ces substances et s’en servir si parfaitement. C’est un visage, c’est un corps, ce sont des yeux, une bouche, des cheveux et des mains comme les nôtres, mais ce n’est pas notre opaque matière. C’est une lumière qui a pris la couleur de la chair, des yeux, de la chevelure, des lèvres, une lumière qui se meut et sourit et regarde et parle. “Salut, Marie, pleine de Grâce, salut!” La voix est un doux accord comme de perles qui tombent sur un métal précieux. Marie tressaille et baisse les yeux. Et elle tressaille davantage quand elle voit cette créature de lumière agenouillée à un mètre environ de distance d’elle, les mains croisées sur la poitrine la regardant avec un infini respect. Marie se dresse debout et se serre contre le mur. Elle devient pâle, puis rouge. Son visage exprime étonnement, effarement. Elle serre inconsciemment les mains sur son sein, en les cachant sous ses longues manches. Elle se courbe presque pour cacher le plus possible son corps. Une attitude de suave pudeur. “Non. Ne crains pas. Le Seigneur est avec Toi! Tu es bénie entre toutes les femmes.” Mais Marie continue à craindre. D’où est venu cet être extraordinaire? Est-ce un envoyé de Dieu pu un Trompeur? “Ne crains pas, Marie!” répète l’Archange. “Je suis Gabriel, l’Ange de Dieu. Le Seigneur m’a envoyé vers Toi. Ne crains pas parce que tu as trouvé grâce au près de Dieu. Et maintenant, tu vas

concevoir dans ton sein et enfanteras un Fils et tu Lui donneras comme nom ‘Jésus’. Il sera grand. On l’appellera le Fils du Très-Haut (il le sera en réalité) et le Seigneur Dieu Lui donnera le trône de David son père et il régnera éternellement sur la maison de Jacob et son Règne n’aura jamais de fin. Comprends, ô Sainte Vierge, aimée du Seigneur, sa Fille bénie, appelée à être la Mère de son Fils, quel Fils tu engendreras.” “Comment cela peut-il se faire si je ne connais pas d’homme? Est ce que le Seigneur Dieu n’accueille pas l’offrande de sa servante et ne me veut pas vierge par amour pour Lui?” “Non, ce ne sera pas par oeuvre d’homme que Tu seras Mère, ô Marie. Tu es l’éternelle Vierge, la Sainte de Dieu. L’Esprit Saint descendra sur Toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. Pour cela, on appellera Saint celui qui naîtra de toi, Saint et Fils de Dieu. Tout est possible au Seigneur notre Dieu. Élisabeth, stérile, a conçu dans sa vieillesse un fils qui sera le Prophète de ton Fils, celui qui Lui préparera le chemin. Le Seigneur lui a enlevé son opprobre et son souvenir restera parmi les peuples uni à ton nom, comme le nom de sa créature à celui de ton Saint, et jusqu’a la fin des siècles les nations vous proclameront bienheureuses pour la grâce du Seigneur venue jusqu’à vous et jusqu’à toi spécialement, venue aux nations par ton intermédiaire. Élisabeth est en son sixième mois et le poids qu’elle porte fait monter en elle la joie et la fera monter davantage quand elle connaîtra ta propre joie. Rien n’est impossible à Dieu, Marie, pleine de Grâce. Que dois-je dire à mon Seigneur? Ne te laisse pas troubler par aucune pensée. Le Seigneur veillera sur tes intérêts si tu te fies à Lui. Le monde, le Ciel, l’Eternel attendent ta parole” Marie, croisant à son tour ses mains sur sa poitrine et se courbant en une profonde inclination, dit: “Voici la servante du Seigneur. Qu’il me soit fait selon sa parole.” L’Ange étincelle de joie. Il adore, parce que certainement il voit l’Esprit de Dieu s’abaisser sur la Vierge, toute courbée dans son consentement. Puis il disparaît, sans remuer la tenture qu’il laisse tirée sur le Mystère saint.

24. LA DESOBEISSANCE DE LA PREMIERE EVE Jésus dit : « Ne lit-on pas dans la Genèse que Dieu donna à l’homme la domination sur tout, sauf sur Dieu et les Anges ses ministres ? N’y lit-on pas qu’Il fit la femme pour être la compagne de l’homme pour partager sa joie et sa maîtrise sur tous les êtres vivants ? N’y lit-on pas qu’ils pouvaient manger de tout sauf des fruits de l’arbre du Bien et du mal ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui est sous-entendu dans ces paroles ‘qu’il domine’ ? Qu’est-ce qu’il y avait dans l’arbre de la Science du Bien et du Mal ? Vous êtes-vous jamais demandé cela, vous qui cherchez tant de choses inutiles et ne savez pas demander à votre âme les vérités célestes ? Votre âme si elle était vivante, vous le dirait, elle qui, quand elle est en état de grâce est comme une fleur entre les mains de votre Ange, elle qui, quand vous êtes en état de grâce rassemble à une fleur qui reçoit le baiser du soleil, rafraîchie par la rosée, par l’action de l’Esprit Saint qui la réchauffe et l’éclaire, l’arrose et l’embellit par des lumières célestes. Que de vérités vous dirait votre âme si vous saviez converser avec elle, si vous l’aimiez comme ce qui vous donne la ressemblance avec Dieu qui est Esprit, comme votre âme est esprit. Quelle grande amie vous auriez

en votre âme si vous l’aimiez au lieu de la haïr jusqu’à la tuer. Quelle grande et sublime amie avec laquelle vous pourriez parler des choses du Ciel vous qui êtes si avides de parler et vous vous dégradez l’un l’autre avec vos amitiés. Ces amitiés, si elles ne sont pas indignes –ce qui arrive parfois- sont cependant à peu près toujours inutiles ne donnant occasion de s’exprimer qu’à un flot de paroles vaines et nuisibles, et toujours, toujours terrestres. N’ai-je pas dit : ‘Qui m’aime gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure’ ? L’âme en état de grâce possède l’amour, et possédant l’amour, elle possède Dieu, c'est-à-dire le Père qui la conserve, le Fils qui la gouverne, l’Esprit qui l’éclaire. Elle possède donc la Connaissance, la Science, la Sagesse. Elle possède la lumière. Pensez donc quelles conversations sublimes pourrait lier votre âme avec vous. Ce sont elles qui ont rempli le silence des prisons, le silence des cellules, le silence des ermitages, le silence d’infirmes pieux. Ce sont elles qui ont réconforté les prisonniers dans l’attente du mar102 tyre, les cloîtres à la recherche de la Vérité, les solitaires aspirant à une connaissance anticipée de Dieu, les infirmes à l’acceptation, mais que dis-je, à l’amour de leur croix. Si vous saviez également interroger votre âme, elle vous dirait la signification vraie, exacte, vaste comme le monde, de cette parole pour ‘qu’il domine’, et qui est celle-ci : ‘Pour que l’homme domine sur tout. Sur tous ses trois états. L’état inférieur, animal. L’état intermédiaire, moral. L’état supérieur, spirituel. Et que tous les trois l’inclinent à une seule fin : posséder Dieu’. Le posséder en le méritant avec cette domination absolue qui tient assujetties toutes les forces du moi et les faits servantes de cet unique but : mériter de posséder Dieu. Elle vous dirait que Dieu avait interdit la connaissance du bien et du mal, parce que le bien, Il l’avait accordé gratuitement à ses créatures, et le mal Il ne voulait pas que vous le connaissiez, parce que c’est un fruit doux au palais, mais qui descendu avec son suc dans le sang y apporte une fièvre qui tue et produit une soif ardente, si bien que plus on ne boit de ce suc mensonger et plus on en a soif. Vous objecterez : « Et pourquoi l’y a-t-Il mis ? Et pourquoi ? Parce que le mal est une force qui est née d’elle-même spontanée comme certains maux qui s’attaquent aux corps les plus sains. Lucifer était un ange, le plus beau des anges. Esprit parfait inférieur à Dieu seulement. Et pourtant dans son être de lumière naquit une vapeur d’orgueil qu’il ne dissipa pas, mais au contraire il la condensa en la couvant. De cette incubation est né le mal. Il existait avant que l’homme existât. Dieu avait précipité hors du Paradis le maudit qui avait couvé le mal qui avait souillé le paradis. Mais il est resté l’éternel incubateur du mal et, ne pouvant plus souiller le paradis, il a souillé la terre. Cette plante symbolique sert à démontrer cette vérité. Dieu avait dit à l’homme et à la femme : ‘Vous connaissez toutes les lois et mystères de la création. Mais n’usurpez pas mon droit d’être le Créateur de l’homme. Pour propager la race humaine il suffira mon amour qui circulera en vous, et sans luxure, par le seul mouvement de la charité, il suscitera des nouveaux Adams de la race humaine. Je vous donne tout. Je ne me réserve que ce mystère de la formation de l’homme.’ Satan a voulu enlever à l’homme cette virginité de l’intelligence, et avec sa langue de serpent a flatté et caressé les membres et les yeux d’Eve en produisant des réflexes et une excitation que les 103 premiers parents ne connaissaient pas parce que la malice ne les avait pas empoisonnés. Eve ‘vit’. Et en voyant elle voulut essayer. C’était l’éveil de la chair. Oh ! si elle avait appelé Dieu ! Si elle avait couru Lui dire : ‘Père, je suis malade. Les caresses du serpent ont excité le trouble en moi’, le Père l’aurait purifiée et guérie de son souffle qui, comme il lui avait infusé la vie Il pouvait lui infuser une nouvelle innocence en lui faisant oublier le poison du serpent et même en mettant en elle ‘horreur du serpent, comme ceux qui, attaqués par un mal, en ont été guéris et conservent envers ce mal une instinctive répugnance. Mais Eve ne va pas au Père. Elle se dirige

vers le Serpent. Cette sensation lui est douce. ‘En voyant que le fruit de l’arbre était bon à manger, beau pour les yeux, gracieux à voir, elle le cueillit et en mangea.’ Et elle ‘comprit’. Désormais la malice était descendue en ses entrailles avec sa morsure. Elle vit avec des yeux nouveaux et entendit avec des oreilles nouvelles les mœurs et les voix des brutes. Et les désira d’un désir fou. Elle commença seule le péché. L’acheva avec son compagnon. Voilà pourquoi sur la femme pèse une condamnation plus grande. C’est par elle que l’homme est devenu rebelle à Dieu et qu’il a connu la luxure et la mort. C’est par elle qu’il n’a plus su dominer ses trois règnes : de l’esprit, parce qu’il a permis que l’esprit désobéisse à Dieu ; de la conduite morale, parce qu’il a permis que les passions le dominent ; de la chair, parce qu’il a rabaissé au niveau des lois instinctives des brutes. ‘Le Serpent m’a séduite’, dit Eve. ‘La femme m’a offert le fruit et j’en ai mangé’ dit Adam. Et la triple concupiscence s’attache alors aux trois règnes de l’homme. Il n’y a que la Grâce qui puisse réussir à ralentir l’étreinte de ce monstre impitoyable. Et si elle est vivante, très vivante, maintenue toujours plus vivante par la volonté du fils fidèle, elle arrive à étrangler le monstre et à n’avoir plus rien à craindre. Plus de tyrans intérieurs. A savoir, de la chair et des passions. Plus de tyrans extérieurs : le monde et les puissants du monde. Plus de persécutions. Plus de mort. C’est comme dit l’Apôtre Paul : ‘Je ne crains aucune de ces choses, et je ne tiens pas à ma vie plus qu’à moi-même, mais uniquement pour que j’accomplisse ma mission et le ministère reçu du Seigneur Jésus, pour rendre témoignage à l’Evangile de la grâce de Dieu’.

25. LA NOUVELLE EVE A PRATIQUE L’OBEISSANCE EN TOUTE OCCASIONS. Marie dit : « Dans la joie –parce que, lorsque j’ai compris la mission à laquelle Dieu m’appelait, je fus remplie de joie- mon cœur s’ouvrit comme un lys fermé et il s’en épancha le sang qui fut le terrain pour le Germe du Seigneur. Joie d’être mère. Je m’étais consacrée à Dieu dès le premier âge car la lumière du Très-Haut avait mis pour moi en pleine lumière la cause du mal du monde et j’avais voulu, pour autant que c’était en mon pouvoir, effacer de moi l’empreinte de Satan. Je ne savais pas que j’étais sans tache. Je ne pus penser que je l’étais. La seule pensée de ce privilège aurait été présomption et orgueil. Née en effet de procréateurs humains, il ne m’était pas permis de penser que c’était moi l’Elue appelée à être la Sans-Tache. L’Esprit de Dieu m’avait instruite sur la douleur du Père devant la corruption d’Eve qui avait voulu s’avilir et, de créature de grâce, descendre au niveau des créatures inférieures. Je portais en moi le désir d’adoucir cette douleur en élevant ma chair à une pureté angélique avec la volonté de me garder inviolée dans mes pensées, mes désirs et dans les relations humaines. Seulement pour Dieu, les battements de mon cœur, seulement pour Lui, mon être tout entier. Mais si je n’avais pas en moi la fièvre brûlante de la chair, il y avait pourtant encore en moi le sacrifice de ne pas être mère.

La maternité, exemple de tout ce qui maintenant l’avilit, avait été aussi accordée à Eve par le Père Créateur. Douce et pure maternité, sans pesanteur des sens ! J’en ai eu l’expérience. De combien s’est appauvrie Eve en renonçant à cette richesse ! Plus que de l’immoralité. Et que cela ne vous paraisse pas exagération. Mon Jésus et moi avec Lui, sa Mère, avons connu la langueur de la mort. . Moi, la douce langueur où, épuisée je me suis endormie, Lui l’atroce langueur du condamné à mort. A nous donc aussi est venue la mort. Mais la maternité sans violation d’aucune sorte est venue à moi seule, Eve nouvelle, afin que je puisse dire au monde de quelle douceur aurait été le sort de la femme appelée à devenir mère sans souffrance dans sa chair. Et le désir de cette maternité pouvait exister et existait de fait dans la Vierge qui était toute à Dieu, car cette maternité est la gloire de la femme. 105 Si vous pensez ensuite en quel honneur était tenue la femme devenue mère, chez les israélites, vous pouvez encore mieux apprécier le sacrifice que j’avais consenti en acceptant par mon vœu cette privation. Maintenant à sa servante, l’Eternelle Bonté faisait ce don sans m’enlever la candeur dont j’avais été revêtue pour être une fleur sur son trône. Et moi j’en ai éprouvé une suave jubilation d’avoir la double joie d’être mère d’un home et d’être la Mère de Dieu. Joie d’être celle par laquelle la paix ressoudait ensemble le Ciel et la terre. Oh ! avoir désiré cette paix, pour l’amour de Dieu et du prochain et savoir que c’était par mon intermédiaire à moi, pauvre servant du puissant, qu’elle venait au monde ! Dire : ‘Oh ! hommes, ne pleurez pas. Je porte en moi le secret qui vous rendra heureux. Je ne puis vous le dire parce qu’il est scellé en moi, en mon cœur, comme est renfermé en mon sein inviolé le Fils de Dieu. Mais déjà je vous l’apporte parmi vous, mais chaque heure qui passe rapproche le moment où vous le verrez et connaîtrez son Nom saint’. Joie d’avoir donné la joie à Dieu : joie de croyante pour son Dieu rendu heureux. Oh ! avoir enlevé au cœur de Dieu l’amertume de la désobéissance d’Eve et l’orgueil d’Eve, de son incrédulité ! Mon Jésus a fait comprendre de quelle faute le premier Couple s’est souillé. J’ai annulé cette faute refaisant à rebours ces étapes de sa descente. Le commencement de la faute se trouva dans la désobéissance : ‘Ne mangez pas et ne touchez pas cet arbre’ avait dit Dieu. L’homme et la femme, les rois de la création, qui pouvaient toucher à tout, manger de tout, excepté de cet arbre parce que Dieu voulait que seuls les anges fussent supérieurs, eux ne tinrent pas compte de sa défense. L’arbre : le moyen pour mettre à l’épreuve l’obéissance de ses fils. Qu’est-ce que l’obéissance aux commandements de Dieu ? C’est le bien, car Dieu ne commande que le bien. Qu’est-ce que la désobéissance ? C’est le mal, car elle met dans l’âme les sentiments de rébellion, terrain propice au travail de Satan. Eve s’approche de l’arbre qu’elle aurait du fuir pour en recevoir le bien, mais dont le voisinage, au contraire, lui en a donné le mal. Elle y va, entraînée par la curiosité puérile de voir ce qu’il avait de spécial, et par l’imprudence qui lui fait juger inutile le com106 mandement de Dieu, car elle est forte et pure, la reine de l’Eden où tout lui est soumis, où rien ne pourra lui faire du mal, Sa présomption sera sa ruine, la présomption qui est déjà le levain de l’orgueil. Après de la plante, elle trouve le Séducteur. A son inexpérience, à sa candide inexpérience de vierge, à la faiblesse de son inexpérience, il chante la chanson du mensonge : ‘Tu crois qu’il y a du mal ? Non. Dieu te l’a dit parce qu’Il veut vous garder esclaves de son pouvoir. Vous croyez être rois ? Vous n’êtes même pas libres comme l’est la bête fauve. A elle, Il a accordé d’aimer d’un vrai amour. Pas à vous. A elle, Il a permis d’être créatrice comme Dieu. Elle engendre des fils et voit

grandir à souhait sa famille. Pas vous. A vous cette joie est refusée. A quoi bon donc vous avoir fait homme et femme si vous devez vivre ainsi ? Soyez des dieux. Vous ne connaissez pas la joie d’être deux en une seule chair et d’en créer une troisième et davantage. Ne croyez pas aux promesses de Dieu de jouir de votre postérité en voyant vos fils créer de nouvelles familles, vous quitter pour être pères et mères. Il vous a donné un semblant de vie. La vie réelle c’est de connaître les lois de la vie. C’est alors que vous serez semblables à des dieux et que vous pourrez dire à Dieu : ‘Nous sommes tes égaux’. Et la séduction se poursuivit parce que Eve n’eut pas la volonté de la repousser, mais plutôt de la suivre et de connaître ce qui n’appartenait pas à l’homme. Voilà que l’arbre défendu devient pour la race, réellement mortel, parce qu’à ses branches pend le fruit de l’amer savoir qui vient de Satan. Et la femme devient femelle et avec le levain de connaissance satanique au cœur, s’en va corrompre Adam. La chair est ainsi avilie, les mœurs corrompues, l’esprit dégradé, ils connurent la douleur et la mort de l’esprit privé de la Grâce et de la chair privée de l’immortalité. Et la blessure d’Eve engendra la souffrance qui ne disparaîtra, jusqu’à la mort du dernier couple sur la terre. J’ai parcouru à rebours le chemin des deux pécheurs,. J’ai obéi. En toutes circonstances j’ai obéi. Et après avoir aimé la virginité qui me faisait pure comme la première des femmes avant qu’elle ne connût Satan, Dieu me commanda d’être épouse. J’ai obéi, relevant le mariage à ce degré de pureté où il était dans la pensée de Dieu quand Il avait créés les deux premiers parents. Convaincue d’être destinée à la solitu107 de dans le mariage et au mépris du prochain pour ma stérilité sainte, alors Dieu me demanda d’être Mère. J’ai obéi. J’ai cru que cela serait possible et que cette parole venait de Dieu parce qu’en l’écoutant j’étais inondée de paix. Je n’ai pas pensé : ‘Je l’ai mérité’.. je ne me suis pas dit : ‘maintenant le monde m’admirera parce que je suis semblable à Dieu en créant la chair de Dieu’. Non. Je me suis anéantie dans l’humilité. La joie a jailli dans mon cœur comme une tige de rose fleurie. Mais elle ne se garnit tout de suite d’épines aiguës et je ne fus étreinte, enveloppée par la douleur comme les branches autour desquelles s’enroulent les liserons. La douleur de la douleur de l’époux : c’est le pressoir au sein de la joie. La douleur de la douleur de mon Fils : voilà les épines au milieu de ma joie. Eve voulut la jouissance, le triomphe, la liberté. J’acceptai la douleur, l’anéantissement, l’esclavage. Je renonçai à ma vie tranquille, à l’estime de l’époux, à ma propre liberté. Je ne me réservai rien. Je devins la Servante du Seigneur dans ma chair, dans ma conduite, dans mon esprit, me fiant à Lui, non seulement pour la conception virginale, mais pour la défense de mon honneur, la consolation de mon époux, pour le moyen de le porter à la sublimation du mariage, de façon à faire de nous ceux qui rendent à l’homme et à la femme leur dignité perdue. J’ai embrassé la volonté du Seigneur, pour moi, pour mon époux, pour ma Créature. J’ai dit : ‘OUI’ pour nous trois, certaine que Dieu n’aurait pas menti à sa promesse de me secourir dans ma douleur d’épouse qui voyait qu’on la jugeait coupable, de mère qui voyait qu’elle engendrerait pour livrer son Fils à la douleur. ‘ OUI’ j’ai dit. OUI. Cela suffit. Ce ‘OUI’ a annulé le ‘NON’ d’Eve à l’ordre de Dieu. ‘Oui, Seigneur, comme tu veux. Je connaîtrai ce que tu veux. Je vivrai comme tu veux. Je jouirai comme tu veux. Je jouirai si tu le veux. Je souffrirai pour ce que tu veux. Oui, toujours oui, mon Seigneur, depuis le moment où ton rayon me fit Mère jusqu’au moment où tu m’as appelée à Toi. Oui toujours oui. Toutes les voix de la chair, toutes les inclinations de ma sensibilité, sous le poids de ce oui perpétuel qui est à moi. Et comme au-dessus d’un piédestal de diamant, mon esprit à qui manque les ailes pour voler vers Toi, mais qui est le maître de tout mon moi dompté et asservi pour te servir dans la joie, pour servir dans la douleur. Mais, souris, ô Dieu. Et sois heureux. La faute est vaincue. Elle est enlevée, elle est détruite. Elle gît sous mon talon. Elle est 108

lavée dans mes larmes, détruite par mon obéissance. De mon sein naîtra l’Arbre nouveau. Il portera le Fruit qui connaîtra tout le mal pour l’avoir souffert en Lui-même, et donnera tout le bien. A Lui pourront venir les hommes et je serai heureuse s’ils le cueillent, même sans penser qu’il naît de moi. Pour que l’homme sa sauve et que Dieu soit aimé, qu’on fasse de sa servante ce que l’on fait de la terre où un arbre se dresse : une marche pour monter. » [Marie : il faut toujours savoir être une marche pour que les autres montent à Dieu. S’ils nous piétinent, cela ne fait rien. Pourvu qu’ils se réunissent à aller vers la Croix. C’est l’arbre nouveau qui porte le fruit de la connaissance du Bien et du mal. En effet, il dit à l’homme ce qui est mal et ce qui est bien pour qu’il sache choisir et vivre. Et il sait, en même temps, devenir une liqueur pour guérir ceux qui se sont empoisonnés avec le mal qu’ils ont voulu goûter. Notre cœur sous les pieds des hommes pour qu’augmente le nombre des rachetés et que le Sang de mon Jésus n’ait pas été versé sans produire le fruit. Voilà la destiné des servantes de Dieu. Mais après, méritons-nous de recevoir dans notre sein, l’Hostie sainte, et au pied de la Croix, pétrie de son Sang et dans nos larmes nous pouvons dire : Voici, ô Père, l’Hostie immaculée que nous t’offrons pour le salut du mande. Garde-nous, ô Père, fondues en Elle et par ses mérites infinis, donne-nous ta bénédiction’. Et moi, je te donne ma caresse. Repose-toi, ma fille, le Seigneur est avec toi. »]

26.

ENCORE UN MOT D’EXPLICATION SUR LE PÉCHÉ ORIGINEL

Jésus dit : « La parole de ma Mère devrait dissiper toute hésitation même dans la pensée de ceux qui s’embrouillent le plus dans les formules. [ Et il y en a tant ! Ils veulent raisonner en matière de choses divines avec leurs mesures humaines et prétendraient que Dieu même dût raisonner ainsi. Mais, il est si beau au contraire de penser que Dieu raisonne d’une manière qui est souverainement et infiniment au-dessus de l’homme. Et il serait tellement beau et à propos de raisonner non pas selon les vues humaines mais selon l’esprit et de suivre Dieu. Ne pas rester ancrés là où votre pensée humaine s’est accrochée. Là aussi c’est de l’orgueil parce que c’est supposer la perfection dans l’esprit humain. Au contraire, en fait de perfection, il n’y a que la Pensée divine. Elle peut, si elle veut, et croit utile de le faire, descendre et devenir Parole dans la pensée et sur les lèvres d’une de ses créatures mé109 prisée par le monde parce que aux yeux du monde elle est ignorante, mesquine, bornée, enfantine. La Sagesse aime à désorienter l’orgueil de l’esprit, à se répandre sur ceux qui sont rejetés par le monde, qui n’ont pas d’idées personnelles et encore moins une doctrine acquise par la culture, mais ils sont tous pleins d’amour et de pureté, grands par leur volonté de servir Dieu en le faisant connaître et aimer, après avoir mérité de le connaître et aimer, et après avoir mérité de le connaître, en l’aimant de toutes leurs forces. Observez, hommes, à Fatima, à Lourdes, à Guadalupe, à

Caravaggio, à la Salette, donc partout où il y a eu des apparitions vraies et saintes, les voyants, ceux qui ont été appelés à voir sont des pauvres créatures qui, pour l’âge, culture et condition, sont parmi les plus humbles de la terre. C’est à ces inconnus, à ces ‘riens’ que la Grâce se révèle pour en faire ses hérauts. Que doivent alors faire les hommes ? S’incliner comme le publicain et dire : ‘Seigneur, j’étais trop pécheur pour mériter de te connaître. Sois béni pour ta bonté qui me console par l’intermédiaire de ces créatures, me donne un appui céleste, un guide, un enseignement, une espérance de salut’. Et ne pas dire : ‘Mais non ! Ce sont des préjugés, des hérésies ! Ce n’est pas possible !’ Comment n’est-il pas possible ? Qu’un être peu doué devienne savant dans la science de Dieu ? Pourquoi n’est-il pas possible ? N’ai-je pas ressuscité les morts, guéri les fous, soigné les épileptiques, ouvert la bouche aux muets, les yeux aux aveugles, l’ouie aux sourds, l’intelligence à des diminués ; n’aije pas de même chassé les démons, commandé aux poissons de se jeter dans le filet, aux pains de se multiplier, à l’eau de devenir du vin, à la tempête de se calmer, à l’eau de devenir solide comme une surface pavée ? Qu’est-il impossible à Dieu ? Même avant que Dieu, le Christ, Fils de Dieu, fût parmi vous, est-ce que Dieu n’a pas opéré des miracles par le moyen de ses serviteur qui agissaient en son nom ? Ne sont-elles pas devenues fécondes les entrailles stérile Saraï d’Abraham pour qu’elle devienne Sara et s’enfantât dans sa vieillesse Isaac destiné à être celui avec lequel Je conclurais le pacte ? Ne se sont-elles pas changé en sang les eaux du Nil et remplies d’animaux immondes au commandement de Moïse ? Et toujours par sa parole ne sont-ils pas morts de la peste les animaux et tombées ulcérées les chairs des hommes, et fauchés, hachés les blés par une grêle dévastatrice et dépouillés les arbres par les sauterelles, et éteinte pendant trois jours la lumière, et frappés de mort les premiers nés, et entr’ouverte la mer pour le passage d’Israel, et adoucies les eaux amères et tombées en abondance les cailles et la manne, et l’eau n’est-elle pas jaillie du rocher aride ? Et Josué n’a-t-il pas arrêtée la course du soleil ? Et le jeune David n’a-t-il pas terrassé le géant ? Est-ce que Elie n’a pas multiplié la farine et l’huile et ressuscité les fils de la veuve de Sorepta ? Est-ce qu’à son commandement la pluie n’est-elle pas tombée sur la terre desséchée et le feu du Ciel sur l’holocauste’ Et le Nouveau Testament n’est-il pas un bosquet fleuri dont chaque fleur est un miracle ? Qui donc a pouvoir sur le miracle ? Qu’est-ce qui est donc impossible à Dieu ? Qui est comme Dieu ? Courbez la front et adorez. Le temps arrive de la grande moisson et tout doit être révélé avant que l’homme cesse d’exister, tout : les prophéties postérieures au Christ et celles d’avant le Christ et le symbolisme biblique qui a commencé dès les premiers mois de la Genèse, et si Moi je vous instruis sur 110 un point jusqu’au présent inexpliqué, accueillez ce don et tirez-en le fruit et non la condamnation. Ne faites pas comme le Juifs du temps de ma vie mortelle qui voulurent fermer leur cœur à mes enseignements et, ne pouvant m’égaler dans la compréhension des mystères et des vérités surnaturelles, me traitèrent de possédé et de blasphémateur.] J’ai dit : ‘Arbre métaphorique’. Je dirai maintenant : ‘Arbre symbolique’. Peut-être vous comprendrez mieux. Le symbole en est clair : d’après la façon dont les deux fils de Dieu se comporteraient par rapport à elle, on comprendrait si leurs tendances iraient vers le bien ou vers le mal. Comme l’eau régale qui est la preuve pour l’or et la balance de l’orfèvre qui en donne le poids en carats, cette plante, devenue une ‘mission’ pour le commandement de Dieu par rapport à elle, a donné la mesure de la pureté du métal d’Adam et d’Eve. J’entend déjà venir l’objection : ‘N’a-t-elle pas été excessive la condamnation et puéril le moyen employé pour qu’elle se produise ?’ Non. Si vous commettiez actuellement cette désobéissance vous qui avez eu d’eux cette héritage,

ce serait moins grave que cela ne l’a été pour eux. Vous, vous êtes rachetés par moi, mais le venin de Satan reste toujours prêt à resurgir. C’est comme pour certaines maladies dont l’effet n’est jamais complètement neutralisé dans le sang. Eux, les deux premiers parents étaient en possession de la Grâce sans avoir jamais été déflorés par la Disgrâce. Ils étaient donc plus forts, plus soutenus par la grâce, source en eux d’innocence et d’amour. Infini était le don que Dieu leur avait fait, bien plus grave par conséquent leur chute en dépit de ce don. Symbolique aussi le fruit offert et mangé. C’était le fruit d’une expérience qu’ils avaient voulu faire par instigation satanique contre le commandement de Dieu. Je n’avais pas interdit l’amour aux hommes. Je voulais uniquement qu’il fût sans malice. Comme je les aimais d’un amour essentiellement saint, ils devaient a’aimer d’une affection sainte qu’aucune luxure ne vienne souiller. Il ne faut pas oublier que la Grâce est lumière et que celui qui la possède sait distinguer ce qu’il est utile et bon de connaître. La Pleine de Grâce connut tout parce que la Sagesse l’instruisit, la Sagesse qui est Grâce, et Elle sut se conduire avec sainteté. Eve connaissait donc ce qui lui était bon de connaître. Rien de plus, parce qu’il est inutile de connaître ce qui n’est pas bon. Elle n’eut pas foi dans la parole de Dieu et ne fut pas fidèle à sa promesse 111 d’obéissance. Elle a cru à Satan, elle a rompu sa promesse, et a voulu savoir ce qui n’était pas bon, et elle l’aima sans remords, l’amour que je lui avais donné si saint, elle en fit une chose corrompue, une chose avilie. Ange tombé, elle s’est roulée dans la boue et dans l’ordure, alors qu’elle pouvait courir heureuse parmi les fleurs du Paradis terrestre et voir fleurir autour d’elle sa descendance, comme une plante se couvre de fleurs sans traîner sa frondaison dans le bourbier. [Ne soyez pas comme ces enfants insensés dont je parle dans l’Evangile. Ils ont entendu chanter et se sont bouché les oreilles. Ils ont entendu le tambourin et n’ont pas dansé. Ils ont entendu pleurer et ils ont voulu rire. Ne soyez pas étroits ni négateurs. Recevez, recevez sans malice et docilement sans ironie, ni incrédulité, la Lumière.. On a assez parlé sur ce sujet. Pour vous faire comprendre à quel point vous devez être reconnaissants à Celui qui est mort pour vous faire arriver au Ciel et pour vaincre la concupiscence satanique, j’ai voulu vous parler en ce temps de préparation à la Pâque de ce qui a été le premier anneau de la chaîne par laquelle le Verbe du Père fut traîné à la mort, l’Agneau Divin à l’abattoir. J’ai voulu en parler parce que présentement le 90% d’entre vous sont semblables à Eve, empoisonnés par le souffle et la parole de Satan. Vous ne vivez pas pour vous aimer mais pour vous rassasier. Vous ne vivez pas pour le Ciel mais pour la boue. Vous n’êtes plus des créatures douées d’une âme et du sens de raison, mais des chiens sans âme et sans raison. L’âme vous l’avez tuée et la raison dépravée. En vérité je vous affirme que les brutes vous surpassent dans l’honnêteté de leur amour. »]

27.

L’ANNONCE A JOSEPH DE LA GROSSESSE D’ELISABETH

Voici que m’apparaît la petite maison de Nazareth où se trouve Marie. Marie toute jeune comme lorsque l’Ange de Dieu lui apparut. Rien que de la voir me remplit l’âme du parfum virginal de

cette demeure, du parfum angélique qui persiste encore dans la pièce où l’Ange a ondulé ses ailes d’or, du parfum divin qui s’est tout concentré sur Marie pour faire d’elle une Mère et qui à présent se dégage d’elle. C’est le soir, car les ombres commencement à envahir la pièce où était avant, descendue du Ciel, une si grande lumière. Marie, à genoux près de son petit lit prie, les bras en croix sur sa poitrine, le visage tout incliné vers la terre. Elle est encore 112 vêtue comme Elle l’était au moment de l’Annonciation. Tout est pareil : le rameau fleuri dans son vase, les meubles dans la même ordre. Seulement la quenouille et le fuseau sont placès dans un coin avec son plumet de filasse pour l’une, et pour l’autre le fil brillant qui y est enroulé. Marie cesse de prier et se lève, le visage tout enflammé. La bouche sourit, mais une larme fait briller son œil d’azur. Elle prend la lampe à huile et l’allume avec la pierre à feu. Elle prend garde que tout soit bien en ordre dans la petite chambre. Elle remet en place la couverture de la couchette qui s’était déplacée. Elle ajoute de l’eau dans le vase du rameau fleuri et le porte au dehors à la fraîcheur de la nuit. Puis Elle rentre. Elle prend la broderie placée su le meuble à étagère, et la lampe allumée. Elle sort en fermant la porte. Elle fait quelque pas dans le jardinet le long de la maison et puis Elle entre dans la petite pièce où j’ai vu l’adieu de Jésus et Marie. Je la reconnais, bien qu’il manque quelque objet qui s’y trouvait alors. Marie disparaît, emportant la lumière dans une autre petite pièce voisine, et je reste là, avec la seule compagnie de son travail posé sur le coin de la table. J’entends le pas léger de Marie qui va et vient, je l’entends remuer de l’eau comme pour laver un objet, puis faire du menu bois. Je me rends compte que c’est du bois par le bruit qu’il a fait. Je m’aperçois qu’Elle allume le feu. Puis Elle revient. Elle sort dans le jardinet et Elle rentre avec des pommes et des légumes. Elle met les pommes sur la table, sur un plateau de métal gravé au burin : il me semble de cuivre bouliné. Elle retourne à la cuisine (cette pièce était bien la cuisine). Maintenant la flamme du foyer se projette joyeusement par la porte ouverte et fait danser des ombres sur les murs. Il se passe quelque temps et Marie revient avec un petit pain bis et une tasse de lait chaud. Elle s’assied et trempe des tranches de pain dans le lait. Elle les mange lentement. Puis, laissant la tasse à moitié, Elle entre de nouveau dans la cuisine et revient avec des légumes sur lesquels Elle verse de l’huile et les mange avec le pain. Elle se désaltère avec le lait, puis Elle prend une pomme et la mange. Un repas de fillette. Marie mange et réfléchit et sourit à une pensée intérieure. Elle se lève et tourne les yeux vers les murs à qui elle semble communiquer un secret. De temps en temps elle devient sérieuse, presque triste, mais après, le sourire revient. 113 On entend frapper à la porte. Marie se lève et ouvre. Joseph entre. Ils se saluent. Puis Joseph s’assied sur un tabouret en face de Marie, de l’autre côté de la table. Joseph est un bel homme, dans toute la force de l’âge. Il aurait trente cinq ans, au plus. Ses cheveux châtain sombre et sa barbe de même couleur encadrent un visage régulier avec deux yeux doux, châtains presque noirs. Le front est large et lisse, le nez petit, légèrement arqué, les joues rondes d’un brun pas olivâtre avec des pommettes rosées. Il n’est pas très grand, mais robuste et bien fait. Avant de s’asseoir, il a enlevé son manteau, (c’est le premier que je vois de ce gendre) il est de forme ronde, fermé à la gorge par un crochet ou quelque chose du même genre, avec un capuchon. Il est de couleur marron clair et d’une étoffe imperméable en laine grège. Il rassemble à un manteau de montagnard adapté pour abriter des intempéries. Avant de s’asseoir il offre à Marie deux œufs et une grappe de raisin, un peu avancé mais bien conservé. Et il sourit en disant : « On me l’a apporté

de Cana. Les œufs c’est le centurion qui me les a donnés pour une réparation que j’ai fait de son char. Il avait eu une roue abîmée et leur travailleur est malade. Ils sont frais. Il les a pris dans son poulailler. Bois-le. Ils te feront du bien. » « Demain, Joseph, maintenant j’ai mangé. » « Mais le raisin, tu peux le prendre, il est bon, doux comme du miel. Je l’ai porté avec précaution pour ne pas l’abîmer. Mange-le. Il y en a d’autre. Je t’en apporterai demain un petit panier. Ce soir je n’ai pas pu parce que je viens directement de la maison du centurion. » « Oh ! alors, tu n’as pas encore soupé. » « Non, mais n’importe. » Marie se lève tout de suite et va à la cuisine. Elle revient avec encore du lait, des olives et du fromage. « Je n’ai pas d’autre chose » dit-Elle. « Prends un œuf. » Joseph ne veut pas. Les œufs sont pour Marie. Il mange avec appétit son pain avec le fromage et boit le lait encore tiède. Puis il accepte une pomme et le repas est terminé. Marie prend sa broderie après avoir débarrassé la table de la vaisselle. Joseph l’aide et reste lui aussi dans la cuisine quand Elle en revient. Je l’entends bouger pendant qu’il remet tout en place et attise le feu car la soirée est fraîche. 114 Quand il revient, Marie le remercie. Ils parlent entre eux. Joseph raconte comment il a passé la journée. Il parle de ses neveux. Il s’intéresse au travail de Marie et à ses fleurs. Il promet d’apporter des très belles fleurs que le centurion lui a promises. « Ce sont des fleurs que nous n’avons pas. Il les a apportés de Rome. Il m’en a promis des plants. Maintenant que la lune est favorable, je vais te le planter. Elles ont une belle couleur et une odeur très agréable. Je les ai vues l’été dernier car elles fleurissent en été. Elles te parfumeront toute la maison. Je vais pouvoir les planter et les greffer. La lune est favorable. C’est le moment. » Marie sourit et remercie. Un silence. Joseph regarde la tête blonde de Marie, penchée sur la broderie. Un regard d’amour angélique. Certes, si un ange regardait une femme d’un amour d’époux, c’est ainsi qu’il la regarderait. Marie, comme si Elle prenait une décision pose sur son sein la broderie et dit : « Joseph, j’ai aussi quelque chose à te dire. Je n’ai jamais rien à dire car tu sais comme je vis dans la retraite. Mais aujourd’hui, j’ai une nouvelle. J’ai appris que notre parente Elisabeth, femme de Zacharie, attend un enfant … » Joseph écarquille les yeux et dit : « A cet âge ? » « A cet âge » répond Marie en souriant. « Le Seigneur peut tout et Il a voulu donner cette joie à notre parente. » « Comment le sais-tu ? La nouvelle est-elle sûre ? » « Il est venu un messager, quelqu’un qui ne saurait mentir. Je voudrais aller chez Elisabeth pour lui rendre service et lui dire que je me réjouis avec elle. Si tu le permets … » « Marie, tu es mon épouse, et moi je suis ton serviteur. Tout ce que tu fais est bien fait. Quand veux-tu partir ? » «Le plus tôt possible, mais je resterai là-bas des mois entiers. » « Et moi, je compterai les jours en t’attendant. Pars tranquille, je penserai à ta maison et au jardinet. Tu trouveras tes fleurs belles comme si tu les avais soignées. Seulement … attends. Je dois aller avant la Pâque à Jérusalem pour acheter quelques objets utiles à mon travail. Si tu attends quelques jours, je t’accompagnerai jusque là. Pas plus loin parce que je dois revenir promptement.

Mais jusque là nous pouvons aller ensemble. Je suis plus tranquille si je ne te sais pas seule sur les chemins. Au retour, tu me le feras savoir, je viendrai à ta rencontre. » 115 « Tu es bon, Joseph. Que le Seigneur te récompense par ses bénédictions et tienne loin de toi la douleur. Je le prie toujours pour cela. » Les deux chastes époux se sourient angéliquement. Le silence se rétablit quelque temps, puis Joseph se lève, il remet son manteau, relève le capuchon sur la tête. Il salue Marie qui, Elle aussi, s’est levée, et sort. Marie le regarde sortir. Elle pousse un soupir comme si Elle était peinée. Elle lève les yeux au Ciel et prie certainement. Elle ferme la porte, plie son ouvrage, va à la cuisine. Elle éteint le feu ou le couvre. Elle regarde si tout est bien en ordre. Elle prend la lampe et sort en fermant la porte. Elle protège de la main la flamme qui tremble au vent froid de la nuit. Elle entre dans sa chambre et prie encore. La vision se termine ainsi.

28. « CONFIE À

MOI LE SOIN DE TE JUSTIFIER PRES DE L’EPOUX »

Marie dit: “Fille bien chérie, quand cessa l’extase qui m’avait comblée d’une inexprimable joie, mes sens se rouvrirent aux choses de la terre. La première pensée qui, acérée comme les épines d’une rose, perça mon coeur enseveli dans les roses du Divin Amour devenu mon Epoux depuis quelques instants, ce fut la pensée de Joseph. Je lui avais désormais donné mon amour à mon saint et attentif gardien. Depuis le moment où la volonté de Dieu, à travers la parole de son Prêtre, m’avait voulue épouse de Joseph, j’avais pu le connaître et apprécier la sainteté de ce Juste. Unie à lui, j’avis senti disparaître ma solitude d’orpheline et je n’avais plus pleuré l’asile du Temple que j’avais perdu. Auprès de lui, je me sentais en sécurité comme Près du Prêtre. Toute hésitation était tombée et non seulement tombée, mais oubliée tellement elle s’était éloignée de mon coeur de vierge. J’avais compris qu’aucune hésitation, aucune crainte ne se justifiait à l’égard de Joseph. Plus tranquille qu’un enfant dans les bras de sa maman était ma virginité confiée à Joseph. Maintenant comment lui dire que j’allais être Mère? Je cherchais les mots pour le lui annoncer. Difficile recherche. Je ne voulais pas me flatter du don de Dieu et ne pouvais en aucune façon justifier ma maternité sans dire: ‘Le Seigneur m’a aimé entre toutes les femmes, et de moi, sa servante, Il a fait son épouse. Le tromper en lui cachant mon état, je ne le voulais pas non plus. Mais, pendant que je priais, l’Esprit Saint dont j’étais remplie, ma’avais dit: ‘Tais-toi. Laisse –moi le soin de te justifier près de ton époux’. Quand? Comment? Je ne l’avais pas demandé. Je m’étais toujours fiée à Dieu, comme une fleur se fie à l’eau qui la porte. Jamais l’Eternel ne m’avait laissée sans son aide. Sa main m’avait soutenue, protégée, guidée jusqu’ici. Il le ferait encore maintenant Ma fille, comme elle était belle et réconfortante, la foi en notre Eternel, Bon Dieu! Il nous recueille entre ses bras comme un berceau, nous porte comme une barque au lumineux port du Bien,

nous réchauffe le coeur, nous console, nous nourrit. Il nous donne le repos et la joie. Il nous donne la lumière et nous guide. La confiance en Dieu c’est tout et Dieu donne tout à qui a confiance en Lui: Il se donnes Lui-même. Ce soir-là je portai ma confiance de créature à la perfection. Maintenant, je pouvais le faire puisque Dieu était en moi. J’avais d’abord eu la confiance de la pauvre créature que j’étais: toujours un rien, même si j’avais été la Tant Aimée que je dusse être la Sans Tache. Mais maintenant j’avais une confiance divine parce que Dieu était à moi; non Epoux, mon Fils! Oh! Joie! Être Une avec Dieu. Non pas pour ma gloire, mais pour l’aimer dans une union totale, mais pour pouvoir Lui dire; “Toi, Toi seul qui es en moi, agis avec ta divine perfection en tout ce que je fais”. Si Lui ne n’avait pas dit: ‘Tais-toi!’, j’aurais peut-être osé, le visage contre la terre dire à Joseph: ‘L’Esprit est entré en moi et j’ai en moi le Germe de Dieu’; et lui m’aurait cru, parce qu’il m’estimait et parce que, comme tous ceux qui ne mentent jamais, il ne pouvait croire que les autres mentent. Oui, pour lui épargner la douleur à venir, j’aurais surmonté ma répugnance à m’attribuer une telle louange. Mais j’ai obéi au divin commandement et, pendant des mois, à partir de ce moment, j’ai senti la première blessure qui me faisait saigner le coeur. La première douleur de ma destinée de Corédemptrice. Je l’ai offerte et supportée pour vous donner à vous une règle de conduite dans ces moments analogues de souffrance, lorsque vous devez taire à l’occasion d’un événement qui vous met sous un jour défavorable auprès de quelqu’un qui vous aime. Remettez à Dieu la garde de vos réputations et des affections qui vous tiennent à coeur. Méritez par une vie sainte la protection de Dieu, et puis allez tranquilles. Même si tout le monde était contre vous, Il vous défendra. Auprès de ceux qui vous aiment et fera ressortir la vérité. Repose, maintenant, ma fille et sois toujours davantage ma fille.”

29.

MARIE ET JOSEPH SE RENDENT A JERUSALEM

J’assiste au départ pour aller chez Sainte Elisabeth. Joseph est venu prendre Marie avec deux ânes gris : un pour lui, l’autre pour Marie. Les deux animaux ont - l’un- la selle habituelle augmentée d’un bizarre dispositif dont je comprends qu’il est fait pour porter la charge. C’est une espèce de porte bagages sur lequel Joseph dispose un petit coffre de bois : une valise, dirions-nous maintenant, qu’il a apporté à Marie où Elle peut mettre ses vêtements à l’abri de la pluie. Je sens Marie remercier vivement Joseph pour son cadeau prévoyant dans lequel Elle dispose tout ce qu’Elle enlève d’un paquet qu’Elle avait préparé auparavant. Ils ferment la porte de la maison et se mettent en route. C’est le point du jour, car je vois l’aurore qui rosit à peine l’Orient. Nazareth dort encore. Les deux voyageurs matinaux rencontrent seulement un berger qui pousse devant lui ses brebis qui trottinent, l’une contre l’autre encastrés comme autant de coins les unes dans les autres, et qui bêlent. Les agneaux bêlent aussi plus que les autres avec leurs petites voix aigues. Ils voudraient chercher encore la mamelle maternelle. Mais les mères se hâtent vers le pâturage et les invitent à trotter avec leurs bêlements plus puissants. Marie regarde et sourit après s’être arrêtée pour laisser passer 118 le troupeau, Elle se penche sur sa selle et caresse les douces bêtes qui passent en frôlant sa monture.

Quand le berger arrive avec un petit agnelet tout nouveau-né dans ses bras et s’arrête pour saluer, Marie sourit en caressant le petit museau rose de l’agneau qui bêle désespérément. Marie dit : « Il cherche la maman. La voilà la maman, elle ne t’abandonne pas, non, petit. » De fait, la mère brebis se frotte au berger et se dresse pour lécher sur le museau son nouveau-né. Le troupeau passe, faisant un bruit de pluie sur les frondaisons et laisse derrière lui la poussière soulevée par tous les petits sabots qui se pressent et toute une broderie d’empreintes sur la terre du chemin. Joseph et Marie se remettent en route. Joseph a son manteau. Marie est emmitouflée dans une sorte de châle à rayures car la matinée est très fraîche. Les voilà désormais en pleine campagne et ils cheminent l’un près de l’autre. Ils parlent rarement. Joseph pense à ses affaires et Marie suit ses pensées et recueillie comme Elle l’est dans ses pensées, Elle leur sourit et sourit aux choses qui l’entourent. Parfois Elle regarde Joseph, et un voile de tristesse lui assombrit le visage. Puis le sourire revient même quand Elle regarde son époux attentif qui parle peu et n’ouvre la bouche que pour demander à Marie si Elle est bien commode et si Elle n’a besoin de rien. Maintenant les routes sont fréquentées par d’autres personnes, spécialement au voisinage de quelque pays ou dans la traversée. Mais les deux ne s’intéressent pas aux personnes rencontrées. Ils vont sur leurs montures qui trottent avec un grand bruit de grelots et ne s’arrêtent qu’une fois, à l’ombre d’un bosquet pour manger un peu de pain avec des olives et boire à une source dont l’eau descend d’une petite grotte. Ils doivent s’arrêter une seconde fois pour se mettre à l’abri d’une averse violente qui tombe d’un nuage très obscur. Ils se sont mis à l’abri de la colline sous la saillie d’un rocher qui les protège du plus gros de la pluie. Mais Joseph veut absolument que Marie prenne son manteau de laine imperméable sur lequel l’eau coule sans le mouiller. Marie doit céder à la pressante insistance de son époux qui, pour la rassurer sur son sort, se met sur la tête et sur les épaules une petite couverture grise qui était sur la selle, la couverture de l’âne probablement. Maintenant Marie rassemble à un petit frère avec le capuchon qui lui 119 encadre le visage et le manteau marron fermé à la gorge et qui la couvre entièrement. L’averse se calme mais fait place à une pluie ennuyeuse et fine. Les deux reprennent leur marche sur le chemin devenu boueux. Mais c’est le printemps, et après un moment, le soleil commence à rendre le chemin plus facile. Les deux montures courent plus allègrement sur la route. Je ne vois pas autre chose car la vision s’arrête là.

30.

DE JERUSALEMMM A LA MAISON DE ZACHARIE

Nous sommes à Jérusalem. Je la reconnais bien désormais avec ses rues et ses portes. Les deux époux se dirigent d’abord vers le Temple. Je reconnais l’écurie où Joseph a laissé l’âne, le jour de la présentation au Temple. Maintenant encore il laisse les deux montures après les avoir soignées et, avec Marie, va adorer le Seigneur. Puis, ils sortent, et Marie se rend avec Joseph dans une maison de personnes de connaissance, semble-t-il. Là ils se restaurent et Marie se repose jusqu’à ce que Joseph revienne avec un petit vieux. « Cet homme va par le même chemin que toi. Tu auras très peu de chemin à faire seule pour arriver chez la parente. Aie confiance en lui, je le connais. » Ils reprennent leurs montures et Joseph accompagne Marie jusqu’à la Porte (c’est une autre Porte que celle par où ils sont arrivés). Ils se saluent et Marie va seule avec le petit vieux qui parle, autant que Joseph était silencieux, et s’intéresse à mille choses. Marie répond patiemment. Maintenant sur le devant de la selle Elle a le petit coffre que portait l’âne de Joseph et Elle n’a

plus le manteau. Elle n’a pas même son châle qui est plié sur le coffre. Elle est toute belle avec son vêtement d’azur foncé et le voile blanc qui la protège du soleil. Comme Elle est belle ! Le petit vieux doit être un peu sourd car, pour des faire entendre, Marie doit parler très fort, Elle qui parle toujours à voix basse. Mais maintenant il en a fini, il a épuisé tout son répertoire de questions et de nouvelles, maintenant il somnole sur la selle, 120 se laissant conduire par sa monture qui connaît bien le chemin. Marie profite de cette trêve pour se recueillir en ses pensées et prier. Ce doit être une prière qu’Elle chante à voix basse en regardant le ciel azuré et en tenant le bras sur son sein. Son visage par l’effort d’une émotion de l’âme est lumière et béatitude. Je ne vois pas autre chose. [Et maintenant que la vision est suspendue pour moi, comme hier je reste avec la Maman près de moi, visible pour ma vision intérieure, avec tant de netteté que j’en puis faire le portrait : le rose clair de la joue, un peu joufflue, mais d’une douceur agréable, le rouge vif de la petite bouche et la douce splendeur de ses yeux d’azur sous le blond foncé de ses cils. Et puis dire comment les cheveux qui se séparent au sommet de la tête descendent agréablement en trois ondulations de chaque côté jusqu’à couvrir à moitié les petits oreilles roses et disparaissent avec leur or clair et lumineux derrière le voile qui couvre la tête. (Je la vois en effet avec le manteau sur la tête, avec son vêtement de soie paradisiaque et son manteau léger comme un voile et portant opaque, de la même étoffe que le vêtement). Je puis dire que le vêtement est serré à la taille par un cordon plus gros, toujours de soie blanche qui descend avec deux pompons sur les côtés. Je puis aller jusqu’à dire que le vêtement serré au cou et à la taille, fait sur la poitrine sept plis doucement arrondis, unique ornement de son très chaste habit. Je peux dire l’impression de chasteté qui se dégage de l’aspect de Marie, de ses formes si délicates et si harmonieuses qui la font angéliquement femme. Et plus je la regarde et plus je souffre en pensant à quel point on l’a faite souffrir et je me demande comment on a pu ne pas avoir pitié d’Elle, si douce et gentille, si délicate, même dans on aspect physique. Je la regarde et j’entends les hurlement du Calvaire, contre Elle aussi, toutes les railleries et les bouffonneries, toutes les malédictions qu’on lui adresse parce qu’Elle est la Mère du Condamné. Je la vois belle et tranquille, maintenant, mais son aspect actuel ne peut effacer le souvenir de son visage tragique à l’heure de l’agonie et de la désolation qu’il exprimait dans la maison de Jérusalem après la mort de Jésus. Et je voudrais pouvoir la caresser, baiser ses joues si délicatement rosées pour enlever par mon baiser le souvenir de ses larmes, demeuré en Elle comme en moi … Je ne puis croire quelle paix cela me donne de l’avoir tout près de moi. Je pense que mourir en la voyant serait doux autant et plus que la plus douce heure de la vie. En ces derniers temps que je ne la voyais pas ainsi toute entière pour moi, j’ai souffert de son absence comme de l’absence d’une maman. Maintenant je ressens l’ineffable joie qui ne me quitta pas en décembre et dans les premiers jours de janvier. Et je suis heureuse. Heureuse malgré le voile de douleur dont la vue des déchirements de la passion assombrit ma félicité. Il est difficile de dire et de faire comprendre ce que j’ai éprouvé et ce qui 121 est arrivé depuis le 11 février le soir où j’ai vu souffrir Jésus dans sa Passion. Ça été une vue qui m’a radicalement changée. Que je meure maintenant ou dans cent ans, cette vision gardera toute son intensité et son influence. Avant cela, je pensais aux douleurs du Christ. Maintenant, je les vis, car il me suffit d’un mot, d’un coup d’œil sur une image pour souffrir de nouveau ce que j’ai souffert ce soir pour éprouver l’horreur de ces supplices, pour éprouver l’angoisse de sa souffrance désolée et même si rien ne me le rappelle, son souvenir m’étreint le cœur. Marie commence à parler et je me tais. ]

31.

“NE VOUS DEPOUILLEZ JAMAIS DE LA PROTECTION DE LA PRIERE”

Marie dit : « Je ne vais pas te parler longuement, parce que tu es bien lasse, ma pauvre fille. J’attire uniquement ton attention et celle des lecteurs sur l’habitude constante de Joseph et la mienne de donner toujours la première place à la prière. Sécheresse, hâte, chagrin, occupations c’était des choses qui n’empêchaient pas la prière, mais au contraire ils la favorisaient. Elle était toujours la reine de nos occupations, notre réconfort, notre lumière, notre espérance. Si aux heures de tristesse elle était le réconfort, aux heures heureuses elle devenait un chant. Mais elle était l’amie fidèle de notre âme. Elle nous détachait de la terre, de l’exil, elle nous tournait vers les hauteurs du Ciel, la Patrie. Ce n’était pas seulement moi, qui portais Dieu en moi et qui n’avais qu’à regarder mon sein pour odorer le Saint des Saints, mais Joseph aussi se sentait uni à Dieu quand il priait, parce que notre prière était une adoration véritable de tout l’être qui se fondait en Dieu en l’adorant et en recevant ensuite son embrassement. Et regardez, moi qui portais l’Eternel, je ne me pensais pas dispensée de la fréquentation respectueuse du temple. La sainteté la plus élevée ne dispense pas de se sentir un rien devant Dieu, et d’humilier ce néant, puisque Lui nous le permet, en un continuel hosanna à sa gloire. Etes-vous faibles, pauvres, pleins de défauts ? Invoquez la sainteté du Seigneur : « Saint, Saint, Saint ! » Appelez-le, ce Saint béni, au secours de votre misère. Il viendra faire passer en vous sa 122 sainteté. Etes-vous saints et riches de mérites à ses yeux ? Invoquez également la sainteté du Seigneur. Cette sainteté infinie fers croire toujours plus la vôtre. Les anges, qui sont des êtres supérieurs aux faiblesses de l’humanité, ne cessent pas un instant de chanter leur ‘Sanctus’ et leur beauté surnaturelle s’accroît à chaque invocation de la Sainteté de notre Dieu. Imitez les anges. Ne vous dépouillez jamais la protection de la prière, contre laquelle s’émoussent les armes de Satan, les malices du monde, les désirs de la chair et l’orgueil de l’esprit. Ne déposez jamais ces armes qui ouvrent le Ciel et en font pleuvoir grâces et bénédictions. La terre a besoin d’un bain de prières pour se purifier des fautes qui attirent les châtiments de Dieu. Et, étant donné que les âmes de prière sont peu nombreuses, elles doivent prier beaucoup pour suppléer à la carence des autres. Il leur faut multiplier leurs prières vivantes pour faire le poids nécessaire à l’obtention de la grâce. Des prières vivantes elles le seront quand elles auront leur source dans l’amour et le sacrifice. [Et que toi, ma fille, tu souffres car c’est une chose excellente que ta souffrance unie à a mienne et à celle de mon Jésus, elle est agréable à Dieu et méritoire. Il m’est si cher ton amour de compatissant. Mais veux-tu me donner un baiser ? Baise les plaies de mon Fils. Mets-leur le baume de ton amour. J’ai ressenti en mon esprit la douleur des fouets et des épines, la torture des clous et de la croix. Mais je ressens également toutes les caresses données à mon Jésus. Ce sont autant de baisers qui me sont donné. Et puis, viens. Je suis la Reine du Ciel, mais je suis toujours la Maman… »

Me voilà heureuse ! ]

32.

ARRIVEE A LA MAISON DE ZACHARIE

Je suis dans un pays montagneux. Ce ne sont pas de hautes montagnes, mais ce ne sont plus des collines. Elles ont déjà des cimes et des gorges de vraies montagnes comme on en voit sur notre Apennin tosco-ombrien. La végétation est drue et magnifique. Il y en a en abondance des eaux fraîches qui conservent vertes les prairies et productifs les vergers peuplés de pommiers, de figuiers avec, autour des maisons, des vignes. Ce doit être le printemps car les grappes sont déjà grosses comme des grains de 123 vesce et les pommiers commencent à ouvrir leurs bourgeons qui maintenant paraissent verts, sur les branches supérieures des figuiers il y a des fruits qui sont déjà bien formés. Ensuite les près ne sont que tapis moelleux aux mille couleurs. Les troupeaux sont en train d’y paître, ou bien ils se reposent, taches blanches sur l’émeraude de l’herbe. Marie gravit, avec sa monture, un chemin en assez bon état qui doit être la principale voie d’accès. Elle monte, parce que le pays dont l’aspect est assez régulier est situé plus haut. Celui qui me renseigne habituellement me dit : ‘ Cet endroit c’est Hébron ‘. Vous me parliez de Montana. Mais je ne suis pas fixée, je ne sais si ‘Hébron’ désigne tout le pays ou l’agglomération. J’en dis donc que ce j’en sais. Voilà que Marie entre dans la cité. C’est le soir : des femmes sur les portes observent l’arrivée de l’étrangère et en parlent entre elles. Elles la suivent de l’œil et ne se rassurent qu’en la voyant s’arrêter devant une des plus belles maisons située au milieu du pays. Devant se trouve un jardin puis, en arrière et autour, un verger bien entretenu. Vient ensuite une vaste prairie qui monte et descend suivant le relief de la montagne pour aboutir à un bois de haute futaie ; ensuite j’ignore ce qu’il y a. La propriété est entourée d’une haie de ronces et de rosiers sauvages. Je ne distingue pas bien ce qu’ils portent. La fleur et le feuillage de ces buissons se rassemblent beaucoup et tant que le fruit n’est pas formé sur les branches, il est facile de se tromper. Sur le devant de la maison, sur le côté donc qui fait face au pays, la propriété est entourée d’un petit mur blanc sur lequel courent des branche de vraies roses, pour l’instant sans fleurs, mais déjà garnis de boutons. Au centre, une grille de fer qui est fermée. On se rend compte que c’est la maison d’un notable du pays ou d’un habitant assez fortuné. Tout, en effet, indique sinon la richesse, au moins l’aisance certainement. Il y a beaucoup d’ordre. Marie descend de sa monture et s’approche de la grille. Elle regarde à travers les barreaux et ne voit personne. Alors Elle cherche à manifester sa présence. Une petite femme qui, plus curieuse que les autres l’a suivie, lui indique un bizarre agencement qui sert de clochette. Ce sont deux morceaux de métal fixés sur un axe. Quand on remue l’axe avec une corde, ils battent l’un contre l’autre en faisant un bruit qui imite celui d’une cloche ou d’un gong. Marie tire la corde, mais si gentiment que l’appareil tinte légè124 rement et personne ne l’entend. Alors, la femme, une petite vieille, tout nez et menton et entre les deux une langue qui en vaut dix, s’accroche à la corde et tire, tire, tire, tire. Un vacarme à réveiller un mort : « C’est cela qu’il faut faire. Autrement comment pouvez-vous faire entendre ? Sachez

qu’Elisabeth est vieille et aussi Zacharie. Et à présent il est muet et sourd par-dessus le marché. Les domestiques sont aussi vieux, le savez-vous ? N’êtes-vous jamais venue ? Connaissez-vous Zacharie ? Vous êtes… » Pour délivrer Marie de ce déluge de renseignement et de questions, survient un petit vieux qui boite. Ce doit être un jardinier ou un agriculteur, car il a en mains un sarcloir et, attachée à la ceinture, une serpette. Io ouvre et Marie entre en remerciant la petite vieille mais…hélas ! Sans lui répondre. Quelle déception pour la curieuse ! A peine à l’intérieur, Marie dit : « Je suis Marie de Joachim et d’Anne, de Nazareth. Cousine de vos maîtres. » Le petit vieux s’incline et salue et se met à crier : « Sara ! Sara ! » Il ouvre la grille pour faire entrer l’âne resté dehors parce que Marie, pour se défaire de la petite vieille importune, s’est glissée vite, vite, à l’intérieur et que le jardinier, aussi rapide qu’Elle, a fermé la grille, au nez de la commère et, tout en faisant entrer la monture, il dit : « Ah ! Grand bonheur et grande peine en cette maison ! Le Ciel a donné un fils à la stérile, que le Très-Haut en soit béni ! Mais Zacharie est revenu, il y a sept mois, muet de Jérusalem. Il se fait comprendre par signes ou en écrivant. Vous l’avez peut-être appris’ La patronne vous a tant désirée au milieu de cette joie et de cette peine ! Souvent elle parlait de vous avec Sara et disait : ‘ Si j’avais encore ma petite Marie avec moi ! Si Elle avait encore été au Temple ! J’aurais demandé à Zacharie de l’amener. Mais maintenant le seigneur l’a voulue comme épouse à Joseph de Nazareth. Elle seule pouvait me donner du réconfort dans cette peine et m’aider à prier Dieu, car Elle est si bonne, et au Temple tout le monde la pleure. A la dernière fête, quand je suis allée avec Zacharie la dernière fois à Jérusalem pour remercier Dieu de m’avoir donné un fils, j’ai entendu ses maîtresses me dire : ‘Le Temple semble avoir perdu les chérubins de la Gloire depuis que la voix de Marie ne résonne plus en ces murs ’. Sara ! Sara ! Ma femme est un peu sourde, mais viens, viens que je te conduise. » Au lieu de Sara, voilà, en haut d’un escalier au flanc d’un côté 125 de la maison, une femme d’âge plutôt avancé, déjà toute ridée avec des cheveux très grisonnants. Ses cheveux devaient être très noirs parce qu très noirs sont encore ses cils et ses sourcils et qu’elle était très brune, le teint de son visage l’indique clairement. Contrastant étrangement avec sa vieillesse évidente, sa grossesse est déjà très apparente, malgré l’ampleur de ses vêtements. Elle regarde en faisant signe de la main. Elle a reconnu Marie. Elle lève les bras au ciel avec un : ‘Oh !’ étonné et joyeux et se hâte, autant qu’il lui est possible, à la rencontre de Marie. Marie aussi, toujours réservée dans sa démarche se mette à courir agile comme un faon et Elle arrive au pied de l’escalier en même temps qu’Elisabeth. Marie reçoit sur son cœur avec une vive allégresse sa cousine qui pleure de joie en la voyant. Elles restent embrassées un instant et puis Elisabeth se détache de l’étreinte avec un ‘Ah !’ où se mêlent la douleur et la joie et elle porte la main sur son ventre grossi. Elle penche son visage, pâlissant, et rougissant alternativement. Marie et le serviteur tendent les mains pour la soutenir parce qu’elle vacille comme si elle se sentait mal. Mais Elisabeth, après être restée une minute comme recueillie en elle-même, lève un visage tellement radieux qu’il semble rajeuni. Elle regarde Marie avec vénération en souriant comme si elle voyait un ange et puis elle-même s’incline en un profond salut en disant : « Bénie es-tu parmi toutes les femmes ! Béni le fruit de ton sein ! (elle prononce ainsi : deux phrases bien détachées). Comment ai-je mérité que vienne à moi, ta servante, la Mère de mon Seigneur ? Voilà qu’au son de ta voix l’enfant a bondi de joie dans mon sein, et lorsque je t’ai embrassée, l’Esprit du Seigneur m’a dit les très hautes vérités dans les profondeurs de mon cœur. Bienheureuse es-tu d’avoir cru qu’à Dieu serait possible même ce qui ne semble pas possible à l’esprit humain! Bénie es-tu parce que, grâce à ta foi, tu feras accomplir les choses qui t’ont été prédites par le Seigneur et les prophéties des Prophètes pour ce temps-ci ! Bénie es-tu pour le Salut que tu as engendré pour la descendance de Jacob ! Bénie es-tu pour avoir apporté la

Sainteté à mon fils qui, je le sens, bondit comme une jeune chevrette pour la joie qu’il éprouve, en mon sein ! C’est qu’il se sent délivré du poids de la faute, appelé à être le précurseur, sanctifié avant la Rédemption par le Saint qui croit en toi ! » Marie, avec deux larmes, qui comme des perles descendent de 126 ses yeux qui rient vers sa bouche qui sourit, le visage levé vers le ciel et les bras levés aussi, dans la pose que plus tard, tant de fois aura son Jésus, s’écrie : « Mon âme magnifie son Seigneur » et Elle continue le cantique comme il nous a été transmis. A la fin, au verset : ‘Il a secouru Israel son serviteur … etc.… », Elle croise les mains sur sa poitrine, s’agenouille, prosternée jusqu’à terre en adorant Dieu. » Le serviteur s’était respectueusement éclipsé quand il avait vu qu’Elisabeth ne se sentait plus mal et qu’elle confiait ses pensées à Marie. Il revient du verger avec un vieillard imposant aux cheveux blancs et à la barbe blanche, qui de loin, avec de grands gestes et des sons gutturaux, salue Marie. « Zacharie arrive » dit Elisabeth en touchant à l’épaule la Vierge absorbée dans sa prière. « Mon Zacharie est muet. Dieu l’a puni de n’avoir pas cru. Je t’en parlerai plus tard, mais maintenant, j’espère le pardon de Dieu puisque tu es venue, toi, la Pleine de Grâce. » Marie se lève et va à la rencontre de Zacharie et s’incline devant lui jusqu’à terre. Elle baise le bord de son vêtement blanc qui le couvre jusqu’à terre. Il est très ample ce vêtement et attaché à la taille par un large galon brodé. Zacharie par gestes souhaite la bienvenue, et ensemble ils rejoignent Elisabeth. Ils entrent tous dans une vaste pièce très bien disposée. Ils y font asseoir Marie et lui font servir une tasse de lait qu’on vient de traire –il écume encore- avec des petites galettes. Elisabeth donne des ordres à la servante, finalement apparue avec les mains enfarinées et des cheveux encore plus blancs, qu’ils ne le sont pas en réalité à cause de la farine dont ils sont saupoudrés. Peut-être elle était en train de faire le pain. Elle donne aussi à un serviteur, qu j’entends appeler Samuel, l’ordre de porter le coffre de Marie dans une chambre qu’elle lui indique. Tous les devoirs d’une maîtresse sa maison à l’égard de son hôte. Marie répond entre temps aux questions que lui fait Zacharie en écrivant avec un stylet sur une tablette enduite de cire. Je comprends, par les réponses, qu’il lui parle de Joseph, et qu’il lui demande comment Elle se trouve épousée. Mais je comprends aussi que Zacharie n’a aucune lumière surnaturelle sur l’état de Marie et sa condition de Mère du Messie. C’es Elisabeth qui, approchant de son mari et lui mettant affectueusement une main sur 127 l’épaule comme pour une chaste caresse, lui dit : « Marie est mère, Elle aussi. Réjouis-toi de son bonheur. » Mais elle n’ajoute rien. Elle regarde Marie et Marie la regarde mais ne l’invite pas à en dire plus, et Elle se tait. [Douce, très douce vision ! Elle m’enlève l’horreur que j’avais ressentie à la vue du suicide de Judas. Hier soir, avant de m’endormir, j’ai vu les pleurs de Marie penchée sur la pierre de l’onction, sur le corps inanimé du Rédempteur. Elle était à sa droite, tournant le dos à l’entrée de la grotte sépulcrale. La lumière des torches éclairait son visage et me faisait voir son pauvre visage dévasté par la douleur, inondé de larmes. Elle prenait la main de Jésus, la caressait, la réchauffait sur ses joues, la baisait, en étendait les doigts… un par un le baisait ces doigts désormais inertes. Puis Elle Lui caressait le visage, se penchait pour baiser la bouche ouverte, les yeux à demi fermés, le front blessé. La lumière rougeâtre des torches fait paraître encore plus vives les plaies de tout ce corps

torturé et plus visible la cruauté de la torture qu’Il a subie et la réalité de sa mort. Je suis ainsi restée en contemplation tant que mon intelligence est restée lucide. Puis, réveillée de ma somnolence, j’ai prié et me suis mise en position pour un vrai sommeil. C’est alors qu’a commencé la vision ci-dessus. Mais la maman m’a dit : « Ne remue pas, regarde seulement, tu écriras demain. » Pendant le sommeil, j’ai de nouveau tout revu en songe. Réveillée à 6h30, j’ai revu tout ce que j’avais vu la veille et en rêve. J’ai écrit, tout en voyant. Puis, vous êtes venu [NDR c’est à son Père spirituel P.Migliorini qu’elle se réfère] et j’ai pu demander si je devais mettre tout ce qui suit. Ce sont de petits tableaux séparés sur le séjour de Marie dans la maison de Zacharie. (2 avril 19444). ]

33. MARIE REVELE LE NOM A ELISABETH Je vois, il me semble que c’est matin, Marie qui coud dans le vestibule. Elisabeth va et vient, s’occupant de la maison. Quand elle entre, elle ne manque jamais d’aller faire une caresse sur la tête blonde de Marie, encore plus blonde sur les murs plutôt sombres et sous un beau rayon de soleil qui entre par la porte ouverte sur le jardin. Elisabeth se penche pour regarder le travail de Marie –c’est la broderie qu’Elle avait à Nazarethet elle en lue la beauté. « J’ai encore du lin à filer » dit Marie. « Pour ton Enfant ? » « Non, je l’avais déjà quand je ne pensais pas … » Marie n’achève pas, mais je comprends : ‘quand je ne pensais pas devoir être la 128 Mère de Dieu.’ « Mais maintenant tu devras t’en servir pour lui. Est-il beau ? Fin ? Les enfants, tu sais, ont besoin de linge très délicat. » « Je le sais. » « Moi, j’avais commencé… Tard, parce que j’ai voulu être sûre que ce n’était pas une tromperie du Malin. Malgré … j’avais ressenti une telle joie que cela ne pouvait venir de Satan. Puis …j’ai souffert tellement. Je suis vieille, Marie, pour être dans cet état. J’ai beaucoup souffert. Toi, tu ne soufres pas ?... » « Moi, non. Je ne me suis jamais sentie si bien. » « Eh ! Oui ! Toi .. en Toi il n’y a pas de tache si Dieu t’a choisie pour être sa Mère. Alors tu n’es pas sujette aux souffrances d’Eve. Celui que tu portes est saint. » « Il me semble avoir des ailes au cœur, et non un poids. Il me semble avoir en moi toutes les fleurs, et tous les oiseaux qui chantent au printemps, la douceur du miel et tout le soleil … Oh ! je suis heureuse ! » « Bénie ! moi aussi, dès l’instant où je t’ai vue, je n’ai plus senti de poids, de fatigue et de douleur. Il me semble être neuve, jeune, délivrée des misères de ma chair de femme. Mon enfant, après avoir bondi de joie au son de ta voix, s’est installé tranquille dans sa joie. Il me semble l’avoir

en moi comme un berceau vivant et le voir dormir rassasié et heureux, respirer comme un oiseau qui repose tranquille sous l’aile de sa maman… maintenant, je vais me mettre au travail, il ne me pèsera plus. Je ne vois pas bien clair, mais … » « Laisse, Elisabeth ! J’y penserai, moi à filer et à tisser pour toi et pour ton enfant. Je suis svelte et j’y vois clair. » « Mais tu devras penser au tien… » « Oh ! J’aurai bien le temps !.. Je pense d’abord à toi et à ton petit, et puis, je penserai à mon Jésus. » Dire comme elle est douce l’expression et la voix de marie et comme Elle s’épanouit, en le disant, ce Nom, comme ses yeux s’emperlent de douces larmes de joie, pendant qu’Elle regarde le ciel lumineux et azuré, cela dépasse les possibilités humaines. Il semble que l’extase s’empare d’Elle rien qu’à dire : ‘Jésus’. Elisabeth dit : « Quel beau nom ! Le Nom du Fils de Dieu, notre Sauveur ! » « Oh ! Elisabeth ! » Marie devient triste, triste et Elle saisit les mains que sa parente tient croisées sur son sein gonflé. « Dis129 moi, toi qui à mon arrivée as été remplie de l’Esprit du Seigneur et qui a prophétisé ce que le monde ignore. Dis-moi : que devra faire pour sauver le monde, ma Créature ? Les Prophéties … Oh ! les Prophètes qui parlent du Sauveur ! Isaïe … tu te rappelles Isaïe ? C’est l’Homme des douleurs. C’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. Il a été percé et blessé à cause de nos crimes… Le Seigneur veut le consumer dans les souffrances… Après la condamnation on l’a enlevé…’ De quelle élévation parle-t-il’ On l’appelle Agneau et moi, je pense… à l’agneau pascal, à l’agneau de Moïse et je le rapproche du serpent que Moïse éleva sur une croix. Elisabeth !... Elisabeth !.... Que feront-ils à ma Créature ? Que devra-t-il souffrir pour sauver le monde ? » Marie pleure. Elisabeth la console. « Marie, ne pleure pas. C’est ton Fils, mais c’est aussi le Fils de Dieu. Dieu pensera à son Fils et à toi qui es sa Mère. Et s’il y en a tant qui se montreront cruels envers Lui, il y en aura tant qui l’aimeront. Tant !... Pendant des siècles et des siècles. Le monde regardera vers ton Enfant et te bénira avec lui. Toi : Source d’où jaillit la rédemption. Le sort de ton Fils ! Elevé à la royauté sur toute la création. Penses-y Marie : Roi, parce qu’Il aura racheté tout ce qui a été crée, et comme tel, il en sera aimé. Mon fils précédera le tien et l’aimera. L’ange l’a dit à Zacharie, et lui me l’a écrit … Ah ! quelle douleur de le voir muet mon Zacharie ! mais j’espère que, quand l’enfant sera né, le père aussi sera libéré du châtiment qui l’a frappé. Prie, toi qui es le Siège de la puissance de Dieu et la Cause de la joie du monde. Pour l’obtenir, j’offre, comme je puis, ma créature au Seigneur. Elle est à Lui, en effet, Il l’a prêtée à sa servante pour lui donner la joie de s’entendre appeler ‘mère’. C’est le témoignage de ce que Dieu a fait pour moi. Je veux qu’il s’appelle ‘Jean’. Est-ce que par hasard ce n’est pas une grâce, mon petit ? Et n’est-ce pas Dieu qui me l’a faite ? » « Et Dieu, j’en suis bien convaincue, te fera cette grâce. Je prierai … avec toi. » « J’ai tant de peine de le voir muet !... » Elisabeth pleure. « Quand il écrit, puisqu’il ne peut parler, il me semble qu’il y ait des monts et mers entre moi et mon Zacharie. Après tant d’années de douces paroles, maintenant sa bouche reste silencieuse. Et maintenant spécialement, où il serait si beau de parler de ce qui va arriver. Je me retiens même de parler pour 130 ne pas le voir se fatiguer à faire des gestes pour me répondre. J’ai tant pleuré ! Je t’ai tant attendue ! Le pays regarde, bavarde et critique. Le monde est fait ainsi. Et quand on a une peine ou une joie, on a besoin de compréhension et pas de critique. Maintenant, il me semble que la vie soit tout à fait meilleure. Je sens la joie en moi depuis que tu es avec moi. Je sens que mon épreuve va passer et que je serai bientôt tout à fait heureuse. Il en sera ainsi, n’est-ce pas’ Je me résigne à tout. Mais, si

Dieu pardonnait à mon époux ! Pouvoir l’entendre prier comme avant ! » Marie la caresse, la réconforte et pour la distraire, l’invite à faire un tour dans le jardin ensoleillé. Elles se rendent sous une tonnelle bien entretenue jusqu’à une petite tour rustique dans les trous de laquelle les colombes font leurs nids. Marie répand des graines, en riant. Les colombes se précipitent sur Elle avec des roucoulements et des vols qui décrivent tout autour des cercles iridescents. Sur la tête, sur les épaules, sur les bras et sur les mains, elles se posent, allongeant leurs becs roses pour saisir les grains dans les creux des mains, becquetant gracieusement les lèvres roses de la Vierge et ses dents qui brillent au soleil. Marie tire d’un sac les grains blonds et rit au milieu de cette joute d’avidité envahissante. « Comme elles t’aiment ! » dit Elisabeth. « Il n’y a que quelques jours que tu es avec nous et elles t’aiment plus que moi qui les ai toujours soignées ! » La promenade se poursuit jusqu’à un enclos fermé, au fond du verger, où se trouvent une vingtaine de chèvres avec leurs cheveux. « Tu es revenu du pâturage « dit marie à un jeune berger qu’elle caresse. « Oui, car mon père m’a dit : ‘Va à la maison parce que bientôt il va pleuvoir et il y a des bêtes qui vont avoir les petits. Aie soin qu’elles aient de l’herbe sèche et une litière toute prête’. Le voilà qui vient. » Et il fait signe au-delà du bois d’où vient un bêlement tremblotant. Marie caresse un chevreau blond comme un enfant, qui la frôle et avec Elisabeth boit du lait tout frais que le petit berger lui offre. Le troupeau arrive avec un berger hirsute comme un ours. Mais 131 ce doit être un brave homme car il porte sur ses épaules une brebis toute plaintive. Il la pose doucement par terre et il explique : « Elle va avoir un agneau et elle ne pouvait plus marcher que difficilement. Je l’ai chargée sur mes épaules et j’ai fait très vite pour arriver à temps ». La brebis, qui boite douloureusement, est conduite au bercail par l’enfant. Marie s’est assise sur un rocher et joue avec les chevreaux et les agneaux, présentant des fleurs de trèfle à leurs museaux roses. Un chevreau blanc et noir lui met les pattes sur les épaules et flaire ses cheveux. « Ce n’est pas du pain » dit Marie en riant. « Demain je t’en apporterai une croûte. Sois tranquille, maintenant. » Elisabeth aussi, rassérénée, se met à rire.

34.

MARIE PARLE DE SON ENFANT

Je vois Marie qui file, vite, vite, sous la tonnelle où le raisin grossit. Il a dû passer un certain temps parce que les pommes commencent à rougir sur les arbres et les abeilles ronronnent près des fleurs du figuier déjà mûres. Elisabeth est tout à fait grosse et marche lourdement. Marie la regarde avec une attention affectueuse. Marie, elle-même quand elle se lève pour ramasser le fuseau tombé trop loin, parait s’arrondir sur les côtés et l’expression du visage est changée. Elle est plus mûre. C’était une jeune fille. Maintenant c’est une femme.

Les femmes entrent dans la maison parce que le jour baisse et à l’intérieur on allume les lampes. En attendant le souper, Marie tisse. « Mais ne te fatigue-t-il pas réellement ? » demande Elisabeth en montrant du doigt le métier à tisser. « Non, sois tranquille. » « Pour moi, cette chaleur me fatigue. J’ai été sans souffrir, mais maintenant le poids est lourd pour mes reines vieillies. » « Prends courage, tu seras bientôt libérée. Comme tu seras heureuse alors ! Pour moi, je ne vois pas l’heure de ma maternité. Mon Enfant ! Mon Jésus ! Comment sera-t-Il ? » « Beau comme toi, Marie. » « Oh ! non ! Plus beau ! Lui est Dieu, je suis sa servante. Mais j’ai 132 voulu dire : sera-t-Il blond ou brun ? Aura-t-il les yeux comme un ciel tranquille ou comme les cerfs de montagnes ? Moi, je me le représente plus beau qu’un chérubin, avec une chevelure couleur d’or, avec les yeux de la couleur de notre mer de Galilée quand les étoiles commencent à se lever sur l’horizon du ciel, une bouche petite et rouge comme une tranche de grenade quand elle s’ouvre à maturité, et les joues, et bien voilà comme le teint rosé de cette rose pâle, et deux petites mains qui tiendraient le calice d’un lys, tant elles sont petites et belles, et deux pieds petits au point de remplir le creux de la main et gracieux et veloutés plus qu’un pétale de fleur. Vois. J’emprunte l’idée que je me fais de Lui à toutes les beautés que me suggère la terre. Et j’entends sa voix. En pleurant – il pleurera un peu, de faim ou de lassitude, mon Petit et ce sera toujours grande douleur pour sa maman qui ne pourra… oh ! non, elle ne pourra le voir pleurer sans avoir le cœur transpercé- son cri sera comme le bêlement qui nous arrive de ce petit agneau qui vient de naître et qui cherche la mamelle de sa mère et pour dormir la chaleur de sa toison. Son rire emplira de ciel mon cœur épris de ma Créature. Je puis être enamourée de Lui, parce qu’Il est mon Dieu et mon amour d’amante ne s’oppose pas à ma consécration virginale. Son rire sera comme le roucoulement joyeux d’une petite colombe rassasiée et satisfaite dans la tiédeur de son nid. Je pense à ses premiers pas … un oiseau sautillant sur un pré fleuri. Le pré sera le cœur de sa maman qui soutiendra ses petits pieds roses avec tout son amour pour qu’Il ne rencontre rien qui le fasse souffrir. Comme je l’aimerai mon Enfant ! Mon Fils ! Joseph aussi l’aimera ! » « Mais tu devras le lui dire à Joseph ! » Marie s’assombrit et soupire. « Je devrais pourtant le lui dire… J’aurais voulu que le Ciel le lui fasse savoir car c’est très difficile d’en parler. » « Veux-tu que je lui en parle ? Que je le fasse venir pour la circoncision de Jean ? » « Non. J’ai remis à Dieu le soin de l’instruire de son heureux sort de nourricier du Fils de Dieu. Il s’en chargera. L’Esprit m’a dit ce soir : ‘Tais-toi, laisse-Moi le soin, je te justifierai’. Et Il le fera. Dieu ne ment jamais. C’est une grande épreuve, mais avec l’aide de l’Eternel, elle sera surmontée. En dehors de toi à qui l’Esprit l’a révélé, personne ne doit connaître par ma bouche la bienveillance du Seigneur à l’égard de sa servante. » 133 « J’ai toujours gardé le silence, moi aussi avec Zacharie qui en aurait éprouvé une grande joie. Il croit à la maternité naturelle. » « Je le sais et je l’ai aussi voulu par prudence. Les secrets de Dieu sont saints. L’Ange du Seigneur n’avait pas révélé à Zacharie ma maternité divine. Il aurait pu le faire, si Dieu l’avait voulu car Dieu savait qu’il était imminente l’époque de l’Incarnation de son Verbe en Moi. Mais Dieu a tenu cachée cette joie lumineuse à Zacharie qui refusait comme impossible votre fécondité

tardive. Je me suis conformée à la volonté de Dieu. Et, tu le vois, tu as su ce secret vivant en moi… Lui, n’a rien remarqué. Tant que ne tombera pas le voile de son incrédulité à l’égard de la puissance de Dieu, il vivra à l’écart de la lumière surnaturelle. Elisabeth soupire et garde le silence. Zacharie entre. Il présente des rouleaux à Marie. C’est l’heure de la prière avant le souper. C’est Marie qui prie à haute voix à la place de Zacharie. Puis ils prennent place à la table. « Quand tu ne seras plus ici, comme nous pleurerons de n’avoir personne qui nous lise les prières » dit Elisabeth en regardant son mari muet. « Tu prieras alors, Zacharie » dit Marie. Il secoue la tête et écrit : « Je ne pourrai plus jamais prier pour les autres. J’en suis devenu indigne, du moment où j’ai douté de Dieu. » « Zacharie : tu prieras. Dieu pardonne. Le vieillard essuie une larme et soupire. Après le repas, Marie retourne au métier à tisser. « C’est assez ! » dit Elisabeth. « Tu te fatigue trop. » « Le temps est très proche, Elisabeth. Je veux faire à ton enfant un trousseau digne de celui qui précède le Roi de la race de David. » Zacharie écrit : « De qui naîtra-t-Il ? Et où ? » Marie répond : « Là où les Prophètes l’ont dit et de qui l’Eternel fera choix. Tout est bien fait de ce que fait notre Seigneur, le Très-Haut. » Zacharie écrit : « A Bethléem, donc ! En Judée. Nous irons le vénérer, femme. Toi aussi tu viendras à Bethlehem avec Joseph. » « Et Marie baissant la tête sur son métier : « Je viendrai. » C’est la fin de la vision.

35.

« LE DON DE DIEU DOIT TOUJOURS NOUS RENDRE MEILLEURS. »

Marie dit : « La première manifestation de l’amour du prochain s’exerce envers le prochain. Que cela ne te semble pas un jeu de mots. La charité a un double objet : Dieu et le prochain. Dans la charité à l’égard du prochain est comprise celle qui s’exerce envers nous-mêmes. Mais si nous nous aimons plus que les autres, nous ne sommes plus charitables, nous sommes égoïstes. Et même, dans les choses permises, il faut être assez saint pour faire passer en premier lieu les besoins du prochain. Soyez tranquilles, mes enfants : Dieu, pour les âmes généreuses supplée avec les moyens de sa toute puissant Bonté. Cette certitude m’a fait venir à Hébron pour aider ma parente dans la situation où elle se trouvait. Et à mon dessein de secours humain, en donnant au-delà de toute mesure, comme c’est son habitude, Dieu a ajoutée le don d’un secours surnaturel auquel je ne pensais pas.

Je vais pour porter un secours matériel, et Dieu sanctifie la droiture de ma démarche opérant la sanctification du fruit du sein d’Elisabeth et, avec cette sanctification qui pré sanctifia le Baptiste, soulage la souffrance physique d’une fille d’Eve âgée et concevant à une âge inhabituel. Elisabeth, femme de foi intrépide et abandonnée avec confiance à la volonté de Dieu, mérita de comprendre le mystère renfermé en moi. L’ Esprit lui parla par le bondissement de l’enfant en son sein. Le Baptiste a prononcé son premier discours d’Annonciateur du Verbe à travers les voiles des veines et de la chair qui à la fois le séparent de sa sainte mère et en même temps l’unissaient à elle. Et je ne refuse pas de dire, à elle qui en est digne et à qui la Lumière se révèle, ma qualité de Mère du Seigneur. Le refus de ma part aurait eu pour effet de refuser à Dieu la louange qui lui était dûe, la louanger que je portais en moi et que ne pouvant dire à personne, je confiais aux plantes, aux fleurs, aux étoiles, au soleil, au chant mélodieux des oiseaux, aux brebis patientes et à la lumière d’or qui me donnait un baiser en descendant du ciel et au murmure des ruisseaux. Mais prier à deux est plus doux que de dire seules notre prière. J’aurais voulu que le monde entier 135 connaissance ma destinée, pas pour moi, mais pour qu’il s’unisse à moi pour la louange de mon Seigneur. La prudence m’a défendu de révéler à Zacharie la vérité. Ç’aurait été outrepasser l’œuvre de Dieu. Si j’étais pour Lui épouse et Mère, je serai toujours sa servante et je ne devais pas, à cause de son grand amour pour moi, me permettre de me substituer à Lui et de prendre une décision qui m’aurait mise au-dessus de Lui. Elisabeth, en sa sainteté se rend compte et se tait, car qui est saint est toujours soumis et humble. Un don de Dieu doit toujours nous rendre meilleurs. Plus nous recevons de Lui, et plus nous devons donner, car plus nous nous recevons et plus Il est en nous et avec nous, et plus nous devons nous efforcer de nous rapprocher de sa perfection. Voilà pourquoi en faisant passer au second plan mon travail personnel, je travaille pour Elisabeth. Je ne me laisse pas dominer par la crainte de n’avoir pas le temps. Dieu est le Maître du temps. Quand on espère en Lui, on profite de sa providence même pour les choses matérielles. L’égoïsme n’avance à rien : il retarde tout. La charité ne retarde rien : elle avance les réalisations. Retenez bien toujours cela.. Quelle paix dans la maison de Elisabeth ! Si je n’avais pas eu la pensée de Joseph et celle, celle, celle de mon Enfant, qui devait racheter le monde, j’aurais été heureuse. Mais déjà la croix projetait son ombre sur ma vie comme une sonnerie funèbre ; j’entendais la voix des Prophètes… Je m’appelais : Marie. L’amertume se mélangeait toujours aux douceurs que Dieu versait en mon cœur. Et elle a toujours été, en augmentant jusqu’à la mort de mon Fils. [ Mais quand Dieu nous appelle, Marie, à la destinée de victimes pour son honneur, oh ! il est doux d’être moulues comme le grain sous la meule pour faire de notre douleur le pain qui fortifie les faibles et les rend capables de gagner le Ciel ! Maintenant c’est assez. Tu es fatiguée et heureuse. Repose avec ma bénédiction. »

36. LA NAISSANCE DU BAPTISTE

C’est encore et toujours la maison d’Élisabeth. Par une belle soirée d’été encore éclairée par le soleil couchant et où déjà l’arc de la lune semble une virgule d’argent posée sur une immense draperie d’azur foncé. Les rosiers répandent leur forte odeur et les abeilles font leurs derniers vols, gouttes d’or bourdonnantes dans l’air tranquille et chaud du soir. Des près il arrive une forte odeur de foin séché au soleil, une odeur de pain, dirait-on, de pain chaud sorti du four. Peut-être vient-elle aussi des nombreuses linges étendus à sécher un peu partout et que Sara est en train de plier. Marie se promène lentement, donnant le bras à sa cuisine. Tout doucement elles montent et descendent sous la tonnelle à demi éclairée. Marie à l’oeil à tout, et tout en s’occupant d’Élisabeth, elle voit que Sara s’emploie à replier une longue pièce de toile quelle a enlevée de dessus une haie. “Attends-moi, assieds-toi là” dit-elle à sa parente et elle s’en va aider la vieille servante en tirant sur la toile pour défaire les plis et en la pliant avec soin. “Elle se ressent encore du soleil, elle est chaude” dit-elle avec un sourire. Et pour faire plaisir à la femme, elle ajoute: “Cette toile, depuis ton blanchissage est devenue belle comme elle n’a jamais été. Il n’y a que toi pour faire si bien les choses.” Sara s’en va toute fière avec sa charge de toile parfumée. Marie retourne vers Élisabeth et lui dit: “Encore quelques pas. Ça te fera du bien.” Mais, puisque Élisabeth ne voudrait pas bouger, elle lui dit: “Allons seulement voir si les colombes sont toutes dans leurs nids et si l’eau de leur baignoire est propre, puis nous revenons à la maison.” Les colombes doivent être les préférées d’Élisabeth. Quand elles sont devant la petite tour rustique, les colombes sont déjà toutes rassemblées: les femelles sur leurs nids, les mâles immobiles devant elles, mais en voyant les deux femmes, ils roucoulent encore pour les saluer. Élisabeth en est toute émue. La faiblesse due à son état la domine et lui inspire des craintes qui la font pleurer. Elle s’appuie sur sa cuisine: “Si j’allais mourir … mes pauvres colombes! Toi tu ne restes pas. Si tu restais à la maison, il ne m’emporterait pas de mourir. J’ai eu la plus grande joie qu’une femme puisse avoir, une joie que je ne m’étais résignée à ne jamais connaître. Et même de la mort je ne pourrai me plaindre au Seigneur. Lui, qu’Il en soit béni, m’a comblé de ses bontés. Mais, il y a Zacharie… et y aura l’enfant. L’un vieux et qui se trouverait comme perdu dans un désert, sans sa femme. L’autre pauvre petit et qui serait comme une fleur destinée à mourir de froid parce qu’il n’aurait pas sa maman. Pauvre bébé sans les caresses de sa mère!…” “Mais pourquoi cette tristesse? Dieu t’a donné la joie d’être mère et Il ne te l’enlèvera pas quand elle est à son comble. Le petit Jean aura tous les baisers de sa maman et Zacharie tous les soins de son épouse fidèle, jusqu’à la vieillesse la plus avancée. Vous êtes deux branches du même arbre. L’une ne mourra pas en laissant l’autre à sa solitude.” “Tu es bonne et tu me réconfortes. Mais moi, je suis tellement vieille pour avoir un fils. Et maintenant que le moment de le mettre au monde est venu, j’ai peur.” “Oh! non, Jésus est ici! Il ne faut pas avoir peur là où Jésus se trouve. Man Enfant a allégé ta souffrance, tu l’as dit, quand il était comme un bouton, tout juste formé. Maintenant qu’il se développe de plus en plus et qu’il déjà en moi comme un être bien vivant .Je sens battre son petit coeur tout près de ma poitrine et j’ai l’impression d’avoir un petit oiseau au nid par le battement léger de son petit coeur- maintenant il t’épargnera tout danger. Tu dois avoir foi.” “Oui, j’ai fois, mais si je venais à mourir… n’abandonne pas tout de suite Zacharie. Je sais que tu penses à ta maison, mais restes encore un peu pour aider mon homme dans les premiers jours de deuil.” “Je resterai pour jouir de ta joie et de la sienne et je ne partirai que lorsque tu seras forte et joyeuse. Mais, tiens-toi tranquille, Élisabeth, tout ira bien. Ta maison ne manquera de rien à l’heure de ta souffrance. Zacharie sera servi par la plus affectueuse servante, tes fleurs seront soignée et tes colombes aussi, et tu retrouveras les unes et les autres joyeuses et belles pour fêter le joyeux retour

de leur maîtresse. Rentrons maintenant, je te vois pâlir…” “Oui, il me semble que ma souffrance redouble. Peut-être l’heure est- elle venue. Marie, prie pour moi.” “Je t’aiderai par ma prière, jusqu’au moment où ta peine s’épanouira en joie.” Les deux femmes rentrent lentement à la maison. Élisabeth se retire dans son appartement. Marie, adroite et prévoyante, donne des ordres, prépare tout ce qu’il est possible de prévoir et réconforte Zacharie inquiet. Dans la maison où on veille cette nuit et où on entend les voix étrangères des femmes qu’on a appelées à l’aide, Marie reste vigilante, comme un phare dans une nuit de tempête. Toute la maison gravite autour d’elle. Et elle, douce et souriante, veille tout. Elle prie, quand elle n’est pas appelée par une chose ou une autre, elle se recueille dans la prière. Elle est dans la pièce où on se ressemble toujours pour le repas et pour le travail. Et, avec elle, se trouve Zacharie qui pousse de soupirs et circule, inquiet. Ils ont déjà prié ensemble, puis Marie a continué à prier. Même à présent que le vieillard, fatigué a pris un siège et s’est assis près de la table et se tait tout songeur, elle prie. Et, quand elle le voit dormir pour de bon, la tête sur les bras croisés qui s’appuient sur la table, elle délace ses sandales pour faire moins de bruit qu’un papillon tournoyant dans une pièce. Elle prend le manteau de Zacharie et le pose sur lui si délicatement qu’il continue à dormir dans la tiédeur de la laine qui le défend de la fraîcheur de la nuit, entrant par bouffées par la porte souvent ouverte. Puis elle revient prier. Et toujours avec plus d’âme, elle prie à genoux, les bras étendus, lorsque les cris de la malade se font plus perçants. Sara entre et lui fait signe de sortir. Marie sort déchaussée dans le jardin. “La maîtresse vous désire” dit elle. “Je viens” et Marie longe la maison, monte l’escalier… On dirait un ange blanc qui tourne dans la nuit tranquille et constellée d’étoiles. Elle entre chez Élisabeth. “Oh! Marie! Marie! Quelle douleur! Je n’en puis plus. Marie! Quelle souffrance il faut endurer pour être mère!” Marie la caresse affectueusement et lui donne un baiser. “Marie! Marie! Laisse-moi mettre la main sur ton sein!” Marie prend les deux mains ridées et gonflées et se les poses sur l’abdomen arrondi en les tenant pressées de ses mains lisses et légères. Et elle parle doucement, maintenant qu’elles sont seules: ”Jésus est là qui se rend compte et voit. Confiance, Élisabeth. Son coeur saint bat plus fort parce qu’il travaille en ce moment pur ton bien. Je le sens palpiter comme si je la tenais entre mes mains. Je comprends les paroles que par ses battements l’Enfant me dit. Il me dit en ce moment: ‘Dis à la femme qu’elle me craigne pas. Encore un peu de douleur. Et puis, au lever du soleil, au milieu de tant de roses qui attendent pur s’ouvrir sur leur tige ce rayon matinal, sa maison aura sa rose la plus belle et ce sera Jean mon Précurseur ’.” Élisabeth pose aussi son visage sur le sein de Marie et pleure doucement. Marie reste ainsi quelque temps parce qu’il lui semble que la douleur s’endort, se relâche, se calme. Elle fait signe à tous de rester tranquilles. Elle reste debout, blanche et toute belle dans le faible rayonnement de la lampe à huile, comme un ange qui veille sur la souffrance. Elle prie. Je la vois remuer les lèvres. Mais, même si je ne les voyais pas remuer, je comprendrais qu’elle prie par l’expression extasée de son visage. Le temps passe et la douleur reprend Élisabeth. Marie la baise de nouveau. Elle descend, rapide, dans le rayon de lune et court voir si le vieillard dort encore. Il dort et gémit tout en rêvant. Marie a un geste de pitié. Elle se remet à prier.

Le temps passe, le vieillard se réveille et jette un regard étonné comme s’il se souvenait mal pourquoi il se trouve là. Puis, il se rappelle, il a un geste et une exclamation gutturale. Puis il écrit: ”N’est-il encore pas né?” Marie fait un signe que non. Zacharie écrit: “Quelle douleur! Ma pauvre femme! Et en sortira-t-elle sans mourir?” Marie prend la main du vieil homme et le rassure: “À l’aube, sous peu, le bambin sera né. Tout ira bien. Élisabeth est forte. Comme il va être beau, ce jour –puisqu’il va bientôt faire jour- où ton enfant verra la lumière! Le plus beau jour de ta vie Ce sont de grandes grâces que le Seigneur te réserve pour toi, et ton enfant en est l’annonciateur.” Zacharie secoue la tête tristement et montre sa bouche muette Il voudrait dire tant de choses et ne le peut. Marie comprend et répond: “Le Seigneur te donnera une joie complète. Crois en Lui complètement, espère infiniment, aime totalement. Les Très-Haut t’exaucera au-delà de ce que tu espères. Il veut cette foi totale pour laver ta défiance passée. Dis en ton coeur, avec moi: ‘Je crois’. Dis-le à chaque battement de ton coeur. Les trésors de Dieu s’ouvrent pour qui croit en Lui et en sa puissante bonté.” La lumière commence à pénétrer par la porte entr’ouverte. Marie l’ouvre. L’aube répand une lumière blanche sur la terre humide. Il y a une forte odeur de terre et de verdures humides. On entend les premiers pépiements des oiseaux qui s’appellent d’une branche à l’autre. Le vieil homme et Marie vont sur le seuil de la porte. Ils sont pâles après une nuit sans sommeil et la lumière de l’aube les fait encore plus pâles. Marie remet ses sandales, va au pied de l’escalier et écoute. Quand une femme se montre, elle fait un signe et revient. Rien encore. Marie va dans une pièce et revint avec di lait chaud qu’elle donne à boire au vieillard. Elle va voir aux colombes. Elle revient pour disparaître dans cette pièce. Peut-être est-ce la cuisine. Elle fait un tour, surveille. Elle semble avoir eu un sommeil merveilleux tant elle est vive et tranquille. Zacharie fait les cent pas, nerveux, monte et descend à travers le jardin. Marie le regarde avec pitié. Puis elle entre de nouveaux dans la même pièce, et agenouille près de son métier, elle prie de toute son âme, parce que les plaintes de la malade se font plus déchirantes. Elle se courbe jusqu’à terre pour prier l’Eternel. Zacharie rentre et la voit prosternée ainsi et il pleure, le pauvre vieux. Marie se relève et le prend par la main. Elle semble être la mère de cette vieillesse désolée et verse sur elle le réconfort. Ils se tiennent ainsi, l’un près de l’autre dans le soleil qui rosit l’air du matin et c’est ainsi que les rejoint la nouvelle joyeuse: “ Il est né! Il est né! Un garçon! Heureux père! Un garçon frais comme une rose, beau comme le soleil, fort et vigoureux et bon comme sa mère. Joie à toi, père bénit par le Seigneur qu’un fils t’a donné pour que tu l’offres au Temple. Gloire à Dieu qui a accordé une postérité à cette maison! Bénédiction à toi et au fils qui est né de toi! Puisse sa descendance perpétuer ton nom dans les siècles des siècles à travers les générations et les générations et qu’elle conserve toujours l’alliance du Seigneur Eternel!” Marie, avec des larmes de joie, bénit le Seigneur. Et puis les deux reçoivent le petit, apporté au père pur qu’il le bénisse. Zacharie ne va pas trouver Élisabeth. Il reçoit le bambin qui crie comme un perdu, mais ne va pas trouver sa femme. C’est Marie qui y va, portant affectueusement le bébé qui se tait tout à coup, à peine Marie l’a-telle pris dans ses bras. La commère qui la suit remarque le fait. “Femme” dit-elle à Élisabeth, “Ton enfant s’est tu tout d’un coup quand Elle l’a pris. Regarde comme il dort tranquille. Et Dieu sait s’il est remuant et fort. Maintenant, regarde, on le dirait une petite colombe.” Marie met la créature près de la mère et la caresse en remettant en ordre ses cheveux gris. “La rose est née” lui dit-elle doucement. “Et tu es en vie. Zacharie est heureux.” “Il parle?”

“Pas encore, mais espère dans le Signeur. Repos-toi, maintenant. Je resterai avec toi.”

37.

« L’ESPERANCE S’EPANOUIT COMME UNE FLEUR POUR CELUI QUI APPPUIE SA TETE SUR MON SEIN MATERNEL »

Marie dit : « Si ma présence avait sanctifié de Baptiste, elle n’avait pas enlevé pour Elisabeth la condamnation venue d’Eve. «Tu auras des fils dans la douleur » avait dit l’Eternel. Moi seule, Sans Tache et sans union humaine, ai été exempte de la douleur de l’enfantement. La tristesse et la douleur sont les fruits de la faute. Moi qui étais la ‘Sans faute’, je devais connaître pourtant la douleur et la tristesse parce que j’étais la Corédemptrice. Mais je ne connus pas le déchirement de l’enfantement. Non. Je n’ai pas connu cette souffrance. Mais, crois-moi, ma fille, qu’il n’y a jamais et qu’il n’y aura jamais tourment d’enfantement semblable à mon enfantement de Martyre d’une Maternité spirituelle accomplie sur le plus dur des lits : celui de ma croix, au pied du gibet de mon Fils qui mourait. Quelle est la mère qui est contrainte à générer de telle façon, et à mêler le tourment de ses entrailles qui se déchiraient en entendant le râle de sa Créature agonisante au déchirement intérieur pour avoir à surmonter l’horreur de devoir dire : ‘Je vous aime, 142 Venez à moi qui suis votre Mère’ aux assassins de son Fils, qui était né du plus sublime amour qu’ait jamais vu le ciel, de l’union d’amour d’un Dieu avec une vierge, d’un baiser de Feu, de l’embrassement de la lumière, qui se firent Chair et du sein d’une femme firent le Tabernacle de Dieu ? « Que de douleur, pour être mère ! » disait Elisabeth. Si grande, mais un rien en comparaison de la mienne.. « Laisse-moi mettre les mains sur ton sein ! ». Oh ! si dans votre souffrance vous me demandiez toujours cela ! Je suis l’Eternelle Porteuse de Jésus. Il réside en mon sein, comme tu l’as vu l’an passé, comme une Hostie en l’ostensoir. Qui vient à moi, le trouve. Qui s’appuie sur moi, le touche. Qui s’adresse à moi, Lui parle. Je suis son Vêtement. Il est mon Ame. Encore plus, plus uni maintenant qu’il ne le fut pendant les neuf mois qu’il se développait en mon sein, mon Fils est uni à moi, sa Maman. Et toute douleur se calme et toute espérance fleurit et toute grâce coule pour qu’il vient à moi et pose sa tête sur mon sein. Je prie pour vous. Rappelez-le. La béatitude d’être au ciel, vivant dans le rayonnement de Dieu, ne me fait pas oublier mes fils qui souffrent sur la terre. Et je prie. Le Ciel entier prie, car le Ciel aime. Le Ciel c’est la charité vivante. Et la Charité a pitié de vous. Mais, s’il n’y avait que moi, ce serait déjà une prière suffisante pour les besoins de qui espère en Dieu, puisque je ne cesse de prier pour vous tous : saints et dépravés, pour donner aux saints la joie, pour donner aux méchants le repentir qui sauve. Venez, venez, ô fils de ma douleur. Je vous attends au pied de la Croix pour vous faire grâce. »

38.

LA CIRCONCISION DU BAPTISTE.

Je vois la maison en fête. C’est le jour de la circoncision. Marie a pris soin que tout soit beau et en ordre. Les pièces brillent de lumière et aussi les plus belles étoffes, les plus beaux meubles, c’est une splendeur. Il y a beaucoup de monde. Marie se déplace, agile parmi les groupes, toute belle dans son plus beau vêtement blanc. 143 Elisabeth, révérée comme une matrone, jouit délicieusement de la fête. Le bébé est sur son sein, repu de lait. Vient le moment de la circoncision. « Nous l’appellerons Zacharie. Tu te fais vieux et il convient que ton nom soit donné à l’enfant » disent les hommes. « Certainement non » s’écrie la mère. « Son nom est Jean. Son nom doit être un témoignage de la puissance de Dieu. » « Mais quand donc il y a eu-t-il un Jean dans notre parenté ? » « N’importe. Il doit s’appeler Jean. » « Que dis-tu, Zacharie ? Tu veux qu’il ait ton nom, n’est-ce pas ? » Zacharie fait signe que non. Il prend la tablette et écrit : « Jean est son nom », et il a à peine fini d’écrire qu’il ajoute avec sa langue libérée : « Puisque Dieu a fait une grande grâce à moi son père et à sa mère, et à ce petit, son nouveau serviteur, qui passera en effet sa vie à glorifier le Seigneur, et il sera appelé grand dans la suite des siècles et aux yeux de Dieu, parce qu’il s’emploiera à convertir les cœurs au Seigneur Très-Haut. L’ange l’a dit, et moi je ne l’ai pas cru. Mais maintenant je crois et la Lumière se fait en moi. Elle est parmi nous et vous ne la voyez pas. Son sort sera d’être ignorée parce que les hommes ont l’esprit encombré, endormi. Mais mon fils la verra et parlera d’Elle et tournera vers Elle les cœurs des justes d’Israel. Oh ! bienheureux ceux qui croiront en Elle et croiront toujours à la parole du Seigneur. Et Toi, sois béni, Seigneur Eternel, Dieu d’Israel parce que tu as visité et racheté ton peuple en lui suscitant un puissant Sauveur dans la maison de David, son serviteur. Comme tu as promis par la bouche des saints prophètes, depuis les temps anciens de nous délivrer de nos ennemis et des mains de ceux qui nous haïssent, pour exercer ta miséricorde envers nos pères et montrer que tu n’oublies pas ta sainte alliance. Tel est le serment que tu as fait à Abraham notre père : de nous accorder que sans crainte, délivrés de la main de nos ennemis, nous te servions, dans la sainteté et la justice, en ta présence, pendant toute la vie » et ainsi jusqu’à la fin. Les personnes présentes sont dans la stupeur : pour le nom, pour le miracle et pour les paroles de Zacharie. Elisabeth à la première parole de Zacharie, avait hurlé de joie. Maintenant elle pleure pendant que marie la tient embrassée et la caresse joyeusement. On porte ailleurs le nouveau-né pour la circoncision. Quand 144 on le rapporte, le petit Jean crie de toute sa voix. Même le lait de sa maman ne le calme pas. Il se

débat comme un jeune poulain. Mais Marie le prend et le berce, et lui se tait et se calme. « Mais regardez ! » dit Sara. « Il ne se tait que lorsqu’Elle le prend ! » Les gens s’en vont lentement. Dans la pièce, il ne reste que Marie avec le bébé dans les bras et Elisabeth toute heureuse. Zacharie entre et ferme la porte. Il regarde Marie avec les larmes aux yeux. Il veut parler, puis se tait. Il s’avance. Il s’agenouille devant Marie. « Bénis le misérable serviteur du Seigneur » lui dit-il. « Bénis-le, puisque tu peux le faire, toi qui le portes en ton sein. La parole de Dieu m’a parlé quand j’ai reconnu mon erreur et que j’ai cru à tout ce qui m’avait été dit. Je te vois, et aussi ton heureuse destinée. J’adore en toi le Dieu de Jacob. Toi, mon premier Temple, où le premier prêtre devenu conscient peut à présent prier l’Eternel. Tu es bénie, toi qui as obtenu grâce pour le monde et lui portes le Sauveur. Pardonne à ton serviteur, s’il n’y a pas vu au premier abord ta majesté. C’est toutes les grâces que tu nous as apportées avec ta venue, parce que où tu vas, ô Pleine de Grâce, Dieu opère ses miracles et saints sont les murs où tu entres, sainte deviennent les oreilles qui entendent ta voix et les chairs que tu touches. Saints les cœurs parce que tu donnes les grâces, Mère du Très-haut, Vierge annoncée par les prophètes et attendue pour donner au peuple de Dieu le Sauveur. » Marie sourit, allumée par l’humilité, et Elle parle : « Louange au Seigneur. A Lui seul. C’est de Lui, pas de moi que vient toute grâce. Et Lui t’a accordé sa grâce pour que tu l’aimes et le serves à la perfection le reste de ta vie, pour mériter son Royaume que mon Fils ouvrira aux patriarches, aux Prophètes, aux justes du Seigneur. Et toi, maintenant qui peux prier devant le Saint, prie pour la Servante du Très-Haut, parce que être la Mère du Fils de Dieu, c’est une bienheureuse destinée, être Mère du Rédempteur c’est une destinée d’atroce douleur. Prie pour moi, qui heure après heure sens grandir le poids de ma souffrance. Et c’est toute une vie qu’il me faudra le porter. Et si je n’en vois pas les détails, je sens que ce sera un poids plus lourd que si sur mes épaules de femme se posait le monde et que je dusse l’offrir au ciel ! moi, moi seule, pauvre femme ! mon enfant ! mon Fils ! Ah ! qu’à présent le tien ne pleure pas si je le berce. Mais pourrai-je moi bercer le mien pour calmer sa douleur’ … Prie pour moi, Prê 145 tre du Seigneur. Mon cœur tremble comme une fleur sous la bourrasque. Je regarde les hommes et je les aime, mais derrière leurs visages, je vois apparaître l’Ennemi qui en fait des ennemis de Dieu, de Jésus, mon Fils… » La vision s’évanouit avec la vue de la pâleur de Marie, de ses larmes où brille son regard.

39.

« DISPOSEZ VOTRE ESPRIT A ACCUEILLIR

LA LUMIERE »

Marie dit : « A qui reconnaît sa faute et s’en repent et s’accuse humblement d’un cœur sincère, Dieu pardonne. Il ne pardonne pas seulement : Il récompense. Oh ! mon Seigneur, comme Il est bon envers qui est humble et sincère ! Envers celui qui croit en Lui et se fie à Lui ! Désencombrez votre esprit de tout ce qui l’encombre et le rend inerte. Disposez-le à accueillir la Lumière. Comme un phare dans les ténèbres, Elle vous est une guide et un saint réconfort.

Amitié avec Dieu, béatitude de ceux qui lui sont fidèles, richesse que rien n’égale, qui te possède n’est jamais seul et ne ressent pas l’amertume de le désespoir. Tu ne supprime pas la douleur, ô sainte amitié, car la douleur a été le destin d’un Dieu incarné et elle peut être le destin de l’homme. Mais tu rends cette douleur douce en son amertume, tu y mélanges une clarté et une caresse qui, comme un touche céleste, soulèvent la croix. Et, quand la Bonté Divine vous donne une grâce, usez du bienfait reçu pour rendre gloire à Dieu. Ne soyez pas des fous qui, d’un objet utile se font une arme nuisible ou comme des prodigues qui transforment leur richesse en misère. C’est trop le douleur que vous me donnez, ô fils, derrière le visage de qui je vois apparaître l’Ennemi, celui qui se rue contre mon Jésus. Trop de douleur ! Je voudrais être pour tous la Source de la Grâce. Mais trop d’entre vous ne veulent pas de la grâce. Vous demandez ‘grâces’ mais avec une âme qui ne possède pas la Grâce. Et comment la Grâce peut-elle vous secourir si vous en êtes les ennemis ? 146 Le grand mystère du vendredi Saint approche. Tout, dans les temples, le rappelle et le célèbre. Mais il faut célébrer et en rappeler le souvenir dans vos cœurs, en vous battant la poitrine, comme ceux qui descendaient du Golgotha, et dire : « Celui-là est vraiment le fils de Dieu le Sauveur » et dire : « Jésus par ton Nom, sauve-nous » et dire : « Père, pardonne-nous ». Et finalement : « Seigneur, je ne suis pas digne, mais si tu me pardonnes et viens vers moi, mon âme sera guérie et je ne veux pas, non, je ne veux plus pécher pour retourner à mon mal et haine envers Toi. » Oh ! si humblement et d’un cœur affectueux, vous remettez votre esprit à Dieu, Lui vous conduit, comme un père son petit, et ne permet pas que rien ne lui fasse tort. Jésus, en ses agonies, a prié pour vous enseigner à prier. Je vous le rappelle en ces jours de la passion. Et toi, Marie, toi qui vois ma joie de Mère et en es extasiée, ramène à ta mémoire cette pensée : Que j’ai possédé Dieu à travers une douleur sans cesse grandissante. Il est descendu en moi avec le germe de Dieu et comme un arbre gigantesque a grandi jusqu’à toucher le ciel de sa cime et aussi l’Enfer par ses racines, quand j’ai reçu sur mon sein la dépouille inanimé de la Chair de ma chair, quand j’en ai vu et compté les déchirures atroces. Quand j’ai touché son cœur qui avait été lacéré pour consommer la douleur jusqu’à la dernière goutte de son sang. »

40. LA PRESENTATION DU BAPTISTE AU TEMPLE D’un char confortable auquel est attaché aussi la monture de Marie, je vois descendre Zacharie, Élisabeth et Marie qui tient le petit Jean, et Samuel avec un agneau et, dans une cage, une colombe. Ils descendent l’écurie habituelle où doivent s’arrêter tous les pèlerins qui se rendent au Temple, pour remiser leurs montures. Marie appelle le petit homme qui en est propriétaire et lui demande si aucun Nazaréen n’est venu le jour précédent ou aux premières heures de la matinée. “Personne, femme” répond le petit vieux. Marie demeure étonnée, mais n’ajoute rien d’autre. Elle fait détacher son âne par Samuel et puis rejoint Zacharie et Élisabeth. Elle explique le retard

de Joseph: “Il aura été retenu par quelque chose, mais il viendra certainement aujourd’hui.” Elle reprend le bébé qu’elle avait donné à Élisabeth, et ils se dirigent vers le Temple. Zacharie reçoit les honneurs des gardes, les saluts et les compliments des autres prêtres. Il est splendide, aujourd’hui Zacharie avec des vêtements sacerdotaux et sa joie de père heureux. On dirait un Patriarche. Je pense qu’Abraham devait lui rassembler quand il se réjouissait d’offrir Isaac au Seigneur. Je vois la cérémonie de la présentation du nouvel Israélite et la purification de la mère. Elle est encore plus pompeuse que pour la présentation de Marie, parce que Jean est le fils d’un prêtre et les prêtres font grande fête. Ils accourent en nombre et s’affairent autour du petit groupe des femmes et du nouveau-né. Des gens aussi se sont approchés par curiosité et j’entends les commentaires. Comme Marie a l’enfant sur le bras pendant qu’on se dirige vers l’endroit coutumier les gens croient que c’est la mère. Mais un femme dit: “Ce n’est pas possible. Ne voyez-vous pas qu’elle est enceinte? Le bambin n’a que quelques jours et elle, elle est déjà grosse.” “Pourtant” dit un autre “il n’y a qu’elle qui puisse être la mère. L’autre est vieille. Ce doit être une parente, mais elle ne peut être mère à l’age qu’elle a.” “Suivons-les, et nous verrons qui a raison.” Et la stupeur augmente quand on voit que celle qui accomplit le rite de la purification, c’est Élisabeth. Elle offre son agneau bêlant pour l’holocauste et la colombe pour le péché. “C’est elle la mère, tu as vu?” “Non!” “Oui” Les gens chuchotent, incrédules encore. Ils font tant de bruit qu’un “Pschitt!” impérieux part du groupe des prêtres qui assistent à la cérémonie. Les gens se taisent un moment, mais les chuchotements se font plus fort quand Élisabeth rayonnante d’une sainte fierté prend le bambin et pénètre dans le Temple pour en faire la présentation au Seigneur. “C’est bien elle.” “C’est toujours la mère qui fait l’offrande.” “Quel miracle est-ce donc jamais?” “Que sera cet enfant accordé à un âge si avancé à cette femme?” “Qu’est-ce que cela présage?” “Vous ne savez pas?” dit quelqu’un qui arrive tout essoufflé. “C’est le fils du prêtre Zacharie, de la descendance d’Aaron, celui-là qui devint muet pendant qu’il offrait l’encens au Sanctuaire.” “Mystère! Mystère! Et maintenant il parle de nouveau! La naissance de son fils lui a délié la langue.” “Quel esprit lui aura parlé et rendue morte sa langue pour l’habituer à garder le silence sur les secrets de Dieu?” “Mystère! Quelle vérité se sera révélée à Zacharie?” “Son fils serait-il le Messie qu’attend Israël?” “Il est né en Judée, mais pas à Bethlehem et pas par une vierge. Il ne peut être le Messie.” “Qui donc est-il?”

Mais la réponse reste dans le secret de Dieu et les gens restent avec leur curiosité. La cérémonie est achevée. Les prêtres font fête, maintenant à la mère aussi et au bébé. La seule à qui on ne fait pas attention, qu’on évite mâle dédaigneusement, quand on s’aperçoit de son état, c’est Marie. Une fois les félicitations finies, la plupart se remettent en route et Marie veut retourner à l’hôtellerie pour voir si Joseph est arrivé. Il n’est pas arrivé. Marie reste déçue et pensive. Elisabeth se préoccupe de sa situation. “Nous pouvons rester jusqu’à la sixième heure, mais ensuite, nous devons partir pour être à la maison avant la première veille. Il est encore trop petit pour rester la nuit à la tombée.” Et Marie calme et triste: “Je resterai dans une cour du Temple. J’irai trouver mes maîtresses… Je ne sais. Mais je ferai quelque chose.” Zacharie intervient avec un projet immédiatement accepté, comme une bonne solution. “Allons chez les parents de Zébédée, c’est sûrement là que Joseph va te chercher, et s’il ne venait pas, il te sera facile de trouer quelqu’un pour t’accompagner vers la Galilée. Dans cette maison il y a un vaet-vient continuel de pêcheurs de Génésareth” Ils prennent la monture de Marie et vont chez les parents de Zébédée, qui au fond ne sont que ceux qui ont donné l’hospitalité à Marie et Joseph quatre mois auparavant. Les heures passent vite et Joseph ne paraît point. Marie maîtrise sa peine en berçant le petit, mais on voit qu’elle est pensive. Comme pour cacher son état, elle n’a pas enlevé son manteau bien qu’il fasse une chaleur qui fait transpirer tout le monde. Finalement un grand coup à la porte annonce Joseph. Le visage de Marie resplendit rasséréné. Joseph la salue, après qu’elle s’est présentée tout d’abord le saluant avec respect: “La Bénédiction de Dieu sur toi, Marie!” “Et sur toi, Joseph! Et louange au Seigneur que tu sois venu! C’est que Zacharie et Élisabeth allant partir pour être à la maison avant la nuit.” “Ton messager est arrivé à Nazareth pendant que j’étais à Cana pour des travaux. J’ai été informé hier soir et je suis parti tout de suite. Mais ayant marché sans arrêt, je suis en retard parce que l’âne avait perdu un fer. Pardonne-moi.” “C’est à toi de me pardonner d’être restée si longtemps loin de Nazareth! Mais regarde: ils étaient si heureux de m’avoir avec eux, c’est pourquoi j’ai voulu leur faire plaisir jusqu’à maintenant.” “Tu as bien fait, Femme. Et le bambin où est-il?” Ils entrent dans la pièce où se trouve Élisabeth qui donne son lait à Jean avant de partir. Joseph compliment les parents pour la robustesse de l’enfant. Élisabeth l’enlève de son sein pour le montrer à Joseph, mais il crie et se débat comme si on l’écorchait. Tout le monde rit de ses protestations, même les parents de Zébédée qui ont accourus apportant des fruits frais pour tout le monde, du lait, du pain et un grand plat de poisson, ils rient et s’unissent à la conversation des autres. Marie parle peu. Elle reste tranquille et silencieuse assise dans son coin, les mains sur son sein, sous un manteau. Et même quand elle boit une tasse de lait et mage une grappe de raisin doré avec un peu de pain, elle parle peu et ne bouge guère. Elle regarde Joseph avec un mélange de peine et d’inquiétude. Lui aussi la regarde et après quelque temps, se penchant sur son épaule, lui demande: “ Es tu fatiguée? Souffres tu? Tu es pâle et triste.” “J’ai de la peine de me séparer du petit Jean. Je l’aime bien. Je l’ai porté sur mon coeur presque dès sa naissance…”

Joseph ne pose pas d’autre question. L’heure du départ est venue pour Zacharie. Le char s’arrête à la porte et tout le monde s’approche. Les deux cousines s’embrassent affectueusement. Marie baise plusieurs fois le bébé avant de le reporter sur le sein de sa mère déjà assise dans son char. Puis elle salue Zacharie et lui demande sa bénédiction. Quand elle s’agenouille devant le prêtre, le manteau glisse de ses épaules et ses formes apparaissent dans la lumière intense d’un après midi d’été. Je ne sais pas si Joseph le remarque à ce moment, occupé qu’il est à saluer Élisabeth. Le char s’éloigne. Joseph rentre avec Marie qui reprend sa place dans un coin à moitié éclairé. “S’il ne te déplaisait pas de voyager de nuit, je proposerais de partir au crépuscule. La chaleur est forte dans la journée. La nuit, au contraire, est fraîche et tranquille. C’est pour toi que je dis pour ne pas t’exposer trop au soleil. Pour moi, ce n’est rien d’être exposé à la canicule. Mais toi…” “Comme tu veux, Joseph. Oui, je crois que ce serait bien de voyager de nuit.” “La maison est bien en ordre, et aussi le jardinet. Tu verras quelles belles fleurs! Tu arrives à temps pour voir tout fleuri. Le pommier, le figuier et la vigne sont chargées de fruit comme jamais et le grenadier, j’ai dû lui mettre des tuteurs tant ses branches sont chargées de fruit déjà bien formés qu’on n’a jamais vu chose pareille en ce temps-ci. Et puis l’olivier… Tu auras de l’huile en abondance. Il a eu une floraison miraculeuse et pas une fleur ne s’est perdue; toutes ont déjà donné une petite olive. Quand elles seront mûres, l’arbre sera couvert de perles moires. Il n’y a que toi pour avoir un si beau jardin dans toute Nazareth. Même les parents en sont étonnés. Et Alphée dit que c’est un miracle.” “Te soins l’ont créé!” “Oh! Non! Pauvre homme que je suis! Qu’ai-je donc fait, moi? Un peu de soins aux arbres et un peu aux fleurs…Sais-tu? Je t’ai fait une fontaine, tu n’auras pas besoin de sortir pour avoir de l’eau. Je l’ai amenée au fond, près de la grotte, et j’Y ai mis une vasque. Je l’ai conduite de la source qui se trouve au dessus de l’olivier de Mathias. Elle est pure et abondante. C’est par un petit ruisseau que je te l’ai amenée. J’ai fait un petit canal bien couvert et maintenant l’eau arrive et chante comme une harpe. Ça me faisait de la peine de te voir aller à la fontaine du pays et en revenir chargée d’amphores remplies d’eau.” “Merci Joseph. Tu es bon!” Les deux époux se taisent maintenant comme fatigués. Joseph sommeille même. Marie prie. Le soir arrive. Les hôtes insistent pour qu’ils mangent encore avant de se mettre en route. Joseph mange du pain et du poisson. Marie seulement des fruits et du lait. Puis c’est le départ. Ils montent sur leurs ânes. Comme à l’aller, Joseph a installé sur le sien le coffre de Marie et avant que Marie ne monte il regarde si la selle est bien en place. Je remarque que Joseph regarde Marie quand elle monte en selle; mais il ne dit rien. Le voyage a commencé au moment où les étoiles, les premières se mettent à clignoter dans le ciel. Ils se hâtent vers les portes pour attendre avant qu’elles ne soient fermées, peut-être. Quand ils sortent de Jérusalem et ils prennent la grande route qui va vers la Galilée, déjà les étoiles fourmillent dans toute l’étendue du ciel. Il y a grand silence dans la campagne. On n’entend que le chant d’un rossignol et les pieds des deux ânes qui battent en cadence le terrain de la route durci par la sécheresse de l’été.

L’ÉVANGILE TEL QU’IL M’A ÉTÉ RÉVÉLÉ Volume 2° La première année de la vie publique

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Table des matières VOL. 2. Chapitres 01-10 1.L’adieu de Jésus à sa Mère au départ de Nazareth 2.“Elle a pleuré parce qu’Elle était la Corredemptrice 3.Baptême de Jésus au Jourdain 4.“Jean n’avait besoin d’aucun signe” 5.Jésus tenté par le Diable au désert 6.“Satan se présente toujours avec un extérieur bienveillant” 7.La rencontre avec Jean et Jacques 8.“J’ai aimé Jean pour sa pureté” 9.Jean et Jacques parlent à Pierre du Messie 10.Première rencontre de Pierre avec le Messie VOL. 2. Chapitres 11-20 11.“Jean fut grand aussi in humilité” 12.Jésus rencontre Philippe et Natanaël à Betsaida dans la maison de Pierre 13.Jude Thaddée à Bethsaida pour inviter Jésus aux noces de Cana 14.Jésus aux noces de Cana 15.“Femme, qu’y a-t-il désormais entre Toi et Moi?” 16.Jésus chasse les marchands du Temple 17.Rencontre avec l’Iscariote et Thomas. Miracle sur Simon le Zélote 18.Thomas devient disciple 19.Jude d’Alphée, Thomas et Simon admis auprès du Jourdain 20.Retour à Nazareth, après la Pâque avec les disciples VOL. 2. Chapitres 21-30 21.Guérison de l’aveugle à Capharnaüm 22.Le possédé de Capharnaüm guéri dans la synagogue 23.Guérison de la belle-mère de Simon Pierre 24.Jésus prêche et opère des miracles dans la maison de Pierre 25.Jésus prie pendant la nuit 26.Le lépreux guéri près de Corozaim 27.Le paralytique guéri dans la maison de Pierre à Capharnaüm 28.La Pêche miraculeuse 29.L’Iscariote retrouve Jésus à Gethsémani. Jésus m’accepte comme disciple 30.Jésus fait le miracle de la lame brisée à la Porte des Poissons VOL. 2. Chapitres 31-40 31.Jésus au Temple avec l’Iscariote. Il y prêche 32.Jésus instruit Judas Iscariote 33.Jésus se rencontre à Gethsémani avec Jean de Zebedée 34.“Jean: le type parfait de ceux qui se font hostie pour mon amour 35.Jésus et l’Iscariote se rencontrent avec Simon le Zélote et Jean 36.Jésus, Jean, Simon et Judas vont à Bethléem 37.Jésus à Bethléem, dans la maison du paysan et à la Grotte 38.Jésus à l’auberge de Bethléem et prédication sur les ruines de la maison d’Anne

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39.Jésus et les bergers Elie, Lévi et Joseph 40.Jésus à Jutta chez le berger Isaac VOL. 2. Chapitres 41-50 41.Jésus à Hébron. La maison de Zacharie. Aglaé 42.Jésus à Kériot. Mort du vieux Saul 43.Jésus sur le chemin du retour avec les bergers près d’Hébron 44.Jésus à la montagne du jeûne et au massif de la tentation 45.Au gué du Jourdain. Rencontre avec les bergers Jean, Mathias et Siméon 46.L’Iscariote vend à Diomède les bijoux d’Aglaé 47.Jésus pleure à cause de Judas et Simon le Zélote le réconforte 48.“Pour vous aussi, les bons sont dans la proportion qu’il y avait entre les bon et Judas” 49.Rencontre de Jésus avec Lazare à Béthanie 50.Jésus revient à Jérusalem et au Temple il écoute l’Iscariote. À Gethsémani VOL. 2. Chapitres 51-60 51.Jésus parle avec le soldat Alexandre à la Porte des Poissons 52.Jésus et Isaac près de Doco. Départ pour Esdrelon 53.Jésus auprès du berger Jonas dans la plaine d’Esdrelon 54.Retour à Nazareth après avoir quitté Jonas 55.Le lendemain dans la maison de Nazareth 56.Leçon de Jésus aux disciples dans l’oliveraie 57.Instruction de Jésus aux disciples près de la maison 58.Instruction aux disciples avec la très Sainte Marie dans le jardin de Nazareth 59.Guérison de la Belle de Corozaîn. Prédication à la synagogue de Capharnaüm 60.Jacques d’Alphée reçu parmi les disciples. Jésus prêche à côté du comptoir de Mathieu VOL. 2. Chapitres 61-70 61.Jésus à Bethsaida. Il prêche à la foule 62.Appel de Mathieu parmi les disciples 63.Jésus sur le lac de Tibériade. Instruction aux disciples près de cette cité 64.Jésus à Tibériade cherche Jonathas dans la maison de Chouza 65.Jésus dans la maison de l’oncle Alphée et puis dans sa maison 66.Jésus interroge sa Mère au sujet de ses disciples 67.“L’humanité des apôtres! Comme elle est lourde!” 68.Guérison de Jeanne de Chouza près de Cana 69.Jésus sur le Liban, chez les bergers Benjamin et Daniel 70.Jésus dans la cité maritime reçoit des lettres qui concernent Jonas VOL. 2. Chapitres 71-80 71.Jésus dans la maison de Marie d’Alphée fait la paix avec le cousin Simon 72.“La Grâce agit toujours là où se trouve la volonté d’être juste” 73.Jésus mal accueilli à Nazareth 74.Jésus avec sa Mère dans la maison de Jeanne de Chouza 75.Jésus à la vendange dans la maison d’Anne. Miracle de l’enfant paralytique 76.Jésus chez Doras. Mort de Jonas 77.Jésus dans la maison de Jacob près de la Méron 78.Retour au gué du Jourdain près de Jéricho 79.Jésus dans la maison de Lazare. Marthe parle de la Madeleine 80.Encore dans la maison de Lazare après les Tabernacles. Invitation de Joseph à Arimathie VOL. 2. Chapitres 81-90

81.Jésus rencontre Gamaliel au banquet de Joseph D’Arimathie 82.Guérison de l’enfant mourant. Le soldat Alexandre. Sommation à Jésus 83.Jésus parle à Nicodème, pendant la nuit, à Gethsémani 84.Jésus chez Lazare avant d’aller à La Belle Eau 85.Jésus à La Belle Eau. Débuts de la vie commune avec les disciples 86.Jésus à La Belle Eau.”Je suis le Seigneur ton Dieu” 87.Jésus à La Belle Eau.”Tu ne te feras des dieux en ma présence” 88.Jésus à La Belle Eau. “Ne nomme pas mon Nom en vain” 89.Jésus à La Belle Eau. “Honore ton père et ta mère” 90.Jésus à La Belle Eau. “Tu ne commettras pas l’impureté de corps ni de consentement” VOL. 2. Chapitres 91-100. 91.La femme voilée à La Belle Eau. 92. Jésus à La Belle Eau. “Sanctifie les fêtes” 93. Jésus à La Belle Eau. Ne tue pas” Mort de Doras 94.Jésus à LA Belle Eau. Les trois disciples du Baptiste 95.Jésus à La Belle Eau. “Ne convoite pas la femme d’autrui” 96.Jésus à La Belle Eau guérit le romain fou. Il parle aux romains 97.Jésus à La Belle Eau.”Ne dis pas de faux témoignages” 98.Jésus à La Belle Eau. “Ne désire pas ce qui appartient à autrui” 99.Jésus à La Belle Eau. Clôture. Commentaires du De profundis et du Miserere 100.Jésus quitte La Belle Eau et va vers Béthanie VOL. 2. Chapitres 101-110 101.Guérison de la cancéreuse Jérusa à Doco 102.A Béthanie, dans la maison de Simon le Zélote 103.Les Encenies dans la maison de Lazare avec les bergers 104.Le retour à La Belle Eau 105.Un nouveau disciple. Départ pour la Galilée 106.Sur les monts d’Emmaüs 107.Dans la maison du chef de la synagogue Cléophas

Maria Valtorta: L’Evangile tel qu’il m’a été révélé Vol. 2 1.

LA PREMIÈRE ANNÉE DE VIE PUBLIQUE L’ADIEU DE JÉSUS A SA MÈRE AU DÉPART DE NAZARETH

Je vois l’intérieur de la maison de Nazareth. Je vois une pièce qui semble une salle de séjour où la Famille prend ses repas et de délassement aux heures de repos. C’est une toute petite pièce avec simplement une table rectangulaire et une sorte de coffre rangé contre un mur. Il sert de siège d’un côté à la table. Contre les autres murs il y a un métier à tisser et un tabouret, puis deux autres tabourets et une étagère avec des lampes à huile et d’autres objets. Une porte est ouverte sur le petit jardin. Ce doit être vers le soir car il n’y a plus qu’un dernier rayon de soleil sur la cime d’un arbre élevé qui commence à peine à verdir avec les premières feuilles. À table est assis Jésus. Il mange et Marie le sert allant et venant par une petite porte qui, je suppose, donne sur l’endroit où se trouve le foyer dont on aperçoit la lueur par la porte entr’ouverte. Jésus dit deux ou trois fois à Marie de s’asseoir et de manger, Elle aussi. Mais Elle ne veut pas et secoue la tête en souriant tristement. Elle apporte ensuite des légumes cuits à ‘eau, qui semblent tenir lieu de soupe, des poissons grillés et puis un fromage plutôt mou en fore de boue qui rappelle les pierres roulées d’un torrent, et puis des petites olives noires. Le pain, de forme ronde et large comme un plat ordinaire, peu épais, est déjà sur la table. Il est plutôt noir, contenant des repasses. Jésus a devant lui une amphore avec de l’eau et une coupe. Il mange silencieusement, en regardant sa Maman avec un douloureux amour. Marie, c’est bien visible, a de la peine. Elle va et vient pour se donner une contenance. Bien qu’il fasse encore assez jour, elle allume une lampe, la met près de Jésus et en allongeant le bras, caresse à la dérobée sa tête. Elle ouvre une besace qui me semble de laine vierge, tissée à la main et donc imperméable, de couleur noisette, fouille à l’intérieur, sort dans son petit jardin, va au fond dans un sort de débarras, en sort avec des pommes plutôt ratatinées, certainement conservées depuis l’été et les met dans la besace, Ensuite elle prend un pain et un petit fromage qu’elle ajoute, bien que Jésus n’en veuille pas et dise que le reste suffit. Puis Marie, de nouveau s’approche de la table du côté le plus étroit, à la gauche de Jésus et le regarde manger. Elle le regarde avec tristesse, avec adoration, avec n visage encore plus pâle qu’à l’ordinaire et que la peine semble vieillir, avec des yeux plus grands à cause d’un cerne qui les entoure, indice de larmes déjà versées. Ils semblent plus brillants que d’habitude, lavés qu’ils sont par les larmes qui les remplissent, prêtes à tomber. Deux yeux douloureux et fatigués. Jésus mange lentement et visiblement à contrecœur, seulement pour faire plaisir à sa Mère. Il est pensif, plus qu’habituellement, lève le tête et regard Marie. Il rencontre un regard plein de larmes et baisse la tête pour respecter son émotion. Il se borne à prendre la main délicate qu’Elle tient appuyée au rebord de la table. Il la prend de sa main gauche et la porte à sa joue. Il l’appuie sur sa joue dont il l’effleure pour sentir la caresse de cette pauvre main qui tremble et puis la baise à dos, avec tant d’amour et de respect. Je vois Marie qui porte la main libre, la gauche, à sa bouche comme pour étouffer un sanglot. Ensuite Elle essuye avec les doigts une larme qui a débordé des cils et coule sur sa joue. Jésus recommence à manger et Marie sort, vive, vive dans le petit jardin, désormais peu éclairé, et disparaît. Jésus appuie le coude gauche sur la table, appuie son front sur la main et se plonge dans ses pensées, oubliant de manger. Il tend l’oreille et se lève. Il sort lui aussi dans le jardin et après avoir regardé autour de lui, se dirige à droite de la maison et entre dans une grotte, à l’intérieur de laquelle e reconnais l’atelier de menuisier, cette fois bien rangé, sans planches, sans freluches de bois, sans feu allumé. Il y a l’établi avec les outils, chacun à sa pièce. C’est tout. Penchée sur l’établi, Marie pleure. One dirait une enfant. Sa tête s’appuie sur son bras gauche

replié. Elle pleure sans bruit, mais douloureusement. Jésus entre doucement et s’approche si légèrement qu’Elle ne se rend compte que lorsque le Fils lui met la main sur la tête en l’appelant ‘Maman!’ d’un ton d’amoureux reproche. Marie lève la tête et regarde Jésus à travers un voile de larmes. Elle s’appuie à Lui, les deux mains jointes contre son bras droit. Jésus lui essuie le visage avec un coin de sa large manche et l’attire en ses bras, sur son coeur lui déposant un baiser sur le front. Jésus est majestueux, il semble plus viril qu’à l’ordinaire et Marie paraît plus jeune sauf en son visage marqué par la douleur. “Viens, Maman” lui dit Jésus, et la serrant étroitement de son bras droit contre Lui, il marche en revenant dans le jardin où il s’assied sur un banc contre le mur de la maison. Le jardin est silencieux maintenant dans la nuit. Il y a seulement un beau clair de lune, et une lueur qui sort de la salle à manger. La nuit est tranquille. Jésus parle à Marie. Au début je ne comprends pas les paroles à peine mourmourées et auxquelles Marie acquiesce en inclinant la tête. Puis j’entends: “Fais venir les parents. Ne reste pas seule. Je serai plus tranquille pour accomplir ma mission. Mon amour ne te fera pas défaut. Je viendrai souvent et te ferai prévenir quand je serai en Galilée sans pouvoir revenir à la maison. Tu viendras me voir, alors. Maman, cette heure devait venir… Elle a commencé ici quand l’Ange t’apparut; maintenant, elle sonne et nous devons la vivre, n’est-ce-pas, Maman? Après viendra la paix de l’épreuve surmontée et la joie. Il nous faut d’abord franchir ce désert comme les anciens Pères, pour entrer dans la Terre Promise. Mais le Seigneur nous aidera comme il les a aidés. Il nous donnera son aide comme une manne spirituelle pour nourrir notre esprit au plus fort de l’épreuve. Disons ensemble à notre Père…” Jésus se lève et Marie avec Lui. Ils tournent leurs regards vers le ciel. Deux hosties vivantes qui resplendissent dans la nuit. Jésus dit lentement, mais d’une voix claire, en détachant les mots, la prière dominicale. Il appuie sur les deux phrases: ‘Que ton règne arrive, que ta volonté soit faite’ en détachant bien ces deux phrases des autres. Il prie, les bras étendus, pas en croix précisément, mais comme le prêtre quand il dit: ‘Le Seigneur soit avec vous’. Marie garde les mains jointes. Puis, ils reviennent à la maison, et Jésus, que je n’ai jamais vu boire de vin, vers dans une coupe, d’une amphore qui est sur l’étagère, un peu de vin blanc et la porte sur la table. Il prend Marie par la main et l’oblige à s’asseoir près de Lui et à boire ce vin où il trempe une mie de pain qu’il Lui fait manger. L’insistance est telle que Marie doit céder. Jésus boit le reste de vin. Et puis il serre la Maman contre Lui, contre son Coeur. Jésus et Marie ne sont pas allongés, mais assis comme nous pour le repas. Ils ne parlent plus, ils attendent. Marie caresse la main droite de Jésus et ses genoux. Jésus caresse Marie à son bras et sur la tête. Puis Jésus se lève, et Marie avec Lui. Ils s’embrassent et se baisent tendrement plusieurs, plusieurs fois. Il semble à chaque instant qu’ils veuillent se séparer, mais Marie se reprend à serrer contre elle sa créature. C’est la Madone … mais une Maman, enfin, une Maman qui doit se séparer de son Fils et qui sait où aboutira cette séparation; que l’on ne me dise plus que Marie n’a pas souffert. Je le croyais auparavant, maintenant plus. Jésus prend son manteau bleu foncé. Il s’en drape les épaules et se couvre la tête avec le capuchon. Puis il passe la besace en bandoulière pour qu’elle ne gêne pas sa marche. Marie l’aide et n’en finit pas d’arranger son vêtement, le manteau et le capuchon et entre temps le caresse encore. Jésus va vers la sortie après avoir tracé un geste de bénédiction sur la maison. Marie le suit, et sur le seuil ils se donnent un dernier baiser. La route est silencieuse et solitaire, éclairée par la lune. Jésus se met en route. Il se retourne encore pour deux fois pour regarder la Maman qui reste appuyée sur le chambranle de la porte, plus blanche que la lune et toute lumineuse sous ses pleurs silencieux. Jésus s’éloigne toujours plus sur la route blanche. Marie pleure toujours contre la porte. Puis Jésus disparaît à un détour du chemin. Il est commencé, son chemin d’Evangelisateur qui finira au Golgotha. Marie rentre en larmes et ferme la porte. Pour elle aussi est commencé le chemin qui la conduira au Golgotha. Et pour nous…

2. « ELLE A PLEURÉ PARCE QU’ELLE ÉTAIT LA CORÉDEMPTRICE » Paroles de Jésus : « C’est la quatrième douleur de Marie, Mère de Dieu. La première, la présentation au Temple ; la seconde, la fuite en Egypte ; la troisième la mort de Joseph ; la quatrième ma séparation d’avec Elle. 10 Connaissant le désir du Père, je t’ai dit hier soir que je hâterais la description de ‘nos’ souffrances pour qu’on les fasse connaître. Mais, comme tu le vois, elles avaient déjà été mises en lumière par celles de ma Mère. J’ai expliqué la fuite en Egypte avant la Présentation parce qu’il fallait que je le fasse ce jour-là. J’en sais la raison et tu la comprends et tu l’appliqueras au Père, de vive voix. J’ai le dessein d’alterner tes contemplations avec les explications que je te donnerai ensuite, avec des ‘dictés’ proprement dites pour t’élever avec ton esprit en te donnant la béatitude de la vision et aussi parce que, de cette manière, est rendue évidente la différence de style entre ton exposé et le mien. En outre, en présence de tant de livres qui parlent de moi, et qui, touche et retouche, changements et embellissements sont devenus irréels, je désire donner à qui croit en moi une vision ramenée à la vérité de mon séjour sur la terre. Je n’en sors pas diminué, mais au contraire je deviens plus grand dans mon humilité qui pour vous se fait pain, pour vous apprendre à être humbles et à rassembler à moi, qui ai été un homme comme vous et qui ai porté sous mon vêtement humain la perfection d’un Dieu. Je dois être votre Modèle et les modèles doivent toujours être parfaits. Je ne suivrai pas dans les contemplations un ordre chronologique correspondant à celui des Evangiles. Je prendrai les points que je trouverai plus utiles et un jour déterminé pour toi ou pour d’autres, en suivant mon ordre d’enseignement et de bonté. L’enseignement qui ressort de la contemplation de mon départ concerne spécialement les parents et les enfants que la volonté de Dieu appelle à un renoncement réciproque en vue d’un plus haut amour. En second lieu il concerne tous ceux qui doivent affronter un renoncement pénible. Combien vous en trouvez dans la vie ! Ce sont les épines de votre séjour terrestre, et qui transpercent le cœur : je le sais. Mais à qui les accueille avec résignation –attention, je ne dis pas : ‘à qui les désire et les accueille avec joie’, cela est déjà perfection ; je dis ‘avec résignation’- elles se changent en roses éternellement épanouies. Mais, ceux qui l’accueillent avec résignation sont peu nombreux. Comme des ânes rétifs,vous regimbez et vous vous butez contre la volonté du Père quand encore vous ne cherchez pas à le blesser avec des ruades et des morsures spirituelles, c’est-àdire en vous révoltant et en blasphémant contre Dieu. Ne dites pas : ‘Je n’avais que ce bien, et Dieu me l’a enlevé. Mais moi, je n’avais que cette affection, et Dieu me l’a arrachée’. Marie aussi, femme aimable, parfaitement affectueuse car dans la ‘Toute Grâce’, même les formes affectives et sensibles étaient parfaites, n’avait qu’un seul bien, un seul amour sur la terre : 11 son Fils. Il ne lui restait que cette affection. Ses parents étaient morts depuis longtemps et Joseph depuis quelques années. Il n’y avait que moi pour l’aimer et lui faire sentir qu’Elle n’était pas seule. Les parents, à cause de moi, ignorant mon origine divine, lui étaient un peu hostiles. Pour eux, Elle était une maman qui ne sait pas s’imposer à son fils qui fait fi du bon sens commun, qui refuse les projets de mariage qui auraient pu donner du lustre à la famille et même une aide matérielle. Les parents, voix du sens commun, du sens humain –vous l’appelez le bon sens, mais ce n’est que sens humain, c’est-à-dire égoïsme- les parents auraient voulu des changements pratiques dans ma vie. Au fond, c’était la peur d’avoir, un jour, des ennuies à cause de moi qui déjà osais exprimer des idées trop idéalistes, selon eux, et qui pouvaient offusquer la synagogue. L’histoire Hébraïque était pleine d’enseignements sur le sort des prophètes. Ce n’étai pas une mission facile que celle de prophète. Elle entraînait souvent la mort pour le prophète et des ennuies pour sa parenté. Au fond, il y avait toujours la pensée de devoir, un jour, prendre ma Mère en charge. Ils étaient donc indisposés de voir qu’Elle ne me contrariait en rien et paraissait être en

continuelle adoration devant son fils. Cette opposition devrait croître ensuite au cours des trois années de mon ministère jusqu’au point d’arriver à des reproches publics quand ils venaient me trouver au milieu de la foule et rougissaient de ma manie, selon eux, de heurter les castes puissantes. Reproches à mon adresse et à la sienne, pauvre Maman ! Marie savait l’humeur des parents car tous n’étaient pas comme jacques, Jude et Simon ni comme leur mère, marie de Cléophas et Elle prévoyait ce que ces dispositions deviendraient. Elle savait quel sort serait le sien au cours de ces trois années et de ce qui l’attendait ensuite, et mon sort à moi ; pourtant Elle ne regimba pas comme vous faites. Elle pleura. Qui n’aurait pas pleuré à la séparation d’un fils qui l’aimait comme je l’aimais, à la pensée des longs jours où je ne serais plus là, dans sa maison solitaire, devant l’avenir d’un Fils destiné à heurter la méchanceté de gens qui se sentaient coupables et que leur culpabilité poussait à attaquer l’Innocent jusqu’à vouloir le tuer. Elle a pleuré parce qu’Elle était le Corédemptrice et la mère du genre humain qui a reçu de dieu une vie nouvelle. Elle devait pleurer pour toutes les mamans qui ne savent pas faire de leur 12 douleur de mère une couronne de gloire éternelle. Combien de mères, dans le monde, auxquelles la mort arrache des bras une créature ! Combien de mères auxquelles une volonté surnaturelle enlève un fils à leurs côtés ! Pour toutes ses filles, comme Mères des chrétiens, pour toutes ses sœurs, dans leur douleur de mères esseulées, Marie a pleuré. Et aussi pour tous ses fils qui, nées de la femme, sont destinés à devenir des apôtres de Dieu et martyrs pour l’amour de dieu, par fidélité à Dieu ou par la férocité des hommes. Mon Sang et les pleurs de Marie sont le mélange qui fortifie ceux qui sont appelés à une destinée héroïque, qui efface leurs imperfections ou même les fautes qui ont échappé à leur faiblesse, en leur donnant outre le martyre, quelqu’il soit, la paix de Dieu, et s’ils l’ont souffert pour Dieu, la gloire du Ciel. Ils le trouvent les missionnaires comme une flamme qui les réchauffe dans les pays où la neige est maîtresse. Ils le trouvent comme une rosée là où règne un soleil brûlant. Les larmes de Marie naissent de sa charité et jaillissent d’un cœur lilial. Ils possèdent donc, de la Charité Virginale unie à l’Amour, le feu, et de la Virginale Pureté, la fraîcheur parfumée qui rassemble à celle de l’eau recueillie dans le calice d’un lys après une nuit baignée de rosée. Elles le trouvent les âmes consacrées dans ce désert qu’est la vie monastique bien comprise: Désert parce qu’il n’y a de vivant que l’union avec Dieu et que toute autre affection s’évanouit en devenant uniquement charité surnaturelle : pour les parents, les amis, les supérieurs, les inférieurs. Ils trouvent ce divin mélange ceux qui sont consacré à Dieu au milieu du monde, qui ne les comprend ni les aime, désert aussi pour ceux-là où ils vivent comme s’ils étaient seuls tant ils sont incompris et ridiculisés à cause de l’amour qu’ils me portent. Elles le trouvent, mes chères ‘victimes’ parce que Marie est la première qui fut victime pour l’amour de Jésus et celles qui la suivent. Elle donne de sa main de Mère et de Médecin ses larmes qui fortifient et enivrent pour un plus grand sacrifice. Larmes saintes de ma Mère ! Marie prie. Elle ne se refuse pas à la prière parce que Dieu lui donne une souffrance. Gardez-en le souvenir. Elle prie avec Jésus. Elle prie le Père, le Nôtre et le Vôtre. Le premier ‘Pater noster’ a été dit dans le jardin de Nazareth, 13 pour consoler la peine de Marie, pour offrir nos volontés à l’Eternel au moment où commençait pour ces volontés la période d’un renoncement toujours croissant qui eut son sommet pour moi dans le renoncement à la vie et pour Marie dans la mort d’un fils. Nous n’avions rien à nous faire pardonner par le Père, cependant, nous les ‘Sans Faute’ nous avons demandé le pardon du Père pour être pardonnés, absous ne fut-ce que d’un soupir à l’encontre de la dignité de notre mission. Pour vous apprendre que plus on est en grâce avec Dieu et plus la mission est bénie et fructueuse. Pour vous enseigner le respect de Dieu et l’humilité. En présence du Dieu Père, même nos deux perfections d’Homme et de Femme se sont senties comme un néant et ont demandé pardon comme elles ont demandé le ‘pain quotidien’. Quel était notre pain ? Oh ! pas celui qui pétrissait les mains pures de Marie et cuit au petit four

pour lequel tant de fois j’avais lié des fagots et des bourrées. Celui-là aussi est nécessaire tant qu’on est sur la terre. Mais ‘notre’ pain quotidien c’était d’accomplir jour après jour notre tâche de mission. Que Dieu nous le donne chaque jour parce que l’accomplissement de la mission que dieu nous donne est la joie de notre journée, n’est-ce pas, petit Jean ? Ne dis-tu pas toi aussi, qu’il te parait vide le jour, qu’il te parait inexistant, si la bonté du seigneur te laisse un jour sans ta mission de souffrance ? Marie prie avec Jésus. C’est Jésus qui vous justifie, fils. C’est Moi qui rends acceptables et profitables vos prières auprès du Père. Je l’ai dit : ‘Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, Il vous l’accordera’, et l’Eglise valorise ses prières en disant : ‘Par Jésus Christ notre Seigneur’. Quand vous priez, unissez-vous toujours, toujours, toujours à Moi. Je prierai à haute voix pour vous, couvrant votre voix d’hommes avec ma voix d’Homme-Dieu. Je mettrai votre prière sur mes mains transpercées et l’élèverai vers le Père. Elle deviendra hostie d’un prix infini. Ma voix fondue avec la vôtre montera comme un baiser filial vers le Père et la pourpre de mes blessures rendra précieuse votre prière. Soyez en Moi, si vous voulez avoir le Père en vous, avec vous, pour vous. Tu as fini le récit en disant : ‘Et pour nous …’ et tu as voulu dire : ‘pour nous qui sommes si ingrats à l’égard des Dieux qui ont gravi le Calvaire pour nous’. Tu as bien fait de mettre ces mots. 14 Mets-le chaque fois que je ferai voir une de nos souffrances. Qu’ils soient comme la cloche qui sonne et qui appelle à la méditation et au repentir. C’est assez, pour l’heure. Repose-toi. La paix soit avec toi. »

3.

BAPTEME DE JESUS AU JOURDAIN

Paroles de Jésus : « Ce que tu as écrit le 30 janvier pourrait donner occasion à ceux qui doutent, d’avancer leurs ‘mais’ et leurs ‘si’. C’est Moi qui va répondre à ta place. Tu as écrit : ‘… quand je vois ainsi, mes forces physiques et particulièrement cardiaques subissent une grande dispersion’. Il y aura certainement des ‘docteurs de l’impossible’ qui diront : ‘C’est la preuve que ce que lui arrive est humain, parce que le surnaturel procure toujours force et jamais faiblesse.’ Qu’ils m’expliquent alors pourquoi les grands extatiques, après une extase au cours de laquelle ils ont dépassé les possibilités humaines en supprimant la douleur, le poids de la matière conséquences des blessures internes et d’importantes hémorragies, jouissant d’une félicité qui les fait paraître beaux, même physiquement restent, dès que l’extase cesse, évanouis par terre, de façon à faire penser que leur âme s’est séparée d’eux. Qu’ils m’expliquent aussi pourquoi après quelques heures de la plus atroce agonie qui répète la mienne, telle que celle de ma servante Thérèse, telles furent les agonies da ma sainte Gemma et beaucoup d’autres âmes que mon et leur amour a rendu dignes de vivre ma Passion ces personnes reprennent ou reprenaient une force et un équilibre physique que les personnes les plus saines ne possèdent pas. Je suis le maître de la vie et de la mort, de la santé et de la maladie. J’use de mes serviteurs à mon gré, comme d’un joli fil qui serait entre mes mains. Le miracle en toi, un des miracles réside en ceci. Dans l’état physique où te trouves, état qui se prolonge miraculeusement, c’est que tu puisses arriver à cette béatitude sans en mourir, éprouvant ces transports alors que tu te trouves dans un état de prostration qui pour d’autres empêcherait même les pensées le plus rudimentaires. Le miracle réside dans cette vitalité qui reflue en toi en ces heures comme elle a reflué dans les heures où tu as écrit mes dictées ou celles d’autres Esprit qui t’apportent leur céleste parole. Le miracle réside dans cette réacquisition subite de la force, après que la joie a consumé en toi ce reste de vitalité qui te reste pour écrire. Mais cette vitalité c’est Moi qui te la transfuse. C’est comme du sang qui de Moi

passe en tes veines épuisées, comme un flot qui se déverse sur une rive et l’arrose. La rive reste arrosée tant que le flot la baigne puis de nouveau reste aride jusqu’à un nouveau flot. C’est comme une opération qui te vide de mon Sang jusqu’à une nouvelle transfusion. Toi, pour ton compte, tu n’es qu’un rien. Tu es un pauvre être en agonie, qui travailles parce que je le veux, pour ce que j’ai en vue. Tu es une pauvre 15 créature qui ne vaut que par ton amour. Tu n’as pas d’autres mérites. Amour et désir d’être pour d’autres, cause d’amour pour ton dieu. C’est cela qui justifie ton être et ma bienveillance de te conserver en vie alors que, humainement parlent, depuis longtemps ton être aurait dû se désagréger dans la mort. Le sentiment d’être redevenue un ‘loque’, comme tu le dis, lorsque j’ai cessé de te porter avec moi dans les champs de la contemplation et de te parler est pour toi et pour les autres la preuve que tout ce qui arrive, arrive par mon unique vouloir. Si quelqu’un pense humainement qu’avec le même vouloir et le même amour et ma bienveillance, je réponds que j’ai toujours conservé la vie à mes serviteurs, tant que j’ai jugé que leur mission devait continuer, mais je ne leur ai jamais procuré une vie humainement heureuse parce que mes missions se réalisent dans et par la souffrance et que d’autre part mes serviteurs n’ont qu’un désir semblable au mien : souffrir pour racheter. Il ne faut donc pas parler de ‘dispersion de forces’, mais dire : ‘Après que la bonté de Jésus fait disparaître mon état d’infirmité pour ses intentions et pour me joie, je reviens à ce que sa bonté m’a accordé d’être : crucifiée par son amour et pour son amour ». Et maintenant vas de l’avant avec une obéissance pleine d’amour. » A la même date le 3-2-1944, au soir : Je vois une plaine inhabitée et sans végétation. Il n’y a pas de champs cultivés, quelques rares plantes formant çà et là des touffes, comme des familles de végétaux là où le sol a un peu de profondeur et se trouve moins aride. Remarquez que ce terrain aride et inculte est à ma droite alors que le Nord se trouve derrière moi, et se prolonge pour moi dans la direction du Sud. A gauche, en revanche, je vois un fleuve aux berges plutôt basses qui coule lentement lui aussi du Nord au sud. D’après le mouvement très lente de l’eau, je comprends que son lit n’a pas une pente très forte et que ce fleuve coule dans une sorte de dépression de la plaine. Le courant est à peine suffisant pour empêcher la stagnation de l’eau et la formation d’un marécage. L’eau n’a pas de profondeur ; c’est un point où l’on aperçoit le fond. J’estime qu’il n’y a pas plus d’un mètre de profondeur, un mètre et demi au maximum. Large comme l’Arno vers S. Miniato-Empoli: je dirais vingt mètres. Mais je n’ai pas trop le coup d’œil et mes estimations sont approximatives. Pourtant l’eau est d’un azur légèrement vert à proximité des berges où l’humidité du sol entretient une bande verte touffue qui réjouit l’œil fatigué de cette morne étendue de pierres et de sable qui s’étend indéfiniment en avant. Cette voix intérieure dont je vous ai expliqué que j’entends m’expliquer ce que je dois remarquer et savoir, m’avertit que je 16 vois la vallée du Jourdain. Je l’appelle vallée, parce que c’est l’appellation habituelle de la place où coule un fleuve, mais ici, il me parait inexact de lui donner ce nom parce que une vallée suppose des collines et dans le voisinage je n’en vois pas trace. En résumé, je me trouve près du Jourdain, et l’espace désolé que j’aperçois sur ma droite est le désert de Juda. Si parler de désert est juste pour désigner ce lieu inhabité et sans trace du travail de l’homme, il convient moins à l’idée que nous nous faisons du désert. Ici, pas de dunes du désert comme nous le concevons, mais seulement une terre dénudée parsemée de pierres et de débris, comme sont les terrains d’alluvion après une crue. Dans le lointain, des collines. Et puis, près du Jourdain une grande paix, une ambiance spéciale qui dépasse celle d’un paysage ordinaire, quelque chose qui rappelle ce qu’on ressent sur les bord du lac trasimène. C’est un lieu qui évoque des vois angéliques et des voix célestes. Je ne sais pas bien exprimer ce que j’éprouve, mais j’ai le sentiment de me trouver dans un lieu qui parle à l’esprit.

Pendant ses observations, je vois la scène envahie par les gens le long –par rapport à moi- de la rive droite du Jourdain. Il y a beaucoup d’hommes et une grande variété d’habillements. Quelques uns semblent de gens du peuple, d’autres des riches, il y en a assez, plusieurs paraissent des pharisiens, avec leurs vêtements ornés de franges et de galons. Au milieu, debout sur un rocher un homme que je reconnais du premier coup pour le baptiste bien que ce soit la première fois que je le vois. Il parle à la foule et je vous assure que sa prédication manque plutôt de douceur. Jésus a appelé Jacques et Jean ‘les fils du tonnerre’. Mais alors quel nom donner à ce fougueux orateur ? On pourrait pour Jean Baptiste parler de coup de foudre, d’avalanche, de tremblement de terre, tant il est impétueux et sévère dans son discours et ses gestes. Il parle de la venue du Messie et exhorte les auditeurs à préparer leurs cœurs en les débarrassant de ce qui les encombre et en redressant leurs pensées. Mais c’est un parler frénétique et rude. Le Précurseur n’a pas la main légère de Jésus pour soigner les blessures des cœurs. C’est un médecin qui les met à nu, fouille et taille sans pitié. Pendant que je l’écoute –je ne rapporte pas ses paroles, parce 17 que ce sont celles des Evangélistes mais qu dévalent en un discours torrentiel- je vois s’avancer le long d’un sentier le long de la courbure herbeuse et ombragée qui côtoie le Jourdain, mon Jésus. Ce chemin de campagne, plutôt sentier que chemin, semble dessiné par les caravanes et les voyageurs qui pendant des années et des siècles l’ont parcouru pour arriver à un point où le fond du lit se relève et permet de passer à gué. Le sentier continue sur l’autre rive du fleuve et se perd dans la verdure de l’autre berge. Jésus est seul. Il marche lentement et en avançant Il arrive derrière jean. Il avance sans bruit, tout en écoutant la voix tonnante du Pénitent du désert, comme si Jésus était aussi une des nombreuses personnes qui venaient vers Jean pour se faire baptiser et se préparer à la purification pour la venue du messie. Rien ne distingue Jésus des autres gens. Il semble un homme du peuple pour son vêtement, un seigneur pour la beauté des traits, mais aucun signe divin ne le distingue de la foule. Cependant on dirait que Jean sent une particulière émanation spirituelle. Il se retourne et identifie tout de suite la source de cette émanation. Il descend vivement du rocher qui lui servait de chaire et s’en va d’une air dégagé vers Jésus qui est arrêté à quelques mètres d’un groupe et s’appuie au tronc d’un arbre. Jésus et Jean se fixent un moment. Jésus, avec son regard d’azur, si doux. Jean avec son œil sévère, très noir, plein d’éclairs. Les deux, vus rapprochés sont l’antithèse l’un de l’autre. Tous les deux grands –c’est leur unique ressemblance- ils sont différents pour tout le reste. Jésus blond, aux longs cheveux peignés, au teint blanc ivoire, aux jeux d’azur, au vêtement simple, mais majestueux. Jean hirsute aux cheveux noirs qui retombent à plat sur les épaules et taillés en escalier, avec une barbe noire coupée à ras qui lui couvre presque tout le visage qui n’empêche pas de découvrir ses joues creusées par le jeûne, des yeux noirs fiévreux, la peau bronzée par le soleil et les intempéries et le poil épais qui la couvre, demi-nu avec son vêtement de peau de chameau retenu à la taille par une ceinture de peau et qui couvre le torse, descendant à peine au dessous de ses flancs amaigris et laissant à droite les côtes découvertes, les côtes sur lesquelles se trouve, unique tissu, la peau tannée par l’air. En vis-à-vis, on dirait un sauvage et un ange. Jean, après avoir fixé sur Lui son regard pénétrant, s’écrie : « Voici l’Agneau de Dieu. Comment peut-il se faire que mon Seigneur 18 vienne à moi ? » Jésus répond tranquillement : « C’est pour accomplir le rite de pénitence. » « Jamais, Seigneur. C’est moi qui dois venir à Toi pour être sanctifié, et c’est Toi qui viens vers moi ? » Et Jésus, en lui mettant une main sur la tête, parce que Jean s’était incliné devant Jésus, lui répond : « Permets que tout se fasse comme je veux, pour que s’accomplisse toute justice et que ton rite achemine les hommes vers un plus haut mystère et qu’il leur soit annoncé que la Victime est dans ce monde. »

Jean l’observe avec un œil dont une larme adoucit le regard. Et le précède vers la rive. Jésus enlève son manteau et sa tunique, gardant une sorte de caleçon court et descend dans l’eau où se trouve déjà Jean. Jean le baptise en Lui versant sur la tête de l’eau du fleuve, avec une sorte de tasse suspendue à sa ceinture et qui semble être une coquille ou une demie-calebasse séchée et vidée. Jésus est proprement l’Agneau, l’Agneau dans la blancheur de s chair, la modestie de ses traits, la douceur de son regard. Pendant que Jésus remonte sur la rive e qu’après s’être vêtu il se recueille en prière,;Jean le montre à la foule et témoigne de l’avoir reconnu au signe que l’Esprit de Dieu lui avait indiqué, et qui désignait infailliblement le Rédempteur. Mais je suis polarisé par le spectacle de Jésus qui prie et je ne vois plus que cette figure lumineuse qui se détache sur le fond vert de la rive. 4. « JEAN N’AVAIT BESOIN D’AUCUN SIGNE » Paroles de Jésus : « Jean n’avait pas besoin de signe pour lui-même. Son esprit, présanctifié dès le sein de sa mère était en possession de cette vue de l’intelligence surnaturelle qui aurait été le lot de tous les hommes sans la faute d’Adam. Si l’homme était resté en état de grâce, dans l’innocence et la fidélité à son Créateur, il aurait vu Dieu à travers les apparences extérieures. On dit dans la Genèse que le Seigneur Dieu parlait 19 Familièrement avec l’homme innocent et que l’homme ne s’évanouissait pas en entendant cette voix et la discernait sans se tromper. Tel était le sort de l’homme : voir et comprendre Dieu, comme un fils à l’égard de son père. Puis la faute est venue et l’homme n’a plus osé regarder Dieu, n’a pu savoir découvrir et comprendre Dieu. Et il le sait de moins en moins. Mais Jean, mon cousin, avait été purifié de la faute quand la Pleine de Grâce s’était penchée avec amour pour embrasser celle qui autrefois stérile était devenue féconde, Elisabeth. Le bébé avait sauté de joie dans son sein en sentant les écailles de la faute tomber de son âme comme une croûte qui tombe d’une plaie au moment de la guérison. L’Esprit Saint qui avait fait de marie la Mère du Sauveur, commença son œuvre de salut à travers Marie, Ciboire Vivant du Salut Incarné pour cet enfant qui allait naître, destiné à m’être uni, non pas tant par le sang que par la mission qui fit de nous comme les lèvres qui forment la parole. Jean c’était les lèvres et Moi la Parole. Lui le Précurseur dans l’Evangile et sa destinée de martyr. Moi, Celui qui donne ma divine perfection à l’Evangile inauguré par Jean et son martyre pour la défense de la Loi de Dieu. Jean n’avait besoin d’aucun signe, mais pour l’épaisseur de l’esprit des autres, un signe était nécessaire. Sur quoi Jean aurait-il fondé son affirmation sinon sur une preuve irrécusable que les yeux des hommes lents à voir et les oreilles paresseuses auraient perçue ? Moi, également, je n’avais pas besoin de baptême. Mais la Sagesse du Seigneur avait jugé que ce devait être l’instant et la façon de le rencontrer. En faisant sortir Jean de sa grotte dans le désert et Moi de ma maison il nous unit en ce moment pour ouvrir sur moi le Ciel et en faire descendre SoiMême, Colombe Divine, sur Celui qui aurait à baptiser les hommes avec cette Colombe et faire descendre du Ciel l’annonce encore plus puissante de cette angélique pensée de mon Père : « Voici mon Fils Bien Aimé, en qui je me suis complu ». C’est pour que les hommes n’eussent pas d’excuse ou de doute pour savoir s’ils devraient me suivre ou non. Les manifestations du Christ ont été nombreuses. La première, après la naissance fut celle des mages, la seconde au Temple, la troisième sur les rives du Jourdain. Puis vinrent les autres manifestations innombrables que je te ferai connaître, parce que mes 20 miracles sont des manifestations de ma nature divine jusqu’aux derniers, de ma Résurrections et de mon Ascension au ciel. Ma patrie fut comblée de mes manifestations. Comme des semences jetées aux quatre points cardinaux, elles arrivèrent en toute couche et tout endroit de la vie : aux bergers, aux puissants, aux savants, aux incrédules, aux pécheurs, aux prêtres, aux dominateurs, aux enfants,

aux soldats, aux Hébreux, aux Gentils. Maintenant encore, elles se répètent, mais comme alors le monde ne les accepte pas ou plutôt il n’accueille pas les miracles actuels et il oublie ceux du passé. Eh bien, je ne renonce pas. Je me répète pour vous sauver, pour vous amener à la foi en moi. Sais-tu, Marie, ce que tu fais ? Ce que je fais, plutôt, en te faisant voir l’Evangile ? C’est une tentative plus forte pour amener les hommes vers Moi. Tu l’as désiré par tes prières ardentes. Je ne me borne plus à la parole. Elle fatigue et les éloigne. C’est un péché, mais c’est ainsi. J’ai recours à la vision, à la vision de mon Evangile et je l’explique pour la rendre plus claire et plus attrayante. A toi, je donne le réconfort de la vision. A tous je donne le moyen de me désirer et de me connaître. Et si encore elle ne sert pas et si comme de cruels enfants ils rejettent le don sans en comprendre la valeur, à toi, le don restera et à eux ira mon indignation. Je pourrai, une fois encore, faire l’antique reproche : ‘Nous avons joué de la flûte et vous n’avez pas dansé. Nous avons entonné des lamentations et vous n’avez pas pleuré. » Mais, n’importe. Laissons-les, les ‘incorvertissables’ accumuler sur leurs têtes des charbons ardents et tournons-nous vers les brebis qui cherchent à connaître le Pasteur. Le Pasteur, c’est moi et tu es la houlette qui me les amène. » Comme vous voyez, je me suis hâtée de mettre ces détails qui à cause de leur petitesse m’avaient échappé et que vous avez désiré avoir. Puis, aujourd’hui, en lisant le fascicule je remarque une phrase de Jésus qui peut vous servir de règle. Ce matin vous disiez que vous ne pourriez faire connaître les descriptions faites en mon style personnel et moi qui ai une véritable phobie d’être connue, j’en étais bien contente. Mais ne vous semble-t-il pas que cela soit contraire à ce que dit le maître dans la dernière dictée du fascicule ? » « Plus tu seras attentive et précise (dans la description de ce que je vois) et plus important sera le nombre de ceux qui viennent à Moi. » Ceci implique que les description doivent être connues. Autrement, comment pourrait-il se faire que grâce à elles, nombre d’âmes vont vers Jésus ? Je vous soumets ce point et puis faites ce qui vous parait préférable. Et même, humainement, je suis de votre avis. Mais ici, nous ne sommes pas dans le domaine de l’humain et même l’humain des porte-voix doit disparaître. Même dans la dictée d’aujourd’hui, Jésus dit : « … en te faisant voir l’Evangile, je fais un essai plus fort pour m’attirer les hommes. Je ne me borne plus à la parole… J’ai recours à la vision et je l’explique pour la rendre plus claire et plus attrayante. » Et alors ? Cependant, puisque je suis un pauvre rien et que de moi-même, je me replie 21 tout de suite sur moi, je vous dis que votre remarque m’a troublée, et l’Envieux s’en réjouit, troublée au point de me faire penser de ne plus écrire ce que je vois, mais uniquement les dictées. Il me souffle au cœur : « Ne le vois-tu pas ? Elles ne servent absolument à rien tes fameuses visions ! Uniquement à te faire passer pour une folle. Comme tu l’es, en vérité. Qu’est ce que tu voies ? Les larves de ton cerveau troublé. Il faut bien autre chose pour mériter de voir le Ciel ! » Et toute la journée, il me tient sous le jet corrosif de sa tentation. Je vous assure que je n’ai pas autant souffert de ma grande douleur physique ce que j’ai souffert de cela. Il veut m’amener à désespérer. Mon Vendredi est toujours un vendredi te tentations spirituelles. Je pense à Jésus au désert, à Jésus à Gethsémani. Mais je ne m’avoue pas vaincue pour ne pas le faire rire, ce démon astucieux et en luttant contre lui et contre ce qu’il y a en moi de moins spirituel, je vous écris ma joie d’aujourd’hui, vous assurant en même temps, que pour mon compte je serais bien aise si Jésus m’enlevait de don de vision qui est ma plus haute joie. Pourvu qu’Il me conserve son amour et sa miséricorde.

5.

JÉSUS TENTÉ PAR LE DIABLE AU DÉSERT

Je vois la solitude pierreuse déjà vue à ma gauche dans la vision du Baptême de Jésus au Jourdain. Cependant, je dois y avoir pénétré profondément, parce que, en fait, je ne vois plus le beau fleuve aux eaux lentes et azurées ni la veine verte qui le côtoie sur les deux rives, alimentée par cette artère aquatique. Ici, rien que la solitude, des pierres, une terre brûlée, réduite à l’état da poussière jaunâtre qu’à chaque instant le vent soulève en petits tourbillons. On dirait le souffle d’une bouche fiévreuse tant ils sont secs et brûlants, torturants aussi pour la poussière qu’ils entraînent avec eux dans le nez et la gorge. Cà et là, très rares, des petits buissons épineux dont on ne sait comment ils peuvent résister dans cette désolation. On dirait quelques rares touffes de cheveux sur le crâne d’un homme chauve. Au-dessus, un ciel impitoyablement azuré; en bas le sol aride, autour, des rochers et le silence. C’est tout ce que je vois comme nature. Un énorme rocher forme un embryon de grotte. Assis sur une roche traînée à l’intérieur, Jésus se tient adossé à la paroi. Il s’y repose du soleil brûlant. Celui qui m’avertit intérieurement m’indique que cette roche sur laquelle il est assis lui set aussi d’agenouilloir et d’oreiller quand il prend quelques heures de repos, enroulé dans son manteau. À la lueur des étoiles et dans l’air froid de la nuit. De fait, là tout près, se trouve la besace que je lui ai vue prendre à son départ de nazareth. C’est tout son avoir et comme elle est flasque, je comprends quelle est vide du peu de nourriture qu’y avait mise Marie. Jésus est très maigre et pâle. Il est assis avec les coudes appuyés sur les genoux et les avant-bras portés en avant, les mains jointes avec les doigts entrelacés. Il médite. De temps à autre il lève son regard et le promène alentour et regarde le soleil presque au zénith dans le ciel azuré. De temps en temps et en particulier après avoir regardé les alentours et levé les yeux vers la lumière du soleil, il ferme les yeux et s’appuie sur le rocher qui lui sert d’abri, comme pris de vertige. Je vois apparaître l’horrible gueule de Satan. Il ne se présente pas sous la forme où nous nous le représentons avec cornes, queue, etc. etc. On dirait un Bédouin enveloppé dans son habit et son manteau qui semble un domino de mascarade. Sur la tête, le turban dont les pans lui descendent jusqu'aux épaules pour les abriter, et sur les côtés du visage, de sorte que de ce dernier on ne voit qu’un triangle étroit, très brun avec des lèvres minces et tordues, des yeux noirs et renfoncés, d’ou sortent des éclairs magnétiques. Deux pupilles qui te pénètrent jusqu’au fond du coeur, et où on ne lit rien, ou une seule parole: mystère. Le contraire de l’oeil de Jésus qui vous fascine lui aussi par ses effluves magnétiques qui vous pénètrent jusqu’au coeur, mais où on lit aussi que dans son coeur il n’y a que bonté et amour pour toi. L’oeil de Jésus est pour l’âme une caresse. L’oeil da Satan est un double poignard qui vous perce et vous brûle. Il s’approche de Jésus: “Tu es seul?” Jésus le regarde sans répondre. “Comment tu es arrivé ici? Tu t’es perdu?” Jésus regarde le nouveau et se tait. “Si j’avais de l’eau dans ma gourde, je t’en donnerais. Mais je n’en ai pas. Mon cheval est crevé et je me dirige à pied vers le gué. Là je boirai et je trouverai quelqu’un qui me donne un pain. Je connais la route. Viens avec moi, je te conduirai.” Jésus ne lève plus les yeux. “Tu ne réponds pas? Sais-tu que si tu restes ici tu vas mourir? Déjà le vent se lève. Il va y avoir la tempête. Viens.” Jésus serre les mains dans une muette prière. “Ah!” C’est donc bien pour toi? Depuis le temps que je te cherche! Et maintenant, cela fait si longtemps que je t’observe. Depuis le moment où tu as été baptisé. Tu t’appelles l’Eternel? Il est bien loin. Maintenant tu es sur la terre et au milieu des hommes. Et chez les hommes, c’est moi qui suis roi. Pourtant, tu me fais pitié et je veux t’aider parce que Tu es bon et que tu es venu te sacrifier, pour rien. Les hommes te haïront à cause de ta bonté. Ils ne comprennent que or et mangeaille et jouissance. Sacrifice, souffrance, obéissance sont pour eux des paroles mortes, plus

mortes que cette terre-ci et ses alentours. Ils sont plus arides encore que cette poussière. Il n’est que le serpent pour se cacher ici en attendant de mordre et aussi le chacal pour te mettre en pièces. Allons, viens. Ils ne méritent pas que l’on souffre pour eux. Je le connais mieux que toi.” Satan s’est assis en face de Jésus. Il le fouille de son regard terrible, et sourit de sa bouche de serpent. Jésus se tait toujours et prie mentalement. “Tu te défies de moi. Tu as tort. Je suis la sagesse de la terre. Je puis te servir de maître pour t’aider à triompher. Puis, quand on s’est imposé au monde et quand on l’a séduit, alors on le mène où l’on veut. Mais d’abord, il faut être comme il leur plaît, comme eux, les séduire en leur faisant croire que nous les admirons et que nous les suivons dans leurs pensées. Tu es jeune et beau. Commence par la femme. C’est toujours par elle qu’on doit commencer: Je me suis trompé en amenant la femme à la désobéissance. J’aurais dû la conseiller d’une autre manière. J‘en aurai fait un meilleur instrument et j’aurai vaincu Dieu. J’ai été trop pressé. Mais Toi! Je t’enseigne car il y a eu un jour où je t’ai regardé avec une Joie angélique et un reste de cet amour est demeuré en moi. Mais Toi, écoute-moi et profite de mon expérience. Donne –toi une compagne. Où Toi, tu ne réussiras pas, elle réussira. Tu es le nouvel Adam: Tu dois avoir ton Eve. Et puis, comment peux-tu comprendre et guérir les maladies des sens, si tu ne sais pas ce que c’est. Ne sais-tu pas que la femme est le noyau d’où naît la plante de la passion et de l’orgueil? Pourquoi l’homme veut-il régner? Pourquoi veut-il être riche, puissant? Pour posséder la femme. Elle est comme l’alouette. Elle a besoin d’un scintillement qui l’attire. L’or et la domination sont les deux faces du miroir qui attire les femmes et la cause des maux du monde. Regarde: derrière mille et mille délits d’apparences diverses il y en a neuf cents, au moins, qui ont leur racine dans la faim de la possession de la femme où dans la volonté d’une femme brûlée d’un désir que l’homme ne satisfait pas encore ou ne satisfait plus. Va vers la femme si tu veux savoir ce qu’est la vie et après, seulement tu sauras soigner et guérir les maux de l’humanité. Elle est belle, tu sais, la femme! Il n’est rien de plus beau au monde. L’homme possède la pensée et la force. Mais la femme! Sa pensée est un parfum, son contact est caresse de fleurs. Sa grâce est un vin enivrant, sa faiblesse est comme un écheveau de soie ou les boucles frisées d’un bébé entre les mains de l’homme. Sa caresse est une force qui se communique à la nôtre et l’enflamme. La souffrance disparaît, et la fatigue, et les soucis quand il se pose auprès d’une femme. Elle est entre nos bras comme un bouquet de fleurs. Mais, imbécile que je suis! Tu as faim et je te parle de femme. Ta vigueur est épuisée. Pour cette raison, ce parfume de la terre, cette fleur de la création, ce fruit qui donne et suscite l’amour, te paraît sans valeur. Mais regarde ces pierres, comme elles sont rondes et polies, dorées sous les rayons du soleil couchant: Ne dirait-on pas des pains? Toi, Fils de Dieu, Tu n’as que à dire: ‘Je le veux’, pour qu’elles deviennent un pain odorant, comme celui qu’à cette heure les ménagères tirent du four pour le repas de la famille. Et ces acacias si arides, si Tu le veux, ne peuvent-ils pas se couvrir de fruits délicieux, de dattes sucrées comme le miel? Rassasie-toi, Fils de Dieu. Tu es le Maître de la terre. Elle se penche pour se mettre à tes pieds et apaiser ta faim. Tu vois comme tu pâlis et chancelles, rien qu’entendre parler de pain. Pauvre Jésus! Es-tu affaibli au point de ne plus pouvoir commander au miracle? Veux-tu que je le fasse pour Toi? Je ne suis pas à ton niveau, mais je puis faire quelque chose. Je me priverai pendant un an de ma force, et la rassemblerai toute, mais je veux te servir parce que Tu es bon et que je me souviens toujours que Tu es mon Dieu, même si maintenant j’ai démérité de te donner ce nom. Aide-moi de ta prière pour que je puisse…” “Tais-toi. ‘Ce n’est pas seulement de pain que vit l’homme, mais de toute parole qui vient de Dieu’.” Le démon a un sursaut de rage. Il grince des dents et serre les poings, mais il se maîtrise et ses dents se desserrent pour ébaucher un sourire. “Je comprends. Tu es au-dessus des nécessités de la terre et cela te dégoûte de te servir de moi. Je l’ai mérité. Mais, viens alors et vois ce qui se passe dans la maison de Dieu. Vois comme les prêtres aussi ne se refusent pas à composer entre l’esprit et la chair, parce que, enfin ce sont des hommes et pas des anges. Accomplis un miracle spirituel. Je te porte sur le pinacle du Temple et là-haut, Tu te

transfigures en une merveilleuse beauté. Ensuite, appelle les cohortes angéliques et dis leur de te faire descendre de leurs ailes entrelacées une estrade pour tes pieds et de te faire descendre ainsi dans la cour principale. Qu’ils te voient et se rappellent qu’il y a un Dieu. De temps à autre, ces manifestations sont nécessaires parce que l’homme a une mémoire si courte spécialement pour ce qui est spirituel. Tu sais comme les anges seront heureux de te donner où poser ton pied et une échelle pour que tu descendes!” “ ‘Ne mets pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu’ a-t-il été dit.” “Tu comprends que même ton apparition ne changerait pas les choses et que le Temple continuerait d’être marché et corruption. Ta divine sagesse le sait, que les coeurs des ministres du Temple sont un nid de vipères qui s’entre dévorent pour arriver au pouvoir. Il n’y a pour les dompter que la puissance humaine.” Alors, viens. Adore-moi. Je te donnerai la terre. Alexandre, Cyrus, Caesar, tous les plus grands conquérants du passé, ou encore vivants, seront semblables à de vulgaires chefs de caravanes par rapport à Toi qui auras tous les royaumes de la terre sous ton sceptre et avec les royaumes, toutes les richesses, toutes les splendeurs de la terre, et femmes, et chevaux et soldats et temples. Tu pourras élever partout ton Signe quand Tu seras le Roi des Rois et le Seigneur du monde. Alors Tu seras obéi et respecté par le peuple et les sacerdoces. Toutes les castes t’honoreront et Te serviront parce que Tu seras le Puissant, l’Unique, le Seigneur. Adore- moi un seul instant! Enlève-moi la soif que j’ai d’être adoré! C’est elle qui m’a perdu. Mais elle est restée en moi et me brûle. Les flammes de l’enfer sont fraîcheur de l’air au matin, en comparaison de cette ardeur qui me brûle au dedans. C’est mon enfer, cette soif. Un instant, un seul instant, ô Christ! Toi qui es bon! Un instant de joie pour l’Eternel Torturé! Fais-moi éprouver ce que veut dire être Dieu et je te serai dévoué, obéissant comme un esclave pour toute la vie, pour toutes les entreprises. Un instant! Un seul instant, et je ne te tourmenterai plus!” Et Satan se mette à genoux, suppliant. Jésus s’est mis debout, au contraire. Plus amaigri après ces jours de jeûne, il semble encore plus grand. Son visage est terrible de sévérité et de puissance. Ses yeux sont deux saphirs qui jettent des flammes. Sa voix est un tonnerre qui se répercute dans la cavité du rocher et se répand sur les roches et la terre désolée, quand il dit: “Va-t-en Satan. Il est écrit: ‘Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et serviras Lui seul’.” Satan avec un cri déchirant de damné et de haine inexprimable, saute debout, terrible à voir dans sa fureur, dans sa personnalité toute fumante. Et puis il disparaît avec un nouveau hurlement de malédiction. Jésus s’assied, fatigué, en appuyant sa tête en arrière contre le rocher. Il paraît à bout. Il sue. Mais des êtres angéliques viennent de leurs ailes renouveler l’air dans la chaleur étouffante de la grotte, la purifiant et la rafraîchissant. Jésus ouvre les yeux et sourit. Je ne le vois pas manger. On dirait qu’il se nourrit du parfum du Paradis et en sort revigoré. Le soleil disparaît au couchant. Jésus prend la besace vide et, accompagné par les anges qui volant au-dessus de Lui font une douce lumière, pendant que la nuit tombe très rapidement, il se dirige vers l’Est ou plutôt vers le Nord-Est. Il a repris son expression habituelle, sa démarche assurée. Il lui reste seulement comme souvenir de son jeûne prolongé un aspect plus ascétique avec son visage amaigri et pâle et ses yeux ravis dans une joie qui n’est pas de cette terre.

gSATAN SE PRÉSENTE TOUJOURS AVEC UN EXTÉRIEUR BIENVEILLANT” Paroles de Jésus: “ Hier, tu n’avais pas la force que te donne ma volonté et tu n’étais en conséquence qu’un être à moitié vivant. Je t’ai fait reposer tes membres et je t’ai fait faire l’unique jeûne qui te pèse: celui de ma parole. Pauvre Marie! Tu as fait le mercredi des Cendres. En tout tu as senti le goût de la cendre,

parce que tu étais sans ton Maître. Je ne manifestais pas ma présence, mais j’étais là. Ce matin, puisque l’angoisse es réciproque, je t’ai murmuré dans ton demi-sommeil: ‘Agneau de Dieu qui portes les péchés du monde, donne-nous la paix’. Je te l’ai fait répéter plusieurs fois et je te l’ai répété en même temps. Tu as cru que j’aurais parlé de ce sujet. Non. C’était d’abord le sujet que j t’ai montré et que je t’expliquerai, ensuite, ce soir je t’expliquerai cet autre. Satan, tu l’as vu, se présente toujours avec un extérieur sympathique, sous un aspect ordinaire. Si les âmes sont attentives et surtout en contact spirituel avec Dieu, elles se rendent compte de cette observation qui les rend circonspectes et promptes pour combattre les embûches du démon. Mais si les âmes sont inattentives au divin, séparées de lui par des tendances charnelles qui les envahissent et les rendent sourdes n’utilisant pas le secours de la prière qui les unit à Dieu et fait couler sa force comme par un canal dams le coeur de l’homme, alors elles s’aperçoivent difficilement du piège dissimulé sous une apparence inoffensive et y tombent. S’en dégager après cela est très difficile. Les deux chemins que prend plus communément Satan pur arriver aux âmes sont l’attrait charnel et la gourmandise. Il commence toujours par le côté matériel de la nature. Après l’avoir démantelé et asservi, il dirige l’attaque vers la partie supérieure. D’abord le côté moral: la pensée avec son orgueil et ses convoitises; puis l’esprit,en lui enlevant non seulement l’amour, mais aussi la crainte de Dieu. L’amour divin n’existe déjà plus quand l’homme l’a remplacé par d’autres amours humains. C’est alors que l’homme s’abandonne corps et âme à Satan pour arriver aux jouissances qu’il poursuit, pour s’y attacher toujours plus. Comment je me suis comporté, tu l’as vu. Silence et prière. Silence. Car si Satan exerce son entreprise de séduction et cherche à nous circonvenir, on doit le supporter sans sottes impatiences et sans peur déprimante, mais réagir avec fermeté à sa présence et par la prière à ses séductions. Inutile de discuter avec Satan. Lui serait victorieux car il est fort dans sa dialectique. Il n’y a que Dieu pour le vaincre, et alors recourir à Dieu qui parle pour nous, à travers nous, montre à Satan ce nom et ce Signe, non pas écrits sur un papier ou gravés sur le bois, mais inscrits et gravés dans le coeur. Mon Nom, mon Signe. Répliquer à Satan uniquement quand il insinue qu’il est comme Dieu en utilisant la parole de Dieu. Il ne la supporte pas. Puis après la lutte, vient la victoire et les Anges servent le vainqueur et le protègent contre la haine de Satan. Ils le réconfortent avec une rosée céleste, avec la Grâce qu’ils déversent à pleines mains dans le coeur du fils fidèle, avec une bénédiction qui est une caresse pour l’esprit. Il faut avoir la volonté de vaincre Satan, la foi en Dieu et en son aide, la foi dans la puissance de la prière et la bonté du Seigneur. Alors Satan ne peut nous faire du mal.

7. LA RENCONTRE AVEC JEAN ET JACQUES Je vois Jésus qui chemine le long de la bande verte en bordure du Jourdain. Il est revenu sensiblement à l’endroit où je l’ai vu pour le Baptême, près du gué qui paraît être très connu et fréquenté pour passer sur l’autre rive la Pérée. Mais l’endroit où il y avait des gens, en foule, maintenant parait désert. Seul quelque voyageur, à pied, à cheval à âne le parcourt. Jésus paraît ne leur prêter aucune attention. Il avance sur sa route en remontant vers le Nord comme absorbé dans ses pensées. Quand il arrive à la hauteur du gué, il croise un groupe d’hommes, d’âges variables qui discutent avec animation entre eux et se séparent, une partie allant vers le Sud, l’autre remontant vers le Nord. Parmi ceux qui se dirigent vers le Nord, je vois qu’il y a Jean et Jacques. Jean, le premier, voit Jésus, le montre à son frère et à ses compagnons. Ils parlent un peu entre eux et puis Jean se met à marcher rapidement pour rejoindre Jésus. Jacques le suit plus lentement en

discutant. Quand Jean est près de Jésus, à sa hauteur, à peine à deux ou trois mètres de Lui, il crie : « Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde ! » Jésus se retourne et le regarde. Les deux sont à quelques pas l’un de l’autre. Ils s’observent. Jésus avec son regard sérieux et pénétrant, jean avec son regard pur et rieur dans son charmant 29 visage juvénile qui paraît celui d’une jeune fille. On lui donne, plus ou moins, vingt ans et sur ses joues rosées, on ne remarque rien qu’un duvet blond qui parait un voile d’or. « Qui cherches-tu » demande Jésus. « Toi, Maître. » « Comment sais-tu que je suis maître ? » « C’est le baptiste qui me l’a dit. » « Et alors pourquoi m’appelles-tu Agneau ? » « Parce que je t’ai entendu nommer ainsi, un jour que tu passais, il y a plus d’un mois. » « Que veux-tu de Moi ? » « Que tu nous dises les paroles de vie éternelle et que tu nous consoles. » « Mais qui es-tu ? » « Je suis Jean, de Zébédée et celui-ci, c’est mon frère Jacques. Nous sommes de Galilée, nous sommes pêcheurs et nous sommes aussi disciples de Jean. Lui nous disait des paroles de vie et nous l’écoutions, car nous voulons suivre Dieu, et par la pénitence mériter son pardon en préparant les chemins du cœur à la venue du Messie. C’est Toi. Jean l’a dit, car il a vu le signe de la Colombe se poser sur Toi, et nous a dit : ‘Voici l’Agneau de Dieu’. Moi, je te dis : Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde, donne-nous la paix, parce que nous n’avons plus de guide, et notre âme est troublée » « Où est Jean ? » « Hérode l’a fait arrêter. Il est en prison à Machéronte. Ses plus fidèles parmi nous ont essayé de le délivrer, mais impossible. Nous revenons de là. Laissez-nous venir avec Toi, maître. Montre-nous où tu habites. » « Venez, mais savez-vous ce que vous cherchez ? Qui me suit devra tout abandonner : maison, parents, façon de penser, et même la vie. Je vous ferai mes disciples et mes amis si vous le voulez. Mais Moi, je n’ai ni richesses ni protections. Je suis et le serai davantage pauvre au point de ne pas avoir où reposer ma tête et persécuté plus qu’une brebis perdue n’est poursuivie par les loups. Ma doctrine est encore plus sévère que celle de Jean, car elle interdit le ressentiment. Elle ne concerne pas tant l’extérieur que l’esprit. Vous devrez renaître si vous voulez être miens. Le voulez-vous ? » « Oui, Maître. Toi seul as les paroles qui nous donnent la lu30 mière. Elles descendent, et où étaient les ténèbres de la désolation par l’absence de guide, elles apportent la clarté du soleil. » « Venez donc et marchons. Le long du chemin je vous instruirai. »

8. « J’AI AIMÉ JEAN POUR SA PURETÉ » Paroles de Jésus : « Le groupe qui m’avait rencontré était nombreux, mais un seul me reconnut. Celui qui avait l’âme, la pensée et la chair pures de toute luxure. J’insiste sur la valeur de la pureté. La chasteté est toujours source de lucidité pour la pensée. La virginité affine et puis maintient la sensibilité de l’intelligence et des affections à un degré de

perfection que seul celui qui est vierge expérimente. Vierge, on l’est de différentes manières. Forcément et ceci spécialement pour les femmes, quand personne ne vous a choisi en vue du mariage. Cela devrait être pour les hommes aussi, mais cela ne l’est pas. Et cela est mal parce que d’une jeunesse prématurément souillée par la passion ne pourra venir qu’un chef de famille malade dans ses sentiments et souvent dans sa chair. Il y a la virginité voulue, celle des âmes consacrées au Seigneur dans un élan de fidélité. Belle virginité ! Sacrifice agréable à Dieu ! Mais tous ne savent pas garder cette blancheur du lys qui reste droit sur sa tige tourné vers le ciel, ignorant la boue de la terre, ouvert seulement aux baisers du soleil de dieu et des ses rosées. Il y en a tant qui ne gardent qu’une fidélité matérielle, mais sont infidèles par leur pensée qui regrette et désire ce qu’elle a sacrifié. Ceux-là ne sont vierges qu’à moitié. Si la chair est intacte, le cœur ne l’est pas. Il fermente, ce cœur, il bouillonne ; il émet des fumées sensuelles d’autant plus raffinées et condamnables qu’elles sont des créations de la pensée qui caresse, plait et fait fourmiller les imaginations d’assouvissement illicites pour ceux qui sont libres et plus qu’illicites pour ceux qui ont fait un voue. C’est alors l’hypocrisie du vœu. Il y a l’apparence mais il manque la réalité. En vérité je vous dis que si quelqu’un vient à moi avec un lys abîmé par la volonté d’un brutal et qu’un autre vient 31 avec un lys intact matériellement mais souillé par le débordement d’une sensualité caressée et cultivée pour en remplir les heures de solitude, le premier, je l’appelle ‘vierge’ et je dénie cette qualité au second. Et, au premier je donne la double couronne de la virginité et du martyre à cause de sa chair blessée et de son cœur couvert de plaies par une mutilation qu’il n’a pas voulue’. La valeur de la pureté est telle que, comme tu l’as vu, Satan s’est préoccupé d’abord de m’amener à l’impureté. Lui sait bien qu’une faute de sensualité démantèle l’âme et en fait une proie facile pour les autres fautes. Le souci de Satan s’est appliqué à l’objectif principal pour me vaincre. Le pain, la faim sont les formes matérielles pour symboliser l’appétit, les appétits, que Satan exploite pour arriver à ses fins. Bien différente est la nourriture, qu’il m’offrait pour me faire tomber, comme ivre, à ses pieds ! Après serait venue la gourmandise, l’argent, la puissance, l’idolâtrie, le blasphème, l’abjuration de la Loi divine. Mais, le premier pas, pour me posséder, c’était cela. C’est le même procédé qu’il utilisa pour blesser Adam. Le monde se moque de ceux qui sont purs. Ceux qui sont souillés par l’impureté s’attaquent à ceux qui sont purs. Jean Baptiste est une victime de la luxure de deux dépravés. Mais si le monde possède encore un peu de lumière, il le doit à ceux qui restent purs au milieu du monde. Ils sont les serviteurs de Dieu et savent comprendre Dieu et répéter les paroles de Dieu. Je l’ai dit : ‘Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car il verront Dieu’. Même sur la terre. Ceux dont les fumées des sens ne troublent pas la pensée, ‘voient’ Dieu et l’entendent et le suivent et le montrent aux autres. Jean de Zébédée est un être pur. Il est ‘le Pur’ au milieu de mes disciples. Son âme est une fleur dans un corps angélique. Lui m’appelle avec les paroles de son premier maître et me demande de lui donner la paix. Mais la paix, il la possède en lui-même par la pureté de sa vie et je l’ai aimé à cause de la pureté qui resplendit en lui. C’est à elle que j’ai confié mes enseignements, mes secrets, la Créature qui m’était la plus chère. Il a été mon premier disciple, il m’a aimé dès le premier instant qu’il m’a vu. Son âme s’était fondue avec la mienne du jour où il m’avait vu passer le long du Jourdain et qu’il avait vu le baptiste me montrer. Même s’il ne m’avait pas rencontré ensuite à mon 32 retour du désert, il m’aurait cherché jusqu’à ce qu’il me trouve- En effet, celui qui est pur est humble et désireux de s’instruire dans la science de dieu et il va, comme l’eau vers la mer, vers ceux en qui il voit des maîtres de la doctrine céleste. » Autres paroles de Jésus : « Je n’ai pas voulu que tu parles de la tentation de sensualité de ton Jésus. Bien que ta voix

intérieure t’ait fait comprendre la tactique de Satan pour m’attirer vers les sens, j’ai préféré que ce soit Moi qui en parle et de n’y plus penser. Il était nécessaire d’en parler, maintenant passons à autre chose. La fleur de Satan, laisse-la sur ses sables. Viens à la suite de Jésus comme Jean. Tu marcheras parmi les épines, mais tu trouveras, au lieu de roses les gouttes de sang de Celui qui les a répandues pour toi, pour vaincre aussi en toi la chair. Je réponds à l’avance à une observation. Jean dit dans son Evangile en parlant de la rencontre avec Moi : ‘Et le jour suivant’. Il semble ainsi que le Baptiste m’ait désigné le jour qui suivait le Baptême et que tout de suite Jean et Jacques m’aient suivi. Cela contredit ce qu’ont dit les autres Evangélistes au sujet des quarante jours passés au désert. Mais prenez cette lecture : ‘(Après l’arrestation de Jean) un jour, ensuite, les deux disciples de Jean Baptiste auxquels il m’avait indiqué en disant : ‘Voici l’Agneau de Dieu’, en me revoyant, m’appelèrent et me suivirent ’ ; après mon retour du désert. Et ensemble, nous sommes retournés sur les rives du lac de Galilée où je m’étais réfugié pour commencer à partir de là mon Evangélisation, et les deux parlèrent de moi aux autres pêcheurs. Ils avaient fait tout la route avec moi et étaient restés une journée entière au foyer hospitalier d’un ami de ma maison, de la parenté. Mais l’initiative de ces conversations vint de Jean de l’âme duquel la volonté de pénitence avait fait, alors qu’elle était déjà si limpide à cause de sa pureté, un chef d’œuvre de limpidité où la Vérité se réfléchissait avec netteté : il avait ainsi la sainte audace des purs et des généreux qui ne craignaient pas de se mettre en avant quand ils voient qu’il s’agit de Dieu, de la vérité, de l’enseignement et des voies de Dieu. Combien je l’ai aimé pour ce caractère personnel fait de simplicité et d’héroïsme ! »

9.

JEAN ET JACQUES PARLENT A PIERRE DU MESSIE

Une aurore de sérénité parfaite sur la mer de Galilée. Ciel et eau ont des reflets roses peu différents de ceux dont la douceur éclaire les murs des jardinets d’un petit village lacustre d’où s’élèvent et se détachent en se penchant sur les ruelles des chevelures ébouriffées et vaporeuses d’arbres à fruit. Le petit pays se réveille à peine, avec une femme qui s’en va à la fontaine ou à un lavoir et des pêcheurs qui chargent des paniers 33 de poissons et discutent à haute voix avec des marchands venus d’ailleurs, ou qui portent des paniers de poissons à leur domicile. J’ai dit un petit pays, mais il n’est pas tellement petit. Il est plutôt humble, au moins du côté où je le vois, mais vaste, s’étirant en plus grande partie le long du lac. Jean débouche d’une ruelle et se hâte vers le lac. Jacques le suit déjà accostées mais ne trouve pas celle qu’il cherche. Il l’aperçoit alors qu’elle est encore à quelques centaines de mètres de la rive, occupée aux manœuvres d’accostage. Il lance très fort, avec les mains en porte-voix un : ‘Oh ! hé !’ prolongé qui doit être l’appel habituel. Et puis, quand il voit qu’on l’a entendu il fait avec les bras de grands gestes qui signifient : « Venez, venez.» Les hommes de la barque, s’imaginant je ne sais quoi, foncent à coups de rames, et la barque avance plus rapidement qu’avec la voile, qu’ils amènent, peut-être pour faire plus vite. Quand ils sont à une dizaine de mètres du rivage, jean n’attend plus. Il enlève son manteau et son long vêtement et les jette sur la grève. Il quitte ses sandales, il lève son vêtement de dessous en le ramenant d’une main jusqu’à l’aine et descend dans l’eau, à la rencontre de ceux qui arrivent. « Pourquoi n’êtes-vous pas venus tous deux ? » demande André. Pierre, boudeur, ne dit rien. « Et toi, pourquoi n’es pas venu avec moi et Jacques » répond Jean à André. « Je suis allé pécher. Je n’ai pas de temps à perdre. Tu as disparu avec cet homme… » « Je t’avais fait signe de venir. C’est bien Lui. Si tu entendais ces paroles ! … Nous sommes

restés avec Lui toute la journée et jusque tard dans la nuit. Maintenant, nous sommes venus vous dire : « Venez ». « C’est bien Lui ? Tu en es certain ? Nous l’avons à peine vu alors, quand le Baptiste le montra. » « C’est Lui. Il ne l’a pas nié. » « N’importe qui peut dire ce qui l’arrange pour s’imposer aux gens crédules. Ce n’est pas la première fois… » bougonne Pierre mécontent. « Oh ! Simon ! ne parle pas comme çà ! C’est le Messie ! Il sait tout ! Il t’entend ! » Jean est affligé, consterné par les paroles de Simon Pierre. 34 « Allons ! Le messie ! Et c’est justement à toi qu’il se montre et à jacques et à André ! Trois pauvres ignorants ! Il viendra bien autrement le messie ! Et il m’entend ! mais viens, pauvre gosse ! Les premiers soleils printaniers t’ont donné sur la tête Allons, viens travailler ! Ça vaudra mieux. Laisse-là tous ces boniments. » « C’est le messie, je te le dis. Jean disait des choses saintes, mais celui-là parle de Dieu. Qui n’est pas le christ ne peut dire de semblables paroles. » « Simon, moi je ne suis pas un enfant. J’ai mon âge et je suis calme et réfléchi. Tu le sais. J’ai peu parlé, mais j’ai beaucoup écouté pendant ces heures où nous sommes restés avec l’Agneau de Dieu. Et je te dis que vraiment Il ne peut être que le Messie. Pourquoi ne pas croire ? Pourquoi ne pas vouloir croire ? C’est possible pour toi parce que tu ne l’as pas entendu, mais moi je crois. Nous sommes pauvres et ignorants ? Lui dit justement qu’il est venu annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu, du Royaume de la paix, aux pauvres, aux humbles, aux petits avant d’en parler aux grands. Il a dit : ‘Les grands ont déjà leurs jouissances. Elles ne sont pas enviables comparées à celles que je viens apporter. Les grands ont déjà la possibilité d’arriver à comprendre par les ressources de la culture. Mais, Moi je viens vers les petits ‘petits d’Israel’ et du monde, vers ceux qui pleurent et espèrent, vers ceux qui cherchent la Lumière et ont faim de la vraie manne. Il ne leur vient, des savants ni lumière ni nourriture, mais seulement fardeaux, obscurité, chaînes et mépris. J’appelle ‘les petits’. Je suis venu retourner le monde. Car j’abaisserai ce qui maintenant est élevé et j’élèverai ce qui maintenant est méprisé. Que celui qui veut la vérité et paix, qui veut la vie éternelle vienne à moi. Qui aime la Lumière, qu’il vienne. Je suis la Lumière du monde’. N’est-ce pas comme cela qu’Il a parlé, Jean ? » Jacques a parlé tranquillement, mais avec émotion. « Oui. Et il a dit : ‘Le monde ne m’aimera pas. Le grand monde parce qu’il est corrompu par les vices et les relations idolâtriques. Le monde ne voudra pas de Moi, car fils de Ténèbre il n’aime pas la Lumière. Mais la terre n’est pas faite seulement du grand monde. Il y en a qui, bien que mêlés au monde ne sont pas du monde. Il y en a qui sont du monde parce qu’ils sont emprisonnés comme les poissons pris au filet’, c’est exactement ce qu’il a dit parce qu’il parlait sur la rive du lac et il montrait des filets qu’on amenait à la rive avec leurs poissons. Il a dit aussi : ‘Aucun de 35 ces poissons ne voudrait tomber dans le filet. Les hommes aussi ne voudraient pas, de propos délibéré, être la proie de Mammon. Pas même les plus mauvais, car ceux-ci, à cause de l’orgueil qui les aveugle ne croient pas qu’ils n’ont pas le droit de faire ce qu’ils font. Leur vrai péché, c’est l’orgueil. De lui naissent tous les autres. Mais ceux, ensuite, qui ne sont pas complètement mauvais voudraient encore moins appartenir à mammon. Mais ils y tombent par légèreté, par un poids qui les entraîne au fond et qui est la faute d’Adam. Je suis venu enlever cette faute et donner en attendant l’heure de la Rédemption, à qui croira en moi, une force capable de les libérer des lacets qui les retiennent et de leur rendre la liberté de me suivre, moi, la Lumière du monde’. » « Mais alors, s’il a exactement parlé ainsi, il faut aller à lui tout de suite. Pierre, avec ses impulsions si franches et qui me plaisent tant, a pris une décision subite. Déjà il la réalise en se pressant de terminer les opérations de débarquement, car, entre temps la barque est arrivée à la rive et les garçons finissent de l’échouer en déchargeant les filets, les cordages et les voiles. « Et toi, imbécile d’André, pourquoi n’es-tu pas allé avec eux ? » « Mais,..Simon ! Tu m’as reproché de ne pas les avoir persuadés de venir avec moi.. Toute la nuit

tu as bougonné, et maintenant tu me reproches de n’y pas être allé ? ! … » « Tu as raison… mais moi, je ne l’avais pas vu… toi, oui… et tu devais avoir vu qu’il n’est pas comme nous … Il aura quelque chose de plus beau !... » « Oh ! oui » dit Jean. « Il a un visage ! Et des yeux ! pas vrai, Jacques, quel regard !? Et une voix !... Ah ! quel voix ! Quand il parle, il semble qu’on rêve au Paradis. » « Vite, vite, allons le trouver. Vous (il parle aux manœuvres) portez tout à Zébédée et dites-lui qu’il s’en débrouille. Nous reviendrons ce soir pour la pêche. » Ils remettent tous, leurs habits, et s’en vont. Mais Pierre, après quelques mètres s’arrête, il prend Jean par le bras et lui demande : « Tu as dit qu’il sait tout et se rend compte de tout… » « Oui. Pense que quand nous avons vu la lune haute sur l’horizon nous avons dit : ‘Qui sait ce que fait Simon ? ‘, Lui a dit : ‘Il est en train de jeter le filet et s’impatiente de devoir le faire seul car vous n’êtes pas sortis avec la barque jumelle un soir où la pêche est si bonne…. Il ne sait pas que d’ici peu il ne pêchera plus qu’avec des filets tout autres pour prendre de toutes autres proies’. 36 « Miséricorde divine ! C’est tout à fait cela ! Alors, il se sera rendu compte aussi…, que je l’ai presque traité de menteur … Je ne peux aller vers Lui. » « Oh ! il est si bon. Il sait certainement que tu as eu cette pensée. Il le savait déjà. En effet, quand nous l’avons quitté, en disant que nous allions te trouver, il a dit : ‘Allez, mais ne vous laissez pas vaincre par les premières paroles de mépris. Qui veut venir avec moi doit savoir tenir tête aux moqueries du monde et aux défenses des parents, car je suis au-dessus du sang et de la société et j’en triompherai. Et qui est avec Moi, triomphera éternellement’. Et, il a dit encore : ‘Sachez parler sans peur. En vous entendant, il viendra, car c’est un homme de bonne volonté.’. » « C’est cela qu’il a dit ? Alors je viens. Parle, parle encore de Lui tout en marchant. Où est-il ? » « Dans une pauvre maison. Ce doit être chez des amis. » « Mais, il est pauvre ? » « Un artisan de Nazareth, nous a-t-il dit. » « Et de quoi vit-il maintenant, s’il ne travaille pas ? » « Nous ne lui avons pas demandé. Peut-être les parents l’aident. » « Il aurait mieux valu porter des poissons, du pain, des fruits…, quelque chose. Nous allons interroger un rabbi car il est tout comme un rabbi, et plus encore, et nous venons les mains vides !... Ce n’es pas ce qu’attendent nos rabbi…. » « Mais Lui n’est pas de leur avis. Nous n’avions que vingt deniers entre jacques et moi. Mais Lui n’en voulait pas, et comme nous insistions, il a dit : ‘Dieu vous le rende avec les bénédictions des pauvres. Venez avec moi’ et tout de suite il les a distribués à des pauvres gens dont il connaissait le domicile. Nous lui avons demandé : ‘Et pour Toi, Maître, tu ne gardes rien ? ‘ Il a répondu : ‘La joie de faire la volonté de Dieu et d’être utile à sa gloire’. Nous avons encore ajouté : ‘Tu nous appelles, Maître. Mais nous, nous sommes tout à fait pauvres. Que devons-nous apporter ? ‘. Il nous a répondu avec un sourire qui nous fait vraiment goûter le paradis : ‘C’est un grand trésor que je vous demande’ ; et nous : ‘ Mais, si nous n’avons rien ?’ ; et Lui : ‘Un trésor qui a sept noms, et que même le plus humble peut avoir, et que le roi plus riche peut ne pas posséder, vous l’avez et je le veux. Ecoutez-en les noms : charité, foi, bonne volonté, droiture d’intention, conscience, sincérité, esprit de sacrifices. Cela, je le 37 veux de celui qui me suit, cela seulement, et vous l’avez en vous. Il dort comme les semences, dans le sillon, l’hiver, mais le soleil de mon printemps en fera naître les sept épis. C’est ainsi qu’Il a parlé. » « Ah ! cela me donne la certitude que c’est le vrai Rabbi, le Messie promis. Il n’est pas dur pour les pauvres, il ne demande pas d’argent…. Cela suffit pour dire qu’il est le Saint de Dieu. Allons en toute sécurité. » Et tout se termine.

10.

PREMIERE RENCONTRE DE PIERRE AVEC LE MESSIE

Avec l’âme accablée par trop de choses, je prie pour avoir une lumière. Et je tombe au chapitre XII de l’Epitre aux Ebreux et réellement, elle refait les forces de mon esprit et me donne l’énergie pour ‘écouter’ parce que sous la pression de tant de choses, j’en suis venue penser : ‘Je ne veux plus rien faire. La vie commune, la vie commune à tout prix’. Mais ‘Celui qui parle’ je sais qui Il est, et je vois qu’il me regarde avec deux yeux affectueux qui me sollicitent. Et je ne sais plus dire : ‘Je ne veux pas.’ Vraiment Dieu est un feu qui dévore, même les tendances de notre humanité, quand elle se voit abandonnée à Lui. A Celui qui me parle et me dit : ‘Moi, je ne te laisserai pas, je ne t’abandonne pas’, je veux encore redire avec une pleine confiance : ‘Tu es mon secours, je ne crains pas l’homme. Ne trompe pas, ô Dieu, mon espérance.’ A 14 h je vois ceci : Jésus s’avance par un petit chemin, un sentier entre deux champs. Il est seul. Jean s’avance vers Lui par une petite route à travers les champs et le rejoint finalement en passant par une brèche au milieu de la haie. Jean, dans la vision d’hier, comme dans celle d’aujourd’hui est tout à fait jeunet. Un visage rose et imberbe d’homme à peine formé et blond par-dessus le marché. Aussi, pas trace de moustache ou de barbe, mais seulement le teint rose des joues lisses et des lèvres rouges et la joyeuse lumière de son beau sourire et de son regard pur, non pas tant pour la couleur de turquoise foncée de ses yeux que pour la limpidité de l’âme vierge qui y transparaît. Ses cheveux, blonds châtains, longs et soyeux ondoient à ce moment où il marche d’un pas rapide, presque au pas de course. Il crie, quand il va passer la haie : « Maître ! » 38 Jésus s’arrête et se retourne avec un sourire. « Maître, je t’ai tant désiré ! On m’a dit, dans la maison où tu séjournes que tu étais parti vers la campagne… mais pas plus. Et je craignais de ne pas te voir. » Jean parle, légèrement penché par respect. Cependant il est plein d’une affectueuse confiance, dan son attitude et dans le regard que, en restant la tête légèrement penchée sur l’épaule, il élève vers Jésus. « J’ai vu que tu me cherchais et je suis venu vers toi. » « Tu m’as vu ? Où étais-tu, maître ? » « J’étais là » et Jésus lui indique un bosquet d’arbres éloignés qu’à cause de la couleur de leur frondaison j’appellerais des oliviers. « J’étais là. Je priais et je pensais à ce que je dise ce soir à la synagogue. Mais j’ai de suite tout interrompu quand je t’ai vu. » «Mais comment, as-tu fait pour me voir, puisqu’à peine je distingue l’endroit, caché comme il est, derrière cet escarpement ? » « Et pourtant tu le vois’ Je suis venu à ta rencontre parce que je t’ai vu. Ce que ne peut faire l’œil, l’amour le réalise. » « Oui, l’amour le fait. Tu m’aimes donc, Maître ? » « Et toi, tu m’aimes, Jean, fils de Zébédée ? » « Tellement, Maître. Il me semble que je t’ai toujours aimé. Avant de te connaître, avant déjà, mon âme te cherchait et quand je t’ai vu, elle m’a dit : ‘Voilà Celui que tu cherches’. A ma rencontre avec Toi, c’était mon âme qui te reconnaissait, » « Tu le dis, Jean et c’est exact. Moi aussi je suis venu à ta rencontre parce que mon âme t’a senti. Combien de temps m’aimeras-tu ? » « Toujours, Maître. Je ne veux plus aimer d’autres que toi. » « Tu as père, mère, des frères, des sœurs, tu as la vie et, avec la vie, la femme et l’amour. Comment feras-tu pour quitter tout pour Moi ? »

« Maître… je ne sais … il me semble, si ce n’est pas de l’orgueil de le dire, que ton amour de prédilection me tiendra lieu de père et mère, de frères et sœur, et aussi de femme. De tout, oui, de tout je resterai rassasié, si tu m’aimes. » « Et le jour qu’il me faudra mourir… » « Non ! Tu es jeune, Maître, … pourquoi mourir ? » « Parce que le messie est venu prêcher la Loi dans sa vérité 39 et pour accomplir la Rédemption. Et le monde sa horreur de la Loi et ne veut pas de rédemption. C’est pour cela qu’il persécute les envoyés de Dieu. » « Oh ! qu’il n’en soit ainsi ! Ne le dis pas à celui qui t’aime ce pronostic de mort ! … Mais si Tu devais mourir, je t’aimerais encore, Toi. Permets-moi de t’aimer. » Jean a un regard suppliant. Plus penché que jamais, il marche à côté de Jésus et semble lui mendier son amour. Jésus s’arrête. Il le regarde. Il le pénètre de son regard profond et puis lui pose la main sur sa tête inclinée. « Je veux que tu m’aimes. » « Oh ! Maître ! » Jean est heureux. Bien qu’une larme fasse briller sa pupille, il rit, de sa bouche jeune, bien dessinée. Il prend la main divine, la baise au dos et la serre contre son cœur. Ils reprennent la marche. « Tu as dit que tu me cherchais… » « Oui. Pour te dire que mes amis veulent te connaître… et parce que, oh ! Comme je désirais être encore avec Toi ! Je t’ai quitté depuis quelques heures … mais je ne pourrais déjà plus rester sans Toi ! » « Tu as donc été un bon annonciateur du Verbe ? » « Mais Jacques aussi, Maître, a parlé de Toi de façon … à les convaincre. » « De manière, que, qui était encore défiant a été persuadé. Il n’était d’ailleurs pas coupable car c’était la prudence qui était la cause de sa réserve. Allons le rassurer complètement. » « Il avait un peu peur.. » « Non ! il ne faut pas avoir peur de moi ! Je suis venu pour les bons et surtout pour ceux qui sont dans l’erreur. Je veux sauver, non pas condamner. Avec les gens honnêtes je serai tout miséricorde. » « Et avec les pécheurs ? » « Aussi. Par malhonnêtes, j’entend parler de ceux qui sont spirituellement malhonnêtes, et qui hypocritement se font passer pour bons, alors qu’il sont mauvais, des gens qui ne cherchent que leur propre intérêt, même aux dépenses du prochain. Avec eux, je serai sévère. » « Oh ! Simon alors peut être tranquille, il est franc comme nul autre. » « C’est ainsi qu’il me plait et que je veux voir tout le monde. » 40 « Il a tant de choses à te dire, Simon ! » « Je l’entendrai après avoir parlé à la Synagogue. J’ai fit prévenir les pauvres et les malades en plus des riches et des gens en bonne santé. Tous ont besoin de la Bonne Nouvelle. » On approche du pays. Des enfants jouent sur la route et l’un d’eux, en courant viendrait s’abattre entre les jambes de Jésus si Lui n’avait pas été attentif à le saisir. Le bambin pleure tout de même, comme s’il s’était fait mal et Jésus lui dit, en le tenant par les bras : « Un israélite qui pleure ? Qu’auraient dû faire des milliers et milliers de bambins qui sont devenus des hommes en franchissant le désert derrière Moïse ? Et pourtant, c’est plus pour eux que pour les autres que le Très-Haut a fait pleuvoir la manne si douce. Il aime en effet les innocents et veille sur ces petits anges de la terre, ces oiseaux sans ailes, comme il le fait pour les passereaux qui volent dans les bosquets et sur les toits. Tu aimes le miel ? Oui ? Et bien ! si tu es bon, tu mangeras un miel plus doux que celui des abeilles. » « Où donc, quand ? » « Quand, après une vie de fidélité à Dieu, tu iras vers Lui. » « Je sais que je n’y irai pas, si le messie ne vient. La maman nous dit que pour l’heure, nous les gens d’Israel nous sommes comme autant de Moises et mourrons en vue de la Terre promise. Elle

dit que nous devrons attendre pour y entrer et que seul le messie nous permettra d’y entrer. » « Mais, quel brave petit israélite ! Et bien, Moi, je te dis que quand tu mourras tu entreras tout de suite au Paradis, parce que le Messie aura déjà ouvert la porte du ciel. Il faut donc que tu sois bon. » « Maman, maman ! » Le bambin s’échappe des bras de Jésus et court à la rencontre d’une jeune épouse qui rentre, avec une amphore de cuivre. « Maman, le nouveau Rabbi m’a dit que j’irai tout de suite au Ciel quand je mourrai, et que je mangerai tant de miel… mais à condition d’être bon. Je serai bon ! » « Dieu le veuille ! Excuse, Maître, s’il t’a ennuyé. Il est si remuant ! » « L’innocence ne me cause pas d’ennui, femme. Dieu te bénisse parce que tu es une mère qui élève ses enfants dans la connaissance de la loi. » La femme rougit à ce compliment et répond : « A Toi aussi la bénédiction de Dieu » et elle disparaît avec son petit. 41 « Les enfants te plaisent, Maître ? » « Oui, parce qu’ils sont purs, sincères et aimants. » « Tu as des enfants, Maître ? » « Non. J’ai seulement une Mère, et en Elle il y a la pureté, la franchise, l’amour des petits les plus saints, et en même temps la sagesse, la justice et la force des adultes. J’ai tout en ma Mère, Jean. » « Et tu l’as quittée ? » « Dieu est au-dessus, même de la plus sainte des mères. » « Est-ce que je la connaîtrai ? » « Tu la connaîtras. » « Et Elle m’aimera ? » « Elle t’aimera parce qu’Elle aime ceux qui aiment son Jésus. » « Alors tu n’as pas des frères ? » « J’ai des cousins du côté du mari de ma Mère. Mais tout homme est pour moi un frère, et c’est pour tous que je suis venu. Nous voici devant la synagogue. J’entre et tu me rejoindras avec tes amis. » Jean s’en va et Jésus entre dans une pièce carrée avec la garniture habituelle de lampes disposées en triangle et des pupitres avec des rouleaux de parchemin. Il y a déjà une foule qui attend et prie. Jésus prie aussi. La foule bavarde à son sujet, en arrière. Lui s’incline pour saluer le chef de la Synagogue et puis se fait donner, au hasard, un rouleau. Jésus commence la lecture. Il dit : « Ces choses, l’Esprit me les fait lire pour vous. Au chapitre sept du livre de Jérémie, on lit : ‘Voilà ce que dit le Seigneur des armées, le Dieu d’Israel : , Corrigez vos mœurs et vos affections et alors, je viendrai habiter avec vous en ce lieu. Ne vous bercez pas de paroles vaines que vous répétez : c’est ici le Temple du Seigneur, le Temple du Seigneur, le temple du Seigneur. Parce que, si vous améliorez vos mœurs et vos affections, si vous rendez justice entre l’homme et son prochain, si vous n’opprimez pas l’étranger, l’orphelin, la veuve, si vous ne répandez pas en ce lieu le sang innocent, si vous n’allez pas, pour votre malheur, vers les dieux étrangers, alors, Moi, j’habiterai avec vous en ce lieu, dans la terre que je vous ai donnée à vos pères pour les siècles des siècles’.’ Ecoutez, ô vous israélites. Voici que je viens faire resplendir les paroles de lumière que votre âme aveuglée ne sait plus voir 42 ni comprendre. Ecoutez. Beaucoup de larmes se répandent sur la terre du Peuple de Dieu ; ils pleurent les anciens qui se rappellent les antiques gloires ; ils pleurent les adultes, courbés sous le joug ; ils pleurent les enfants sans espoir d’une future gloire. Mais la gloire de la terre n’est rien en comparaison d’une gloire qu’aucun oppresseur, sinon Mammon et la mauvaise volonté ne peut arracher. Pourquoi pleurez-vous ? Est-ce que le Très-Haut qui fut toujours bon pour son peuple a tourné maintenant son regard autre part et lui refuse-t-il la vue de son Visage ? N’est-il plus le dieu qui

entrouvrit la mer et y fit passer Israel, qui le conduisit à travers les sables du désert et le nourrit, qui le défendit contre ses ennemis ; n’est-ce pas Lui qui pour empêcher de perdre le chemin du ciel donna à leurs âmes la Loi, comme il donnait à leurs corps la colonne de la nouée ? N’est-il plus le dieu qui adoucit les eaux amères et fit tomber la manne alors qu’ils étaient épuisés ? N’est-il pas le Dieu qui voulut vous établir sur cette terre et faire alliance avec vous ? N’est-il pas votre Père et vous ses fils ? Et pourquoi l’étranger vous a frappé ? Beaucoup, parmi vous, murmurent : ‘Et pourtant nous avons ici le temple !’ Il ne suffit pas d’avoir le Temple et d’aller y prier Dieu. Le premier temple est dans le cœur de tout homme et c’est là que se fait la prière sainte. Mais, sainte, elle ne peut l’être si le cœur ne s’amende pas, si ne s’amendent pas les mœurs, les affections, les principes de la justice à l’égard des pauvres, à l’égard des serviteurs, des parents, à l’égard de Dieu. Regardez maintenant. Je vois des riches au cœur dur qui font de riches offrandes au temple, mais ne savent pas dire au pauvre : « Frère, voici un pain et un denier, accepte-les. De cœur à cœur, que mon aide ne t’humilie pas et que le don que je t’en fais ne me donne pas d’orgueil’. Voilà : je vois des gens qui prient et qui se plaignent à Dieu de ce qu’il ne les écoute pas promptement, mais qui, ensuite, au malheureux, parfois du même sang qu’eux, alors qu’il leur dit : ‘Ecoute-moi’, répondent avec un cœur dur comme la pierre : ‘Non’ . Voilà, je vous vois pleurer parce que le dominateur vide votre bourse. Mais vous pressurez ensuite le sang de qui vous haïssez et n’avez pas horreur de faire un vœu sanguinaire contre la vie. O vous d’Israel ! Le temps de la Rédemption est arrivé mais préparez-en les voies en vous, par la bonne volonté. Soyez honnê43 tes, bons, aimez-vous entre vous. Riches, soyez sans mépris; marchands, ne fraudez pas; pauvres, n’enviez pas. Vous êtes tous d’un seul sang, d’un seul Dieu. Vous êtes tous appelés à une même destinée. Ne vous fermez pas, avec vos péchés, le ciel que le Messie vous ouvrira. Vous avez, jusqu’alors erré ? Maintenant plus. Que toute erreur disparaisse. Simple, bonne, facile est la loi qui se ramène aux dix commandements primitifs mais imprégnés d’une lumière d’amour. Venez. Je vous les montrerai tels qu’ils sont : amour, amour, amour. Amour de Dieu pour vous, de vous pour Dieu. Amour pour le prochain. Toujours amour parce que Dieu est Amour et que les fils du Père sont ceux qui savent vivre l’amour. Je suis ici pour tous, et pour donner à tous la lumière de Dieu. Voici la Parole du Père, qui se fait nourriture en vous. Venez, goûtez, renouvelez le sang de votre esprit avec cette nourriture. Que tout poison disparaisse, que tout désir charnel meure. Une gloire nouvelle vous est apportée : la gloire éternelle et à elle viendront ceux qui feront dans leur cœur une véritable étude de la loi de dieu. Commencez par l’amour. Il n’y en a rien de plus grand. Mais quand vous saurez aimer, vous saurez déjà tout et dieu vous aimera et l’amour de dieu signifie le secours de dieu contre toute tentation. Que la bénédiction de Dieu repose sur qui se tourne vers Lui d’un cœur plein de bonne volonté. » Jésus se tait. Les gens parlottent. L’assemblée se sépare après le chant psalmodié de plusieurs hymnes. Jésus sort sur la petite place. Au seuil de la porte se trouvent Jean et jacques avec Pierre et André. « La paix soit avec vous » dit Jésus et il ajoute : « Voici l’homme qui pour être juste a besoin de s’abstenir de juger sans s’être d’abord informé, mais qui cependant sait reconnaître honnêtement ses torts. Simon, tu as voulu me voir ? Me voici. Et toi, André, pourquoi n’es-tu venu plus tôt ? » Les deux frères se regardent, embarrassés. André murmure : « Je n’osais pas… » Pierre, tout rouge ne dit rien. Mais quand il entend Jésus dire à son frère : « Etait-ce un mal de venir ? Il n’y a que le mal que l’on ne doit pas oser de faire », intervient franchement : « C’est à cause de moi qu’il est resté. Lui voulait me conduire tout de suite vers Toi. Mais moi … J’ai dit … Oui, j’ai dit : ‘Je n’y crois pas’, et je n’ai 44 pas voulu. Oh ! maintenant, cela va mieux !... » Jésus sourit, puis il dit : « Et, pour ta sincérité, je te dis que je t’aime. »

« Mais moi … moi, je ne suis pas bon. Je ne suis pas capable de faire ce que tu as dit à la synagogue. Je suis irascible et, si quelqu’un m’offense… Eh ! Je suis avide et j’aime avoir de l’argent… et dans ma vente de poissons… eh ! pas toujours … je ne suis pas toujours sans frauder. Et je suis ignorant. Et j’ai peu de temps à te suivre pour avoir la lumière. Comment faire ? Je voudrais devenir comme tu dis … mais… » « Ce n’est pas difficile, Simon. Tu connais un peu l’Ecriture ? Oui ? Et bien pense au prophète Michée. Dieu veut de toi ce que dit Michée. Il ne te demande pas de t’arracher le cœur ni de sacrifier les affections les plus saintes. Non. Il ne te le demande pas pour l’instant. Un jour, sans que Dieu te le demande, tu te donneras aussi toi-même à Dieu. Mais Lui attend qu’un soleil et une ondée ait fait de toi, qui n’es qu’une frêle pousse, un palmier robuste et splendide. Pour l’heure, Il te demande ceci : pratiquer la justice, aimer la miséricorde, t’appliquer totalement à suivre ton Dieu. Efforce-toi de faire cela et le passé Simon sera effacé, et tu deviendras l’homme nouveau, l’ami de Dieu et de son Christ. Non plus Simon mais Céphas, la Pierre solide sur laquelle je m’appuie. » « Ceci me plait ! Je le comprends. La Loi, c’est cela… c’est cela… voilà je ne sais plus l’observer comme l’ont faite les rabbi ! … Mais comme tu l’expliques, oui. Il me semble que j’y arriverai. Et tu m’aideras. Tu restes dans cette maison ? J’en connais le propriétaire. » « Je reste ici, mais je vais aller à Jérusalem et après, je prêcherai à travers la Palestine. Je suis venu pour cela. Mais je viendrai ici souvent. » « Je viendra t’écouter. Je veux être ton disciple: Un peu de lumière m’entrera dans la tête » « Dans le cœur, Simon, surtout, dans le cœur. Et toi, André, tu ne parles pas ? « J’écoute, Maître. » « Mon frère est timide. » « Il deviendra un lion. La nuit tombe. Que Dieu vous bénisse et vous donne bonne pêche. Allez. » « Paix à Toi. » Ils s’en vont. 45 A peine sorti, Pierre dit : « Mais qu’est-ce qu’il aura voulu dire d’abord, quand il parlait que je pêcherai avec d’autres filets et que je ferais d’autres pêches ? » « Pourquoi ne le Lui as-tu pas demandé ? Tu voulais dire tant de choses, et puis, tu n’as rien dit. » « Moi … j’avais honte. Il est si différent de tous les rabbis ! » « Maintenant, il va à Jérusalem … » Jean dit cela avec un tel désir, une telle nostalgie… « Je voulais Lui demander s’il me laissait aller avec Lui… , et je n’ai pas osé. » « Va le Lui dire, garçon » dit Pierre. « Nous l’avons quitté comme çà… sans une parole d’affection… Qu’il sache, au moins que nous l’admirons. Va, va. Je vais le dire à ton père. » « J’y vais, Jacques ? » « Va. » Jean part au pas de course … et au pas de course il revient, jubilant : « Je lui ai dit : ‘Tu veux de moi, à Jérusalem ? » Il m’a répondu : « Viens, ami !’ Il m’a dit ‘ami’ ! Demain à cette heure, je viendrai ici. Oh ! A Jérusalem, avec Lui … » …. c’est la fin de la vision.

Maria Valtorta: L’Evangile tel qu’il m’a été révélé Vol. 2 -

LA PREMIÈRE ANNÉE DE VIE PUBLIQUE

11 .”JEAN FUT GRAND AUSSI EN HUMILITÉ” A propos de cette vision, Jésus me dit ce matin:

“Je veux que toi et tous vous remarquiez l’attitude de Jean, en un de ses côtés qu échappe toujours. Vous l’admirez parce que pur, aimant, fidèle, mais vous ne remarquez pas qu’il fut grand en humilité. Lui, à qui l’on doit la venue de Père vers Moi, il tait modestement ce point particulier. L’apôtre de Pierre, et par conséquent le premier de mes apôtres, ce fut Jean. Le premier à me reconnaître. Le premier à m’adresser la parole, le premier à me suivre, le premier à m’annoncer. Et pourtant, voyez ce qu’il dit: ‘André, frère de Simon, était un des deux qui avaient entendu les paroles de Jean et avaient suivi Jésus. Le premier sur qui tomba fut son frère Simon à qui il dit: ‘Nous avons trouvé le Messie’, et il le mena à Jésus. Avec sa justice, en plus de sa bonté, il sait que André est em46 barrassé de n’avoir qu’un caractère renfermé et timide, qui voudrait tant agir, mais qu’il ne réussit pas à faire, et il veut que soit transmis à la postérité le souvenir de son bon vouloir. Il veut qu’André semble le premier apôtre du Christ auprès de Simon bien que sa timidité et son effacement auprès de son frère lui aient apporté un échec dans son apostolat. Qui, parmi ceux qui font quelque chose pour moi sait imiter Jean et ne se proclame pas lui-même apôtre incomparable? Ils ne réfléchissent pas que leur réussite vient d’un ensemble de choses, qu’il ne s’agit pas seulement de sainteté, mais aussi d’audace humaine, de chance, du fait de se trouver près d’autres moins hardis ou moins chanceux, mais peut-être plus saints qu’eux mêmes. Dans une belle réussite, ne vous glorifiez pas comme si le mérite n’en revenait qu’à vous. Louez Dieu, patron des ouvriers apostoliques. Ayez le regard limpide et le coeur sincère pour remarquer et donner à qui de droit les applaudissements qui lui reviennent. Un regard limpide pour remarquer les apôtres qui réalisent l’holocauste et qui sont les premiers vrais leviers dans le travail des autres. Dieu seul les voit, ces timides qui semblent ne rien faire et sont au contraire ceux qui dérobent au Ciel le feu qui anime les audacieux.. Un coeur sincère doit dire: '‘Oui je travaille, mais celui-ci a plus d'amour que moi, prie mieux que moi, s’immole comme moi je ne sais pas faire et comme Jésus a dit: ,… Entre dans la chambre et enferme-toi dans le secret pour prier en secret’. Moi, qui vois son humble et sainte vertu, je veux la faire connaître et dire: ,Moi, je suis l’instrument actif; lui, la force qui me meut parce que, greffé comme il l’est sur Dieu, c’est par son canal qui je reçois la force d’en Haut’.” Et la bénédiction du Père qui descend pour récompenser l’humble qui s’immole en silence pour procurer la force aux apôtres, descendra aussi sur l’apôtre qui reconnaît sincèrement l’aide surnaturelle et silencieuse qui lui vient de l’humble, et le mérite de cet humble que les hommes superficiels ne remarquent pas. Recueillez-en tous l’enseignement. Jean est mon préféré? Oui, mais n’a-t-il pas encore cette ressemblance avec Moi? Pur, aimant, obéissant, mais humble aussi. Je me mirais en lui et en lui je voyais mes vertus. Je l’aimais, pour cette raison comme un second Moi-même. Je voyais sur lui le regard du Père qui le recon47 naissait pour un petit Christ. Et ma Mère me disait: ‘En lui, j’ai le sentiment d’avoir un second fils. Il me semble Te voir, Toi, reproduit en lui qui n’est qu’un homme.’ Oh! La Pleine de Sagesse, comme Elle t’a connu, ô mon aimé! Les deux azurs de vos coeurs de parfaite pureté se sont fondus en un voile unique pour me faire une protection d‘amour et sont devenus un seul amour, avant déjà que je donne la Mère à Jean et Jean à la Mère. Ils s’étaient aimés pour s’être reconnus semblables: fils et frères du Père et du Fils.”

12. JESUS RENCONTRE PHILIPPE ET NATANAEL A BETSAIDA DANS LA MAISON DE PIERRE

Jean frappe à la porte de la maison où Jésus a été reçu. Une femme s’avance et voyant qui c’est, appelle Jésus. Ils s’échangent le salut de paix. Et puis: “Tu es venu de bonne heure, Jean” dit Jésus. “Je suis venu te dire que Simon Pierre te prie de passer par Bethsaïda. Il a parlé de Toi à beaucoup de gens… Nous n’avons pas pêché, cette nuit. Nous avons prié, comme nous savons, et avons renoncé au gain parce que le sabbat… n’était pas encore terminé. Et ce matin nous sommes allés par les rues parler de Toi. Il y a des gens qui voudraient t’entendre… Viens-tu, Maître?” “Je viens, bien que je doive aller à Nazareth avant de me rendre à Jérusalem.” “Pierre avec sa barque te portera de Bethsaïda à Tibériade. Tu feras plus vite.” “Et biens, allons.” Jésus prend son manteau et sa besace, mais Jean la lui prend. Ils s’en vont, après avoir salué la propriétaire de la maison. La vision me présente la sortie du pays et le commencement du voyage vers Bethsaïda. Je n’entends pas la conversation et même la vision s’interrompt. Elle reprend à l’entrée de Bethsaïda. Je comprends qu’il s’agit de cette cité, car je vois Pierre, André et Jacques, et avec eux des femmes qui attendent Jésus au début de l’agglomération. “La paix soit avec vous. Me voici.” 48 “Merci, Maître, pour nous et pour ceux qui attendent. Ce n’est pas le sabbat, Mais n’adresserais-tu pas la parole à ceux qui t’attendent?” “Oui, Pierre, je parlerai dans ta maison.” Pierre est dans la jubilation: “Viens, alors, voici mon épouse, celle-ci est la mère de Jean et celleslà leurs amies. Mais il y en a encore d’autres qui t’attendent: des parents et d’amis à nous.” “Avertis-les que je partirai ce soir et qu’auparavant je leur parlerai.” J’ai omis de dire qu’ils étaient partis de Capharnaüm au coucher du soleil et que je les ai vus arriver à Bethsaïda au matin. “Maître… je t’en prie, reste une nuit dans ma maison. Le chemin est long jusqu’à Jérusalem, même si je le raccourcis en te portant avec la barque jusqu’à Tibériade. Ma maison est pauvre mais honnête et accueillante. Reste avec nous cette nuit.” Jésus regarde Pierre et les autres qui attendent la réponse. Il les regarde et les dévisage, puis il sourit et dit: “Oui.” Nouvelle joie de Pierre. Des gens regardent aux portes et font des signes. Un homme appelle nommément Jacques et lui parle doucement en désignant du doigt Jésus. Jacques fait signe que oui et l’homme va s’entretenir avec d’autres, arrêtés à un carrefour. Ils entrent dans la maison de Pierre. Une cuisine vaste et noircie par la fumée. Dans un coin, des filets, des cordages et des paniers pour le poisson. Au milieu le foyer, large et bas et éteint en ce moment. Des deux portes opposées, on voit la route et le Jardinet avec le figuier et la vigne. Audelà de la route, les flots bleu clair du lac. Au-delà du jardinet, le mur foncé d’une autre maison. “Je t’offre ce que j’ai, Maître, et comme je sais…” “Parfait, et tu ne pourras mieux faire parce que tu m’offres avec amour.” On donne à Jésus de l’eau pour qu’il se rafraîchisse et puis du pain et des olives. Jésus prend quelques bouchées pour montrer qu’il accepte, puis écarte le reste en remerciant. Des bambins l’observent curieusement depuis le jardin et la route. Mais je ne sais si ce sont des enfants de Pierre. Je sais seulement qu’il leur fait signe du regard pour retenir ces petits envahisseurs. Jésus sourit et dit: “Laisse-les faire.” “Maître, veux-Tu te reposer? Ici, c’est ma demeure, là celle d’An49 dré, choisis. Nous ne ferons pas de bruit pendant ton repos.” “As-tu aussi une terrasse?” “Oui, avec la vigne; bien qu’elle soit encore à peu près dénudée, elle fait un peu d’ombre.”

“Conduis-m’y. Je préfère reposer là-haut. Je réfléchirai et je prierai.” “Comme tu veux. Viens.” Depuis le jardinet, un petit escalier monte vers le toit qui est une terrasse entourée d’un muret. Là aussi, des filets et des cordages, mais quelle lumière vient du ciel et quel azur du lac! Jésus s’assied sur un tabouret et appuie ses épaules au muret. Pierre se saisit d’une voile qu’il étend au-dessus et au coté de la vigne pour faire un abri contre le soleil. Là, la brise et le silence, Jésus n’en jouit visiblement. “Je m’en vais, Maître.” “Va. Toi et Jean allez dire qu’au coucher du soleil, je parlerai d’ici.” Jésus reste seul et prie longuement. A part deux couples de colombes qui vont à leurs nids et en reviennent et un gazouillement de passereaux, aucun bruit, rien qui vive autour de Jésus qui prie. Les heures passent, calmes et sereines. Puis Jésus se lève, fait un tour sur a terrasse, regarde le lac et des enfants qui jouent sur la route. Il leur sourit et les enfants lui répondent par leur sourire. Il regarde sur la route, du côté de la petite place qui est à une centaine de mètres de la maison. Ensuite il descend, va vers la cuisine: “Femme, je vais faire un tour sur la rive.” Il sort et va effectivement dans cette direction, près des enfants. Il leur demande: “Que faites vous?” “Nous voulons jouer à la guerre, mais lui ne veut pas, et alors on joue à la pêche.” Celui-là qui ne veut pas, est un petit homme grêle mais aux yeux très lumineux. Peut-être que, frêle comme il est, il sait que les autres le bousculeraient en ‘faisant la guerre’ et pour cette raison, il plaide pour la paix. Mais Jésus en tire l’occasion de parler à ces enfants: “C’est lui qui a raison. La guerre est un châtiment de Dieu pour punir les hommes. Elle exprime que l’homme n’est plus un vrai fils de Dieu. Quand les Très-Haut créa le monde, Il fit tout: le soleil, la mer, les étoiles, les fleuves, les plantes, les animaux, mais Il ne fit pas les armes. Il créa l’homme et lui donna des yeux pour qu’il eût 50 des regards d’amour, une bouche pour dire des paroles d’amour, des oreilles pour les écouter, des mains pour donner aide et caresses, des pieds pour courir avec empressement vers le frère qui est dans le besoin, un coeur capable d’aimer. Il donna à l’homme l’intelligence, la parole, l’affection, les sentiments, mais Il n’a pas donné la haine. Pourquoi? Parce que l’homme, créature de Dieu, devait être amour comme Dieu est Amour. Si l’homme était resté créature de Dieu, il serait resté dans l’amour et la famille humaine n’aurait pas connu la guerre et la mort.” “Mais lui, la guerre, il ne veut pas la faire parce que il perd toujours” (Je l’avais deviné) Jésus sourit et dit: “Il ne faut pas refuser une chose qui nous nuit pour le motif qu’elle nous nuit. Il faut refuser une chose quand elle nuit à tout le monde. Si quelqu’un dit: ‘Je ne veux pas ceci parce que Je serai perdant’, c’est de l’égoïsme. Au contraire le vrai fils de Dieu dit: ‘Frères, je sais que j’aurais le dessus, mais je vous dis: ne faisons pas ceci parce que vous en subiriez un dommage’. Oh! Comme celui-là a compris le principal commandement! Qui sait me le dire?” En choeur, les onze bouches disent: “ ‘Tu aimeras ton Dieu avec tout ce que tu es et ton prochain comme toi même’.” “Oh! Vous êtes des braves enfants. Vous allez tous à l’école?” “Oui.” “Qui est le plus brave?” “Lui.” C’est le frêle qui ne veut pas jouer à la guerre. “Comment t’appelles-tu?” “Joël.” “C’est un grand nom. C’est lui qui dit: ‘ , ..que le faible dise: ,Je suis fort!’, Mais fort en quoi? Dans la Loi du vrai Dieu, pour être de ceux que Dieu, dans la Vallée du Jugement définitif proclamera ses saints. Mais, déjà le jugement est proche, non pas dans la Vallée du Jugement, mais sur le mont de la Rédemption. Là lorsque le soleil et la lune s’obscurciront par l’horreur d’un spectacle inouï et que les étoiles tremblantes pleureront par pitié, une séparation se fera entre les fils

de la Lumière et les fils des Ténèbres. Israël tout entier saura que son Dieu est venu. Heureux ceux qui l’auront reconnu. Pour eux miel et lait et eaux claires leur descendront au coeur, et les épines deviendront des roses éternelles. Qui de vous veut être de ceux qui seront proclamés saints par Dieu?” 51 “Moi! Moi! Moi!” “Alors vous aimerez le Messie?” “Oui! Oui! Oui! Toi! Toi! Nous t’aimons! Nous savons qui tu es! Simon et Jacques l’ont dit et nos mamans et nous l’ont dit aussi. Prends-nous avec Toi!” “En vérité, je vous prendrai si vous êtes bons. Mais plus de paroles grossières, plus de violence, plus de querelles et plus de réponses impolies aux parents. Prière, étude, travail, obéissance. Alors je vous aimerai et viendrai avec vous.” Les enfants forment tous un cercle autour de Jésus. On dirait une corolle aux pétales de couleurs variées autour d’un long pistil azur foncé. Un homme quelque peu âgé s’est approché curieux. Jésus se retourne pour caresser un bambin qui tire sur son vêtement et le voit. Il le regarde fixement. Cet homme le salue en rougissant, mais ne dit rien d’autre. “Viens! Suis moi!” “Oui, Maître.” Jésus bénit les enfants et à côté de Philippe (il le nomme par son nom) revient à la maison. Ils s’assoient dans le jardinet. “Tu veux être mon disciple?” “Je le veux … et je n’ose espérer de l’être.” “C’est Moi qui t’a appelé.” “Je le suis, alors. Me voici.” “ Tu savais qui Je suis?” “André m’a parlé de Toi. Il m’a dit: ‘Celui après qui tu soupirais est venu’. Car il savait que je soupirais après le messie.” “Ton attente n’est pas trompée. Il est devant toi.” “Mon Maître et mon Dieu!” “Tu es un Israélite d’intention droite. C’est pour cela que je me manifeste à toi. Un autre, qui est ton ami, attend, lui aussi un Israélite sincère. Va lui dire: ‘Nous avons trouvé Jésus de Nazareth, fils de Joseph, de la race de David. Celui dont ont parlé Moïse et les prophètes’. Va!” Jésus reste seul, jusqu’à ce que revienne Philippe avec Nathanaël - Barthélemy. “Voici un vrai Israélite en qui n’est pas de fraude. La paix à toi, Nathanaël.” “Comment me connais-tu?” “Avant que Philippe vint t’appeler, je t’ai vu sous le figuier.” 52 “Maître, tu es le Fils de Dieu, tu es le Roi d’Israël!” “Parce que je t’ai dit t’avoir vu pendant que tu réfléchissais sous le figuier, tu crois? Tu verras des choses bien plus importantes que celles-la. En vérité je vous dis que les Cieux sont ouverts, et vous, par la foi, vous verrez les Anges descendre et monter au-dessus du Fils de l’Homme: Moi qui te parles.” “Maître! Je ne suis pas digne d’une telle faveur!” “Crois en Moi, et tu seras digne du Ciel. Veux-tu croire?” “Je le veux, Maître.” La vision a un arrêt … et reprend sur la terrasse couverte de monde: des gens sont dans le petit jardin. Jésus parle. “Paix aux hommes de bonne volonté. Paix et bénédiction à leurs maisons, à leurs femmes, à leurs enfants. Que la grâce et la lumière de Dieu règne en eux et dans les coeurs qui les habitent. Vous avez désiré m’entendre. La Parole parle. Elle parle avec joie aux gens honnêtes, avec douleur à ceux qui ne le sont pas, Elle parle aux saints et aux purs, avec amour, aux Pécheurs avec

pitié. Elle ne se refuse pas. Elle est venue comme un fleuve qui arrose les terres avides d’eau et leur porte la fraîcheur de l’eau et la nourriture du limon. Voulez vous savoir quelles choses sont requises pour être disciple de la Parole de Dieu, du Messie, Parole du Père qui vient rassembler Israël pour qu’il entende de nouveau les paroles du Décalogue saint immuable, et si elles sont une source de sanctification parce qu’elles sont déjà dans le monde, combien plus l’homme pourra se sanctifier à l’heure de la Rédemption et du Royaume. Voici que je dis aux sourds, aux aveugles, aux muets, aux lépreux, aux paralytiques, aux morts: ‘Debout, soyez guéris, ressuscitez, marchez; voici que s’ouvrent pour vous les fleuves de la lumière, de la parole, des ondes sonores pour que vous puissiez voir, entendre, parler de Moi’. Mais plus qu’à vos corps je m’adresse à vos esprits. Hommes de bonne volonté, venez à Moi sans crainte. Si votre esprit est blessé, je lui rends son intégrité. S’il est malade, je le guéris. S’il est mort, je le ressuscite. Je veux seulement votre bonne volonté. Est-ce difficile, ce que je vous demande? Non. Je ne vous impose pas les centaines et centaines de préceptes des rabbins. Je vous dis: suivez le Décalogue. La Loi est une et immuable. Bien des siècles ont passé depuis l’heure où elle fut donnée aux 53 hommes, belle, pure, fraîche, comme une créature qui vient de naître, comme une rose qui commence de s’épanouir sur sa tige. Simple, nette, douce à suivre. Aux cours des siècles, les fautes et les penchants de l’homme l’ont compliquée de lois et de prescriptions mineures avec des fardeaux, des restrictions, avec trop de clausules pénibles. Je vous ramène à la Loi, telle que le TrèsHaut l’a donnée. Mais, je vous en prie, pour votre bien, recevez-la avec la coeur sincère des Israélites de ce temps là. Vous murmurez plus encore en votre coeur qu’en paroles parce que la faute, plus qu’avec vous, petites gens, est en haut. Je le sais. Dans le Deutéronome, est dit tout ce qu’il faut faire, il n’y avait rien à ajouter. Mais ne jugez pas ceux qui l’appliquent aux autres et pas à eux mêmes. Pour vous, faites ce que Dieu dit. Et par dessus tout, efforcez vous de pratiquer parfaitement les deux commandements principaux. Si vous aimez Dieu avec toutes les ressources de votre être, vous ne pécherez pas, car le péché est une douleur que l’on cause à Dieu. Qui aime, ne veut pas faire souffrir. Si vous aimez le prochain comme vous mêmes, vous ne serez que des fils respectueux pour les parents, époux fidèles à votre conjoint, hommes honnêtes dans le commerce, sans violence pour les ennemis, sans mensonge dans les témoignages, sans envie pour qui possède, sans désir luxurieux pour la femme d’autrui. Vous ne voudrez pas faire aux autres ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fit, dérober, tuer, calomnier, entrer comme un coucou dans le nid d’autrui. Mais, au contraire, je vous dis: ‘Poussez jusqu’à la perfection votre obéissance aux deux commandements de l’amour: aimez jusqu’à vos ennemis’. Oh! Comme il vous aimera, le Très-Haut qui aime tant l’homme devenu son ennemi par la faute originelle et par les péchés individuels, qui l’aie au point de lui envoyer le Rédempteur, l’Agneau qui est son Fils, Moi qui je vous parle, le Messie promos pour vous racheter de toute faute, si vous savez aimer comme Lui. Aimez. Que l’amour vous soit une échelle par laquelle, devenus anges, vous monterez, comme dans la vision de Jacob jusqu’au Ciel en écoutant le Père dire à tous et à chacun: ‘Je serai ton protecteur partout où tu iras et je te conduirai à ce pays: au Ciel au Royaume Eternel’. Paix à vous.” Les gens ont des paroles émues d’approbation et se retirent 54 lentement. Restent Pierre, André, Jacques, Jean, Philippe et Barthélemy. “Tu pars demain, Maître?” “Demain, à l’aube si cela ne t’ennuie pas.” “Je regrette que tu t’en ailles, puis, mais pour l’heure, non. Au contraire, elle est favorable.” “Tu pêcheras?” “Cette nuit. Au lever de la lune.” “Tu as bien fait, Simon Pierre de ne pas pêcher la nuit dernière, le sabbat n’était pas encore fini.

Néhémie, dans ses réformes, veut qu’en Judée le sabbat soit respecté. Maintenant encore, trop de gens travaillent au pressoir, portent des fagots, transportent du vin ou des fruits, vendent et achètent poisson et agneaux. Vous avez six jours pour cela. Le sabbat appartient au Seigneur. Une seule chose peut se faire pendant le sabbat: rendre service à votre prochain, mais le lucre doit être absolument banni de cette aide. Qui viole le sabbat dans un but lucratif ne peut avoir que châtiment de la part de Dieu. Vous faites un travail lucratif? Vous le paierez avec des pertes les six autres jours. Vous faites un travail désintéressé? Vous avez inutilement fatigué votre corps en ne lui accordant pas le repos que l’Intelligence Suprême a institué pour lui, en altérant l’esprit par l’impatience que produit une fatigue inutile, en arrivant jusqu’aux imprécations. Alors que la journée du sabbat doit s’écouler avec un coeur uni à Dieu, dans une douce prière d’amour. Il faut être fidèle en tout.” “Mais… les scribes et les docteurs qui sont si sévères avec nous… ne travaillent pas pendant le sabbat, ne donnent même pas un pain au prochain pour éviter la fatigue de le présenter…. Mais pour l’usure, ils la pratiquent même le jour du sabbat. Puisque ce n’est pas du travail matériel, peuton pratiquer l’usure le jour du sabbat?” “Non, jamais, ni le jour du sabbat ni un autre jour. Qui s’y adonne est malhonnête et cruel.” “Alors, les scribes et les pharisiens…” “Simon, ne juge pas mais pour ton compte, abstient-toi.” “Mais, j’ai des yeux pour voir…” “N’y a-t-il que le mal à regarder, Simon?” “Non, Maître.” “Et alors pourquoi ne regarder que le mal?” “Tu as raison, Maître.” 55 “ Alors demain à l’aube, je partirais avec Jean.” “Maître…” “Simon, qu’as-tu?” “Maître… Tu vas à Jérusalem?” “Tu le sais bien.” “Moi aussi, j’y vais pour la Pâque … et aussi André et Jacques…” “Eh bien? Tu veux dire que tu voudrais venir avec Moi. Et la pêche? Et le gain? Tu m’as dit qu’il te plait d’avoir de l’argent, et je resterai plusieurs jours. Je vais d’abord chez ma Mère et j’y reviendrai au retour. Je m’arrêterai pour prêcher. Comment fers-tu…” Pierre est perplexe tiraillé entre deux désirs… mais après il se décide: “Pour moi… j’y vais. Je te fais passer avant l’argent!” “Moi aussi je viens.” “Et moi aussi.” “Et nous aussi. Vrai Philippe?” “Venez, alors. Vous m’aiderez.” “Oh! Pierre est sidéré à l’idée de aider Jésus. “Comment ferons-nous?” “ Je vous le dirai. Vous n’aurez qu’à faire ce que je vous dirai, pour bien faire. L’obéissant agit toujours bien. Tout de suite, nous allons prier et puis chacun regagnera sa maison.” “Que feras-tu, Maître?” “Je prierai encore. Je suis la Lumière du monde, mais je suis aussi le Fols de l’Homme. Je dois toujours, pour ce motif communiquer avec la Lumière pour être l’Homme qui rachète l’homme. Prions.” Jésus dit un psaume, celui qui commence par ces paroles: ‘Qui repose sous l’aile du Très-Haut vivra sous la protection du Dieu du Ciel. Il dira au Seigneur: ,Tu es mon protecteur, mon refuge. Lui est mon Dieu. En Lui mon espérance. Il me délivrera des lacets du chasseur et des paroles méchantes’. .. Je le trouve au livre 4° C’est le second du livre 4, il me semble le n° 90 (si je lis bien les chiffres romaines). La vision se termine ainsi.

[J’ouvre la Bible. Je tombe sur le chapitre 23 de l’Ecclésiastique v.14. C’est une prière qui me plait. C’est si facile que la pensée se perde et que le coeur se gonfle d’orgueil! Non, la mort plutôt que cela. Cela signifierait Te perdre, Seigneur, Et je ne veux pas te perdre. Use du fouet et de la discipline, mais tiens par terre ta ‘violette’. 56 A 12 heures, je dis à Jésus: ‘Oui, Seigneur, conduis-moi par la main (j’étais en train de lire une phrase dite à Soeur Bénigne par Jésus et qui était ma pensée pour ce jour). Je veux ce que Tu veux et pas d’autres chose, mais j’ai peur du monde..’ Jésus me répond, Lui qui sait de quelle sorte de peur je parle: ‘Quand ils t’imposeraient le silence, en refusant de reconnaître que c’est en mon nom et par ma volonté que tu fais ce que tu fais, réponds ce que répondirent Pierre et Jean au Sanhédrin après la guérison du boiteux: ,Si c’est juste, devant Dieu d’obéir à vous, plutôt qu’à Dieu, jugez-en vous mêmes. Nous (moi) ne pouvons pas (je ne puis pas) ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu’. Tu ne pourrais pas, du reste, M’empêcher de venir à toi et de te forcer à voir et à entendre. Et ce serait sottise, pour toi, d’écouter le monde qui veut imposer silence à Dieu, plutôt que Dieu qui veut donner la lumière au monde. Si Moi, je le veux, qui s’opposera à Moi?”]

13. JUDE THADDEE A BETHSAIDE POUR INVITER JESUS AUX NOCES DE CANA Je vois la cuisine de Pierre. En plus de Jésus, il y a Pierre et sa femme et Jacques et Jean. Ils semblent avoir terminé le souper et s’entretiennent entre eux. Jésus s’intéresse à la pêche. André entre et dit: “Maître, il y a ici l’homme auprès duquel tu habites, avec quelqu’un qui se dit ton cousin.” Jésus se lève et va vers la porte en disant: “Qu’ils viennent.” Et quand, à la lumière de la lampe à huile et à la clarté du foyer il voit entrer Jude Thaddée, il s’écrie: “Toi, Jude?!” “Moi, Jésus” et ils se baisent. Jude Thaddée est un bel homme, dans la plénitude de la beauté virile. Grand, bien que pas autant que Jésus, fort et bien proportionné, brun, comme l’était saint Joseph lorsqu’il était jeune, le teint olivâtre sans être terreux, des yeux qui ont quelque chose de commun avec ceux de Jésus, car ils sont d’une teinte azurée, mais presque pervenche. Sa barbe, de forme carrée est brune, les cheveux ondulés, moins bouclés que ceux de Jésus, et bruns comme la barbe. “Je viens de Capharnaüm. J’ai pris une barque et je suis venu aussi jusqu’ici, pour faire plus vite. Ta Mère m’envoie Te dire: ‘Suzanne se Marie demain. Je te prie, Fils, d’assister à cette noce’. Marie vous invite, et avec Elle ma mère et les frères. Tous les parents sont invités, tu serais le seul absent et eux les 57 parents te demandent de faire plaisir aux époux.” Jésus s’incline légèrement en ouvrant un peu les bras. “Le désir de ma Mère est pour Moi une loi, mais aussi pour Suzanne et les parents, je viendrai. Seulement… cela m’ennuie pour vous…” Et il regarde Pierre et les autres. “Ce sont mes amis” Explique-t-il au cousin. Et il les nomme en commençant par Pierre. Pour finir, il dit: “Et celui-là, c’est Jean” et il le dit avec un ton particulier qui attire le regard plus attentif de Jude Thaddée et fait rougir le préféré. Il termine la présentation en disant: “Amos, celui-ci est Jude, fils d’Alphée mon frère cousin selon la façon de parler du monde, car il est le fils du frère de l’époux de ma Mère. C’est pour Moi un ami, un bon compagnon de travail et de vie.” “Ma maison t’est ouverte, comme au Maître. Assied-toi” et puis se tournant vers Jésus, Pierre dit: “Alors nous ne viendrons plus avec Toi à Jérusalem?”

“Bien sur que si, vous viendrez. J’irai après les noces. Seulement je n’arrêterai plus à Nazareth.” “Tu fais bien, Jésus, parce que ta Mère est mon hôte pour quelques jours. Entendu comme cela, et Elle aussi viendra après les noces. “ Ainsi parle l’homme de Capharnaüm. “Voici ce que nous ferons, alors. Maintenant, avec la barque de Jude, j’irai à Tibériade et de là à Cana et avec la même, je reviendrai à Capharnaüm avec ma Mère et avec toi, Le jour qui suivra le prochain sabbat, tu viendras, Simon, si tu es toujours décidé et nous irons à Jérusalem pour la Pâque.” “Bien sur que je viendrai. Et je viendrai aussi le sabbat pour t’entendre à la synagogue.” “Tu enseigne déjà, Jésus?” demande Thaddée. “Oui, cousin.” “Et quelles paroles! Ah! On ne les entend pas dans une autre bouche!” explique Simon. Jude soupire. La tête appuyée sur la main, et le coude sur les genoux, il regarde Jésus et soupire. Il semble vouloir parler et n’ose pas. Jésus l’interpelle: “Qu’as-tu, Jude? Pourquoi me regards-tu en soupirant?” “Rien.” “Non, il y a quelque chose. Je ne suis plus le Jésus que tu aimais, celui pour qui tu n’avais pas des secrets?” “Oh! Oui, que tu l’es, et comme tu me manques, Toi, Maître 58 de ton cousin plus âgé…” “Et alors, parle.” “Je voulais te dire … Jésus … sois prudent… tu as une Mère … qui n’a que Toi… Tu veux être un ‘rabbi’, mais pas comme les autres et Tu sais, mieux que moi que … que les castes puissantes ne permettent pas des choses contraires au coutumes qu’elles ont établies. Je connais ta façon de penser … elle est sainte… Jésus … Tu sais le sort de ton cousin le Baptiste … Il est en prison, et s’il n’est pas encore mort c’est parce que ce sale de Tétrarque a peur de la foule et des foudres de Dieu. Sale et superstitieux et en même temps cruel et libertin… Toi… Que feras-tu? Au devant de quelle sort veux-tu aller?” “Jude, il n’y a qu’Elle qui aurait le droit de me rappeler à mes devoirs de fils, selon les lumières terrestres: c’est à dire à mon devoir de travailler pour Elle pour subvenir à ses besoins matériels, à mon devoir d’assistance et de réconfort, en restant auprès d’Elle. Et Elle ne me demande rien du tout cela. Depuis le moment où Elle m’a eu, Elle sait qu’Elle devait me perdre, pur me retrouver dans une dimension plus large que celle du milieu familial et dès ce moment Elle y est préparée. Ce n’est pas une nouveauté, dans son sang, cette volonté absolue 59 de donation à Dieu. Sa mère l’a offerte au Temple avant qu’Elle ne sourit à la lumière. Elle m’a parlé une quantité innombrable de fois, quand Elle me serrait sur son coeur dans les longues soirées d’hiver ou dans les claires nuits d’été où fourmillaient les étoiles, de son enfance sainte. Elle s’est donnée à Dieu dès les premières lueurs de l’aube de sa venue au monde. Et plus encore Elle s’est donnée quand Elle n’eut, pour être où je suis, sur le chemin de la mission qui me vient de Dieu. Il y aura une heure où tous m’abandonneront. Ce sera pour peu de minutes, mais la lâcheté sera maîtresse de tous et vous penserez qu’il y aurait mieux valu pour votre sécurité de ne m’avoir jamais connu. Mais Elle, qui a compris et qui sait, sera toujours avec Moi. Et vous, vous redeviendrez à Moi par Elle. Avec la force de sa foi assurée et aimante, Elle vous attirera en Elle, et ainsi vous ramènera en Moi, parce que Je suis en ma Mère et Elle en Moi, et Nous en Dieu. Cela, je voudrais que vous le compreniez, vous tous, parents selon le monde, amis et fils au point de vue surnaturel. Toi, et avec toi les autres, vous ne savez pas qui est ma Mère. Si vous le saviez, vous ne la critiqueriez pas en votre coeur de ne pas m’avoir tenu assujetti à Elle, mais vous la vénéreriez comme l’Amie la plus intime de Dieu, la Puissante qui peut tout sur le coeur du Père éternel et sur le Fils de son coeur. Je viendrai certainement à Cana. Je veux Lui faire plaisir. Vous comprendrez mieux après cette heure là.” Jésus est imposant et persuasif. Jude le regarde attentivement. Il réfléchit. Il dit: “Et moi aussi, certainement je viendrai avec Toi

en leur compagnie, si tu veux de moi… car je pense que tu dis des choses justes. Pardonne mon aveuglement et celui de mes frères. Tu es tellement plus saint que nous…” “Je n’ai pas de rancoeur pour qui ne me connaît pas, Je n’en ai pas non plus pour qui me hait. Mais j’en souffre pour le mal qu’ils se font à eux mêmes, Qu’est-ce que tu as dans ce sac?” “L’habit que ta Mère t’envoie. Grand fête, demain. Elle pense que son Jésus en a besoin, pour ne pas détonner parmi les invités. Elle a filé sans relâche depuis le point du jour jusqu’à tard le soir, chaque jour pour te préparer ce vêtement. Mais Elle n’a pas fini le manteau. Il manque encore les franges. Elle en est toute désolée." "Ce n’est pas la peine. J’irai avec celui que j’ai et je garderai l’autre pour Jérusalem. Le Temple est encore plus que la noce.” 60 “Elle en sera heureuse.” “Si vous voulez être à l’aube sur la route de Cana –dit Pierre- il vous faut partir tout de suite. La lune se lève et la traversée sera bonne.” “Allons, alors. Viens, Jean. Je t’emmène avec Moi. Simon Pierre, Jacques, André, adieu. Je vous attends le soir du sabbat à Capharnaüm. Adieu, femme. Paix à toi et à toute la maison.” Jésus sort avec Jude et Jean. Pierre les suit jusqu’à la rive et aide à la manœuvre et au départ de la barque. Et la vision prend fin. [Paroles de Jésus: “Quand ce sera l’heure de faire un travail ordonné, la vision de la noce de Cana sera insérée ici. Mets la date (16-1-44) 23 octobre. Commandement reçu avec insistance à l’aube et répété plusieurs et plusieurs fois pour que je ne l’oublie pas en attendant de pouvoir l’écrire: chose que je fais dès que je vois clair. Jésus dit: “Ecris et tout ce qui t’es dit sera mis en tête de tout travail à communiquer aux gens honnêtes, qu’il soit imprimé ou dactylographié selon ce que en ai déjà dit: ‘C’est la voix du Maître. Rugissement et caresse. Rugissement quand elle s’adresse à ceux qui ne veulent pas se convertir, Caresse quand elle parle à ceux qui, bien qu’imparfaits ont ‘la bonne volonté’ de trouver Dieu et sa Parole et les ayant trouvés, de se sanctifier. Pour ceux-là la Parole devient caresse d’Ami et bénédiction de Jésus’. Ces paroles en tête de tout travail. Puis pour les oeuvres plus complètes et approuvées toujours approuvées pour qu’elles ne soient pas rendues inopérantes par le mauvais vouloir des pharisiens, sadducéens, scribes et docteurs, il serait bien de mettre la prière à la Parole que je t’ai donnée le 7 décembre 1943. Pour l’heure, cela suffit. Et puis je reviendrai encore.”]

14. JESUS AUX NOCES DE CANA Je vois une maison, une vraie maison orientale: un cube blanc plus large que haut, avec des rares ouvertures, surmontée d’une terrasse qui sert de toit et est entourée d’un muret de un mètre environ et ombragée par une tonnelle de vigne qui grimpe jusque là et étend ses rameaux au delà du milieu de cette terrasse ensoleillée. 61 Un escalier extérieur monte le long de la façade au niveau d’une porte qui s’ouvre à mi-hauteur de la façade. Au dessous, il y a au niveau du sol des portes basses et rares, pas plus que deux de

chaque coté, qui donnent accès dans des pièces basses et sombres. La maison s’élève au milieu d’une espèce de cour plutôt une pelouse, au centre de laquelle se trouve un puits. Il y a des figuiers et des pommiers. La maison donne sur la route sans être à bord de route. Elle est un peu en retrait et un sentier traverse la pelouse jusqu’à la route qui semble être une maîtresse route. On dirait que la maison est à la périphérie de Cana: maison de paysans propriétaires qui vivent au milieu de leur petit domaine. La campagne s’étend au delà de la maison avec ses lointaines de tranquille verdure. Il fait un beau soleil et l’azur du ciel est très pur. Au débout, je ne voie rien d’autre. La maison est solitaire. Puis je vois deux femmes avec des longs vêtements et un manteau qui sert aussi de voile. Elles avancent sur la route et puis sur le sentier. L’une, plus âgée, sur les cinquante ans, en habits foncés de couleur fauve marron, comme de la laine naturelle. L’autre est en vêtements plus clairs, avec un habit d’un jaune pâle et un manteau azur. Elle semble avoir à peu près trente cinq ans. Elle est très belle, svelte et elle a une contenance pleine de dignité bien que toute gentillesse et humilité. Quand elle est plus proche, je remarque la couleur pâle du visage, les yeux azurés et les cheveux blonds qui apparaissent sur la front, sous le voile. Je reconnais Marie la Très Sainte. Qui est l’autre, brune et plus âgée, je ne sais. Elles parlent entre elles et la madone sourit. Quand elles sont tout à côté de la maison, quelque’ un sûrement chargé de guetter les arrivées, avertit et à leur rencontre arrivent des hommes et des femmes, tous en habits de fête. Tout le monde leur fait fête et surtout à Marie la Très Sainte. L’heure semble matinale, je dirais vers les neuf heures peut-être plus tôt, car la campagne a encore cet aspect de fraîcheur des premières heures du jour avec la rosée qui rend l’herbe plus verte et la pelouse qui n’est pas empoussiérée. La saison me parait printanière car l’herbe des près n’est pas brûlée par le soleil d’été et dans les champs, les blés sont en herbe, sans épis, tout verts. Les feuilles du figuier et du pommier sont vertes et encore tendres mais je ne vois pas de fleurs sur le pommier et je ne vois pas de fruits, ni sur le pommier ni sur le figuier ni sur la vigne. C’est que le pommier a déjà fleuri depuis peu, mais les petits fruits ne 62 se voient pas encore. Marie, très fêtée et accompagnée par un homme âgé qui doit être le propriétaire, monte l’escalier extérieur et entre dans une grande salle qui parait occuper tout ou en grande partie, l’étage. Je crois comprendre que les pièces du rez-de-chaussée sont les vraies pièces d’habitation, les dépenses, les débarras et les celliers et qui l’étage est réservé à des usages spéciaux: fêtes exceptionnelles ou à des produits agricoles. Pour les fêtes on la débarrasse et on l’orne, comme aujourd’hui de branches vertes, de nattes, de tables garnies. Au centre, il y en a une très riche, avec dessus déjà des amphores et des plats garnis de fruits. Le long du mur, à ma droite une autre table garnie mais moins richement. A ma gauche une sorte de longue crédence avec dessus des plats de fromages et d’autres aliments qui me semblent des galettes couvertes de miel et de friandises. Par terre, toujours à ma gauche d’autres amphores et six grands vases en forme de brocs de cuivre, plus ou moins. Pour moi ce serait des jarres. Marie écoute avec bienveillance ce que tous lui disent puis gentiment quitte son manteau et aide à terminer les préparatifs pour la table. Je la vois aller et venir rangeant les lits de table, redressant les guirlandes de fleurs, donnant meilleur aspect aux coupes de fruits, veillant à ce que les lampes soient garnies d’huile. Elle sourit, et parle très peu et à voix très basse. Par contre, Elle écoute beaucoup et avec combien de patience. Un grand bruit d’instruments de musique (peu harmonieux, en vérité) se fait entendre sur la route. Tout le monde, à l’exception de Marie, court dehors. Je vois entrer l’épouse toute parée et heureuse, entourée des parents et des amis, à côté de l’époux qui est accouru à sa rencontre le premier. Ici ce produit un changement dans la vision. Je vois, au lieu de la maison, un pays. Je ne sais si c’est Cana ou une autre bourgade voisine. Je vois Jésus avec Jean et un autre qui pourrait être Jude Thaddée, mais pour ce second, je pourrais me tromper. Pour Jean, je ne me trompe pas. Jésus est vêtu de blanc et a un manteau azur foncé. En entendant le bruit de la musique, le compagnon de Jésus demande un renseignement à un homme du peuple et en fait part à Jésus. “Allons faire plaisir

à ma Mère” dit Jésus en souriant et il se met en route à travers les champs avec ses deux 63 compagnons dans la direction de la maison. J’ai oublié de dire que mon impression que Marie est ou parente ou très amie des parents de l’époux car je les vois en grandes confidences. Quand Jésus arrive, le veilleur habituel prévient les autres. Le maître de maison, en même temps que son fils, l’époux, et que Marie, descend à la rencontre de Jésus et le salue respectueusement. Il salue aussi les deux autres et l’époux fait la même chose. Mais, ce qui me plait, c’est le salut plein d’amoureux respect de Marie à son Fils et réciproquement. Pas d’épanchements, mais un tel regard accompagne les paroles de la salutation: “La paix avec Toi”, et un tel sourire qui vaut cent baiser et cent embrassements. Le baiser tremble sur les lèvres de Marie, mais Elle ne le donne pas. Elle pose seulement sa petite main blanche sur l’épaule de Jésus et effleure une boule de sa longue chevelure. Une caresse d’une pudique énamourée. Jésus monte à côté de sa Mère, suivi des deux disciples et du propriétaire et il entre dans la salle de réception où les femmes s’occupent à ajouter des sièges et des couverts pour les trois hôtes qu’on n’attendait pas, me semble-t-il. Je dirais que la venue de Jésus était incertaine et celle de ses deux compagnons absolument imprévue. J’entends distinctement la voix pleine, virile, très douce du Maître, dire en entrant dans la salle: “La paix soit dans cette maison, et la bénédiction de Dieu sur vous tous.” Salut cumulatif à toutes les personnes présentes et plein de majesté. Jésus domine tout le monde par sa stature et son aspect. C’est l’hôte et inattendu, mais il semble le roi de la fête, plus que l’époux, plus que le maître de maison. Tout en restant humble et condescendant, c’est Lui qui en impose. Jésus prend place à la table centrale, avec l’époux, l’épouse, les parents des époux et les amis les plus influents. Aux deux disciples, par respect pour le Maître, on donne des sièges à la même table. Jésus tourne le dos au mur où sont les jarres. Il ne le voit donc pas, ni non plus l’affairement du majordome autour des crédences. J’observe une chose. Sauf les mères des époux et Marie, aucune femme ne siège à cette table. Toutes les femmes se trouvent, et elles font un grand bruit, à la table le long du mur. On les sert après les époux et les hôtes de marque. Jésus est près du maître 64 de maison et a en vis-à-vis Marie qui est à côté de l’épouse. Le repas commence, et je vous assure que l’appétit ne manque pas et encore moins la soif. Deux mangent et boivent peu, ce sont Jésus et sa Mère, qui aussi parle très peu. Jésus parle un peu plus. Mais tout en parlant peu, il n’est dans sa conversation ni renfrogné ni dédaigneux. C’est un homme courtois, mais pas bavard. Quand on l’interroge, il répond, s’intéresse à ce qu’on Lui dit et donne son avis, mais ensuite se recueille en Lui-même comme quelqu’un habitué à la méditation. Il sourit, mais ne rit jamais. S’il entend quelque plaisanterie trop aventurée, il fait celui qui n’entend pas. Marie se nourrit de la contemplation de son Jésus et aussi Jean qui est au bout de la table et reste suspendu aux lèvres de son Maître. Marie s’aperçoit que les serviteurs parlottent avec le majordome et que celui-ci est gêné et Elle comprend qu’il y a quelque chose de désagréable. “Fils” dit-Elle doucement en attirant l’attention de Jésus avec cette parole: “Fils, ils n’ont plus de vin.” “ Femme, qu’y a-t-il, désormais entre Moi et Toi?” Jésus en disant cette phrase sourit encore plus doucement et Marie sourit, comme deux qui savent une vérité qui est leur joyeux secret que tous les autres ignorent. Marie ordonne aux serviteurs: “Faites ce que Lui vous dira.” Marie a lu dans les yeux souriants de son Fils l’assentissement, voilé d’un grand enseignement pour tous les ‘appelés’. Et Jésus ordonne aux serviteurs: “Emplissez d’eau les cruches.” Je vois les serviteurs emplir les jarres de l’eau apportée du puits. (J’entends le grincement de la poulie qui monte et descend, le seau qui déborde) Je vois le majordome qui se verse un peu de ce liquide avec un regard de stupeur, qui essaie avec une mimique d’un plu grand étonnement et le

goûte. Il parle au maître le la maison et à l’époux son voisin. Marie regarde encore son Fils et sourit; puis recevant un sourire de Lui, incline la tête en rougissant légèrement. Elle est heureuse. Dans la salle passe un murmure. Les têtes se tournent vers Jésus et Marie. On se lève pour mieux voir. On va vers les jarres. Un silence, puis un coeur de louanges à Jésus. Mais Lui se lève et dit une seule parole: “Remerciez Marie” et puis il quitte le repas. Su le seuil il répète: “La paix à cette 65 maison et la bénédiction de Dieu sur vous” et il ajoute: “Mère, je te salue.” La vision s’arrête.

15. “FEMME, QU’Y A-T-IL DESORMAIS ENTRE TOI ET MOI?” Jésus m’explique le sens de la phrase. “Ce ‘désormais’, que beaucoup de traducteurs passent sous silence, est la clef de la phrase et l’explique avec son vrai sens. Je fus le Fils soumis à la Mère, jusqu’au moment où la volonté de mon Père m’indiqua que l’heure était venue d’être le Maître. A partir du moment où ma mission commença, je ne fus plus le Fils soumis à sa Mère, mais le serviteur de Dieu. Les liens qui m’unissaient à Celle qui m’avait engendré étaient rompus. Ils s’étaient transformés en liens de plus haut caractère. Ils s’étaient tous réfugiés dans l’esprit. L’esprit l’appelait toujours ‘Maman’ Marie ma Sainte. L’amour ne connut pas d’arrêt, ne s’attiédit pas au contraire, il ne fut jamais aussi parfait que lorsque, séparé d’Elle pour une seconde naissance, Elle me dona au monde, pour le monde, comme Messie, comme Evangélisateur. Sa troisième, sublime maternité mystique, ce fut quand, dans le déchirement du Golgotha, Elle m’enfanta à la Croix, en faisant de Moi, le Rédempteur du monde. “ Qu’y a-t-il désormais entre Toi et Moi?’ J’étais d’abord tien, uniquement tien. Tu me commandais, Je t’obéissais. Je t’étais ‘soumis’. Maintenant, j’appartiens à ma mission. Ne l’ai-je peut-être pas dit? ‘Celui qui met main à la charrue et se retourne pour saluer ceux qui restent, n’est pas apte au Royaume de Dieu’, J’avais mis la main à la charrue pour ouvrir avec le soc, non pas la glèbe, mais les coeurs, pour y semer la parole de Dieu. Je ne l’avais enlevée cette main que quand on me l’avait arrachée de là pour la clouer à la Croix et pour ouvrir par la torture de ce clou le Coeur de mon Père en faisant sortir de la plaie le pardon pour l’humanité. Ce ‘désormais’, oublié par plusieurs, voulait dire ceci: ‘Tu m’as été tout, ô ;ère tant que je fus le Jésus de Marie de Nazareth et tu m’es tout en mon esprit mais, depuis que je suis le Messie 66 attendu, j’appartiens à mon Père. Attends encore un peu et ma mission terminée, je serai de nouveau tout à toi. Tu me recevras encore dans tes bras comme quand j’étais petit et personne ne te le disputera plus, ce Fils qui est le tien que l’on regardera comme la honte de l’humanité, dont on te jettera la dépouillé pour te couvrir toi aussi de l’opprobre d’être la Mère d’un criminel. Et puis tu m’auras de nouveau, triomphant et puis, tu m’auras pour toujours, triomphante toi aussi, au Ciel. Mais maintenant, j’appartiens à tous ces hommes et j’appartiens au Père qui m’a envoyé vers eux.” Voilà ce que veut dire ce petit ‘désormais’, si chargé de signification.” Jésus m’a donné cette instruction: “Quand j’ai dit aux disciples: ‘Allons faire plaisir à ma Mère’, j’avais donné à la phrase un sens plus relevé qu’il ne semblait. Ce n’était pas le plaisir de me voir, mais d’être l’Initiatrice de mon activité miraculeuse et la Première Bienfaitrice de l’humanité Gardez-en toujours le souvenir. Mon premier miracle est arrivé par Marie. Le premier. Symbole que Marie est la clef du miracle. Je ne refuse rien à ma Mère et, à cause de sa prière, J’avance même le temps de la grâce. Je connais ma Mère, la seconde en Bonté après Dieu. Je sais que vous faire

grâce, c’est la faire heureuse puisqu’Elle est la ‘Toute Amour’. Voilà pourquoi j’ai dit, Moi qi savais: ‘Allons lui faire plaisir’. En outre, j’ai voulu rendre manifeste au monde sa puissance en même temps que la mienne. Destinée à être unie à Moi dans la chair –car nous fûmes une seule chair: Moi en Elle et Elle autour de Moi, comme des pétales de lys autour d’un pistil odorant et plein de vie- unie à Moi dans la douleur, -car nous fûmes sur la Croix, Moi avec ma chair, Elle avec son esprit, de même que le Lys exhale son parfum avec sa corolle et l’essence qu’on en tire- il était juste qu’Elle me fût unie dans la puissance qui se manifeste au monde. Je vous dis à vous ce qui je disais aux invités: ‘Remerciez Marie. C’est par Elle que vous avez eu le Maître du miracle et que vous avez toutes mes grâces, spécialement celles du pardon’.” Repose en paix. Nous sommes avec toi.” 67

16. JESUS CHASSE LES MARCHANDS DU TEMPLE Je vois Jésus qui entre avec Pierre, André et Jacques, Philippe et Barthélemy dans l’enceinte du Temple. Il y a une très grande foule qui y rentre et qui en sort. Pèlerins qui arrivent par bandes de tous les coins de la ville. Du haut de la colline sur laquelle le Temple est construit, on voit les rues de la ville, étroites et sinueuses, qui fourmillent de passants. Il semble qu’entre le blanc cru des maisons se soit étendu un ruban mouvant de mille couleurs. Oui, la cité a l’aspect d’un bizarre jouet fait de rubans multi couleurs entre deux alignements de maisons blanches et qui convergent tous vers le point où resplendissent les coupoles de la Maison du Seigneur. Puis, à l’intérieur, c’est une vraie foire. Plus aucun recueillement dans le lieu saint. On court, on appelle, on achète des agneaux, on crie et on maudit à cause du prix exagéré, on pousse les pauvres Bêtes bêlantes dans des parcs. Ce sont de rudimentaires enclos délimités par des cordes et des pieux, aux entrées desquelles se tient le marchand ou éventuellement le propriétaire qui attend des acheteurs. Coups de bâton, bêlements, jurons, réclamations, insultes pour les valets peu pressés de rassembler et d’enclore les animaux ou pour les acheteurs qui lésinent sur le prix, ou qui s’éloignent, insultes plus fort pour les gens prévoyants qui ont amené l’agneau de chez eux.. Autour des comptoirs de change, autre vacarme. Je ne sais si c’est toujours ainsi où à l’occasion de la Pâque; on se rend compte que le Temple fonctionnait comme la Bourse, ou le marché noir. La valeur des monnaies n’était pas fixée. Il y avait le cours légal qui était certainement déterminé, mais les changeurs en imposaient un autre, en s’appropriant un pourcentage arbitraire pour le change. Et je vous assure qu’ils s’y entendaient pour étrangler les clients!… Plus un client était pauvre, plus il venait de loin, plus on le dépouillait. Les vieux plus que les jeunes, ceux qui arrivaient d’au delà de la Palestine plus que les vieux. De pauvres petits vieux regardaient et regardaient encore leur pécule mis de côté, avec combien de peine, tout le long de l’année, l’enlevaient de leur sein et l’y remettaient cent fois en tournant autour des changeurs et finissaient enfin par revenir au premier qui se vengeait de leur éloignement temporaire en augmentant l’agio du change…. Et les grosses pièces quittaient, au milieu 68 des soupirs, les mains du propriétaire pour passer dans les griffes de l’usurier en échange de monnaie plus légère. Puis, pour le choix, une nouvelle tragédie de comptes et de soupirs devant les marchands d’agneaux qui aux petits vieux, à moitié aveugles, colloquaient les agneaux les plus chétifs. Je vois revenir deux petits vieux, lui et elle, qui poussent un pauvre agnelet que les sacrificateurs ont dû trouver défectueux. Plaintes, supplications, impolitesses, grossièretés se croisent sans que le vendeur s’en émeuve.

“Pour ce que vous voulez payer, galiléens, c’est déjà trop beau ce que je vous ai donné. Allezvous en! Ou ajoutez cinq autres deniers pour en avoir un plus beau!” “Au nom de Dieu! Nous sommes pauvres et vieux! Veux-tu nous empêcher de faire la Pâque, la dernière, peut-être? Est-ce que ce que tu nous a pris ne suffit pas pour une petite bête?” “Faite place, crasseux. Voici que vient à moi Joseph l’Ancien. Il m’honore de sa préférence. Dieu soit avec toi! Viens, choisis!” Il entre dans l’enclos et prend un magnifique agneau, celui qu’on appelle Joseph l’Ancien ou Joseph d’Arimathie. Il passe avec un riche habit, tout fier, sans un coup d’oeil aux pauvres qui gémissent à la porte et même à l’entrée de l’enclos. Il les bouscule, pour ainsi dire, en sortant avec l’agneau gras qui bêle. Mais Jésus aussi est maintenant tout près. Lui aussi a fait son achat, et Pierre, qui probablement a payé pour Lui, tire derrière lui un agneau convenable. Pierre voudrait aller tout de suite vers le lieu où l’on sacrifie. Mais Jésus tourne à droite vers les deux petits vieux effarés, en larmes, indécis que la foule bouscule et que le vendeur insulte. Jésus, si grand que la tête des deux vieux Lui arrive à la hauteur du coeur, met une main sur l’épaule de la femme et demande: “Pourquoi pleures-tu, femme?” La petite vieille se retourne et voit cet homme grand et jeune, solennel en son el habit blanc et son manteau couleur de la neige tout neuf et propre. Elle doit le prendre pour un docteur à cause de son habit et de son aspect et, stupéfaite, car les docteurs et les prêtres ne fon aucun cas des gens et ne protégent pas les pauvres contre la rapacité des marchands, elle dit les raisons de leur chagrin. Jésus se retourne vers l’homme aux agneaux: “Change cet agneau à ces fidèles. Il n’est pas digne de l’autel comme il n’est 69 pas digne que tu profites de deux pauvres vieux parce que faibles et sans défense.” “Et Toi, qui es-tu?” “Un juste,” “ Ton parler et celui de tes compagnons indiquent que tu es galiléen. Peut-il jamais y avoir un juste en Galilée?” “Fais ce que je te dis et sois juste, toi.” “Ecoutez, écoutez le galiléen défenseur des ses pairs! Il veut nous faire la leçon, à nous qui sommes du Temple” L’homme rit et se moque contrefaisant l’accent galiléen qui est plus chantant et plus doux que celui de la Judée, au moins à ce qu’il me semble. Des gens font cercle et d’autres marchands et changeurs prennent la défense de leur complice contre Jésus. Parmi les assistants deux ou trois rabbins ironiques. L’un d’eux demande: “Es-tu docteur?” sur un ton qui aurait fait perdre la patience à Job. “Tu l’as dit.” “Qu’enseignes-tu?” “Voici ce que j’enseigne: rendre la Maison de Dieu, maison de prière et non pas place d’usuriers et de marchands. Voilà mon enseignement.” Jésus est terrible. Il semble l’Archange mis sur le seuil du Paradis perdu. Il n’a pas aux mains l’épée flamboyante mais ses yeux irradient la lumière et foudroient les moqueurs et les sacrilèges. A la main, il n’a rien. Seule sa sainte colère. Et avec elle, cheminant rapide et imposant au milieu des comptoirs, il éparpille les monnaies méticuleusement rangées selon leur valeur, renverse tables petites et grandes et tout tombe avec fracas sur le sol avec grand bruit de métaux qui rebondissent et de bois bousculé avec cris de colère, d’effarement et d’approbations. Puis il arrache des mains des gardiens de bestiaux des cordages qui attachent boeufs, brebis et agneaux il en fait un martinet très dur dont les noeuds coulants assemblent les lanières. Il se lève, le fait tournoyer et l’abaisse sans pitié. Oui, je vous l’assure, sans pitiéLa grêle imprévu s’abat sur les têtes et es échines. Les fidèles s’esquivent, admirant la scène. Les coupables, poursuivis jusqu’en dehors de l’enceinte se savent à toutes jambes, laissant par terre l’argent et en arrière les bêtes de toutes les tailles, dans une grande confusion de jambes, de cornes, d’ailes. C’est à qui court, s’échap-

70 pe en volant. Las mugissement, les bêlements, les roucoulements des colombes et des tourterelles en même temps que les rires et les cris des fidèles derrière les usuriers en fuite dépassent jusqu’au lamentable choeur des animaux qu’on égorge certainement dans une autre cour. Des prêtres accourent, en même temps que des rabbins et des pharisiens. Jésus est encore au milieu de la cour, revenant de sa poursuite. Il a encore en mains le martinet. “Qui es-tu? Comment te permets-tu de faire cela, en troublant les cérémonies prescrites? De quelle école proviens-tu? Pour nous, nous ne te connaissons pas. Nous ne savons pas qui tu es.” “Je suis Celui qui peut. Je peux tout. Détruisez seulement ce Temple vrai, et Je le ressusciterai pour donner louange à Dieu. Je ne trouble pas, Moi, la sainteté de la Maison de Dieu, ni les cérémonies. Mais c’est vous qui la troublez en permettant que dans sa demeure s’installent les usuriers et les mercantis. On école, c’est l’école de Dieu, la même école qui fut celle de tout Israël, par la bouche de l’Eternel qui parlait à Moïse. Vous ne me connaissez pas? Vous me connaîtrez. Vous ne savez pas d’où Je viens? Vous le saurez.” Et se tournant vers le peuple sans plus s’occuper des prêtres dominant l’entourage par sa taille, revêtu de son habit blanc, le manteau ouvert et flottant en arrière des épaules, les bras étendus comme un orateur au moment le plus pathétique de son discours, il dit: Ecoutez, vous d’Israël! Dans le Deutéronome il est dit: ‘Etabliras des juges et des magistrats à toutes les portes… et ils jugeront le peuple avec justice, sans partialité à l’égard de personne. Tu n’auras pas d’égards particuliers pour quiconque. Tu n’accepteras pas de cadeaux, car les cadeaux aveuglent les sages et troublent les paroles des justes. Tu suivras avec justice le juste sentier pour vivre et posséder la terre que le Seigneur ton Dieu t’aura donné.’ Ecoutez, vous d’Israël Dans le Deutéronome il est dit: ‘Les prêtres et les lévites et tous ceux de la tribu de Lévi n’auront aucun partage ni hérédité avec le reste d’Israël, parce qu’ils doivent vivre avec le sacrifice du Seigneur et avec les offrandes que l’on fait à Lui; ils n’auront aucune part avec ce que leurs frères possèdent, parce que le Seigneur est leur héritage’. Ecoutez, vous d’Israël! Dans le Deutéronome il est dit:’ Tu ne 71 prêteras à intérêt à ton frère, ni argent, ni grain, ni quelqu’autre chose. Tu pourras prêter à intérêt à l’étranger, au contraire, à ton frère tu prêteras sans intérêt ce dont il a besoin.’ C’est cela que dit le Seigneur. Maintenant vous voyez que c’est sans justice à l’égard du pauvre que les juges siègent en Israël. Ce n’est pas en faveur du juste mais de celui qui est fort que l’on penche. Etre pauvre, être peuple, cela veut dire subir l’oppression. Comment le peuple peut-il dire: ‘Celui qui nous juge est juste’ s’il voit que seuls les puissants sont respectés et écoutés, tandis que le pauvre ne trouve personne qui veuille l’entendre? Comment le peuple peut-il respecter le Seigneur s’il voit que ne le respectent pas ceux qui en ont plus que d’autres le devoir? Est-ce respecter le Seigneur que de violer son commandement? Et pourquoi, alors, en Israël ont-ils des propriétés et reçoivent des cadeaux des publicains et des pécheurs, qui agissent ainsi pour avoir la bienveillance des prêtres, et ceux-ci l’acceptent pour avoir un coffret bien garni? C’est Dieu qui est l’héritage de ses prêtres. Pour eux, Lui, le Père d’Israël est plus père qu’aucun autre père ne l’a jamais été, et Il pourvoit à leur nourriture comme il est juste. Mais, pas plus qu’il ne soit juste. Il n’a promis aux serviteurs de son Sanctuaire ni richesses ni propriétés. Pendant l’éternité, ils auront le Ciel pour récompenser leur justice, comme l’ont Moïse et Elie, et Jacob et Abraham: mais sur cette terre ils ne doivent avoir qu’un vêtement de lin et un diadème d’or incorruptible: pureté et charité. Le corps doit être le serviteur de l’esprit qui est serviteurs de Dieu et permettent-ils, à l’ombre des murs sacrées, l’usure au détriment des frères d’Israël venus pour obéir au commandement de Dieu? On m’a demandé de quelle école Je viens, et J’ai répondu: ‘De l’école de Dieu’. Oui, Israël. Je viens te ramener à cette école sainte et immuable. Qui veut connaître la Lumière, la Vérité, la vie, qui veut entendre la voix de Dieu parlant à son peuple, qu’il vienne à Moi. Vous avez suivi Moïse à travers les déserts, ô vous d’Israël suivez-Moi que Je vous conduise, à travers un désert bien plus triste, vers la vraie Terre bienheureuse. A travers

la mer qui s’ouvre au 72 commandement de Dieu, c’est vers elle que Je vous entraîne. En levant mon Signe, Je vous guéris de tout mal. L’heure de la Grâce est venue. Ils l’ont attendue, les Patriarches, et ils sont morts en l’attendant. Ils l’ont prédite, les Prophètes, et ils sont morts réconfortés par ce rêve. Maintenant, elle s’est levée. Venez. ‘Le Seigneur va juger son peuple et faire miséricorde à ceux qui le servent’ comme Il a promis par la bouche de Moïse.” Les gens qui font cercle autour de Jésus sont restés, bouche bée à l’écouter. Puis, ils commentent la parole du nouveau Rabbi et interrogent ses compagnons. Jésus se dirige vers une autre cour séparée de celle-ci par un portique. Ses amis le suivent, et la vision prend fin.

17. RENCONTRE AVEC L’ISCARIOTE ET THOMAS. MIRACLE SUR SIMON LE ZELOTE Jésus se trouve avec ses six disciples. Aussi bien la veille qu’aujourd’hui je ne vois plus Jude Thaddée qui avait dit qu’il voulait venir à Jérusalem avec Jésus. Ce doit être encore les fêtes pascales parce qu’il y a toujours grande affluence dans la Cité. C’est vers le soir et beaucoup reviennent en hâte vers les maisons. Jésus aussi se dirige vers la maison dont il est hôte. Ce n’est pas la maison du Cénacle. Elle se trouve à l’intérieur de la ville, tout en étant à ses confins. Celle-ci est déjà une vraie maison rustique au milieu d’une oliveraie. De la petite cour qui la précède, on voit les arbres qui descendent en rangées qui se suivent jusque vers le bas de la colline. Ils s’arrêtent là où un petit torrent qui charries très peu d’eau s’en va à travers la faille qui se trouve entre deux collines peu élevées. Le Temple est au sommet de l’une des deux; sur l’autre, des oliviers à perte de vue. Jésus est tout en bas de cette agréable colline, qui s’élève en pente douce avec tout l’agrément de ces arbres paisibles. “Jean il y a deux hommes qui attendent ton ami” dit un hom 73 me âgé qui doit être le fermier ou le propriétaire de l’oliveraie. On dirait que Jean le connaît. “Où sont-ils? Qui sont ils?” “Je ne sais, l’un est sûrement Juif. L’autre … je ne saurais … Je ne le lui ai pas demandé.” “Où sont-ils?” “Ils attendent dans la cuisine et … et … oui, voilà, il y en a encore un qui est couvert de plaies … Je l’ai fait s’arrêter parce que … je ne voudrais pas qu’il soit lépreux… Il dit qu’il veut voir le Prophète qui a parlé au Temple.” Jésus, qui jusqu’à ce moment s’était tu, dit: “Allons d’abord trouver ce dernier. Dis aux autres de venir s’ils veulent, je leur parlerai ici, dans l’oliveraie. “ Et il se tourne vers l’endroit indiqué par l’homme. “Et nous, que faisons-nous?” demande Pierre. “Venez si vous voulez.” Un homme, tout emmitouflé est adossé au muret rustique qui soutient une corniche, tout à coté de la limite du domaine. Il a dû monter par un sentier qui le borde, en côtoyant le petit torrent. Quand il voit Jésus qui vient vers lui, il crie: “Arrière, arrière! Mais aussi, pitié!” Et il se découvre le tronc en laissant tomber son vêtement. Si le visage est déjà couvert de crûtes, le tronc n’est qu’une mosaïque de plaies. Il y en a qui se creusent profondément, d’autres comme des brûlures rouges, d’autres blanchâtres et translucides, comme s’il y avait dessus du verre blanc.

“Tu es lépreux! Que veux-tu de Moi?” “Ne me maudit pas! Ne me lapide pas! On m’a dit que hier soir tu t’es manifesté comme la voix de Dieu et le Porteur de la Grâce. On m’a dit que tu as certifié qu’en élevant ton Signe, tu guéris tout mal. Lève le sur moi. Je viens des tombeaux … là… J’ai rampé comme un serpent parmi les ronces du torrent pour arriver ici sans être vu. J’ai attendu le soir pour le faire, parce que dans la pénombre on voit moins bien ce que je suis. J’ai osé… j’ai trouvé cet homme de la maison, qui est assez bon. I ne m’a pas tué. Il m’a dit seulement: ‘Attends contre le muret!’. Toi aussi, aie pitié” . Jésus s’avance, Lui seul, car les six disciples et le propriétaire avec les deux inconnus restent loin en manifestant clairement leur dégoût. Le lépreux dit encore: “ N’avance plus davantage! Pas plus! Je suis souillé” 74 Mais Jésus s’avance. Il le regarde avec une telle pitié que l’homme se met à pleurer. Il s’agenouille, le visage presque à terre. Il gémit: “Ton Signe! Ton Signe!” “Il s’élèvera à son heure. Mais à toi je dis: ‘Rélève-toi. Sois guéri. Je le veux. Et sois pour Moi un signe dans cette cité qui doit me connaître. Lève-toi, je te le dis! Et ne pèche plus, par reconnaissance pour Dieu!” L’homme se lève, lentement, lentement. Il semble qu’il émerge du milieu des herbes hautes et fleuries comme s’il se dégageait d’un linceul… Il est guéri. Il se regarde aux derrières clartés du jour. Il est guéri. Il crie: “ Je suis guéri! Oh! Que dois-je faire maintenant pour Toi?” “Obéir à la Loi. Va trouver le prêtre. Sois bon désormais. Va.” L’homme esquisse un mouvement pour se jeter aux pieds de Jésus, mais il se rappelle qu’il est encore impur aux yeux de la Loi; il se retient. Mais il se baise les mains et envoie le baiser à Jésus. Il pleure de joie. Les autres sont pétrifiés. Jésus tourne le dos au lépreux guéri et en souriant les secoue: “Amis, ce n’était qu’une lèpre de la chair, mais vous verrez s’effacer la lèpre des coeurs. C’est vous qui voulez me voir?” dit-il aux deux inconnus. “Me voici. Qui êtes-vous?” “Nous t’avons entendu, l’autre soir…. Au Temple. Nous t’avons cherché par la ville. Quelqu’un qui se dit ton parent nous a dit que tu étais ici.” “Pourquoi me cherchez-vous?” “Pour te suivre, si tu veux de nous, parce que Tu as des paroles de vérité.” “Me suivre? Mais savez-vous où Je me dirige?” “Non, Maître, mais certainement vers la gloire.” “Oui, mais vers une gloire qui n’est pas de cette terre, vers ne gloire qui réside au Ciel et qui se conquiert par la vertu et le sacrifice. Pourquoi voulez-vous me suivre?” demande-t-il de nouveau. “Pour avoir part de ta gloire.” “Selon le Ciel?” “Oui, selon le Ciel.” “ Ce n’est pas tout le monde qui peut y arriver. Parce que Mammon tend des pièges, et à ceux qui désirent le Ciel, plus qu’aux autres. Celui-là seul résiste dont la volonté est forte. Pourquoi me 75 suivre, si me suivre implique une lutte continuelle avec l’ennemi qui est en nous, avec le monde ennemi, avec l’Ennemi qui est Satan?” “Parce que, c’est notre esprit qui nous y porte, notre esprit qui est resté ta conquête. Tu es saint et puissant, nous voulons être tes amis.” “Amis!!!” Jésus se tait et soupire. Puis il regarde fixement celui qui à toujours parlé et qui maintenant a laissé tomber le manteau qui lui couvrait la tête, la laissant maintenant découverte. C’est Jude de Kériot. “Qui es-tu qui parles mieux qu’un homme du peuple?” “Je suis Jude de Simon. Je suis de Kériot, mais je suis du Temple, J’attends le Roi des Juifs, c’est mon rêve. Roi, j’ai reconnu à ta parole que tu l’étais. Roi, je t’ai reconnu à ton geste. Prends-moi avec Toi!” “ Te prendre? Maintenant? Tout de suite? Non.” “Pourquoi, Maître?”

“Parce qu’il vaut mieux se jauger soi-même, avant de prendre une route très escarpée.” “Tu ne crois pas à ma sincérité?” “Tu l’as dit. De ta part, je crois à une impulsion, mais je ne crois pas à ta constance. Réfléchis, Judas. Maintenant je pars et je reviendrai pour la Pentecôte. Si tu es du Temple, tu me verras. Rendmoi compte de ce dont tu es capable…. Et toi, qui es tu?” demande-t-il ai second inconnu. “Un autre qui t’a vu. Je voudrais être avec Toi. Mais maintenant cela m’effraye.” “ Non, la présomption, c’est la ruine. La crainte peut être un obstacle, mais si elle vient de l’humilité, elle est un aide. Ne crains pas. Toi aussi, réfléchis et quand je viendrai…” “Maître, tu es tellement saint! J’ai peur de n’être pas digne. Rien d’autre. Parce que, pour ce qui est de mon amour, je n’ai pas de crainte…” “Comment t’appelles-tu?” “Thomas, surnommé Didyme.” “Je me rappellerai ton nom. Va en paix.” Jésus les congédie et rentre dans la maison hospitalière pour le souper. Les six qui sont avec Lui veulent lui poser beaucoup de questions. “Pourquoi, Maître, as-tu fait une différence entre les deux?… Par76 ce que il y a eu une différence. Tous deux obéissent à une même impulsion…” demande Jean. Mon ami, parce que la même impulsion peut n’avoir pas la même saveur. Bien sûr que les deux ont eu la même impulsion, mais elle ne tend pas au même but. C’est celui qui a paru moins parfait qui l’est davantage car il n’a pas en lui le désir fiévreux de la gloire humaine. Il m’aime parce qu’il m’aime.” “Moi aussi!” “Et moi de même.” “Et moi.” “Et moi. “ “Et moi.” “Et moi.” “Je le sais. Je vous connais pour ce que vous êtes.” “Nous sommes donc parfaits?” “Oh! Non! Mais, comme Thomas, vous le deviendrez si vous persistez dans votre volonté d’amour. Parfaits!? Oh! Amis! Et qui est parfait hormis Dieu?” “Toi tu l’es!” “ En vérité, je vous dis que pour Moi, je ne suis pas parfait si vous ne voyez en Moi qu’un prophète. Aucun homme n’est parfait. Mais je suis parfait, Moi, car Celui qui vous parle est le Verbe du Père. Elle est en Dieu, sa Pensée, qui se fait Parole. J’ai la Perfection en Moi et c’est cela que vous devez croire si vous croyez que je suis le Verbe du Père. Et pourtant, vous le voyez, amis, je veux qu’on m’appelle le Fils de l’homme, car je m’anéantis Moi-même, en prenant sur Moi toutes les misères de l’homme, pour les porter –c’est ma première croix- et les supprimer après les avoir portées, mais sans qu’elles m’aient atteint. Quel poids, mes amis! Mais je l’apporte avec joie, C’est ma joie Jésus parle doucement, assis à la pauvre table avec ses mains qui font des gestes paisible, la figure un peu penchée, éclairée en dessous par la petite lampe à huile posée sur la table. Il sourit légèrement. C’est déjà le Maître qui s’impose et dont les traits respirent tant d’amitié. Les disciples l’écoutent, attentifs. “Maître… pourquoi ton cousin qui savait où tu habites n’est-il pas venu?” “ Mon Pierre…! Tu seras une de mes pierres, la première,. Mais 77 toutes les pierres ne se prêtent pas facilement à l’emploi. Tu as vu les marbres du palais du prétoire? Arrachés péniblement aux flancs de la montagne, ils font maintenant partie du Prétoire. Regarde, par contre, ces cailloux qui brillent là aux rayons de la lune au fond des eaux du Cédron. Ils sont arrivés d’eux-mêmes dans le lit du torrent et si on le veut, voilà qu’ils se laissent tout de

suite prendre. Mon cousin est comme les premières pierres dont je parle… Le flanc de la montagne: la famille me le dispute.” “Mais moi, je veux être tout à fait comme les pierres du torrent. Pour Toi, je suis prêt à tout laisser, la maison, l’épouse, la pêche, les frères. Tout, mon Maître, pour Toi.” “Je le sais, Pierre, c’est pour cela que je t’aime, mais Judas aussi viendra.” “Qui? Judas de Kériot? Je n’y tiens pas, c’est un beau monsieur mais … Je préfère … Oui, je préfère moi-même…” Tout le monde rit de la sortie de Pierre. “Il n’y a pas de quoi rire. Je veux dire que je préfère un simple galiléen, un pêcheur nature mais franc à … aux citadins qui … Je ne sais pas. Voilà, mais le Maître comprend ce que je veux dire.” “Oui, je comprends, mais ne juge pas. Nous avons besoin l’un de l’autre, sur la terre, et les bons sont mélangés aux mauvais comme les fleurs dans un champ: la ciguë est à coté de la mauve bienfaisante.” “Je voudrai demander une chose…” “Quoi, André?” “Jean m’a raconté le miracle que Tu as fait à Cana… Nous espérons tant que Tu en fasses un à Capharnaüm… Et Toi Tu nous a dit que Tu ne faisais pas de miracles sans avoir auparavant accompli la Loi. Pourquoi alors à Cana? Pourquoi là et pas dans ta patrie?” “Toute obéissance à la Loi est union à Dieu et donc accroissement de notre pouvoir. Le miracle est la preuve de l’union à Dieu, de la présence bienveillante de Dieu et de son accord avec nous. C’est pour cela que j’ai voulu remplir mon devoir d’israélite avant de commencer la série des prodiges.” “Mais Tu n’étais pas tenu à observer la Loi.” “Pourquoi? Comme Fils de Dieu, non, Mais comme fils de la Loi, si. Israël, pour l’heure, ne me connaît pas comme tel… Et même après, presque tout Israël me connaîtra comme tel, comme moins, encore. Mais je ne veux pas donner de scandale à Israël 78 et j’obéis à la Loi.” “Tu es saint.” “La sainteté n’exclut pas l’obéissance, mais au contraire la perfectionne. Il y a l’exemple à donner, en plus du reste. Que dirais-tu, d’un père, d’un frère aîné, d’un maître, d’un prêtre qui ne donneraient pas le bon exemple?” “Et Cana alors?” “ Cana c’était la joie qu’il fallait donner à ma Mère. Cana c’est un acompte de ce qui est dû à ma Mère. C’est Elle qui la première à apporté la Grâce. Ici, j’honore la Coté Sainte en y inaugurant publiquement ma puissance de Messie, mais là-bas, à Cana, je devais l’honneur à la Sainte de Dieu, à la Toute Sainte. C’est par Elle que le monde m’a eu. Il est juste que ce soit Elle qu’aille mon premier prodige en ce monde.” On frappe à la porte. C’est Thomas, de nouveau. Il entre et se jette aux pieds de Jésus. “Maître, je ne peux attendre ton retour. Laisse-moi avec Toi. Je suis plein de défauts, mais j’ai cet amour, seul, grand, vrai, mon trésor. Il est à Toi. Il est pour Toi. Et garde-moi, Maître…” Jésus lui met la main sur la tête. “Reste, Didyme. Suis-moi. Bienheureux ceux qui sont sincères et ont une volonté tenace. Vous êtes bénis. Vous m’êtes plus que les parents car vous êtes pour Moi des fils et des frères non selon le sang qui est mortel, mais selon la volonté de Dieu et la volonté de votre esprit. Maintenant Je vous dis qu’il n’y a pas de parenté plus étroite que celle de celui qui fait la volonté de mon Père et vous la faites, parce que vous voulez le bien.” Ainsi se termine la vision. […] 79

18. THOMAS

DEVIENT DISCIPLE

[Ce matin, revenant d’un très lourd sommeil de plusieurs heures, pendant que je prie en attendant le jour, j’ai la reprise de la vision. Je dis la reprise car ] … nous sommes encore dans le même endroit: la cuisine, large et basse aux murs enfumés, à peine éclairée par une petite lampe à huile posée sur la table rustique, longue et étroite à laquelle sont assis huit personnes: Jésus et ses disciples, et en plus le maître de la maison, quatre de chaque coté. Jésus est encore tourné sur son tabouret à trois pieds et sans dossier, vrai mobilier rustique. Jésus parle encore avec Thomas. La main de Jésus est descendue sur l’épaule du nouveau venu. Jésus dit: “Lève-toi, ami. As-tu soupé?” “Non, Maître. J’ai fait quelques mètres avec l’autre qui m’accompagnait et puis je l’ai laissé, revenant sur mes pas, lui disant que je voulais parler au lépreux guéri… J’ai lui dit cela car je pensais qu’il aurait dédaigné de s’approcher d’un homme impur. J’avais deviné. Mais moi, c’était Toi que je cherchais, pas le lépreux… Je voulais Te dire: ‘Prend-moi” … J’ai tourné autour de l’oliveraie jusqu’à ce qu’un jeune homme m’a demandé ce que je faisais. Il a dû me prendre pour un individu mal intentionné.. Il était près d’une borne, là où commence la propriété.” Le maître delà maison sourit. “C’est mon fils” explique-t-il ensuite, et il ajoute: “Il monte la garde au pressoir. Nous avons dans des caves, sous le pressoir presque toute la récolte de l’année. Elle a été excellente. Elle a produit beaucoup d’huile. Quand il y a foule, il s’y mêle des malandrins qui cambriolent les endroits qui ne sont pas gardés. Il y a huit ans exactement à la Parascève, ils nous ont tout volé. Depuis lors, chacun à notre tour nous prenons la garde de nuit. La mère est allée lui porter le souper.” “Eh bien, il m’a dit: ‘Que veux tu?’, il me l’a dit sur un ton que, pour me garantir les épaules des coups de bâton, je me suis vite expliqué: ‘Je cherche le Maître qui habite ici’. Il m’a alors répondu: ‘Si c’est vrai ce que tu dis, viens à la maison’. Et il m’a accompagné jusqu’ici. C’est lui qui a frappé à la porte et il s’en est allé quand il a entendu mes premières paroles.” “Tu habites loin?” “Je loge de l’autre côté de la ville, tout près de la Porte Orientale.” 80 “Tu es seul?” “J’étais avec les parents. Mais ils sont allés chez d’autres parents sur la route de Bethléem. Je suis resté pour te chercher nuit et jour, jusqu’à ce que je te trouve.” Jésus sourit et dit: “Alors, personne ne t’attend?” “ Non, Maître.” “La route est longue, la nuit est noire. Les patrouilles romaines sillonnent la ville. Je te dis: si tu veux, reste avec nous.” “Oh! Maître!” Thomas est heureux. “Faites-lui place, vous. Et donnez tous quelque chose au frère.” Sur sa part, Jésus prélève la portion de fromage qui était devant lui. Il explique à Thomas: “Nous sommes pauvres, et le repas est presque fini, mais c’est de tout coeur que tout le monde t’offre.” A Jean, assis a côté de Lui, il dit: “Cède ta place à l’ami.” Jean se lève tout de suite et va s’asseoir au coin de la table, à coté du patron. “Assieds-toi, Thomas, mange. Puis à tous: “C’est ainsi que toujours vous ferez, amis, pour pratiquer la loi de la charité. Le pèlerin est déjà protégé par la Loi de Dieu. Mais maintenant en mon nom, vous devrez l’aimer encore davantage. Quand quelqu’un vient vous demander un pain, un abri, une gorgée d’eau, au nom de Dieu, donnez-le, au nom de Dieu aussi. Et Dieu vous en récompensera. Cela, vous devez le faire avec tous, même avec les ennemis. C’est la Loi nouvelle.

Jusqu’à maintenant, il vous était dit: ‘Aimez ceux qui vous aiment et haïssez vos ennemis.’ Mais Moi je vous dis: ‘Aimez même ceux qui vous haïssent’. Oh! Si vous saviez comme vous serez aimés de Dieu si vous aimez comme je vous dis! Quand quelqu’un peut dire: ‘Je veux être votre compagnon dans le service du Seigneur, le Dieu Véritable et suivre son Agneau’ alors, il doit vous être plus cher qu’un frère de même sang, parce que vous serez uni par un lien éternel: celui du Christ.” “Mais si ensuite on s’aperçoit que quelqu’un n’est pas sincère? Dire: ‘Je veux faire ceci et cela’ c’est facile. Mais la parole ne correspond pas toujours à la vérité” dit Pierre plutôt fâché. Je ne sais pas, il n’a pas son humeur, à l’ordinaire joviale. “Pierre, écoute. Tu parles avec bon sens et justice. Mais, vois: il vaut mieux pécher par bonté d’âme et par confiance, que par défiance et dureté. Si tu fais du bien à un indigne, quel mal en résultera pour toi? Aucun. Mais, au contraire, la récompense de 81 Dieu sera pour toi toujours fidèle, pendant que l’autre aura le démérite d’avoir trahi la confiance.” “Aucun mal? Eh! Il arrive, des fois qu’un indigne ne s’arrête pas à l’ingratitude, mai il va plus loin et arrive aussi à nuire à la réputation, au patrimoine, à la vie elle même.” “C’est vrai. Mais cela diminuerait-t-il ton mérite? Non. Même si tout le monde ajoutait foi aux calomnies, même si le cruel t’enlevait la vie, qu’est ce qui serait changé aux eux de Dieu? Rien. L y aurait pour toi un changement, mais en mieux, au mérite de la bonté s’ajouteraient les mérites d’un martyre de l’esprit, de la perte de ton bien, de la perte de la vie.” “Bien, bien! Ce sera comme ça.” Pierre ne parle plus. Boudeur, il reste la tête appuyée sur la main. Jésus se tourne vers Thomas: “Ami, je t’ai dit d’abord dans l’oliveraie: ‘Quand je reviendrai de ma tournée, si tu veux encore, tu seras mien’. Maintenant je te dis: ‘Es tu disposé faire plaisir à Jésus?” “Sans aucun doute.” “Mais si ce plaisir peut te demander un sacrifice?” “Rien ne me coûtera pour te servir. Que veux Tu?” “Je voulais te dire… mais si tu as des relations, des affections…” “Rien! Rien! J’ai Toi, parle.” “Ecoute. Demain dès l’aube, le lépreux quittera les tombeaux pour trouver quelqu’un qui avertisse le prêtre. Tu commenceras par aller aux tombeaux. C’est charité, et puis tu dira à haute voix: ‘Toi, qui hier as été purifié, viens dehors. Celui qui m’envoie chez toi, c’est Jésus de Nazareth, le Messie d’Israël. Celui qui t’a guéri.” Fais en sorte que le monde des ‘morts vivants’ connaisse mon Nom et frémisse d’espérance. Que celui qui a l’espérance jointe à la Foi, vienne à Moi, pour que je le guérisse. C’est la première manifestation de la pureté que j’apporte, de la résurrection dont j’ai la maîtrise. Un jour, je donnerai une pureté plus profonde… Un jour les tombeaux scellés vomiront les vrais morts qui apparaîtrons pour rire, de leurs yeux vides, de leur mâchoires décharnées pour la joie lointaine, et pourtant ressentie par les squelettes, des esprits libérés de l’attente des Limbes. Ils apparaîtront pour rire de cette libération et pour frémir en sachant à quoi ils doivent … Toi, va. Il viendra vers toi. Tu feras ce que lui te demandera de faire, tu l’aideras en tout comme si c’était 82 ton frère. Et tu lui diras: ‘Quand tu seras totalement purifié, nous irons ensemble sur la route du fleuve au delà de Doco et Efraïm. Là le Maître t’attend et m’attend pour nous dire en quoi nous devons le servir’.” “Je ferai cela. Et l’autre?” “Qui? L’Iscariote?” “Oui, Maître.” “ Pour lui, dure mon conseil. Laisse-le se décider de lui-même et réfléchir longtemps. Evite même de le rencontrer.” “Je resterai près du lépreux. Dans la vallée des tombeaux, il n’y a que les impurs qui se déplacent ou ceux qui s’en approchent par pitié.”

Pierre bougonne quelque chose. Jésus l’entend. “Pierre, qu’est ce que tu as? Tu te tais ou murmures. Tu sembles mécontent. Pourquoi?” “Je le suis. Nous sommes les premiers et Toi, tu ne nous fais pas cadeau d’un miracle. Nous sommes les premiers et Toi, tu fais asseoir près de Toi, un étranger. Nous sommes les premiers et Toi, à lui Tu confies des charges, mais pas à nous. Nous sommes les premiers et … oui, voilà exactement, il semble que l’on soit les derniers. Pourquoi les attends-tu sur le chemin du fleuve? Sûrement pour leur donner quelque mission. Pourquoi à eux et pas à nous?” Jésus le regarde. Il n’est pas fâché. Il lui sourit même, comme on sourit à un enfant. Il se lève, va lentement vers Pierre, lui met la main sur l’épaule et lui dit en souriant: “Pierre, Pierre! Tu es un grand vieux bambin!” et à André, assis près de son frère, il lui dit: “Va à ma place.” Et s’assied à côté de Pierre, lui met un bras sur les épaules et lui parle en le tenant ainsi contre son épaule: “Pierre, il te semble que je commet une injustice, mais ce n’est pas une injustice, mais ce n’est pas une injustice que je fais. C’est au contraire la preuve que je sais ce que vous valez. Regarde. Qui a besoin d’être mis à l’épreuve? Celui qui encore n’est pas sûr. Eh! Bien! Je vous savais si sûrs de Moi, que je n’ai pas éprouvé le besoin de vous donner des preuves de ma puissance. Ici, à Jérusalem, il faut des preuves là où le vice, l’irréligion, la politique, tant de choses du monde obscurcissent les esprits au point qu’ils ne peuvent voir la Lumière qui passe. Mais là-bas, sur notre lac, si pur, sous un ciel si pur aussi, là parmi des gens honnêtes et désireux de bien, les preuves ne sont pas nécessaires. Vous les aurez, les miracles. A pleins fleuves, 83 je verserai sur vous les grâces. Mais, regarde comme je vous ai estimés. Je vous en pris sans exiger de preuves et sans éprouver le besoin de vous en donner, parce que je sais qui vous êtes: chers, tellement chers, pour Moi et tellement fidèles.” Pierre retrouve sa sérénité: “Pardonne-moi, Jésus.” “ Oui, je te pardonne, car ta bouderie, c’est de l’amour. Mais, n’ais plus d’envie, Simon fils de Jonas. Sais-tu que ce qu’est le coeur de ton Jésus? Tu n’as jamais vu la mer, la vraie mer? Si? Eh bien, mon coeur est bien plus vaste que son étendue. Il y a de la place pour tous. Pour toute l’humanité. Et le plus petit y a place comme le plus grand. Et le pécheur y trouve l’amour comme l’innocent. A ceux-ci je donne une mission. Bien sûr. Veux-tu m’empêcher de la leur donner? Je vous ai choisis, et non pas vous Moi. Je suis donc libre de jouer comment je dois vous employer. Et si ceux-ci je les laisse ici avec une mission –qui peut être aussi une épreuve comme peut être une miséricorde le laps de tempe laissé à l’Iscariote- peux-tu m’en faire reproche? Sais-tu si à toi je n’en réserve pas une plus importante? Et n’est-ce pas la plus belle preuve d’amour que t’entendre dire ‘Tu viendras avec Moi’” “C’est vrai, c’est vrai. Je suis une bête. Pardon!” “Oui. Je pardonne tout et chaque chose. Oh! Pierre… mais, je vous en prie tous: ne discutez jamais sur les mérites et sur les places. J’aurais pu naître roi. Je suis né pauvre, dans une étable. J’aurais pu être riche. J’ai vécu de mon travail et maintenant de charité. Et pourtant, croyez-le, amis, personne n’est plus grand aux yeux de Dieu que Moi. De Moi-même, qui suis ici: serviteur de l’homme.” “Toi serviteur? Non, jamais!” “Pourquoi, Pierre?” “Parce que c’est moi qui te servirai.” “Même si tu me servais comme une mère soigne son enfant, je suis venu pour servir l’homme. Pour lui je serai Sauveur. Quel service comparable à celui-là?” “Oh! Maître! Tu expliques tout. Et ce qui était obscur se fait tout à coup lumineux!” “Content, maintenant, Pierre? Alors laisse-moi finir de parler à Thomas. Es-tu certain de reconnaître le lépreux? Il n’y a que lui de guéri. Mais il pourrait bien être déjà parti à la lueur des étoiles pour trouver un voyageur complaisant. Et un autre, désirant entrer dans la ville pour voir des parents, peut-être qu’il pour84 rait se substituer à lui. Voici son portrait. J’étais tout à côté de lui, et au crépuscule, je l’ai bien

observé. Il est grand et maigre. Il a le teint foncé d’un sang mêlé, des yeux profonds et très noirs sous de sourcils blancs comme la neige, des cheveux couleur de lin et putôt frisés, un nez long épaté à l’extrémité, comme les Libyens, des lèvres épaisses surtout l’inférieure et proéminentes. Au front, une vieille cicatrice est restée et ce sera l’unique tache, maintenant qu’il est purifié des croûtes et des crasses.” “C’est un vieux, il est tout blanc.” “Non, Philippe, il semble, mais il ne l’est pas. C’est la lèpre qui l’a blanchi.” “Qu’est-ce qu’un sang mêlé?” “Peut-être, Pierre. Il rassemble aux populations d’Afrique.” “Sera-t-il Israélite, alors?” “Nous le saurons, mais s’il ne l’était pas?” “Eh! S’il ne l’était pas, il pourrait s’en aller. C’est déjà beaucoup d’avoir eu la chance d’être guéri.” “Non, Pierre. Même s’il était idolâtre, Moi, je ne le chasserais pas. Jésus est venu pour tout le monde. Et en vérité je te le dis que les peuples des ténèbres surpasseront les fols du peuple de la Lumière…” Jésus soupire. Puis il se lève. Il rend grâce au Père en récitant une hymne et il bénit. La vision cesse ainsi. [Je fais remarquer en passant que celui qui m’avertit intérieurement m’a dit, dès hier soir, quand je regardais le lépreux: ‘C’est Simon, l’apôtre. Tu verras son arrivée et celle de Thaddée auprès du Maître.” Ce matin, après la Communion (c’est vendredi) j’ouvre le missel et je vois que c’est exactement aujourd’hui la vigile de la fête des saints Simon et Jude, et l’Evangile de demain parle justement de la charité en répétant presque les paroles que j’ai entendues à la première vision. Jude Thaddée, cependant, pour l’instant je ne l’ai pas vu.]

19. JUDE THADDEE, THOMAS ET SIMON ADMIS AUPRES DU JOURDAIN Vous êtes vraiment belles, rives du Jourdain, comme vous l’étiez au temps de Jésus! Je vous regarde et je me délecte de la majestueuse paix de vos flots vert azur où le bruit des eaux et 85 la fraîcheur des frondaisons chante comme une douce mélodie. Je suis sur une route assez large et bien entretenue. Ce doit être un chemin de grande communication, ou mieux, une route militaire, que les romains ont ouverte pour relier les différentes régions à la capitale. Elle court près du fleuve, mais pas exactement le long du fleuve. Elle en est séparée par une bande boisée qui, je crois, sert à consolider les berges et résister aux eaux en période de crues. Sur l’autre côté de la route, le bois continu en sorte que le chemin parait une galerie naturelle au-dessus de laquelle s’entrelacent les branches touffues. Repos agréable pour les voyageurs dans ce pays de grand soleil! Le fleuve, et conséquemment la route, au point où je me trouve, forme un arc de faible courbure en sorte que je vois la suite de la berge couverte de frondaisons qui forment comme un mur de verdure qui enclôt un bassin d’eaux tranquilles. On dirait un lac de parc seigneurial. Mais l’eau n’est pas l’eau immobile d’un lac. Elle coule, bien que lentement, ce que montre le bruissement de l’eau en bas sur la grève et les longs rubans ondulants des feuilles qui pendent à la surface de l’eau et que le courant met en mouvement. Il y a aussi un groupe de saules pleureurs qui laissent aller dans le fleuve l’extrémité de leur verte chevelure. Il semble la peigner en la caressant gracieusement, l’étirant doucement au fil du courant. Silence et paix à cette heure matinale. Seuls les chants et les appels des oiseaux, le bruissement de l’eau sur les feuillages et l’éclat des gouttes de rosée sur l’herbe verte et longue qui pousse entre les

arbres que le soleil d’été n’a pas durcie ni jaunie, mais qui est tendre et toute nouvelle. Elle est née après les premières pluies printanières qui ont nourri la terre, jusqu’au plus profond, de fraîcheur et de principes fertilisants. Trois voyageurs sont arrêtés à ce tournant de la route, exactement au sommet de l’arc. Ils regardent en haut et en bas, au sud vers Jérusalem et au nord vers SaMarie. Ils cherchent entre les troncs d’arbres pour voir s’il arrive quelqu’un qu’ils attendent. Ce sont Thomas, Jude Thaddée, et le lépreux guéri. Ils parlent. “Tu ne vois rien?” “Moi? Non!” “Ni moi non plus.” “Et pourtant, c’est bien l’endroit convenu.” 86 “ En es-tu sûr?” “Sûr, Simon. Un des six m’a dit pendant que le Maître s’éloignait au milieu des acclamations de la foule après le miracle d’un mendiant estropié guéri à la porte des Poissons: ‘Maintenant nous sortons de Jérusalem. Attend-nous à cinq milles entre Jéricho et Doco, à la courbe du fleuve, le long de l’avenue’. Celle-ci. Il dit aussi: ‘Nous y serons d’ici trois jours, à l’aurore’. C’est le troisième jour, et la quatrième veille nous a trouvé ici.” “Il viendra? Peut-être aurait-il mieux valu le suivre depuis Jérusalem.” “Tu ne pouvais encore venir à travers la foule, Simon.” “Si mon cousin a dit de venir ici, il y viendra. Il tient toujours ses promesses. Il n’y a que attendre.” “As-tu été toujours avec Lui?” “Toujours. Depuis son retour à Nazareth, il y a toujours été pour moi un bon compagnon. Toujours ensemble. Nous sommes du même âge, moi un peu plus vieux. Et puis, j’etais le préféré de son père, frère de mon père. Et puis aussi sa Mère m’aimait bien. J’ai grandi plus avec Elle qu’avec ma mère.” “Elle t’aimait … Est ce que maintenant Elle ne t’aime plus autant?” “Oh! Si! Mais nous sommes un peu divisés du moment où Lui s’est fait prophète. Cela n’a pas fait plaisir à mes parents.” “Quels parents?” “Mon père et les deux aînés. L’autre est hésitant… Mon père est très vieux, et je n’ai pas eu le coeur de le mécontenter. Mais maintenant… maintenant, ce n’est plus la même chose. Maintenant, je vais là où mon coeur et mon esprit se trouvent attirés. Je vais vers Jésus. Je ne crois pas offenser la Loi en agissant ainsi. Mais, déjà… ci ce n’était pas juste, ce que je venu faire, Jésus me le dirait. Je ferai ce qu’il me dit. Un père a-t-il le droit de s’opposer à un fils qui cherche le bien? Si j’ai conscience que là c’est mon salut, pourquoi m’empêcher d’y arriver? Pourquoi les pères sont-ils alors pour nous des ennemis?” Simon soupire comme si on lui rappelait de tristes souvenir. Il baisse la tête, mais ne parle pas. Thomas, au contraire, répond: “J’ai déjà franchit l’obstacle. Mon père m’a écouté et m’a compris. Il m’a béni en disant: ‘Va! Que cette Pâque soit pour toi la libération de l’esclavage de l’attente. Heureux, toi, qui peux croire. Pour moi, j’attends. Mais si c’est 87 bien ‘Lui’ et tu t’en apercevras en le suivant, viens vers ton vieux père pour lui dire: ,Viens! Israël possède l’Attendu’.” “ Tu as plus de chance que moi! Et dire que nous avons vécu à ses côtés!… et que nous ne croyons pas, nous qui sommes de sa famille!… Et que nous disons ou plutôt qu’ils disent: Il a perdu la tête!” “Voilà, voilà un groupe de personnes” crie Simon. “C’est Lui, c’est Lui! Je reconnais sa tête blonde. Oh! Venez! Courons!” Ils se mettent à marcher rapidement vers le sud. Les arbres, maintenant qu’ils ont rejoint le sommet de l’arc cachent la suite de la route, de façon que les deux groupes se trouvent en face l’un

de l’autre, au moment où ils s’y attendaient le moins. On dirait que Jésus sorte du fleuve parce qu’il se trouve entre les arbres de la berge.” “Maître!” “Jésus!” “Seigneur!” Les trois cris du disciple, du cousin, du miraculé retentissent exprimant l’adoration et la joie. “Paix à vous” Voilà la belle voix, qui ne peut se confondre avec une autre, pleine, sonore, paisible, expressive, nette, virile, douce et pénétrante. “Toi aussi, Jude mon cousin?” Ils s’embrassent. Jude pleure. “Pourquoi ces larmes?” “O! Jésus! Je veux rester avec Toi!” “Je t’ai toujours attendu. Pourquoi n’es-tu pas venu?” Jude baisse la tête et se tait. “Ils n’ont pas voulu! Et maintenant?” “ Jésus, moi … moi, je ne peux leur obéir. Je ne veux obéir qu’à Toi seul.” “Mais Moi, je ne t’ai pas donné d’ordre.” “Non. Toi non; mais c’est ta mission qui commande. C’est Celui qui t’a envoyé qui parle ici, au milieu de mon coeur et qui me dit: ‘Va vers Lui’. C’est Celle qui t’a engendré et qui m’a été une douce maîtresse, qui de son regard de colombe me dit, sans paroles: ‘Sois à Jésus’. Puis-je, moi, ne pas tenir compte de cette voix que d’en Haut qui me pénètre le coeur? De cette prière d’une Sainte qui, sûrement, me supplie pour mon bien? Alors, que je suis ton cousin, par Joseph, ne dois pas te connaître pour ce que Tu es alors que le Baptiste t’a reconnu, lui qui ne t’avait ja88 mais vu, ici, sur les rives de ce fleuve et t’a salué ‘Agneau de Dieu’? Et moi, moi qui ai grandi avec Toi, qui me suis rendu bon en te suivant, moi qui suis devenu fils de la Loi grâce à ta Mère et qui ai aspiré en moi, non seulement les 613 préceptes des rabbins, en plus de l’Ecriture et des prières, mais leur âme à eux tous, je ne devrais être capable de rien?” “Et ton père?” “Mon père? Il ne lui manque pas le pain, ni l’assurance… et puis, Tu m’as donné l’exemple. Tu as pensé au bien du peuple plutôt qu’au bien particulier de Marie. Et Elle est seule. Dis-moi, Toi, mon Maître, n’est-il pas permis, sans manquer de respect à un père lui dire: ‘Père, je t’aime. Mais audessus de toi, il y a Dieu, et je Le suis’?” “Jude, parent et ami, je te le dis: tu es très avancé sur le chemin de la Lumière. Viens. Il est permis de parler ainsi à son père quand c’est Dieu qui appelle. Il ni a rien au dessus de Dieu. Même les lois du sang disparaissent, ou plutôt se subliment parce que, avec nos larmes, nous donnons à nos parents, aux mères un plus grand secours, et pour un but éternel auprès duquel ne compte pas la journée du monde. Avec nous, nous les attirons vers le Ciel et, par la même voie du sacrifice des affections, vers Dieu. Reste donc, Jude, je t’ai attendu et je suis heureux de t’avoir de nouveau, ami de ma vie de Nazareth.” Jude est profondément ému. Jésus se retourne vers Thomas: “Tu as obéi fidèlement. Première vertu du disciple. “Je suis venu pour être fidèle.” “Et tu le seras. Je te le dis. Viens, toi qui reste tout honteux dans l’ombre. Ne crains pas.” “Mon Seigneur!” L’ancien lépreux est aux pieds de Jésus. “Lève-toi. Ton nom?” Simon.” “Ta famille?” “Seigneur… elle était puissante… moi aussi j’étais considéré… Mais rancoeur de sectes et … erreurs de jeunesse, ont blessé sa puissance. Mon père … Oh! Je dois parler contre lui qui m’a coûté des larmes qui ne venaient pas du ciel! Tu le vois, tu as vu quel cadeau il m’a fait!” “Il était lépreux?” “Pas lépreux, moi non plus, mais atteint d’une maladie qui porte

89 un autre nom et que nous, d’Israël nous classons avec les diverses lèpres…. Lui … alors sa maison était encore puissante, il a vécu et il est mort, considéré dans sa maison. Moi … si tu ne m’avais pas sauvé, je serais mort au milieu des tombeaux.” “Tu es seul?” “Seul. J’ai un serviteur fidèle qui prend soin de ce qui me reste. Je l’ai fait prévenir.” “Ta mère?” “Elle … est morte.” L’homme paraît gêné. Jésus l’observe attentivement. “Simon, tu m’as dit: ‘Que dois-je faire pour Toi?’ Maintenant, Je te dis: ‘Suis-Moi.” “Tout de suite, Seigneur! … mais … mais moi … Laisse-moi te dire une chose. Je suis, on m’appelait ‘Zélote’ à cause de la caste à laquelle j’appartenais et ‘Cananéen’ à cause de ma mère. Tu vois. Je suis de baisse condition. En moi, j’ai du sang d’esclave. Mon père n’avait pas de fils de sa femme légitime, et il m’eut d’une esclave. Son épouse, une brave femme m’éleva comme son fils et eut soin de moi au milieu de mes innombrables maladies, jusqu’à la mort.” “Il n’y a pas aux yeux de Dieu d’esclaves ni d’affranchis. Il n’y a, à ses yeux, qu’un seul esclavage: le péché. Et Je suis venu le supprimer. Je vous appelle tous, parce que le Royaume appartient à tous. Es-tu cultivé?” “Je suis cultivé. Je tenais aussi mon rang parmi les grands. Tant que le mal fut caché sous les vêtements. Mais quand il parut à la vue… Mes ennemis furent heureux à l’utiliser pour me confiner parmi les ‘morts’. En effet comme le dit un médecin romain de Césarée, que je consultai, mon mal n’était pas la vrai lèpre, mais un serpigo héréditaire, il me suffisait donc de ne me pas procréer pour ne pas le propager. Puis-je, moi, ne pas maudire mon père?” “Tu ne dois pas le maudire. Il t’a causé toutes sortes de maux..” “Oh! Oui! Il a dilapidé le patrimoine. Il était vicieux, cruel, sans coeur, sans affection. Il m’a refusé la santé, les caresses, la paix. Il m’a marqué d’un nom qui me fait mépriser et m’a transmis une maladie déshonorante…. Il s’est rendu maître de tout, même de l’avenir de son fils. Il m’a tout enlevé, même la joie d’être père.” “Pour cette raison, Je te dis: ‘Suis-Moi’. A mes côtés. À ma suite, tu trouveras un père et des fils. Elève ton regard, Simon. 90 Là, le vrai Père te sourit. Porte ton regard sur l’étendue de a terre, sur les continents, à travers les pays. Il y a là des fils et des fils; fils spirituels pour tous ceux qui n’ont pas d’enfants. Ils t’attendent et en attendent beaucoup comme toi. Sous mon Signe, il n’y a plus d’abandons. En mon Signe, il n’y a plus de solitude, ni de différences. C’est le Signe d’amour. Et il donne l’amour. Viens, Simon, qui n’as pas eu de fils. Viens Jude, qui perd ton père pour mon amour. Je vous unis dans un même sort.” Jésus les approches tous les deux. Il tient les mains sur leurs épaules, comme pour en prendre possession, comme pour leur imposer un joug commun. Puis il dit: “Je vous unis, mais pour l’instant je vous sépare. Toi, Simon, tu resteras ici avec Thomas. Avec lui tu prépareras les voies pour mon retour. D’ici peu je reviendrai et Je veux qu’il y ait beaucoup de peuple pour m’attendre. Dites aux malades, toi tu peux le dire, que Celui qui guérit vient. Dites à ceux qui attendent que le Messie est parmi son peuple. Dites aux pécheurs qu’il y a quelqu’un qui pardonne pour donner la force de s’élever…” “Mais, serons-nous capables?” “Oui. Vous n’avez qu’à dire: ‘Lui est arrivé, Il vous appelle, Il vous attend. Il vient pour nous faire grâce. Soyez empressés pour le voir’ et à ces paroles ajoutez le récit de ce que vous savez. Et toi, Jude, cousin, viens avec Moi et avec ceux-ci. Mais toi, tu resteras à Nazareth.” “Pourquoi, Jésus?” “Parce que tu dois me préparer le chemin dans notre patrie. Tu crois que c’est une petite mission? En vérité, il n’y en a pas de plus importante… “ Jésus soupire. “Et est-ce que je réussirai?”

“Oui et non, mais tout sera suffisant pour que nous soyons justifiés.” “De quoi? Et auprès de qui?” “Auprès de Dieu. Auprès de la patrie. Auprès de la famille. Ils ne pourront nous reprocher de ne pas leur avoir offert ce qui est bien. Et si la patrie et la famille le dédaignent, nous n’aurons pas la responsabilité de leur perte.” “Et nous?” “Vous, Pierre. Vous retournerez à vos filets.” “Pourquoi?” “Parce que je vous instruirai lentement et je vous prendrai 91 quand vous serez prêts.” “Mais, nous te verrons, alors?” “Bien sûr, je viendrai souvent vous trouver et Je vous ferai appeler quand Je serai à Capharnaüm. Maintenant, saluez-vous, amis, et nous partons. Je vous bénis, vous qui restez. Ma paix soit avec vous.” Et la vision se termine.

20. RETOUR A NAZARETH, APRES LA PAQUE AVEC LES SIX DISCIPLES Jésus arrive avec le cousin et les six disciples à proximité de Nazareth. Du haut du coteau où ils se trouvent, on voit la petite cité, blanche parmi la verdure, qui monte et descend suivant les pentes sur lesquelles elle est construite. Le terrain ondule doucement. Ici, c’est à peine visible, là plus accentuée. “Nous sommes arrivés, amis. Voici ma maison. Ma Mère est à l’intérieur, car je vois la fumée qui s’élève de la maison. Peut-être Elle fait le pain. Je ne vous dis pas ‘restez’, parce que je pense que vous avez hâte de regagner votre demeure, mais, si vous voulez rompre le pain avec Moi et connaître Celle que Jean connaît déjà, je vous dis: ‘Venez’.” Les six, qui étaient déjà tous tristes à cause de l’imminente séparation, redeviennent tout joyeux et acceptent de bon coeur. “Eh bien, allons.” Ils descendent vivement la petite colline et prennent la grande route. C’est vers le soir. Il fait encore chaud, mais déjà l’obscurité s’étend sur la campagne où les blés commencent à mûrir. Ils entrent dans le pays. Des femmes qui vont à la fontaine ou en reviennent, des hommes, sur le seuil des ateliers, ou dans les jardins, saluent Jésus et Jude. Les enfants se pressent en foule autour de Jésus. “Tu es revenu?” “Tu restes ici, maintenant?” “J’ai de nouveau cassé la roue de mon charreton.” “Sais-tu, Jésus. J’ai une petite soeur, et on l’a appelée Marie.” 92 “Le maître m’a dit que je sais tout et que je suis un vrai fils de la Loi.” “Sara n’est pas là, car sa maman est très malade. Elle pleure car elle a peur.” “Mon frère Isaac a pris femme, il y a eu une grande fête.” Jésus écoute, caresse, félicite, promet de l’aide. Ils arrivent ainsi à la maison. Marie est déjà sur le seuil, avertie par un petit garçon empressé: “Mon Fils!” “Maman!” Les deux sont dans les bras l’un de l’autre. Marie beaucoup moins grande que Jésus a la tête appuyée en haut de la poitrine de son Fils, blottie dans le cercle de ses bras. Lui baise ses cheveux blonds.. Ils entrent dans la maison.

Les disciples, y compris Jude, restent dehors pour leur laisser la liberté de leurs premiers épanchements. “Jésus, mon fils!” La voix de Marie tremble, comme si Elle allait pleurer. “Pourquoi, Maman, cette émotion?” “Oh, mon Fils! On m’a dit … Au Temple, il y avait des gens de Galilée, de Nazareth, ce jour-là.. Ils sont revenus,,, et ils ont raconté… Oh! Fils!” “Mais, tu le vois, Maman, je vais bien. Aucun mal ne m’est arrivé, et la gloire de Dieu est venue dans sa Maison.” “Oui, je le sais, Fils de mon coeur. Je sais que ç’a a été comme la cloche qui éveille les gens qui dorment. Et, pour la gloire de Dieu, j’en suis heureuse… heureuse que ce peuple qui est mon peuple s’éveille à Dieu… Je ne te ferai pas de reproche… je ne t’empêcherai pas… je te comprends.. et.. et je suis heureuse… mais je t’ai donné la vie, moi, mon Fils!…” Marie est encore entourée par les bras de Jésus. Elle a parlé en tenant ses petites mains ouvertes et appuyées sur la poitrine du Fils, la tête levée vers Lui, l’oeil plus brillant à cause d’une larme qui est sur le point de descendre. Maintenant, Elle se tait appuyant de nouveau sa tête sur la poitrine de Jésus. On dirait une tourterelle grise, ainsi vêtue de toile bise, à l’abri de deux grandes ailes blanches car Jésus a encore son habit et son manteau blancs. “Maman, pauvre Maman chérie!… “ Jésus la baise encore. Puis il dit: “Eh, bien, tu vois, je suis ici, et pas tout seul. J’ai avec Moi mes premiers disciples; j’en ai d’autres en Judée. Et 93 le cousin Jude aussi, est avec Moi et me suit..” “Jude?” “ Oui, Jude. Je sais pourquoi tu es étonné. Sûrement, parmi ceux qui ont parlé du fait, il y avait Alphée et ses fils… et je ne me trompe pas en disant qu’ils m’ont critiqué. Mais je n’ai pas peur. Aujourd’hui, c’est ainsi, demain autrement. L’homme c’est comme la terre, là où il y avait des épines s’épanouissent des roses. Jude, que tu aimes bien, est déjà avec Moi.” “Où est-il à présent?” “Là dehors, avec les autres. As-tu du pain pour tous?” “Oui, Fils. Marie d’Alphée est au four, en train de défourner. Elle est très bonne, Marie, avec moi. Maintenant particulièrement.” “Dieu lui donnera la gloire.” Il va à la porte et dit: “Jude, ta mère est ici. Amis, venez!.” Ils rentrent et saluent. Mais Jude baise Marie et court chercher sa mère. Jésus nomme les cinq: Pierre, André, Jacques, Nathanaël, Philippe. Pour Jean Marie le connaît déjà. Il l’a salué tout de suite après Jude, s’et incliné et a reçu sa bénédiction. Marie les salue et les invite à s’asseoir. C’est la maîtresse de maison et Elle s’occupe des hôtes. Pourtant Elle a aussi pour son Jésus un regard d’adoration. Son âme semble avec ses yeux continuer avec son Fils un muet entretien. Elle voudrait apporter l’eau pour le rafraîchir, mais Pierre s’emporte: “Non, Femme, je ne puis pas te le permettre. Toi, reste près de ton Fils, Mère Sainte. Moi j'irai, nous irons au jardin pour nous rafraîchir."” Voici qu'accourt Marie d'Alphée, rouge et enfarinée. Elle salue Jésus qui la bénit et puis conduit les six au jardin vers la vasque. Elle revient heureuse. “Oh! Marie!” dit elle à la Vierge. “Jude m’a dit. Comme je suis contente! Pour Jude, et pour Toi, ma belle-soeur. Je sais que les autres me gronderont. Mais n’importe. Je serai heureuse le jour où ils seront tous ò Jésus. Nous, mamans, nous savons… nous sentons ce qui est bien pour nos créatures. Et moi, je sens que le bien de mes créatures c’est Toi, Jésus.” Jésus lui caresse la tête en souriant. Les disciples reviennent, et Marie d’Alphée sert le pain tout chaud, les olives, le fromage. Elle apporte une amphore de piquette rouge que Jésus vers à ses amis. C’est toujours Jésus qui offre et puis distribue. Un peu embarrassés, au début, les disciples prennent ensuite de 94 l’assurance. Ils parlent de leurs maisons, du voyage à Jérusalem. Des miracles que Jésus a faits. Ils sont zélés et affectueux et Pierre essaye de se faire une alliée de Marie pour obtenir d’être tout de

suite près de Jésus, sans attendre à Bethsaïda. “Faites ce qu’il vous dit” lui conseille Marie avec un doux sourire. “Cette attente vous sera plus utile qu’une union immédiate. Mon Jésus fait bien tout ce qu’Il fait.” L’espoir de Pierre meurt, mais lui se résigne de bonne grâce. Il demande seulement: “Est-ce que l’attente durera longtemps?” Jésus regarde avec un sourire, mais ne dit rien d’autre. Marie interprète ce sourire comme un signe de bienveillance: "Simon de Jean, Lui sourit… aussi, je te dis: rapide comme le vol de l’hirondelle sur le lac sera le temps de ton attente obéissante.” “Merci, Femme.” “Tu ne parles pas, Jude? Et toi, Jean?” “Je te regarde, Marie.” “Et moi aussi.” “Moi aussi, je vous regarde.. et, savez-vous? Il me revient à l’esprit une heure lointaine. Alors aussi, j’avais trois paires d’yeux qui s’attachaient à mon visage avec amour. Tu te rappelles, Marie, mes trois écoliers?” ”Oh! Si je me le rappelle! C’est vrai! Maintenant aussi, ils sont trois, d’âge sensiblement égal. Ils te regardent avec tout leur amour. Et celui-ci, Jean, je crois, me parait les Jésus d’alors, cheveux blonds et joue roses, et plus jeune de tous.” Les autres veulent savoir. On raconte des souvenirs et des anecdotes. Le temps passe et le soir arrive. “Amis, je n’ai pas de pièces meublées. Mais là se trouve l’atelier où je travaillais. Vous pourrez, si vous voulez y trouver un refuge… Mais il n’y a que des bancs.” “Lit commode pour des pêcheurs habitués à dormir sur des planches étroites. Merci, Maître. Dormir sous ton toit est honneur et sanctification.” Ils se retirent après maintes de salutations. Jude aussi s’éloigne avec sa mère. Ils vont à leur maison. Dans la pièce restent Jésus et Marie, assis sur le coffre, à la lueur d’une petite lampe, le bras chacun autour des épaules de l’autre. Jésus raconte et Marie écoute, ravie, tremblante, heureuse… La vision cesse ainsi. 95

L’ÉVANGILE TEL QU’IL M’A ÉTÉ RÉVÉLÉ Volume 3° *

20% en ligne *

La deuxième année de la vie publique Table des matières VOL. 3. Chapitres 01-10 1 Instructions aux disciples en allant vers Arimathie 2. En allant vers la Samarie. Instructions aux apôtres 3. La samaritaine Fotinaï 4. Avec les habitants de Sychar 5. Évangélisation à Sychar 6. Adieu aux gens de Sychar 7. Enseignements aux apôtres. Le miracle de la femme de Sychar 8. Jésus rend visite au Baptiste près d’Ennon

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9. Jésus instruit les apôtres 10. Jésus à Nazareth: ‘Fils, je viendrai avec Toi’. VOL. 3. Chapitres 11-20 11. À Cana. Dans la maison de Suzanne. L’officier royal 12. Dans la maison de Zebédée. Salomé reçue comme disciple 13. Jésus parle aux siens de l’apostolat féminin 14. Jésus à Cesarée Maritime. Il parle aux galériens 15. Guérison de la petite romaine à Césarèe 16. Annalia fait profession de virginité 17. Enseignement à Nazareth pour les femmes disciples 18. Jésus parle à Jeanne de Chouza sur le lac 19. Jésus à Gerghesa. Les disciples de Jean 20. De Nephtali à Giscala. Rencontre avec le rabbi Gamaliel VOL. 3. Chapitres 21-30 21. La guérison du petit-fils de Eli de Capharnaüm 22.Jésus dans la maison de Capharnaüm après le miracle sur Elisée 23.Le repas dans la maison du pharisien Eli de Capharnaüm 24. Vers la retraite sur la montagne avant le choix des apôtres 25.L’élection des douze apôtres 26.La première prédication de Simon le Zelote et de Jean 27.Dans la maison de Jeanne de Chouza. Jésus et les romaines 28.Aglaé dans la maison de Marie à Nazareth 29.Le sermon sur la montagne: ‘Vous êtes le sel de la terre’ 30.Le sermon sur la montagne. Les béatitudes (Première partie) VOL. 3. Chapitres 31-40 31.Le sermon sur la montagne. Les béatitudes (Deuxième partie) 32.Le sermon sur la montagne. Les béatitudes (Troisième partie) 33.Le sermon sur la montagne. Les béatitudes (Quatrième partie) 34.Le sermon sur la montagne. Les béatitudes (Cinquième partie) 35.Le lépreux guéri au pied de la montagne 36.Au pied de la montagne. Le sabbat après le discours 37.Guérison du serviteur du centurion 38.‘Laisse les morts enterrer leurs morts’ 39.Parabole du semeur 40.Dans la cuisine de Pierre. Instruction et annonce de la capture du Baptiste VOL. 3. Chapitres 41-50 41.Parabole du bon grain et de l’ivraie 42.Jésus en route vers Magdala parle à des bergers 43.Jésus à Magdala. Seconde rencontre avec Marie de Magdala 44.A Magdala dans la maison de la mère de Benjamin 45.La tempête apaisée 46.‘Les malheurs servent à vous persuader de votre néant’ 47.Les possédés gérasiens 48.De Tarichée vers le Thabor. Début du second voyage pascal 49.À Endor. Dans la grotte de la sorcière. Conversion de Félix qui reçoit le nom de Jean 50.Résurrection du fils de la veuve de Naïm

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VOL. 3. Chapitres 51-60 51. Arrivée à Esdrelon et séjour près de Michée 52. Le sabbat à Esdrelon. Le petit Jabé 53. D’Esdrelon à Engannim en passant par Mageddo 54. D’Engannim à Sichem en deux journées 55. De Sichem à Bérot 56. De Bérot à Jérusalem 57. Le sabbat à Gethsémani 58. Au temple à l’heure de l’offrande 59. Rencontre de Jésus avec sa Mére à Béthanie 60. La puissance de la parole de Marie VOL. 3. Chapitres 61-70 61. Aglaé chez le Maître 62. L’examen de Margziam 63. La veille de Pâque au Temple 64. Jésus enseigne le ‘Pater noster’ 65. Jésus et les gentils à Béthanie 66. La parabole du fils prodigue 67. La parabole des dix vierges 68. Parabole du roi qui fait les noces à son fils 69. Vers Bethléhem avec les apôtres et les disciples 70. En allant chez Élise à Betsur VOL. 3. Chapitres 71-80 71. Dans la maison d’Élise. ‘Faites fructifier votre douleur’ 72. Vers Hébron. Les raisons du monde et celles de Dieu 73. Accueil joyeux à Hébron 74. À Jutta. Prédication dans la maison d’Isaac 75. À Keriot. Il parle dans la synagogue 76. Dans la maison de Judas à Kériot 77. La fillette lunatique de Bétginna 78. Dans la plaine vers Ascalon 79. Aux prises avec les pharisiens. Jésus, maître aussi du sabbat 80. Jésus et les siens vers Ascalon VOL. 3. Chapitres 81-86 81. Les prédications et les miracles à Ascalon 82. Jésus à Magdalgad. Il met en cendres une idole païenne 83. Instructions aux apôtres en allant à Jabnia 84. Jésus et les siens vers Modin 85. Jésus parle à des brigands 86. Arrivée à Béther.

1. INSTRUCTIONS AUX DISCIPLES EN ALLANT VERS ARIMATHIE. " Seigneur, qu'allons-nous faire de celui-là " demande Pierre à Jésus en montrant l'homme nommé Joseph qui les suit depuis qu'ils ont quitté Emmaüs et qui maintenant écoute les deux fils d'Alphée et Simon, qui s'occupent particulièrement de lui. " Je l'ai dit. Il vient avec nous jusqu'en Galilée. " " Et ensuite ? ... " " Ensuite ... il reste avec nous. Tu verras qu'il en sera ainsi. " " Disciple lui aussi ? Avec cette affaire sur son compte ? " " Es-tu pharisien, toi aussi ? " " Moi non ! Mais ... il me semble que les pharisiens ne nous tiennent que trop à l'œil ... " " Et s'ils le voient avec nous, ils nous donneront des ennuis. C'est cela que tu veux dire. Et alors, par peur d'être troublés, on devrait laisser un fils d'Abraham aux prises avec la désolation ? Non, Simon Pierre. C'est une âme qui peut se perdre ou se sauver selon la manière dont est soignée sa grande blessure. " " Mais nous, ne sommes-nous pas déjà tes disciples ? ... " Jésus regarde Pierre et sourit finement. Puis il dit/ " Un jour, il y a plusieurs mois, Moi, je t'ai dit : 'Il en viendra beaucoup d'autres'. Le champ est vaste, très vaste. Les travailleurs seront toujours insuffisants pour son étendue ... parce qu'aussi beaucoup feront comme Jonas : ils mourront à la peine. Mais vous serez toujours mes préférés " termine Jésus en attirant près de Lui Pierre attristé mais que cette promesse tranquillise. " Alors, il vient avec nous ? " " Oui, jusqu'à ce qu'il ait remis son cœur en place. Il est empoisonné par tant de haine qu'il a dû absorber. Il est intoxiqué/ " Jacques et Jean avec André rejoignent aussi le Maître, et ils écoutent. " Vous ne pouvez pas évaluer l'immensité du mal que l'homme peut faire à l'homme par une intransigeance hostile ; Je vous prie de vous souvenir que votre Maître a toujours été bienveillant avec les malades spirituels. Vous croyez que mes plus grands miracles et ma principale vertu se manifestent par la guérison des corps ; Non, amis.... Oui, venez vous aussi qui êtes devant et vous qui êtes derrière Moi. La route est large et nous pouvons marcher en groupe. " 7 Tous se serrent près de Jésus qui continue : " Mes principales œuvres, celles qui témoignent davantage de ma nature et de ma mission, celles que mon Père regarde avec joie, ce sont les guérisons d'un vice ou de plusieurs vices capitaux, soit les désolations qui abattent par la persuasion d'être frappés par Dieu et abandonnés par Dieu. Une âme qui a perdu cette certitude de l'aide de Dieu, qu'est-elle jamais ? C'est un faible liseron qui se traîne dans la poussière car il ne peut s'accroche à l'idée qui était sa force et sa joie. Vivre sans espérance est une horreur. La vie est belle avec ses duretés, seulement parce qu'elle reçoit le flot du Soleil Divin. La vie a pour but ce Soleil. Est-il sombre le jour humain, trempé de larmes, marqué de sang ? Oui, mais après il y aura le Soleil. Plus de douleurs, plus de séparations, plus de duretés, plus de haines, plus de misères et de solitudes sous les nuages qui accablent, mais clarté et chant, mais sérénité et paix, mais Dieu. Dieu : le Soleil Eternel ! Regardez comme elle est triste la terre quand survient une éclipse. Si l'homme devait dire : 'Le soleil est mort' ne lui semblerait-il pas qu'il vit pour toujours dans un obscur tombeau, emmuré, enseveli, mort avant d'être mort ? Mais l'homme sait qu'au-delà de cet astre qui cache le soleil et donne au monde un aspect funèbre, il y a toujours le gai soleil de Dieu. Il en est ainsi de la pensée de l'union à Dieu en cette vie. Les hommes blessent, volent, calomnient ? Mais Dieu guérit, restitue, justifie. Et sans mesure. Les hommes disent : 'Dieu t'a repoussé' ? Mais l'âme tranquille pense, doit penser 'Dieu est juste et bon. Il voit les causes et Il est bienveillant. Et Il l'est encore plus que l'homme le plus bienveillant ne puisse l'être. Il l'est infiniment. Par conséquent, non, Il ne me repoussera pas si j'incline mon visage en pleurs sur son sein et Lui dis : 'Père. Toi seul me restes. Ton enfant est affligé et abattu. Donne-moi ta paix ' ...

Maintenant, Moi, l 'Envoyé de Dieu, je rassemble ceux que l'homme a troublé ou que Satan a renversé et je les sauve. C'est mon œuvre, une œuvre vraiment mienne. Le miracle sur la chair, c'est la puissance divine. La rédemption des esprits, c'est l'œuvre de Jésus Christ, Sauveur et Rédempteur. Je pense, et je ne me trompe pas, que ceux-là qui ont trouvé en Moi leur réhabilitation aux yeux de Dieu et à leurs propres yeux, seront mes disciples fidèles, ceux qui, avec plus de force, pourront entraîner les foules vers Dieu, en disant : 'Vous, pécheurs ? Moi, aussi. Vous avilis ? Moi aussi. Vous désespérés ? Moi aussi. Et pourtant, vous le voyez, le 8 Messie a eu pitié de ma misère spirituelle et il m'a voulu son prêtre. Car il est la Miséricorde et il veut que le monde en soit persuadé, et nul n'est plus apte à persuader que celui qui l'a éprouvé'. Maintenait Moi, à mes amis et à ceux qui m'ont adoré depuis ma naissance, à vous par conséquent et aux bergers, j'unis ceux-ci. Je les unis aux bergers, à ceux que j'ai guéris, à ceux qui, sans choix spécial comme celui de vous autres douze, ont pris mon chemin et le suivront jusqu'à la mort. Près d'Arimathie se trouve Isaac..., pour qu'il s'unisse à Timon quand il nous rejoindra. Si tu crois qu'en Moi il y a la paix et le but d'une vie entière, tu pourras t'unir à eux. Ils seront pour toi des bons frères. " " O mon réconfort ! C'est exactement comme tu dis. Mes grandes blessures, et d'homme e t de croyant, se guérissent d'heur en heure. Depuis trois jours je suis avec Toi et il me semble que ce qui était pour moi un déchirement il y a seulement trois jours, soit un rêve qui s'éloigne. Je l'ai fait, mais plus le temps passe, et plus le rêve s'évanouit dans les détails cruels en présence de ta réalité. Ces nuits dernières, j'ai beaucoup réfléchi. A Joppe j'ai un bon parent. C'est lui qui a été ... la cause involontaire de mon malheur, car c'est par lui que j'ai connu cette femme. Et cela t'indique si nous pouvions savoir de qui elle était fille... D'elle, de la première femme de mon père, oui, elle l'était, mais pas de mon père. Elle portait un autre nom, elle venait de loin. Elle a connu mon parent par échange de marchandises. Et moi, je l'ai connue ainsi. Mon parent désire vivement mon commerce. Je le lui offrirai. Ce serait la ruine, si je le laissais sans propriétaire. Et lui les acquerra sans aucun doute, pour ne pas éprouver tout le remords d'avoir été la cause de mon malheur. Et je pourrai me suffire et te suivre tranquille. Je te demande seulement de m'accorder cet Isaac que tu nommes. J'ai peur d'être seul avec mes pensées. Trop tristes encore ... " " Je vais te donner Isaac. Il a l'âme bonne ; La souffrance l'a perfectionné. Pendant trente années il a porté sa croix. Il sait ce que c'est souffrir... Nous, nous poursuivrons, pendant ce temps. Et, vous nous rejoindrez à Nazareth. " " Ne nous arrêtons-nous pas chez Joseph, dans sa maison ? " " Joseph est à Jérusalem, probablement ... Le Sanhédrin a beaucoup à faire. Mais nous le saurons par Isaac. S'il est chez lui, nous lui apporterons notre paix. Sinon, nous nous arrêterons une nuit seulement pour nous reposer. J'ai hâte de rejoindre la Galilée. Il 9 y a là une Mère qui souffre. Parce que, rappelez-le-vous, il y a quelqu'un qui se donne pour tâche de l'affliger. Je veux la rassurer "

2. EN ALLANT VERS LA SAMARIE. INSTRUCTIONS AUX APOTRES Jésus est avec ses douze. L'endroit est toujours montagneux, mais la route est suffisamment praticable. Tous se tiennent en groupe et parlent entre eux. " Pourtant, maintenant que nous sommes seuls, nous pouvons le dire : pourquoi tant de jalousie entre les deux groupes ? " dit Philippe. " Jalousie ? " réplique Jude d'Alphée. " Mais, non, ce n'est que de l'orgueil ! " " Non. Je dis que ce n'est qu'un prétexte pour justifier, en quelque sorte, leur conduite injuste envers le Maître. Sous le voile du zèle à l'égard du Baptiste, on arrive à s'éloigner sans trop

mécontenter la foule " dit Simon. " Je les démasquerais. " " Nous, Pierre, nous ferons tant de choses que Lui ne fait pas. " " Pourquoi ne les fait-Il pas ? " " Parce qu'Il sait qu'il est bien de ne pas les faire. Nous ne devons que le suivre. Ce n'est pas à nous de le guider. Et il faut en être heureux . C'est un grand soulagement d'avoir seulement à obéir. .." " Tu as bien parlé, Simon " dit Jésus, qui, devant eux, semblait absorbé dans ses pensées. " Tu as bien parlé. Il est plus facile d'obéir que de commander. Il n'y paraît pas. Mais c'est ainsi. C'est certainement facile quand l'esprit est bon. Comme il est difficile de commander quand on a l'esprit droit. Car si un esprit n'est pas droit, il donne des ordres fous et plus que fous. Alors il est facile de commander. Mais ... comme il devient plus difficile d'obéir ! Quand quelqu'un a la responsabilité d'être le premier d'un lieu ou d'une assemblée il doit avoir toujours présents à son esprit : charité et justice, prudence et humilité, tempérance et patience, fermeté et pourtant pas d'entêtement.. Oh ! c'est difficile ! ... Vous, pour l'heure, n'avez qu'à obéir. A Dieu et à votre Maître. Toi, et non pas toi seul, tu te demandes pourquoi je fais ou ne fais pas certaines choses, tu te demandes pourquoi Dieu permet ou ne permet pas de telles choses. Vois, Pierre, et vous tous, mes amis. Un des secrets 10 du parfait fidèle est de ne s'ériger jamais en interrogateur de Dieu. 'Pourquoi fais-Tu ceci ?' demande quelqu'un qui est un peu formé à son Dieu. Et il paraît prendre l'attitude d'un adulte devant un écolier pour dire : 'Ce n'est pas à faire. C'est une sottise. C'est une erreur.' Qui est supérieur à Dieu ? Maintenant, vous voyez que sous prétexte de zèle pour Jean, je me trouve chassé. Et vous vous en scandalisez. Et vous voudriez que je redresse 'erreur en prenant une attitude polémique à l'égard de ceux qui soutiennent cette façon de voir. Non, cela ne sera jamais. Vous avez entendu le Baptiste par la bouche de ses disciples : 'Il faut que Lui croisse et que moi je diminue'. Pas de regrets, il ne s'accroche pas à sa situation. Le saint ne s'attache pas à ces choses. Il travaille, pas pour le nombre de ses 'propres' fidèles. Mais il travaille pour augmenter le nombre de ceux qui sont fidèles à Dieu. Dieu seul a le droit d'avoir des fidèles. Par conséquent, je ne regrette pas que, de bonne ou de mauvaise foi, tels ou tels demeurent disciples du Baptiste, et de la même façon, vous l'avez entendu, lui ne s'afflige pas qu'il vienne à Moi de ses disciples. Et il est tout à fait étranger à ces petits calculs statistiques. Il regarde le Ciel. Et moi, je regarde le Ciel. Ne restez donc pas à discuter entre vous s'il est juste ou non que les juifs m'accusent de prendre des disciples au Baptiste, s'il est juste ou non que cela se dise. Ce sont des querelles de femmes bavardes autour d'une fontaine. Les saints se prêtent assistance, se donnent et s'échangent les esprits sans regret et avec bonne humeur, souriant à l'idée de travailler pour le Seigneur. J'ai baptisé, et même je vous ai fait donner le baptême, car l'esprit est tellement appesanti, maintenant, qu'il faut lui présenter la pitié sous des formes matérielles, le miracle sous des formes matérielles, l'enseignement sous des formes matérielles. A cause de cette pesanteur spirituelle je devrai recourir à des substances matérielles quand je voudrai faire de vous des faiseurs de miracles. Mais, croyez bien que ce ne sera pas dans l'huile, comme ce n'est pas dans l'eau, comme ce n'est pas dans d'autres cérémonies que se trouve la puissance de sanctification. Il va venir le temps où une chose impalpable, invisible, inconcevable pour les matérialistes, sera reine, la reine qui est 'revenue', cause de toute sanctification opérante en toute sanctification. C'est par elle que l'homme reviendra 'fils de Dieu' et opérera ce que Dieu opère parce qu'il aura Dieu avec lui. La Grâce. La voilà la reine revenue. Alors le baptême sera un sacrement. Alors l'homme parlera et comprendra 11 le langage de Dieu. Et la Grâce donnera la vie et la Vie, donnera le pouvoir de savoir et d'agir, alors ... oh ! alors ! Mais vous n'êtes pas encore mûrs pour savoir ce que vous apportera la Grâce. Je vous en prie : aidez sa venue par un travail continuel de formation sur vous-mêmes et laissez, laissez les préoccupations inutiles des esprits mesquins ... Nous voici aux confins de la SaMarie. Croyez-vous que je ferais bien de parler chez eux ? "

" Oh ! " Ils sont tous plus ou moins scandalisés. " En vérité, je vous dis que des samaritains il y en a partout. Et si je devais ne pas parler là où se trouve un samaritain, je ne devrais plus parler nulle part. Venez donc. Je ne chercherai pas à parler. Mais je ne dédegnerai pas de parler de Dieu si on vient m'en prier. Une année finit. La seconde commence. Elle est à cheval entre le début et la fin. Au debout, dominait le Maître. Maintenant, voici que se révèle le Sauveur. La fin aura le visage du Rédempteur. Allons. Le fleuve s'élargit en approchant de son embouchure. Moi aussi, j'étends le travail de la miséricorde car l'embouchure s'approche. " " Nous allons vers quelque grand fleuve, après la Galilée ? Au Nil, peut-être ? A l'Euphrate ? " chuchotent certains. " Peut-être nous allons parmi les gentils ... " répondent d'autres. " Ne parlez pas entre vous. Nous allons vers 'mon' embouchure. C'est à dire vers l'accomplissement de ma mission. Soyez très attentifs parce qu'ensuite je vous quitterai et vous devrez continuer en mon nom. "

3 . LA SAMARITAINE FOTINAÏ " Je m'arrête ici. Allez en ville. Achetez tout ce qu'il faut pour le repas. Nous mangerons ici. " " Nous y allons tous ? " " Oui, Jean. C'est bien que vous allez en groupe. " " Et Toi ? Tu restes seul ... Ils sont samaritains ... " " Ce ne seront pas les pires parmi les ennemis du Christ. Allez, allez. Je prie, en vous attendant, pour vous et pour eux. " Les disciples s'en vont à regret et à trois ou quatre reprises ils se retournent pour regarder Jésus qui s'est assis sur un muret exposé au soleil près du bas et large bord d'un puits. Un grand puits, pres12 que une citerne, tellement il est large. Et été il doit être ombragé par des grands arbres, maintenant dépouillés. On ne voit pas l'eau, mais le terrain, près du puits, montre clairement qu'on a puisé de l'eau à cause des petites mares et des empreintes circulaires laissées par les brocs humides. Jésus s'assied et médite, dans son attitude ordinaire, les coudes appuyés sur les genoux et les mains jointes en avant, le corps légèrement incliné et la tête penchée vers la terre. Puis il sent un bon petit soleil qui le réchauffe et il laisse glisser son manteau de dessus sa tête et de ses épaules tout en le gardant encore replié sur sa poitrine. Il lève la tête pour sourire à une bande de moineaux querelleurs qui se disputent une grosse mie de pain perdue par quelque personne près du puits. Mais les oiseaux s'enfuient à l'arrivée d'une femme qui vient au puits avec une amphore vide qu'elle tient par une anse de la main gauche, pendant que sa main droite écarte avec surprise son voile pour voir quel homme est assis là. Jésus sourit ça cette femme sur les trente cinq à quarante ans, grande, aux traits fortement dessinés, mais beaux. Elle a, dirions-nous, le type près que espagnol avec son teint olivâtre, les lèvres très rouges et plutôt épaisses, des yeux démesurément grands et noirs sous de sourcils très touffus et les tresses couleur de jais que l'on voit sous le voile léger. Même les formes, qui tendent à embonpoint, présentent nettement le type oriental légèrement adouci comme celui des femmes arabes. Elle est vêtue d'une étoffe à rayures multicouleures, serrée à la ceinture, tendue sur les hanches et la poitrine grassouillettes, et retombant ensuite en une sorte de volant ondulant jusqu terre. Quantité de bagues et de bracelets aux mains grassouillettes et brunes et aux poignets que l'on voit sous les manches de lin. Au cou un lourd collier d'où pendent des médailles, je dirais des amulettes car il y en a de toutes les formes. De pesantes boucles d'oreilles descendent jusqu'au cou et brillent sous le voile. " La paix soit avec toi, femme. Me donnes-tu à boire ? J'ai beaucoup marché et j'ai soif. " " Mais, n'es-tu pas juifs ? Et tu me demandes à boire, à moi samaritaine. Qu'est-il donc arrivé ?

Sommes-nous réhabilités ou est-ce vous qui êtes humiliés ? Sûrement un grand évènement est survenu si un juif parle poliment à une samaritaine. Je devrais cependant te dire : 'Je ne te donne rien pour punir en Toi tous les insultes que depuis des siècles les juifs nous adressent'. " " Tu as bien parlé. Un grand évènement est survenu, et pour cela beaucoup de choses sont changées et un plus grand nombre change13 ront. Dieu a fait un grand don au monde et pour cela beaucoup de choses sont changées. Si tu connaissais le don de Dieu et quel est Celui qui te dit : 'donne-moi à boire', peut-être toi-même, tu Lui aurais demandé à boire, et Lui t'aurait donné de l'eau vive. " " L'eau vive est dans les veines de la terre, et ce puits la possède. Mais il est à nous. " La femme est railleuse et présomptueuse. " L'eau appartient à Dieu. Comme la bonté appartient à Dieu. Comme la vie appartient à Dieu. Tout appartient à un Dieu Unique, femme. Et tous les hommes viennent de Dieu : les Samaritains comme les juifs. Ce puits n'est-il pas celui de Jacob ? Et Jacob n'est-il pas le chef de notre race ? Si par la suite une erreur nous a séparés, cela ne change rien à notre origine. " " Notre erreur, n'est-ce pas ? " demande la femme agressive. " Ni la nôtre, ni la vôtre. Erreur de quelqu'un qui avait perdu de vue la Charité et la Justice. Moi, je ne t'attaque pas et je n'attaque pas ta race. Pourquoi veux-tu être agressive ? " " Tu es le premier juif que j'entends parler ainsi. Les autres ... Mais, pour revenir au puits, oui, c'est celui de Jacob et il a une eau si abondante et si claire que nous de Sychar nous la préférons aux autres fontaines. Mais il est très profond. Tu n'as pas de amphore ni d'outre. Comment pourrais-tu donc atteindre pour moi l'eau vive ? Es-tu plus que Jacob, notre saint Patriarche, qui a trouvé cette veine abondante, pour lui, ses enfants, ses troupeaux et nous l'a laissée en souvenir de lui et comme cadeau ? " " Tu l'as dit. Mais qui boit de cette eau aura encore soif. Moi, au contraire, j'ai une eau telle que qui l'aura bue, ne sentira plus la soif. Mais elle n'appartient qu'à Moi et je la donnerai à qui me la demande. Et, en vérité je te dis que celui qui aura de l'eau que je lui donnerai, aura toujours en lui la fraîcheur et n'aura plus soif, car mon eau deviendra en lui une source intarissable, éternelle. " " Comment ? je ne comprends pas. Es-tu un mage ? Comment un homme peut-il devenir un puits ? Le chameau boit et fait une provision d'eau dans les creux de son ventre. Mais ensuite il la consomme et elle ne lui dure pas toute sa vie. Et tu dis que ton eau dure toute la vie ? " " Davantage encore : elle jaillira jusqu'à la vie éternelle. En celui qui la boit elle jaillira jusqu'à la vie éternelle et donnera des germes de vie éternelle, car c'est une source de salut. " " Donne-moi de cette eau s'il est vrai que tu la possèdes. Je me fatigue à venir jusqu'ici. Si je l'ai, je n'aurai plus soif et je ne deviendrai jamais malade ni vieille. " 14 " Il n'y a que cela qui te fatigue ? Rien d'autre ? Et tu n'éprouves pas d'autre besoin que de puiser pour boire, pour ton misérable corps ? Penses-y. Il y a quelque chose qui est plus que le corps : c'est l'âme. Jacob n'a pas seulement donné de l'eau du sol, pour lui et pour les siens. Mais il s'est préoccupé de se procurer pour lui et de donner la sainteté, l'eau de Dieu. " " Vous nous dites : païens, vous ... Si c'est vrai ce que vous dites, nous ne pouvons être saints... " La femme a perdu son ton impertinent et ironique et elle est soumise et légèrement confuse. " Même un païen peut être vertueux. Et Dieu, qui est juste, le récompensera pour le bien qu'il aura fait. Ce ne sera pas une récompense parfaite, mais, je te le dis, entre un fidèle souillé d'une faute grave et un païen sans faute, Dieu regarde avec moins de rigueur le païen. Et pourquoi, si vos savez être tels, ne venez-vous pas au Vrai Dieu ? Comment t'appelles-tu ? " " Fotinaï. " " Eh bien réponds-moi, Fotinaï. Ne souffres-tu pas de ne pouvoir aspirer à la sainteté parce que tu es païenne, comme tu dis, parce que tu es dans les nuées d'une antique erreur, comme Moi je dis ? " " Oui, j'en souffre. " " Et alors, pourquoi ne vis-tu pas au moins en païenne vertueuse ? "

" Seigneur !... " " Oui, peux-tu le nier ? Va appeler ton mari et reviens avec lui. " " Je n'ai pas de mari. ... " La confusion de la femme grandit. " Tu as bien dit. Tu n'as as de mari. Tu as eu cinq hommes et maintenant tu as avec toi quelqu'un qui n'est pas ton mari. Etait-ce nécessaire, cela ? Même ta religion ne conseille pas l'impureté. Le Décalogue, vous l'avez, vous aussi. Pourquoi alors, Fotinaï, vis-tu ainsi ? Ne te senstu pas lasse d'être la chair de tant d'hommes, au lieu d'être l'honnête épouse d'un seul ? N'as-tu pas peur de ta vieillesse, quand tu te trouveras seule avec tes souvenirs ? Avec tes regrets, Avec tes peurs ? Oui,, même celles-là. La peur de Dieu et des spectres. Où sont tes enfants ? " La femme baisse complètement la tête et ne parle pas. " Tu ne les as pas sur la terre. Mais leurs petites âmes, auxquelles tu as interdit de voir la lumière du jour, t'adressent des reproches. Toujours. Bijoux ... beaux vêtements ... riche maison ... table bien garnie ... Oui, mais le vide, les larmes et la misère intérieure. Tu es une délaissée, Fotinaï. Et ce n'est qu'avec un repentir sincère, moyennant le pardon de Dieu et par conséquent de tes enfants que tu peux devenir riche. " 15 " Seigneur, je vois que Tu es un prophète, et j'ai honte ... " " Et à l'égard du Père qui est aux Cieux, tu n'éprouvais pas cette honte, quand tu faisais le mal ? Ne pleure pas de découragement devant l'Homme... Viens ici, Fotinaï, près de Moi. Je te parlerai de Dieu. Peut-être tu Le connaissais pas bien. Et c'est pour cela, certainement pour cela, que tu as tant erré. Si tu avais bien connu le vrai Dieu, tu ne te serais pas ainsi avilie. Lui t'aurait parlé et t'aurait soutenue... " " Seigneur, nos pères ont adoré sue cette montagne. Vous dites que c'est seulement à Jérusalem que l'on doit adorer. Mais, tu le dis : il n'y a qu'un seul Dieu. Aide-moi à voir où et comment je dois adorer ... " " Femme, crois-Moi. Bientôt viendra l'heure que sera adoré le Père. Vous adorez celui que vous ne connaissez pas. Nous adorons Celui que nous connaissons, car le salut vient des juifs. Je te rappelle les Prophètes. Mais l'heure viendra. Déjà elle est commencée où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, non plus suivant les rites antiques, mais avec le rite nouveau où il n'y aura plus de sacrifices, ni d'hosties d'animaux consumés par le feu ; Mais le sacrifice éternel de l'Hostie Immaculée brûlée par le Feu de la Charité. Culte spirituel dans un Royaume spirituel. Et il sera compris de ceux qui savent adorer en esprit et en vérité. Dieu est Esprit. Ceux qui l'adorent doivent l'adorer spirituellement. " " Tu as des saintes paroles. Moi, je sais, car nous aussi savons quelque chose, que le Messie est sur le point de venir. Le Messie, Celui qu'on appelle aussi 'le Christ'. Quand il sera venu, il nous enseignera toutes choses. Tout près d'ici se trouve aussi celui qu'on dit être son Précurseur. Et beaucoup vont l'écouter. Mais il est si sévère ! ... Toi tu es bon ... et les pauvres âmes n'ont pas peur de Toi. Je pense que le Christ sera bon. On l'appelle le Roi de la paix. Tardera-t-Il beaucoup à venir ? " " Je te l'ai dit que son temps est déjà présent. " " Comment le sais-Tu ? Tu es, peut-être son disciple ? Le Précurseur a beaucoup de disciples. Le Christ aussi en aura. " " C'est Moi, qui te parle, qui suis le Christ Jésus. " " Toi ! ... Oh !... " La femme, qui était assise près de Jésus, se lève et va s'en fuir. " Pourquoi t'enfuis-tu, femme ? " " C'est que je suis horrifiée de me mettre près de Toi. Tu es saint ... " 16 " Je suis le Sauveur. Je suis venu ici -ce n'était pas nécessaire- parce que je savais que ton âme était lasse d'être errante. Tu as la nausée de ta nourriture ... Je suis venu te donner une nourriture nouvelle et qui t'enlèvera nausée et fatigue ... Voici mes disciples qui reviennent avec mon pain. Mais déjà je suis nourri de t'avoir donné les premières miettes de ta rédemption. " Les disciples lorgnent plus ou moins discrètement la femme, mais personne ne parle. Elle s'en

va sans plus penser à l'eau ni à son amphore. " Voici, Maître " dit Pierre. " Ils nous ont bien traités. Il y a du fromage, du pain frais, des olives, et des pommes. Prends ce que Tu veux. Cette femme a bien fait de laisser son amphore. Nous aurons plus vite fait qu'avec nos petites gourdes. Nous boirons et nous les remplirons sans avoir à demander autre chose aux samaritains, et sans les côtoyer aussi à leurs fontaines. Tu ne manges pas ? Je voulais trouver du poisson pour Toi, mais il y en a pas. Peut-être cela t'aurait-il plu davantage. Tu es fatigué et pâle. " " J'ai une nourriture que vous ne connaissez pas. Ce sera mon repas. Je serai bien restauré. " Les disciples se regardent entre eux, s'interrogent du regard. Jésus répond à leurs muettes interrogations : " Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé pour achever l'œuvre qu'Il désire que j'accomplisse. Quand le semeur jette la semence peut-il dire qu'il a déjà tout fait pour dire qu'il a la récolte ? Non, certainement pas, combien il a encore à faire pour dire : 'Voici que mon travail est achevé !' Et jusqu'à cette heure, il ne peut se reposer. Regardez ces champs sous le gai soleil de la sixième heure. Il y a seulement un mois, et même moins, la terre était nue, sombre parce que les pluies l'avaient battue. Maintenant, regardez. Des tiges innombrables de blé, qui viennent de percer, d'un vert très tendre qui dans cette grande lumière semble encore plus clair, la couvrent, pour ainsi dire, d'un voile léger presque blanc. C'est la moisson future et vous dites en la voyant : 'Dans quatre mois, c'est la récolte. Les semeurs engageront des moissonneurs, parce que si un semeur suffit pour ensemencer, il faut un grand nombre d'ouvriers pour moissonner. Semeurs et moissonneurs sont heureux. Celui qui a semé un petit sac de grains et qui doit maintenant préparer ses greniers pour la récolte, aussi bien que ceux qui, en quelques jours, gagnent de quoi vivre pendant quelques mois'. Dans le champ de l'esprit, aussi, ceux qui moissonnent ce que j'ai semé se réjouissent avec Moi et comme Moi, parce que je leur don17 nerai mon salaire et ce qu'il leur est dû. Je leur donnerai de quoi vivre dans mon Royaume éternel. Vous, vous n'avez qu'a moissonner ; le travail le plus dur, c'est Moi qui l'a fait. Et pourtant je vous dis : 'Venez faire la moisson dans mon champ. Je suis heureux de vous voire chargés des gerbes de ma récolte. Quand j'aurai semé tout mon grain, inlassablement, partout, et que vous aurez fait la récolte, alors sera accomplie la volonté de Dieu et je m'assiérai au banquet de la céleste Jérusalem'. Voici qu'arrivent les Samaritains avec Fotinaï. Usez de charité envers eux. Ce sont des âmes qui viennent à Dieu. "

4. AVEC LES HABITANTS DE SYCHAR Voilà que viennent en groupe vers Jésus des notables samaritains conduits par Fotinaï. " Dieu soit avec Toi, Rabbi. La femme nous a dit que tu es un prophète et que tu ne dédaignes pas de parler avec nous. Nous te prions de rester avec nous et de ne pas nous refuser ta parole car, s'il est vrai que nous sommes séparés de Juda, il n'est pas dit que seul Juda soit saint et que tout le péché soit en SaMarie. Même parmi nous il y a des justes. " " Moi aussi j'ai exprimé cette idée à la femme. Je ne m'impose pas, mais je ne me refuse pas si quelqu'un me cherche. " " Tu es juste. La femme nous a dit que tu es le Christ. Est-il vrai ? Réponde-nous, au nom de Dieu. " " Je le suis. Le temps messianique est venu. Israël est rassemblé par son Roi. Et non seulement Israël. " " Mais ru seras pour ceux qui ... qui ne sont pas dans l'erreur comme nous " observe un vieillard imposant. " Homme, je vois en toi le chef de tous ceux-ci et je vois aussi une recherche honnête du Vrai. Maintenant, écoute, toi qui es instruit dans les saintes lectures. A Moi il a été dit ce que l'Esprit dit à Ezéchiel quand Il lui annonça une mission prophétique : 'Fils de l'homme, Je t'envoie aux fils

d'Israël, aux peuples rebelles qui se sont éloignés de Moi ... Ce sont des fils à la tête dure et au cœur indomptable. .. Il peut se faire qu'ils écoutent, puis ne tiennent pas compte de tes paroles qui sont mes paroles, parce que c'est une maison rebelle mais, au moins, ils sauront qu'au milieu d'eux il y a un prophète. Toi, n'aie donc pas peur d'eux, que leurs discours ne 18 t'épouvantent pas parce qu'eux autres sont incrédules et révoltés .. Rapporte-leur mes paroles, soit qu'ils te prêtent l'oreille ou refusent. Toi, fais ce que je te dis. Ecoute ce que Je te dis pour n'être pas rebelle comme eux. Par conséquent, mange toute nourriture que Je te présenterai.' Et Moi je suis venu. Je ne m'illusionne pas et je ne prétends pas être reçu en triomphateur. Mais, puisque la volonté de Dieu est mon miel, voici que je l'accomplis et, si vous voulez, je vous dis les paroles que l'Esprit a mises en Moi. " " Comment l'Eternel peut-Il avoir pensé à nous, " " Parce que Lui est Amour, fils. " " Ce n'est pas ce que disent les rabbis de Juda " " Mais c'est ce que vous dit le Messie du Seigneur. " " Il est dit que le Messie naîtrait d'une vierge de Juda. Toi, de qui et comment es-Tu né ? " " A Bethlehem d'Ephrata, de Marie de la race de David, par l'opération d'une conception spirituelle. Veuillez-le croire. " La belle voix de Jésus est une sonnerie de joyeux triomphe lorsqu'Il proclame la virginité de la Mère. " Ton visage resplendit d'une grande lumière. Non, tu ne peux mentir. Les fils des ténèbres ont un visage ténébreux et l'œil trouble. Tu es lumineux, limpide comme un matin d'avril est ton œil, et ta parole est bonne. Entre dans Sychar, je t'en prie, et instruis les fils de ce peuple. Puis, Tu t'en iras ... et nous nous souviendrons de l'Etoile qui a traversé notre ciel... " " Et pourquoi ne la suivrez-vous pas ? " " Comment veux-Tu qu'on le puise ? " Tout en parlant, ils se dirigent vers la ville. " Nous, nous sommes les séparés. C'est du moins ce qu'on nous a dit. Mais désormais nous sommes nés dans cette croyance et nous ne savons pas s'il est juste de l'abandonner. En outre ... Oui, avec Toi, nous pouvons parler, je le sens. Et puis, nous aussi, nous avons des yeux pour voir et un cerveau pour penser. Quand, en voyage ou pour commerce, nous passons par vos terres, tout ce que nous voyons n'est pas saint au point de nous faire croire que Dieu est avec vous de Juda ou avec vous de galilée. " " En vérité je te dis, le fait de ne pas vous avoir persuadés ni ramenés à Dieu, non par les offenses et les malédictions, mais par l'exemple et la charité, il en sera fait un chef d'accusation pour le reste d'Israël " " Quelle sagesse en Toi ! Écoutez !? " Tous marquent leur assentiment par un murmure d'admiration. Entre temps, on est arrivé à la ville et beaucoup d'autres gens 19 s'approchent alors qu'ils se dirigent vers une maison. Écoute, rabbi. Toi qui es sage et bon, éclaire notre doute. Beaucoup de choses de notre avenir peuvent dépendre de cela. Toi qui es le Messie, le Restaurateur par conséquent du royaume de David, tu dois te réjouir de réunir ce membre séparé au corps de l'état. N'est-ce pas " " Non tant de réunir les membres séparés de cet état caduc, que de ramener à Dieu tous les esprits, voilà mon souci et je me réjouis de rétablir la Vérité dans un cœur. Mais expose ton doute. " " Nos pères ont péché. Dès lors les âmes de SaMarie sont odieuses à Dieu. Quel bien en obtiendrons-nous donc si nous suivons le Bien, C'est pour toujours que nous sommes lépreux aux yeux de Dieu. " " C'est votre regret, l'éternel regret le mécontentement perpétuel de tous les schismatiques. Mais je te réponds encore avec Ezéchiel. 'Toutes les âmes m'appartiennent' dit le Seigneur. Aussi bien celle du père que celle du fils. Mais seule mourra l'âme qui a péché. Si un homme est juste, s'il n'est pas idolâtre, s'il ne commet pas l'impureté, s'il ne dérobe pas et s'il n'est pas usurier, s'il a miséricorde pour la chair et l'esprit d'autrui, il sera juste à mes yeux et vivra de la vraie vie. Et encore : si un

juste a un fils rebelle, ce fils aura-t-il peut-être la vie parce que son père était juste ? Non, il ne l'aura pas. Et encore : si le fils d'un pécheur est juste, mourra-t-il comme le père parce qu'il est son fils ? Non, il vivra de l'éternelle vie parce qu'il a été juste. Il ne serait pas juste que l'un porte le péché de l'autre. L'âme qui a péché mourra. Celle qui n'a pas péché, ne mourra pas. Et si celui qui a péché se repent et vient à la Justice, voici que lui aussi aura la vraie vie. Le Seigneur Dieu, unique et seul Seigneur, dit : 'Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et ait la Vie.' C'est pour cela qu'Il m'a envoyé, ô fils errants. Pour que vous ayez la vraie vie. Je suis la Vie. Celui qui croit en Moi et en Celui qui m'a envoyé aura la vie éternelle, même si jusqu'à présent il a été pécheur. " " Nous voici chez moi, maître. N'as-Tu pas horreur d'y entrer ? " " Je n'ai horreur que du péché. " " Viens, alors, et reste. Nous partagerons ensemble le pain et puis, si la chose ne te pèse pas, Tu nous partageras la parole de Dieu. Elle a un autre goût cette parole qui vient de Toi ... et nous avons ici un tourment : celui de ne pas nous sentir sûrs d'être dans le vrai ... " " Tout s'apaiserait si vous osiez venir ouvertement à la Vérité. 20 Dieu parle en vous, ô citadins. La nuit va bientôt tomber, mais demain , à la troisième heure, je vous parlerai longuement, si vous le voulez. Partez en compagnie de la Miséricorde. "

5. EVANGELISATION A SYCHAR. [Entre temps, je fais cette première observation, sinon je l'oublie. Le passage 'Sépulture de Jésus' de l'an passé, placé sous le titre de la Passion et que nous avions retranché parce qu'il nous paraissait superflu comme une répétition, était utile, au contraire pour expliquer certaines choses à ceux qui désirent connaître (honnêtement) à tout ce qui se rapporte au Seigneur et aussi à ceux qui nient la réalité de la mort du Christ. Sur la fin il était dit comment le Corps avait été embaumé et disposé dans le linceul. Et ceci expliquait différentes choses. Bon, désormais, c'est fait. Mais qu'on se persuade que moi, quand je ne suis pas tenue par Jésus, je suis une parfaite abrutie : je ne vois rien, je ne comprends rien. Il est donc parfaitement inutile de venir me demander, à moi, quelque chose après que mon travail soit fini. Je ne sais plus rien. Je ne comprends plus l'utilité d'un passage. Rien. Zéro absolu et obscurité totale. Ce matin, à l'aube, il m'a été montré pourquoi ce passage avait été placé sous le titre en question. Et j'ai avalé mon ... remède contre l'orgueil du jugement humain. Maintenant, je ferais un ajouté, sur une feuille incluse, où il sera expliqué comment fut préparé le cadavre et je l'insérerais pour l'utilité et la clarté à l'intention de ceux qui veulent être informés et des négateurs. Et maintenant, en avant.] Jésus parle au milieu d'une place à une foule nombreuse. Il est monté sur le petit banc de pierre qui se trouve près de la fontaine. Les gens l'entourent. Et tout autour sont aussi les douze avec des visages ... consternés ou ennuyés ou qui manifestent même clairement le dégoût de certains contacts. Barthélemy spécialement et l'Iscariote montrent ouvertement leur embarras et pour éviter le plus possible le voisinage des samaritains, l'Iscariote s'est mis à cheval sur la branche d'un arbre, comme s'il voulait dominer la scène, alors que Barthélemy s 'est adossé à une porte cochère à un angle de la place. Les préjugés sont vivants et actifs en tous. Jésus, au contraire, n'a rien qui diffère de l'ordinaire. Je dirais, au contraire, qu'il s'efforce de ne pas effrayer par sa majesté en même temps qu'il cherche à la manifester pour enlever tout doute. Il caresse deux ou trois petits dont il demande le nom, et il s'intéresse à un vieil aveugle auquel il donne personnellement l'obole ; Il répond à deux ou trois questions qui Lui sont posées sur des choses qui ne sont pas d'ordre général, mais privé. 21 L'une est la demande d'un père dont la file a fait une fugue par amour et maintenant demande pardon.

" Accorde-lui sans retard ton pardon. " " Mais j'ai souffert de cela, Maître ! Et j'en souffre. En moins d'une année, j'ai vieilli de dix ans. " " Le pardon t'apportera du soulagement. " " Ce n'est pas possible. La blessure reste. " " C'est vrai. Mais dans la blessure il y a deux pointes qui font souffrir. L'une c'est l'affront indéniable que tu as reçu de ta fille. L 'autre, c'est l'effort que tu fais pour lui refuser ton amour. Supprime au moins cette dernière. Le pardon, qui est la forme plus élevée de l'amour, la fera disparaître. Pense, pauvre père, que cette fille est née de toi et qu'elle a toujours droit à ton amour. Si tu la voyais malade d'une maladie physique et si tu savais qu'en ne la soignant pas toi, précisément toi, elle mourrait, la laisserais-tu mourir ? Non, certainement pas. Et alors pense que toi, toi précisément, tu peux par ton pardon arrêter son mal et même l'amener à une saine estimation de l'amour. C'est que, vois-tu, c'est le côté matériel, le plus vil, qui chez elle a pris le dessus. " " Alors, Tu dirais que je dois pardonner ?. " " Tu le dois. " " Mais comment faire pour la voir à la maison, après que celle a fait, sans la maudire ? " " Mais alors, tu ne pardonnerais pas. Le pardon n'est pas dans l'acte de lui ouvrir la porte de la maison, mais dans celui de lui ouvrir ton cœur. Sois bon, homme. Et quoi, la patience que nous avons pour le bouvillon capricieux, nous ne l'aurions pas pour notre enfant ? " Une femme, de son côté, demande s'il est bien qu'elle épouse son beau-frère pour donner un père à ses orphelins. " Es-tu sûre qu'il serait un vrai père ? " " Oui, Maître. J'ai trois garçons. Il faut un homme pour les diriger. " " Fais-le, alors et sois pour lui une épouse fidèle comme tu l'as été pour ton premier mari. " Un troisième Lui demande s'il ferait bien ou mal à accepter une invitation qu'il a reçue d'aller à Antioche. " Homme, pourquoi veux-tu y aller ? " " Parce qu'ici je n'ai pas de moyen d'existence pour moi et mes nombreux enfants. J'ai connu un gentil qui me prendrait parce qu'il m'a vu capable au travail et il donnerait aussi du travail à 22 mes fils. Mais je ne voudrais pas ... ce scrupule te paraîtra étrange de la part d'un samaritain, mais je l'ai. Je ne voudrais pas qu'on perde la foi. C'est un païen, sais-Tu, cet homme ? " " Eh bien ? Rien ne contamine si on ne veut pas être contaminé. Va donc à Antioche et sois fidèle au Dieu Vrai. Lui te guidera et tu seras même un bienfaiteur pour le maître qui connaîtra Dieu à travers ton honnêteté. " Ensuite Il s'adresse à tout le monde. " J'ai entendu parler beaucoup d'entre vous, et en tous j'ai découvert une secrète douleur, une peine, de laquelle vous-mêmes ne vous rendez compte, mais qui pleure en vos cœurs. Cela fait des siècles qu'elle grandit et ni les raisons que vous exprimez, ni les injures que l'on vous lance ne peuvent la faire disparaître. Mais au contraire, elle durcit de plus en plus et pèse comme la neige quand elle se transforme en glace. Je ne suis pas vous et je ne suis pas non plus de ceux qui vous accusent. Je suis Justice et Sagesse. Et pour résoudre votre cas, je vous cite encore Ezéchiel. Lui, en qualité de prophète, parle de SaMarie et de Jérusalem en disant qu'elles sont les filles d'un même sein et en les appelant Ohola et Oholiba. La première à tomber dans l'idolâtrie dans l'idolâtrie, ce fut la première, Ohola, car elle était déjà privée de l'union spirituelle avec notre Père des Cieux. L'union avec Dieu est salut, toujours. Elle échangea la véritable richesse, puissance, la véritable sagesse, avec la pauvre richesse, puissance et sagesse de quelqu'un qui était, encore plus qu'elle même, au-dessous de Dieu, et elle fut séduite par lui au point de devenir l'esclave de la manière de vivre de celui qui l'avait séduite. Pour être forte, elle devint faible. Pour être plus, elle devint moins. Pour être imprudente, elle devint folle. Quand quelqu'un s'est imprudemment contaminé par une infection, il lui est bien difficile de s'en guérir.

Vous direz : 'Avons-nous été amoindris ? Non. Nous fûmes grands'. Grand, oui, mais comment ? A quel prix ? Vous le savez. Combien, aussi parmi les femmes, conquièrent la richesse au prix effroyable de leur honneur ! Elles acquièrent une chose qui peut ne pas durer. Elles perdent une chose qui n'a jamais de fin : leur bonne renommée. Oholiba, voyant que la folie d'Ohola lui avait valu des richesses, voulut l'imiter et devint folle plus qu'Ohola et au prix d'une double faute. En effet, elle avait avec elle le Vrai Dieu et n'aurait jamais dû piétiner la force qui lui venait de cette union. Et 23 une dure, terrible punition est venue et viendra encore davantage à Oholiba doublement folle et impure. Dieu lui tournera le dos. Il est en train de le faire pour s'en aller vers ceux qui ne sont pas de juda. Et ne pourra accuser Dieu d'être injuste, car Lui ne s'impose pas. A tous Il ouvre ses bras, Il invite tout le monde, mais si quelqu'un Lui dit : 'Va-t-en', Il s'en va. Il va chercher l'amour et en inviter d'autres jusqu'à ce qu'Il trouve quelqu'un qui Lui dise : 'Je viens'. C'est pour cela que je vous dis que vous pouvez avoir un soulagement à votre tourment, que vous devez l'avoir, en pensant à cette chose. Ohola, reviens à toi ! Dieu t'appelle. La sagesse de l'homme consiste à se repentir. La sagesse de l'esprit réside dans l'amour du Dieu Vrai et de sa Vérité. Ne regardez ni Oholiba, ni la Phénicie, ni l'Egypte, ni la Grèce. Regardez Dieu. C'est la Patrie de tout esprit droit : le Ciel. Il n'y a pas beaucoup de lois, mais une seule : celle de Dieu. C'est par ce code que l'on a la Vie. Ne dites pas : 'Nous avons péché', mais dites : 'Nous ne voulons plus pécher'. Que Dieu vous aime encore, la preuve en est dans le fait qu'Il vous a envoyé son Verbe vous dire : 'Venez'. Venez, je vous le dis. Vous êtes injuriés et proscrits ? Et par qui ? Part des êtres semblables à vous. Mais Dieu est plus qu'eux, et Lui vous dit : 'Venez'. Un jour viendra où vous jubilerez de n'avoir pas été dans le Temple. ... Votre intelligence s'en réjouira. Mais davantage jubileront les esprits parce que sur ceux qui ont le cœur droit, dispersés en SaMarie, sera déjà descendu le pardon de Dieu. Préparez-en l'avènement. Venez au Sauveur universel, ô fils de Dieu qui avez perdu la route. " " Mais quelques-uns au moins nous viendrons. Ce sont ceux de l'autre côté qui ne veulent pas de nous. " " Et avec le prête et le prophète, je vous dis encore : 'Je prendrai le bois de Joseph qui est aux mains d'Ephraïm avec les tribus d'Israël qui lui sont unies et je l'unirai au bois de Juda et je n'en ferai un seul bois..' Oui. Pas du Temple. Venez à Moi. Je ne vous repousse pas. Je suis Celui que l'on appelle l'universel Dominateur. Je suis le Roi des rois. Je vous purifierai tous, ô peuples qui voulez être purifiés. Je vous rassemblerai, ô troupeaux qui êtes sans bergers ou avec des bergers idolâtres, car Je suis le Bon Berger. Je vous donnerai un tabernacle unique et le placerai au milieu de mes fidèles. Ce tabernacle sera la source de vie, pain de vie, il sera lumière, il sera salut, protection, sagesse. Il sera tout car il sera le Vivant donné en nourriture aux morts pour les rendre vivants ; il 24 sera le Dieu qui se répand par sa sainteté pour sanctifier. Je suis et je serai cela. Le temps de la haine, de l'incompréhension, de la crainte est passé. Venez ! Peuple d'Israël ! Peuple séparé ! Peuple affligé ! Peuple éloigné ! Peuple cher, tellement cher, infiniment cher, parce que malade, parce que affaibli, parce que saigné à blanc par une flèche qui a ouvert les veines de l'âme et en a fait fuir l'union vitale avec ton Dieu, viens ! Viens au sein d'où tu es né, viens à la poitrine d'où t'est venue la vie. Douceur et tiédeur s'y trouvent encore pour toi. Toujours. Viens ! Viens à la Vie et au Salut. "

6. ADIEU AUX GENS DE SYCHAR Jésus dit aux samaritains de Sychar : " Avant de vous quitter, car j'ai d'autres fils à évangéliser, je veux vous ouvrir les clairs chemins de l'espérance et vous y mettre en disant : allez, sachant bien que vous arriverez au but. Et aujourd'hui, je ne prends pas le grand Ezéchiel, je prends le disciple

préféré de Jérémie, le très grand Prophète. Baruch parle pour vous. Oh ! réellement il prend vos âmes et parle pour elles toutes au Dieu Sublime qui réside dans les Cieux. Je ne dis pas seulement celles des samaritains, mais toutes vos âmes, ô descendants du peuple élu qui êtes tombés dans des nombreux péchés, et il prend aussi les vôtre, ô peuples gentils qui pressentez l'existence d'un Dieu inconnu parmi les nombreuses divinités que vous adorez, un Dieu que votre âme pressent être l'Unique et le vrai et que votre pesanteur vous empêche de chercher pour Le connaître comme votre âme le voudrait. Du moins une loi morale vous avait été donnée, ô gentils, ô idolâtres, parce que vous êtes des hommes, et que l'homme a en lui une essence qui vient de Dieu et qui s'appelle esprit et qui vous pousse à la réalité d'une sainte vie. Et vous l'avez abaissée pour être esclave d'une chair vicieuse, brisant la loi morale humaine, celle que vous aviez, et devenant, même humainement, pécheurs, rabaissant l'idée de vos croyances et vous mêmes au niveau d'une bestialité qui vous rend inférieurs aux brutes. Et pourtant écoutez. Écoutez tous. Et vous comprenez d'autant plus et par conséquent vous agissez d'autant plus que vous connaissez davantage la Loi d'une morale surnatu25 relle qui vous a été donnée par le Vrai Dieu. Voici la prière de Baruch, et c'est elle qui doit être dans vos cœurs humiliés par une noble humilité qui n'est pas dégradation et lâcheté, mais qui est la connaissance exacte de ses propres misérables conditions et désir saint de trouver le moyen de les améliorer spirituellement. Voici donc sa prière : 'Regarde-nous, ô Seigneur, de ta sainte demeure, tends tes oreilles et écoute-nous. Ouvre les yeux et réfléchis que ce que ne sont pas les morts qui sont en enfer, dont l'esprit est séparé de leur corps, qui seront ceux qui rendront justice et honneur au Seigneur, mais l'âme affligée par la grandeur de ses malheurs, qui va courbée et faible, l'air abattu. C'est l'âme affamée de Toi, ô Dieu, celle qui te rend gloire et justice'. Et Baruch pleure humblement et tous les justes doivent pleurer avec lui en voyant et en nomment de leur vrai nom les malheurs qui d'un peuple fort on fait un peuple triste, divisé et assujetti : 'Nous n'avons pas obéi à ta voix et Tu as accompli tes paroles dites par tes serviteurs, les Prophètes ... Et voilà que les ossements de nos rois et de nos pères ont été enlevés de leurs tombeaux et exposées à la chaleur du soleil, au gel de la nuit, et que les habitants des villes sont morts dans d'atroces douleurs par la faim, l'épée, la peste. Et le Temple où était invoqué ton Nom, Tu l'as réduit à l'état où il se trouve aujourd'hui à cause de l'iniquité d'Israël et de Juda'. Oh ! fils du Père, ne dites pas : 'Aussi bien notre Temple que le vôtre sont redressés et beaux'. Non. Un arbre écartelé par la foudre depuis la cime jusqu'aux racines ne survit pas. Il pourra végéter misérablement essayant de vivre avec les surgeons poussés des racines qui ne veulent pas mourir, mais ce sera des broussailles sans fruits et plus jamais l'arbre opulent, riche de fruits sains et agréables. La désagrégation qui a commencé avec la séparation s'accentue de pus en plus bien que l'édifice matériel ne paraisse pas abîmé mais encore beau et neuf et désagrége les âmes qui l'habitent. Et puis il viendra l'heure où toute flamme surnaturelle sera éteinte et où il manquera au Temple l'autel de métal précieux qui pour subsister doit être tenu en état de continuelle fusion par la foi et la charité de ses ministres, ce qui fait sa vie. Et lui, glacial, éteint, souillé, rempli de morts, deviendra une pourriture sur laquelle les corbeaux étrangers et l'avalanche de la divine punition s'abattront pour en faire une ruine. Fils d'Israël, priez, en pleurant avec Moi, votre Sauveur. Que ma voix soutienne les vôtres, et pénètre, elle qui le peut, jusqu'au 26 trône de Dieu ; Celui qui prie avec le Christ, fils du Père, est écouté par Dieu, le Père du fils. Prions avec l'antique, la juste prière de Baruch : 'Et maintenant , Seigneur Tout Puissant, ô Dieu d'Israël , toute âme angoissée, tout esprit que remplit l'anxiété crie vers Toi/ Ecoute, ô Seigneur, et air pitié. Tu es un Dieu miséricordieux, aie pitié de nous parce que nous avons péché devant Toi. Toi, Tu sièges éternellement et nous devrons périr pour toujours ? Seigneur Tout Puissant, Dieu d'Israël, écoute la prière des morts d'Israël et de leurs fils qui ont péché en ta présence. Eux n'ont pas prêté l'oreille à la voix du Seigneur leur Dieu et leurs maux se sont attachés à nous. Ne te souviens plus

de l'iniquité de nos pères, mais souviens-Toi de ta puissance et de ton Nom ... Pour que nous invoquions ce Nom et nous nous convertissons de l'iniquité de nos prières, aie pitié'. Priez ainsi et convertissez-vous réellement à la vraie sagesse qui est celle de Dieu et qui se trouve dans le Livre des commandements de Dieu et dans la Loi qui dure éternellement et que maintenant, Moi, Messie de Dieu, je suis venu apporter de nouveau dans sa forme simple et inaltérable aux pauvres du monde, en leur annonçant la bonne nouvelle de l'ère de la Rédemption, du Pardon, de l'Amour, de la Paix. Celui qui croira à cette Parole arrivera à la vie éternelle. Je vous quitte, habitants de Sychar qui avez été bons avec le Messie de Dieu. Je vous laisse avec ma paix. " " Reste encore ! " " Reviens encore ! " " Jamais plus personne ne nous parlera comme Tu as parlé. " " Sois Béni, bon Maître ! " " Bénis mon petit ! " " Prie pour moi, Toi le Saint ! " " Permet-moi de garder une de tes franges comme bénédiction. " " Souviens-toi d'Abel. " " Et de moi timothée. " " Et de moi Joraï " " De tous, de tous . Que la paix vienne à vous. " Ils l'accompagnent jusqu'au dehors de la ville pendant quelques centaines de mètres, puis doucement, doucement ils reviennent ...

7 . ENSEIGNEMENT AUX APOTRES. LE MIRACLE DE LA FEMME DE SYCHAR Jésus marche devant, seul, en frôlant une haie de cactus qui, se moquant de toutes les autres plantes dépouillées, brillent au soleil avec leurs grosses palettes épineuses sur lesquelles il reste quelques fruits que le temps a rendu rouge brique ou sur lesquelles déjà rit quelque fleur précoce jaune teintée de cinabre. Derrière, les apôtres parlottent entre eux et il me semble qu'ils ne font vraiment pas des compliments au Maître. A un certain moment, Jésus se retourne brusquement et dit : " 'Qui regarde d'où vient le vent ne sème pas, et qui reste à regarder les nuages ne moissonne jamais'. C'est un vieux proverbe. Mais je m'y tiens. Et vous voyez que là où vous craignez de mauvais vent et ne voulez pas rester, j'ai trouvé un terrain et possibilité de semailles. Malgré 'vos' nuages -soit dit en passant, ce n'est pas bien que vous les fassiez voir là où la Miséricorde veut montrer son soleil- je suis certain d'avoir déjà moissonné ". " Mais, en attendant, personne ne t'a demandé de miracle. C'est une foi bien étrange qu'ils ont en Toi ! " " Et tu crois, Thomas, que seule la requête d'un miracle prouve qu'il y a foi ? Tu te trompes. C'est tout le contraire. Celui qui veut un miracle pour pouvoir croire, témoigne que, sans le miracle, preuve palpable, il ne croirait pas. Au contraire, celui qui dit : 'Je crois' sur simple parole d'autrui manifeste la foi la plus grande. " " De sorte que les Samaritains sont meilleurs que nous ! " " Je ne dis pas cela. Mais dans leurs conditions d'affaiblissement spirituel, ils se sont montrés beaucoup plus capables d'entendre Dieu que les fidèles de Palestine. Cela, vous le rencontrerez de nombreuses fois dans votre vie et, je vous en prie, souvenez-vous aussi de cet épisode pour savoir régler votre conduite sans préjugés à l'égard des âmes qui viendront à la foi du Christ. " " Pourtant, pardonne-moi, Jésus, si je te le dis, il me semble qu'avec toute la haine qui te poursuit, il est nuisible pour Toi de créer de nouvelles accusations. Si les membres du Sanhédrin savaient que Tu as eu ... "

" Mais dis-le simplement : 'de l'amour' ", car c'est cela que j'ai eu, Jacques, et que j'ai encore. Et toi, qui es mon cousin, tu peux comprendre que je ne puis avoir autre chose que de l'amour. Je t'ai montré que je n'ai qu'amour, même pour ceux qui m'étaient hosti28 les parmi ceux de mon sang et de mon pays. Et devrais-je pour ceux-ci qui m'ont respecté sans me connaître ne pas avoir d'amour ? Les membres du Sanhédrin peuvent faire tout le mal qu'ils veulent. Mais ce ne sera pas la perspective de ce mal à venir qui fermera les digues de mon amour omniprésent et tout-opérant. Du reste ... mêle si j'agissais autrement ... je n'empêcherais pas le Sanhédrin de trouver, dans sa haine, des motifs d'accusation. " " Mais Toi, Maître, tu perds ton temps en pays idolâtre alors que l'on t'attend en tant d'endroits en Israël. Tu dis que toute heure doit être consacrée au Seigneur. Ne sont-ce pas des heures perdues ? " " Elle n'est pas perdue la journée employée à rassembler les brebis éparses. Elle n'est pas perdue, Philippe. Il est dit : 'Il fait beaucoup d'offrandes celui qui respecte la loi ... mais celui qui use de miséricorde offre un sacrifice'. Il est dit : 'Donne au Très-Haut en proportion de ce qu'Il t'a donné et offre avec joie selon tes moyens'. C "est ce que je fais, ami. Et ce n'est pas du temps perdu celui du sacrifice. Je fais miséricorde et j'use des moyens que j'ai reçus en offrant mon travail à Dieu. Restez donc calmes. Et du reste ... Qui de vous exigeait une requête de miracle pour se persuader que les gens de Sychar croient en Moi, voici de quoi le contenter. Cet homme, qui nous suit, sûrement a quelque motif de le faire. Arrêtons-nous. " En effet un homme s'avance ; Il paraît courbé sous une lourde charge qu'il porte en équilibre sur ses épaules. Il voit que le groupe s'arrête et il s'arrête lui aussi. " Il veut nous faire du mal. Il s'arrête parce qu'il voit que nous nous en sommes aperçus. Oh ! ces samaritains ! " " En es-tu certain, Pierre ? " " Oh ! absolument ! " " Alors, reste ici. Moi je vais à sa rencontre. " " Pour cela, non, Seigneur. Si Tu y vas, je viens aussi. " " Alors viens. " Jésus va vers l'homme. Pierre trottine à son côté curieux et hostile à la fois. Quand ils sont à quelques mètres l'un de l'autre, Jésus dit : " Que veux-tu, homme ? Qui cherches-tu ? " " Toi. " " Et pourquoi ne m'as tu pas cherché en ville ? " " Je n'osais pas ... Si Tu m'avais repoussé devant tout le monde, j'en aurais eu trop de douleur et de honte. " " Tu pouvais m'appeler dès que j'ai été seul avec les miens. " 29 " J'espérais te rejoindre quand Tu aurais été seul, comme Fotinaï. J'ai aussi un grand motif d'être seul avec Toi ... " " Que veux-tu ? Que portes-tu sur tes épaules avec tant de peine ? " " Ma femme. Un esprit en a pris possession et en a fait un corps mort et une intelligence éteinte. Je dois la faire manger, l'habiller, la porte comme une petite. Elle a été prise ainsi, sans maladie... Ils l'appellent la 'possédée'. J'en souffre. Je peine et j'ai des dépenses. Regarde. " L'homme dépose sur le sol son fardeau de chairs inertes enveloppées dans un manteau comme dans un sac et découvre un visage de femme encore jeune, mais qu'on pourrait croire mort si elle ne respirait pas. Les yeux clos, la bouche entrouverte .. la physionomie d'une personne qui a rendu le dernier soupir. Jésus se penche sur la malheureuse, couchée par terre ; il la regarde, regarde l'homme : " Tu crois que je puis ? Pourquoi le crois-tu ? " " Parce que Tu es le Christ. " " Mais tu n'en rien vu qui le prouve. " " J'ai entendu ta parole. Elle me suffit. " " Pierre, tu l'entends ? Que dis-tu que je doive faire maintenant, devant une fois aussi parfaite ? "

" Mais ... Maître .. Toi ... Moi ... Mais, en somme, fais-le Toi. " Pierre est très gêné. " Oui. Je le fais. Homme regarde. " Jésus prend la femme par la main et commande : " Quitte-la. Je le veux. " La femme, jusqu'alors inerte, a une horrible convulsion d'abord muette et puis ce sont des cris et des lamentations qui se terminent par un grand cri durant lequel elle ouvre les yeux jusqu'alors fermés, se frottant les yeux, comme si elle s'éveillait d'un cauchemar. Puis elle se calme, et un peu abasourdie regarde tout autour, dévisageant d'abord Jésus, l'Inconnu qui lui sourit ... elle regarde la poussière du chemin sur lequel elle est allongée, une touffe d'herbe qui a poussé au bord du chemin et sur laquelle les têtes blanches-rouges des pâquerettes sont comme des perles tout près de s'épanouir. Elle regarde ha haie de cactus, le ciel azuré, et puis elle tourne les yeux et voit son homme... son homme qui la regarde avec anxiété et observe attentivement tous ses mouvements. Elle sourit, et puis avec la complète liberté qui lui est revenue, se dresse et se réfugie sur la poitrine du mari qui la caresse et l'embrasse en pleurant. " Comment ? Ici ? Pourquoi ? Quel est cet homme ? " 30 " C'est Jésus, le Messie. Tu étais malade. Il t'a guérie. Dis-Lui que tu l'aimes bien. " " Oh ! Oui ! Merci ... Mais qu'est-ce que j'avais, Mes enfants ... Simon .. Je ne me souviens pas d'hier, mais je me rappelle que j'ai des enfants ... " Jésus parle : " Il ne faut pas te rappeler hier. Souviens-toi toujours d'aujourd'hui. Et sois bonne. Adieu. Soyez bons et Dieu sera avec vous. " Et Jésus, suivi par les bénédictions des deux, se retire rapidement. Quand il rejoint les autres, toujours adossés à la haie, il ne leur parle pas. Mais il s'adresse à Pierre. " Et maintenant, toi, qui étais sûr que cet homme voulait me faire du mal, que dis-tu ? Simon, Simon ! Que de choses il te manque encore pour être parfait ! Que de choses ! il vous manque ! Moins l'idolâtrie évidente, vous avez tous le péchés de ces gens là et en plus l'orgueil dans vos jugements. Maintenant, prenons notre repas. Nous dormirons dans quelque grange à foin si nous ne trouvons pas mieux. " Les douze, avec au cœur le sentiment du reproche, s'assoient sans parler et mangent leurs vivres. Le soleil d'une journée tranquille illumine la campagne qui descend en molles ondulations vers une plaine. Le repas fini, ils s'arrêtent encore quelques temps jusqu'à ce que Jésus se lève et dise : " Viens, toi, André, et toi, Simon. Je vais voir si cette maison est amie ou hostile. " et Il s'en va pendant que les autres restent taciturnes jusqu ce que Jacques d'Alphée dit à Judas l'Iscariote : " Mais celle qui vient, n'est-ce pas la femme de Sychar ? " " Oui, c'est elle. Je la reconnais à son vêtement. Que voudra-t-elle ? " " Suivre son chemin " répond Pierre boudeur. " Non, elle nous fixe trop, en se protégeant les yeux avec sa main. " Ils l'observent jusqu'à ce quelle arrive près d'eux et elle leur demande, toute humble : " Votre Maître, où est-Il ? " " Passe ton chemin. Pourquoi le demandes-tu ? " " J'avais besoin de Lui ... " " Il ne se perd pas avec les femmes' répond Pierre sèchement. " Je le sais. Avec les femmes, non. Mais je suis une âme de femme qui a besoin de Lui. " " Laisse-la faire " conseille Judas d'Alphée. Et il répond à Fotinaï : 31 " Attend. Il reviendra bientôt. " La femme se met dans un coin de la route à un tournant et elle reste immobile et silencieuse pendant que tous la délaissent. Mais Jésus revient vite et Pierre dit : " Voici le maître. Dis-Lui ce que tu veux, et vivement. " La femme ne lui répond même pas, mais elle va aux pieds de Jésus et se baisse jusqu'au sol, silencieuse. " Fotinaï, que veux-tu de Moi ? "

" Ton aide, Seigneur. Je suis tellement faible, et je ne veux plus pécher. Je l'ai déjà dit à l'homme. Mais maintenant que je ne suis plus une pécheresse, je ne sais plus rien. Le bien, je l'ignore. Que dois-je faire ? Dis-le moi. Toi. Je ne suis que fange. Mais ton pied piétine la route pour aller vers les âmes. Piétine ma fange, mais viens jusqu mon âme avec tes conseils " et elle pleure. " Tu ne pourrais venir, femme seule, à ma suite. Mais si tu veux réellement ne plus pécher et connaître la science de ne pas pécher, retourne chez toi avec l'esprit de pénitence, et attends. Le jour viendra où, femme parmi d'autres également rachetées, tu pourrais être proche de ton Rédempteur et apprendre la science du Bien. Va. N'aie pas peur. Sois fidèle à ta volonté actuelle de ne pas pécher. Adieu. " La femme baise la poussière, se relève et s'éloigne à reculons pendant quelques mètres, puis elle s'en va vers Sychar ... 8. JESUS REND VISITE AU BAPTISTE PRES D'ENNON Une nuit avec un clair de lune si limpide qu'il révèle tous les détails du terrain et, avec le jeune blé en herbe, les champs semblent des tapis de peluche vert-argenté traversés par les rubans sombres des sentiers et gardées par les arbres tout éclairés du côté de la lune, tous noirs à l'opposé. Jésus chemine, tranquille et seul. Il suit très rapidement son chemin jusqu'à ce qu'il se trouve un cours d'eau qui descend en bouillonnant vers la plaine en direction nord-est. Il le remonte jusqu'à un endroit solitaire pré d'une pente boisée. Il tourne encore, grimpe un sentier et arrive à un abri naturel au flanc de la colline. Il entre et se penche sur un être couché qu'on distingue à peine au 32 clair de la lune qui éclaire le sentier mais ne pénètre pas dans la grotte. Il l'appelle : 'Jean'. L'homme se réveille et s'assoit, encore pris par le sommeil. Mais vite il comprend quel est celui qui l'appelle et se lève vivement, pour ensuite se prosterner à terre en disant : " Comment se fait-il que mon Seigneur soit venu jusqu'à moi ? " " Pour réjouir ton cœur et le mien. Tu m'as désiré, Jean. Me voici ; Lève-toi. Sortons au clair de lune et assoyons-nous, pour parler, sur ce rocher près de la grotte. " Jean obéit, se lève et sort. Mais, quand Jésus est assis, lui, dans sa peau de brebis qui couvre mal son corps amaigri, se met à genoux en face du Christ, renvoie en arrière ses cheveux longs et en désordre, qui lui retombent sur les yeux, pour mieux voir le Fils de Dieu. Cela fait un très grand contraste. Jésus, pâle et blond, aux cheveux soyeux et peignés, avec une barbe courte au bas du visage. L'autre qui n'est qu'un buisson de poils noirs d'où émergent seulement deux yeux enfoncés, je dirai fiévreux, tant ils brillent de leur couleur noire de jais. " Je suis venu te dire 'merci'. Tu as accompli et tu accomplis, avec toute la perfection de la Grâce qui est en toi, ta mission d'être mon Précurseur. Quand l'heure viendra, tu entreras au Ciel à mes côtés, car tu auras tout mérité de Dieu. Mais, en attendant, tu seras déjà dans la paix du Seigneur, mon ami bien aimé. " " Bientôt j'entrerai dans la Paix. Mon Maître et mon Dieu, bénis ton serviteur pour le fortifier dans la dernière épreuve. Je n'ignore pas qu'elle est désormais très proche et que je dois encore donner un témoignage : celui du sang. Et à Toi, plus encore qu'à moi, ce n'est pas chose inconnue que mon heure va arriver. Ta venue, c'est la miséricordieuse bonté de ton cœur de Dieu qui l'a voulue pour fortifier le dernier martyr d'Israël et le premier martyr des temps nouveaux. Mais dis-moi seulement : aurai-je à attendre beaucoup ta venue ? " " Non, Jean. Pas beaucoup plus qu'il ne s'est écoulé de temps de ta naissance à la mienne. " " Que le très-Haut en soit béni. Jésus ... puis-je t'appeler ainsi ? " " Tu le peux, à cause des liens du sang et de ta sainteté. Ce nom, que disent même les pécheurs, peut être dit par le Saint d'Israël. Pour eux c'est le salut pour toi la douceur ; Que veux-tu de J "sus ton Maître et ton cousin ? " " Je vais mourir. Mais comme un père se préoccupe de ses enfants, 33

Je me préoccupe de mes disciples. Mes disciples ... Tu es Maître et tu sais combien vif est en nous l'amour pour eux. L'unique peine de ma mort, c'est la crainte qu'ils se perdent comme des brebis sans berger. Recueille-les Toi. Je te rends les trois qui sont à Toi, et qui furent pour moi des parfaits disciples, en t'attendant, Toi. En eux, et spécialement Mathias, la Sagesse est réellement présente. J'en au d'autres, et ils viendront à Toi. Mais ceux-ci, permettes que je te les confie nommément. Ce sont les trois qui me sont les plus chers. " 3Et ils me sont chers, à Moi aussi. Pars tranquille, Jean. Ils ne périront pas. Ni ceux-ci, ni les autres qui sont tes vrais disciples. Je recueille ton héritage et je veillerai sur lui comme sur le trésor le plus cher qui me vient de mon parfait ami et serviteur du Seigneur. " Jean s'abaisse jusqu'à terre et, chose qui paraît impossible chez un personnage si austère, il pleure secoué par des forts sanglots de joie spirituelle. Jésus lui met la main sur la tête : "Tes pleurs, qui sont de joie et humilité, se rencontrent avec un chant lointain au son duquel ton petit cœur a tressailli de joie. Ce chant et ces pleurs sont le même hymne de louange à l'Eternel qui 'a fait de grandes choses, Lui qui est puissant chez les esprit humbles'. Ma Mère aussi, va de nouveau entonner son cantique qu'Elle chanta alors. Mais ensuite, pour Elle aussi viendra la plus grande gloire, comme pour toi, après le martyre. Je t'apporte aussi son salut. Tous les souhaits et tous les réconforts. Tu les mérites. Ici ce n'est que la main du Fils de l'homme qui se tient sur ta tête, mais du Ciel ouvert descend la Lumière et l'Amour pour te bénir, Jean. " " Je ne mérite pas tant. Je suis ton serviteur. " " Tu es mon Jean. Ce jour là, au Jourdain, je fus le Messie qui se manifestait ; ici, maintenant, c'est le cousin et le Dieu qui veut te donner le viatique de son amour de Dieu et de parent. Lève-toi, Jean. Donnons-nous le baiser d'adieu. " " Je ne mérite pas tant ... Je l'ai toujours désiré, pendant toute ma vie, mais je n'ose faire cet acte sur Toi. Tu es mon Dieu. " " Je suis ton Jésus. Adieu. Mon âme sera proche de la tienne, jusqu'à la paix. Vis et meurs en paix pour tes disciples. Je ne puis te donner que cela, à présent. Mais au ciel je te donnerai le centuple, car tu as trouvé toute grâce aux yeux de Dieu. " Il l'a relevé et l'a embrassé en le baisant sur les joues et en recevant ses baisers. Puis Jean s'agenouille encore et Jésus lui met les 34 mains sur la tête et prie en tournant les yeux vers le ciel. Il semble qu'il le consacre. Il est imposant. Le silence se prolonge ainsi pendant quelque temps. Puis Jésus lui fait ses adieux avec son doux salut : " Que ma paix soit toujours avec toi. " et il prend le chemin du retour.

9. JÉSUS INSTRUIT LES APÔTRES. " Seigneur, pourquoi ne prends-tu pas de repos pendant la nuit ? Cette nuit, je me suis levé et je ne t'ai pas trouvé. Ta place était vide. " " Pourquoi m'as-tu cherché, Simon ? " " Pour te passer mon manteau. Je craignais que Tu n'eusses froid dans cette nuit sereine, mais très froide. " " Et toi, tu n'avais pas froid ? " " Je me suis habitué pendant les longues années de misère, à être mal couvert, mal nourri, mal logé.. Cette vallée des morts ! Quelle horreur ! en ce moment, ce n'était pas le cas, mais une autre fois que nous descendrons à Jérusalem, car certainement nous y irons, viens, mon Seigneur, vers ces lieux de mort. Il se trouve là tant de malheureux ... et la misère matérielle n'est pas la plus grave ... Ce qui ronge et consume davantage, c'est le désespoir.. Ne trouves-tu pas, mon Seigneur, qu'il y a trop de dureté à l'égard des lépreux ? " C'est l'Iscariote qui répond, avant même Jésus, au Zélote qui plaide en faveurs de ses anciens

compagnons. L'Iscariote dit ; " Et voudrais-tu alors les laisser au milieu du peuple ? Tant pis pour eux s'ils sont lépreux ! " " Il ne manquerait plus que cela pour faire des hébreux des martyrs ! même la lèpre se promenant à travers les roues avec les troupes et le reste !... "s'exclame Pierre. " Il me semble que c'est une mesure de juste prudence de les reléguer " observe Jacques d'Alphée. " Oui, mais il faudrait le faire avec pitié. Tu ne sais pas ce que c'est d'être lépreux. Tu ne peux pas en parler. Pourquoi, s'il est juste d'avoir soin de nos corps, n'avons-nous pas la même justice pour les âmes des lépreux ? Qui leur parle de Dieu, Et Dieu seul sait à quel point ils ont besoin de penser à un dieu et à une paix 35 dans cette atroce désolation qui est la leur ! " " Simon , tu as raison. J'irai les voir, parce que c'est juste et pour vous enseigner cette miséricorde. Jusqu'à présent j'ai guéri les lépreux rencontrés par hasard. Jusqu'à ce moment, c'est à dire jusqu'à ce que j'ai été chassé de Juda, je me suis tourné vers les grands de Juda comme étant les plus éloignés et ayant le plus besoin d'être rachetés pour aider le Rédempteur. Maintenant, convaincu de l'inutilité de cette tentative, je l'abandonne. Ce n'est plus vers les grands, mais vers les plus petits, vers les misères d'Israël que je vais. Et parmi elles, il y aura les lépreux de la vallée des morts. Je ne décevrai pas la foi qu'ont en Moi ceux qui ont été évangélisés par le lépreux reconnaissant. " " Comment sais-tu, Jésus, que je fais cela ? " " Comme je sais ce que pensent de Moi amis et ennemis dont je scrute le cœur. " " Miséricorde ! Mais sais-tu exactement tout ce qui nous concerne, Maître ? " s'écrie Pierre. " Oui. Même que toi, et pas toi seul, tu voulais éloigner Fotinaï. Mais, ne sais-tu pas qu'il ne peut être permis d'éloigner une âme du bien, Ne sais-tu pas que pour entrer dans un pays il faut avoir une pitié tout empreinte de douceur, même pour ceux que la société, qui n'est pas sainte parce qu'elle n'est pas intimement unie à Dieu, juge et déclare indignes de pitié ? Mais ne te trouble pas parce que je le sais. Sois seulement peiné que ton cœur ait des mouvements que Dieu n'approuve pas, et efforce-toi de ne plus les avoir. Je vous l'ai dit ; La première année est terminée. Au cours de la nouvelle j'avancerai, et avec des formes nouvelles, sur ma route. Vous aussi devez progresser au cours de cette seconde année. Autrement il serait inutile que je me fatigue à vous évangéliser et à vous sur-évangéliser, vous, mes futurs prêtres. " " Tu étais allé prier, maître ? Tu nous as promis de nous enseigner tes prières. Le feras-Tu cette année ? " " Je le ferai. Mais je veux vous enseigner à être bons. La bonté est déjà prière. Mais je le ferai, Jean.. " " Et est-ce que tu nous enseignerais aussi à faire des miracles, cette année ? " demande l'Iscariote. " Le miracle ne s'enseigne pas. Ce n'est pas un jeu d'amuseurs. Le miracle vient de Dieu, l'obtient qui est en grâce près de Dieu. Si vous apprenez à être bons, vous aurez la grâce et obtiendrez le miracle. " " Mais Tu ne réponds jamais à notre question. Simon te l'a posée 36 ainsi que Jean, et Tu ne nous as jamais dit où Tu es allé cette nuit. Sortir ainsi, seul, en pays païen, ce peut être dangereux. " " Je suis allé faire plaisir à une âme droite, et puisqu'il doit mourir, pour recueillir son héritage. " " Oui ? Il était si important ? " " Très important, Pierre, et de grande valeur. Le fruit du travail d'un vrai juste. " " Mais ... je n'ai rien vu dans ton sac. Ce sont peut-être des bijoux que tu as sur ton sein ? " " Oui, ce sont des bijoux très chers à mon cœur. " " Montre-les-nous, Seigneur. " " Je les aurai après la mort de celui qui doit mourir. Pour l'heure, ils servent à lui et à Moi, en les laissant où ils sont. " " Il les a placés à intérêt ? "

" Mais crois-tu que tout ce qui a de la valeur soit de l'argent ? C'est la chose la plus inutile et dégoûtante qui existe sur la terre. Il ne sert que pour les choses matérielles, le péché et l'enfer. Rarement l'homme s'en sert pour le bien. " " Alors, si ce n'est pas de l'argent, qu'est-ce ? " " Trois disciples formés par un saint. " " Tu as été près du baptiste. Oh ! Mais pourquoi ? " " Pourquoi ... Vous, vous m'avez toujours. Et vous tous, vous valez moins qu'une ongle du Prophète ; N'était-il pas juste que j'aille vers le saint d'Israël lui porter la bénédiction de Dieu pour le fortifier dans son martyre ? " " Mais s'il est saint ... il n'a pas besoin de fortification. Il se suffit ... " " Un jour viendra où 'mes' saints seront conduits devant les juges et à la mort. Ils seront saints, ils seront en grâce de Dieu, ils seront fortifiés par la foi , l'espérance et la charité. Et pourtant j'entende déjà leur cri, le cri de leur esprit 'Seigneur, aide-nous à cette heure !' Ce n'est que par mon aide que mes saints seront forts dans les persécutions. " " Mais ... nous ne serons pas ceux là, ce n'est pas ? Parce que moi, je ne suis vraiment pas capable de souffrir. " " C'est vrai. Mais toi, Barthélemy, tu n'es pas encore baptisé. " " Mais si, je le suis. " " Dans l'eau. Mais il te manque encore un autre baptême. Alors tu sauras souffrir. " " Je suis déjà âgé. " 37 " Et, si vieux que tu seras, tu seras plus fort qu'un jeune. " " Mais Tu nous aideras quand même, n'est-ce pas ? " " Je serai avec vous toujours. " " J'essaierai de m'habituer à souffrir. " dit Barthélemy. " Moi, je prierai sans relâche, dès maintenant, pour avoir cette grâce de Toi " dit Jacques d'Alphée. " Je suis âgé, et je ne demande que de te précéder et d'entrer avec Toi dans la paix " dit Simon le Zélote. " Moi ... je ne sais pas ce que je voudrais : mourir avant Toi ou mourir en même temps que Toi " dit Jude d'Alphée. " Moi, j'aurai de la peine si je te survis, mais je me consolerai en prêchant aux peuples " professe l'Iscariote. " Moi, je pense comme ton cousin " dit Thomas. " Moi, au contraire, comme Simon le Zélote " dit Jacques de Zébédée. " Et toi, Philippe ? " " Mais ... je dis que je ne veux pas y penser. L'Eternel me donnera ce qui est le mieux. " " Oh ! mais taisez-vous ! Il semble que le maître doive mourir bientôt ! Ne me faites pas penser à sa mort ! " s'exclame André. " Tu as bien parlé, mon frère. Tu es jeune et en bonne santé, Jésus. Tu dois nous enterrer tous, nous plus âgés que Toi. " " Et s'ils me tuent ? " " Que cela n'arrive jamais. Mais moi, je te vengerai. " " Comment ? Par des vengeances sanglantes ? " " Hé ... même ainsi si tu les permets. Mais autrement en enlevant par ma profession de foi parmi les peuples les accusations qu'on jette sur Toi. Le monde t'aimera parce que je serai infatigable à te prêcher. " " C'est vrai. Il en sera ainsi. Et toi, Jean. Et toi, Mathieu ? " " Moi, je dois souffrir et attendre d'avoir avec beaucoup de peine lavé mon esprit. " dit Mathieu. " Et moi, moi ... je ne sais pas. Je voudrais mourir tout de suite pour ne pas te voir souffrir. Je voudrais être à côté de Toi pour consoler ton agonie. Je voudrai vivre longtemps pour te servir longtemps. Je voudrais mourir avec Toi, pour entrer avec Toi au Ciel. Je voudrai tout, parce que je

t'aime. Et je pense que moi, le plus petit parmi mes frères, je pourrai tout cela si je sais t'aimes à la perfection. Jésus, augmente ton amour ! " dit Jean. " Tu voudrais dire : 'Augmente mon amour' " explique l'Iscariote. " Parce que c'est nous qui devons aimer toujours plus ... " " Non, je dis : 'Augmente ton amour' parce que nous l'aimerons davantage s'il nous brûle de son amour. " 38 Jésus attire près de Lui le pur et passionné Jean. Il le baise au front en disant ensuite : " Tu as révélé un mystère de Dieu sur la sanctification des cœurs. Dieu se répand sur les justes, et plus ils se livrent à son amour, plus Lui l'augmente et plus la sainteté grandit. C'est la mystérieuse et ineffable opération de Dieu et des esprits. Il s'accomplit dans les silences mystiques et sa puissance, que les mots humains ne peuvent décrire, crie d'indescriptibles chefs-d'œuvre de sainteté. C n'est pas une erreur mais une parole sage que de demander que Dieu augmente son amour dans un cœur. "

10. JÉSUS A NAZARETH : 'FILS, JE VIENDRAI AVEC TOI ' Jésus est seul ; Il marche rapidement sur la grande route proche de Nazareth et en entre dans la ville en se dirigeant vers la maison. Quand il est proche, il voit la Mère qui de son côté va à la maison avec, à côté d'elle, son neveu Simon chargé de bois sec. Il l'appelle : " Maman ! " Marie se retourne en s'écriant : " Oh !mon Fils bien aimé ! " et les deux courent l'un vers l'autre pendant que Simon, après avoir jeté son bois par terre, imite Marie, en allant vers son cousin qu'il salue cordialement. " Maman, je suis venu. Es-tu contente, maintenant ? " " Tellement, mon Fils. Mais ... si c'est seulement à ma prière que Tu l'as fait, je te dis qu'il ne m'est pas permis, ni à Toi, de suivre le sang plutôt que la mission. " " Non, Maman. Je suis venu aussi pour d'autres choses. " " C'est donc bien vrai, mon Fils ? Je croyais, je voulais croire que c'étaient des paroles mensongères et que Tu n'étais pas haï à ce point ... " Il y a des larmes dans la voix et les yeux de Marie. " Ne pleure pas, Maman. Ne me donne pas cette douleur. J'ai besoin de ton sourire. " " Oui, Fils, oui. C'est vrai. Tu vois tant de visages durs et hostiles que Tu as besoin de tant d'amour et de sourire. Mais ici, vois-tu, il y a quelqu'un qui t'aime pour tous ... " Marie, qui s'appuie légèrement à son Fils qui la tient par les épaules, marche lentement vers la maison et Elle essaye de sourire pour effacer toute peine du cœur de Jésus. Simon a repris son fardeau et marche à côté de Jésus. 39 " Tu es pâle, Maman. Ils t'ont donné beaucoup de peine ? As-tu été malade ? Es-tu trop fatiguée ? " " Non, Fils, non. Je n'ai aucune peine que celle de te voir au loin et pas aimé. Mais ici, avec moi, ils sont très bons. Je ne parle même pas de Marie et d'Alphée : tu sais ce qu'ils sont. Mais même Simon, tu vois comme il est bon ? C'est toujours ainsi. Il m'a rendu service, ces mois-ci. Maintenant, il m'approvisionne de bois. Il est si bon. Et même Joseph, sais Tu ? Tant de pensées délicates pour leur Marie. " " Dieu te bénisse, Simon, et qu'Il bénisse aussi Joseph. Que vous ne m'aimiez pas encore comme Messie, je vous le pardonne. Oh ! à l'amour du Christ que je suis, vous y viendrez, mais comment pourrais-je vous pardonner de ne pas l'aimer, Elle ? " " Aimer Marie, c'est juste et c'est la paix, Jésus. Mais Toi aussi tu es aimé ... seulement, voilà, nous avons trop de craintes pour Toi. " " Oui,, vous m'aimez humainement. Vous viendrez à l'autre amour. " " Mais, Toi aussi Tu es pâle et amaigri. "

" Oui, tu semble plus âgé. Je le vois moi aussi " observe Simon. Ils rentrent dans la maison et Simon, après avoir mis son bois en place, se retire discrètement.. " Fils, maintenant que nous sommes seuls, dis-moi la vérité, toute entière. Pourquoi t'ont- ils chassé ? " Marie parle, les mains sur les épaules de son Jésus et Elle fixe son visage amaigri. Jésus a un sourire doux et las : " Parce que je cherchais à amener l'homme à l'honnêteté, à la justice, à la vraie religion. " " Mais qui t'accuse ? Le peuple ? " " Non, Mère. Les pharisiens et les scribes, à l'exception de quelques justes qui se trouvent parmi eux. " " Mais, qu'as Tu fait pour attirer leurs accusations ? " " J'ai dit la vérité. Ne sais-tu pas que c'est la plus grande faute auprès des hommes ? " " Et qu'est ce qu'ils ont pu dire pour justifier leurs accusations ? " " Des mensonges. Ceux que tu connais et d'autre encore. " " Dis-les à ta Maman. " Ta douleur, mets-la toute entiere dans mon sein. Un sein de mère est habitué à la douleur et il est heureux de la consumer pour l'enlever du cœur de son Fils. Donne-moi ta douleur, Jésus. Mets-toi ici comme quand tu étais tout petit, et de pose tout ton amertume. " Jésus s'assoit sur un petit banc aux pieds de sa mère et raconte tous ces mois de Judée, sans rancœur, mais sans voile. 40 Marie Lui caresse les cheveux avec sur les lèvres un héroïque sourire qui contraste avec la larme qui scintille dans son œil azuré. Jésus parle aussi de la nécessité d'approcher des femmes pour les racheter et la peine qu'il a de ne pouvoir la faire à cause de la malignité des hommes. Marie est d'accord et Elle décide/ " Fils, Tu ne dois pas me refuser ce que je veux. Désormais je viendrai avec Toi quand Tu t'éloigneras. Par n'importe quel temps, en n'importe quelle saison, en n'importe quel endroit. Je te défendrai contre la calomnie. Ma seule présence fera tomber la boue. Et Marie viendra avec moi. Elle le désire tant. C'est cela qu'il faut près du Saint contre le démon et le monde : le cœur des mamans. "

11. A CANA. DANS LA MAISON DE SUZANNE. L'OFFICIER ROYAL Jésus se dirige peut-être, vers le lac. Certainement il se rend à Cana en se dirigeant vers la maison de Suzanne. Avec Lui, il y a ses cousins. Ils s'arrêtent dans la maison, se reposent et se restaurent. Les parents et les amis de Cana l'écoutent comme on devrait toujours le faire. Jésus instruit simplement ces bonnes personnes. Il console la peine de l'époux de Suzanne qui doit être malade car elle n'est pas là et j'entends qu'on parle avec insistance de ses souffrances. C'est alors qu'entre un homme bien vêtu qui se prosterne aux pieds de Jésus. "Qui est-tu? Que veux-tu?" Pendant que cet homme soupire et pleure, le maître de la maison tire Jésus par son vêtement et Lui dit tout bas: "C'est un officier du Tétrarque. Ne te fie pas trop." "Parle, donc. Que veux-tu de Moi?" "Maître, j'ai appris que tu es venu. Je t'attendais comme on attend Dieu. Viens tout de suite à Capharnaüm. Mon garçon est couché, tellement malade que ses heures sont comptées. J'ai vu Jean, ton disciple. Il m'a appris que tu venais ici. Viens, tout de suite, avant qu'il ne soit trop tard." "Comment? Toi qui es le serviteur du persécuteur du saint d'Israël, comment peux-tu croire en Moi, Vous ne croyez pas au Précurseur du Messie. Comment, alors, pouvez-vous croire au Messie?" 41 "C'est vrai. Nous péchons par incrédulité et par cruauté. Mais aie pitié d'un père! Je connais Chouza et j'ai vu Jeanne. Je l'ai vue avant et après le miracle, et j'ai cru en Toi." "Oui, vous êtes une génération tellement incrédule et perverse que sans signes et sans prodiges vous ne croyez pas. Il vous manque la première qualité indispensable pour obtenir le miracle." "C'est vrai! C'est tout à fait vrai! Mais, tu le vois ... Je crois en Toi à présent, et je t'en prie: viens, viens tout de suite à Capharnaüm. Je te ferai trouver une barque à Tibériade pour que tu viennes plus rapidement. Mais viens avant que mon petit ne meure!" et il pleure, désolé. "Je ne viens pas, pour l'instant. Mais va à Capharnaüm. Dès ce moment ton fils est guéri et il vit." "Que Dieu te bénisse, mon Seigneur. Je crois. Mais comme je veux que toute ma maison te fasse fête, viens ensuite à Capharnaüm dans ma maison." "Je viendrai. La paix soit avec toi." L'homme sort en h" C'est vrai entend tout de suite après le trot d'un cheval. " Mais, il est bien guéri, ce garçon ? " demande l'époux de Suzanne. " Et peux-tu croire que je mente ? " " Non, Seigneur. Mais Tu es ici et le garçon est là-bas. " " Il n'y a pas de barrière pour mon esprit, ni de distance " " Oh !, mon Seigneur ! Toi qui as changé l'eau en vin à mes noces, change mes pleurs en sourire, alors, guéris Suzanne. " " Que me donneras-tu en échange ? " " La somme que Tu veux. " " Je ne souille pas ce qui est saint avec le sang de Mammon. Je demande à ton esprit ce qu'il me donnera. " " Moi-même, si Tu veux. " " Et si je te demandais, sans discussion, un grand sacrifice ? " " Mon seigneur, je te demande la santé de mon épouse et notre sanctification à tous. Je crois que pour l'obtenir je ne pourrais retenir aucun sacrifice trop grand ... " " Tu souffres pour ta femme. Mais si Moi je la ramènerais à la vie, en la conquérant pour toujours comme disciple, que dirais-tu ? " " Que ... que Tu en as le droit... et que ... j'imiterai Abraham dans la promptitude du sacrifice ; " " Tu as bien parlé. Écoutez tous : le temps de mon Sacrifice s'approche. Comme l'eau, il court rapide et sans arrêt vers l'embouchure. Il me faut accomplir tout ce que je dois. Et la dureté 42

des hommes me ferme un si large champ de mission. Ma Mère et Marie d'Alphée viendront avec moi quand je m'éloignerai pour aller au milieu des populations qui ne m'aiment pas encore,, ou ne m'aimeront jamais. Ma sagesse sait que les femmes pourront aider le Maître dan ce domaine interdit. Je suis venu pour racheter aussi la femme, et dans mon ère, on verra les femmes semblables à des prêtresses, servir le Seigneur et les serviteurs de Dieu. J'ai choisi mes disciples. Mais pour choisir les femmes qui ne sont pas libres, je dois les demander à leurs pères et à leurs maris. Le veux-tu ? " " Seigneur ... j'aime Suzanne et jusqu'à présent je l'ai aimée plus comme chair que comme esprit. Mais, sous ton enseignement, quelque chose déjà est changé en moi et je vois en ma femme une âme aussi, en plus d'un corps. L'âme appartient à Dieu, et Tu es le Messie, Fils de Dieu. Je ne puis te disputer le droit sur ce qui appartient à Dieu. Si Suzanne veut te suivre, je n'y serai plus hostile. Seulement, je t'en prie, opère le miracle de la guérir dans sa chair, et moi dans mes sens... " " Suzanne est guérie. Elle viendra dans quelques heures te dire sa joie. Laisse son âme suivre son impulsion sans parler de ce que je t'ai dit. Tu verras que son âme viendra vers Moi avec la spontanéité de la flamme qui tend vers le haut. Et cela ne fera pas mourir son amour d'épouse, mais il montera au plus haut degré qui est de s'aimer avec ce qu'il y a de meilleur en nous : l'esprit. " " Suzanne t'appartient, seigneur. Elle devait mourir lentement, avec des grandes souffrances. Et une fois morte, je l'aurais vraiment perdue sur la terre. Les choses étant comme tu dis, je l'aurai encore à mes côtés pour me conduire sur tes chemins. Dieu me l'a donnée et Dieu me l'en lève. Que le Très-Haut soit béni pour le don qu'Il m'a fait et celui qu'Il me demande. "

12. DANS LA MAISON DE ZÉBÉDÉE. SALOMÉ REÇUE COMME DISCIPLE. Jésus se trouve dans une maison dont je comprends qu'elle est celle de Jacques et de Jean d'après les conversations de ceux qui s'y trouvent. Avec Jésus, en plus des deux disciples, il y a Pierre et André, Simon le Zélote, l'Iscariote et Mathieu. Les autres, je ne les 43 vois pas. Jacques et Jean sont heureux. Ils vont et viennent de leur mère à Jésus et vice versa comme deux papillons qui ne savent quelle fleur préférer entre deux également aimées. Et Marie Salomé caresse chaque fois ses enfants, heureuse, pendant que Jésus sourit. Ils doivent avoir terminé le repas, car je vois que la table est encombrée. Mais ils veulent absolument faire manger à Jésus des grappes de raisin blanc que leur mère a gardé en conserve et qui doit être doux comme du miel. Que ne donneraient-ils pas à Jésus ! Mais Salomé veut donner et recevoir quelque chose de plus que du raisin et des caresses. Et, après être restée un peu pensive en regardant Jésus, en regardant Zébédée, elle se décide. Elle va vers le Maître qui est assis le dos appuyé à la table et elle s'agenouille devant Lui. " Que veux-tu, femme ? " " Maître, tu as décidé de faire venir avec Toi ta Mère et la mère de Jacques et Jude et aussi Suzanne, et certainement aussi la grande Jeanne de Chouza viendra. Toutes les femmes qui te vénèrent viendront, s'il en vient une seule. Je voudrais en être moi aussi. Prends-moi, Jésus.. Je te servirai avec amour. " " Tu as Zébédée dont tu dois t'occuper. Est-ce que tu ne l'aimes plus ? " " Oh ! si, je l'aime. Mais je t'aime davantage, Toi. Oh ! je ne veux pas dire que je t'aime en tant qu'homme. J'ai soixante ans, et depuis quarante ans je suis épouse et jamais je n'ai vu d'autre homme que le mien. Je ne deviens pas folle, maintenant que je suis vieille. Et la vieillesse ne fait pas mourir l'amour que j'ai pour mon Zébédée. Mais Toi.. Je ne sais pas parler. Je suis une pauvre femme. Je parle comme je sais. Voici : Zébédée, je l'aime avec tout ce que j'étais jusqu'alors. Toi, je t'aime avec tout ce que tu as su faire venir en moi par tes paroles et par celles que m'ont transmises Jacques et Jean. C'est quelque chose de tout à fait différent... mais tellement beau. "

" Ce ne sera jamais aussi beau que l'amour d'un excellent époux. " " Oh ! non ! C'est quelque chose de bien plus ! ... Oh ! ne le prends pas mal, Zébédée ! Je t'aime encore avec tout moi-même. Mais Lui je l'aime avec quelque chose qui est encore Marie, mais qui n'est plus Marie, la pauvre Marie, ton épouse ... qui est bien plus .. Oh ! je ne sais pas le dire ! " Jésus sourit à la femme qui ne veut pas blesser son mari mais qui ne peut taire son grand, son nouvel amour. Même Zébédée sourit 44 gravement en s'approchant de son épouse qui, toujours à genoux, fait un tour sur elle-même pour se tourner alternativement vers son époux et vers Jésus. " Mais, sais-tu, Marie, que tu devras quitter ta maison, ? Tu y est tellement attachée ! Tes colombes... tes fleurs.. cette vigne qui donne ce doux raisin dont tu es si fière .. et tes ruches, les plus célèbres du pays ... et aussi ce métier sur lequel tu as tissé tant de lin et tant de laine pour tes bien-aimés... Et tes petits enfants ? Comment feras-tu pour vivre sans ces petits ? " " Oh ! mais, mon Seigneur ! Que veux-tu que ce soit, pour moi, les murs, les colombes, les fleurs, la vigne, les ruches, le métier, toutes choses bonnes et chères, mais si mesquines par rapport à Toi, à l'amour pour Toi ?! Les petits ... oh ! oui ! ce sera une peine de ne plus pouvoir les endormir sur mon sein et de ne plus les entendre m'appeler ... Mais Toi, tu es bien plus ! Oh ! si tu es bien plus que toutes ces choses que tu me nommes ! Et si toutes ces choses prises ensemble et à cause de ma faiblesse m'étaient plus chères que de te servir et te suivre, moi, en pleurant, je les jetterais de côté en pleurant comme une femme, pour te suivre avec mon âme souriante. Prends-moi, Maître. Dites-le-Lui, vous, Jean, Jacques... et toi, mon époux. Soyez bons. Venez à mon aide, tous. " " C'est bien. Tu viendras aussi avec les autres. J'ai voulu te faire bien réfléchir sur le passé et sur le présent, sur ce que tu laisses, sur ce que tu prends. Mais viens, Salomé. Tu es mûre pour entrer dans ma famille. " " Oh ! mûre ! Je suis moins qu'un tout petit. Mais tu pardonneras mes erreurs et me tiendras par la main. Toi ... parce que, grossière comme je suis, je rougirai beaucoup devant ta Mère et devant Jeanne. Devant tous j'aurai honte, mais pas devant Toi, parce que tu es la Bonté et Tu comprends tout, excuse tout, pardonnes tout. "

13. JÉSUS PARLE AUX SIENS DE L'APOSTOLAT FÉMININ "Qu'as tu Pierre? Tu sembles mécontent" demande Jésus, qui suit un sentier de campagne suis les branches des amandiers en fleurs qui annoncent à l'homme la fin de la mauvaise saison. "Je réfléchis, Maître." 45 "Tu réfléchis. Je le vois bien, mais ta physionomie fait voir que tu ne penses pas à des choses gaies." "Mais Toi qui sais tout ce qui nous concerne, tu le sais déjà." "Oui. Je le sais déjà. Même Dieu le Père sait les besoins de l'homme, mais Il veut trouver dans l'homme la confiance qui expose ses propres besoins et qui demande de l'aide. Moi, je peux te dire que tu as tort de te tourmenter." "Alors mon épouse ne t'est pas moins chère?" "Mais non, Pierre. Et pourquoi devrait-elle l'être moins? Si nombreuses sont au Ciel les demeures de mon Père. Si nombreuses sont sur la terre les fonctions de l'homme. Et pourvu qu'elles soient faites saintement, elles sont toutes bénies. Pourrais-je dire qu'elles sont mal vues de Dieu toutes les femmes qui ne suivent pas les Marie et Suzanne?" "Hé! Non. Alors mon épouse aussi croit au Maître et ne suit l'exemple des autres" dit Barthélemy. "Et la mienne non plus, avec ses filles. Elles restent à la maison, mais toujours prêtes à offrir l'hospitalité, comme elles l'ont fait hier" dit Philippe. "Je crois que ma mère en fera autant. Elle ne peut pas tout quitter... elle est seule" dit l'Iscariote.

"C'est vrai! C'est vrai! J'étais triste parce qu'il me semblait que la mienne était si ... si peu ... Oh! je ne sais pas le dire!" "Ne la critique pas, Pierre. C'est une honnête femme" dit Jésus. "Elle est très timide. Sa mère les a toutes, filles et belles-filles, pliées sous ses volontés" dit André. "Mais, depuis tant d'années qu'elle est avec moi, elle aurait dû changer!" "Oh! frère! Tu n'es pas doux, toi non plus, sais-tu? Sur une personne timide tu produis l'effet d'une grosse bûche qu'on vous lance entre les jambes. Ma belle-sœur est très bonne, et la preuve en est d'avoir supporté avec patience sa mère avec toute sa méchanceté et toi avec ton autorité." Tout le monde rit de la conclusion si franche d'André et du visage étonné de Pierre qui s'entend proclamer autoritaire. Même Jésus rit tout à fait de bon cœur. Puis il dit: "Les femmes fidèles qui ne se sentent pas appelées à quitter leur maison pour me suivre me servent également en restant chez elles. Si toutes avaient voulu venir avec Moi, j'aurais dû commander à certaines de rester. Maintenant que les femmes s'uniront à nous, je dois aussi penser à elles. Il ne serait ni convenable ni prudent que des 46 femmes se trouvent sans demeure allant ici et là. Nous, nous pouvons dormir n'importe où. La femme a d'autres besoins, et il lui faut un abri. Nous, nous pouvons coucher sur une même litière. Elles ne peuvent rester au milieu de nous par respect et par prudence pour leur constitution plus délicate. On ne doit jamais tenter la Providence ni s'affranchir de la nature au-delà de certaines limites. Maintenant je ferai de toute maison amie où habite une de vos femmes, un abri pour les autres. De la tienne, Pierre, de la tienne Philippe, de la tienne Barthélemy, et de la tienne, Judas. Nous ne pourrons imposer aux femmes les marches continuelles que nous ferons. Mais elles nous attendront au lieu fixé pour le départ chaque matin et le retour chaque soir. Nous leur donnerons des instructions pendant les heures de repos et le monde ne pourra plus jaser si d'autres malheureuses créatures viennent vers Moi et il ne me sera pas interdit de pouvoir les entendre. Les mères et les épouses qui nous suivront serviront de défense à leurs sœurs et à Moi contre les calomnies du monde. Vous voyez que je suis en train de faire un rapide voyage pour saluer là où ils se trouvent les amis que j'ai déjà et ceux que je pourrai avoir. Ceci n'est pas pour Moi. Mais pur les plus faibles parmi les disciples dont la faiblesse soutiendra notre force et la rendra utile auprès de tant, de tant de créatures." "Mais, maintenant, nous allons à Césarée, as-tu dit. Qui est-ce qu'il y a là?" "Les créatures qui aspirent au Dieu Vrai il y en a partout. Le printemps déjà s'annonce dans cette blancheur rose des amandiers et fleurs. Les jours de gel sont finis. Dans peu de jours j'aurai fixé les endroits où se dirigeront et auront un abri les femmes disciples et nous reprendrons alors nos pérégrinations en semant la parole de Dieu sans avoir à nous préoccuper pour les soeurs, sans craindre la calomnie. Leur patience vous instruira et aussi leur douceur. Pour les femmes aussi, va arriver l'heure où sonnera sa réhabilitation. De vierges, d'épouses, de mères saintes il y en aura une grande floraison dans mon Eglise."

14. JÉSUS Á CÉSARÉE MARITIME. IL PARLE AUX GALÉRIENS Jésus est au milieu d'une place, grande et assez belle, que pro 47 longe une route très large jusqu'au bord de la mer. Une galère, depuis peu, a quitté le port et gagne le large poussée par le vent et propulsé par les rames. Une autre manœuvre pour entrer, car on cargue les voiles et les rames se meuvent d'un seul côté pour faire tourner le navire dans une position convenable. Le port ne se voit pas, de la place, mais il doit être proche. Sur les côtés de la place sont alignées de vastes demeures aux murs extérieurs caractérisés par l'absence presque totale d'ouvertures. Pas de boutiques. "Où allons-nous, maintenant? Tu as voulu venir ici plutôt qu'au quartier oriental, ici ce sont des lieux païens. Qui veux-tu qui t'écoute?" demande Pierre qui en fait reproche à Jésus.

"Nous allons là-bas, dans cet angle, près de la mer, et là je parlerai. "Aux flots?" "Même eux ont été créés par Dieu." Ils y vont. Maintenant, ils sont justement dans ce recoin et voient le port où entre lentement la galère vue auparavant et qu'on amarre. Quelques marins flânent le long des quais. Quelques marchands de fruits se risquent à aller vers le bâtiment romain pour vendre leurs produits. Rien d'autre. Jésus, appuyé au mur, semble vraiment parler aux flots. Les apôtres, peu satisfaits de la situation sont autour de Lui, les uns debout, les autres assis sur des rochers dispersés ça et là qui semblent servir de sièges. "Sot est l'homme qui se voyant puissant, en bonne santé et heureux dit: 'De quoi ai-je désormais besoin? Et de qui? De personne. Rien ne me manque, je me suffis. Les lois ou les décrets de Dieu ou ceux de la morale sont pour moi inexistants. Ma loi, c'est de faire ce qui m'est possible sans réfléchir si c'est bien ou mal pour les autres'." Un vendeur se retourne en entendant cette voix sonore et vient vers Jésus qui continue: "C'est ainsi que parle l'homme et la femme sans sagesse et sans foi. Mais si, de cette façon, il manifeste qu'il possède une puissance plus ou moins grande, il montre également sa parenté avec le Mal." Des hommes descendent de la galère et d'autres barques viennent vers Jésus. "L'homme montre, non par des paroles mais par les faits, sa parenté avec Dieu et avec la Vertu quand il réfléchit que la vie est plus changeante que la mer, qui maintenant est tranquille et demain sera en fureur. De la même façon, le bien-être et la puis 48 sance aujourd'hui peut être demain misère et impuissance. Et que fera alors l'homme privé de l'union avec Dieu? Combien y en a-t-il sur cette galère qui furent un jour heureux et puissants et qui maintenant sont esclaves et considérés comme coupables! Coupables, par conséquent esclaves deux fois: de la loi humaine dont on s'est moqué en vain car elle existe et elle punit ceux qui la transgressent, et de Satan qui éternellement prend possession des coupables qui n'arrivent pas à haïr leur faute." "Salut, Maître! Toi ici? Tu me reconnais?" "Que Dieu vienne à toi, Publius Quintilianus. Tu le vois, je suis venu." "Et justement ici, dans le quartier romain. Je n'espérais plus te voir, mais j'ai plaisir à t'entendre." "Moi aussi. Sur cette galère il y a beaucoup de rameurs?" "Beaucoup. Des prisonniers de guerre en majeure partie. Ils t'intéressent?" "Je voudrais aller près du bateau." "Viens. Faites place, vous autre" ordonne-t-il au peu de personnes qui s'étaient approchées et qui s'écartent rapidement en marmonnant des injuries. "Laisse-les donc. Je suis habitué à être serré parmi les gens." "Jusqu'ici c'est possible. Pas plus loin. Galère militaire." "Ça suffit. Dieu t'en récompense!" Jésus recommence à parler pendant que le romain semble monter la garde à ses côtés, dans sa tenue magnifique. "Esclaves par suite d'un douloureux événement, c'est-à-dire esclaves une seule fois. Esclaves pour toute la vie. Mais chaque larme qui tombe sur leurs chaînes, tout coup qui vient marquer une douleur sur leur chair desserre les menottes, orne ce qui ne meurt pas, leur ouvre enfin la paix de Dieu qui est l'ami de ses pauvres fils malheureux et qui leur donnera tant de joie en échange de tout ce qui ici a été la douleur." De l'intérieur de la galère s'avancent des hommes de la chiourme qui écoutent. Naturellement, les galériens ne sont pas parmi eux. Mais certainement, par les ouvertures où passent les rames, ils entendent arriver jusqu'à eux la voix puissante de Jésus qui se propage dans l'air tranquille à cette heure de marée basse. Publius Quintilianus, appelé par un soldat, est parti. "Je veux dire à ces malheureux que Dieu aime, d'être résignés dans leur souffrance, d'en faire

seulement une flamme qui rompt plus vite les chaînes de la galère et de la vie en consumant dans le 49 désir de Dieu cette pauvre journée qu'est la vie, journée sombre, orageuse, remplie de peurs et de privations, pour entrer dans le jour de Dieu lumineux, serein, sans plus jamais de peurs ni de souffrances. Vous entrerez dans la grande paix, dans l'infinie liberté du Paradis, ô martyrs d'un sort douloureux, pourvu que dans votre souffrance vous sachiez être bons et aspirez à Dieu." Publius Quintilianus revient avec d'autres soldats et derrière lui arrive une litière portée par des esclaves et laquelle les soldats font faire une place. "Qui est Dieu? Je parle aux gentils qui ne savent pas qui est Dieu. Je parle aux fils des peuples soumis qui ne savent pas qui est Dieu. Dans vos forêts, ô Gaulois, ô Ibères, ô Traces, ô Germaines, ô Celtes, vous avez quelque chose qui manifeste Dieu. L'âme tend spontanément vers l'adoration, car elle se souvient du Ciel. Mais vous ne savez pas trouver le Dieu Vrai qui a mis une âme dans vos corps, une âme égale à la nôtre, fils d'Israël, égale à celle des Romains puissants qui vous ont subjugués, une âme qui a les mêmes devoirs et les mêmes droits à l'égard du Bien et à laquelle le Bien, c'est-à-dire le Dieu Vrai, sera fidèle. Soyez-le également vous aussi à l'égard du Bien. Le dieu ou les dieux que vous avez jusqu'à présent adorés, dont vous avez appris le nom ou les noms sur les genoux maternels, le dieu auquel peut-être ,maintenant vous ne pensez plus parce que de lui vous ne voyez pas venir un réconfort dans vos souffrances, que peut-être vous arrivez haïr et à maudire dans le désespoir de votre journée, n'est pas le vrai Dieu. Le Vrai Dieu est Amour et Pitié. Étaient-ils cela, par hasard, vos dieux? Non. Ils n'étaient que dureté, férocité, mensonge, hypocrisie, vice, vol. Et maintenant ils vous ont laissé sans le minimum de réconfort qu'est l'espérance d'être aimés et la certitude du repos après tant de souffrances. Il est ainsi, car vos dieux n'existent pas. Mais Dieu, le Dieu vrai qui est Amour et Pitié, et dont je vous affirme l'existence, c'est Celui qui a fait les cieux, les mers, les montagnes, les forêts, les arbres, les fleurs, les animaux, l'homme. C'est Celui qui inculque à l'homme victorieux de la pitié et un amour, semblables aux siens, à l'égard des pauvres de la terre. O puissants, ô maîtres, pensez que vous avez tous la même origine. Ne vous acharnez pas sur ceux qu'un malheur a fait tomber entre vos mains et soyez humains aussi envers ceux qu'une faute a attachés aux bancs de la galère. De nombreuses fois l'homme pèche. Personne n'est sans fautes plus ou moins secrètes. Si vous y réfléchissez, vous serez bons pour 50 des frères qui, moins chanceux que vous, ont été punis des fautes que vous aussi vous avez commises, tout en restant impunis. La justice humaine est tellement incertaine dans ses jugements qu'il serait malheureux que la justice divine le fût également. Il y a des coupables qui ne semblent pas l'être, et des innocents qu'on estime coupables. Ne cherchons pas à savoir pourquoi. Ce serait trop d'accusation pour l'homme injuste et rempli de haine envers son semblable! Il y a des coupables qui le sont bien réellement mais qui ont été portés au crime par des forces puissantes qui excusent en partie leur faute. Vous, par conséquent, qui êtes préposés aux galères, soyez humains. Au-dessus de la justice humaine, il y a la justice divine qui est bien plus élevée. Celle du Dieu Vrai, de Celui qui a créé le roi et l'esclave, le rocher et le grain de sable. Il vous regarde: vous les rameurs, et vous préposés à la chiourme, et malheur à vous si vous êtes cruels sans raison. Moi, Jésus le Christ, le Messie du vrai Dieu, je vous en donne la certitude: Lui, à votre mort, vous attachera à une galère éternelle en confiant le fouet maculé de sang aux démons et vous subirez les mêmes tortures et les mêmes coups que vous avez infligés. Car s'il y a une loi humaine qui prévoit la punition du coupable, il faut dans la punition ne pas dépasser la mesure. Sachez vous en souvenir. Celui qui est puissant aujourd'hui peut être misérable demain. Dieu seul est éternel. Je voudrais changer le coeur et je voudrais surtout rompre les chaînes, vous rendre la liberté et vos patries perdues. Mais, frères galériens, si vous ne voyez pas mon visage, je n'ignore pas votre coeur avec toutes ses blessures. En échange de la liberté et de la patrie terrestre que je ne puis pas vous donner, ô pauvres hommes esclaves des puissants, je vous donnerai une plus haute liberté et une meilleure Patrie. Pour vous, je me suis fait prisonnier et j'ai, pour vous, même pour vous qui n'êtes pas l'opprobre de la terre comme on vous appelle, mais la honte de l'homme oublieux de la mesure,

dans la rigueur de la guerre et de la justice, je ferai une nouvelle Loi sur la terre et une demeure au Ciel. Rappelez-vous mon nom, fils de Dieu, qui pleurez. C'est le nom de l'Ami. Dites-le dans vos peines. Soyez assurés que si vous m'aimez, vous me posséderez même si sur la terre nous ne nous voyons jamais. Je suis Jésus Christ, le Sauveur, votre Ami. Au nom du Dieu vrai, je vous réconforte. Que la paix, vite, vienne sur vous." 51 La foule, en majeure partie romaine s'est groupée autour de Jésus dont les idées nouvelles ont étonné tout le monde. "Par Jupiter! Tu m'as fait penser à des choses nouvelles. Je n'y avais jamais pensé, mais je sens qu'elles sont vraies..." Publius Quintilianus, à la fois pensif et enthousiasmé, regarde Jésus. "C'est ainsi, ami. Si l'homme s'adonnait à la réflexion, il n'arriverait jamais à commettre le crime." "Par Jupiter, par Jupiter! Quelles paroles! Il faut que je m'en souvienne! Tu as dit: "Si l'homme s'adonnait à la réflexion...'." "..'il n'arriverait jamais à commettre le crime'." "Mais c'est vrai! Par Jupiter! Mais sais-tu que tu es grand?!" "Tout homme qui le voudrait, pourrait l'être comme Moi, s'il n'était qu'un avec Dieu." Le romain continue sa litanie de 'par Jupiter' l'un plus administratif que l'autre. Mais Jésus lui dit: 'Pourrais-je donner un réconfort à ces galériens? J'ai de l'argent... Un fruit, une douceur pour qu'ils sachent que je les aime." "Donne-le ici, je puis le faire. Et du reste, il y a là une dame qui a de grands pouvoirs. Je vais le lui demander." Publius va vers la litière et il parle près du rideau à peine entrouvert. Il revient: "J'ai pleins pouvoirs. Je vais surveiller la distribution pour que les argousins ne fassent pas d'abus. Et ce sera l'unique fois qu'un soldat de l'empire usera de pitié envers des esclaves de guerre." "La première fois. Pas la seule. Il viendra un jour où il n'y aura plus d'esclaves; mais auparavant mes disciples seront descendus parmi les galériens et les esclaves pour les appeler frères." Un autre série de 'par Jupiter' traverse l'air calme, pendant que Publius attend d'avoir suffisamment de fruits et de vin pour les galériens. Puis, avant de monter sur la galère, il dit à l'oreille de Jésus: "Là, à l'intérieur, se trouve Claudia Procula. Elle voudrait t'entendre encore mais, en attendant, elle veut te demander quelque chose. Va." Jésus va vers la litière. "Salut, Mare." Le rideau s'écarte à peine, laissant voir une belle femme sur les trente ans. "Que le désir de la sagesse vienne en toi." "Tu as dit que l'âme se souvient des Cieux. Elle est donc éternelle, cette chose que vous dites exister en nous?" "Elle est éternelle. C'est pour cela qu'elle se souvient de Dieu, de Dieu qui l'a créée." 52 "Qu'est-ce que c'est que l'âme?" "L'âme est vraie noblesse de l'homme. Tu es fière d'appartenir à la gens Claudia. L'homme est quelque chose de plus, car il appartient à la famille de Dieu. Tu as en sang de la gens Claudia, une famille puissante qui a eu une origine et aura une fin. En l'homme par l'âme il y a le sang de Dieu. Car l'âme est le sang spirituel -Dieu étant un très pur Esprit- du Créateur de l'homme: de Dieu éternel, puissant, saint. L'homme est donc éternel, puissant, saint par l'âme qui est en lui et qui est vivante tant qu'elle est unie à Dieu." "Je suis païenne. Je n'ai donc pas d'âme..." "Tu en as une, mais elle est tombée en léthargie. Éveille-la à la Vérité et à la Vie..." "Adieu, Maître." "Que la Justice te conquière. Adieu." "Comme vous voyez, ici aussi j'ai eu des auditeurs" dit Jésus à ses disciples. "Oui, mais à part les romains, qui t'aura compris? Ce sont des barbares!" "Qui? Tous. La paix est en eux et ils se souviendront de Moi beaucoup plus que beaucoup d'autres

en Israël. Allons pour le repas dans la maison qui nous donne l'hospitalité." "Maître, cette femme est la même qui m'a parlé le jour où tu as guéri ce malade. Je l'ai vue et reconnue" dit Jean. "Vous voyez donc qu'il y avait aussi ici quelqu'un qui nous attendait. Mais vous ne semblez pas très satisfaits. J'aurai beaucoup fait, le jour où je vous aurai persuadés que ce n'est pas seulement pour Israël, mais pour tous les peuples que je suis venu et que c'est pour tous que je vous ai préparés. Je vous dis donc: mettez en votre mémoire tout ce qui vient de votre Maître. Il n'y a pas de fait, pour insignifiant qu'il soit, qui ne doive devenir un jour une règle pour l'apostolat." Personne ne répond, et Jésus a un sourire triste, plein de compassion. [Ce matin, Il en a eu un aussi pour moi... J'étais prise par un tel découragement que je me suis mise à pleurer pour tant de choses. La dernière n'était pas la fatigue d'écrire et d'écrire avec la conviction que tant de bonté de la part de Dieu et de tant de fatigues pour le petit Jean étaient bien inutiles. Et en pleurant j'ai appelé mon Maître. Et puis-que par bonté Il est venu tout pour moi, je Lui ai dit ma pensée. Il a eu un haussement d'épaules qui équivalait à: 'Laisse tomber le monde et ses histoires' et puis Il m'a caressée en me disant: "Et quoi? Tu ne voudrais plus m'aider? Le monde ne veut pas connaître mes paroles? 53 Eh bien, racontons-les nous entre nous pour la joie que j'ai de le répéter à un coeur fidèle et pour celle que tu as de les entendre. Les lassitudes de l'apostolat!... Plus accablantes que celles de n'importe quel travail! Elles assombrissent le jour le plus serein et remplissent d'amertume la plus douce nourriture. Tout devient cendre et boue, nausée et fiel. Mais mon âme, ce sont les heures où nous prenons sur nous le fardeau de la lassitude, du doute, de la misère des mondains qui meurent de ne pas posséder ce que nous avons. Ce sont les heures où nous agissons davantage. Je te l'ai déjà dit l'an passé. 'À quoi bon' se demande l'âme submergée par tout ce qui submerge le monde, c'est-àdire le flot qu'envoie Satan et où le monde se noie? Mais l'âme, clouée avec son Dieu sur la croix, ne se noie pas. Elle perd pour un instant la lumière et s'engloutit sous les eaux nauséeuses de la lassitude spirituelle, et puis se dégage, plus fraîche et plus belle. Ce que tu dis: 'Je ne suis plus bonne à rien' est une conséquence de cette lassitude. Tu ne serais jamais bonne à rien. Mais Moi, je suis toujours Moi et tu seras donc toujours bonne pour ton office de porte-parole. Certainement si je le voyais que comme une pesante et très précieuse gemme mon don est avarement enfoui, imprudemment utilisée ou que, par paresse, on ne cherche pas à le protéger sous ces garanties que la méchanceté humaine impose de prendre dans certains cas pour protéger le don et la créature à travers laquelle il arrive, je dirais mon 'ça suffit'. Et cette fois, sans retour. Ça suffit pour tous, excepté pour ma petite âme qui aujourd'hui semble exactement une petite fleur sous une averse. Et peux-tu, avec ces caresses douter que Moi, je t'aime? Allons! Tu m'as aidé en temps de guerre. Aide-Moi, maintenant, encore... Il y a tant à faire." Et je me suis calmé sous la caresse de la longue main et du sourire si doux de mon Jésus, en blanc, comme toujours, quand Il est tout pour moi. ]

15. GUÉRISON DE LA PETITE ROMAINE À CÉSARÉE Jésus est encore à Césarée Maritime. Il n'est plus sur cette place d'hier mais plus à l'intérieur, en un endroit d'où cependant l'on voit le port et les navires. Ici, il y a beaucoup d'entrepôts et de boutiques. Et comme même par terre en cet endroit terreux il y a des nattes couvertes de produits variés, j'en conclus que je suis près des marchés qui peut-être étaient situés dans le voisinage du port et des magasins pour la commodité des navigateurs et de ceux qui viennent acheter les marchandises apportées par bateaux. L'endroit est tout bourdonnant des allées et venues de la foule. Jésus attend avec Simon et ses cousins que les autres aient pris les vivres dont ils ont besoin. Des

enfants regardent avec curiosité Jésus qui les caresse doucement tout en parlant avec ses apôtres. 54 Jésus dit: "Il me déplaît de voir qu'on est mécontent parce que je vais vers les gentils. Mais je ne peux que faire mon devoir et être bon avec tout le monde. Efforcez-vous d'être bons, au moins vous trois et Jean; les autres vous suivront par imitation." "Mais, comment faire pour être bons, avec tout le monde? Enfin, ces gens nous méprisent, nous oppriment, ne nous comprennent pas, sont remplis de vices..." dit Jacques d'Alphée en s'excusant. "Comment faire? Tu es content d'être né d'Alphée et de Marie?" "Oui, bien sûr. Pourquoi me le demandes-tu?" "Et si Dieu t'avait interrogé avant ta conception, aurais-tu voulu naître d'eux?" "Mais oui. Je ne comprends pas..." "Et si au contraire, tu étais né d'un païen, en t'entendant accuser d'avoir voulu naître d'un païen qu'est-ce que tu aurais dit?" "J'aurais dit: 'Je n'en suis pas responsable. Je suis né de lui, mais j'aurais pu naître d'un autre.' J'aurais dit: 'Vous êtes injustes en m'accusant. Si je ne fais pas de mal, pourquoi me haïssez-vous?" "Tu l'as dit. Ceux-ci aussi, que vous méprisez parce que païens, peuvent dire la même chose. Tu n'as pas de mérite d'être né d'Alphée, véritable israélite. Tu dois seulement en remercier l'Eternel parce qu'il t'a fait un grand don, et par reconnaissance et humilité chercher à amener au Dieu vrai ceux qui n'ont pas reçu ce don. Il faut être bons." "Il est difficile d'aimer ceux qu'on ne connaît pas!" "Non. Regarde. Toi, petit, viens ici." Un garçon s'approche, d'environ huit ans, qui joue dans un coin avec deux autres camarades. Un garçon robuste aux cheveux très bruns alors que son teint est très blanc. "Qui est tu?" "Je suis Lucius, Caïus Lucius fils de Caïus Marius, je suis romain, fils du décurion de garde resté ici après avoir été blessé." "Et ceux-ci qui sont-ils?" "Ce sont Isaac et Tobie. Mais on ne doit pas le dire, parce qu'ils seraient punis." "Pourquoi?" "Parce qu'eux sont hébreux, et moi je suis romain, et on ne peut pas." "Mais tu restes avec eux. Pourquoi?" "Parce que nous nous aimons bien. Nous jouons toujours ensemble aux dés, ou à sauter. Mais on se cache." 55 "Et Moi, tu m'aimerais bien? Je suis hébreu, Moi aussi et je ne suis pas un enfant. Réfléchis: je suis un maître, comme qui dirait un prêtre." "Et qu'est-ce que cela peut me faire à moi? Si tu m'aimes bien, je t'aime bien et je t'aime bien parce que tu m'aimes bien." "Comment le sais-tu?" "Parce que tu es bon. Celui qui est bon aime bien." "Voilà, mes amis, le secret pour aimer: être bons. Alors on aime sans se demander si un tel a ou non la même foi." Et Jésus, tenant par la main le petit Caïus Lucius, s'en va caresser les petits hébreux qui effrayés se sont cachés derrière une porte cochère, et il leur dit: "Les enfants qui sont bons sont des anges. Les anges ont une seule patrie: le Paradis. Ils ont une seule religion: celle du Dieu unique. Ils ont un seul Temple: le coeur de Dieu. Aimez-vous bien, comme les anges, toujours." "Mais, si on nous voit, on nous frappe..." Jésus secoue tristement la tête et ne réplique pas... Une femme élancée et plantureuse appelle Lucius qui quitte Jésus en criant: "La maman!" et il crie à la femme: "J'ai un grand ami, sais-tu? C'est un maître!..." La femme ne s'éloigne pas avec son fils mais au contraire vient vers Jésus et l'interroge: "Salut. Es-tu l'homme de Galilée qui hier parlait au port?"

"Oui, c'est Moi." "Attends-moi ici alors. J'aurai vit fait." Et elle s'en va avec le petit. Entre temps même les autres apôtres sont arrivés, sauf Mathieu et Jean. Ils demandent: "Qui était-ce?" "Une romaine, je crois" répondent Simon et les autres. "Et que voulait-elle?" "Elle a dit d'attendre ici. Nous allons le savoir." Des gens, pendant ce temps, se sont approchés et attendent avec curiosité. La femme revient avec d'autres romains. "Tu es donc le Maître?", demande quelqu'un qui semble le serviteur d'une maison riche. Et en ayant eu confirmation, il demande:" Cela t'ennuieraitil de guérir une petite fille d'une amie de Claudia? L'enfant est mourante car elle s'étouffe et le médecin ne sait pas de quoi elle meurt. Hier soir elle était en bonne santé. Ce matin elle est à l'agonie." "Allons-y." 56 Ils font quelques pas dans une rue qui même à l'endroit où ils étaient hier et arrivent au portail grand ouvert d'une maison qui semble habitée par des romains. "Attend un moment." L'homme entre rapidement et revient aussitôt en disant: "Viens." Mais, avant même que Jésus puisse entrer, en sort une jeune femme d'aspect distingué mais visiblement tourmentée. Elle a dans les bras une petite fille de quelques mois qui s'abandonne, livide comme quelqu'un qui se noie. Je dirais qu'elle a une diphtérie mortelle et qu'elle est sur le point de mourir. La femme se réfugie sur la poitrine de Jésus, comme un naufragé sur un écueil. Ses pleurs sont tels qu'elle ne peut parler. Jésus prend la petite qui a des petits mouvements convulsifs dans ses menottes cireuses aux ongles déjà violets. Il la lève. Sa petite tête pend sans force, en arrière. La mère, sans aucun orgueil de romaine devant un hébreu, s'est glissée aux pieds de Jésus, dans la poussière, et elle sanglote le visage levé, les cheveux à moitié défaits, les bras tendus qui s'accrochent au vêtements et au manteau de Jésus. Derrière et autour, des romains de la maison et des hébreux de la ville qui regardent. Jésus mouille son index avec la salive et le met dans la petite bouche haletante, l'enfonce profondément. La fillette se débat et devient encore plus noire. La mère crie: "Non! Non!" et semble se tordre sous un couteau qui la transperce. Les gens retiennent leur souffle. Mais le doigt de Jésus sort avec un amas de membranes purulentes. La fillette ne se débat plus et après avoir versé quelques larmes se calme avec un sourire innocent, agitant ses menottes et remuant les lèvres comme un oiseau qui pépie en battant des ailes, en attendant la becquée. "Prends-la, femme. Donne-lui le lait. Elle est guérie." La mère est tellement abasourdie, qu'elle prend la petite et restant comme elle est, dans la poussière, la baise, la caresse, lui donne le sein, folle, oublieuse de tout ce qui n'est pas sa petite. Un romain demande à Jésus: "Mais comment as-tu pu? Je suis le médecin du proconsul et je suis savant. J'ai essayé d'enlever l'obstacle, mais il était enfoncé, trop enfoncé! ... Et toi! ... ainsi..." "Tu es savant, mais tu n'as pas le Dieu vrai avec toi. Que Lui en soit béni! Adieu." Et Jésus va s'éloigner. Mais voici qu'un petit groupe d'israélites éprouve le besoin d'intervenir. "Comment t'es-tu permis d'aborder des étrangers? Ils 57 sont corrompus, impurs et quiconque les approche devient comme eux." Jésus les regarde -il sont trois- fixement, avec sévérité, et puis il parle: "N'es-tu pas Aggée? L'homme d'Azot venu ici au mois de Tisri dernier pour chercher à conclure des affaires avec un marchand qui réside près des fondations de la vieille source? Et toi, n'es-tu pas Joseph de Rama, venu ici pour consulter le médecin romain et, comme Moi, tu sais pourquoi? Et alors? Vous ne vous croyez pas impurs?" "Le médecin n'est jamais un étranger. Il soigne le corps, et le corps est le même pour tous."

"L'âme aussi, plus que le corps. Du reste qu'est-ce que j'ai soigné? Le corps innocent d'une infante, et de la même manière j'espère guérir les âmes des étrangers, qui ne sont pas innocentes. Comme médecin et comme Messie, je puis donc aborder n'importe qui." "Non. Tu ne le peux pas." "Non, Aggée? Et toi pourquoi fais-tu des affaires avec un marchand romain?" "Il ne m'est voisin que par la marchandise et pour l'argent." "Et, parce que tu ne touches pas sa chair mais seulement ce que sa main a touché, il ne me semble pas que tu te contamines. Oh! aveugles et cruels! Écoutez tous. Justement dans le livre du Prophète dont cet homme porte le nom, il est dit: 'Adresse aux prêtres cette question sur la Loi: 'Si un homme porte de la chair sanctifiée dans un pan de son vêtement et qu'avec il touche ensuite du vin ou des plats, du pain ou de l'huile, ou d'autres aliments, seront-ils sanctifiés?' Et les prêtres ont répondu: 'Non'. Alors Aggée dit: "Si quelqu'un impur pour avoir touché un mort, touche une de ces choses, sera-t-elle souillée?' Et les prêtres ont répondu: 'Oui'. Par cette façon rusée mensongère, incohérente d'agir, vous excluez et condamnez le Bien et vous n'acceptez que ce qui favorise vos intérêts. Alors, plus de mépris ni de dégoût. C'est pour éviter un dommage personnel que vous décidez si une chose est impure ou rend impur, si une autre ne l'est pas. Et, comment pouvez-vous, bouches de mensonge, professer que si ce qui est sanctifié pour avoir touché une chair sainte ne sanctifie pas ce qu'il touche, et que ce qui a touché une chose impure puisse rendre impur ce qu'il touche? 58 Vous ne comprenez pas que vous vous démentez, ministres menteurs d'une Loi de Vérité qui en tirez parti en la tordant comme une corde à seule fin d'en sortir quelque chose qui serve vos intérêts. Pharisiens hypocrites qui sous un prétexte religieux déversez votre rancoeur humaine, toute humaine, profanateurs de ce qui appartient à Dieu, ennemis de l'Envoyé de Dieu que vous insultez? En vérité, en vérité je vous dis que chacun de vos actes, chacune de vos conclusions, chacune de vos démarches est mue par tout un mécanisme astucieux auquel servent de roues, de ressort, de poids et de tirants, vos égoïsmes, vos passions, vos manques de sincérité, vos haines, votre soif de domination, vos envies. C'est honteux! Avides, tremblants de peur, haineux, vous vivez dans la peur orgueilleuse qu'un autre vous soit supérieur, même s'il n'est pas de votre caste. Et vous méritez alors d'être comme celui qui vous inspire la peur et la colère! Vous qui, comme dit Aggée, d'un tas de vingt boisseaux en faites un de dix et d'un tas de cinquante barils en faites un de vingt en empochant la différence alors que, pour l'exemple que vous devriez donner à l'homme et pour l'amour que vous devriez donner à Dieu, vous devriez au tas de boisseaux et au tas de barils non pas enlever mais ajouter de votre propre bien pour ceux qui ont faim. Vous méritez que le vent brûlant, que la rouille et la grêle stérilisent toutes les oeuvres de vos mains. Quels sont parmi vous ceux qui viennent à Moi? Ceux-là. Ceux-là qui pour vous sont fumier et immondices, ces ignorances totales qui ne savent même pas qu'existe le vrai Dieu, viennent ceux à qui ce Dieu se rend présent dans les paroles et dans les oeuvres. Mais vous, mais vous! Vous vous êtes fait une niche et y demeurez. Arides, froids comme des idoles attendant l'encens et les admirations. Et puisque vous vous croyez des dieux, il vous paraît inutile de penser au vrai Dieu comme il doit être pensé, et comme il vous semble dangereux que les autres, en dehors de vous, osent ce que vous vous n'osez pas. Vous ne le pouvez pas, en vérité, l'oser, puisque vous êtes des idoles et parce que vous êtes les serviteurs de l'Idole. Mais celui qui ose peut parce que ce n'est pas lui, mais Dieu qui opère en lui. Allez! Rapportez à ceux qui vous ont envoyés sur mes talons que je dédaigne les marchands qui n'estiment pas être contamination le fait de vendre les marchandises ou la patrie ou le temple à ceux dont ils reçoivent de l'argent. Dites-leur que j'ai du dégoût pour les brutes qui ont seulement le culte de leur propre chair, de leur pro 59 pre sang, et qui pour leur guérison n'estiment pas contamination les visites à un médecin étranger.

Dites-leur qu'il y a une seule mesure, égale pour tous et non pas deux mesures. Dites-leur que Moi, le Messie, le Juste, le Conseiller, l'Admirable, Celui qui aura sur Lui l'Esprit du Seigneur avec ses sept dons, Celui qui ne jugera pas selon les apparences, mais selon ce qui se cache dans les coeurs, Celui qui ne condamnera pas après ce qu'il entend par ses oreilles, mais d'après les voix de l'esprit qu'il entendra au-dedans de chaque homme, Celui qui prendra la défense des humbles et jugera les pauvres avec justice, Celui qui je suis, parce que je suis cela, est déjà en train de juger et de frapper ceux qui sur la terre ne sont que terre, et le souffle de ma respiration fera mourir l'impie et détruira son repaire, alors qu'il sera Vie et Lumière, Liberté et Paix pour ceux qui, désirant la justice et la foi, viendront à ma montagne sainte pour se rassasier de la science du Seigneur. Cela est d'Isaïe, n'est-ce pas? Mon peuple! Tout vient d'Adam et Adam vient de mon Père. Tout est donc oeuvre du Père, et j'ai le devoir de vous rassembler tous au Père. Et Moi, je t le conduis, Père saint, éternel, puissant, je te les amène les fils errants après les avoir rassemblés en les appelant avec les voix de l'amour, en les rassemblant sous ma verge pastorale semblable à celle que Moïse éleva contre les serpents dont la morsure était mortelle. Pour que Tu aies ton Royaume et ton peuple. Et je ne fais pas de différence entre les hommes parce qu'au fond de chaque vivant je vois un point plus brillant que le feu: l'âme, une étincelle qui vient de Toi, éternelle Splendeur. O mon éternel désir! O mon inlassable volonté! C'est cela que je veux, c'est de cela dont je brûle. Une terre qui tout entière chante ton Nom.. Une humanité qui t'appelle Père. Une Rédemption qui les sauve tous. Une volonté fortifiée qui les rend tous soumis à ta volonté. Un triomphe éternel qui remplisse le Paradis d'un hosanna sans fin.... Oh! Multitude des Cieux!... Voici que je vois le sourire de Dieu ... et ceci est une compensation pour toute la dureté des hommes." Les trois se sont enfuis sous la grêle des reproches. Tous les autres, romains ou hébreux, sont restés, bouche bée. La femme romaine avec la petite rassasiée de lait, qui dort tranquille sur le sein maternel est restée où elle était, presque aux pieds de Jésus, et elle pleure de joie maternelle et de joie spirituelle. Un grand nombre pleurent à la conclusion irrésistible de Jésus qui paraît flamboyer dans son extase. 60 Et Jésus abaissant les yeux et son esprit du Ciel sur la terre, voit la foule, voit la mère ... et en passant, après un geste d'adieu à tous, effleure de la main la jeune romaine comme pour la bénir à cause de sa foi. Et Il s'en va avec les siens pendant que les gens encore sous le coup de l'émotion restent en place... [La jeune romaine, si ce n’est pas une ressemblance fortuite, est une des romaines qui étaient avec Jeanne de Chouza sur le chemin du Calvaire. Comme personne n’a dit son nom, j’en suis incertaine.]

16. ANNALIA FAIT SA PROFESSION DE VIRGINITÉ' Jésus, accompagné de Pierre, André et Jean, frappe à la porte de sa maison à Nazareth. La Mère ouvre tout de suite, son visage s'éclaire d'un lumineux sourire quand Elle voit son Jésus. "Tu arrives à propos, mon Fils! Depuis hier j'ai avec moi une pure colombe qui t'attend. Elle vient de loin et la personne qui l'accompagnait ne pouvait rester plus longtemps; Comme elle demandait conseil, je lui dit ce que je pouvais. Mais Toi seul, mon Fils, Tu es la Sagesse. Bon retour à vous aussi. Venez vous restaurer tout de suite." "Oui, restez ici. Moi, je vais tout de suite voir cette créature qui m'attend." La curiosité est vive chez les trois, mais avec des aspects différents. Pierre lorgne de tous côtés avec intérêt, comme s'il espérait voir à travers les murs. Jean semble vouloir lire sur le visage souriant de Marie le nom de l'inconnue. André, au contraire, qui a vivement rougi, dirige tous ses regards vers Jésus, et une muette supplication tremble dans son regard et sur ses lèvres.

Mais Jésus ne s'occupe de personne. Pendant que les trois se décident à entrer dans la cuisine où Marie leur offre de la nourriture et la tiédeur du feu, Jésus soulève le rideau qui cache l'ouverture conduisant au jardin et il sort. Un doux soleil rend encore plus aériens et plus irréels les rameaux tout en fleurs du grand amandier du jardin. Seul en fleurs, le plus grand arbre du jardin, somptueux dans son vêtement de soie blanc-rosé qui tranche sur la nudité des autres: poirier, pommier, figuier, vigne, grenadier tous encore ari61 des et dépouillés pompeux avec son voile mousseux et vif à côté de l'humble grisaille des oliviers, il semble qu'avec ses longues branches il ait capturé un très léger nuage perdu dans le champ azuré du ciel et qu'il s'en soit enrubanné pour dire à tout le monde: 'Les noces du printemps arrivent, exultez, arbres et animaux. C'est l'heure des baisers échangés avec les vents, avec les abeilles ou les fleurs. C'est l'heure des baisers sous les tuiles ou dans le feuillage des buissons, ô oiseux de Dieu, ô blanches brebis. Aujourd'hui les baisers, demain les petits pour perpétuer l'oeuvre de Créateur notre Dieu." Jésus, les bras croisés sur la poitrine, sourit, debout dans le soleil à la grâce pure, tranquille du jardin maternel avec des parterres de lis que dénoncent les premières touffes de feuilles, avec ses rosiers encore dépouillés, et l'olivier argenté, avec les autres familles de fleurs répandues à travers les humbles planches de légumes et de salade qui commencent tout juste à verdir. Pur, rangé, gentil, il paraît exhaler la candeur d'une parfaite virginité. "Fils, viens dans ma chambre. Je te la conduirai. Elle s'est réfugiée là-bas au fond, quand elle a entendu tant de voix." Jésus entre dans la petite chambre maternelle, la chaste, la très chaste, petite chambre qui a entendu les paroles de l'angélique colloque et exhale plus que le jardin, la nature virginale, angélique, sainte de celle qui l'habite depuis des années et de l'Archange qui en Elle a vénéré sa Reine. S'est-il écoulé plus de trente ans ou bien était-ce hier ce rencontre? Encore aujourd'hui la quenouille porte sa moelleuse et presque argentée touffe d'étain et voilà le fil sur le fuseau. Une broderie pliée se trouve sur la petite table près de la porte entre n rouleau de parchemin et une amphore de cuivre avec un rameau feuillu de l'amandier fleuri; et encore maintenant le rideau rayé, tombé sur le mystère de la virginale demeure, palpite sous un vent léger et le lit rangé dans son coin, qui a toujours son aspect gentil de lit de la fille qui arrive tout juste au seuil de la jeunesse. Que de songes se sont faits et se feront sur le petit oreiller? ... Le rideau se lève lentement sous la main de Marie. Jésus qui debout, tournant le dos à la porte contemplait ce nid de pureté, se retourne. "Voici mon Fils, je te l'amène. Une agnelle et Tu es son Berger" et Marie qui est entrée tenant par la main une toute jeune brunette élancée qui rougit vivement en apparaissant devant Jésus, se retire doucement en laissant tomber le rideau. 62 "La paix soit à toi, jeune fille." "La paix ... Seigneur ..." La jeune fille reste sans paroles, très émue, mais elle s'agenouille, la tête penchée vers la terre. " Lève-toi, que veux-tu de Moi ? N'aie pas peur... " " Ce n'est pas la peur ... mais ... maintenant que je suis devant Toi ... après l'avoir tant voulu ... tout ce qu'il me paraissait facile, nécessaire de te dire ... je ne le trouve plus ... il ne me vient plus ce .. Je suis sotte ... pardonne-moi, Mon Seigneur ... " " Tu demandes grâce pour la terre ? Tu as besoin de miracle ? Tu as des âmes à convertir ? Non ? Et alors ? Allons, parle ! Tu as tant eu de courage et maintenant il te manque ? Ne sais-tu pas que je suis un père pour toi. Tu es jeune. Quel âge as-tu ? " " Seize ans, mon Seigneur. " " " D'où viens-tu ? " " De Jérusalem. " " Quel est ton nom ? " " Annalia ... "

" Le cher nom de ma grand-mère et de tant d'autres femmes d'Israël et avec lui, celui de la bonne, douce, fidèle, affectueuse épouse de Jacob. Il te portera bonheur. Tu seras épouse et mère exemplaire. Non ? Tu secoue la tête ? Tu pleures ? Tu as peut-être été repoussée ? Non plus, L'homme que tu devais épouser est mort ? Personne ne t'a encore demandée ? " La jeune fille secoue toujours la tête. Jésus fait un pas, la caresse , la force à lever la tête et à le regarder. ... Le sourire de Jésus triomphe du trouble de la jeune fille. Elle s'enhardit : " Seigneur, je serais épouse et heureuse grâce à Toi. Tu ne me reconnais pas, mon Seigneur ? Je suis la physique, la fiancée mourante que tu as guérie sur le prière de ton Jean... Depuis ta grâce, moi ...moi j'ai eu un autre corps : sain celui-là à la place de celui que j'avais auparavant, mourante ; et j'ai eu une autre âme ... Je ne sais pas. Il me semblait que je n'étais plus moi ... La joie d'être guérie, la certitude donc de pouvoir me Marier -c'était mon regret en mourant de ne pas arriver à être épouse- cela n'a duré que pendant les premières heures. Et puis ... " La jeune fille s'enhardit toujours plus ; elle retrouve les mots et les idées qu'elle avait perdus dans son trouble d'être seule avec le Maître ... " ... Et puis j'ai compris que je ne devais pas être égoïste, ni penser seulement : 'Maintenant, je vais être heureuse', mais que je devais penser à quelque chose de plus et qui devait venir à Toi, à Dieu, ton Père et le mien. Une petite chose, mais qui 63 disait que j'étais reconnaissante. J'ai beaucoup réfléchi et quand, le sabbat suivant, j'ai vu l'époux, je lui ai dit : 'Ecoute, Samuel. Sans le miracle, je serais morte en quelques mois et tu m'aurais perdue pour toujours. Maintenant, je voudrais faire à Dieu un sacrifice, toi avec moi, pour dire à Dieu que je le loue et que je le remercie'. Et Samuel a dit tout de suite, car il m'aime : 'Allons au Temple ensemble pour immoler la victime'. Mais moi, ce n'était pas ce que je voulais. Je suis pauvre et fille du peuple, mon Seigneur. Je suis ignorante et j'ai peu de moyens. Mais à travers la main posée sur ma poitrine malade, quelque chose était venue non seulement dans mes poumons rongés, mais à l'intérieur de mon cœur. Dans les poumons la santé, dans le cœur la sagesse. Et j'ai compris que le sacrifice d'un agneau n'était pas le sacrifice voulu par mon esprit qui t'aimait. ... Toi. " La jeune fille se tait rougissante après sa déclaration d'amour. " Continue sans crainte. Que voulait ton esprit ? " " Te sacrifier quelque chose qui soit digne de Toi, Fils de Dieu ! Et alors ... et alors j'ai pensé que ce devait être quelque chose de spirituel, comme ce qui vient de Dieu, c'est à dire le sacrifice de suspendre mes noces pour l'amour de Toi, mon Sauveur. Grande joie, les noces, sais-Tu ? Quand on s'aime, c'est une grande chose ! On désire, on hâte qu'elles soient accomplies !... Mais je n'étais plus celle de quelques jours auparavant. Je ne les voulais plus comme ce qu'il y avait de plus beau... Je l'ai dit à Samuel ... et lui m'a compris. Lui aussi a voulu se faire nazir pour un an à dater du jour qui aurait dû être celui des noces, c'est à dire le jour qui suit les calendes d'Adar. En attendant il est allé à ta recherche pour aimer Celui qui lui avait rendu l'épouse, l'aimer et le connaître : Toi. Et il t'a trouvé après plusieurs mois à 'La belle Eau'. Moi aussi je suis venue... et ta parole a fini de changer mon cœur. Maintenant le vœu d'avant ne me suffit plus.. Comme cet amandier là-déhors, qui sous le soleil toujours plus chaud est revenu à la vie, après être resté mort pendant des mois et s'est garni de fleurs, et puis ce sera les feuilles et les fruits, ainsi j'ai toujours progressée dans la sagesse de ce qui est meilleur. La dernière fois, désormais sûre de moi et de ce que je voulais -pendant tous ces moisci, j'y ai réfléchi- la dernière fois que je suis venue à 'La Belle Eau', tu y n'étais plus ... Ils t'avaient chassé. J'ai tant pleuré et tant prié le Très-Haut qu'Il m'a exaucée, persuadant ma mère de m'envoyer ici avec un parent qui allait à Tibériade, pour parler aux courtisans du Tétrarque. Le régisseur m'avait dit que je t'aurais trouvé ici. J'ai trouvé ta 64 Mère ... et ses paroles. Rien que de l'entendre et de rester à côté d'Elle pendant ces deux jours, a fini de mûrir le fruit de ta grâce. " La jeune fille s'est agenouillée comme devant un autel avec les bras croisées sur sa poitrine. " C'est bien. Mais, que veux-tu de précis ? Que puis-je faire pour toi ? " " Seigneur, je voudrais ... je voudrais une grande chose. Et Toi seul, Maître de la vie et de la santé peux me la donner. Car je pense que ce que Tu peux donner, Tu peux aussi l'enlever ... Je

voudrais que la vie que Tu m'as donnée, tu me l'enlèves au cours de l'année de mon vœu, avant qu'elle ne se termine... " " Mais pourquoi ? N'es-tu pas reconnaissante à Dieu pour la santé que tu as recouvrée ? " " Tellement ! Sans mesure ! Mais, pour une seule chose : car en vivant de sa grâce et de ton miracle j'ai compris ce qui c'était le meilleur. " " Qu "est-ce ? " " C'est vivre comme les anges. Comme ta Mère, mon Seigneur.. comme Tu vis ... comme vit ton Jean ... Les trois lis, les trois flammes blanches, les trois béatitudes de la terre, Seigneur. Oui, parce que je pense que c'est une béatitude de posséder Dieu et que Dieu est en possession des purs. Celui qui est pur, c'est un ciel avec Dieu au centre, et tout autour les anges... Oh ! mon Seigneur ! C'est cela que je voudrais ! ... Je t'ai peu entendu, j'ai peu entendu ta Mère, et les disciples et Isaac. Je n'en ai pas fréquenté d'autres qui me disent tes paroles. Mais il me semble que mon esprit t'entend toujours et que Tu es pour lui un Maître ... J'ai fini, mon Seigneur... " " Annalia, c'est beaucoup ce que tu demandes, et c'est beaucoup ce que tu donnes... Ma fille, tu as compris Dieu et la perfection à laquelle la créature peut s'élever pour rassembler au Très Pur et pour plaire au très Pur. " Jésus a pris entre ses mains la tête brune de la jeune fille agenouillée et lui parle en se penchant sur elle ; 3Celui qui est né d'une Vierge -car il ne pouvait faire son nid que sur un tas de lis- est écœuré par la triple convoitise du monde, et s'affaisserait écrasé par un tel écœurement si le Père, qui sait de quoi vive son Fils, n'intervenait pas par des aides amoureuses pour soutenir mon âme angoissée. Ceux qui sont purs sont ma joie. Tu me rends ce que le monde m'enlève par son inépuisable bassesse. Que le Père en soit béni, et toi aussi, jeune fille. Va tranquille. Il se produira quelque chose pour rendre éternel ton vœu. Sois un des lis répandus sur le chemin sanglant du Christ. " 65 " Oh ! Mon Seigneur ... je voudrais encore une chose... " " Laquelle ? " " Ne pas assister à ta mort ... Je ne pourrais voir mourir Celui qui est ma Vie. " Jésus sourit doucement et de sa main il essuie deux ruisseaux de larmes qui descendent le long du visage brun. " Ne pleure pas. Les lis ne sont jamais en deuil. Tu riras avec toutes les perles de ta couronne angélique, quand tu verras le Roi couronné entrer dans son Royaume. Va. Que l'Esprit du Seigneur te dirige entre l'une et l'autre de mes venues. Je te bénis par les flammes de l'éternel Amour. " Jésus s'avance dans le jardin et appelle : " Mère ! Voici une petite fille toute entière pour Toi. Maintenant, elle est heureuse. Mais Toi, immerge-la dans ta blancheur, maintenant et chaque fois que nous irons à la Cité Sainte, pour qu'elle soit une neige de pétales célestes répandus sur le trône de l'Agneau. " Et Jésus revient vers les siens, pendant que Marie caresse le jeune fille en restant avec elle. Pierre, André et Jean le regardent, interrogateurs, et le visage resplendissant de Jésus leur dit qu'il est heureux. Pierre n'y tient plus et demande : " Avec qui as-Tu tant parlé, mon Maître ? Et qu'as-Tu entendu pour que la joie t'illumine ainsi ? " " Avec une femme à l'aube de la vie, avec celle qui sera l'aube de tant d'autres qui viendront. " " Qui ? " " Les vierges. " André murmure doucement, pour lui-même : " Ce n'est pas elle... " " Non, ce n'est pas elle, mais te ne lasse pas de prier avec patience et bonté. Chaque mot de ta prière est comme un rappel, une lumière dans la nuit, qui la soutient et la guide. " " Mais qui est-ce qu'il attend, mon frère ? " " Une âme, Pierre, une grande misère qu'il veut transformer en une grande richesse. " " Et où l'a-t-il trouvée, André, qui ne bouge jamais, ne parle jamais, ne prend jamais d'initiatives ?" " Sur mon sentier. Viens avec Moi, André. Allons chez Alphée le bénir au milieu de ses nombreux petits-enfants. Vous, attendez-moi dans la maison de Jacques et Jude. Ma mère a besoin

qu'on la laisse seule, tout ce jour. " Ils vont ainsi, les uns d'un côté, les autres de l'autre, et le secret entoure la joie de la première qui, pour l'amour du Christ, s'est vouée à la virginité.

17 . ENSEIGNEMENTS A NAZARETH POUR LES FEMMES DISCIPLES Jésus est encore à Nazareth, dans sa maison, ou plutôt dans son ancien atelier de menuisier. Avec lui se trouvent les douze apôtres, et de plus : Marie, Marie mère de Jacques et Jude, Salomé, Suzanne et, chose nouvelle, Marthe. Une Marthe bien affligée, avec sous les yeux des marques évidentes de larmes. Une Marthe dépaysée, intimidée d'être ainsi seule, auprès d'autres personnes et auprès, surtout, de la Mère du Seigneur. Marie cherche à lui faire prendre contact avec les autres et à faire disparaître cette impression de malaise dont elle voit qu'elle souffre. Mais ses caresses semblent plutôt gonfler le cœur de la pauvre Marthe. Rougeurs et grosses larmes alternent sous le voile qu'elle tient abaissé sur sa douleur et son malaise. Jean entre avec Jacques d'Alphée. " Elle n'est pas là, Seigneur. Elle est allée avec son mari en visite chez une amie. C'est ce qu'ont dit les serviteurs. " dit Jean.. " Cela lui déplaira sûrement. Mais elle pourra toujours te voir et recevoir les enseignements " conclut Jacques d'Alphée. " C'est bien. Ce n'est pas le groupe des femmes disciples que je pensais. Mais, vous le voyez : à la place de Jeanne absente, se trouve présente Marthe, fille de Théophile, sœur de Lazare. Les disciples savent qui est Marthe. Ma Mère aussi, toi aussi, Marie, et peut-être toi aussi, Salomé vous savez déjà par vos fils qui est Marthe, non pas tant comme femme selon le monde, que comme créature aux yeux de Dieu. Toi, Marthe, de ton côté, tu sais quelles sont celles qui te considèrent comme une sœur et qui t'aimeront tant. Sœur et fille. De cela tu as tant besoin, ma bonne Marthe, pour avoir aussi le réconfort humain d'affections honnêtes que Dieu ne condamne pas mais qu'Il a donné à l'homme pour le soutenir dans les difficultés de l'existence. Et Dieu t' amenée ici, justement à l'heure que j'ai choisie pour donner les bases, je pourrai dire le canevas sur lequel vous broderez votre perfection de disciples. Disciple veut dire qui suit la discipline du Maître et celle de sa doctrine. Pour cette raison, au sens large on appellera disciples tous ceux qui maintenant et dans les siècles à venir suivront ma doctrine. Et, pour éviter tant de noms en disant : disciples de Jésus selon l'enseignement de Pierre ou d'André, de Jacques ou de Jean, de Simon ou de Philippe, de Jude 67 ou de Barthélemy ou de Thomas et Mathieu, on dira un seul nom qui les réunira sous un signe unique : chrétiens. Mais dans la grande masse de ceux qui suivront ma doctrine, j'ai déjà choisi les premiers et puis les seconds, et ainsi fera-t-on au cours des siècles en mémoire de Moi. Comme au Temple, et avant encore, avec Moïse, il eut le Pontife, les prêtres, les lévites, ceux qui étaient préposés aux divers services, offices et charges, les chanteurs et ainsi de suite, de la même façon, dans mon nouveau Temple, grand comme la terre entière, destiné à durer autant qu'elle, il y aura des grands et des petits, tous utiles, tous aimés de Moi, et de plus il y aura des femmes, la nouvelle catégorie qu'Israël a toujours méprisée en le confinant dans le Temple aux cantiques des vierges ou l'instruction des vierges, et rien de plus. Ne discutez pas si c'était juste. Dans la religion fermée d'Israël et aux temps du Courroux, c'était juste. Toute la honte retombait sur la femme, origine du péché. Dans la religion universelle du Christ, et au temps du pardon, tout cela est changé. Toute la Grâce s'est ressemblée en une femme et Elle l'a enfantée au monde pour qu'il soit racheté. La femme n'est donc plus marquée par le dédain de Dieu, mais elle est l'aide de Dieu. Et par la Femme, l'aimée du Seigneur, toutes les femmes pourront devenir disciples du Seigneur, non seulement comme la masse, mais comme prêtresses d'ordre inférieur, coadjutrices des prêtres qu'elles peuvent tant aider, pour eux-mêmes, pour les fidèles, et ceux qui ne sont pas fidèles, pour ceux qu'amènera à Dieu non pas tant le rugissement de

la parole sainte que le sourire saint de l'une de mes disciples. Vous m'avez demandé de venir, comme les hommes, à ma suite. Mais, seulement venir, seulement écouter, seulement en faire l'application, c'est trop peu pour moi en ce qui vous concerne. Ce serait votre sanctification, grande chose, mais elle ne me suffit pas. Je suis le Fils de l'Absolu, et de mes privilégiés je veux l'absolu. Je veux tout, car j'ai tout donné. En outre, il n'y a pas que moi, mais il y a aussi le monde. Cette chose redoutable que est le monde. Il devrait être redoutable en sainteté : une sainteté illimitée, en nombre et en puissance de la multitude des fils de Dieu. Au contraire, le monde est redoutable par sa perversité. Sa complète perversité est réellement illimitée dans le nombre de ses manifestations et sa puissance du vice. Tous les péchés se trouvent dans le monde qui n'et plus la multitude des fils de Dieu, mais la multitude des fils de Satan, et bien vivant est le péché qui porte le signe le plus claire de sa paternité : la 68 haine. Le monde hait. Celui qui hait, et veut faire voir même à ceux qui ne le voient pas, le mal dans les choses les plus saintes. Si vous demandiez au monde pourquoi je suis venu, il ne vous dirait pas : 'Pour faire du bien et racheter'. Mais il vous dirait : 'Pour corrompre et dominer'. Si vous demandiez au monde ce qu'il pense de vous qui me suivez, il ne dirait pas : 'Vous le suivez pour vous sanctifier et pour réconforter le Maître par la sainteté et la pureté'. Mais il dirait : 'Vous suivez cet homme parce qu'il vous séduit. " Le monde c'est cela. Et je vous le dis aussi pour que vous mesuriez tout avant de vous présenter au monde comme des disciples choisies, les chefs de file des futures disciples, coopératrices des serviteurs du Seigneur. Prenez bien votre cœur en mains, et dites-lui, à ce cœur sensible de femmes qu'est votre cœur, que vous, et lui avec vous, serez ridiculisées, calomniées, qu'on vous crachera au visage, que le monde vous piétinera par son mépris, ses mensonges, sa cruauté. Demandez-lui s'il s'en sent capable de recevoir toutes les blessures sans crier d'indignation en maudissant ceux qui le blessent. Demandez-lui s'il s'en sent capable d'affronter le martyre moral de la calomnie sans arriver à haïr les calomniateurs et la Cause pour laquelle on le calomniera. Demandez-lui si, abreuvé et recouvert par la rancœur du monde, il saura toujours exhaler l'amour, si empoisonnée par l'absinthe, il saura présenter le miel , si, en souffrant toutes espèces de tortures par incompréhension, m épris, dénigrement, il saura continuer à sourire en montrant du doigt le Ciel, le but auquel vous voulez amener les autres, les amener par tendresse féminine, maternelle même chez les jeunes filles, maternelle même si elle se donne à des personnes âgées qui pourraient être vos grands-parents mais qui, du point de vue spirituel, viennent seulement de naître et sont incapables de comprendre et se diriger sur leur route, dans la vie, dans la vérité, dans la sagesse que je suis venu donner en me donnant Moi-même, Route, Vie, Vérité, Sagesse divine. Je vous aimerai de même, même si vous me dites : 'Je n'en ai pas la force, Seigneur, de d "fier le monde entier pour Toi '. Hier une jeune fille m'a demandé que je l'immole avant que ne sonne pour elle l'heure des noces, car elle sent qu'elle m'aime, comme ion aime Dieu, c'est-à-dire avec toute elle-même, dans la perfection absolue du don de soi. Et je le ferai. Je lui ai caché l'heure pour que son âme ne tremble pas de peur et plus que son âme, sa chair. Sa mort sera semblable à celle d'une fleur qui un soir 69 ferme sa corolle, croyant l'ouvrir encore le lendemain et ne l'ouvre plus parce que le baiser de la nuit a aspiré sa vie. Et je le ferai, selon son désir, en anticipant de peu de jours son sommeil de mort du mien. Pour ne pas la faire attendre aux Limbes, cette vierge, ma première vierge, pour la trouver tout de suite en expirant ... Ne pleurez pas ! Je suis le Rédempteur ... mais cette sainte jeune fille ne s'est pas bornée à l'hosanna aussitôt après le miracle, mais elle a su exploiter le miracle, comme de l'argent prêté à intérêt. Elle est passée de la reconnaissance humaine à une reconnaissance surnaturelle, d'un désir terrestre à un désir ultra-terrestre. Elle a montré une maturité d'esprit supérieure à celle de presque tout le monde. Je dis 'presque' parce que parmi vous qui m'écoutez il y a des perfections égales et encore supérieures. Elle ne m'a pas demandé de me suivre. Au contraire elle a manifesté le désir d'accomplir son évolution pour de jeune fille devenir ange, dans le secret de sa demeure. Et

pourtant, je l'aime tant qu'aux heures de dégoût pour ce qu'est le monde, j'évoquerai le souvenir de cette douce créature, en bénissant le Père qui essuie mes larmes et mes sueurs de Maître d'un monde qui ne veut pas de Moi, avec ces fleurs d'amour et de pureté. Mais, si vous le voulez, si vous avez le courage de rester les femmes disciples choisies, je vais vous indiquer le travail que vous devez faire pour justifier votre présence et votre élection auprès de Moi, et auprès des saints du Seigneur. Vous pouvez faire tant auprès de vos semblables et à l'égard des ministres du Seigneur. Je l'ai indiqué à Marie d'Alphée, il y a maintenant plusieurs mois, comme il est nécessaire la femme auprès de l'autel du Christ ! Les misères infinies du monde peuvent être soignées par une femme beaucoup mieux que par un homme et puis être amenées à l'homme pour la guérison complète. Beaucoup de cœurs, et spécialement des cœurs de femmes, s'ouvriront à vous, femmes disciples. Vous devez les accueillir, comme si c'était des chers enfants dévoyés qui reviennent à la maison paternelle et qui n'osent pas affronter leur père. Vous serez celle qui réconfortent le coupable et amadouent le juge. Il en viendra à vous beaucoup qui cherchent Dieu. Vous les accueillerez comme des pèlerins fatigués en leur disant : 'C'est ici la maison du seigneur. Il va venir tout de suite', et, en attendant, vous l'entourez de votre amour. Si ce n'est pas Moi, ce sera un de mes prêtres qui viendra. La femme sait aimer. Elle est faite pour aimer. Elle a avili l'amour en en faisant une convoitise des sens, lais, au fonds de sa 70 chair, est toujours prisonnier le véritable amour, la gemme de son âme : l'amour dépouillé de l'âcreté fangeuse des sens, fait d'ailes et de parfums angéliques, fait de flamme pure et de souvenirs de Dieu, de son origine divine, de sa création faite par Dieu. La femme : le chef-d'œuvre de la bonté auprès du chef-d'œuvre de la création qu'est l'homme : 'Et maintenant, qu'on a donné à Adam sa compagne pour qu'il ne se sent pas seul', elle ne doit pas abandonner les Adam. Prenez donc cette capacité d'amour et qu'elle serve à l'amour du Christ et par le Christ à celui du prochain. Soyez toute charité auprès des coupables repentis. Dites-leur de ne pas avoir peur de Dieu. Comment ne sauriezvous pas remplir cet office, vous qui êtes mères et sœurs ? Combien de fois vos petits, ou vos frères n'ont pas été malades et n'ont pas eu besoin du médecin ! Et ils avaient peur. Mais vous, avec des caresses et des paroles d'amour, leur avez enlevé cette peur et avec leur petite main dans la vôtre, ils se sont laissés soigner n'éprouvant plus leur terreur première. Les coupables sont vos frères et vos enfants malades et ils craignent la main du médecin, son jugement... Non. Ce n'est pas ainsi. Ditesle vous, qui savez combien Dieu est bon, que Dieu est bon, et qu'il ne faut pas le craindre. Même s'Il dit franchement : 'Tu ne feras plus jamais cela', Il ne chassera pas celui qui l'a déjà fait et qui s'est rendu malade. Mais Il le soignera pour le guérir. Soyez des mères et des sœurs auprès des saints. Eux aussi ont besoin d'amour. Ils se fatigueront et s'épuiseront dans l'évangélisation. Ils ne pourront arriver à faire tout ce qu'il y a à faire. Aidez-les vous, discrètement et activement. La femme sait travailler. A la maison, près des tables et des lits, près des métiers à tisser et de tout ce qui est nécessaire à la vie quotidienne. L'avenir de l'Eglise amènera un flot continuel de pèlerins aux lieux choisis par Dieu. Vous, soyez-y les hôtesses, chargez-vous des détails du plus humble travail pour laisser aux ministres de Dieu la liberté de continuer le Maître. Et puis viendront les temps difficiles, sanglants, cruels. Les chrétiens, même les saints, auront des heures de terreur, de faiblesse. L'homme n'est jamais très fort dans sa souffrance. La femme, au contraire, a sur l'homme cette supériorité royale de savoir souffrir ; Enseignez-la à l'homme en le soutenant dans ces heures de peur, de découragement, de larmes, de fatigues, de sang . Dans notre histoire, nous avons les exemples de femmes merveilleuses qui surent accomplir des actes audacieux et libérateurs. 71 Nous avons Judith, Yaël. Mais croyez qu'il n'y en a pas de plus grande jusqu'à présent que la mère huit fois martyre : sept fois en ses fils, et une fois pour elle, au temps de maccabées. Puis, il y en aura une autre... Mais après qu'Elle l'aura été, se multiplieront les femmes héroïnes de la douleur et

dans la douleur, les femmes réconforts des martyres et martyres elles aussi, les femmes anges des persécutés, les femmes prêtresses silencieuses qui prêcheront Dieu par leur manière de vivre et qui sans d'autre consécration que celle que leur a donné le Dieu-Amour seront, oh ! seront consacrées et dignes de l'être. Voilà, très schématisés, vos principaux devoirs ; Je n'aurai pas beaucoup de temps à vous consacrer, à voue en particulier. Mais vous vous formerez en m'écoutant. Et vous vous formerez davantage sous la conduite parfaite de ma Mère. Hier, cette main maternelle (et Jésus prend dans la sienne la main de Marie) m'a amené la jeune fille dont je vous ai parlé et celle-ci m'a dit que rien que le fait de l 'entendre, et de rester à ses côtés, pendant quelques heures lui avait servi à mûrir le fruit de la grâce qu'elle avait eue, en l'amenant à sa perfection. Ce n'est pas la première fois que ma Mère travaille pour le Christ son Fils. Toi et toi, mes disciples, mais aussi mes cousins, vous savez ce qu'est Marie pour former les âmes à Dieu. Vous pouvez le dire à ceux et à celles qui auront la crainte de n'avoir pas été préparés par Moi à la mission ou de l'être encore insuffisamment quand je ne serai plus parmi vous. Elle, ma Mère, sera avec vous maintenant, aux heures où je ne serai pas parmi vous, et puis, quand je ne serai plus au milieu de vous. Elle vous reste, et avec elle reste la sagesse en toutes ses vertus. Suivez dorénavant tous ses conseils. Hier soir, quand nous fûmes seuls, Moi, assis à côté d'elle comme quand j'étais petit, la tête sur son épaule si douce et si courageuse, ma Mère m'a dit -nous avions parlé de la jeune fille partie aux premières heures de l'après-midi avec un soleil plus radieux que celui du firmament, enclos en son cœur virginal : son secret saint- ma Mère m'a dit : 'Comme il est doux d'être la Mère du Rédempteur !' Oui, comme c'est doux, quand la créature qui vient au Rédempteur est déjà une créature de Dieu en laquelle il n'y a que la tache d'origine qui ne peut être lavée par un autre que Moi. Toutes les autres petites taches des imperfections humaines, l'amour les a enlevées. Mais, ma douce Mère, très pure Guide des âmes vers ton Fils, Etoile sainte qui les oriente, suave Maîtresse des saints, tendre 72 Nourrice des plus petits, Soin salutaire des infirmes, ce n'est pas toujours que viendront à toi ces créatures qui ne refusent pas la sainteté ... Mais des lèpres, mais des horreurs, mais la puanteur, mais un grouillement de serpents autour de choses immondes, viendront ramper jusqu'à tes pieds, ô Reine du genre humain, pour te crier/ 'Pitié !' Secours-nous ! Conduis-nous à ton fils !' et tu devras mettre ta main, cette blanche main sur les plaies, incliner ton regard de colombe du paradis sur les laideurs infernales, respirer la puanteur du péché, et ne pas fuir. Mais au contraire serrer sur ton cœur ceux que Satana mutilés, ces avortons, ces pourritures, et les laver dans les larmes et me les amener ... Et alors tu diras : 'Comme il est difficile d'être la Mère du Rédempteur !' Mais tu le feras parce que tu es la Mère ... Je baise et bénis tes mains, ces mains par lesquelles viendront à Moi tant de créatures et chacune sera une de mes gloires. Mais, avant de l'être pour Moi, elle sera une de tes gloires, Mère sainte. Vous, chères femmes disciples, suivez l'exemple de celle qui fut ma Maîtresse, celle aussi de Jacques et de Jude et de tous ceux qui veulent se former dans la Grâce et dans la Sagesse ; Suivez sa parole. C'est la mienne qui s'est faite plus douce. Il n'y a rien à y ajouter, car c'est la parole de la Mère de la Sagesse. Et vous, mes amis, sachez avoir l'humilité et la constance des femmes et, abaissant l'orgueil de l'homme, ne méprisez pas les femmes disciples, mais modérez votre force, et je pourrais dire votre dureté et votre intransigeance au contact de la douceur des femmes. Et, par-dessus tout, apprenez d'elles à aimer, à croire et à souffrir pour le Seigneur, parce qu'en vérité je vous dis qu'elles, les faibles, deviendront les plus fortes dans la foi, dans l'amour, dans l'audace, dans le sacrifice pour leur Maître, qu'elles aiment avec toutes elles-mêmes, sans rien demander, sans rien prétendre, payées seulement par l'amour, pour me donner réconfort et joie. Allez, maintenant dans vos maisons ou dans celles qui vous donnent l'hospitalité. Je reste avec ma Mère. Dieu soit avec vous. " Toutes partent sauf Marthe.

" Reste, toi, Marthe. J'ai déjà parlé à ton serviteur. Aujourd'hui ce n'est pas Béthanie qui donne l'hospitalité, mais la petite maison de Jésus. Viens. Tu mangeras à côté de Marie et tu dormiras dans la petite chambre près de la sienne. L'esprit de Joseph, notre réconfort, te réconfortera pendant que tu reposeras. Et demain, tu retourneras à Béthanie plus forte et plus assurée, pour préparer là 73 aussi des femmes disciples, en attendant celle qui à Moi et à toi est la plus chère. Ne doute pas, Marthe, je ne promets jamais en vain. Mais, pour faire d'un désert rempli de vipères un bosquet du paradis, cela demande du temps... Le premier travail ne se voit pas. Il semble qu'il n'y a rien de fait. Mais, au contraire, la semence est déjà déposée. Les semences. Toutes. Et puis viendront les larmes, ce sera la pluie qui les fait éclore... Et les bons arbres viendront ... Viens ! ... Ne pleure plus ! "

18. JESUS PARLE A JEANNE DE CHOUZA SUR LE LAC Jésus est sur le lac, dans la barque de Pierre, derrière deux autres barques ; l'une c'est la barque de pêche ordinaire, jumelle de celle de Pierre, l'autre une barque de plaisance, légère, riche. C'est la barque de Jeanne de Chouza, mais sa propriétaires n'y est pas ; elle est aux pieds de Jésus dans la barque rustique de Pierre. Je dirais que le hasard les a réunis en un endroit de la rive fleurie de Génésareth. Le rivage est très beau en ce début du printemps de Palestine, qui répand ses nuées d'amandiers en fleurs et dépose les perles des fleurs qui vont éclore sur les poiriers et les pommiers, les grenadiers, les cognassiers, tous, tous les arbres les plus riches et les plus agréables pour leurs fleurs et leurs fruits. Quand la barque suit une rive ensoleillée, déjà apparaissent les millions de boutons qui se gonflent sur les branches en attendant de fleurir, pendant que papillonnent dans l'aire tranquille, jusqu'à ce qu'elles se posent sur les claires eaux du lac, les pétales des amandiers précoces. Les rives, au milieu de l'herbe nouvelle qui semble un gai tapis de soie verte, sont constellées des boutons d'or des renoncules, des étoiles rayonnantes des marguerites et près d'elles, raides sur leurs tiges comme des petites reines couronnées, sourient légers, tranquilles comme des yeux d'enfants, les myosotis élégants, couleur d'azur et qui semblent dire 'oui, oui' au soleil, au lac, aux herbes leurs sœurs, qu'elles sont heureuses de fleurir sous les yeux bleu-clairs de leur Seigneur. En ce début de printemps, le lac n'a pas encore cette opulence qui le rendra triomphal les mois suivants. Il n'a pas encore cette somptuosité, je dirais sensuelle, des mille et mille rosiers rigides ou flexibles qui font des massifs dans les jardins ou qui voilent les 74 murs, des milliers et des milliers de corymbes des cytises et des acacias, des milliers et des milliers d'alignements de tubéreuses en fleurs, de mille et mille étoiles des agrumes, de tout ce mélange de couleurs, de parfums violents, enivrants, qui environnent et excitent un désir humain de jouissance qui profane, qui profane trop ce coin de terre si pur qu'est le lac de Tibériade, le lieu choisi depuis des siècles, pour être le théâtre du plus grand nombre des prodiges de notre Seigneur Jésus. Jeanne regarde Jésus absorbé par la beauté de son lac galiléen, et son visage sourit, reflétant comme un miroir fidèle son sourire à Lui. Dans les autres barques, on parle. Ici, c'est le silence. Seul bruit, le bruit sourd des pieds nus de Pierre et d'André qui règlent la manœuvre de la barque, et le soupir de l'eau que fend la proue et qui murmure sa douleur aux flancs du bateau, une douleur qui se change en rire à la poupe quand la blessure se referme en un sillage argenté que le soleil allume comme si c'était une poussière de diamants. Finalement Jésus arrête sa contemplation et tourne son regard vers la disciple. Il lui sourit. Il lui demande : " Nous sommes presque arrivés, n'est-ce pas ? Et tu diras que le Maître est un compagnon bien peu aimable. Je ne t'ai pas dit une seule parole. " " Mais je les ai lues sur ton visage, Maître, et j'ai entendu tout ce que tu disais à ces choses qui nous entourent. " " Que disais-je, alors ? " " Aimez, soyez purs, soyez bons. Parce que vous venez de Dieu, et que de sa main il n'est rien

sorti de mauvais ou d'impur. " " Tu as bien lu. " " Mais, mon Seigneur, les herbes le feront encore. Et le feront aussi les animaux. L'homme ... pourquoi ne le fait-pas, lui qui est le plus parfait ? " " Parce que la morsure de Satan est entrée seulement en l'homme. Il a essayé de démolir le Créateur dans son prodige le plus grand, dans ce qui était le plus semblable à Lui. " Jeanne baisse la tête et réfléchit. Elle paraît hésiter et comparer deux vouloirs opposés. Jésus l'observe. A la fin elle relève la tête et dit : " Seigneur, dédaignerais-Tu d'approcher de mes amies, païennes ? Tu sais ... Chouza appartient à la cour. Et le Tétrarque -et plus encore la véritable maîtresse de la cour, Hérodiade, à la volonté de laquelle se soumet tout désir d'Hérode, par ... mode, pour se montrer plus fins que les autres palestiniens, pour être protégés par Rome, en adorant Rome et tout ce qui est romain 75 flatte les romains de la maison proconsulaire ... et nous les impose pour ainsi dire. En vérité je dois dire que les femmes ne sont pas pires que nous. Même parmi nous, sur ces rives, il y en a qui sont tombées bien bas. Et de quoi pouvons-nous parler, si nous ne parlons pas d'Hérodiade ? ... Quand j'ai perdu mon enfant et que je fus malade, elles furent très bonnes pour moi qui ne les avais pas recherchées. Et, depuis , l'amitié est restée. Mais, si tu me dis que c'est mal, j'y renonce. Non ? Merci, Seigneur. Avant-hier, j'étais chez une de ces amies, visite d'amitié pour moi, de devoir de la part de Chouza. C'était un ordre du Tétrarque qui ... voudrait bien revenir ici, mais qui ne s'y sent pas très en sécurité et alors ... il noue les relations les plus intéressés avec Rome pour avoir sa protection. Par ailleurs ... je te prie ... Tu es parent du Baptiste, n'est-ce pas ? Dis-lui alors de ne pas trop se fier. Qu'il ne sort jamais des frontières de la SaMarie. Mais, au contraire, s'il ne le dédaigne pas, qu'il se cache pour quelque temps. Le serpent s'approche de l'agneau et l'agneau a tout lieu de craindre. De tout. Qu'il se tienne sur ses gardes, Maître. Et qu'on ne se sache. Pas que c'est moi qui l'ai dit. Ce serait la ruine de Chouza. " " Sois tranquille, Jeanne. J'avertirai le Baptiste de façon à lui rendre service sans qu'il en résulte de dommage. " " Merci, Seigneur. Je veux te servir, mais je ne voudrai pas ce faisant nuire à mon mari. D'autre part ... moi... je ne pourrai pas venir toujours avec Toi. Parfois, je devrai rester, parce que lui le veut, et c'est juste... " " Tu resteras, Jeanne.. Je comprends tout. Ne dis rien de plus que ce qui est nécessaire. " " Pourtant, aux heures les plus dangereuses pour Toi, Tu me voudras près de Toi ? " " Oui, Jeanne. Certainement. " " Oh ! cette chose comme il m'était difficile de devoir le dire, et de la dire ! Mais maintenant, je suis soulagée... " " " Si tu as foi en Moi, tu seras toujours soulagée... mais, tu parlais de l'une de tes amies romaines ... " " Oui, c'est une amie intime de Claudia et je crois qu'elle doit lui être parente. Elle voudrait parler avec Toi ou, au moins, t'entendre parler. Et elle n'est pas la seule. Et maintenant que Tu as guéri la petite de Valeria, et la nouvelle est arrivée rapide comme l'éclair, elles le désirent encore plus vivement. Au banquet de l'autre soir, on a beaucoup parlé, pour et contre Toi. Il y avait en effet des hérodiens et des sadducéens ... bien qu'ils n'en voulussent pas conve76 nir quand on le leur demandait ... et puis, il y avait aussi des femmes ... riches ... et pas honnêtes. Il y avait ... cela me déplaît de le dire parce que je sais que tu es un ami de son frère, Marie de Magdala, avec son nouvel ami, et une autre femme, grecque je crois, et de mœurs aussi libres qu'elle. Tu sais ... chez les païens, les femmes sont à table avec les hommes et c'est ... très ... très ... Quel ennui ! Par gentillesse, mon amie m'avait choisie comme compagnon mon propre époux ce qui m'avait beaucoup soulagée. Mais les autres ... oh ! ... Eh bien ... on parlait de Toi, car le miracle sur Faustina a fait du bruit. Et si les romains admirent en Toi le grand médecin ou le mage -pardonnemoi, Seigneur- les hérodiens et les sadducéens jetaient du venin sur ton nom, et Marie, oh ! Marie !

quelle horreur ! ... elle a commencé par les dérision et puis ... Non, cela, je ne veux pas te le dire. J'en ai pleuré toute la nuit. " " Laisse-la faire. Elle guérira. " " Mais elle se porte bien, sais-Tu ? " " La chair oui. Le reste est toute intoxiqué. Elle guérira. " " Tu le dis ... Les romaines, tu sais comme elles sont, ont dit : 'Nous ne craignons pas les sorcelleries et nous ne croyons pas aux racontars, mais nous voulons juger par nous-mêmes' et ensuite elles m'ont dit : 'Ne pourrions-nous l'entendre ? " " Dis-leur qu'à la fin de la lune de scebat, je serai chez toi. " " Je le dirai, Seigneur. Tu crois qu'elles viendront à Toi ? " " Chez elles, c'est surtout un monde à refaire. Il faut tout d'abord démolir, puis bâtir. Mais ce n'est pas impossible... Jeanne, voici ta maison avec son jardin. Travailles-y pour ton Maître, comme je te l'ai dit. Adieu, Jeanne. Que le Seigneur soit avec toi. Je te bénis en son nom. " La barque accoste. Jeanne demande, insistante : " Tu ne viens pas ? " " Pas maintenant. Il me faut réveiller la flamme. En peu de mois d'absence, elle s'est presque éteinte. Et le temps s'envole. " La barque s'est arrêtée dans la crique du jardin de Chouza. Les serviteurs accourent pour aider la maîtresse à descendre . Sa barque vient, après celle de Pierre au débarcadère après que Jean, Mathieu, l'Iscariote et Philippe l'ont quittée pour monter dans celle de Pierre qui, ensuite, lentement quitte le rivage et reprend sa marche vers la rive opposée.

18. JÉSUS A GERGHESA. LES DISCIPLES DE JEAN Jésus parle dans une cité que je n'ai jamais vue.. C'est du moins ce qui me semble, car elles sont toutes à peu-près le même style et il est difficile de les différencier à première vue. Ici aussi une rue borde le lac et les barques sont toutes près de la rive. Maisons et maisonnettes sont sur l'autre bord de la rue, mais les collines sont ici beaucoup plus en retrait et ainsi la petite cité se trouve dans une plaine riante qui se prolonge sur la rive orientale du lac., à l'abri des vents que les collines arrêtent. Elle jouit donc d'un climat tiède qu'ici, plus encore que dans les autres campagnes, favorise la floraison des arbres. Il semble que le discours soit commencé, car Jésus dit : " ... C'est vrai. Vous dites : 'Nous ne t'abandonnerons jamais, car t'abandonner ce serait abandonner Dieu'. Mais, ô peuple de Gerghesa, rappelle-toi que rien n'est plus changeant que la pensée humaine. Je suis convaincu qu'en ce moment vous avez réellement cette pensée. Ma parole et le miracle survenu vous ont exaltés en ce sens et en ce moment vos paroles sont sincères. Mais, je vais vous rappeler un épisode. Je pourrais en citer mille, lointains ou proches. Je ne vous cite que celui là. Josué, serviteur du Seigneur, rassembla, avant de mourir, autour de lui les tribus, avec leurs anciens, leurs chefs, leur juges, leurs magistrats, et leur parla en présence du Seigneur. Il leur rappela tous les bienfaits et les prodiges accomplis par le Seigneur par son entremise. Après avoir énuméré toutes ces choses, il les invita à rejeter tout dieu qui ne serait pas le Seigneur ou, du moins, à être francs dans leur foi en choisissant avec sincérité ou le vrai Dieu, ou les dieux de Mésopotamie et des Amorites de façon qu'il y eut une nette séparation entre les fils d'Abraham et ceux qui s'attachent au paganisme. Une erreur décidé vaut toujours mieux qu'une hypocrite profession de foi ou un mélange de croyances qui est un opprobre pour Dieu et une mort pour les esprits. Et il n'est rien de plus facile et de plus commun que ce mélange. L'apparence est bonne, mais par-dessous la réalité ne vaut rien. Toujours, fils. Toujours. Les fidèles qui mélangent l'observance de la loi avec ce qu'elle interdit, ces disgraciés qui hésitent comme des gens ivres entre la fidélité à la Loi et l'intérêt des marchés et des compromissions avec les gens qui ne sont pas soumis à la Loi dont ils espèrent tirer profit, ces 78

prêtres ou scribes ou pharisiens qui ne font plus du service de Dieu le but de leur vie, mais une politique astucieuse pour triompher des autres et pour avoir tout pouvoir contre les autres plus honnêtes, parce qu'ils savent fort et précieux pour les buts qu'ils poursuivent, ne sont que des hypocrites qui mélangent notre Dieu avec des dieux étrangers. Le peuple répondit à Josué : 'Qu'il n'arrive jamais que nous abandonnions le vrai Dieu pour servir des dieux étrangers'. Josué leur dit ce que Moi, je vous ai dit naguère sur la sainte jalousie du Père, sur sa volonté d'être aimé exclusivement, avec tout nous-mêmes, de son équité dans la punition de ceux qui sont menteurs. Punir ! Dieu peut punir comme il peut récompenser. Il ne faut pas être mort pour avoir récompense ou châtiment. Regarde, ô peuple hébreux, si Dieu, après t'avoir tant donné en te délivrant des pharaons, en te conduisant sain et sauf à travers le désert et les embûches des ennemis, en te permettant de devenir une nation grande et respectée, riche de gloires, ne t'a-t-il pas, par la suite, une, deux, dix fois puni pour tes fautes ! Regarde ce que tu es devenu à présent ! Et Moi qui te vois te précipiter dans la plus sacrilège des idolâtries, je vois aussi dans quel gouffre tu vas te précipiter pour ton obstination à retomber toujours dans les mêmes fautes. Et c'est pour cela que je te rappelle, peuple qui es deux fois mon peuple parce que je suis le Rédempteur et que je suis né de toi. Ce n'est pas de la haine, pas de la rancœur, pas de l'intransigeance. Mon rappel, même s'il est sévère, c'est encore de l'amour. Josué dit alors : 'Vous êtes témoins : vous avez choisi le Seigneur', et tous répondirent : 'Oui'. Et Josué, qui était sage et pas seulement brave, sachant combien est faible la volonté de l'homme écrivit sur un livre toutes les paroles de la loi et de l'alliance et il les plaça dans le temple et de plus, dans ce sanctuaire du Seigneur, à Sichem, qui contenait pour l'occasion le Tabernacle, il posa une grande pierre en témoignage, disant : 'Cette pierre qui a entendu les paroles que vous avez dites au Seigneur restera ici en témoignage pour que vous ne puisiez pas renier votre parole et mentir au Seigneur votre Dieu'. Une pierre, si grande et si dure qu'elle soit, peut toujours être réduite en poussière par l'homme, par la foudre ou par l'érosion des eaux et du temps. Mais Moi, je suis la Pierre Angulaire et Eternelle et je ne puis subir la destruction. Ne mentez pas à cette Pierre Vivante. Ne l'aimez pas seulement parce qu'elle fait des prodiges. 79 Aimez-la parce que par elle vous toucherez le Ciel. Je vous voudrais plus spirituels, plus fidèles au Seigneur. Je ne dis pas à Moi. Moi je ne suis que parce que je suis la Voix du Père. En me piétinant, vous blessez Celui qui m'a envoyé. Je suis l'intermédiaire. Lui c'est le Tout. Recueillez de Moi et conservez en vous ce qui est saint, pour rejoindre ce Dieu. N'aimez pas l'Homme, aimez le Messie du Seigneur, non pour les miracles qu'il fait, mais parce qu'il veut faire en vous le miracle intime et sublime de votre sanctification. " Jésus bénit et se dirige vers une maison. Il se trouve presque sur le seuil quand il est arrêté par un groupe d'hommes âgés qui le saluent avec respect et Lui disent : " Pouvons-nous t'interroger, Seigneur ? Nous sommes des disciples de Jean et puisque lui parle toujours de Toi et aussi parce que la renommée de tes prodiges est venue jusqu'à nous, nous avons voulu te connaître. Maintenant, en t'écoutant, il nous est venu à l'esprit une question. " " Dites-la. Si vous êtes disciples de Jean, vous êtes déjà sur le chemin de la justice. " " Tu as dit, en parlant des idolâtries habituelles chez les fidèles, qu'il y a parmi nous des personnes qui commercent entre la loi et les gens qui sont en dehors de la loi. Toi aussi, cependant tu es leur ami. Nous savons que Tu ne dédaignes pas les romains. Alors ? " " Je ne le nie pas. Mais cependant, pouvez-vous dire que je le fais pour en tirer un avantage ? Pouvez-vous dire que je le flatte pour avoir même seulement leur protection ? " " Non ,Maître, et nous en sommes plus que certains. Mais le monde n'est pas composé de nous seuls qui ne voulons croire qu'au mal que nous voyons et non pas au mal dont on vient nous parler. Maintenant dis-nous les raisons qui rendent plausible la fréquentation des gentils, pour nous guider et te défendre, si on te calomnie en notre présence. " " Il est mal d'avoir des contacts quand ce n'est que dans un but humain. Ce n'est pas mal les fréquenter pour les amener au Seigneur notre Dieu. C'est ce que je fais. Si vous étiez des gentils, je

pourrais m'attarder à vous expliquer comment tout homme vient d'un Dieu Unique. Mais vous êtes hébreux et il n'est pas nécessaire que je vous explique cela. Vous pouvez donc comprendre et croire qu'il est mon devoir, étant le Verbe de Dieu, de porter sa parole à tous les hommes, fils d'un Père universel. " " Mais eux ne sont pas des fils puisqu'ils sont païens ... " 80 " Par la grâce, non, ils ne le sont pas. Pour leur foi erronée, ils ne le sont pas, c'est vrai. Mais, jusqu'à ce que j'aie racheté l'homme, même l'hébreux aura perdu la grâce. Il en sera privé, parce que la tache d'origine fait un écran au rayon ineffable de la Grâce, l'empêchant de descendre dans les cœurs. Mais par la création, l'homme est toujours fils de Dieu. D'Adam, chef de l'humanité, viennent tant les hébreux que les romains, et Adam est le fils du Père qui lui a donné sa ressemblance spirituelle. " " C'est vrai ; Une autre question, Maître ; Pourquoi les disciples de Jean font-ils de grands jeûnes et ne pas les tiens, Nous ne disons pas que tu ne dois pas manger. Même le Prophète Daniel fut saint aux yeux de Dieu, tout en étant un grand de la cour de Babylone, et Toi tu es plus que lui. Mais eux ... " " Bien souvent, ce qu'on n'obtient pas par le rigorisme, un l'obtient par la cordialité. Il y a des êtres qui ne viendraient jamais au Maître, et c'est le Maître qui doit aller à eux. D'autres viendraient au Maître, mais ils ont honte d'y aller parmi la foule. Vers eux aussi le Maître doit aller. Et puisqu'ils me disent : ' Sois mon hôte pour que je puisse te connaître', j'y vais, en tenant compte non pas de la jouissance d'une table opulente, ni des conversations qui pour Moi sont tellement pénibles, mais encore et toujours de l'intérêt de Dieu. Ceci pour Moi. Et puisque souvent au moins une des âmes que j'aborde de cette façon se convertit, et toute conversion est une fête nuptiale pour mon âme, une grande fête à laquelle prennent part tous les anges du Ciel et que bénit le Dieu éternel, ainsi mes disciples, les amis de Moi-l'Epoux, jubilent avec l'Epoux leur Ami. Voudriez-vous voir les amis dans la douleur pendant que Moi je jubile, Pendant que je suis avec eux ? Mais le temps viendra où ils ne m'auront plus. Et alors ils feront de grands jeûnes. A temps nouveaux, nouvelles méthodes. Jusqu'à hier : auprès du Baptiste, c'était le cendre de la Pénitence Aujourd'hui, dans mon aujourd'hui, c'est la douce manne de la Rédemption, de la Miséricorde, de l'Amour. Les méthodes anciennes ne pourraient se greffer sur mon action, comme mes méthodes n'auraient pu être mises en œuvre alors, hier seulement, car la Miséricorde n'était pas encore sur la terre, maintenant, elle y est. Non plus le Prophète, mais le Messie à qui tout a été remis par Dieu, est sur la terre ; A chaque temps les choses qui lui sont utiles. Personne ne coud un morceau d'étoffe neuve sur un vieux vêtement, parce qu'autrement, surtout au moment du lavage, l'étoffe neuve se rétrécit et déchire l'étoffe vieille et la déchirure s'élargit encore. De la même façon, 81 personne ne met du vin nouveau dans des vieilles outres parce que autrement le vin fait éclater les outres incapables de supporter le bouillonnement du vin nouveau et celui-ci se répand hors des outres qu'il a crevées. Mais le vin vieux qui a déjà travaillé, on le met dans de vieilles outres, et le vin nouveau dans des outres neuves. Car une force doit s'équilibrer avec une autre qui doit lui être égale. Il en est ainsi maintenant. La force de la nouvelle doctrine impose des méthodes nouvelles pour sa diffusion. Et Moi, qui je sais, je les emploie. " " Merci, Seigneur. Maintenant nous sommes contents. Prie pour nous. Nous sommes de vieilles outres. Pourrions-nous résister à ta force ? " " Oui, parce que le Baptiste vous a tannés et parce que ses prières, unies aux miennes, vous donneront cette possibilité. Partez avec ma paix et dites à Jean que je le bénis. " " Mais ... selon Toi, vaut-il mieux pour nous rester avec le Baptiste ou avec Toi ? " " Tant qu'il y a du vin vieux, il est plus agréable de le boire, parce qu'il flatte davantage le palais. Plus tard ... parce que l'eau malsaine qui se trouve partout vous dégoûtera, vous aimerez le vin nouveau. " " Crois-Tu que le Baptiste sera repris ? " " Certainement. Je lui ai déjà envoyé une mise en garde. Allez, allez. Jouissez de votre Jean tant

que vous le pouvez et faites-lui plaisir. Après, vous m'aimerez. Moi. Et cela vous sera pénible aussi ... car personne, après avoir goûté le vin vieux désire tout de suite le vin nouveau. Il dit : 'Le vin vieux était meilleur !'. Et en effet, j'aurai une saveur spéciale qui vous paraîtra âpre. Mais vous vous habituerez à la longue à cette saveur vitale. Adieu, amis. Dieu soit avec vous. "

20.

DE NEFTALI A GISCALA. RENCONTRE AVEC LE RABBI GAMALIEL

" Maître ! Maître ! Mais tu ne sais pas qui est devant nous ? C'est le rabbi Gamaliel ! Assis avec des serviteurs, dan une caravane, à l'ombre du bois, à l'abri du vent. Ils sont en train de cuire un agneau. Et maintenant, qu'allons-nous faire ? " " Mais ce que nous voulions faire, amis. Nous suivons notre chemin ... " " Mais Gamaliel appartient au temple. " " Gamaliel n'est pas un perfide. N'ayez pas peur. Moi je vais de l'avant. " " Oh ! je viens moi aussi " disent ensemble les cousins et tous les galiléens et Simon. Seul l'Iscariote et, un peu moins, Thomas, paraissent peu décidés à s'avancer. Mais ils suivent les autres. Quelques mètres encore, par un chemin de montagne creusé entre des parois boisées. Et puis le chemin tourne et débouche sur une sorte de plateau qu'il traverse en s'élargissant pour redevenir étroit et tortueux sous le couvert des branche entrelacés. Dans une clairière ensoleillée, mais en même temps ombragée par les premières feuilles du bois, il y a quantité de gens sous une riche tente et d'autres s'emploient dans un coin à faire tourner l'agneau au-dessus de la flamme. Il n'y a pas à dire ! Gamaliel se soignait bien. Pour un homme en voyage, lui a mis en mouvement un régiment de serviteurs et déplacé je sais pas combien de bagages. Maintenant il est assis au milieu de sa tente : une toile tendue sur quatre piquets dorés, une sorte de baldaquin sous lequel se trouvent des sièges bas couverts de coussins et une table montée sur des chevrettes ornées de marqueteries, couverte d'une nappe très fine sur laquelle les serviteurs placent de la vaisselle précieuse. Gamaliel semble une idole. Les mains ouvertes sur les genoux, raide, hiératique, il me fait l'effet d'une statue. Autour de lui les serviteurs tournoient comme des papillons. Mais lui ne s'en occupe pas. Il réfléchit, les paupières presque abaissées sur les yeux sévères et, quand il les lève, ses yeux très foncés, profonds et pleins de pensée se découvrent, dans toute leur sévère beauté, de chaque côté d'un nez allongé et fin et sous le front un peu dégarni d'un homme âgé, haut, marqué de trois rides parallèles et où une grosse veine bleuâtre, dessine une V au milieu de la tempe droite. Le bruit des pas de ceux qui arrivent fait retourner les serviteurs. Gamaliel aussi se retourne. Il voit Jésus qui avance en tête et il a un mouvement de surprise. Il se lève et va au bord de la tente, pas plus loin. Mais de là, il s'incline profondément, les bras croisées sur la poitrine. Jésus répond de la même manière. " Tu es ici, Rabbi ? " demande Gamaliel. " Oui, rabbi " répond Jésus. " Me permets-tu de te demander où tu vas ? " " Il m'est agréable de te répondre. Je viens de Nephtali et je vais à 83 Giscala. " " A pieds ? Mais la route est longue et difficile à travers ces montagnes. Tu te fatigue trop. " " Crois-moi. Si on me reçoit et si on m'écoute, cela m'enlève toute fatigue. " " Alors ... permets-moi, pour une fois, d'être celui qui t'enlève la fatigue. L'agneau est prêt. Nous aurions laissé les restes aux oiseaux car je n'ai pas l'habitude d'emporter les restes. Tu vois que cela ne me dérange pas de t'inviter et, avec Toi, tes disciples. Je suis pour Toi, un ami, Jésus. Je ne te crois pas inférieur à moi, mais plus grand. " " Il le crois et je l'accepte. " Gamaliel parle à un serviteur qui doit faire l'office du chef. Ce dernier communique les ordres, on prolonge le tente et l'on décharge des nombreux mulets d'autres sièges pour les disciples de Jésus, et

de la vaisselle. On apporte les coupes pour se purifier les doigts. Jésus, avec la plus grande dignité, accompli ce rite pendant que les autres apôtres, que Gamaliel lorgne avec beaucoup d'attention, le font le moins mal possible, à l'exception de Simon, Judas de Kériot, Barthélemy, Mathieu rompus aux finesses de la Judée. Jésus est à côté de Gamaliel qui est seul su un côté de la table. En face de Jésus, le Zélote. Après la prière d'offrande, que Gamaliel dit avec une lenteur solennelle, les serviteurs découpent l'agneau et le partagent entre les hôtes et ils emplissent les coupes de vin, ou hydromel pour ceux qui le préfèrent. " Le hasard nous a réunis, Rabbi. Je ne croyais pas vraiment pas te trouver en marche pour Giscala. " " Je vais vers tout le monde. " " Oui, Tu es le Prophète infatigable. Jean est stable. Tu es un itinérant. " " Il est plus facile, ainsi, aux âmes de Me trouver. " " Je ne dirais pas cela. Avec ces déplacements, tu les désorientes. " " Je désoriente les ennemis, mais ceux qui me veulent, parce qu'ils aiment la Parole de Dieu, me trouvent. Non pas tous peuvent venir au Maître et le Maître, qui les veut tous, va vers eux. Je rends ainsi service à ceux qui sont bons et je dépiste les manœuvres de ceux qui me haïssent. " " Le dis-tu pour moi ? Moi je ne te haïs pas. " " Non, ce n'est pas pour toi. Mais, puisque tu es juste et sincère, tu peux dire que ce que je dis est vrai. " " Oui. C'est vrai ; Mais ... vois-tu ... C'est que nous les anciens, nous 84 te comprenons mal. " " Oui, le vieil Israël me comprend mal, pour son malheur ... et par sa volonté. " " Oh ! cela, non ! " " Oui, rabbi. Il n'applique pas sa volonté à comprendre le Maître. Et qui se borne à cela fait mal, mais est un mal relatif. Beaucoup, au contraire, appliquent leur volonté à comprendre de travers et à déformer ma parole pour nuire à Dieu. " " A Dieu, Lui est au-dessus des embûches des hommes. " " Oui, mais toute âme qui égare ou qu'on égare -et c'est s'égarer que de déformer ma parole pour soi-même ou pour les autres- nuit à Dieu dans l'âme qui se perd. Toute âme qui se perd est une blessure faite à Dieu. " Gamaliel baisse la tête et réfléchit, les yeux fermés. Puis il se frotte le front, de ses doigts longs et maigres, en un mouvement involontaire de peine. Jésus l'examine attentivement. Gamaliel lève la tête, ouvre les yeux, regarde Jésus et dit : " Cependant tu sais que moi, je ne suis pas de ces gens. " " Je le sais ; Mais tu appartiens aux premiers. " " Oh ! c'est vrai ! Mais ce n'est pas que je ne m'applique pas à te comprendre. C'est que ta parole s'arrête à mon intelligence mais ne va pas plus loin. L'intelligence l'admire en tant que parole d'un savant et l'esprit... " " Et l'esprit ne peut la recevoir, Gamaliel, parce qu'il est encombré de trop de choses. Et ces choses sont des ruines. Il y a peu de temps, en venant de Nephtali à cette direction, je suis passé par une montagne isolée de la chaîne. J'ai eu le plaisir à y passer pour voir la beauté du lac de Génésareth et du lac Meron, vus d'en haut comme les voient les aigles et les anges du Seigneur, pour dire encore une fois : 'Merci, Créateur de la beauté que Tu nous donnes'. Toute la montagne n'était que fleurs, touffes nouvelles, frondaisons printanières dans les près, les vergers, les champs, les bois. Les lauriers répandaient leur parfum près des oliviers qui préparaient déjà la neige des milliers de fleurs, et même les robustes rouvres se faisaient plus attrayantes en se revêtant de clématites et de chèvrefeuilles. Voilà que là il n'y a pas de fleuraison, terre désertique que le travail de l'homme et de la nature était impuissant à fertiliser ; Tout travail humain n'y aboutit à rien, ni celui du vent qui transporte les semences car les ruines cyclopéennes de l'antique Hatzor encombrent tout, et à travers ces champs de pierres ne peuvent croître que les orties et les ronces et

ne se nichent 85 que les serpents, Gamaliel... " " Je te comprends. Nous aussi nous sommes des ruines ... Je comprends la parabole, Jésus. Mais ... je ne peux ... Je ne peux agir d'une autre façon. Les pierres sont trop profondément enterrées. " " Quelqu'un, en qui tu crois, t'a dit : 'Les pierres frémiront à mes dernières paroles'. Mais pourquoi attendre les dernières paroles du Messie ? N'aurais-tu pas de remordre de n'avoir pas voulu me suivre auparavant ? Les dernières .. ! Tristes paroles aussi, que celles d'un ami qui meurt et que nous sommes allés écouter trop tard. Mais les miennes sont plus que les paroles d'un ami. " " Tu as raison ... Mais je ne peux pas. J'attends ce signe pour croire. " " Quand un terrain est désolé, un coup de foudre ne suffit pas pour le défricher. Ce n'est pas le terrain qui le reçoit, mais les pierres qui le couvrent. Travaille au moins à le remuer, Gamaliel. Autrement, si elles sont ainsi enfouies dans ton âme, le signe ne t'amènera pas à la croyance. " Gamaliel se tait, absorbé. Le repas est fini. Jésus se lève et dit : " Je te rends grâce, mon Dieu, du repas et d'avoir pu parler au sage. Et merci à toi, Gamaliel. " " Maître, ne pars comme cela. Je crains que tu ne sois fâché avec moi. " " Oh ! Non. Tu dois me croire. " " Alors, ne pars pas. Je vais à la tombe de Hillel . Dédaignerais-tu de venir avec moi ? Nous irons vite fait, car j'ai des mulets et des ânes pour tout le monde. Nous n'aurons qu'à les débarrasser des bâts que porteront les serviteurs. Et ce sera pour Toi un raccourci dans la partie la plus difficile de ton chemin. " " Je ne dédaigne pas de t'accompagner sur la tombe d'Hillel. C'est pour moi un honneur. Allonsy donc. " Gamaliel donne des ordres, et pendant que tous travaillent à démonter la salle à manger provisoire, Jésus et le rabbi montent sur une mule et, l'un à côté de l'autre, ils avancent sur la route montante et silencieuse sue laquelle résonnent bruyamment les sabots ferrés. Gamaliel garde le silence. Il demande seulement deux fois à Jésus si la selle est commode. Jésus répond et puis se tait, absorbé dans ses pensées. Tellement qu'il ne voit pas que Gamaliel, en retenant un peu sa mule le laisse passer devant d'une encolure pour étudier tous ses mouvements. Les yeux du vieux rabbi paraissent des yeux de faucon guettant sa proie, tant ils sont attentifs et fixes. 86 Mais Jésus ne s'en aperçoit pas. Il avance calmement en s'adaptant au pas ondulant de sa monture. Il réfléchit et pourtant examine chaque aspect de tout ce qui l'entoure. Il allonge la main pour cueillir une touffe de cytise d'or qui retombe, il sourit à deux oiseaux qui font leur nid dans un genévrier touffu, arrête la mule pour écouter une fauvette à tête noire et acquiesce, comme s'il bénissait, au cri angoissé par lequel une tourterelle sauvage encourage son compagnon au travail. " Tu aimes beaucoup les plantes et les animaux, n'est-ce pas ? " " Beaucoup. C'est mon livre vivant. L'homme a toujours devant lui les fondements de la foi. La Genèse vit dans la nature. Maintenant, qui sait regarder, sait aussi croire. Cette fleur, si douce en son parfum et dans la matière de ses corolles pendantes, contrastant ainsi avec ce genévrier épineux et cet ont piquant, a-t-elle pu se faire toute seule ? Et regarde ce rouge-gorge a-t-il pu ainsi se faire tout seul avec cette pincée de sang séché sur sa douce gorge ? Et ceux deux tourterelles, où et comment ont-elles pu se peindre ce collier d'onyx sur le voile de leur plumes grise, Et là, ces deux papillons : l'un noir aux grands yeux d'or et de rubis, et l'autre blanc avec des rayures azurées, où ont-ils trouvé les gemmes et les rubans pour leurs ailes ? Et ce ruisseau, C'est de l'eau. C'est bien. Mais d'où est-elle vienne ? Quelle est sa source première de l'eau élément ? Oh ! regarder veut dire croire, si on sait voir. " " Regarder veut dire croire. Nous regardons trop peu la Genèse vivante qui est devant nous. " " Trop de science, Gamaliel, et trop peu d'amour et trop peu d'humilité ". Gamaliel soupire et secoue la tête.

" Voilà. Je suis arrivé, Jésus. Là est enterré Hillel. Descendons en laissant là nos montures. Un serviteur les prendra. " Ils descendent, attachent à un tronc d'arbre les deux mules et se dirigent vers un tombeau qui se détache de la montagne, près d'une vaste demeure complètement close. " Je viens ici pour méditer, pour préparer les fêtes d'Israël. Dit Gamaliel en montrant la maison. " Que la Sagesse te donne toutes les lumières. " " Et ici pour me préparer à la mort " et Gamaliel montre le tombeau. " C'était un juste. " " C'était un juste. Je prie volontiers près de ses cendres. Mais, Gamaliel, Hillel ne doit pas seulement t'apprendre à mourir. Il doit t'apprendre à vivre. " " Comment, Maître ? " " 'L'homme est grand quand il s'humilie'. C'était la pensée qu'il préférait... " " Comme le sais-tu, si tu ne l'as pas connu ? " " Je l'ai connu ... et du reste, si je n'avais pas connu le rabbi Hillel en personne, sa pensée, je l'ai connu car je n'ignore rien de la pensée des hommes. " Gamaliel baisse la tête et murmure : " Seul Dieu peut dire cela. " " Dieu et son Verbe. Parce que le Verbe connaît la Pensée et la Pensée connaît le Verbe et l'aime en se communiquant à Lui avec ses trésors pour le faire participer à Lui-Même. L'Amour resserre les liens et en fait une seule Perfection ; C'est la Triade qui s'aime et qui divinement se forme, s'engendre, procède et se complète. Toute pensée sainte est née dans l'Esprit parfait et en reste un reflet dans l'esprit du juste. Alors le Verbe peut-Il ignorer les pensées des justes qui sont la pensée de la Pensée ? " Ils prient près du tombeau fermé. Longuement. Les disciples et puis les serviteurs les rejoignent, les premiers sur leurs montures, les seconds sous le poids des bagages. Mais ils s'arrêtent à la limite du près, au-delà duquel est le tombeau. La prière se termine. " Adieu, Gamaliel. Elève-toi comme Hillel. " " Que veux-tu dire ? " " Elève-toi. Lui est devant toi parce qu'il a su croire plus humblement que toi. Paix à toi. "

L'ÉVANGILE TEL QU'IL M'A ÉTÉ RÉVÉLÉ Volume 4° * 20 % en ligne * La deuxième année de la vie publique (deuxième partie) Table des matières VOL. 4. Chapitres 87-100 87. Le paralytique de la piscine de Béthsaida 88. A Béthanie: « Maître, Marie a appelé Marthe » 89. Margziam confié à Porphyrée épouse de Pierre 90. Jésus parle à Béthsaida 91. L’hemorroissa et la fille de Jaïre 92. Jésus et Marthe à Capharnaüm 93. Guérison des deux aveugles et du muet possédé 94. Parabole de la brebis perdue

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95. «Après avoir appelé la loi j’ai fait chanter l’espérance du pardon 96. Jésus dit à Marthe : « Tu as déjà ta victoire en main » 97. Marie madeleine dans la maison du pharisien Simon 98. « Il est beaucoup pardonné a qui aime beaucoup » 99. Considérations sur la conversion de Marie-Magdeleine 100. «Cela vaut la peine de perdre une amitié pour conquérir une âme » VOL. 4. Chapitres 101-110 101. Marie-Magdaleine accompagnée par Marie parmi les disciples 102. La parabole des pécheurs 103. Margziam enseigne le « Pater » à Marie-Magdeleine 104. Jésus à Philippe : « Je suis l’amant puissant ». La parabole de la drachme retrouvée 105. « Le savoir n’est pas corruption quand il est religion 106. Dans la maison de Cana 107. Jean répète le discours de Jésus sur le Thabor 108. Jésus à Nazareth 109. Le sabbat à la synagogue de Nazareth 110. La Mère instruit Marie de Magdala VOL 4. Chapitres 111-120 111. A Bethléem de Galilée 112. « La vocation est plus que le sang » En allant vers Sicaminon 113. Aux disciples de Sicaminon : « Se brûler soi-même » 114. A Tyr. « Persévérer, voilà le grand mot » 115. Aux disciples de Sicaminon : la Foi 116. Jésus à Marie-Madeleine : « Je te travaillerai par le feu et sur l’enclume. » 117. Sintica l’esclave grecque 118. L’adieu à Marthe, à Marie-Madeleine et Sintica 119. Jésus parle de l’Espérance 120. Jésus va sur le Carmel avec Jacques d’Alphée VOL 4. Chapitres 121-130 121. « Aimer parfaitement pour être saintement chef » 122. « Appelle fils celui qui te causera de la douleur » 123. Pierre prêche à Esdrelon : « L’amour c’est le salut » 124. Jésus aux paysans de Giocana : « L’amour est obéissance » 125. Marie très Sainte : « Ma pitié est plus forte que tout » 126. « l’accomplissement du bien est une prière plus grande que les psaumes. » 127. Une journée de l’Iscariote à Nazareth 128. Instructions aux apôtres pour le début de l’apostolat 129. « Es-tu le Messie ? » demandent les envoyés du Baptiste 130. Jésus travaille comme menuisier pour une veuve à Corozaïn VOL. 4 Chapitres 131-140 131. L’amour est le secret et le commandement de la gloire » 132. « Le cœur n’est plus circoncis » 133. La mort de Jean Baptiste 134. « Allons à Tarichée » 135. En parlant avec un scribe 136. La première multiplication des pains 137. Jésus marche sur les eaux.

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138. « Si vous avez la foi, je viens et je vous soustrais au danger » 139. La rencontre avec les disciples 140. L’avarice et le riche imbécile VOL. 4 Chapitres 141-150 141. Dans le jardin de Marie de Magdala 142. Jésus envoie les soixante-douze pour l’annoncer 143. La rencontre avec Lazare au Champ des galiléens 144. Les soixante-douze rapportent à Jésus ce qu’ils ont fait 145. Au Temple, pour les tabernacles 146. Joseph et Nicodème rapportent qu’au temple on est informé de la présence de Jean d’Endor et de Sintica 147. Sintica parle dans la maison de Lazare 148. La mission des quatre apôtres en Judée 149. Jésus quitte Béthanie pour l’autre rive du Jourdain 150. Le marchand d’au-delà de l’Euphrate VOL. 4 Chapitres 151-160 151. De Ramot à Gerasa 152. La prédication à Gerasa 153. Le sabbat à Gerasa 154. La départ de Gerasa (avec le marchand Misace et ses chameaux) 155. En allant à Bozra 156. A Bozra 157 . Le discours et les miracles de Bozra 158. L’adieu aux femmes disciples (Le cadeau de Misace) 159. A Arbela 160. En allant à Aëra VOL. 4 Chapitres 161-170 161 . Jésus prêche à Aëra 162. Marie et Mathias 163. « La fréquentation des sacrements est inutile si la charité fait défaut. » 164. « Il n’est pas de misère que Jésus ne puisse changer en richesse » 165. « Je voudrais que les orphelins aient une mère » 166. A Naïm dans la maison du ressuscité Daniel 167. Dans le bercail d’Endor 168. De Endor à Magdala 169 . Jésus à Nazareth pour les Encenies 170 . Jésus avec Jean d’Endor et Sintica à Nazareth VOL. 4 Chapitres 171-178 171. Instructions de Jésus à Margziam 172. Simon le Zélote à Nazareth 173. Une soirée dans la maison de Nazareth 174. Jésus avec Salomé, épouse du cousin Simon 175. Le cousin Simon revient à Jésus. 176. Simon Pierre à Nazareth. La générosité de Margziam 177. « Rien ne se perd dans l’économie sainte de l’amour universel » 178. « Jean d’Endor, tu iras à Antioche »

87. LE PARALYTIQUE DE LA PISCINE DE BETHSAIDA Jésus se trouve à Jérusalem et précisément aux environs de l'Antonia. Avec Lui sont tous les apôtres sauf l'Iscariote. Une grande foule se hâte vers le Temple. Tout le monde est en habits de fête, tant les apôtres que les autres pèlerins, et je pense donc que ce sont les jours de la Pentecôte. Des nombreux mendiants se mêlent à la foule. Ils racontent plaintivement leurs misères en des refrains apitoyés et ils se dirigent vers les meilleurs endroits, près des portes du temple ou au croisement des chemins par lesquels la foule arrive. Jésus passe en faisant l'aumône à ces malheureux qui s'ingénient à exposer leurs misères tout en faisant le récit. J'ai l'impression que Jésus est déjà allé au Temple car j'entends les apôtres qui parlent de Gamaliel qui a fait semblant de ne pas les voir bien qu'Etienne, un de ses auditeurs, lui ait signalé le passage de Jésus. J'entends aussi Barthlémy qui demande à ses compagnons : " Qu'a-t-il voulu dire ce scribe par cette phrase : 'Un groupe de moutons de boucherie ?' " Il parlait de quelqu'affaire qui le concernait " dit Thomas " Non, il nous montrait du doigt. Je l'ai bien vu. Et puis, la seconde phrase confirmait la première: 'D'ici peu l'Agneau sera Lui aussi tondu et puis mené à l'abattoir'. " Oui, j'ai entendu moi aussi " affirme André. " Bon ! Mais je brûle d'envie de revenir en arrière et de demander aux compagnons du scribe ce qu'il sait de Judas de Simon " dit Pierre. " Mais il ne sait rien ! Cette fois Judas n'y est pas parce qu'il est réellement malade, nous le savons, nous. Peut-être il a trop souffert du voyage que nous avons fait. Nous nous sommes plus résistants, lui a vécu ici, confortablement. Il se fatigue facilement " répond Jacques d'Alphée. " Oui, nous le savons. Mais ce scribe a dit : 'Il manque le caméléon au groupe'. Le caméléon, n'estce pas cet animal qui à son gré change de couleur ? " demande Pierre. " Oui, Simon. Mais il a sûrement voulu parler de ses habits toujours nouveaux. Il y tient, il est jeune. Il faut l'excuser ... " dit d'un ton conciliant le Zélote. " C'est vrai cela aussi. Pourtant ! ... Quelles phrases curieuses ! " conclut Pierre. " Il semble que toujours ils nous menacent " dit Jacques de 7 Zébédée. " Le fait est que nous nous savons menacés et nous voyons des menaces même où il n'y en a pas..." observe Jude Thaddée. " Et nous voyons des fautes même où il n'y en a pas " conclut Thomas. " C'est bien vrai ! Le soupçon est une vilaine chose ... Qui sait comment va Judas aujourd'hui ? En attendant, il jouit de ce paradis et de la présence de ces anges... J'aurais plaisir à être malade moi aussi pour posséder tous ces délices ! " dit Pierre, et Barthlémy lui répond : " Espérons qu'il sera bientôt guéri. Il faut terminer le voyage parce que la saison chaude nous presse. " " Oh ! les soins ne lui manquent pas, et puis ... le Maître y pensera si jamais " assure André. " Il avait beaucoup de fièvre quand nous l'avons quitté. Je ne sais comment elle lui est venue, ainsi ... "dit Jacques de Zébédée, et Mathieu lui répond : " Comment la fièvre arrive ! Parce qu'elle doit venir. Mais ce ne sera pas rien. Le Maître ne s'en inquiète pas du tout. S'il avait vu du danger, il n'aurait pas quitté le château de Jeanne. " En effet Jésus n'est pas du tout inquiet. Il parle avec Margziam et avec Jean et va devant en donnant des aumônes. Il explique certainement à l'enfant beaucoup de choses car je vois qu'il lui indique tel et tel détail. Il se dirige vers l'extrémité des murs du Temple à l'angle nord-est. Là se trouve une foule nombreuse qui s'en va vers un endroit où il y a des portiques qui précèdent une porte que j'entends nommer 'du Troupeau'. " C'est la probatique, la piscine de Bethsaïda ; Maintenant, regarde bien l'eau. Tu vois comme elle est calme en ce moment ? D'ici peu tu verras qu'elle a une sorte de mouvement et qu'elle se

soulève en touchant ce signe humide. Le vois-tu ? Alors l'Ange du Seigneur descend, l'eau sent sa présence et le vénère comme elle peut. L'Ange porte à l'eau l'ordre de guérir l'homme qui s'y plonge rapidement. Vois-tu quelle foule ? Mais un trop grand nombre sont distraits et ne voient pas le premier mouvement de l'eau ; ou bien, sans pitié, les plus forts repoussent les plus faibles. On ne doit jamais se distraire en présence des signes de Dieu. Il faut garder l'âme toujours éveillée parce qu'on ne sait jamais quand Dieu se manifeste ou envoie son Ange. Et il ne faut jamais être égoïste, même pour raison de santé. Bien de fois, parce qu'ils sont restés à discuter sur celui qui touche le premier ou qui en a davantage besoin, ces malheureux manquent le bienfait de la venue de 8 l'Ange. " Jésus donne toutes ces explications à Margziam qui le regarde, les yeux grands ouverts, attentifs, et pendant ce temps surveille aussi l'eau. " Peut-on voir l'Ange ? Cela me plairait. " " Lévi, un berger de ton âge, le vit. Regarde bien toi aussi et sois prêt à le louer. " L'enfant ne se distrait plus. Ses yeux regardent alternativement l'eau et au-dessus de l'eau, et il n'entend plus rien, ne voit rien d'autre. Jésus, pendant ce temps, regarde ce petit peuple d'infirmes, d'aveugles, d'estropiés, de paralytiques, qui attendent. Les apôtres aussi observent attentivement. Le soleil produit des jeux de lumière sur l'eau et envahit royalement les cinq rangées de portiques qui entourent les piscines. " Voilà, voilà ! " crie Margziam ; " L'eau se gonfle, s'agite, resplendit ! Quelle lumière ! L'Ange ! " ... et l'enfant s'agenouille. En effet, pendant le mouvement du liquide dans le bassin, ce liquide semble augmenter de volume par un flot subit et immense qui le gonfle et s'élève vers le bord. L'eau resplendit comme un miroir au soleil. Une lueur éblouissant pendant un instant. Un boiteux se plonge rapidement dans l'eau pour en sortir peu après, avec sa jambe, déjà marquée d'une grande cicatrice, parfaitement guérie. Les autres se plaignent et se disputent avec l'homme guéri. Ils lui disent qu'enfin lui pouvait encore travailler, mais pas eux. Et la dispute se prolonge. Jésus regarde tout autour et voit sur un grabat un paralytique qui pleure doucement. Il s'en approche, se penche et le caresse en lui demandant : " Tu pleures ? " " Oui. Personne ne pense jamais à moi. Je reste ici, je reste ici, tous guérissent, moi, jamais. Cela fait trente-huit ans que je suis sur le dos. J'ai tout dépensé, les miens sont morts, maintenant je suis à charge à un parent éloigné qui me porte ici le matin et me reprend le soir... Mais comme cela lui pèse de le faire ! Oh ! Je voudrais mourir ! " " Ne te désole pas. Tu as eu tant de patience et de foi ! Dieu t'exaucera. " " Je l'espère ... mais il me vient des moments de découragement. Toi, tu es bon, mais les autres ... Celui qui est guéri pourrait par reconnaissance pour Dieu rester ici pour secourir les pauvres frères... " " Ils devraient le faire, en effet. Mais n'aie pas de rancœur. Ils n'y pensent pas, ce n'est pas de la mauvaise volonté. C'est la joie de la 9 guérison qui les rend égoïstes. Pardonne leur... " " Tu es bon, Toi. Tu n'agirais pas ainsi. Moi, j'essaye de me traîner avec les mains jusque là, lorsque l'eau du bassin s'agite. Mais toujours un autre me passe devant et je ne puis rester près du bord, on me piétinerait. Et même si je restais là, qui m'aiderait à descendre ? Si je t'avais vu un peu pus tôt, je te l'aurais demandé... " " Veux-tu vraiment guérir ? Alors, lève-toi, prends ton lit et marche ! " Jésus s'est redressé pour donner son ordre et il semble qu'en se relevant il relève aussi le paralytique, qui se met debout et puis fait un, deux, trois pas, comme s'il n'y croyait pas, derrière Jésus qui s'en va, et comme il marche vraiment, il pousse un cri qui fait retourner tout le monde. " Mais, qui es-Tu ? Au nom de Dieu, dis-le-moi ! L'Ange du Seigneur, peut-être ? " " Je suis plus qu'un ange. Mon nom est Pitié. Va en paix. " Tous se rassemblent. Ils veulent voir.Ils veulent parler. Ils veulent guérir. Mais les gardes du

temple accourent. Je crois qu'ils surveillent aussi la piscine et ils dispersent par des menaces cette assemblée bruyante. Le paralytique prend son brancard -deux barres montées sur deux paires de roues et une toile usée clouée sur les barres- et il s'en va, heureux en criant à Jésus : " Je te retrouverai. Je n'oublierai pas ton nom et ton visage. " Jésus, en se mêlant à la foule, s'en va d’un autre côté, vers les murs. Mais il n'a pas encore dépassé le dernier portique qu’arrivent, comme s'ils étaient poussés par une rafale de vent, un groupe de juifs des pires castes, tous enflammés par le désir de dire des insolences à Jésus. Ils cherchent, regardent, scrutent. Mais ils n'arrivent pas bien à comprendre de qui il s'agit, et Jésus s'en va alors que ceux-ci, déçus, d'après les renseignements des gardiens, assaillissent le pauvre paralytique guéri et heureux et lui font des reproches : " Pourquoi emportes-tu ce lit ? C'est le sabbat. Cela ne t'est pas permis. " L'homme les regarde et dit : " Moi je ne sais rien. Je sais que celui qui m'a guéri m'a dit : 'Prends ton lit et marche.' Voilà ce que je sais. " " C'est sûrement un démon car il t'a ordonné de violer le sabbat. Comment était-il ? Qui était-ce ? Un juif ? Un galiléen ? Un prosélyte ? " " Je ne sais pas. Il était ici. Il m'a vu pleurer et s'est approché de moi. Il m'a parlé. Il m'a guéri. Il s'en est allé en tenant un enfant 10 par la main. Je crois que c'est son fils, car il peut bien avoir un fils de cet âge. " " Un enfant ? Alors ce n'est pas Lui !... Comment a-t-il dit qu'il s'appelait ? Ne le lui as-tu pas demandé ? Ne mens pas ! " " Il m'a dit qu'il s'appelait Pitié. " " Tu es un imbécile ! Ce n'est pas un nom, cela ! " L'homme hausse les épaules et s'en va. Les autres disent : " C'était sûrement Lui. Les scribes Ania et Zachée l'ont vu au Temple. " " Mais Lui n'a pas d 'enfants ! " " Et pourtant, c'est Lui. Il était avec ses disciples. " " Mais Judas n'y était pas. C'est celui que nous connaissons bien.. Les autres ... peuvent être des gens quelconques. " " Non, c'étaient eux. " Et la discussion continue alors que les portiques se remplissent de malades ... Jésus rentre dans le temple par une autre côté, du côté ouest qui est celui qui est davantage en face de la ville. Les apôtres le suivent. Jésus regarde tout autour et finalement voit ce qu'il cherche : Jonathas qui, de son côté, le cherche. " Il va mieux, Maître. La fièvre tombe. Ta Mère dit aussi qu'Elle espère pouvoir venir d'ici le prochain sabbat. " " Merci, Jonathas, tu as été ponctuel. " " Pas très. J'ai été retenu par Maximin de Lazare. Il te cherche. Il est allé au portique de Salomon." " Je vais le rejoindre. La paix soit avec toi, et porte ma paix à ma Mère et aux femmes disciples, en plus de Judas. " Et Jésus s'en va vivement vers le portique de Salomon où en effet il trouve Maximin. " Lazare a su que Tu étais ici. Il veut te voir pour te dire une chose importante. Viendras-tu ?" " Sans aucun doute et sans tarder. Tu peux lui dire qu'il m'attende dans le courant de la semaine. " Maximin s'en va lui aussi après quelques autres paroles. " Allons prier encore, puisque nous sommes revenus jusqu'ici " dit Jésus et il va vers l'atrium des hébreux. Mais, tout près de là, il rencontre le paralytique guéri qui est venu remercier le Seigneur. Le

miraculé le voit au milieu de la foule, il le salue joyeusement et Lui raconte ce qui est arrivé à la piscine après son départ. Et il termine : " Quelqu'un qui est étonné de me voir ici en bonne santé m'a dit qui Tu es. Tu es le Messie. Est11 ce vrai ? " " Je le suis.Mais même si tu avais été guéri par l'eau ou par une autre puissance, tu aurais toujours le même devoir envers Dieu, celui d'user de ta santé pour bien agir. Tu es guéri. Va donc, avec de bonnes intentions, reprendre les activités de la vie, et ne pèche jamais plus. Que Dieu n'ait pas à te punir davantage encore. Adieu. Va en paix. " " Je suis âgé ...je ne sais rien.. Mais je voudrais te suivre pour te servir et pour savoir. Veux-tu de moi ? " " Je ne repousse personne. Réfléchis cependant avant de venir, et si tu te décides, viens. " " Où ? Je ne sais pas où tu vas... " " A travers le monde. Partout tu trouveras des disciples qui te guideront vers Moi. Que le Seigneur t'éclaire pour le mieux. Jésus maintenant va à sa place et prie. Je ne sais si le miraculé va spontanément trouver les juifs ou si ceux-ci, étant aux aguets, l'arrêtent pour lui demander si celui qui lui a parlé est celui qui l'a miraculeusement guéri. Je sais que l'homme parle avec les juifs et puis s'en va, alors que ceux-ci vont près de l'escalier par lequel Jésus doit descendre pour passer dans les autres courts et sortir du temple. Quand Jésus arrive, sans le saluer, Lui disent: "Tu continues donc à violer le sabbat malgré tous les reproches qui t'ont été faits? Et tu veux qu'on te respecte comme envoyé de Dieu?" " Envoyé ? Davantage encore : comme Fils, car Dieu est mon Père. Si vous ne voulez pas me respecter, abstenez-vous-en. Mais Moi, je ne cesserai pour autant d'accomplir ma mission. Il n'est pas un seul instant où Dieu ne cesse d'œuvrer. Maintenant encore mon Père œuvre et Moi aussi j'œuvre, car un bon fils fait ce que fait son Père, parce que c'est pour œuvrer que je suis venu sur la terre. " Des gens s'approchent pour écouter la discussion. Parmi eux il y en a qui connaissent Jésus, d'autres à qui Il a fait du bien, d'autres encore qui le voient pour la première fois. Certains l'aiment, d'autres le haïssent, beaucoup restent incertains. Les apôtres entourent le Maître. Margziam a presque peur et son petit visage semble près des larmes. Les juifs, un mélange de scribes, pharisiens, et sadducéens, crient bien haut leur scandale : " Tu oses ! Oh ! Il se dit le fils de Dieu ! Sacrilège ! Dieu est celui qui est et Il n'a pas de fils ! Mais appelez Gamaliel ! Mais appelez Sadoc ! Rassemblez les rabbis pour qu'ils l'entendent et le confondent. " 12 " Ne vous agitez pas. Appelez-les et ils vous diront, s'il est vrai qu'ils savent, que Dieu est Un et Trin : Père, Fils et Saint-Esprit et que le verbe, c'est-à-dire le Fils de la pensée, est venu, comme on l'avait prophétisé, pour sauver du Péché Israel et le monde. Je suis le verbe. Je suis le Messie annoncé. Pas de sacrilège donc si j'appelle mon Père celui qui est le Père. Vous vous inquiétez parce que j'accomplis des miracles, parce que grâce à eux j'attire à Moi les foules et les persuade. Vous m'accusez d'être un démon parce que j'opère des prodiges. Mais Bezébuth est dans le monde depuis des siècles et, en vérité, il ne manque pas d'adorateurs dévoués... Pourquoi alors ne fait-il pas ce que je fais ? " Les gens chuchotent : " C'est vrai ! C'est vrai ! Personne ne fait ce qu'il fait, Lui. " Jésus continue : " Je vous le dis : c'est parce que je sais ce que lui ne sais pas, et que je peux ce que lui ne peut pas. Si je fais les œuvres de Dieu, c'est parce que je suis son Fils. De lui-même quelqu'un ne peut arriver à faire ce qu'il a vu faire. Moi, le Fils, je ne puis faire que ce que j'ai vu faire du Père car je suis Un avec Lui dans les siècles des siècles, pas différent de Lui en nature et en puissance. Toutes les choses que fait le Père, je le fais Moi aussi qui suis son Fils. Ni Bezébuth ne d'autres ne peuvent faire ce que je fais, parce que Belzébuth et les autres ne savent pas ce que je

sais. Le Père m'aime. Pour cela Il m'a montré et me montre tout ce qu'lI fait, afin que je fasse ce qu'il fait, Moi, sur la terre en ce temps de grâce, Lui au Ciel, avant que le Temps existât pour la terre. Et Il me montrera des œuvres toujours plus grandes afin que je les accomplisse et que vous restiez émerveillés. Sa Pensée est inépuisable dans son action. Moi, je l'imite, étant également inépuisable dans l'accomplissement de ce que pense le Père et veut par sa pensée. Vous, vous ne savez pas encore ce que crée sans jamais s'épuiser l'Amour. Nous sommes l'Amour. Il n'y a pas de limites pour Nous, et il n'est rien qui ne puisse être appliqué aux trois degrés de l'homme : l'inférieur, la supérieur, le spirituel. En effet, de même que le Père ressuscite les morts et leur rend la vie, Moi également, le Fils, je peux donner la vie à qui je veux et même , à cause de l'amour infini que le Père a pour le Fils, il m'est accordé non seulement de rendre la vie à la partie inférieure, mais bien aussi à la partie supérieure en délivrant la pensée de l'homme et son cœur des erreurs de l'esprit et des passions mauvaises, et à la partie spirituelle en rendant à l'esprit l'indépendance à l'égard 13 du péché. Le Père, en effet, ne juge personne, car Il a remis tout jugement au Fils, car le Fils est Celui qui, par son propre sacrifice a acheté l'Humanité pour la racheter. Et cela, le Père le fait par justice, car il est juste que l'on donne à Celui qui paie avec sa propre monnaie, et pour que tous honorent le Fils, comme déjà ils honorent le Père. Sachez que, si vous séparez le Père du Fils, ou le Fils du Père, et ne vous souvenez pas de l'Amour, vous n'aimez pas Dieu comme Il doit être aimé : avec vérité et sagesse, mais vous commettez une hérésie parce que vous n'honorez qu'un seul, alors qu'Eux sont une admirable trinité. Aussi celui qui n'honore pas le Fils, c'est comme s'il n'honorait pas le Père, car le Père, Dieu, n'accepte pas qu'une seule partie de Lui-même soit adorée, mais Il veut que soit adoré son Tout. Celui qui n'honore pas le Fils, n'honore pas le Père qui l'a envoyé dans une pensée parfaite d'Amour. Il refuse donc de reconnaître que Dieu sait faire des œuvres justes. En vérité je vos dis que celui qui écoute ma parole et croit en Celui qui m'a envoyé possède la vie éternelle et n'est pas frappé par la condamnation, mais il passe de la mort à la vie parce que croire en Dieu et recevoir ma parole signifie recevoir en soi-même la Vie qui ne meurt pas. L'heure arrive et même pour beaucoup elle est déjà venue, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu et où vivra celui qui l'aura entendue résonner vivifiante au fond de son cœur. Que dis-tu, scribe ? " " Je dis que les morts n'entendent plus rien et que tu es fou. " " Le Ciel te persuadera qu'il n'en est pas ainsi et que ta science est nulle comparée à celle de Dieu. Vous avez tellement humanisé les choses surnaturelles que vous ne donnez plus aux mots qu'une signification immédiate et terrestre. Vous avez enseigné l'Haggadda avec des formules figées, les 'votre', sans vous efforcer de comprendre les allégories dans leur vérité, et maintenant, en votre âme, épuisée d'être pressée par une humanité qui triomphe de l'esprit, vous ne croyez même plus à ce que vous enseignez. Et c'est la raison pour laquelle vous ne pouvez plus lutter contre les forces occultes. La mort, dont je parle, n'est pas celle de la chair, mais celle de l'esprit. Viendront ceux qui entendent de leurs oreilles ma parole et l'accueillent en leur cœur et la mettent en pratique. Ceux-là, même s'ils sont morts en leur esprit, recouvreront la vie parce que ma parole est Vie qui se répand. Et Moi, je peux la donner à qui je 14 veux, parce qu'en Moi existe la perfection de la Vie, parce que, comme le ¨ère a en Lui la Vie parfaite, le Fils a eu du Père la Vie, en Lui-même parfaite, complète, éternelle, inépuisable et transmissible. Et avec la Vie, le Père m'a donné le pouvoir de juger, car le Fils du Père est le Fils de l'Homme, et il peut et doit juger l'homme. Et ne vous étonnez pas de cette première résurrection, la spirituelle, que Moi j'opère par ma parole. Vous en verrez de plus fortes encore, plus fortes pour vos sens alourdis, car en vérité je vous dis qu'il n'y a rien de plus grand que l'invisible mais réelle résurrection d'un esprit. Bientôt viendra l'heure où la voix du Fils de Dieu pénétrera dans les tombeaux et tous ceux qui s'y trouvent

l'entendront. Et ceux qui auront fait le bien en sortiront pour aller à la résurrection de la Vie éternelle, et ceux qui auront fait le mal à la résurrection de la condamnation éternelle. Je ne vous dis pas que cela je le fais et le ferai pour Moi-même, par ma seule volonté, mais par la volonté du Père unie à la mienne. Je parle et je juge d'après ce que j'entends et mon jugement est droit parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m'a envoyé. Je ne suis pas séparé du Père. Je suis en Lui, et Lui est en Moi, et je connais sa Pensée et la traduis en paroles exactes. Ce que je dis pour me rendre témoignage à Moi-même ne peut être acceptable pour votre esprit incrédule qui ne veut voire en Moi rien d'autre que l'homme semblable à vous tous. Il y en a aussi un autre qui rend témoignage pour Moi et dont vous dites que vous le vénérez comme un grand prophète. Je sais que son témoignage est vrai, mais vous, vous qui dites que vous le vénérez, vous n'acceptez pas son témoignage parce qu'il est différent de votre pensée qui m'est ennemie. Vous ne recevez pas le témoignage de l'homme juste, du dernier Prophète d'Israel parce que, quand cela ne vous convient pas, vous dites qu'il n'est qu'un homme et peut se tromper. Vous avez envoyé de gens pour interroger Jean espérant qu'il dirait de Moi ce que vous désirez,ce que vous pensez de Moi, ce que vous voulez penser de Moi. Mais Jean a rendu un témoignage de vérité, et vous n'avez pu l'accepter. Puisque le Prophète dit que Jésus de Nazareth est le Fils de Dieu, dans le secret de vos cœurs, parce que vous craignez les foules, vous dites que le Prophète est un fou, comme l'est le Christ. Moi aussi, cependant, je ne reçois pas le témoignage de l'homme, fût-il le plus saint d'Israel. Je vous dis : 15 il était la lampe allumée et lumineuse mais vous avez bien peu voulu jouir de sa lumière. Quand cette lumière s'est projetée sur Moi, pour vous faire connaître le Christ pour ce qu'Il est, vous avez laissé mettre la lampe sous le boisseau et avant encore vous avez dressé entre elle et vous un mur pour ne pas voir dans sa lumière le Christ du Seigneur. Je suis reconnaissant à Jean de son témoignage et le Père lui en est reconnaissant. Et Jean aura une grande récompense pour le témoignage qu'il a rendu, lumineux aussi pour ce motif au Ciel, le premier soleil qui y resplendira de tous les hommes là-haut, lumineux comme le seront tous ceux qui auront été fidèles à la Vérité et affamés de Justice. Mais Moi, cependant, j'ai un témoignage plus grand de celui de Jean et ce témoignage ce sont mes œuvres. Parce que les œuvres que le Père m'a donné d'accomplir, ces œuvres je les fais et elles témoignent que le Père m’a envoyé en me donnant tout pouvoir. Et ainsi c'est le Père Lui-même qui m'a envoyé, c'est Lui qui témoigne en ma faveur. Vous n'avez jamais entendu sa Voix ni vu son Visage, mais Moi je l'ai vu et je le vois, je l'ai entendu et je l'entends. Vous n'avez pas, demeurant en vous, sa Parole parce que vous ne croyez pas à Celui qu'Il a envoyé. Vous étudiez l'Écriture parce que vous croyez obtenir par sa connaissance le Vie éternelle. Et ne vous rendez-vous pas compte alors que ce sont justement les Écritures qui parlent de Moi ? Et pourquoi alors continuez-vous à ne pas vouloir venir à Moi pour avoir le Vie ? Moi, je vous le dis : c'est parce que, quand une chose est contraire à vos idées invétérées, vous la repoussez. Il vous manque l'humilité. Vous ne pouvez arriver à dire : 'Je me suis trompé. Celui-ci, ou ce livre, dit ce qui est moi et je suis dans l'erreur.' C'est ainsi que vous avez agi avec jean, avec les Écritures, avec le Verbe qui vous parle. Vous ne pouvez plus voir ni comprendre parce que vous êtes prisonniers de l'orgueil et étourdis par vos voix. Croyez-vous que je parle ainsi parce que je veux être glorifié par vous ? Non, sachez-le, je ne cherche ni accepte la gloire qui vient des hommes. Ce que je cherche et veux, c'est votre salut éternel. Voilà la gloire que je cherche. Ma gloire de Sauveur, qui ne peut exister si je ne possède pas des sauvés, qui augmente avec le nombre de ceux que je sauve, qui doit m'être donnée par les esprits que j'ai sauvés et par le Père, Esprit très pur. Mais vous, vous ne serez pas sauvés. Je vous connais pour ce que vous êtes. Vous n'avez pas

16 en vous l'amour de Dieu, vous êtes sans amour. C'est pour cela que vous ne venez pas à l'Amour qui vous parle et vous n'entrerez pas dans le Royaume de l'Amour. Là vous êtes des inconnus. Le Père ne vous connaît pas parce que vous ne me connaissez pas Moi qui suis dans le Père. Vous ne voulez pas me connaître. Je suis venu au nom de mon Père et vous ne me recevez pas, alors que vous êtes disposés à recevoir quiconque viendrait en son propre nom, pourvu qu'il vous dise ce qui vous plaît. Vous dites que vous êtes des esprit de foi ? Non, vous ne l'êtes pas. Comment pouvez-vous croire,vous qui mendiez la gloire les uns aux autres et ne cherchez pas la gloire de Cieux qui vient de Dieu seul? La gloire qui est vérité ne se complaît pas aux intérêts qui s'arrêtent à la terre et caressent seulement l'humanité vicieuse des fils dégradés d'Adam. Moi, je ne vous accuserai pas auprès du Père. Ne le pensez pas. Il y a déjà quelqu'un qui vous accuse. Ce Moïse en qui vous espérez. Lui vous reprochera de ne pas croire en lui puisque vous ne croyez pas en Moi, car lui a écrit sur moi et vous ne me reconnaissez pas d'après ce qu'il a laissé écrit de Moi. Vous ne croyez pas aux paroles de Moïse qui est le grand sur lequel vos jurez. Comment pouvez-vous alors croire aux miennes, à celles du Fils de l'Homme en qui vous n'avez pas foi, Humainement parlant, c'est logique. Mais ici, nous sommes dans le domaine de l'esprit et vos âmes y sont confrontées. Dieu les observe à la lumière de mes œuvres et confronte les actions que vous faites avec ce que je suis venu enseigner. Et Dieu vous juge. Quant à moi, je m'en vais. Pendant longtemps vous ne me trouverez pas. Et croyez aussi que ce n'est pas pour vous un triomphe, mais un châtiment. Partons. " Et Jésus fend la foule qui en partie est muette, en partie chuchote des approbations que la peur des pharisiens réduit à des chuchotements. Jésus s'en va.

88.

A BETHANIE. « MAITRE, MARIE A APPELE MARTHE »

Jésus, en compagnie du Zélote, arrive au jardin de Lazare par une belle matinée d’hiver. L’aurore n’est pas encore à sa fin, aussi 17 tout est frais et riant. Le jardinier, qui accourt recevoir la Maître, Lui montre un pan de vêtement blanc qui disparaît derrière une haie et il dit : « Lazare va à la tonnelle des jasmins avec des rouleaux qu’il va lire. Je vais l’appeler. » « Non. J’y vais, seul. » Et Jésus marche rapidement le long d’un sentier bordé d’une haie en fleurs. L’herbette, qui est le long de la haie, atténue le bruit des pas, et Jésus cherche à poser le pied justement sur elle pour arriver à l’improviste devant Lazare. Il le surprend debout, avec ses rouleaux posés sur une table de marbre, qui prie à haute voix : « Ne me déçois pas, Seigneur. Ce brin d’espérance qui est né dans mon cœur, Toi, fais-le grandir. Donne-moi ce que par mes larmes, je t’ai demandé dix et cent et mille fois. Ce que je t’ai demandé par mes actions, par le pardon, par tout moi-même. Donnele-moi en échange de ma vie. Donne-le-moi au nom de ton Jésus qui m’a promis cette paix. Peut-Il mentir ? Dois-je penser que sa promesse a été un vain mot ? Que son pouvoir est inférieur à l’abîme de péché qu’est ma sœur ? Dis-le-moi, Seigneur, pour que je me résigne par amour pour Toi … » « Oui, je te le dis ! » dit Jésus.

Lazare se retourne vivement et crie : « Oh ! mon Seigneur ! Mais quand es-Tu venu ? » et il se penche pour baiser le vêtement de Jésus. « Il y a quelques minutes. » « Seul ? » « Avec Simon le Zélote, mais ici, où tu es, je suis venu seul. Je sais que tu dois me dire une grande . Dis-la-moi, donc. » « Non. Auparavant réponds à la question que j’ai posée à Dieu. Suivant ta réponse, je te la dirai. » « Dis-la-moi cette grande . Tu peux la dire… » et Jésus sourit en ouvrant les bras pour l’inviter. « Dieu Très-Haut ! Mais est-ce vrai ? Toi, alors, tu sais que c’est vrai ?! » et Lazare se réfugie dans les bras de Jésus pour Lui confier sa grande chose. « Marie a appelé Marthe à Magdala. Et Marthe est partie, inquiète, craignant quelque grand malheur…. Et moi, je suis resté seul ici, avec la même crainte. Mais Marthe m’a fait parvenir une lettre par le serviteur qui l’a accompagnée, une lettre qui m’a rempli d’espoir. Regarde, je l’ai ici, sur le cœur. Je la garde là, parce qu’elle m’est plus précieuse qu’un trésor. Ce ne sont que quelques mots, mais je les lis de temps en temps pour être certain qu’ils ont 18 bien été écrits. Regarde… » et Lazare sort de son vêtement un petit rouleau lié par un ruban violet et il le déroule : « Tu vois ? Lis, lis à haute voix. Lue par Toi, la chose me paraîtra plus certaine. » Jésus replie le rouleau et le rend. « Maître… » « J’irai. Peux-tu prévenir Marthe qu’elle vienne à ma rencontre à Capharnaüm d’ici une quinzaine de jours, au plus ? » « Oui, je peux, Seigneur. Et moi ? » « Tu restes ici. Marthe aussi, je la renverrai ici. » « Pourquoi ? » « Parce que ceux qui sont rachetés ont une pudeur profonde et rien ne les impressionne plus que l’œil d’un père ou d’un frère. Moi aussi je te dis : ‘Prie, prie, prie.’ » Lazare pleure sur la poitrine de Jésus … Ensuite, après s’être repris, il parle encore de son inquiétude, de ses découragements… « Cela fait presque un an que j’espère … que je désespère … Comme il est long le temps de la résurrection !... » s’écrie-t-il. Jésus le laisse parler, parler, parler … jusqu’à ce que Lazare s’aperçoit qu’il manque à ses devoirs de l’hospitalité, et il se lève pour conduire Jésus à la maison. Pour y arriver, ils passent près d’hune haie touffue de jasmins en fleurs, sur leurs corolles en forme d’étoiles bourdonnent des abeilles d’or. « Ah ! J’ai oublié de te dire… Le vieux patriarche que tu m’as envoyé est retourné dans le sein d’Abraham. Maximin l’a trouvé assis ici, la tête appuyée contre cette haie comme s’il s’était endormi près des ruches dont il prenait soin comme si elles avaient 19 été des maisons toutes pleines d’enfants dorées. C’est le nom qu’il donnait aux abeilles. Il paraissait les comprendre et en être compris. Et sur le patriarche endormi dans la paix de sa bonne conscience, quand Maximin le trouva, il y avait un voile précieux de petits corps couleur d’or. Toutes les abeilles étaient posées sur leur ami. Les serviteurs eurent

du mal à les détacher de lui. Il était si bon que peut-être il avait un goût de miel… Il était si honnête que peut-être pour les abeilles c’était comme une corolle non contaminée… J’en ai eu du chagrin. J’aurais voulu l’avoir plus longtemps dans ma maison. C’était un juste… » « Ne le pleure pas. Il est dans la paix et du lieu de la paix il prie pour toi qui as adouci ses derniers jours. Où est-il enterré ? » « Au fond du verger, encore près de ses ruches. Viens que je t’y conduise… » Et ils s’en vont par un petit bois de lauriers cireux, vers les ruches d’où arrive un bourdonnement laborieux… 23 juillet, 8h du matin. C’est un Judas bien pâle qui descend du char avec la Madone et les autres femmes disciples, c'est-à-dire les Marie, Jeanne et Elise. .. … et à cause du bruit qu’il y a eu dans la maison ce matin, je n’ai pas pu écrire pendant que je voyais et alors, maintenant qu’il est 18 heures, je ne peux que dire ce que j’ai compris et entendu. Judas convalescent est revenu auprès de Jésus, qui est à Gethsémani, avec marie qui l’a soigné et Jeanne qui a insisté pour que les femmes et le convalescent reviennent en char en Galilée. Jésus est d’accord et fait monter aussi l’enfant avec elles. Par contre Jeanne et Elise restent à Jérusalem pour quelques jours pour retourner ensuite, Elise à Bétsur, Jeanne à Béther. Je me souviens qu’Elise disait : « Maintenant j’ai le courage d’y retourner parce que ma vie n’est plus sans but. Je te ferai aimer de mes amis. » Et je me rappelle que Jeanne ajoute : « Et moi, je le ferai sur mes terres, tant que Chouza me laisse ici. Ce sera encore te servir bien que je préférerais te suivre. » Je me souviens aussi que Judas disait qu’il n’avait pas regretté sa mère même aux heures les plus mauvaises de sa maladie parce que « ta Mère a été une vraie mère pour moi, douce et aimante, et je ne l’oublierai jamais » a-t-il dit. Le reste est confus (pour les paroles) et donc je n’en parle pas parce que c’est moi qui les dirais et non les personnes de la vision.

89. MARGZIAM

CONFIE’ A PORPHYREE EPOUSE DE PIERRE.

Jésus est sur le lac de Galilée avec ses apôtres. C’est de grand matin. Tous les apôtres sont là parce que même Judas, parfaite20 ment guéri est avec eux, le visage rendu plus doux par la souffrance et par les soins qu’on lui a donnés. Il y a aussi Margziam un peu ému de se trouver sur l’eau pour la première fois. Il ne veut pas le faire paraître, mais à chaque tangage un peu violent, il s’agrippe avec un bras au cou de la brebis qui parage sa peur en bêlant lamentablement, et de l’autre bras il saisit ce qu’il peut, un mât, un siège, une rame qui se trouve à sa portée, ou même à la jambe de Pierre ou d’André ou des mousses qui passent en faisant leurs manœuvres et il ferme les yeux, persuadé peut-être que c’est sa dernière heure. Pierre lui de temps en temps, en lui donnant une tape sur les joues : « Hé ! Tu n’as pas peur ? Un disciple ne doit jamais avoir peur… » Et l’enfant, de la tête fait signe que non, mais comme le vent augmente et que l’eau s’agite de plus en plus à mesure que l’on s’approche de l’embouchure du Jourdain, il se raidit davantage et ferme plus souvent les yeux quand, à une embardée imprévue par une vague qui prend la barque de flanc, il pousse un cri de terreur. Alors il y en a qui rit et qui raille en plaisantant Pierre d’être devenu le père d’un garçon qui n’a pas le pied marin, et qui plaisant Margziam qui dit toujours qu’il veut aller par terres et par mers prêcher Jésus et qui a peur de faire quelques stades sur un lac.

Mais Margziam se défend en disant : « Chacun a peur d’une chose inconnue. Moi de l’eau, Judas de la mort… » Je comprends que Judas a eu grand peur de mourir, et je m’étonne qu’il ne réagisse pas à cette observation mais qu’il au contraire dise : « Tu as bien dit. On a peur de ce qu’on ne connaît pas. Mais maintenant nous allons arriver. Bethsaïda est à quelques stades et tu es sûr d’y trouver de l’amour. Moi, je voudrais me trouver ainsi à peu de distance de la maison du Père et d’être sûr d’y trouver de l’amour ! » Il le dit d’un air las et triste. « Tu te méfies de Dieu ? » demande André étonnée. « Non, c’est de moi que je me méfie. Pendant ces jours de maladie, entouré de tant de femmes pures et bonnes, je me suis senti si petit en mon esprit ! Comme j’ai réfléchi ! Je me disais : ‘Si elles s’efforcent de devenir toujours meilleurs et d’acquérir le Ciel, que ne dois-je pas faire moi ?’ Parce qu’elles, et elles me paraissent toutes déjà saintes, se sentent encore pécheresses. Et moi ? … Y arriverai-je jamais, Maître ? » « Avec de la bonne volonté, on peut tout. » « Mais ma volonté est très imparfaite. » 21 « L’aide de Dieu lui donne ce que lui manque pour devenir complète. Ton humilité présente est venue de la maladie. Tu vois donc que le bon dieu a pourvu, par un incident pénible, à te donner une chose que tu n’avais pas. » « C’est vrai, Maître. Mais ces femmes ! Quelles disciples parfaites ! Je ne parle pas de ta Mère, pour Elle on le sait, je parle des autres. Oh ! Vraiment, elles nous ont surpassés ! J’ai été une des premières épreuves de leur futur ministère. Mais, crois-le, Maître, tu peux te reposer en sécurité sur elles. Elise et moi, nous étions soignées par elles, et Elise est retournée à Bétsur avec une âme renouvelée, et moi … moi j’espère la refaire maintenant qu’elles l’ont travaillée… » Judas, encore affaibli, pleure. Jésus, qui est assis près de lui, lui met une main sur la tête en faisant signe aux autres de ne pas parler. Mais Pierre et André sont très pris par les dernières manœuvres d’approche et ne parlent pas ; quant au Zélote, Mathieu, Philippe et Margziam, ils n’essaient sûrement pas de parler, l’un distrait par l’anxiété d’être arrivé, les autres par prudence naturelle. La barque suit le cours du Jourdain et au bout d’un moment s’arrête sur le rivage : les garçons descendent pour tenir la barque en place en l’attachant par une cordage à une pierre et pour installer une planche qui servira de passerelle. Pierre prend son long vêtement et ainsi le frère André. La seconde barque fait la même manœuvre et les autres apôtres descendent. Jésus et Judas descendent aussi alors que Pierre passe à l’enfant son petit vêtement, l’ajuste pour qu’il soit présentable à sa femme. Les voilà tous à terre, y compris les brebis. « Et maintenant, allons-y » dit Pierre. Il est vraiment ému. Il donne la main à l’enfant qui, à son tour, est pris par l’émotion au point d’oublier les brebis dont Jean s’occupe. Il demande en un sentiment imprévu de peur : « Mais, voudra-t-elle de moi ? Et est-ce qu’elle m’aimera bien ? » Pierre le rassure, mais peut-être l crainte est-elle contagieuse et il dit à Jésus : « Dis-le-lui, Toi, Maître, à Porphyrée. Moi, j’ai peur de ne pas savoir le dire. » Jésus sourit, mais promet de s’en occuper. Ils ont vite fait de rejoindre la maison en suivant la grève. Par la porte ouverte, on voit que Porphyrée est occupée à ses besognes domestiques. « La paix à toi » dit Jésus en s’avançant vers la porte de la cuisine où la femme est en train de ranger la vaisselle. « Maître ! Simon ! » La femme court se prosterner aux pieds de 22 puis à ceux de son mari. Ensuite elle se redresse et, avec son visage, aimable s’il n’est pas beau, dit en rougissant : « Il y a si longtemps que je vous attendais ! Etes-vous tous en bonne santé ? Venez ! Venez ! Vous devez être fatigués… » « Non. Nous venons de Nazareth où nous nous sommes arrêtés quelques jours et nous avons fait

un autre séjour à Cana. A Tibériade, il y avait les barques. Tu vois que nous ne sommes pas fatigués. Nous avons avec nous un enfant et Judas de Simon affaibli par une maladie. » « Un enfant ? Un disciple si petit ? » « Un orphelin que nous avons recueilli en route. » « Oh ! mon chéri ! Viens, mon trésor, que je t’embrasse ! » L’enfant, qui était resté craintif à moitié caché derrière Jésus, se laisse prendre par la femme qui s’est agenouillée comme pour être à sa hauteur et il se laisse embrasser sans réticences. « Et maintenant vous l’emmenez avec vous, toujours avec vous, si petit ? Il se fatiguera… » La femme est toute apitoyée. Elle serre l’enfant dans ses bras et garde sa joue contre celle de l’enfant. » « En réalité, j’avais une autre idée : celle de le confier à une femme disciple quand nous allons loin de la Galilée, du lac… » « A moi, no, Seigneur ? Moi, je n’ai jamais eu d’enfant, mais de neveux oui, et je sais comment m’occuper des enfants. Je suis la disciple qui ne sait pas perler, qui n’a pas assez de santé pour te suivre comme font les autres, qui … oh ! Tu le sais ! Je serais lâche, même, si tu veux, mais tu sais dans quelles tenailles je suis prise. Tenailles, ai-je dit ? Non, je suis entre deux cordages qui me tirent en directions opposées et je n’ai pas le courage d’en rompre un. Permets-moi pour cet enfant, au moins de te servir un peu en étant la mère-disciple pour cet enfant. Je lui apprendrai ce que les autres enseignent à tant de gens… A t’aimer, Toi … » Jésus lui pose la main sur la tête, sourit et dit : « On t’a amené l’enfant ici parce qu’ici il aurait trouvé une mère et un père. Voilà, faisons la famille. » Jésus met la main de Margziam dans celle de Pierre, dont les yeux sont tout brillants, et de Porphyrée. « Et élevez saintement cet innocent. » Pierre, qui est déjà au courant, s’essuye une larme du revers de la main, mais sa femme, qui ne s’attendait pas, reste un moment muette de stupeur puis de nouveau s’agenouille et dit : « Oh ! mon Seigneur, tu m’a pris mon époux en me rendant, pour ainsi dire, veuve. Mais maintenant tu me donnes un fils … Tu rends donc 23 toutes les roses à ma vie, non seulement celles que tu m’as prises, mais celle que je n’ai jamais eues. Que tu sois béni ! Plus que s’il été né de mes entrailles ce petit me sera cher, car c’est de Toi qu’il me vient. Et la femme baise le vêtement de Jésus et embrasse l’enfant, le prend ensuite sur son sein … Elle est heureuse… « Laissons-la à se épanchements » dit Jésus. « Reste, toi aussi, Simon. Nous allons en ville pour prêcher. Nous viendrons ce soir sur le tard te demander nourriture et repos. » Et Jésus sort avec les apôtres, laissant en paix les trois. Jean dit : « Mon Seigneur, aujourd’hui Simon est heureux ! » « Est-ce que tu veux aussi un enfant ? » « Non. Je voudrais seulement une paire d’ailes pour m’élever jusqu’aux portes des Cieux et apprendre le langage de la Lumière pour le redire aux hommes » et il sourit. Ils attachent les brebis au fond du jardin près de la cabane des filets, ils leur donnent des feuilles, de l’herbe et de l’eau du puits, et s’en vont vers le centre de la ville.

90. JESUS PARLE A BETHSAIDA Jésus parle dans la maison de Philippe. Il y a beaucoup de gens rassemblés devant et Jésus est debout sur le seuil où on accède par un double perron. La nouvelle de l’adoption par Pierre d’un enfant qui est venu avec la petite fortune de trois brebis pour retrouver la grande richesse d’une famille, s’est répandue comme une tache d’huile sur un tissu. Tous en parlent et chuchotent en faisant des commentaires qui correspondent aux différentes mentalités L’un sincère ami de Simon et de Porphyrée,

partage leur joie. Un autre, malveillant, dit : « Pour le faire accepter il y a dû le pourvoir d’une dot. » Un autre, brave homme, dit : » Tous nous aimerons bien ce petit que Jésus aime. » Un autre méchamment : « La générosité de Simon ? Oui, bien sûr ! Ce sera pour lui un bénéfice, sinon !... » D’autres, avides : « Je l’aurais fait, moi aussi si j’avais eu un enfant avec des brebis. Trois, vous pensez ?! Un petit troupeau. Et belles ! C’est la laine et le lait assurés, et puis les agneaux à vendre ou à garder ! C’est une richesse ! Et l’enfant peut être utile, travailler… » 24 . D’autres élèvent la voix : « Oh ! quelle honte ! Se faire payer une bonne action ? Simon n’y a sûrement pas réfléchi. Dans sa modeste richesse de pêcheur, nous l’avons toujours connu généreux envers les pauvres, surtout envers les enfants. Il est juste, maintenant que lui n’a plus le gain de la pêche et que sa famille compte une personne de plus, qu’il y ait un peu de gain d’une autre façon. » Pendant que chacun fait ses commentaires en tirant de son propre cœur ce qu’il a de bon ou de mauvais, en l’habillant de paroles, Jésus parle avec un homme de Capharnaüm qui est venu le rejoindre pour Lui dire de venir au plus tôt parce que la fille du chef de la synagogue est mourante et aussi parce que, depuis quelques jours, une dame accompagnée d’une servante est à sa recherche. Jésus promet de venir le matin suivant, ce qui afflige ceux de Bethsaïda qui voudraient le garder plusieurs jours. « Vous avez moins besoin de Moi que les autres. Laissez-moi aller. Du reste, maintenant, tant que dure l’été, je resterai en Galilée et souvent à Capharnaüm. Nous nous verrons facilement. Là-bas, il y a un père et une mère angoissés. C’est charité de les secourir. Vous approuvez la bonté de Simon envers l’orphelin. Ceux qui sont bons parmi vous. Mais seul le jugement des bons a de la valeur. Ceux qui ne le sont pas, il ne faut pas écouter leurs jugements toujours imprégnés de poison et de mensonge. Alors vous, les bons, devez approuver aussi ma bonté d’aller soulager un père et une mère. Gardez-vous de laisser stérile votre approbation, mais qu’elle vous porte à imiter. Tout le bien vient d’un acte de bonté, ce sont les pages de l’Ecriture qui le disent. Rappelons-nous Tobit. Il mérita que l’Archange protégeât son Tobie et lui montrât comment rendre la vue à son père. Mais quelle charité, et sans penser au profit, avait accompli le juste Tobit malgré les reproches de sa femme et les dangers qui menaçaient sa vie ! Et, souvenez-vous des paroles de l’Archange : « C’est une bonne chose que la prière accompagnée du jeune, et l’aumône a plus valeur que des montagnes d’or, car l’aumône délivre de la mort, purifie des péchés, fait trouver la miséricorde et la vie éternelle… Quand tu priais tout en larmes et que tu ensevelissais les morts,… je présentais tes prières au Seigneur ». Mon Simon, en vérité je vous le dis, surpassera de beaucoup les vertus du vieux Tobit. Il vous restera pour être un tuteur de vos âmes en ma Vie, après que Moi je m’en serai allé. Et maintenant il commence sa paternité d’âme pour être demain le père saint de 25 toutes les âmes qui me seront fidèles. Ne médisez donc pas, mais si un jour, comme un oiseau tombé du nid vous trouvez sur votre route une orphelin, recueillez-le. Ce n’est pas la bouchée de pain partagée avec l’orphelin qui appauvrit la table des vrais fils mais, au contraire, elle apporte à la maison les bénédictions de Dieu. Faites-le car Dieu est le Père des orphelins et c’est Lui-même qui vous le présente pour que vous les aidiez à se refaire le nid qui a été défaut par la mort. Et faites-le car c’est l’enseignement de la Loi que Dieu a donnée à Moïse qui est notre législateur car, en terre ennemie et idolâtre, il a trouvé pour s faiblesse d’enfant un cœur qui, plein de pitié, s’est penché sur lui pour le sauver de la mort en le sauvant des eaux, à l’abri des persécutions, car Dieu l’avait destiné à être un jour le libérateur d’Israel. Un acte de pitié a valu à Israel son chef. Les répercussions d’un acte bon sont comme les ondes sonores qui se répandent très loin du point où elles sont produites, ou si vous préférez, comme les ondes du vent qui transportent très loin les semences enlevées à des terrains fertiles.

Allez, maintenant. La paix soit avec vous. »

91.

L’HEMORROISSE ET LA FILLE DE JAIRE La vision s’est manifestée alors que je priais très épuisée et soucieuse et donc bien dans les plus mauvaises conditions pour penser, de moi-même, à des pareilles choses. Mais l’épuisement physique et mental et les soucis se sont dissipés dès l’apparition de mon Jésus et j’écris.

Jésus se trouve sur une route ensoleillée et poussiéreuse qui côtoie les rives du lac. Il se dirige vers le pays, entouré d’une grande foule qui l’attendait certainement et qui se presse autour de Lui, bien que les apôtres jouent des bras et des épaules pour qu’il puisse passer et élèvent la voix pour amener la foule à laisser un peu de place. Mais Jésus ne s’inquiète pas de cette bousculade. Dépassant de la tête la foule qui l’entoure, il la regarde avec un doux sourire alors qu’elle se serre autour de Lui, répond aux saluts, caresse quelque enfant qui réussit à se faufiler dans la masse des adultes et à s’approcher à Lui, il pose la main sur la tête des petits enfants que les mères soulèvent au-dessus de la tête des gens, pour qu’Il les ouches. Tout en marchant lentement, patiemment au milieu de tout ce 26 vacarme et des continuelles bousculades qui ennuieraient tout autre que Lui. Une voix d’homme crie : « Faits place, faites place. » C’est une voix angoissée et que beaucoup doivent connaître et respecter comme celle d’un personnage influent car la foule, qui s’ouvre très difficilement tellement elle est serrée, laisse passer un home d’une cinquantaine d’années, vêtu d’un vêtement long et flou, la tête couverte d’un foulard blanc dont les pans retombent le long du visage et du cou. Arrivé devant Jésus, il se prosterne à ses pieds et dit : « Oh ! Maître, pourquoi as-tu été absent si longtemps ? Ma fillette est si malade. Personne ne peut la guérir. Toi seul, tu es mon espoir et celui de sa mère. Viens, Maître. Je t’ai attendu avec une angoisse infinie. Viens, viens, tout de suite. Mon unique enfant est en train de mourir…. » et il pleure. Jésus pose la main sur la tête de l’homme en larmes, sur la tête courbée et que secouent les sanglots, et il lui répond : « Ne pleure pas. Aie foi. Ta fillette vivra. Allons auprès d’elle. Lève toi ! Allons. » Jésus dit ces deux derniers mots sur un ton de commandement. Tout d’abord, c’était le Consolateur, maintenant c’est le Dominateur qui parle. Ils se remettent en marche. Jésus a à son côté le père qui pleure, et le tient par la main. Quand un sanglot plus fort secoue le pauvre homme, je vois Jésus qui le regarde et lui serre la main. Il ne fait rien d’autre, mais quelle force doit refluer dans une âme quand elle se sent ainsi traitée par Jésus ! Auparavant, à la place du père il y avait Jacques, mais Jésus lui a fait céder la place au pauvre père. Pierre est de l’autre côté. Jean est à côté de Pierre et il cherche avec lui à opposer une barrière à la foule, comme font jacques et l’Iscariote de l’autre côté, près du père qui pleure ; les autres apôtres sont en partie devant, en partie derrière Jésus ; mais il en faudrait d’autres ! Surtout les trois qui sont derrière, parmi lesquels je voix Mathieu, n’arrivent pas à retenir la muraille vivante. Mais, quand ils crient un peu trop et ; pour un peu, insulteraient la foule indiscrète, Jésus tourne la tête et dit doucement : « Laissez faire ces petits qui sont à Moi… ! » A un certain moment, cependant, il se retourne brusquement, il laisse la main du père et il s’arrête. Non seulement il tourne la tête, mais il se retourne complètement. Il semble encore plus grand, car il a pris un attitude de roi. Avec la figure et le regard devenu sévère, inquisiteur, il scrute la foule. Ses yeux envoient des éclairs

27 qui n’expriment non pas la dureté mais la majesté : « Qui m’a touché ? » demande-t-Il. Personne ne répond. « Qui m’a touché, je répète » insiste Jésus. « Maître, répondent les disciples, « Tu ne vois pas comme la foule te presse de tous côtés ? Tous te touchent, malgré nos efforts. » « Qui m’a touché pour obtenir un miracle, je demande. J’ai senti un pouvoir miraculeux sortir de Moi parce qu’un cœur le demandait avec foi. Quel est ce cœur ? » Les yeux de Jésus s’abaissent deux ou trois fois, pendant qu’Il parle, sur une petite femme d’environ quarante ans, très pauvrement vêtue et très ridée, qui cherche à s’éclipser dans la foule, à se dissimuler dans la cohue. Ces yeux doivent la brûler, elle se rend compte qu’elle ne peut s’enfuir, revient en avant et se jette à ses pieds, le visage près que dans la poussière, les mains tendues en avant qui, cependant, n’osent pas toucher Jésus. « Pardon ! C’est moi !. J’étais malade. Douze ans que j’étais malade ! Tout le monde me fuyait. Mon mari m’a abandonnée. J’ai dépensé tout mon avoir pour qu’on ne me considère pas comme déshonorée, pour vivre comme tout le monde. Mais personne n’a pu me guérir. Tu vois, Maître ? Je suis vielle avant l’âge. Ma force s’en est allée avec ce flux inguérissable et avec elle ma paix. On m’a dit que tu es bon. Celui qui me l’a dit a été guéri par Toi de sa lèpre et qui, pour avoir vu pour tant d’années tout le monde le fuir, n’a pas éprouvé de répulsion pour moi., Je n’ai pas osé le dire avant. Pardon ! J’ai pensé que si je te touchais, je serais guérie. Mais je ne t’ai pas rendu impur. J’ai à peine effleuré le bord de ton vêtement là où il traine sur le sol, sur les ordures du sol… Moi aussi, je suis une ordure … Mais je suis guérie, que Tu sois béni ! Au moment où j’ai touché ton vêtement, mon mal s’est arrêté. Je suis redevenue comme toutes les femmes. Je ne serai plus évitée par tout le monde. Mon mari, mes enfants, mes parents pourront rester avec moi, je pourrai les caresser. Je serai utile dans ma maison. Merci Jésus bon Maître. Que Tu sois éternellement béni ! » Jésus la regarde avec une infinie bonté. Il lui sourit et lui dit : « Va en paix, ma fille. Ta foi t’a sauvée. Sois définitivement guérie. Sois bonne et heureuse. Va ! » Pendant qu’Il parle encore, arriver un homme, un serviteur je pense. Il s’adresse au père resté pendant tout ce temps dans une attitude respectueuse mais tourmentée comme s’il était sur la braise. « Ta fille est morte, il est inutile d’importuner le Maître 28 davantage. Elle a rendu l’esprit, et déjà les femmes chantent les lamentations. La mère t’envoie dire cela et te prie de venir tout de suite. » Le pauvre père pousse un gémissement. Il porte ses mains au front et le serre en se comprimant les yeux et en se courbant comme s’il avait reçu un coup. Jésus, qui parait ne devoir rien voir ni rien entendre, attentif comme il l’est à écouter la femme et à lui répondre, se tourne au contraire et pose la main sur les épaules courbées du pauvre père. « Homme, je te l’ai dit : ‘aie foi’. Je te le répète : ‘aie foi’. Ne crains pas. Ta fillette vivra. Allons la trouver. » Et il se met en route en tenant étroitement serré contre Lui l’homme anéanti. La foule, devant cette douleur et la grâce déjà survenue, s’arrête intimidée, s’écarte, laisse passer librement Jésus et les siens et puis suit comme un sillage la Grâce qui passe. Ils font ainsi une centaine de mètres environ, peut-être plus- je ne sais pas calculer- et pénètrent toujours plus au centre du pays. Il y a un rassemblement de gens devant une maison de belle apparence, qui comment à haute voix l’évènement, répondant par des cris perçants à des cris plus aigus qui viennent de la porte grande ouverte. Ce sont des cris perçants, aigus, tenus sur une note fixe et seule qui semblent être dirigés par une voix plus aiguë qui s’élève toute seule et à laquelle répond un groupe un group de voix plus faibles, puis un autre chœur de voix plus pleines. C’est un vacarme qui ferait mourir quelqu’un qui se porte bien. Jésus ordonne aux siens de rester devant la sortie et il appelle avec Lui Pierre, jean et jacques. Il

entre avec eux dans la maison en tenant toujours serré le bras du père en larmes. Il semble vouloir lui infuser par cette étreinte la certitude que Lui est là pour le rendre heureux. Les … pleureuses (je dirais : celle qui hurlent) en voyant le chef de famille et le Maître redoublent leurs cris. Elles battent des mains, agitent des tambourins, font résonner des triangles et sur cet … accompagnement appuient leurs lamentations. « Taisez-vous » dit Jésus. « Il ne faut pas pleure. La fillette n’est pas morte, elle dort. » Les femmes poussent des cris plus forts, et certaines se roulent par terre, se griffent, s’arrachent les cheveux (ou plutôt font semblant) pour montrer qu’elle est bien morte. Les musiciens et les amis secouent la tête devant l’illusion de Jésus. Ils croient bien qu’Il s’illusionne. Mais Lui répète un : « Taisez-vous ! » tellement énergique que le vacarme, s’il ne cesse pas complètement, devient 29 un bourdonnement et Il avance. Il entre dans une petite chambre. Sur le lit est étendue une fillette morte. Maigre, pâle, elle gît déjà revêtue et ses cheveux bruns sont coiffés avec soin. La mère, à droite, pleure près du petit lit et baise la petite main cireuse de la morte. Jésus … comme il est beau en ce moment ! Comme je l’ai vu peu de fois ! Jésus s’approche avec empressement, il semble glisser sur le sol, en volant, tant il se hâte vers ce petit lit . Jésus va à la gauche du lit, il tend la main gauche et prend avec elle la petite main de la morte qui s’abandonne. J’ai bien vu. C’est la main gauche de Jésus et la main gauche de la petite. Il lève le bras droit en portant sa main ouverte à la hauteur de ses épaules et puis l’abaisse comme quelqu’un qui jure ou commande. Il dit : « Fillette, je te le dis, lève-toi. » Un instant où tous, sauf Jésus et la morte, restent en suspens. Les apôtres allongent le cou pour mieux voir. Le père et la mère regardent leur enfant, les yeux mornes. Un instant. Puis un soupir soulève la poitrine de la petite morte. Un légère couleur monte au visage de cire et en fait disparaître la teinte livide de la mort. Un sourire se dessine sur les lèvres pâles avant encore que s’ouvrent les yeux, comme si la fillette faisait un beau rêve. Jésus tient toujours la main dans sa main. La fillette ouvre doucement les yeux, elle regarde tout autour d’elle comme si elle venait de s’éveiller. Elle voit d’abord le visage de Jésus qui la fixe de se yeux magnifiques et qui lui sourit avec une bonté qui l’encourage, et elle Lui sourit. « Lève-toi » répète Jésus et, écartant avec sa main les préparatifs funèbres répandus sur le lit et à côté (fleurs, voiles, etc.) , il l’aide à descendre, à lui faire faire ses premiers pas en la tenant toujours par la main. « Donnez-lui à manger, maintenant » commande-t-il. « Elle est guérie. Dieu vous l’a rendue. Remerciez-le, et ne parlez à personne de ce qui est arrivé. Vous savez ce qui lui est arrivé, vous avez cru et vous avez mérité le miracle. Les autres n’ont pas eu foi, il est inutile de chercher à les persuader. A ceux qui nient le miracle, Dieu ne se manifeste pas. Et toi, fillette, sois bonne. Adieu ! paix à cette maison » et il sort en renfermant la porte derrière Lui. La vision cesse. Je vous dirai que les deux détails qui m’ont particulièrement réjoui ont été ceux où Jésus cherche dans la foule qui l’a touché et surtout quand près de la petite morte, il lui prend la main et lui ordonne de se lever. La paix, la sécurité sont entrées en moi. Il n’est pas possible que quelqu’un qui a pitié comme Lui et qui est puissant puisse n’avoir pitié de nous et ne pas vaincre le Mal qui nous fait mourir. Jésus pour le moment ne fait pas de commentaires, comme il ne dit rien sur d’autres choses. Il me voit presque morte et Il ne juge pas opportun que je sois mieux ce soir. Qu’Il soit fait comme Lui le veut. Je suis déjà suffisamment heureuse de posséder en moi sa vision.

92. JESUS ET MARTHE A CAPHARNAUM En sueur et couvert de poussière, Jésus avec Pierre et Jean, rentre dans la maison de Capharnaüm. Il a à peine mis pied dans le jardin, se dirigeant vers la cuisine, que la maître de maison l’appelle familièrement en Lui disant : « Jésus, elle est revenue cette dame dont je t’ai parlé à Bethsaïda. Elle est revenue te chercher. Je lui ai dit de t’attendre et je l’ai conduite là-haut dans la chambre du haut. » « Merci, Thomas, j’y vais tout de suite. S’il vient d’autres personnes, fais-les attendre ici. » Jésus monte lestement l’escalier sans même enlever son manteau. Sur la terrasse où l’escalier aboutit, se trouve immobile Marcelle, la servante de marthe. « Oh ! Notre Maître ! Ma maîtresse est là, à l’intérieur. Elle t’attend depuis tant de jours » dit l femme en s’agenouillant pour vénérer Jésus. « Je m’y attendais. Je vais tout de suite la trouver. Dieu te bénisse, marcelle. » Jésus lève le rideau qui protège contre la lumière encore violente, bien que le crépuscule soit très avancé et enflamme l’air et paraît embraser les maisons blanches de Capharnaüm par la réverbération rouge d’un énorme brasier. Dans la pièce, toute voilée et enveloppée de son manteau, assise près d’une fenêtre, se trouve marthe. Peut-être regarde-t-elle une anse du lac où plonge une avancée d’une colline boisée. Peut-être ne regarde-t-elle que ses pensées. Elle est sûrement très absorbée au point qu’elle n’entend pas le léger bruit des pas de Jésus qui s’approche. Et elle sursaute quand il l’appelle. « Oh ! Maître ! s’écrie-t-elle, et elle se jette à genoux, les bras tendus comme pour demander de l’aide, puis elle se penche jusqu’à 31 toucher du front le sol, et elle pleure. « Mais pourquoi ? Allons, lève-toi ! Pourquoi ce grand chagrin ? As-tu quelque malheur à m’annoncer ? Oui ? Quoi donc ? Je suis allé à Béthanie, tu le sais ? Oui ? Et j’y ai appris de bonnes nouvelles. Maintenant tu pleures… Qu’est-ce qui est arrivé ? » et il la force à s’asseoir sur le siège placé contre le mur et Il s’assoit en face d’elle. « Allons, enlève ton voile et ton manteau, comme je le fais. Tu dois étouffer làdessous. Et puis je veux voir le visage de cette Marthe troublée pour chasser tous les nouages qui l’assombrissent. » Marthe obéit, toujours en larmes, et l’on voit son visage rougi, aux yeux enflés. « Et alors ? Je vais t’aider. Marie t’a fait appeler. Elle a beaucoup pleuré, elle a voulu savoir beaucoup de choses sur Moi, et tu as pensé que c’était bon signe, au point que tu as désiré que je vienne pour accomplir le miracle. Et moi, je suis venu. Et maintenant ? …» « Maintenant plus rien, Maître ! Je me suis trompée. C’est un trop vif espoir qui fait voir ce qui n’est pas… Je t’ai fait vernir pour rien … Marie est pire qu’auparavant… Non ! Que dis-je’ C’est une calomnie, je mens. Elle n’est pas pire car elle ne veut plus d’hommes autour d’elle. Elle est différente, mais elle est toujours mauvaise. Elle me semble folle… je ne la comprends plus. Auparavant, au moins, je la comprenais. Mais maintenant ! Qui peut la comprendre, maintenant ? » Et Marthe pleure d’un air désolée. « Allons, calme-toi et dis moi ce qu’elle fait. Pourquoi est-elle mauvaise ? Elle ne veut donc plus d’hommes autour d’elle, je suppose donc qu’elle vit retirée dans sa maison. Est-ce ainsi ? Oui ? C’est bien, c’est très bien. Elle t’a désirée auprès d’elle, comme pour se défendre de la tentation –ce sont tes paroles- en empêchant les relations coupables, où même simplement ce qui pourrait amener à des coupables relations, c’est un signe de bonne volonté » « Tu l’affirmes, Maître ? Crois-tu vraiment qu’il en est bien ainsi ? » « Mais bien sûr. En quoi alors te semble-t-elle méchante ? » « Voilà. » Marthe, un peu plus rassurée par la certitude de Jésus, parle avec plus

d’ordre. « Voilà. Depuis que je suis venue, Marie n’est plus sortie de la maison et du jardin, pas même pour aller en barque sur le lac, et sa nourrice m’a dit que même auparavant elle ne sortait; pour ainsi dire, plus. C’est depuis la Paque qu’elle semble avoir commencé de changer. Cependant, avant ma venue, il venait encore des personnes la voir ; et elle ne les renvoyait pas tou32 jours ; parfois elle donnait l’ordre de ne laisser entrer personne et cela paraissait un ordre qui devait durer. Puis, elle arrivait à frapper les serviteurs, prise d’une injuste colère lorsque, accourant qu vestibule parce qu’elle avait entendu les voix des visiteurs, elle voyait qu’ils étaient déjà partis. Depuis ma venue, elle ne l’a plus fait. Elle m’a dit la première nuit : ‘Retiens-moi, attache-moi, mais ne me laisse plus sortir pour que je ne vois personne d’autre que toi et la nourrice. Car je suis une malade et je veux guérir. Mais ceux qui viennent chez moi, ou qui veulent que j’aille chez eux, sont comme des marais qui donnent la fièvre. Ils me rendent de plus en plus malade. Mais ils sont si beaux, en apparence, ils sont si pleins de fleurs et de chansons, avec des fruits d’aspect agréable que moi je ne sais pas résister car je suis une malheureuse, je suis une malheureuse. Ta sœur est faible, Marthe : Et il y en a qui profitent de ma faiblesse pour me faire faire des choses infâmes auxquelles ne consent pas quelque chose que j’ai ne moi. Quelque chose qui me reste de maman, de ma pauvre maman… ‘ et elle pleurait, elle pleurait. E voici comment je me suis comportée : avec douceur aux heures où elle est plus raisonnable, avec fermeté aux heures où elle me semble un fauve en cage. Elle ne s’est jamais révoltée contre moi. Et même, après les moments de plus grande tentation, elle vient pleurer à mes pieds, la tête sur mes genoux et elle dit : ‘Pardonne-moi ! Pardonne-moi !’ Et si je lui demande : ‘ Et quoi, ma sœur ? Tu ne m’as pas fait souffrir’, elle me répond : ‘ Parce que, tout à l’heure, ou hier soir, quand tu m’as dit : ,Tu ne sortiras pas d’ici’ , moi en mon cœur, je t’ai haie, maudite et j’ai désiré ta mort’. Elle ne te fait pas de la peine, Seigneur ? Mais elle est folle, peut-être ? Son vice l’a rendue folle ? Je pense qu’un amant lui a donné un philtre pour s’en faire une esclave de luxure et que cela lui a monté au cerveau.. » « Non, pas de philtre, pas de folie. C’est autre chose, mais continue. » « Donc, avec moi, elle est respectueuse et obéissante. Les serviteurs aussi, elle ne l’a plus maltraités. Mais pourtant, depuis le premier soir, elle n’a plus rien demandé à ton sujet. Même si je parle de Toi, elle fait dévier la conversation, quitte ensuite à rester des heures et des heures sur le rocher où se trouve le belvédère à regarder le lac, jusqu’à en être éblouie et à me demander, à chaque barque qu’elle voit passer : ‘Tu crois que c’est celle des pêcheurs galiléens ?’ Elle ne dit jamais ton Nom ni celui des apôtres, mais je 33 sais qu’elle pense à eux et à toi dans la barque de Pierre. Et je comprends aussi qu’elle pense à Toi parce que parfois, le soir, quand nous marchons dans le jardin ou quand nous attendons l’heure du repos, moi en cousant, elle les bras croisés, elle me dit ‘C’est donc ainsi qu’il faut vivre d’après la doctrine que tu suis ?’ Et parfois elle pleure, d’autre fois elle rit d’un rire sarcastique de folle ou de démon. D’autres fois elle se détache les cheveux toujours si artistement coiffées, elle en fait deux tresses et se passe un de mes vêtements et elle vient devant moi avec les tresses qui retombent sur les épaules ou ramenées par devant, avec un col montant, pudique, ressemblant à une fillette avec son habit, ses tresses et l’expression de son visage et elle dit encore : ‘C’est donc ainsi que devrait devenir Marie ?’ et parfois aussi elle pleure en baisant ses deux tresses magnifiques, grosses comme les bras et qui retombent jusqu’aux genoux, tout cet or éclatant qui était la gloire de ma mère. D’autres fois, au contraire, elle pousse cet horrible éclat de rire ou bien elle me dit : ‘mais regarde, plutôt voici que je fais et je quitte le monde’ et elle noue ses tresses autour de cou et les serre jusqu’à en devenir violette comme si elle vouloir s’étrangler. D’autres fois, on comprend qu’elle sent plus fortement sa … sa chair, alors elle se plaint ou se fait mal. Je l’ai trouvée qui se

frappait férocement la tête contre le mur, et si je lui demandais : ‘Mais pourquoi fais-tu cela ?’ elle se tournait vers moi bouleversée, féroce en me disant : ‘Pour me rompre les entrailles et la tête. Les choses nuisibles, maudites, il faut les détruire. Je me détruis’. Et si je parle de la miséricorde divine, de Toi –en effet, je parle de Toi quand même comme si elle était la plus fidèle de tes disciples, et je te jure que parfois j’ai du dégoût à parler ainsi devant elle- elle me répond : ‘Pour moi, il ne peut y avoir de miséricorde, j’ai dépassé les bornes’. Et alors elle est prise d’une furie de désespoir, elle crie en se frappant jusqu’au sang : ‘Mais pourquoi ? Pourquoi, pour moi ce monstre qui me déchire, qui ne me donne pas la paix, qui me porte au mal avec une voix ensorcelante ? Et puis viennent s’y unir les voix qui me maudissent, celle du père, de maman, les vôtres, parce que toi aussi et Lazare, vous me maudissez et Israel me maudit, et ces voix me font devenir folle…’ Moi, alors, quand elle parlait ainsi, je réponds : ‘Pourquoi penses-tu à Israel, ce n’est qu’un peuple, au lieu de penser à Dieu ? Mais puisque tu n’as pas pensé avant à tout piétiner, pense maintenant 34 à passer par-dessus tout et à te soucier d’autre chose que le monde, c’es à dire de Dieu, de ton père, de ta mère. Et eux ne te maudissent pas si tu changes de vie, mais ils t’ouvrent leurs bras..’ Et elle m’écoute, pensive, étonnée comme si je lui racontais une fable irréelle, et puis elle pleure… mais elle ne répond pas. Parfois, au contraire, elle commande aux serviteurs des vins et des drogues, et elle boit et mange tous ces produits et elle explique : ‘C’est pour ne pas penser’. Maintenant depuis qu’elle sait que tu es sur le lac, elle me dit toutes les fois qu’elle s’aperçoit que je viens vers Toi : ‘Un jour ou l’autre je viendrai, moi aussi’ et riant de ce rire qui est un insulte pour elle-même, elle dit pour finir : ‘Ainsi, au moins, l’œil de Dieu tombera aussi sur le fumier’. Mais je ne veux pas qu’elle vienne. Et maintenant, j’attends pour venir que, lassée par la colère, le vin, les larmes, par tout, elle s’endorme épuisée. Aujourd’hui encore je suis partie ainsi de façon à revenir de nuit, avant qu’elle ne se réveille. Voilà ma vie…. et maintenant, je n’espère plus,,, » et ses pleurs, que n’arrêt plus la pensée de tout rapporter avec ordre, redoublent plus fortement qu’avant. « Te souviens-tu, Marthe, de ce que je t’ai dit une fois ? ‘Marie est une malade’. Tu ne voulais pas le croire. Maintenant, tu le vois. Tu dis qu’elle est folle, elle-même se dit qu’elle est malade de fièvres qui la poussent au péché. Moi, je dis : elle souffre d’une possession démoniaque. C’est toujours une maladie. Ces incohérences, ces furies, ces pleurs, ces désolations, ces élans vers Moi, ce sont les phases de son mal qui, arrivé au moment de la guérison, connaît les crises les plus violentes. Tu fais bien d’être bonne avec elle, tu fais bien d’être patiente, tu fais bien de parler de Moi ! N’éprouve pas de dégoût à dire mon Nom en sa présence. Pauvre âme de ma Marie ! Et pourtant elle est sortie des mains du Créateur pas diffèrent des autres, de la tienne, de celle de Lazare, de celles des apôtres et des disciples. Elle aussi, je la compte et je la vois parmi les âmes pour lesquelles je me suis fait chair afin d’être Rédempteur. C’est même pour elle, plus que pour toi, pour Lazare, les apôtres et les disciples que je suis venu. Pauvre, chère âme qui souffre, de ma Marie ! De ma Marie empoisonnée par sept poisons en plus du poison originel et universel ! De ma Marie prisonnière ! Mais laisse-la venir à Moi ! Laisse-la respirer ma respiration, entendre ma voix, rencontrer mon regard ! … Elle s’appelle : ‘Fumier’… Oh ! Pauvre chère âme ! Des sept démons qu’elle a en elle, le moins fort est celui de l’orgueil ! Mais, rien que pour cela, elle se sauvera ! » 35 « Mais si elle en sortant elle trouve quelqu’un qui de nouveau la ramène au vice ? Elle-même le craint… » « Et toujours elle le craindra, maintenant qu’elle est arrivée à avoir la nausée du vice. Mais ne crains pas ! Quand une âme a déjà le désir de venir au Bien, qu’elle n’est plus retenue que par l’Ennemi diabolique qui sait qu’il va perdre sa proie, et par l’ennemi personnel du moi qui raisonne encore en homme et se juge lui-même en homme, en appliquant à Dieu son jugement pour empêcher l’esprit de dominer le moi humain, alors cette âme est déjà forte contre les assauts du vice

et des vicieux. Elle a trouvé l’Etoile Polaire et ne dévie plus. Et également il ne faut plus lui dire : ‘Et tu n’as pas pensé à Dieu, mais tu penses à Israël ?’ C’est un reproche implicite. Il ne faut pas le faire. Elle sort des flammes, elle n’est que plaies. Il ne faut l’effleurer qu’avec les baumes de la douceur, du pardon, de l’espérance… Laisse-la libre de venir. Tu dois même lui dire quand tu comptes venir, mais ne lui dis pas : ‘Viens avec moi’. Et même, si tu arrives à comprendre qu’elle vient, ne viens pas toi. Reviens, attends-la à la maison. Elle te viendra, frappée par la Miséricorde. Car Moi, je dois lui enlever la force mauvaise qui maintenant la possède et, pendant un certain temps, elle sera comme saignée à blanc, comme une personne à laquelle le médecin a enlevé les os. Mais après elle ira mieux. Elle sera stupéfaite. Elle aura un grand besoin de caresses et de silence. Assiste-la comme si tu étais pour elle un second ange gardien, sans te faire entendre. Et si tu la vois pleurer, laisse-la pleurer. Et si tu l’entends se poser des questions, laisse-la faire. Et si tu la vois sourire puis s’assombrir, et puis sourire avec un sourire qui n’est plus le même, avec un regard changé, avec un visage changé, ne lui pose pas des questions, ne la mets pas en tutelle. Elle souffre plus maintenant pour remonter que quand elle est descendue. Et elle doit agir par elle-même, par elle-même elle a agi lorsqu’elle est descendue. Elle n’a pas alors supporté vos regards quand vous la voyez descendre, parce que dans vos yeux il y avait un reproche. Mais maintenant elle ne peut, dans sa honte finalement réveillée, supporter votre regard. Alors elle était plus forte, parce qu’elle avait en elle Satan qui était son maître, et la force mauvaise qui la conduisait et elle pouvait défier le monde, mais pourtant elle n’a pas voulu être vue par vous dans son péché. Maintenant elle n’a plus Satan comme maître. Il est encore son hôte, mais déjà, par sa 36 volonté, Marie lui tient la gorge. Et elle ne m’a pas encore, moi, et c’est pour cela qu’elle est trop faible. Elle ne peut même pas supporter la caresse de tes yeux fraternels pour son retour au Sauveur. Toute son énergie s’emploie et se dépense pour serrer la gorge du septuple démon. Pour tout le reste, elle est sans défense, nue. Mais Moi je la revêtirai et la fortifierai. Va en paix, Marthe. Et demain dis-lui que je parlerai près du torrent de la Source, ici à Capharnaüm, après le crépuscule. Va en paix ! Va en paix ! Je te bénis. » Marthe est encore perplexe. « Ne tombe pas dans l’incrédulité, Marthe » lui dit Jésus qui l’observe. « Non, Seigneur, mais je réfléchis… Oh ! Donne-moi quelque chose que je puisse donner à marie pour lui donner un peu de force… Elle souffre tant… et moi j’ai si peur qu’elle ne réussisse pas à triompher du démon ! » « Tu es une enfant ! Marie nous a, toi et Moi. Peux-tu ne pas réussir ? Pourtant, viens et tiens. Donne-moi cette main qui n’a jamais péché, qui a su être douce, miséricordieuse, active, pieuse. Elle a toujours fait des gestes d’amour et de prière. Elle n’est jamais devenue paresseuse. Elle ne s’est jamais corrompue. Voilà, je la tiens dans les miennes pour la rendre plus sainte encore. Lève-la contre le démon, et lui ne la supportera pas. Et prends cette ceinture qui m’appartient. Ne t’en sépare jamais, et chaque fois que tu la verras, dis-toi à toi-même : ‘Plus forte que cette ceinture de Jésus est la puissance de Jésus et avec elle on vient à bout de tout : démons et monstres. Je ne dois pas craindre’. Es-tu contente, maintenant ? Ma paix soit avec toi. Va tranquille. » Marthe le vénère et sort. Jésus sourit en la voyant reprendre sa place dans le char que Marcelle a fait venir à la porte pour aller à Magdala.

93. GUERISON DES DEUX AVEUGLES ET DU MUET POSSEDÉ Après cela, Jésus descend à la cuisine et, voyant que Jean va se rendre à la fontaine, au lieu de rester dans la cuisine chaude et enfumée Il préfère aller avec jean laissant Pierre aux prises avec 37 des poissons que viennent d’apporter les garçons de Zébédée pour le souper du Maître et des apôtres. Ils ne vont pas à la source qui est à l’extrémité du pays, mais à la fontaine de la place et où certainement l’eau arrive encore de cette source belle et abondante qui jaillit sur la pente de la colline, près du lac. Sur la place, c’est la foule habituelle des pays de Palestine le soir. Les femmes avec leurs amphores, les enfants qui jouent et les hommes qui s’entretiennent d’affaires ou… des potins du pays. Passent aussi entourés de serviteurs ou de clients, les pharisiens qui regagnent leurs riches maisons. Tout le monde s’écarte, avec respect, pour les laisser passer, quitte ensuite, à peine sont-ils passés, à les maudire de tout cœur en racontant leurs dernières injustices et leurs usures. Mathieu dans un coin de la place parle avec ses anciens amis, ce qui fait dire avec mépris et à haute voix au pharisien Urie : « Les fameuses conversions ! L’attache au péché demeure et cela se voit par les amitiés qui durent. Ah ! Ah ! » A quoi Mathieu se retourne vivement pour répondre : « Elles durent pour les convertir. » « Ce n’est pas nécessaire ! Ton ître suffit. Toi, reste loin d’eaux, pour que la maladie ne revienne pas, en admettant que tu sois réellement guéri. » Mathieu devient rouge, dans l’effort qu’il fait pour ne pas leurs dire quatre vérités, mais il se borne à répondre : « Ne crains et n’espère rien.» « Quoi ? » « Ne crains pas que je redevienne Lévi le publicain, et n’espère pas que je t’imite pour perdre ces âmes. Les séparations et le mépris, je les laisse à toi et tes amis. Moi, j’imite le Maître et je fréquente les pécheurs pour les amener à la grâce.» Urie voudrait répliquer, mais survient l’autre pharisien, le vieil Eli et il dit : « Ne souille pas ta pureté et ne contamine pas ta bouche, mon ami. Viens avec moi » et il prend Urie par les bras et l’amène vers sa maison. Pendant ce temps la foule, où il y a surtout des enfants, s’est resserrée autour de Jésus. Parmi les enfants il y a Jeanne et Tobie, la sœur et le frère qui, il y a déjà longtemps, se disputaient pour des figues, et ils disent à Jésus en touchant de leurs petites mains la taille élevée de Jésus pour attirer son attention : « Ecoute, écoute. Aujourd’hui aussi nous avons été bons, sais-tu ? Nous n’avons jamais pleuré. Nous ne nous sommes jamais taquinés par amour 38 pour Toi. Nous donnes-tu un baiser ? » « Vous avez donc été bons et par amour pour Moi ? Quelle joie vous me donnez. Voici mon baiser, et demain, soyez meilleurs encore. » Et il y a Jacques, le petit qui chaque sabbat portait à Jésus la bourse de Mathieu. Il dit : « Lévi ne me donne plus rien pour les pauvres du Seigneur, mais moi, j’ai mis de côté toutes les piécettes qu’on me donne quand je suis bon et maintenant je te les donne. Les donneras-tu aux pauvres pour mon grand-père ? » « Certainement. Qu’est-ce qu’il a ton grand-père ? » « Il ne marche plus. Il est si vieux et ses jambes ne le portent plus. » « Cela te désole ? » « Oui, parce qu’il était mon maître quand on allait à travers la campagne. Il me disait tant de choses, il me faisait aimer le Seigneur. Même maintenant il me parle de Job et me fait voir les étoiles du ciel, mais de son siège … C’était plus beau auparavant. » « Je viendrai demain voir ton grand-père. Es-tu content ? » Et Jacques est remplacé par Benjamin, pas celui de Magdala, le Benjamin de Capharnaüm, celui d’une lointaine vision. Arrivé sur la place en même temps que sa

mère et ayant vu Jésus, il quitte la main maternelle et se jette avec un cri qui parait un gazouillis d’hirondelle au milieu de la petite foule remuante et, arrivé devant Jésus, il Lui enlace les genoux en disant : « A moi aussi, à moi aussi une caresse ! » Passe à ce moment-là le pharisien Simon qui s’incline pompeusement devant Jésus qui lui rend sa salutation. Le pharisien s’arrête et, alors que la foule s’écarte comme intimidée, le pharisien dit : « Et à moi, tu ne donnerais pas une caresse ? » et il sourit légèrement. « A tous ceux qui me le demandent. Je me félicite avec toi de ton excellente santè. On m’avait dit à Jérusalem que tu avais été quelque peu malade. » « Oui, bien malade. J’ai désiré te voir pour guérir. » « Croyais-tu que je le puisse ? » « Je n’en ai jamais douté, mais j’ai dû me guérir tout seul parce que tu as été longtemps absent. Où es-tu allé ? » « Jusqu’aux confins d’Israel. C’est ainsi que j’ai occupé les jours entre pâque et pentecôte. » « Beaucoup de succès ? J’ai entendu parler des lépreux d’Hinnon et de Siloan. Grandiose. Cela seulement ? Certainement pas, mais cela, je le savais par le prêtre Jean. Celui qui est sans préventions croit en Toi et il est heureux. » 39 « Et celui qui ne croit pas parce qu’il a des préventions qu’en est de lui, sage Simon ? » Le pharisien se trouble un peu … il se débat entre le désir de ne pas condamner ses trop nombreux amis qui sont prévenus contre Jésus et celui de mériter les compliments de Jésus. Mais il surmonte ce trouble et il dit : « Celui qui ne veut pas croire en Toi, malgré les preuves que tu donnes, est condamné… » « Je voudrais que personne ne le soit … » « Toi, oui. Nous ne répondons pas à cette bonté que tu as pour nous. Trop ne te méritent pas… Jésus, je voudrais que tu sois mon hôte demain … » « Demain, je ne peux pas. Ce sera dans deux jours. Acceptes-tu ? » « Toujours. J’aurai… des amis… et tu devrais les excuser si… » « Oui, oui. Je viendrai avec Jean. » Le pharisien s’en va et Jésus se joint aux apôtres. Ils reviennent à la maison pour le souper. Mais pendant qu’ils mangent le poisson grillé, les rejoignent des aveugles qui déjà avaient imploré Jésus sur la route. Ils répètent maintenant leur : ‘Jésus fils de David, aie pitié de nous !’ « Mais, partez ! Il vous a dit : ‘demain’ et que ce soit demain. Laissez-le manger » leur dit Simon Pierre d’un ton de reproche. « Non, Simon, ne les chasse pas. Tant de constance mérite une récompense. Venez vous deux » dit-il ensuite aux aveugles et ils entrent en tâtant de leur bâton le sol et les murs. « Croyez-vous que je puisse vous rendre la vue ? » « Oh ! Oui, Seigneur ! Nous sommes venus parce que nous en sommes certains. » Jésus se lève de table, s’approche d’eux, met ses doigts sur les paupières aveugles, lève le visage, prie et dit : « Qu’il vous soit fait selon la foi que vous avez. » Il enlève les mains, et les paupières immobiles remuent parce que la lumière frappe de nouveau les pupilles qui sont revenues à la vie pour l’un et pour l’autre les paupières se dessillent et là où il y avait une suture due certainement à des ulcères mal soignées, voilà que se reforme sans défectuosité le bord de la paupière et elle se lève et s’abaisse comme des ailes qui battent. Les deux tombent à genoux. 40 « Levez-vous et allez et veillez bien à ce que personne ne sache ce que je vous ai fait. Portez la nouvelle de la grâce que vous avez reçue à votre ville, à vos parents, à vos amis. Ici, ce n’est pas nécessaire ni favorable à votre âme. Gardez-la exempte de blessures dans sa foi, comme maintenant, sachant ce qu’est l’œil, vous le préserverez de blessures pour ne pas être aveugles de nouveau. »

Le repas se termine. Ils montent sur la terrasse où il y a un peu de fraîcheur. Le lac n’est que scintillement sous le quartier de lune. Jésus s’assied sur le bord du muret et s’abstrait dans la contemplation du lac aux vagues argentées. Les autres parlent entre eux à voix basse pour ne pas le déranger. Mais ils le regardent, comme fascinés. En effet, comme il est beau ! Tout auréolé par la lune qui éclaire son visage à la fois sévère et serein, qui permet d’en étudier les plus légers détails, il se tient, la tête légèrement appuyée contre le sarment rêche de la vigne qui monte de là pour s’étendre ensuite sur la terrasse. Ses yeux allongés d’un bleu clair, qui dans la nuit paraissent couleur d’onyx, semblent épandre sur toutes choses des ondes de la paix. Parfois, ils se lèvent vers le ciel serein parsemé d’astres, d’autres fois ils s’abaissent sur les collines, et plus bas sur le lac, parfois encore, ils fixent un point indéterminé et ils semblent sourire à leur propre vision. Les cheveux ondulent un peu sous le vent léger. Une jambe suspendue à peu de distance du sol, l’autre qui s’appuie sur le sol, il reste ainsi, assis de biais avec ses mains qui, s’abandonnent sur les genoux et son habit blanc parait accentuer sa blancheur lumineuse, le rendre plus argenté par l’effet de la lumière lunaire, alors que les mains longues et d’un blanc d’ivoire semblent accentuer leur teinte de vieil ivoire et leurs beauté virile bien qu’effilées. Le visage aussi, avec son front haut, le nez rectiligne, l’ovale agréable des joues que prolonge la barbe blonde légèrement cuivrée, semble sous cette lumière lunaire prendre la teinte du vieil ivoire en perdant la nuance rosée que pendant le jour on remarque en haut des joues. « Tu es fatigué, Maître ? » demande Pierre. « Non. » « Tu me sembles pâle et pensif… » « Je réfléchissais. Mais je ne crois pas être plus pâle que d’habitude. Venez ici… la lumière de la lune vous rend tous pâles, vous aussi. Demain, vous irez à Corozaïn. Peutêtre vous trouverez des disciples. Parlez leur et veillez à être ici demain, au crépuscule. Je prêcherai près du torrent. » 41 « Quelle belle chose ! Nous le dirons à ceux de Corozaïn. Aujourd’hui, au retour, nous avons rencontré Marthe et marcelle. Elles sont venues ici ? » demande André. « Oui. » « A Magdala on parlait beaucoup de Marie, qui ne sort plus, qui ne donne plus de fêtes. Nous nous sommes reposés chez la femme de l’autre fois. Benjamin m’a dit que quand il veut faire le méchant il pense à Toi et .. » « …et à moi, dis-le aussi, Jacques » dit l’Iscariote. « Il ne l’a pas dit. » « Mais il l’a sous-entendu en disant : ‘Je ne veux pas être beau et par contre méchant, moi’ et il m’a regardé de travers. Il ne peut me souffrir… » « Antipathie sans importance, Judas. N’y pense pas » dit Jésus. « Oui, maître, mais c’est ennuyeux que… » « Y a-t-il le Maître ? » crie une voix du chemin. « Oui. Mais que voulez vous de nouveau ? Le jour ne vous suffit pas, long comme il est ? Est-ce une heure pour déranger de pauvres voyageurs ? Revenez demain » ordonne Pierre. « C’est que nous avons avec nous un muet qui est possédé et, pendant le trajet, il nous a échappé trois fois. Sans cela, on serait arrivé plus tôt. Soyez bons ! Dans un moment, quand la lune sera haute, il hurlera fort et épouvantera le pays. Voyez comme déjà il s’agite ? » Jésus se penche du haut du muret après avoir traversé toute la terrasse. Les apôtres l’imitent. Un cercle de visages courbés sur une foule de gens qui lèvent la tête vers ceux qui se penchent. Au milieu, avec des mouvements et des mugissements d’ours ou de loup enchaîné, un homme avec les poignés bien attachés pour qu’il ne s’enfouie pas. Il mugit en s’agitant avec des mouvements de bête et comme s’il cherchait sur le sol je ne sais pas quoi. Mais quand il lève les

yeux et rencontre le regard de Jésus, il pousse un hurlement bestial, inarticulé, un véritable hurlement et il cherche à s’enfouir. La foule, presque tous les adultes de Capharnaüm, s’écarte, effrayée. « Viens, par charité ! Cela le reprend comme auparavant… » « Je viens tout de suite. » Et Jésus descend rapidement et va en face du malheureux qui est plus agité que jamais. « Sors de lui : Je le veux. » 42 Le hurlement s’évanouit en une seule parole : ‘Paix !’ « Oui, la paix. Aie la paix maintenant que tu es délivré. » La foule crie, émerveillée, en voyant le brusque passage de la fureur à la tranquillité, de la possession à la délivrance, du mutisme à la parole. « Comment avez-vous su que j’étais ici ? » « A Nazareth on nous a dit : ‘Il est à Capharnaüm. A capharnaüm cela nous a été confirmé par deux hommes qui avaient eu les yeux guéris par Toi, dans cette maison. » « C’est vrai ! C’est vrai ! A nous aussi ils l’ont dit… » crient plusieurs. Et ils commentent : « Jamais on n’a vu pareilles choses en Israël. » « S’il n’avait pas eu l’aide de Belzébuth, il ne l’aurait pas fait » ricanent les pharisiens de Capharnaüm parmi lesquels ne se trouve pas Simon. « Aide ou pas aide, je suis guéri et les aveugles aussi. Vous, vous ne pouvez le faire malgré vos grandes prières « réplique le muet possédé qui a été guéri et il baise le vêtement de Jésus qui ne répond pas aux pharisiens et se borne à congédier la foule avec son ‘La paix soit avec vous’. Il retient le miraculé et ceux qui l’accompagnaient en leur offrant un abri dans la chambre du haut pour se reposer jusqu’à l’aube. »

94. PARABOLE DE LA BREBIS PERDUE Jésus parle à la foule. Monté sur le bord planté d'arbres d'un torrent, il parle à une foule nombreuse répandue dans un champ dont le blé est coupé et qui présente l'aspect désolant des chaumes brûlés par le soleil. C'est le soir. Le crépuscule descend, mais déjà la lune monte. Une belle et claire soirée d'un début d'été. Des troupeaux rentrent au bercail et le tintinnement des sonnailles se mêle au chant perçant des grillons ou des cigales, un grand : cri, cri, cri ... Jésus prend la comparaison des troupeaux qui passent ; Il dit : " Votre Père est comme un berger attentif. Que fait le bon pasteur ? Il cherche de bons pâturages pour ses brebis, où il n'y a pas de ciguë ne des plantes dangereuses, mais des trèfles agréables, des herbes aromatiques, et des chicorées amères mais bonnes pour la santé. Il 43 cherche une place où se trouve en même temps que la nourriture de la fraîcheur, un ruisseau aux eaux limpides, des arbres qui donnent de l'ombre, où il n'y a pas d'aspics au milieu de la verdure. Il ne se soucie pas de trouver des pâturages plus gras parce qu'il sait qu'ils cachent facilement des serpents aux aguets et des herbes nuisibles, mais il donne la préférence aux pâturages de montagne où la rosée rend l'herbe pure et fraîche, mais que le soleil débarrasse des reptiles, là où l'on trouve un bon air que remue le vent et qui n'est pas lourd et malsain comme celui de la plaine. Le bon pasteur observe une par une ses brebis. Il les soigne si elles sont malades, les panse si elles sont blessées. A celle qui se rendrait malade par gloutonnerie, il élève la voix, à celle qui prendrait du mal à rester dans un endroit trop humide ou trop au soleil, il dit d'aller dans un autre endroit. Si une est dégoûtée, il lui cherche des herbes acidulées et aromatiques capables de réveiller son appétit et

les lui présente de sa main en lui parlant comme à une personne amie. C'est ainsi que se comporte le bon Père qui est aux Cieux avec ses fils qui errent sur la terre. Son amour est la verge qui les rassemble, sa voix leur sert de guide,ses pâturages c'est la Loi, son bercail le Ciel. Mais voilà qu'une brebis le quitte. Combien il l'aimait! Elle était jeune, pure, candide comme une nuée légère dans un ciel d'avril. Le berger la regardait avec tant d'amour en pensant à tout le bien qu'il pouvait lui faire et à tout l'amour qu'il pourrait en recevoir. Et elle l'abandonne. Le long du chemin qui borde le pâturage, un tentateur est passé. Il ne porte pas une casaque austère, mais un habit aux milles couleurs. Il ne porte pas la ceinture de peau avec la hache et le couteau suspendus, mais une ceinture d'or d'où pendent des sonnettes au son argentin, mélodieux comme la voix du rossignol,et des ampoules d'essences enivrantes... Il n'a pas le bourdon avec lequel le bon pasteur rassemble et défend les brebis, et si le bourdon ne suffit pas, il est prêt à les défendre avec sa hache ou son couteau et même au péril de sa vie. Mais ce tentateur qui passe a dans les mains un encensoir tout brillant de pierres précieuses d'où s'élève une fumée qui est à la fois puanteur et parfum, qui étourdit comme éblouissent les facettes des bijoux, oh! combien faux! Il va chantant et laisse tomber des poignées d'un sel qui brille sur le chemin obscur... Quatre-vingt-dix-neuf brebis le regardent sans bouger. La centième, la plus jeune et la plus chère, fait un bond et 44 disparaît derrière le tentateur. Le berger l'appelle, mais elle ne revient pas. Elle va, plus rapide que le vent, rejoindre celui qui est passé et, pour soutenir ses forces dans la course, elle goûte ce sel qui pénètre au dedans et la brûle d'un délire étrange qui la pousse à chercher les eux noires et vertes dans l'obscurité des forêts. Et, dans les forêts, à la suite du tentateur, elle s'enfonce, elle pénètre, monte et descend et elle tombe ... une, deux, trois fois. Et une, deux, trois fois, elle sent autour de son cou l'embrassement visqueux des reptiles, et assoiffée, elle boit des eaux souillées, et affamée, elle mord des herbes qui brillent d'une bave dégoûtante. Que fait pendant ce temps le bon pasteur? Il enferme en lieu sûr les quatre-vingt-dix-neuf brebis fidèles et puis se met en route et ne s'arrête pas jusqu'à ce qu'il trouve des traces de la brebis perdue. Puisqu'elle ne revient pas à lui, qui confie au vent ses appels, il va vers elle. Il la voit de loin, enivrée et enlacée par les reptiles, tellement ivre qu'elle ne sent pas nostalgie du visage qui l'aime, et elle se moque de lui. Il la revoit, coupable d'être entrée comme une voleuse dans la demeure d'autrui, tellement coupable qu'elle n'ose plus le regarder... Et pourtant le pasteur ne se lasse pas... et il va. Il la cherche, la suit, la harcèle. Il pleure sur les traces de l'égarée: lambeaux de toison: lambeaux d'âme; traces de sang: délits de toutes sortes; ordures: témoignages de sa luxure. Il va et la rejoint. Ah! je t'ai trouvée, mon aimée! Je t'ai rejointe! Que de chemin j'ai fait pour toi! Pour te ramener au bercail. Ne courbe pas ton front souillé. Ton péché est enseveli dans mon coeur. Personne, excepté moi qui t'aime, ne le connaîtra. Je te défendrai contre les critiques d'autrui, je te couvrirai de ma personne pour te servir de bouclier contre les pierres des accusateurs. Viens. Tu es blessée? Oh! montre-moi tes blessures. Je le connais, mais je veux que tu me les montre, avec la confiance que tu avais quand tu étais pure et quand tu me regardais moi, ton pasteur et ton dieu, d'un oeil innocent. Les voilà. Elles ont toutes un nom. Oh! comme elle sont profondes! Qui te la as faites si profondes ces blessures au fond du coeur? Le tentateur, je le sais. C'est lui qui n'a ni bourdon ni hache mais qui blesse plus profondément avec sa morsure empoisonnée et, après lui, ce sont les faux bijoux de son encensoir, qui t'ont séduite par leur éclat ... et qui étaient un soufre infernal qui se produisait à la lumière pour te brûler le coeur. Regarde combien de toison déchirée, combien de sang, combien de ronces! 45 Oh! pauvre petite âme illusionnée! Mais dis-moi: si je te pardonne, tu m'aimeras encore? Mais, dis-moi: si je te tends les bras, tu t'y jetteras? Mais, dis-moi: as-tu soif d'un amour bon? Et alors, viens, et reviens à la vie. Reviens dans les pâturages saints. Tu pleures. Tes larmes mêlées aux miennes lavent les traces de ton péché, et Moi, pour te nourrir, puisque tu es épuisée par le mal qui

t'a brûlée, je m'ouvre le poitrine, je m'ouvre les veines et je te dis: 'Nourris-toi, mais vis!' Viens que je te prenne dans mes bras. Nous irons plus rapidement aux pâturages saints et sûrs. Tu oublieras toute cette heure de désespoir et tes quatre-vingt-dix-neuf soeurs, les bonnes, jubileront pour ton retour. Je te le dis, ma brebis perdue, que j'ai cherchée en venant de loin, que j'ai retrouvée, que j'ai sauvée, qu'on fait une plus grande fête parmi les bons pour une brebis perdue qui revient que pour les quatre-vingt-dix-neuf justes qui ne se sont pas éloignées du bercail." Jésus ne c'est jamais retourné pour regarder vers le chemin qui se trouve derrière Lui et par lequel est arrivée, dans la pénombre du soir, Marie Magdaleine, encore très élégante, mais habillée, du moins, et couverte d'un voile foncé qui cache ses traits et ses formes. Mais, quand Jésus arrive à ces paroles: 'Je t'ai trouvée, mon aimée', Marie passe la main sous son voile et pleure doucement et sans arrêt. Les gens ne la voient pas car elle est audelà du talus qui borde le chemin. Il n'y a pour la voir que la lune désormais haute, et l'esprit de Jésus... qui me dit: 'Le commentaire est dans la vision, mais je t'en parlerai encore. Maintenant repose-toi, car c'est l'heure. Je te bénis, Maria fidèle.']

95. "APRÈS AVOIR RAPPELÉE LA LOI, J'AI FAIT CHANTER L'ESPÉRANCE DU PARDON" Jésus dit: [Depuis janvier, depuis le moment où je t'ai fait voir le souper dans la maison de Simon le lépreux, toi et celui qui te guide, vous avez désiré connaître davantage Marie de Magdala et les paroles que je lui avais adressée. Sept mois après, je vous découvre ces pages du passé pour vous faire plaisir et pour donner une régie de conduite à 46 ceux qui doivent savoir se pencher sur ces âmes lépreuses, et une voix qui s'adresse à ces malheureux qui étouffent dans leur tombeau de vice, pour qu'ils s'en sortent.] Dieu est bon. Avec tout le monde, Il est bon. Il ne se sert pas des mesures humaines. Il ne fait pas de différence entre péché et péché mortel. Le péché, quel qu'il soit, l'afflige. Le repentir le rend joyeux et prêt à pardonner. La résistance à la grâce le rend inexorablement sévère car la justice ne peut pardonner à l'impénitent qui meurt en cet état malgré tous les secours qu'il a eus pour se convertir. Mais, dans les conversions manquées, il y en a sinon la moitié, au moins quatre sur dix, qui ont pour cause première la négligence de ceux qui sont chargés des conversions, un zèle mal compris et menteur qui est un voile qu'ils mettent sur un réel égoïsme et sur leur orgueil qui leur permet de rester tranquilles dans leur propre asile, sans descendre dans la boue pour en arracher un coeur. "Moi je suis pur, je suis digne de respect. Je ne vais pas là où il y a de la pourriture et où on peut me manquer de respect". Mais celui qui parle ainsi n'a pas lu l'Évangile où il est dit que le Fils de Dieu alla convertir les publicains et les prostituées pas seulement les honnêtes gens de l'ancienne Loi? Mais ne pense-t-il pas celui-là que l'orgueil est une impureté de l'esprit, que le manque de charité est une impureté de coeur? Tu seras vilipendé? Moi, je l'ai été avant toi et plus que toi, et j'étais le Fils de Dieu. Tu devras mettre ton vêtement au contact de l'impureté? Et Moi, ne l'ai-je pas touchée de mes mains, cette impureté, pour qu'elle se redresse et que je lui dise: 'Marche sur ce nouveau chemin?'? Ne vous souvenez-vous pas de ce que j'ai dit à vos premières prédécesseurs? 'Dans n'importe

quel cité ou village où vous entrerez, reinsegnez-vous s'il y a quelqu'un qui le mérite, et Demeurez près de lui.' Cela pour que le monde ne jase pas. Le monde est trop disposé à voir le mal en toutes choses. Mais j'ai ajouté": 'En entrant ensuite dans les maisons -j'ai dit 'maisons' et non pas 'maison'- saluez en disant: 'Paix à cette maison'. Si la maison en est digne, la paix viendra sur elle, si elle ne l'est pas, la paix reviendra vers vous'. Cela pour vous enseigner que jusqu'à la preuve Certaine de l'impénitente, vous devez avoir pour tous le même coeur. Et j'ai complété l'enseignement en disant: 'Et si quelqu'un ne vous reçoit pas et n'écoute pas vos paroles, en sortant de ces maisons et de ces cités, secouez la poussière qui est restée attachée à vos semelles'. La fornication, sur les bons que la Bonté aimée avec constance 47 transforme pour ainsi dire en un bloc poli de cristal, n'est que de la poussière. Une poussière qu'il suffit de secouer ou de souffler sur elle pour qu'elle s'envole sans laisser de blessure. Soyez vraiment bons, un seul bloc, avec la Bonté éternelle au centre, et aucune corruption ne pourra monter pour vous souiller au-dessus des semelles qui s'appuient sur le sol. L'âme est tellement au-dessus! L'âme de celui qui est bon et de qui n'est qu'une chose avec Dieu. L'âme est au Ciel. Là n'arrive pas la poussière et la boue, même si elle est lancée avec rancoeur contre l'esprit de l'apôtre. Elle peut atteindre la chair, vous blesser matériellement et moralement en vous persécutant parce que la Mal hait le bien, ou en vous offensant. Et qu'est ce que cela fait? N'ai-je pas été offensé, Moi, N'ai-je pas été blessé? Mais est-ce que ces coups et ces paroles obscènes on fait impression sur mon Esprit? L'ont-ils troublé? Non. Comme un crachat sur un miroir et comme un caillou lancé contre la pulpe juteuse d'un fruit, ils ont glissé sans pénétrer, ou bien ils ont pénétré, mais seulement en surface, sans blesser le germe renfermé dans le noyau, en favorisant, au contraire, la germination car il est plus facile pour le germe sortir d'une masse entrouverte que de celle toute entière. C'est en mourant que le grain germe et que l'apôtre devient fécond. En mourant matériellement parfois, en mourant presque journellement au sens métaphorique parce que le moi humain n'en est que brisé. Et ce n'est pas la mort: c'est la Vie. C'est le triomphe de l'esprit sur ce qui n'est qu'humain. Elle est venue à Moi par un caprice d'oisive qui ne sait comment occuper ses heures de loisir. A ses oreilles assourdies par les adulations mensongères de ceux qui la berçaient par des hymnes à la sensualité pour l'avoir comme esclave, à ses oreilles a résonné la voix limpide et sévère de la Vérité. De la Vérité qui n'a pas peur qu'on ma méprise et qu'on la méconnaisse et qui parle en regardant Dieu. Et comme un carillon un jour de fête, toutes les voix se sont fondues dans la parole. Les voix habituées à résonner dans les cieux, dans le libre azur de l'air, en se propageant par les vallées et les collines, les plaines et les lacs pour rappeler les gloires du Seigneur et ses festivités. Ne vous rappelez-vous pas le carillon de fête qui, en temps de paix, rendait si gai le jour dédié au Seigneur? La grosse cloche donnait, avec son battant, le premier son, au nom de la Loi divine. Elle disait: 'Je parle au nom de Dieu, Juge et Roi'. Mais ensuite les 48 plus,petites arpégeaient: 'Qui et bon, miséricordieux et patient' jusqu'à ce que la cloche la plus argentine disait d'une voix angélique: 'Sa charité pousse au pardon et à la compassion pour vous enseigner que le pardon est plus utile que la rancoeur et la compassion que l'inexorabilité. Venez à Celui qui pardonne, ayez foi en Celui qui compatit'. Moi aussi, après avoir rappelé la Loi, piétinée par la pécheresse, j'ai fait chanter l'espérance du pardon. Comme une bande soyeuse de vert et d'azur, je l'ai secouée parmi les teintes noires pour y mettre ses paroles réconfortantes. Le pardon! La rosée sur la brûlure du coupable. La rosée ce n'est pas comme la grêle qui frappe comme une flèche, blesse, rebondit et s'en va sans pénétrer, en tuant les fleurs. La rosée descend si légère que même la fleur la plus délicate ne la sent pas se poser sur ses pétales de soie. Mais ensuite,

elle en boit la fraîcheur et se restaure. Elle se pose près des racines, sur la glèbe brûlée et la pénètre... C'est une moiteur de larmes, les pleurs des étoiles, les pleurs aimants d'une nourrice sur ses enfants qui ont soif, et qui descend, en les restaurant en même temps que le lait doux et nourrissant. Oh! le mystère des éléments qui agissent même quand l'homme repose ou pèche! Le pardon est comme cette rosée. Il amène avec lui non seulement la netteté, mais les sucs vitaux qu'il prend non aux éléments mais aux foyers divins. Puis, après la promesse du pardon, voici la Sagesse qui parle et qui dit ce qui est licite et ce qui ne l'est pas, et rappelle et secoue. Pas par dureté mais par souci maternel de sauver. Que de fois votre silex ne se rend-il pas plus impénétrable et plus tranchant envers la Charité qui sur vous se penche!... Que de fois vous vous enfuyez alors qu'Elle vous parle!... Que de fois vous vous moquez d'Elle! Que de fois vous la haïssez!... Si la Charité en usait vers vous comme vous les faites avec Elle, malheur à vos âmes! Au contraire, vous le voyez! Elle est l'Infatigable Marcheuse qui va à votre recherche. Elle va vous rejoindre même si vous vous enfouissez dans de dégoûtantes tanières. Pourquoi ai-je voulu aller dans cette maison? Pourquoi n' ai-je pas opéré le miracle? C'est pour enseigner aux apôtres comment ils doivent agir, en défiant les préventions et les critiques pour accomplir un devoir si élevé qu'il échappe à ces choses du monde. Pourquoi ai-je dit à Judas ces paroles? Les apôtres s'en tenaient beaucoup à leur tempérament d'hommes. Tous les chrétiens en sont là, même les saints de la terre, à un moindre degré. Quelque 49 chose en survit, même chez ceux qui sont parfaits. Mais les apôtres n'en étaient encore là. Leur pensée était pénétré d'humain. Je les élevais, mais le poids de leur humanité les ramenait en bas. Pour les faire monter toujours plus, je devais mettre sur le chemin de la montée des choses capables d'arrêter leur descente de façon qu'ils s'arrêtent contre elles à réfléchir et prendre du repos pour ensuite monter plus haut que la fois précédente, des choses qui fussent d'un niveau capable de les persuader que Moi j'étais un Dieu. Pour cela des introspection d'âmes, pour cela la victoire sur les éléments, pour cela des miracles, pour cela la transfiguration, la résurrection et des ubiquités. Je me trouvais sur le chemin d'Emmaüs alors que j'étais au Cénacle et l'heure des deux présences, confrontée entre les apôtres et les disciples, fut une des raisons qui les secoua le plus en les arrachant à leurs biens et en les lançant sur la voie du Christ. Plus que pour Judas, membre qui couvait déjà en lui la mort, je parlais pour les autres onze. Je devais nécessairement faire briller à leurs yeux que j'étais Dieu, non par orgueil, mais parce que c'était nécessaire pour leur formation. J'étais Dieu et M[itre. Ces mots indiquaient qui j'étais. Je me suis revelé par une puissance qui dépassait l'humain et j'enseignais une perfection: de ne pas avoir des conversations mauvaises même en notre intérieur. Parce que Dieu voit et Dieu doit voir un intérieur pur pour pouvoir y descendre et y faire sa demeure. Pourquoi n'ai-je pas opéré le miracle en cette maison? Pour faire comprendre à tous que la présence de Dieu exige une ambiance pure, par respect pour la grandeur de sa majesté. Pour parler sans remuer les lèvres, mais avec une parole plus pénétrante, à l'esprit de la pécheresse et lui dire: 'Le vois-tu, malheureuse? Tu es tellement souillée que tout, autour de toi en est souillé, telement souillée, que Dieu ne peut y agir. Toi, tu es plus souillée que celui-ci, parce que tu renouvelles la faute d'Eve et quee tu offres le fruit aux Adams, en les tentant et en les enlevant à leur Devoir.Toi, ministre de Satan'. Pourquoi, cependant, je ne veux pas qu'elle soit appelée 'satan' par la mère angoissée? Parce qu'aucune raison ne justifie l'insulte et la ahine. La première necessité qui s'impose et la première condition pour avoir Dieuavec nous, c'est de n'avoir pas de rancoeur et de savoir pardonner. La deuxième nécessité, c'est de savoir reconnaître qu'en nous aussi et en ce qui est nôtre il,y a de la culpabilité. Ne pas voir seulement les fautes d'autrui. La troisième nécessité c'est de savoir se conserver reconnaissants et fidèles après avoir eu la grâce, par justece envers l'Eternel. Malheureux ceux qui, après avoir otenu la grâce, sont pires que des chiens et ne se souviennent pas de leur Bienfaiteur, alors que le chien s'en souvient !

Je n'ai pas dit une parole à Marie Magdaleine. Comme si elle avait été une statue, je l'ai regardée un instant, et puis je l'ai laissée. Je suis revenu aux 'vivants' que je voulais suver. Elle, matière morte comme et davantage qu'une statue de marbre, je l'ai enveloppée d'une négligence apparente. Mais je n'ai pas dit une parole ni fait un acte qui n'êut pas pour principal but sa pauvre âme que je voulais racheter. Et ma dernière parole: 'Moi, je n'insulte pas. N'insulte pas. Prie pour les pécheurs. Rien d'autre.' comme une guirlande de fleurs que l'on forme, ele est allée se souder à la première que j'avais dite sur la montagne: 'Le pardon est plus hutile que la rancoeur, et la compassion plus que l'inexorabilité'. Et elles l'ont enfermée, la pauvre malheureuse, dans un cercle velouté, frais, parfumé de bonté, en lui faisant sentir combien l'amoureux service de Dieu est différent de l'esclavage féroce de Satan, combien est souave le parfum céleste en comparaison de la puanteur de la faute et combien il est reposant d'être aimé sainte,ent plutôt que d'être possedé sataniquement. Voyez comme le Seigneur est moderé dans ses volontés. Il n'exige pas des conversions foudroyantes. Il ne pretend pas à l'absolu d'un coeur. Il sait attendre. Il sait se contenter. Et pendant qu'Il attend que celle qui est perdue retrouve le chemin, que la folle retrouve la raison. Il se contente de ce que peut Lui donner la mère bouleversée. Je lui demande seulement: 'Peux-tu pardoner?' Combien d'autres choses j'auraus eu à lui demander, pour la rendre digne du miracle si j'avais jugé comme les hommes ! Mais je mesure divinement vos forces. Pour cette pauvre mère bouleversée, c'était déjà beaucoup d'arriver à pardonner, et je ne lui demande que cela à cette heure. Après, lui ayant rendu son fils, je lui dis: 'Sois sainte et rends sainte la maison'. Mais pendant qu'elle est bouleversée, je ne lui demende que le pardon pour la coupable. On ne doit pas tout exiger de celui qui peu avant était dans le néant des ténèbres. Cette mère serait ensuite venue à la lumière totale et, avec elle, l'épouse et les enfants. Sur le moment, à ses yeux aveuglés par les larmes, il fallait faire arriver le crépuscule de la lumière: le pardon, l'aube du jour de Dieu; 51 De ceux qui étaient présents -je ne compte pas judas, je parle des gens accueillis à cet endroit, pas mes discipes- un seul ne serait pas venu à la Lumière. Ces défaites accompagnent les victoires de l'apostolat. Il y a toujours quelqu'un pour qui l'apôtre se fatigue vainement. Mais elles ne doivent pas, ces défaites, faire perdre courage. L'apôtre ne doit pas pretendre tout obtenir. Contre lui existent des forces adverses qui portent une fouile de noms et qui, comme les tentacules des pieuvres, ressaisissent la proie qu'il leur avait été arrachée. Le mérite de l'apôtre reste le même. Malheureux l'apôtre qui dit: 'Je sais que là je ne pourrai convertir, et donc je n'y vais pas'. Celui-là est un apôtre sans valeur. Il faut y aller même s'il n'y a qu'un sur mille qui se sauvera. La journée de l'apôtre sera fructueuse pour ce seul homme, comme elle le serait pour mille. Car il aura fait tout ce qu'il pouvait, et c'est cela que Dieu récompense. Il faut aussi penser que là où l'apôtre ne peut faire des conversions parce que celui qu'on doit convertir est trop accaparré par Satan et que les forces de l'apôtre sont insuffisantes pour l'effort demandé, Dieu peut intervenir. Et alors? Qui est plus que Dieu? Autre chose que doit absoluement pratiquer l'apôtre, c'est l'amour. L'amour manifeste. Pas seulement l'amour secret des coeurs fidèles. Cela suffit pour les frères qui sont bons; Mais l'apôtre est un ouvrier de Dieu, et il ne doit pas se borner à prier: il doit agir. Qu'il agisse avec amour, un grand amour. La rigueur paralyse le travail de l'apôtre et le mouvement des âmes vers la Lumière. Pas de rigueur, mais de l'amour. L'amour c'est le vêtement d'amiante que les flammes des mauvaises passions ne peuvent attaquer. L'amour vous sature d'essences préservatrices qui empèchent la pourriture humanosatanique de péneter en vous. Pour conquerir une âme, il faut savoir l'aimer. Pour conquerir une âme, il faut l'amener à aimer. Aimer le Bien en repoussant tous ses pauvres amours du péché. J'ai voulu l'âme de marie; Et comme pour toi, petit Jean, je ne me suis pas borné à parler de ma chair de maître. Je suis descendu la chercher sur les chemins du péché. Je l'ai poursuivie et pesécutée de mon amour. Douce persecution ! Je suis entré, Moi, la Pureté", où elle était, elle,

l'Impureté. Je n'ai pas redouté le scandale, ni pour Moi ni pour les autres. Le scandale ne pouvait enter en Moi parce que j'étais la Miséricorde, et celle-ci pleure sur les fautes, mais ne s'en scandalis pas. Malheureux le pasteur qui se scandalise et qui se retranche derrière ce 52 paravent pour abandonner une âme ! Ne savez-vous pas que les âmes se relèvent plus facilement que les corps et que la parole de pitié et d'amour qui dit: 'Ma soeur, relève-toi, pour ton bien' opère souvent le miracle? Je ne craignais pas le scandale d'autrui. Aux yeux de Dieu, mon action était justifiée. Aux yeux des bons, elle était comprise. L'oeil malveillant en qui fermente la malice qui se degage d'unintérieur corrompu, n'a aucune valeur. Il trouve des fautes même en Dieu. Il ne voit de parfait que lui-même. je ne m'en souciais donc pas; Voici les trois conditions du salut d'une âme: Etre d'une grande intégrité pour pouvoir parler sans crainte d'être réduit en silence. Parler à toute une foule, de façon que notre parole apostolique qui s'adresse à elle qui se groupe autour de la barque mystique aille, par des ondulations qui s'etendent, toujours plus loin, jusqu'à la rive boueuse où sont couchés ceux qui stagnent dans la boue et ne se soucient pas de connître la Vérité. C'est le premier travail à faire pour briser la croûte de la glèbe dure et la preparer aux semailles. C'est le travail le plus sevère, pour celui qui l'accomplit et pour celui qui le supporte parce que la paroe doit, comme le soc tranchant, blesser pour ouvrir. Et en vérité je vous dis que le coeur de l'apôtre qui est bon se blesse et saigne par la souffrance de devoir blesser pour ouvrir. Mais cette douleur aussi est féconde. C'est par le sang et les pleurs de l'apôtre que devient fertile la glèbe inculte. Seconde qualité: Travailler même là où quelqu'un, qui comprandra mal sa mission, s'enfouirait. Se briser en s'efforçant d'arracher l'ivraie, le chiendent et les épines pour mettre à nu le terrain labouré et faire briller sur lui, comme un soleil, la puissance de Dieu et sa bonté, et en même temps en qualité de juge et de médecin être sevère et pourtant plein de pitié, s'arrêtant pour attendre, pour donner le temps aux âmes de surmonter la crise, de reflechir, de décider. Troisième point: Dès que l'âme qui dans le silence s'est repentie, en pleurant et en méditant ses ereurs, ose venir timidement vers l'apôtre, craignant d'être chassée, que l'apôtre ait un coeur plus grand que la mer, plus doux qu'un coeur de maman, plus enamouré qu'un coeur d'époux et qui l'ouvre tout grand pour en faire couler des flots de tendresse. Si vous avez Dieu en vous, Dieu qui est Charité, vous trouverez facilement les paroles de charité qu'il faut dire aux âmes; Dieu pazrlera en vous et par vous et comme le miel qui coule d'un rayon, 53 comme le baume qui coule d'une ampoule, l'amour ira sur les lèvres brûlées et d&goûtées, ira aux esprits blessés et sera solagement et remède. Faites que les pécheurs vous aiment, vous, docteurs des âmes. Faites qu'elle goûtent la saveur de la Charité céleste et en deviennent anxieuses de ne plus chercher d'autre nourriture. Faites qu'elles éprouvent en votre douceur un tel soulagement qu'elles le cherchent pour toutes leurs blessures. Il faut que votre charité écarte d'eux toute crainte parce que, comme le dit l'ap^tre que tu as lue aujourd'hui: 'la crainte suppose le châtiment. Celui qui craint, n'est pas parfait en charité' Mais ne l'est pas nonplus celui qui fait craindre; Ne dites pas: 'Qu'as-tu fait?' Ne dites pas: 'Va-t-en!' Ne dites pas: 'tu ne peux pas goûter l'amour bon'. Mais dites: 'Viens, les bras de Jésus sont ouverts'. Mais dites: 'Goûte ce pain angélique et cette Parole et oublie la poix d'enfer et le mépris de Satan' Faitesvous bêtes de somme pour les faiblesse d'autrui. L'apôtre doit porter son fardzeau et celui d'autrui en même temps que ses croix et celles d'autrui; Et quand vous venez à moi chargés de brebis blessées, rassurez-les, ces brebis errantes, et dites: 'Tout est oublié à partir de maintenant'; dites: 'N'aie pas peur du Sauveur; Il est venu du Ciel pour toi. Je ne suis que le pont pour te conduire à lui qui t'attend, outre le canal de l'absolution pénitentielle, pour t'amener à ses pâturages saints, dont le commencement est ici sur la terre, mais continuent ensuite, dans une Beauté éternelle qui nourrit et charme, dans les Cieux'.

[Voici le commentaire; Il vous concerne peu, vous brebis fidèles au Bon Pasteur. Mais pour toi, petite épouse, il sera un accroissement de confiance, pour le Père il sera encore plus de lumière dans sa lumière de juge, pour beaucoup il sera non pas l'agouillon qui pousse au Bien, mais il sera la rosée dont j'ai parlé, qui pénètre et nourrit et qui fait se redresser les fleurs flétries. Levez la tête. Le Ciel est là-haut. Va en paix, Marie. Se Seigneur est avec toi.']

96. JESUS DIT A MARTHE : « TU AS DEJA TA VICTOIRE EN MAIN » Jésus va monter dans la barque. C’est une claire aurore d’été qui effeuille les roses sur le crêpe de soie du lac, quand survient Mar54 the avec sa servante. « Oh ! Maître ! Ecoute-moi pour l’amour de Dieu. » Jésus redescend sur la rive et dit aux apôtres : « Allez m’attendre près du torrent. Entre temps, préparez tout pour la mission vers Magedan. La Décapole aussi attend la parole. Allez. » Et pendant que la barque de détache et prend le large, Jésus marche à côté de Marthe, respectueusement suivie par Marcelle. Ils s’éloignent ainsi du pays en cheminant sur la rive qui, tout de suite après une bande de sable, déjà mélangée de rares herbes sauvages, se couvre de végétation et quitter la ligne horizontale pour grimper en donnant l’assaut aux pentes qui se mirent dans le lac. Quand ils ont rejoint un endroit solitaire, Jésus dit en souriant : « « Que veux-tu me dire ? » « Oh ! Maître…cette nuit peu après la fin de la seconde veille, Marie est revenue à la maison. Ah ! Mais j’oubliais de te dire qu’elle m’avait dit à sexte, pendant que nous mangions : ‘Te déplairait-il de me prêter un de tes habits et un manteau ? Ils seront un peu courts, mais je laisserai le vêtement flou et je descendrai le manteau…’ Je lui ai dit : ‘Prends ce que tu veux, ma sœur’ et le cœur me battait très fort parce que auparavant, dans le jardin, j’avais dit en parlant à Marcelle : ‘Au crépuscule, il faut être à Capharnaüm car le Maître parle à la foule ce soir’ et j’avais vue marie sursauter, changer de couleur, ne sachant plus rester en place, mais elle allait et venait seule comme une âme en peine, agitée, sur le point de décider… et ne sachant pas encore ce qu’accepter, ce que repousser. Après le repas, elle est allée dans ma chambre et elle a pris le vêtement le plus sombre que j’avais, le plus modeste, elle l’a essayé et a prié la nourrice de descendre tout l’ourlet parce que l’habit était trop court. Elle avait essayé de le faire par elle-même, mais avait reconnu en pleurant : ‘Je ne sais plus coudre, j’ai oublié tout ce qui est utile et bon…’ et elle m’a jeté les bras autour du cou en me disant : ‘Prie pour moi’. Elle est sortie seule, au crépuscule… Comme j’ai prié pour qu’elle ne rencontre personne qui l’empêche de venir ici, pour qu’elle comprenne ta parole, pour qu’elle réussisse à étrangler définitivement le monstre qui la rend esclave… regarde : J’ai ajouté à ma ceinture ta ceinture bien serrée sous l’autre, et quand je sentais la pression du cuir sur ma taille qui n’est plus habituée aux ceintures si rigides, je disais : ‘lui est plus fort que tout’. Et puis, avec le char on a vite fait, puis nous sommes venues, 55 Marcelle et moi. Je ne sais si tu nous as vu dans la foule… mais quelle douleur, quelle épine dans le cœur, en ne voyant pas Marie ! Je pensais : ‘Elle a regretté, elle est revenue à la maison. Ou bien… ou bien elle s’est enfouie, ne pouvant plus résister à mon autorité qu’elle avait réclamée’. Je t’écoutais et je pleurais sous mon voile. Ces paroles paraissaient faites pour elle… et elle ne les entendait pas ! Je pensais ainsi moi qui ne la voyais pas. Je suis revenue à la maison découragée. C’est vrai. Je t’ai désobéi parce que tu m’avais dit : ‘Si elle vient, attends-la à la maison’. Mais considère mon cœur. Maître !

C’était ma sœur qui venait vers Toi ! Est-ce que je pouvais n’être pas là pour la voir près de Toi ? Et puis !... Tu m’avais dit : ‘Elle sera brisée’. Je voulais être près d’elle tout de suite pour la soutenir… J’étais agenouillée en larmes et en prière dans ma chambre et la seconde veille était finie depuis longtemps quand elle est rentrée. Si doucement que je ne l’ai entendue que quand elle est tombée sur moi, me serrant étroitement dans ses bras et disant : ‘C’est vrai tout ce que tu dis, sœur bénie. Et même c’est beaucoup plus que tu ne dis. Sa miséricorde est beaucoup plus grande. Oh ! Ma Marthe ! Tu n’as plus besoin de me retenir ! Tu ne me verras plus cynique et désespérée ! Tu ne m’entendras plus dire : ‘Pour ne pas penser !’ maintenant je veux penser, je sais à quoi penser. A la Bontè faite chair. Tu as prié, ma sœur, certainement tu as prié pour moi. Mais tu as déjà ta victoire en main. Ta Marie qui ne veut plus pécher, qui renaît maintenant, la voilà. Regarde-la bien en face, car c’est une nouvelle marie au visage lavé par les pleurs de l’espérance et du repentir. Tu peux me baiser, sœur pure. Il n’y a plus de traces d’amour honteux sur mon visage. Il a dit qu’il aime mon âme, car c’est à elle qu’il parlait. La brebis perdue, c’était moi. Il a dit, écoute si je dis bien. Tu la connais la manière de parler du Sauveur…’ et elle m’a répété, mais parfaitement, ta parabole. Elle est si intelligente, marie ! bien plus que moi. Elle sait se rappeler. Ainsi, je t’ai entendu deux fois. Si sur tes lèvres ces paroles étaient saintes et adorables, sur les siennes, elles étaient pour moi saintes, adorables et aimables car c’étaient les lèvres d’une sœur, de ma sœur retrouvée, revenue au bercail familial qui me les disaient. Nous sommes restées embrassées, assises sur la natte du sol, comme quand nous étions petites et que nous restions ainsi dans la chambre de maman ou bien près du métier où elle tissait ou brodait ses splendides étoffes. Nous sommes restées ainsi, nous n’étions plus séparées par le péché et il me semblait que maman 56 aussi était présente par son esprit. Nous avons pleuré sans douleur et même avec tant de paix ! nous nous embrassions heureuses … Et puis Marie, fatiguée par le chemin qu’elle avait fait à pieds, par l’émotion de tant de choses, s’est endormie dans mes bras et, avec l’aide de la nourrice, je l’ai couchée sur mon lit… et je l’ai quittée pour accourir ici… » et Marthe baise les mains de Jésus, radieuse. « Je te dis, Moi aussi, ce que t’a dit marie : ‘Tu as ta victoire en main’. Va et sois heureuse. Va en paix. Aie une conduite toute de douceur et de prudence avec celle qui vient de renaître. Adieu, Marthe. Fais-le savoir à Lazare, qui là-bas se tourmente. » « Oui, Maître. Mais Marie, quand viendra-t-elle avec nous, les disciples ? » Jésus sourit et dit : « Le Créateur a fait la création en six jours, et le septième, Il s’est reposé. » « Je comprends. Il faut avoir de la patience… » « Patience, oui. Ne pas soupirer. C’est une vertu, cela aussi. La paix à vous, femmes. Nous nous reverrons bientôt » et Jésus les quitte pour aller vers le lac où la barque attend près de la rive.

97.

MARIE – MAGDALEINE DANS LA MAISON DU PHARISIEN SIMON Pour me réconforter de mes souffrances complexes et me faire oublier les méchancetés des hommes, mon Jésus m’accorde cette suave contemplation. Je vois une salle très riche. Un riche lampadaire à becs multiples est suspendu au milieu et il est tout allumé. Aux murs, des tapis très beaux, des sièges ornés de marqueterie et incrustés d’ivoire et de lames précieuses, et aussi des meubles très beaux. Au milieu, une grande table carrée, mais formée de quatre tables réunies. La table est certainement disposée ce tette manière pour les nombreux convives (tous hommes) et elle est couverte de très belles nappes et de riche vaisselle. Il y a de nombreuses

amphores et des coupes précieuses et les serviteurs se déplacent tout autour, apportant des plats et versant des vins. Au milieu du carré, il n’y a personne. Je vois le très beau dallage, sur lequel se reflète la lumière du lampadaire à huile. A l’extérieur, par contre, il y a de nombreux lits-sièges tous occupés par des convives. 57 Il me semble me trouver sans l’angle à moitié obscur situé au fond de la salle, près d’une porte qui est grand ouverte à l’extérieur, mais qui est en même temps fermée par un lourd tapis ou tapisserie qui pend de son architrave. Du côté le plus éloigné de la porte, se trouve le maître de maison avec les invités de marque. C’est un homme âgé, vu d’une ample tunique blanche serrée à la taille par une ceinture brodée. L’habit a aussi au cou, au bord des manches et du vêtement lui-même, des bandes de broderies appliquées comme si c’étaient des rubans brodés ou des galons, si on préfère les appeler ainsi. Mais la figure de ce petit vieux ne me plait pas. C’est un visage méchant, froid, orgueilleux et avide. A l’opposé, en face de lui, se trouve mon Jésus. Je le vois de côté, je dirais presque par derrière. Il a son vêtement blanc habituel, des sandales, les cheveux séparés en deux sur le front et longs comme toujours. Je remarque que Lui et tous les convives ne sont pas allongés comme je croyais qu’on l’était sur ce lits-sièges, c’est-à-dire perpendiculairement à la table, mais parallèlement. Dans la vision de noces de Cana, je n’avais pas fait beaucoup attention à ce détail, j’avais vu qu’ils mangeaient appuyés sur le coude gauche, mais il me semblait qu’ils n’étaient pas couchés parce que les lits étaient moins luxueux et beaucoup plus courts. Ceux-ci sont des vrais lits, ils rassemblent aux divans modernes, à la mode turque. Jésus a Jean pour voisin, et comme Jésus s’appuie sur le coude gauche (comme tout le monde) il en résulte que Jean se trouve encastré entre la table et le corps du Seigneur, arrivant avec son coude gauche à l’aine du Maître, de manière à ne pas le gêner pour manger et à Lui permettre aussi, s’il le veut, de s’appuyer confidentiellement sur sa poitrine. Il n’y a pas de femmes. Tout le monde parle, et le maître de maison s’adresse de temps en temps à Jésus avec une familiarité pleine d’affectation et une condescendance manifeste. Il est clair qu’il veut Lui montrer, et montrer à tous ceux qui sont présents, qu’il Lui a fait un grand honneur de l’inviter dans sa riche maison, Lui, pauvre prophète que l’on juge aussi un peu exalté… Je vois que Jésus répond avec courtoisie, paisiblement. Il sourit de son léger sourire à ceux qui l’interrogent, il sourit d’un sourire lumineux si celui qui parle, ou même seulement le regarde, est Jean. Je vois se lever la riche tapisserie qui couvre l’embrasure de la 58 porte et entrer une femme jeune, très belle, richement vêtue et soigneusement coiffée. La chevelure blonde très épaisse fait sur sa tête un véritable ornement de mèches artistement tressées. Elle semble porter un casque d’or tout en relief, tellement la chevelure est fournie et brillante. Elle a un vêtement dont je dirais qu’il est très excentrique et compliqué si je le compare à celui que j’ai toujours vu à la Vierge marie. Des boucles sur les épaules, des bijoux pour retenir les froncis en haut de la poitrine, des chaînettes d’or pour dessiner la poitrine, une ceinture avec des boucles d’or et des pierres précieuses. Un vêtement provocant qui fait ressortir les lignes de son très beau corps. Sur la tête un voile si léger…qu’il ne voile rien. Ce n’est qu’une parure, c’est tout. Aux pieds de très riches sandales avec des boucles d’or, des sandales de cuir rouge avec des brides entrelacées aux chevilles. Tous sauf Jésus, se retournent pour la regarder. Jean l’observe un instant puis il se tourne vers Jésus. Les autres la fixent avec une visible et mauvaise gourmandise. Mais la femme ne les regarde pas du tout et ne se soucie pas du murmure qu s’est élevé à son entrée et des clins d’œil de tous les convives, excepté Jésus et le disciple. Jésus fait voir qu’il ne s’aperçoit de rien, il continue de parler en terminant la conversation qu’il avait

engagée avec le maître de la maison. La femme se dirige vers Jésus et s’agenouille près des pieds du Maître. Elle pose par terre un petit vase en forme d’amphore très ventrue, enlève de sa tête son voile en détachant l’épingle précieuse qui la retenait fixée aux cheveux, elle enlève les bagues de ses doigts et pose le tout sur le lit -siège près des pieds de Jésus, ensuite elle prend dans ses mains les pieds de Jésus d’abord celui de droite, puis celui de gauche et en délace les sandales, es dépose sur le sol, puis elle Lui baise les pieds en sanglotant et y appuie son front, elle les caresse et ses larmes tombent comme une pluie qui brille à la lumière du lampadaire et qui arrose la peau de ces pieds adorables. Jésus tourne lentement la tête, à peine, et son regard bleu sombre se pose un instant sur la tête inclinée. Un regard qui absout. Puis il regarde de nouveau vers le milieu. Il la laisse libre dans son épanchement. Mais les autres, non. Ils plaisantent entre eux, font des clins d’œil, ricanent. Et le pharisien se met assis un moment pour mieux voir et son regard exprime désir, contrariété, ironie. C’est de sa part la convoitise pour la femme, ce sentiment est évident. Il 59 est fâché d’autre part qu’elle soit entrée si librement, ce qui pourrait faire penser aux autres que la femme est … une habituée de la maison. C’est enfin un coup d’œil ironique à Jésus…. Mais la femme ne fait attention à rien. Elle continue de verser des larmes abondantes, sans un cri. Seulement de grosses larmes et de rares sanglots. Ensuite elle dénue ses cheveux en se retirant les épingles d’or qui tenaient en place sa coiffure compliquée et elle pose aussi ces épingles près des bagues et de la grosse épingle qui maintenait le voile. Les écheveaux d’or se déroulent sur les épaules. Elle les prend à deux mains, les ramène sur sa poitrine et les passes sur les pieds mouillés de Jésus, jusqu’à ce qu’ils soient secs. Puis elle plonge les doigts dans le petit vase et en retire une pommade légèrement jaune et très odorante. Un parfum qui tient du lys et de la tubéreuse se répand dans toute la salle. La femme y puise largement, elle étend, elle enduit, baise et caresse. Jésus, de temps en temps, la regarde avec une affectueuse pitié. Jean, qui s’est retourné étonné en entendant les sanglots, ne peut détacher le regard du groupe de Jésus et de la femme. Il regarde alternativement l’Un et l’autre. Le visage du pharisien est de plus en plus hargneux. J’entends ici les paroles connues de l’Evangile et je les entends dites sur un ton, accompagnées d’un regard, qui font baisser la tête au vieillard haineux. J’entends les paroles d’absolution adressées à la femme qui s’en va en laissant ses bijoux aux pieds de Jésus. Elle a enroulé son voile autour de sa tête en y enserrant le mieux possible sa chevelure défaite. Jésus, en lui disant : « Va en paix » lui pose un instant la main sur sa tête inclinée, mais avec une extrême douceur.

98. « IL EST BEAOUCOUP PARDONNE A QUI AIME BEAUCOUP » Jésus maintenant me dit : « Ce qui a fait baisser la tête au pharisien et à ses amis, et ce que l’Evangile ne rapporte pas, ce sont les paroles que mon esprit, par mon regard, ont dardé et enfoncé dans cette âme sèche et avide. J’ai répondu avec beaucoup plus de force que je n’aurais fait par des paroles car rien ne m’était caché des pensées des hommes. Et 60 lui m’a compris dans mon langage muet qui était encore plus lourd de reproche que ne l’auraient été mes paroles.

Je lui ai dit : « Non, ne fais pas d’insinuation malveillantes pour te justifier à tes propres yeux. Moi, je n’ai pas ta passion vicieuse. Cette femme ne vient pas à Moi poussée par la sensualité. Je ne suis pas comme toi, ni comme tes semblables. Elle vient à Moi parce que mon regard et ma parole, entendue par pur hasard, ont éclairé son âme où la luxure avait crée les ténèbres. Et elle vient parce qu’elle veut vaincre la sensualité et elle comprend, la pauvre créature, qu’à elle seule, elle n’y arriverait jamais. C’est l’esprit qu’elle aime en Moi, rien que l’esprit qu’elle sent surnaturellement bon. Après tant de mal qu’elle a reçu de vous tous, qui avez exploité sa faiblesse pour vos vices, en la payant ensuite par les coups de fouet du mépris, elle vient à moi parce qu’elle se rend compte qu’elle a trouvé le Bien, la joie, la paix, qu’elle avait inutilement cherchés parmi les pompes du monde. Guéris-toi de cette lèpre de l’âme, pharisien hypocrite, sache avoir une juste vision des choses. Quitte l’orgueil de ton esprit et la luxure de ta chair. Ce sont des lèpres plus fétides que les lèpres corporelles. cette dernière, mon toucher peut vous guérir parce que vous me faites appel pour elle, mais la lèpre de l’esprit non, parce que de celle-là vous ne voulez pas guérir parce qu’elle vous plait. , elle le veut. Et voilà que je la purifie, que je l’affranchis des chaînes de son esclavage. La pécheresse est morte. Elle est là, dans ces ornements qu’elle a honte de m’offrir pour que je le sanctifie en les consacrant à mes besoins et à ceux de mes disciples, pour les pauvres que je secours avec le superflu d’autrui, parce que Moi, Maître de l’univers, je ne possède rien maintenant que je suis le Sauveur de l’homme. est là dans ce parfum répandu sur mes pieds, humilié comme ses cheveux, sur cette partie du corps que tu as négligé de rafraîchir avec l’eau de ton puits, après tant de chemin que j’ai fait pour t’apporter la lumière, à toi aussi. La pécheresse est morte. Et marie est revenue à la vie, redevenue belle comme une fillette pure par sa vive douleur, par la sincérité de son amour. Elle s’est lavée dans se larmes. En vérité je te dis, ô pharisien, qu’entre celui qui m’aime dans sa jeunesse pure et celle-ci qui m’aime dans le sincère regret d’un cœur qui renaît à la grâce, Moi je ne fais pas de différence; et à celui qui est Pur et à la Repentie je confie la charge de comprendre ma pensée comme nul autre, et celle de donner à mon Corps les derniers honneurs et le premier salut (je ne compte pas le salut particulier de ma Mère) quand je serai ressu61 scité. » Voilà ce que je voulais dire par mon regard au pharisien. Mais à toi, je fais remarquer une autre chose, pour la joie et la joie d’un grand nombre. Béthanie aussi, Marie répéta le geste qui marqua l’aube de sa rédemption. Il y a des gestes personnels qui se répètent et qui traduisent une personne comme son style. Des gestes uniques. Mais, comme il était juste, à Béthanie le geste est moins humilié et plus confiant dans sa respectueuse adoration. Marie a beaucoup cheminé depuis l’aube de sa rédemption. Beaucoup. L’amour l’a entraînée comme un vent rapide vers les hauteurs et en avant. L’amour l’a brûlée comme un bûcher, détruisant en elle la chair impure et en rendant maître souverain en elle un esprit purifié. Et marie, différente dans sa dignité de femme retrouvée, comme différente dans son vêtement, simple maintenant comme celui de ma Mère, dans sa coiffure, dans son regard, dans sa contenance, dans sa parole, toute nouvelle, une nouvelle manière de m’honorer par le même geste. Elle prend le dernier de ses vases de parfum, mis en réserve pour Moi, et me le répand sur les pieds, sans pleurer, avec un regard que rendent joyeux l’amour et la certitude d’être pardonnée et sauvée, sur la tête. peut bien me faire cette onction et me toucher maintenant la tête, Marie, le repentir et l’amour l’ont purifiée avec le feu des séraphins et elle est un séraphin. Dis-le à toi-même, ô Maria, ma petite ‘voix’, dis-le aux âmes. Va, dis-le aux âmes qui n’osent pas venir à Moi parce qu’elles se sentent coupables. Il est beaucoup, beaucoup, beaucoup pardonné à qui aime beaucoup. A qui aime beaucoup. Vous ne savez pas, pauvres âmes, comme vous aime le Sauveur ! Ne craignez rien de Moi. Venez. Avec confiance. Avec courage. vous ouvre mon Cœur et mes bras. Souvenez-vous-en toujours : « Je ne fais pas de différence entre celui qui m’aime avec une

pureté intacte et celui qui m’aime avec le sincère regret d’un cœur qui renaît à la grâce » Je suis le Sauveur. Souvenez-vous-en toujours. Va en paix. Je te bénis. »

99. CONSIDERATIONS SUR LA CONVERSION DE MARIE-MAGDELEINE Aujourd’hui, je n’ai pas cessé de penser à la dictée de Jésus d’hier soir, et à ce que je voyais et comprenais même sans qu’il parle. 62 Cependant, je vous dis incidemment que les conversations des convives, pour celles que je comprenais, c’est à dire celles qui s’adressaient particulièrement à Jésus, roulaient sur les éventements du jour : les Romains, leurs oppositions à la Loi, et puis la mission de Jésus en tant que Maître d’une nouvelle école. Mais sous une apparence bienveillante, on comprenait que c’étaient des questions retorses et captieuses posées pour le mettre dans l’embarras, chose qui n’était pas facile parce que Jésus opposait en peu de mots à toute remarque, une réponse juste et décisive. Comme on Lui demandait par exemple de quelle école ou secte particulière il s’était fait le nouveau maître, il répondit simplement : « De l’école de Dieu. C’est Lui que je suis en sa sainte Loi, et c’est de Lui que je me soucie en faisant en sorte que pour ces petits (et il regardait Jean avec amour et en Jean il regardait tous ceux qui ont le cœur droit) elle soit renouvelée complètement en son essence comme elle l’était le jour que le Seigneur Dieu la promulgua sur le Sinaï. Je ramène les hommes à la Lumière de Dieu. » A une autre question sur ce qu’il pensait de l’abus de César qui s’était rendu le maître souverain de la Palestine, il avait répondu : « César est ce qu’il est parce que c’est la volonté de Dieu. -vous le prophète Isaïe. N’appelle-t-il pas, lui, par inspiration divine, Assur le ‘bâton’ de sa colère, la verge qui punit le peuple de Dieu qui s’est trop séparé de Dieu et a la feinte pour vêtement et pour esprit ? ne dit-il pas qu’après s’en être servi pour punir, il le brisera parce qu’il aura abusé de sa fonction, devenant orgueilleux et féroce ? » Ce sont les deux réponses qui m’ont plus frappé. Ce soir, ensuite, mon Jésus me dit en souriant : « Je devrais t’appeler comme Daniel. Tu es celle qui désire et qui m’es chère parce que tu désire tant ton Dieu et je pourrais continuer à te dire ce qui fut dit à Daniel par mon ange : « Ne crains pas que, dès le premier jour où tu as appliqué ton cœur à comprendre et à t’affliger en présence de Dieu, tes prières ont été exaucées et je suis venu à cause d’elles » mais ici ce n’est pas l’ange qui parle. C’est Moi qui te parle, Jésus. Toujours, ô Maria, je viens quand quelqu’un ‘applique son cœur à comprendre’. Je ne suis pas un Dieu dur et sévère. Je suis la Miséricorde vivante, et plus rapide que la pensée, je viens vers celui qui se tourne vers Moi. Même pour la pauvre Marie de Magdala, si plongée dans son péché, je suis venu rapidement avec mon esprit dès que j’ai senti s’élever en elle le désir de comprendre. Comprendre la lumière de Dieu en son état de ténèbres. pour elle, je me suis fait Lumière. Je parlais à beaucoup de gens ce jour là, mais en vérité je parlais pour elle seule. Je ne voyais qu’elle qui s’était approchée, poussée par la fougue d’une âme qui se révoltait contre la chair qui la tenait assujettie. Je ne voyais qu’elle avec son pauvre visage en détresse, avec son sourire contraint qui cachait, sous une appa-

63 rence de sécurité et de joie trompeuse qui était un défi au monde et à elle-même, sa grande peine intérieure. Je ne voyais qu’elle, bien plus enserrée par les ronces que la brebis égarée de la parabole, elle qui se noyait dans le dégoût de sa vie venu à la surface comme ces vagues profondes qui amènent avec elles l’eau du fond. Je n’ai pas dites de grandes paroles, ni abordé un sujet indiqué pour elle, pécheresse bien connue, pour ne pas la mortifier et pour ne pas la contraindre à fuir, à rougir d’elle-même ou à venir. Je l’ai laissée tranquille. J’ai laissé ma parole et mon regard descendre en elle et y fermenter pour faire de cette impulsion d’un moment, son glorieux avenir de sainte. J’ai parlé par une de mes plus douces paraboles : un rayon de lumière et de bonté qui se répandait justement pour elle. Et, ce soir-là, alors que je mettais le pied dans la maison du riche orgueilleux chez qui ma parole ne pouvait fermenter en gloire future parce que tuée par l’orgueil pharisaïque, je savais déjà qu’elle serait venue après avoir tant pleuré dans la pièce où elle avait péché et qu’à la lumière de ses pleurs était déjà décidé son avenir. Les hommes, brûlés par la luxure, en la voyant entrer ont tressailli en leur chair et ont laissé pénétrer le soupçon en leur pensée. Tous l’ont désirée, sauf les deux ‘purs’ du banquet : Jean et moi. Tous ont cru qu’elle venait poussée par une de ces probables caprices qui, vraie possession démoniaque, la jetaient dans des aventure imprévues. Mais Satan était désormais vaincu. Et tous ont pensé, envieux, en voyant qu’elle ne se tournait pas vers eux, qu’elle venait pour Moi. L’homme salit toujours même les choses les plus pures quand il est seulement homme de chair et de sang. Seuls les purs voient juste parce qu’il n’y a pas de péché pour troubler la pensée. Mais que l’homme ne comprenne pas, cela ne doit pas effrayer, Maria. Dieu comprend et cela suffit pour le Ciel. La gloire qui vient des hommes n’augmente pas d’un gramme la gloire qui est le sort des élus dans le Paradis. Souviens-toi-s-en toujours. La pauvre marie de Magdala a toujours été mal jugée dans ses bonnes actions. Elle ne l’avait pas été dans ses mauvaises actions parce que c’étaient des bouchées de luxure offertes aux vicieux. Critiquée et mal jugée à Naïm, dans la maison du pharisien, critiquée et accablée de reproches à Béthanie, dans sa maison. 64 mais Jean, qui dit une grand parole, donne la clef de cette dernière critique : « Judas … parce qu’il était voleur’. Moi je dis : « Le pharisien et ses amis parce qu’ils étaient luxurieux ». Voilà, vois-tu ? L’avidité de la sensualité, l’avidité de l’argent élèvent la voix pour critiquer une bonne action. Les bons ne critiquent pas. Jamais. comprennent. Mais, je le répète, peu importe les critiques du monde. Ce qui importe, c’est le jugement de Dieu. Et je te prépare à l’enseignement de demain. Marque le chapitre 12èmede Daniel avec les paroles qui lui furent dites par mon ange lumineux : « Ne crains pas. La paix est avec toi, rends-toi courageux et sois fort », et toi sache toujours répondre : ‘ Parle, ô mon Seigneur, car tu m’as revigorée’ » Jésus me dit ensuite : « Quand je te vois ainsi attentive à mes enseignements, tu me sembles une écolière diligent et affectionnée à son maître qui pour elle est tout le ‘connaissable’. Quand d’autre part tu découvres par toi-même des détails nouveaux, tu fais des observations (et cela au cours des visions) tu me fais penser à un bon petit que son père tient par sa menotte en le conduisant devant ce qu’il veut que son enfant voie, devenir plus intelligent, mais qui, en même temps, n’intervient pas pour donner à son petit la joie de découvrir quelque chose de nouveau et de se sentir grandir par lui-même en fait des pensée.

Pour faire cela tu dois être toujours libre des soucis humains. Toujours plus libre. Tu dois avoir toujours plus d’assurance pour marcher à l’aise dans les sentiers de la contemplation et toujours plus tranquille et confiante en Moi qui te tiens par la main. Un père ne le laisse pas voir, mais par mille détours que l’amour lui inspire, il arrive à ce que son enfant voie telle que lui veut que son enfant voie. Oh ! Moi je suis le plus aimant des pères et le plus patient des maîtres pour mes petits et, quand je peux en tenir un par la main, docile et attentif, je suis heureux. Heureux d’être Mître et Père. Il est difficile que mes créatures mettent avec confiance leur main dans ma main pour être conduites, introduites par Moi et pour me dire :’Je t’aime par dessus toute chose et avec tout moimême !’ A celles-là, peu nombreuses qui sont ainsi toutes ‘miennes’, sans réserve, Moi j’ouvre les trésors des révélations et des contemplations et je me donne sans réserve. C’est pourquoi, Maria, puisque je vous choisis pour faire connaître ma Divinité, dans ses différentes manifestations, à ceux qui ont besoin d’être réveillés et amenées à entrevoir Dieu, souviens-toi d’être tout à fait scrupuleuse pour répéter ce que tu vois. Même une bagatelle a de la valeur et elle n’est pas à toi, à Moi. Aussi, il ne t’est pas permis de l’escamoter. Ce serait malhonnête et égoïste. Rappelle-toi que tu es la citerne d’eau divine ou l’eau se déverse pour que tous y aient accès. Pour tes dictées, tu es arrivée à la plus fidèle fidélité. Dans les contemplations, tu observes avec beaucoup d’attention, mais dans la hâte d’écrire, et à cause de ton état particulier de santé et de l’ambiance où tu te trouves, il t’arrive d’omettre quelque détail. Il faut l’éviter, mets-les au bas des pages mais indique-les tous. Ce n’est pas un reproche mais un doux conseil de ton Maître. 65 Il y a quelques jours tu m’as dit : ‘Que les hommes t’aiment un peu plus par mon entremise, cela justifie toute ma fatigue et toute ma vie et j’en suis bien récompensée. Même s’il n’y avait qu’un seul homme qui revienne à Toi par l’intermédiaire de ta petite ‘violette cachée’, elle serait heureuse.’ Plus tu seras attentive et exacte, et plus présente sera le nombre de ceux qui viennent à Moi et plus grande ta félicité spirituelle présente et ta future félicité éternelle. Va en paix. Ton Seigneur est avec toi. »

100. "CELA VAUT LA PEINE DE PERDRE UNE AMITIÉ POUR CONQUÉRIR UNE ÂME" Jésus se trouve sur le chemin qui du lac Meron va vers celui de Galilée. Il y a avec lui, le Zélote et Barthélemy, et ils semblent attendre près d'un torrent, réduit à un filet d'eau qui pourtant nourrit des plantes touffues, les autres qui arrivent de deux côtés différentes. La journée est torride, et pourtant beaucoup de gens ont suivi les trois groupes qui ont du prêcher à travers les campagnes en encheminant les malades vers le groupe de Jésus et en parlant de Lui à ceux qui sont en bonne santé. Un grand nombre de miraculés forment un groupe heureux assis parmi les arbres, et en eux la joie est telle qu'ils ne sentent même pas l'ennui de la chaleur, de la poussière, de la lumière éblouissante, toutes choses qui ne mortifient pas qu'un peu tous les autres. Quand le groupe dirigé par Judas Thaddée arrive le premier près de Jésus, apparaît avec évidence la fatigue de ceux qui le forment et de ceux qui les suivent. En dernier lieu vient le groupe dirigé par Pierre où se trouvent beaucoup de gens de Corozaïn et de Bethsaida. "Nous avons travaillé, Maître, mais il faudrait qu'il y ait plusieurs groupes ... Tu vois. Aller au loin, ce n'est pas possible à cause de la chaleur. Et alors, comment faire? On dirait que le monde s'agrandisse au fur et à mesure que nous travaillons davantage, en éparpillant les pays et en allongeant les distances. Je ne m'étais jamais rendu compte que la Galilée était si grande. Nous n'en

travaillons qu'un coin, tout juste un coin, et nous n'arrivons pas à l'évangéliser, tant elle est vaste et si nombreux sont ceux qui ont besoin de Toi et qui te désirent" soupire Pierre. "Ce n'est pas que le monde s'agrandisse, Simon" répond le Thad66 dée. "C'est que s'étend la notoriété de notre Maître." "Oui, c'est vrai. Regarde combien de gens. Certains nous suivent depuis ce matin. Aux heures les plus chaudes, nous nous sommes réfugiés dans un bois, mais même maintenant que le soir approche, la marche est pénible. Et ces pauvres gens sont beaucoup plus loins de leurs maisons que nous. Si cela continue d'augmenter ainsi, je ne sais pas comment nous ferons..."dit Jacques de Zébédée. "En octobre les bergers viendront aussi" dit André pour le réconforter. "Hé oui!. Les bergers, les disciples, c'est bien! Mais ils ne servent que pour dire: 'Jésus est le Sauveur. Il est ici'. Rien de plus » répond Pierre. "Mais, au moins, les gens sauront où le trouver. Maintenant, au contraire! Nous venons ici, et eux accourent ici; pendant qu'ils viennent ici, nous allons ailleurs et eux doivent nous courir après. Et avec des enfants et des malades, ce n'est pas bien pratique." Jésus parle: "Tu as raison, Simon-Pierre. J'ai Moi aussi compassion de ces âmes et de ces foules. Pour beaucoup, ne pas me trouver à un moment donné, ce peut être une cause irréparable de malheur. Regardez comme ils sont las et troublés ceux qui n'ont pas encore la certitude de ma Vérité, et comme ils sont affamés ceux qui ont déjà goûté ma parole et ne savent plus s'en passer, et nulle autre parole ne le content plus. Ils semblent des brebis sans berger qui errent ici et là sans trouver quelqu'un pour les conduire et les nourrir. J'y pourvoirai, mais vous, vous devez m'aider. De toutes vos forces, spirituelles, morales et physiques. Ce n'est plus en groupes nombreux, mais deux par deux que vous devez savoir aller. Et j'enverrai deux par deux les meilleurs des disciples. C'est que la moisson est vraiment grande. Oh! cet été, je vous préparerai à cette grande mission. Pour Tamuz, nous serons rejoints par Isaac avec les meilleurs disciples. Et je vous préparerai. Vous n'y suffirez pas encore, car si la moisson est vraiment grande, les ouvriers en revanche sont peu nombreux. Priez donc le Maître de la terre qu'il envoie beaucoup d'ouvriers à sa moisson." "Oui, mon Seigneur. Mais cela ne changera pas beaucoup la situation de ceux qui te cherchent" dit Jacques d'Alphée. "Pourquoi, mon frère?" "Parce qu'ils ne cherchent pas seulement la doctrine et la parole de Vie, mais aussi la guérison de leurs langueurs, de leurs maladies, de toutes leurs infirmités que la vie ou Satan apportent à la partie inférieure ou supérieure de leur être. Et cela, il n'y a que Toi 67 qui puisse le faire, parce qu'en Toi il y a la Puissance." "Ceux qui sont avec Moi arriveront à faire ce que je fais et les pauvres seront secourus dans toutes leurs misères. Mais vous n'avez pas encore en vous ce qu'il faut pour le faire. Essayez de vous surpasser vous mêmes, de fouler vos tendances humaines pour faire triompher l'esprit. Assimilez non seulement ma parole mais mon esprit, c'est-à-dire sanctifiez-vous par elle et ensuite vous pourrez tout. Et maintenant allons leur dire ma parole puisqu'ils ne veulent pas s'en aller sans que leur aie donné la parole de Dieu. Et ensuite nous retournerons à Capharnaüm. Là aussi il y a des gens qui attendent ..." "Seigneur, mais est-ce vrai que Marie de Magdala t'a demandé pardon dans la maison du pharisien?" "C'est vrai, Thomas." "Et Tu le lui as donné?" demande Philippe. "Je le lui ai donné." ""Mais Tu as mal fait!" s'écrie Barthélemy. "Pourquoi? Elle avait un repentir sincère et méritait le pardon." "Mais Tu ne devais pas le lui donner dans cette maison, publiquement.. Lui reproche l'Iscariote. "Mais je ne vois pas en quoi je me suis trompé."

"En ceci: tu sais ce que sont les pharisiens, combien d'arguties ils ont en tête, comme ils te surveillent, comme ils te calomnient, comme ils t'haïssent. Il y en avait un à Capharnaüm, qui était un ami, et c'était Simon. Et tu appelles dans sa maison une prostituée pour profaner sa maison et scandaliser l'ami Simon." "Je ne l'ai pas appelée, Moi. Elle y est venue. Ce n'était pas une prostituée, c'était une repentie. Cela change beaucoup.Si on n'avait pas de dégoût de l'approcher avant et de toujours la désirer, même en ma présence, maintenant qu'elle n'est plus une chair mais une âme, on ne doit pas avoir de dégoût de la voir entrer pour s'agenouiller à mes pieds et pleurer, en s'accusant, s'humiliant dans une humble confession publique que renferment ces pleurs. Simon le pharisien a eu sa maison sanctifiée par un grand miracle: 'la résurrection d'une âme'. Sur la place de Capharnaüm, il y a maintenant cinq jours, il me demandait: 'Tu as fait ce seul miracle?' et il répondait lui-même: 'Certainement pas' et il avait un grand désir d'en voir un. Je le lui ai donné. Je l'ai choisi pour être le témoin, le paranymphe de ces fiançailles de l'âme avec la Grâce. Il doit en être fier." "Au contraire, il en est scandalisé. Peut-être tu as perdu un ami." 68 "J'ai trouvé une âme. Cela vaut la peine de perdre l'amitié d'un homme, sa pauvre amitié d'homme, pour rendre à une âme l'amitié avec Dieu." "C'est inutile. Avec Toi, on ne peut obtenir une réflexion humaine. Nous sommes sur la terre, Maître! Rappelle-le-Toi. Et ce sont les lois et les idées de la terre qui prédominent. Tu agis suivant la méthode du Ciel, tu te meus dans ton Ciel que tu as dans le coeur, tu vois tout à travers les clartés du Ciel. Mon pauvre Maître! Comme tu es divinement incapable de vivre parmi nous qui sommes pervers!" Judas l'Iscariote, l'embrasse, admiratif et désolé, disant pour terminer: "Et j'en m'afflige, parce que tu crées tant d'ennemis par excès de ta perfection." "Ne t'en afflige pas, Judas. Il est écrit qu'il en est ainsi. Mais comment sais-tu que Simon est offensé?" "Il n'a pas dit qu'il est offensé, mais à Thomas et à moi, il a fait comprendre que ce n'est pas une chose à faire. Tu ne devais pas l'inviter dans sa maison, où il n'entre que des personnes honnêtes." "Bien! Pour l'honnêteté des gens qui vont chez Simon, n'en parlons pas' dit Pierre. "Et je pourrais dire que la sueur des prostitués a coulé plusieurs fois sur le dallage, sur les tables, et ailleurs chez Simon le pharisien" dit Mathieu. "Mais pas publiquement" réplique l'Iscariote. "Non, avec une hypocrisie attentive à le cacher." "Tu vois qu'il change alors." "C'est un changement aussi l'entrée d'une prostituée qui entre pour dire: 'Je laisse mon péché infâme' au lieu de celle qui entre pour dire: 'Me voici à toi pour accomplir ensemble le péché'." "Mathieu a raison" disent-ils tous. "Oui il a raison. Mais eux ne pensent pas comme nous et il faut en venir à des compromis avec eux, s'adapter à eux pour les avoir comme amis." "Cela jamais, Judas. En matière de vérité, d'honnêteté, de conduite morale, il n'y a pas d'adaptation ni de compromis " dit Jésus d'une voix de tonnerre. Et il termine : " Du reste, je sais que j'ai bien agi, et en vue du bien. Cela suffit. Allons congédier ces gens fatigués. " Et il s'en va vers ceux qui, éparpillés sous les arbres, regardent dans sa direction, anxieux de l'entendre. " La paix à vous tous qui, pendant des stades et à la canicule, êtes venus entendre la Bonne Nouvelle. En vérité je vous dis que vous 69 commencez à comprendre ce qu'est le Royaume de Dieu, combien précieuse est sa possession et combien il est heureux de lui appartenir. Et pour vous toute fatigue perd la valeur qu'elle a pour les autres, parce que l'âme commande en vous et dit à la chair : 'rejouis-toi que je t'accable. C'est pour ton bonheur que je le fais. Quand tu seras réunie à moi, après la résurrection finale, tu m'aimeras dans la mesure où je t'ai piétinée et tu

verras en moi ton second sauveur'. N'est-ce pas ce que dit votre esprit ? Mais bien sûr qu'il le dit ! Vous maintenant vous basez vos actions sur l'enseignement de mes paraboles lointaines. Mais maintenant je vous donne d'autres lumières pour vous rendre toujours plus énamourés de ce Royaume qui vous attend et dont la valeur est sans mesure. Ecoutez : Un homme était allé par hasard dans un champ pour prendre du terreau et le porter dans son jardin. Voilà qu'en creusant avec fatigue la terre dure, il trouve sous une couche de terre un filon de métal précieux. Que fait-il alors cet homme ? Il recouvre de terre sa découverte. Il n'hésite pas à travailler davantage encore, car la découverte en vaut la peine. Et puis, il va chez lui, rassemble toutes ses richesses en argent et en objets, et ces derniers il les vend pour avoir beaucoup d'argent. Puis il va trouver le propriétaire du champ et lui dit : 'Ton champ me plaît. Combien en veux-tu ?' 'Mais il n'est pas à vendre' dit l'autre. Mais l'homme offre une somme toujours plus forte, disproportionnée avec la valeur du champ et il finit pour décider le propriétaire qui pense : 'cet homme est fou8 Mais, puisqu'il l'est, j'en profite. Je prends la somme qu'il m'offre. Ce n'est pas de l'usure, puisque c'est lui qui veut me la donner. Avec elle je m'achèterai au moins trois autres champs, et plus beaux' et il vend, convaincu d'avoir fait une affaire merveilleux. Mais, au contraire, c'est l'autre qui fait une bonne affaire, car il se prive d'objets qu'un voleur peut emporter ou que l'on peut perdre ou consommer, et il se procure un trésor qui, parce qu'il sacrifie ce qu'il a pour cette acquisition, en restant pendant quelque temps avec la seule possession du champ, mais en réalité il possède pour toujours le trésor qui y est caché. Vous vous l'avez compris, et vous faites comme l'homme de la parabole. Quittez les richesses éphémères pour posséder le Royaume des Cieux. Vous les vendez aux imbéciles de ce monde, les leur cédez, acceptez qu'on se moque de vous pour ce qui, aux yeux du monde, paraît une sotte manière d'agir. Agissez ainsi, tou70 jours, et un jour votre Père qui est dans les Cieux, avec joie vous donnera votre place dans le Royaume. Retournez dans vos maisons avant que vienne le sabbat et, pendant le jour du Seigneur, pensez à la parabole du trésor qu'est le Royaume céleste. La paix soit avec vous. " Les gens s'éparpillent lentement sur les routes et les sentiers de campagne pendant que jésus s'en va en direction de capharnaüm dans le soir qui descend. Il y arrive en pleine nuit. Ils traversent en silence la ville silencieuse au clair de la lune qui est la seule lampe qui existe pour les ruelles obscures et mal pavées. Ils entrent en silence dans le petit jardin à côté de la maison, croyant que tout le monde est au lit. Mais, au contraire, une lampe luit dans la cuisine et trois ombres, rendues mobiles par le mouvement de la flamme, se projettent sur le muret blanc du four qui est tout près. " Il y a des gens qui t'attendent, Maître. Mais cela ne peut pas aller ainsi ! Maintenant je vais leur dire que Tu es trop fatigué. Monte sur la terrasse, en attendant. " "Non, Simon. Je vais à la cuisine; Si Thomas a retenu ces personnes, c'est signe qu'il a un motif sérieux." Mais, pendant ce temps, ceux qui sont à l'intérieur ont entendu le chuchotement et Thomas, le propriétaire de la maison, vient sur le seuil; "Maître, il y a la dame habituelle. Elle t'attend depuis hier au coucher du soleil. Elle est avec un serviteur" et puis, à voix basse: "Elle est très agitée. Elle pleure sans arrêt..." " C'est bien. Dis-lui de venir en haut.. Où a-t-elle dormi ? " " Elle ne voulait pas dormir. Mais finalement elle s'est retirée pour quelques heures vers l'aube, dans ma chambre. Le serviteur, je l'ai fait dormir dans un de vos lits. " " C'est bien, il y dormira encore cette nuit, et toi, tu dormiras dans le mien. " " Non, Maître. J'irai sur la terrasse. sur des nattes. Je dormirai aussi bien. Jésus monte sur la terrasse.Voilà Marthe qui monte elle aussi.

" La paix à toi, Marthe. " Un sanglot Lui répond. " Tu pleures encore ? Mais n'est-tu pas heureuse ? " « De la tête de Marthe fait signe que non. " Mais pourquoi, donc ?... " Une longue pause, pleine de sanglots. Enfin, dans un gémisse71 ment : " Depuis plusieurs soirs, Marie n'est plus revenue. Et on ne la trouve pas. Ni moi, ni la nourrice, ni Marcelle, ne la trouvons.. Elle était sortie en commandant le char. Elle était très bien mise... Oh ! Elle n'avait pas voulu mettre mon vêtement !... Elle n'était pas a moitié nue, elle en a encore de ceux-ci, mais elle était très provocante dans ce ... Et elle avait pris avec elle or et parfums ... et elle n'est plus revenue. Elle a renvoyé le serviteurs aux premières maisons de Capharnaüm en disant : "'Je reviendrai avec une autre compagnie.' Mais elle n'est plus revenue. Elle nous a trompés ! Ou bien elle s'est sentie seule, peut-être tentée ... ou lui est arrivé malheur... Elle n'est plus revenue... " Et Marthe se glisse à genoux, en pleurant la tête appuyée sur l'avant bras qu'elle a mis sur un tas de sacs vides. Jésus la regarde et dit lentement, avec assurance, dominateur : " Ne pleure pas. Marie est venue à Moi, il y a trois jours. Elle m'a parfumé les pieds, elle a mis à mes pieds tous ses bijoux. Elle s'est consacrée ainsi, et pour toujours, en prenant place parmi mes disciples. Ne le dénigre pas en ton cœur. Elle t'a dépassée. " " Mais où, où est alors ma sœur ? " crie Marthe en relevant son visage bouleversé. 3Pourquoi elle n'est pas venue à la maison, Elle a, peut-être été attaquée ? Elle a peut-être pris une barque et elle s'est noyée ? Peut-être un amant qu'elle a repoussé l'a enlevée, Oh ! Marie ! Ma Marie ! Je l'avais retrouvée et je l'ai tout de suite perdue ! " Marthe est vraiment hors d'elle. Elle ne pense plus que ceux qui sont en bas peuvent l'entendre. Elle ne pense plus que jésus peut lui dire où est sa sœur. Elle est désespérée sans plus réfléchir à rien. Jésus la prend par les poignets et la force à rester tranquille, à l'écouter, la dominant de sa haute taille et de son regard magnétique. " Assez ! Je veux que tu aie foi en mes paroles. Je veux que tu sois généreuse. Tu as compris ? " Il ne la laisse que quand Marthe s'est un peu calmée. " Ta sœur est allée goûter sa joie, s'en tournant d'une solitude sainte, parce qu'elle a en elle la pudeur super sensible de ceux qui sont rachetés. Je te l'ai dit à l'avance. Elle ne peut supporter le regard doux mais inquisiteur des parents sur son nouveau vêtement d'épouse de la grâce. Et ce que je te dis est toujours vrai. Tu dois me croire. " " Oui, Seigneur, oui. Mais ma Marie a été trop, trop au pouvoir du démon. Il l'a reprise tout d'un coup, il ... " " Il se venge sur toi de la proie qu'il a perdu pour toujours. Dois72 donc voir que toi, la courageuse, tu deviens sa proie pour une frayeur folle et sans raison d'être ? Dois-je voir qu'à cause d'elle qui maintenant croit en Moi, tu perds la belle foi que je t'ai toujours connue ? Marthe ! Regarde-moi bien. Ecoute-moi. N'écoute pas Satan. Ne sais-tu pas que quand il est obligé d'abandonner sa proie par une victoire que Dieu remporte sur lui, il se met tout de suite à agir, cet inlassable bourreau des êtres, cet inlassable voleur des droits de Dieu, pour trouver d'autres proies ? Ne sais-tu pas que ce sont les tortures d'une tierce personne, qui résiste aux assauts parce qu'elle est bonne et fidèle, qui affermissent la guérison d'un autre esprit ? Ne sais-tu pas que rien n'est isolé de tout ce qui arrive et existe dans la création, mais que tout suit une loi éternelle de dépendances et de conséquence qui fait qu'une action de quelqu'une des répercussions naturelles et surnaturelles très étendues ? Tu pleures ici, toi tu connais ici le doute atroce et tu restes fidèle à ton Christ même à cette heure des ténèbres. Là-bas, dans un endroit voisin que tu ne connais pas, Marie sent se dissoudre le dernier doute sur l'infinité du pardon qu'elle a obtenu. Ses pleurs se changent en sourire et ses ombres en lumière. C'est ton tourment qui l'a conduite là où se trouve la paix, là où les âmes se régénèrent auprès de la Génératrice sans tâche, auprès de celle qui est tellement Vie, quElle a obtenu de donner au monde le Christ qui est la Vie. Ta sœur est chez ma Mère. Oh ! ce n'est pas la

première qui rentre sa voile dans ce port paisible après que le doux rayon de la vivante Étoile Marie l'a appelée sur ce sein d'amour, par l'amour muet et actif de son Fils ! Ta sœur est à Nazareth. " " Mais comment ? y est-elle allée, ne connaissait pas ta Mère, ta maison ? ... Seule.. Pendant la nuit ... Ainsi ... Sans moyens.. Avec ce vêtement ... un si long chemin .. Comment ? " " Comment ? Comme l'hirondelle fatiguée va au nid natal traversant mers et montagnes, triomphant des tempêtes, des nuages et des vents contraires. Comme vont les hirondelles aux lieux de leur hivernage, par un instinct quiles guide, par une tiédeur qui les invite, par le soleil qui les appelle. Elle aussi est accourue vers le rayon qui l'appelle ... vers la Mère universelle. Et nous la verrons revenir à l'aurore, heureuse... sortie pour toujours des ténèbres, avec une Mère à son côté, la mienne, et pour n'être jamais plus orpheline. Peux-tu croire cela ? " " Oui , mon Seigneur. " Marthe est comme fascinée. En effet Jésus a été un dominateur. Grand, debout, et pourtant légèrement incliné au-dessus de Mar73 the agenouillée ; Il a parlé lentement d'un ton pénétrant, comme pour passer dans la disciple bouleversée. Peu de fois je l'ai vu avec cette puissance pour persuader par sa parole quelqu'un qui l'écoute. Mais à la fin, quelle lumière, quel sourire pour son visage ! Marthe le reflète par un sourire et une lumière plus apaisée sur son propre visage. " Et maintenant va te reposer, en paix. " Et Marthe Lui baise les mains et descend rasserenée...

Maria Valtorta L'Evangile tel qu'il m'a été revelé * 20% en ligne * Tables de matières Volume: 5.e La troisième année de la vie publique (première partie) 1 A Nazareth. Réconciliation. Préparatifs de départ. 2 Le départ de Nazareth. 3 Vers Jiphtaël. 4 L'adieu de Jésus aux deux disciples. 5 Douleur, prière, pénitence de Jésus. 6 Le départ de Ptolémaïs pour Tyr. 7 Le départ de Tyr dans le navire crétois. 8 La tempête et les miracles sur le navire. 9 Arrivée et débarquement d Séleucie. 3 10 De Séleucie à Antioche. 11 Ils vont à Antigonea. 12 L'adieu à Antiochie. 13 Le retour des huit. A Aczib. 14 Séjour a Aczib avec six apôtres. 15 Evangélisation du côté de la Phénicie. 16 Jésus à Alexandroscène. 17 Le lendemain à Alexandroscène. 18 Le berger Anna conduit Jésus vers Aczib.

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19 La mère cananéenne. 20 Barthélemy découvre le pourquoi… 21 Sur le chemin du retour vers la Galilée. 22 La rencontre avec Judas Iscariote et Thomas. 23 Ismaël ben Fabi. 24 Jésus à Nazareth avec ses cousins et avec Pierre et Thomas 25 La femme courbée de Corozaïn. 26 Le figuier stérile. En allant sur la route de Séphet. 27 En allant vers Meiéron. 28 A la tombe de Hillel à Giscala. 29 Le sourd-muet guéri près des confins de la Phénicie. 30 Jésus à Cédès. 31 En allant vers Césarée de Philippe. 32 A Césarée de Philippe. 33 Au château à Césarée Panéade. 551 34 Jésus prédit pour la première fois sa passion. Il blâme Pierre. 35 Prophétie sur Pierre et Margziam. L'aveugle à Bethsaïda. 36 De Capharnaüm á Nazareth avec Manaën et les femmes disciples. 37 La Transfiguration et 1'épileptique guéri. 38 Instructions aux disciples après la Transfiguration. 39 Le tribut au Temple et le statère dans la bouche du poisson 40 Le plus grand dans le Royaume des Cieux.Le petit Benjamin de Capharnaüm 41 Benjamin fut fidèle jusqu'à la mort. 42 Seconde multiplication des pains. 43 Miracle spirituel de la multiplication de la Parole. 44 Le Pain du Ciel. 45 Le nouveau disciple: Nicolaï d'Antioche. 46 Jésus vers Gadara. 47 La nuit à Gadara et le départ. Le divorce. 48 Jésus à Pella. 49 Au-delà de Jabès Galaad dans la maison de Mathias. 50 La lépreuse guérie (Rose de Jéricho). 51 Le miracle du Jourdain en crue. 52 Sur l'autre rive. La rencontre avec la Mère. 53 A Rama. Le nombre des élus. 54 Jésus au Temple. Le Pater noster et la parabole sur les fils. 55 Jésus au Gethsémani et à Béthanie. 56 Lettres d'Antioche. 57 Le jeudi avant Pâque. Première partie. 58 Le jeudi avant Pâque. Deuxième partie: au Temple. 59 Le jeudi avant Pâque. Troisième partie: instructions diverses. 60 Le jeudi avant Pâque. Quatrième partie: dans la maison de Jeanne. 61 Le jeudi avant Pâque. Cinquième partie. 62 La Parascève. Première partie: le matin. 63 La Parascève. Deuxième partie: au Temple.

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64 La Parascève. Troisième partie: dans les rues de Jérusalem. 552 65 La Parascève. Quatrième partie: le repas pascal avec Lazare. 66 Le samedi des Azymes. 67 «Marthe. Marthe, tu te soucies de beaucoup de choses». 68 Jésus parle à Béthanie. 69 Vers le mont Adomin. 70 Après la retraite sur le Carit. 71 Esséniens et pharisiens. Parabole de l'intendant infidèle. 72 Dans la maison de Nike. 73 Au gué entre Jéricho et Béthabara. 74 A la maison de Salomon. 75 Prédication au carrefour près du village de Salomon. 553

16. JESUS A ALEXANDROSCENE On a de nouveau rejoint la route après un long détour à travers les champs et après avoir passé un torrent sur un petit pont de planches branlantes permettant seulement le passage des personnes: une passerelle plutôt qu'un pont. Et la marche continue à travers la plaine qui se rétrécit de plus 98 en plus car les collines se rapprochent du littoral, au point qu'après un autre torrent avec l'indispensable pont romain, la route de plaine devient route de montagne, en se dédoublant au pont en une moins rapide qui s'éloigne vers le nord-est à travers une vallée, tandis que celle choisie par Jésus, d'après l'indication de la borne romaine: «Alexandroscène - m. V°», est un véritable escalier dans la montagne rocheuse et escarpée plongeant son museau dans la Méditerranée, qui se découvre de plus en plus à la vue à mesure que l'on monte. Seuls les piétons et les ânes suivent cette route, ces gradins pourrait-on dire. Mais peut-être parce qu'elle est un raccourci avantageux, la route est encore très battue et les gens observent avec curiosité le groupe galiléen, si inhabituel, qui la suit. «Ce doit être le cap de la tempête» dit Mathieu en montrant le promontoire qui s'avance dans la mer. «Oui, voilà au-dessous le village dont nous a parlé le pêcheur» approuve Jacques de Zébédée. «Mais qui peut avoir construit cette route?» «Qui sait depuis combien de temps elle existe! Les phéniciens peut-être...» «Du sommet nous allons voir Alexandroscène au-delà de laquelle se trouve le Cap Blanc. Mon Jean, tu vas voir une grande étendue de mer!» dit Jésus et il met son bras autour des épaules de l'apôtre. «J'en serai content. Mais il va bientôt faire nuit. Où allons-nous reposer?» «A Alexandroscène. Tu vois? La route commence à descendre. Au-dessous se trouve la plaine jusqu'à la ville que l’on voit là-bas.» «C'est la ville de la femme d'Antigonea... Comment pourrons-nous faire pour la contenter?» dit André. «Tu sais, Maître? Elle nous a dit: "Allez à Alexandroscène. Mes frères y ont des comptoirs et ils sont prosélytes. Parlez-leur du Maître. Nous sommes fils de Dieu, nous aussi..." et elle pleurait parce qu'elle était mal vue comme belle-fille... de sorte que jamais ses frères ne viennent la voir et

qu'elle est sans nouvelles d'eux...» explique Jean. «Nous chercherons les frères de la femme. S'ils nous accueillent comme pèlerins, nous pourrons lui faire ce plaisir...» «Mais comment allons-nous faire pour dire que nous l'avons vue?» «Elle est au service de Lazare. Nous sommes amis de Lazare» dit Jésus. «C'est vrai. Tu parleras, Toi...» 99 «Oui. Mais activez la marche pour trouver la maison. Savez-vous où elle est?» «Oui, près du Camp. Ils ont beaucoup de relations avec les romains auxquels ils vendent tant de choses.» «C'est bien.» Ils font rapidement la route plane, belle, une vraie route consulaire qui certainement communique avec celles de l'intérieur, ou plutôt, qui se poursuit vers l'intérieur après avoir lancé son prolongement rocheux, en gradins, le long de la côte, à cheval sur le promontoire. Alexandroscène est une ville plus militaire que civile. Elle doit avoir une importance stratégique que j'ignore. Blottie comme elle l'est entre les deux promontoires elle semble une sentinelle préposée à la garde de ce coin de mer. Maintenant que l'oeil peut voir l'un et l'autre cap, on voit qu'il s'y dresse en grand nombre des tours fortifiées qui forment une chaîne avec celles de la plaine, et de la ville où, vers la côte, trône le Camp imposant. Ils entrent dans la ville après avoir franchi un autre petit torrent situé tout près des portes, et ils se dirigent vers la masse hostile de la forteresse en jetant tout autour des regards curieux, et deviennent eux aussi objets de curiosité. Les soldats sont très nombreux et ils semblent en bons rapports avec les habitants, ce qui fait bougonner les apôtres: «Gens de la Phénicie! Sans fierté!» Ils arrivent aux magasins des frères d'Hermione alors que les derniers acheteurs en sortent, chargés des marchandises les plus variées, qui vont des draps aux nappes, et des fourrages aux grains, ou bien à l'huile et aux aliments. Odeurs de cuir, d'épices, de paille, de laine grège, remplissent le large hall par lequel on arrive dans une cour vaste comme une place et sous les portiques de laquelle sont les nombreux dépôts. Accourt un homme barbu et brun. «Que voulez-vous? Des vivres?» «Oui... et aussi le logement, si tu ne dédaignes pas de loger des pèlerins. Nous venons de loin, et nous ne sommes jamais venus ici. Accueille-nous au nom du Seigneur.» L'homme regarde attentivement Jésus, qui parle au nom de tous. Il le scrute... Puis il dit: «Vraiment je ne donne pas le logement, mais tu me plais. Tu es galiléen, n’est-ce pas? Les galiléens valent mieux que les juifs. Il y a trop de moisissure chez eux. Ils ne nous pardonnent pas d'avoir un sang qui n’est pas pur. Ils feraient 100 mieux d'avoir, eux, l'âme pure. Viens, entre ici, j'arrive tout de suite. Je ferme parce qu'il va faire nuit.» En effet, c'est déjà le crépuscule, et il fait encore plus sombre dans la cour que domine le Camp puissant. Ils entrent dans une pièce et ils s'assoient sur des sièges disposées ça et là. Ils sont fatigues... L'homme revient avec deux autres, l'un plus âgé, l'autre plus jeune, et il montre les hôtes qui se lèvent en saluant, et dit: «Voici. Que vous en semble-t-il? Ils me paraissent honnêtes...» «Oui. Tu as bien fait» dit le plus âgé à son frère et puis, s'adressant aux hôtes, ou plutôt à Jésus qui semble clairement leur chef, il demande: «Comment vous appelez-vous?» «Jésus de Nazareth, Jacques et Jude de Nazareth aussi. Jacques et Jean de Bethsaïda, et aussi André, en plus Mathieu de Capharnaüm.» «Comment vous trouvez-vous ici? Persécutés?» «Non. Nous évangélisons. Nous avons parcouru plus d'une fois la Palestine, de la Galilée à la Judée, d'une mer à l'autre et nous avons été jusqu'au-delà du Jourdain, dans l'Auranitide. Maintenant nous sommes venus ici... pour enseigner.» «Un rabbi ici? Cela nous étonne, n’est-ce pas, Philippe et Elie?» demande le plus âgé. «Beaucoup. De quelle caste es-tu?» «D'aucune. Je suis de Dieu. Croient en Moi ceux du monde qui sont bons. Je suis pauvre, j'aime les pauvres, mais je ne méprise pas les riches, auxquels j'enseigne l'amour et la miséricorde et le détachement des richesses, de même que j'enseigne aux pauvres d'aimer leur pauvreté en ayant confiance à Dieu qui ne laisse périr personne. Parmi mes amis riches et mes disciples il y a Lazare de Béthanie...» «Lazare? Nous avons une soeur mariée à un de ses serviteurs.» «Je le sais. C'est pour cela aussi que je suis venu, pour vous dire qu'elle vous salue et vous aime.» «Tu l'as vue?» «Pas Moi. Mais ceux qui sont avec Moi, envoyés par Lazare à Antigonea.» «Oh! dites! Que fait Hermione? Est-elle vraiment heureuse?»

«Son mari et sa belle-mère l'aiment beaucoup. Le beau-père la respecte...» dit Jude Thaddée. «Mais il ne lui pardonne pas le sang maternel. Dis-le.» «Il est en passe de le lui pardonner. Il nous en a fait de grandes 101 louanges. Et elle a quatre enfants très beaux et gentils. Cela la rend heureuse. Mais vous êtes toujours dans son coeur et elle a dit de vous amener le Maître Divin.» «Mais... comment... Tu es le... Tu es celui qu'on appelle le Messie, Toi?» «Je le suis.» «Tu es vraiment le... On nous a dit à Jérusalem que tu es, que l'on t'appelle le Verbe de Dieu. Est-ce vrai?» «Oui.» «Mais l'es-tu pour ceux de là-bas ou bien pour tous?» «Pour tous. Pouvez-vous croire que je le suis?» «Croire ne coûte rien, surtout quand on espère que ce que l’on croit peut enlever ce qui fait souffrir.» «C'est vrai, Elie. Mais ne parle pas ainsi. C'est une pensée très impure, beaucoup plus que le sang mêlé. Réjouis-toi non pas dans l'espoir que tombe ce qui te fait souffrir, comme homme, du mépris d'autrui, mais réjouis-toi dans l'espoir de conquérir le Royaume des Cieux.» «Tu as raison. Je suis à moitié païen, Seigneur...» «Ne te rabaisse pas. Je t'aime toi aussi et c'est aussi pour toi que je suis venu.» «Ils doivent être fatigués, Elie. Tu les retiens par tes discours. Allons souper et puis conduisons-les se reposer. Il n'y a pas de femmes, ici... Aucune israélite n'a voulu de nous et nous désirions une d'elles... Pardonne-nous donc si la maison te paraît froide et sans ornements.» «Votre bon coeur me la rendra ornée et chaude.» «Combien de temps restes-tu?» «Pas plus d'un jour. Je veux aller vers Tyr et Sidon et je voudrais être à Aczib avant le sabbat.» «Tu ne peux pas, Seigneur! Sidon est loin!» «Demain, je voudrais parler ici.» «Notre maison est comme un port. Sans en sortir tu auras des auditeurs à tu convenance, d'autant plus que demain il y a un gros marché.» «Allons alors, et que le Seigneur vous récompense de votre charité.» 102 17. LE LENDEMAIN A ALEXANDROSCENE La cour des trois frères est moitié à l'ombre, moitié au soleil. Elle est pleine de gens qui vont et viennent pour leurs achats alors qu'en dehors du portail, sur la petite place, on entend la rumeur du marché d'Alexandroscène avec le va-et-vient confus des acheteurs et des vendeurs, avec le bruit des ânes, des brebis, des agneaux, des poules. On comprend qu'ici, il y a moins de complications et on apporte même les poulets au marché sans craindre de contaminations d'aucune sorte. Braiments, bêlements, gloussement des poules et cocorico triomphant des coqs se mêlent aux voix des hommes en un choeur joyeux qui parfois monte à des notes aiguës et dramatiques à la suite de quelque altercation. Même dans la cour des frères il règne un bruit confus et il se produit quelque altercation ou pour le prix ou parce qu'un acheteur a pris une chose qu'un autre voulait acquérir. Elle n’est pas absente non plus la plainte lamentable des mendiants qui de la place, près du portail, défilent la litanie de leurs misères sur un air triste comme la plainte d'un mourant. Des soldats romains vont et viennent en maîtres dans l'entrepôt et sur la place. Je suppose que c'est un service d'ordre, car je les vois armés, et jamais seuls, parmi les phéniciens tous armés. Jésus aussi va et vient dans la cour, se promenant avec les six apôtres, attendant le moment favorable pour parler. Et puis il sort un moment sur la place en passant près des mendiants auxquels il donne une obole. Les gens se distraient pendant quelques minutes pour regarder le groupe des galiléens et se demandent qui sont ces étrangers. Et il en est qui informent, parce qu'ils ont demandé aux trois frères, qui sont leurs hôtes. Un murmure suit les pas de Jésus qui s'en va tranquillement caressant les enfants qu'il trouve sur son chemin. Il y a aussi, au milieu du murmure, les ricanements et les épithètes peu flatteuses pour

les hébreux, et aussi le désir honnête d'entendre ce «Prophète», ce «Rabbi», ce «Saint», ce «Messie» d'Israël, auquel ils donnent ces noms lorsqu'ils en parlent, selon leur degré de foi et de rectitude de leurs âmes. J'entends deux mères: «Mais est-ce vrai?» «C'est Daniel qui me l'a dit, justement à moi. Il a parts à Jérusalem avec des gens qui ont vu les miracles du Saint.» «Oui, d'accord! Mais est-ce bien cet homme?» 103 « Oh! Daniel m'a dit que ce ne peut être que Lui à cause de ce qu'il dit.» «Alors... que dis-tu? Il me fera grâce même si je ne suis que prosélyte?» «Je dirais que oui... Essaie. Peut-être il ne reviendra plus ici chez nous. Essaie, essaie! Il ne te fera sûrement pas de mal!» «J'y vais» dit la petite femme en laissant en plan le vendeur de vaisselle avec lequel elle marchandait des assiettes; le vendeur qui a entendu la conversation des deux femmes, déçu, irrité à cause de la bonne affaire qui s'en va en fumée, s'en prend à la femme qui est restée, la couvrant d'injures telles que: «Prosélyte maudite. Sang d'hébreux. Femme vendue» et cætera. J'entends deux hommes graves et barbus: «J'aimerais l'entendre. On dit que c'est un grand Rabbi.» «Un Prophète, dois-tu dire. Plus grand que le Baptiste. Elie m'a s dit certaines choses! Certaines choses! Il est au courant, car il a une soeur mariée à un serviteur d'un grand riche d'Israël, et pour avoir de ses nouvelles s'informe auprès des serviteurs. Ce riche est très ami du Rabbi...» Un troisième, un phénicien peut-être, qui a entendu parce qu'il était tout près, amène sa figure sournoise, moqueuse entre les deux, et raille: «Belle sainteté! Confite dans la richesse! A mon avis, un saint devrait vivre pauvrement!» «Tais-toi, Doro, langue maudite. Tu n'es pas digne, toi païen, de juger ces choses.» «Ah! vous en êtes dignes vous, toi spécialement, Samuel! Tu ferais mieux de me payer ce que tu me dois.» «Tiens! et ne me tourne plus autour, vampire à la face de faune!»... J'entends un vieillard à moitié aveugle, accompagné d'une fillette, qui demande: «Où est? Où est le Messie?» et la petite crie: «Laissez passer le vieux Marc! Veuillez dire au vieux Marc où se trouve le Messie!» Les deux voix, celle du vieillard: faible et tremblante, celle de la fillette: argentine et assurée, se répandent sur la place, inutilement, jusqu'à ce qu'un autre homme dise: «Vous voulez trouver le Rabbi? Il est revenu vers la maison de Daniel. Le voilà arrêté qui parle avec des mendiants.» J'entends deux soldats romains: «Ce doit être celui que persécutent les juifs, les bonnes peaux! On voit, rien qu'à le regarder, qu'il vaut mieux qu'eux.» 104 «C'est pour cela qu'il leur cause des ennuis!» «Allons le dire au porte-drapeau. C'est l'ordre.» «Un ordre stupide, Caïus! Rome a peur des agneaux et elle supporte, il faudrait dire, caresse les tigres.» (Scipion). «Il ne me semble pas, Scipion! Ponce massacre facilement!» (Caïus). «Oui... mais il ne ferme pas sa maison aux hyènes qui le flattent.» (Scipion). «Politique, Scipion! Politique!» (Caïus). «Lâcheté, Caïus, et sottise. C'est de celui-ci qu'il devrait être l'ami, pour avoir de l'aide pour garder dans l'obéissance cette racaille asiatique. Il ne sert pas bien Rome, Ponce, en négligeant cet homme qui est bon, et en flattant les mauvais.» (Scipion). «Ne critique pas le Proconsul. Nous sommes des soldats, et le supérieur est sacré comme un dieu. Nous avons juré obéissance au divin César et le Proconsul est son représentant.» (Caïus). «Cela va bien pour ce qui concerne le devoir envers la Patrie, sacrée et immortelle. Mais cela ne vaut pas pour le jugement intérieur.» (Scipion). «Mais l'obéissance vient du jugement. Si ton jugement se révolte contre un ordre et le critique, to n'obéiras plus totalement. Rome s'appuie sur notre obéissance aveugle pour protéger ses conquêtes.» (Caïus). «Tu sembles un tribun et tu parles bien. Mais je te fais remarquer que si Rome est reine, nous ne sommes pas des esclaves, mais des sujets. Rome n'a pas, ne doit pas avoir, de citoyens esclaves. C'est l'esclavage qui impose le silence à la raison des citoyens. Moi, je dis que ma raison juge que Ponce agit mal en négligeant cet israélite, appelle-le Messie, Saint, Prophète, Rabbi, à ton goût. Et j'ai le sentiment que je puis le dire car ma fidélité à Rome n'en est pas amoindrie, ni mon amour. Mais, au contraire, je le voudrais parce que Lui, en enseignant le respect envers les lois et les Consuls, comme il le fait, coopère à la prospérité de Rome.» (Scipion). «Tu es cultivé, Scipion... Tu feras ton chemin. Tu es déjà avancé! Moi, je suis un pauvre soldat. Mais, en attendant, tu vois là? Il y a un rassemblement autour de cet Homme. Allons le dire aux chefs.» (Caïus)... En effet près du portail des trois frères, il y a un tas de gens autour de Jésus qui, par sa grande taille,

est bien en vue. Puis tout à coup un cri s'élève, et les gens s'agitent. Certains accourent du marché alors que d'autres s'éloignent vers la place et au-delà. 105 Questions... réponses... «Qu'est-il arrivé?» «Qu'y a-t-il?» «L'Homme d'Israël a guéri le vieux Marc!» «Le voile de ses yeux a disparu.» Jésus, entre temps, est entré dans la cour avec une suite de gens. En arrière, se traînant péniblement, il y a un des mendiants, un bancal qui se traîne avec les mains plutôt qu'avec les jambes. Mais si les jambes sont tordues et sans force, et sans l’aide de béquilles il ne saurait avancer, la voix est très robuste! On dirait une sirène qui déchire l'atmosphère ensoleillée du matin: «Saint! Saint! Messie! Rabbi! Pitié!» Il ne cesse de crier à perdre haleine. Deux ou trois personnes se retournent: «Garde ton souffle! Marc est hébreu, toi, pas.» «Il accorde des grâces aux vrais israélites, pas aux fils de chiens!» «Ma mère était juive...» «Et Dieu l'a frappée en to donnant à elle, toi monstre, à cause de son péché. Va t'en, fils de louve! Retourne à ta place, être pétri de boue...» L'homme s'adosse au mur, humilié, effrayé par la menace des poings tendus... Jésus s'arrête, se retourne, regarde. Il commande: «Homme, viens ici!» L'homme le regarde, regarde ceux qui le menacent... et il n'ose pas avancer. Jésus fend la petite foule et il va à lui. Il le prend par la main, c'est-à-dire lui met la main sur l'épaule, et dit: «N'aie pas peur. Viens avec Moi» et regardant les gens cruels, il dit, l’air sévère: «Dieu appartient à tous les hommes qui le cherchent et sont miséricordieux.» Les gens comprennent l'allusion, et maintenant ce sont eux qui restent en arrière, ou plutôt qui s'arrêtent où ils sont. Jésus se retourne. Il les voit là, confus, prêts à s'en aller, et il leur dit: «Non, venez vous aussi. Cela vous fera du bien à vous aussi, cela redressera et fortifiera votre âme comme je redresse et fortifie cet homme parce qu'il a su avoir foi. Homme, je te le dis, sois guéri de ton infirmité.» Et il retire la main de l’épaule du bancal après que celui-ci ait éprouvé une sorte de secousse. L'homme se redresse avec assurance sur ses jambes, jette ses vieilles béquilles et il crie: «Il m'a guéri! Louange au Dieu de ma mère!» et puis il s'agenouille pour baiser le bord du vêtement de 106 Jésus. L'agitation des gens qui veulent voir, ou qui, ayant vu, font des commentaires, est à son comble. Dans le fond de l'entrée qui mène de la place à la cour, les cris qui viennent de la foule résonnent bruyamment et se répercutent contre les murs du Camp. Les troupes doivent craindre qu'il se soit produit une rixe - cela doit se produire facilement dans ces endroits où il y a tant d'oppositions de races et de religions - et le porte-drapeau accourt en se frayant brutalement un chemin et en demandant ce qui arrive. «Un miracle, un miracle! Jonas, le bancal,. a été guéri. Le voilà, près de l'Homme de Galilée.» Les soldats se regardent entre eux. Ils ne parlent pas jusqu'à ce que toute la foule se soit écoulée, mais en arrière, il s'en est rassemblé une autre des gens qui étaient dans les magasins ou sur la place, où ne sont restés que les vendeurs pleins de dépit à cause de la diversion imprévue qui réduit à rien le marché de ce jour. Puis, voyant passer un des trois frères, ils demandent: «Philippe, sais-tu ce que va faire maintenant le Rabbi?» «Il parle, il enseigne, et dans ma cour!» dit Philippe tout joyeux. Les soldats s'interrogent: Rester? S'en aller? «Le chef nous a dit de surveiller...» «Qui? L'Homme? Mais pour Lui, nous pourrions jouer aux dés une amphore de vin de Chypre» dit Scipion, le soldat qui auparavant défendait Jésus auprès de son compagnon. «Moi, je dirais que c'est Lui qui a besoin qu'on le protège, pas le droit de Rome! Vous le voyez là-bas? Parmi nos dieux, il n'y en a aucun de si doux et pourtant d'aspect si viril. Cette racaille n’est pas digne de le posséder, et les indignes sont toujours mauvais. Restons pour le protéger. A l'occasion, nous le tirerons d'affaire et nous caresserons les épaules de ces galériens» dit un autre. Son intervention est un mélange de moquerie et d'admiration. «Tu parles bien, Pudens. D'ailleurs Azio, va appeler Procore le chef. Il rêve toujours de complots contre Rome et... d'avancement pour lui, pour récompenser son activité toujours en éveil pour le salut du divin César et de la déesse Rome, mère et maîtresse du monde. Il se persuadera qu'ici il n'acquerra pas de brassard ni de couronne.» Un jeune soldat part en courant et revient de même en disant: «Procore ne vient pas. Il envoie le triaire Aquila ... » «Bien! Bien! Mieux vaut lui que Cecilius Maximus lui-même. Aquila a servi en Afrique, en Gaule, et il a été dans les forêts cruel-

107 les qui nous ont enlevé Varus et ses légions. Il connaît les grecs et les bretons et il a un bon flair pour s'y reconnaître... Oh! Salut! Voilà le glorieux Aquila! Viens, apprends-nous, à nous misérables, à connaître la valeur des êtres!» «Vive Aquila, chef des troupes!» crient tous les soldats en donnant des tapes affectueuses au vieux soldat, dont on ne compte plus les cicatrices sur le visage, les bras et les mollets nus. Lui sourit d'un air débonnaire et il s'écrie: «Vive Rome, maîtresse du monde! Pas moi, pauvre soldat. Qu'y a-t-il donc?» «Il faut surveiller cet homme grand et qui est blond comme le cuivre le plus clair.» «Bien! Mais qui est-ce?» «Ils l'appellent le Messie. Il s'appelle Jésus et il est de Nazareth. C'est celui, sais-tu, pour qui on a transmis l'ordre...» «Hum! Peut-être... Mais il me semble que nous courons après les nuages.» «Ils disent qu'il veut se faire roi et supplanter Rome. Il a été dénoncé par le Sanhédrin, et les pharisiens, les sadducéens, les hérodiens, à Ponce. Tu sais que les hébreux ont ce ver dans le crâne et, de temps à autre, il en sort un roi...?» «Oui, oui... Mais si c'est pour cela!... De toutes façons écoutons ce qu'il dit. Il me semble qu'il se dispose à parler.» «J'ai su par un soldat qui est avec le centurion que Publius Quintilianus lui en a parlé comme d'un philosophe divin... Les femmes impériales en sont enthousiastes...» dit un autre soldat, qui est jeune. «Je le crois! J'en serais enthousiaste moi aussi si j'étais une femme et je le voudrais dans mon lit...» dit en riant franchement un autre jeune soldat. «Tais-toi, impudique! La luxure te dévore!» plaisante un autre. «Et toi pas, Fabius! Anne, Sira, Alba, Marie...» «Tais-toi, Sabin. Il parle et je veux écouter» commande le triaire, et tous se taisent. Jésus est monté sur une caisse installée contre un mur, il est donc bien visible pour tout le monde. Son doux salut s'est déjà répandu dans l’air et il a été suivi par les paroles: «Enfants d'un unique Créateur, écoutez» puis, dans le silence attentif des gens, il continue. «Le Temps de la Grâce est venu pour tous, non seulement pour Israël, mais pour le monde entier. Hébreux, qui vous trouvez ici pour diverses raisons, prosélytes, 108 phéniciens, gentils, écoutez tous la Parole de Dieu, comprenez la Justice, connaissez la Charité. Possédant la Sagesse, la Justice et la Charité, vous aurez le moyen d'arriver au Royaume de Dieu, à ce Royaume qui n’est pas réservé aux seuls fils d'Israël, mais à tous ceux qui désormais aimeront le Vrai, l'Unique Dieu et croiront à la parole de son Verbe. Ecoutez. Je suis venu de si loin non pas avec des visées d'usurpateur, ni avec la violence de conquérant. Je suis venu seulement pour être le Sauveur de vos âmes. La puissance, la richesse, les charges ne me séduisent pas. Elles ne sont rien pour Moi, et je ne les regarde même pas. Ou plutôt, je les regarde pour en avoir pitié parce qu'elles me font pitié, car ce sont autant de chaînes pour retenir prisonnier votre esprit, en l'empêchant de venir au Seigneur Eternel, Unique, Universel, Saint et Béni. Je les regarde et les approche comme les plus grandes misères. Et je cherche à guérir les hommes de leurs fascinantes et cruelles tromperies qui séduisent les fils de l'homme, pour qu'ils puissent en user avec justice et sainteté, non comme des armes cruelles qui blessent et tuent l'homme, et toujours pour commencer l'esprit de ceux qui ne savent pas en user saintement. Mais, en vérité, je vous dis que pour Moi il est plus facile de guérir un corps difforme qu'une âme difforme, il est plus facile de donner la lumière à des pupilles éteintes, la santé à un corps qui meurt, que de donner la lumière aux esprits et la santé aux âmes malades. Pourquoi cela? Parce que l'homme a perdu de vue la fin véritable de sa vie et se laisse absorber par ce qui est transitoire. L'homme ne sait pas ou ne se souvient pas, ou s'il se souvient, il ne veut pas obéir à cette sainte injonction du Seigneur et, je parle aussi pour les gentils qui m'écoutent, de faire le Bien, car le Bien existe à Rome comme à Athènes, en Gaule comme en Afrique, car la loi morale existe sous tous les cieux, dans toute religion, dans tout coeur droit. Et les religions, depuis

celle de Dieu jusqu'à celle de la morale isolée, disent que ce qu'il y a de meilleur en nous survit et que c'est selon comme il se sera comporté que son sort sera fixé de l'autre côté. La fin de l'homme est donc la conquête de la paix dans l'autre vie, non pas la bombance, l'usure, la domination, le plaisir, ici-bas, pour un temps limité, qu'il faut payer pendant l'éternité, par des tourments très durs. Eh bien, l'homme ne sait pas, ou ne se rappelle pas, ou ne veut pas se rappeler, cette vérité. S'il ne la connaît pas, il est moins coupable. S'il ne s'en souvient pas, il a une cer109 taine culpabilité, car il faut garder la vérité allumée comme un saint flambeau dans les esprits et dans les coeurs. Mais, s'il ne veut pas s'en souvenir et si, quand elle flambe, il ferme les yeux pour ne pas la voir, en la haïssant comme la voix d'un rhéteur pédant, alors sa faute est grave, très grave. Et pourtant Dieu lui pardonne, si l'âme répudie sa mauvaise façon d'agir et se propose de poursuivre, pour le reste de sa vie, la vraie fin de l'homme qui est de conquérir la paix éternelle dans le Royaume du vrai Dieu. Avez-vous jusqu'à maintenant suivi une mauvaise route? Avilis, pensez-vous qu'il soit trop tard pour prendre le bon chemin? Est-ce que, désolés, vous dites: "Je ne savais rien de tout cela! Et maintenant je suis ignorant et je ne sais pas m'y prendre"? Non, ne pensez pas qu'il en soit comme des choses matérielles et qu'il faut beaucoup de temps et de peine pour refaire ce qui a déjà été fait, mais avec sainteté. La bonté de l'Eternel, le Véritable Seigneur Dieu, est telle qu'Il ne vous fait certainement pas parcourir de nouveau à rebours le chemin déjà fait, pour vous ramener au carrefour où vous, en errant, avez quitté le bon sentier pour le mauvais. Elle est si grande que du moment où vous dites: "Je veux appartenir à la Vérité", c'est-à-dire à Dieu parce que Dieu est Vérité, Dieu, par un miracle tout spirituel, verse en vous la Sagesse par laquelle d'ignorants vous devenez possesseurs de la Science surnaturelle, comme ceux qui depuis des années la possèdent. La Sagesse c'est vouloir Dieu, aimer Dieu, cultiver l'esprit, tendre au Royaume de Dieu en répudiant tout ce qui est chair, monde et Satan. La Sagesse c'est obéir à la Loi de Dieu qui est loi de Charité, d'Obéissance, de Continence, d'Honnêteté. La Sagesse c'est aimer Dieu avec tout soi-même, aimer le prochain comme nous-mêmes. Ce sont les deux éléments indispensables pour être sages de la Sagesse de Dieu. Et dans notre prochain, il n'y a pas seulement ceux de notre sang ou de notre race et de notre religion, mais tous les hommes riches ou pauvres, sages ou ignorants, hébreux, prosélytes, phéniciens, grecs, romains...» Jésus est interrompu par des cris menaçants de certains forcenés. Il les regarde et il dit: «Oui, cela c'est l'amour. Je ne suis pas un maître servile. Je dis la vérité, car c'est ainsi que je dois faire pour semer en vous ce qui est nécessaire pour la Vie éternelle. Que cela vous plaise ou non, je dois vous le dire pour faire mon devoir de Rédempteur. A vous de faire le vôtre de besogneux de la Rédemption. Aimez donc le prochain, tout le prochain, d'un amour saint. 110 Non pas d'un louche concubinage d'intérêts pour lequel est "anathème" le romain, le phénicien ou le prosélyte ou vice versa, tant que ne se mêlent pas la sensualité ou l'argent, alors que s'il y a soif de sensualité ou intérêt d'argent les "anathèmes" disparaissent...» Une autre rumeur de la foule alors que les romains, de leur place dans l'atrium, s'écrient: «Par Jupiter! Il parle bien celui-ci!» Jésus laisse la rumeur se calmer et reprend: «Aimer le prochain comme nous voudrions être aimés. Car cela ne nous fait pas plaisir d'être maltraités, vexés, volés, opprimés, calomniés, insultés. Les autres ont la même susceptibilité nationale ou personnelle. Ne faisons donc pas le mal que nous ne voudrions pas réciproquement qu'il nous fût fait. La Sagesse c'est d'obéir aux dix Commandements de Dieu: "Je suis le Seigneur ton Dieu. N’en aie pas d'autre en dehors de Moi. N'aie pas d'idoles, ne leur rends pas un culte. N'emploie pas le Nom de Dieu en vain. C'est le Nom du Seigneur, ton Dieu, et Dieu punira celui qui

s'en sert sans raison, ou pour des imprécations, ou pour valider un péché. Souviens-toi de sanctifier les fêtes. Le sabbat est sacré pour le Seigneur qui s'y reposa de la Création, et l'a béni et sanctifié. Honore ton père et ta mère afin de vivre en paix longuement sur la terre et éternellement dans le Ciel. Ne tue pas. Ne commets pas l'adultère. Ne vole pas. Ne parle pas faussement contre ton prochain. Ne désire pas la maison, la femme, le serviteur, la servante, le boeuf, l'âne de ton prochain, ni autre chose qui lui appartienne". Cela, c'est la Sagesse. Celui qui fait cela est sage et il conquiert la Vie et le Royaume sans fin. Donc à partir d'aujourd'hui, proposez-vous de vivre selon la Sagesse en la faisant passer avant les pauvres choses de la terre. Que dites-vous? Parlez. Vous dites qu'il est tard? Non. Ecoutez une parabole. Un maître sortit au point du jour pour engager des travailleurs pour sa vigne et il convint avec eux d'un denier pour la journée. Il sortit de nouveau à l'heure de tierce et, réfléchissant que les travailleurs engagés étaient peu nombreux, voyant d'autre part sur la place des travailleurs désoeuvrés qui attendaient qu'on les embauche, il les prit et il leur dit: "Allez à ma vigne, et je vous don111 nerai ce que j'ai promis aux autres". Et ils y allèrent. Il sortit à sexte et à none et il en vit d'autres encore et il leur dit: "Voulez-vous travailler dans mon domaine? Je donne un denier par jour à mes travailleurs". Ces derniers acceptèrent et ils y allèrent. Il sortit enfin vers la onzième heure et il en vit d'autres qui paressaient au coucher du soleil. "Que faites-vous, ainsi oisifs? N'avez-vous pas honte de rester à rien faire pendant tout le jour?" leur demanda-t-il. "Personne ne nous a embauchés pour la journée. Nous aurions voulu travailler et gagner notre nourriture, mais personne ne nous a appelés à sa vigne". "Eh bien, je vous embauche pour ma vigne. Allez et vous aurez le salaire des autres". Il parla ainsi, car c'était un bon maître et il avait pitié de l'avilissement de son prochain. Le soir venu et les travaux terminés, l'homme appela son intendant et lui dit: "Appelle les travailleurs, et paie-leur leur salaire selon ce que j'ai fixé, en commençant par les derniers qui sont les plus besogneux, n'ayant pas eu pendant la journée la nourriture que les autres ont eue une ou plusieurs fois et qui, même par reconnaissance pour ma pitié, ont travaillé plus que tous. Je les ai observés; renvoie-les, pour qu'ils aillent au repos qu'ils ont bien mérité et pour jouir avec les leurs du fruit de leur travail". Et l'intendant fit ce que le maître ordonnait en donnant à chacun un denier. Vinrent en dernier ceux qui travaillaient depuis la première heure du jour. Ils furent étonnés de ne recevoir, eux aussi, qu'un seul denier, et ils se plaignirent entre eux et à l'intendant qui leur dit: "J'ai reçu cet ordre. Allez vous plaindre au maître et pas à moi". Ils s'y rendirent et ils dirent: "Voilà, tu n’es pas juste! Nous avons travaillé douze heures, d'abord à la rosée et puis au soleil ardent et puis de nouveau dans l'humidité du soir, et tu nous a donné le même salaire qu'à ces paresseux qui n’ont travaillé qu'une heure!... Pourquoi cela?" Et l'un d'eux, surtout, élevait la voix en se déclarant trahi et indignement exploité. "Ami, en quoi t'ai-je fait tort? De quoi ai-je convenu avec toi à l'aube? Une journée de travail continu pour un denier de salaire. N’est-ce pas?" "C'est vrai. Mais tu as donné la même chose à ceux qui ont si peu travaillé..." "N'as-tu pas accepté ce salaire qui to paraissait convenable?" "Oui, j'ai accepté, parce que les autres donnaient encore moins". 112 "As-tu été maltraité ici par moi?" "Non, en conscience, non". "Je t'ai accordé un long repos pendant le jour et la nourriture, n’est-ce pas? Je t'ai donné trois repas. Et on n'était pas convenu de la nourriture et du repos. N’est-ce pas?" "Oui, ils n'étaient pas convenus." "Pourquoi alors les as-tu acceptés?" "Mais... Tu as dit: 'Je préfère agir ainsi pour que vous ne soyez pas trop lassés en revenant chez vous'. Et cela nous semblait trop beau... Ta nourriture était bonne, c'était une économie, c'était..." "C'était une faveur que je vous faisais gratuitement et personne ne pouvait y prétendre. N’est-ce pas?" "C'est vrai". "Je vous ai donc favorisés. Pourquoi vous lamentez-vous? C'est moi qui devrais me plaindre de vous qui, comprenant que vous aviez affaire à un bon maître, vous travailliez nonchalamment alors

que ceux qui étaient venus après vous, avec le bénéfice d'un seul repas, et les derniers sans repas, travaillaient avec plus d'entrain faisant en moins de temps le même travail que vous avez fait en douze heures. Je vous aurais trahis si, pour payer ceux-ci, je vous avais enlevé la moitié de votre salaire. Pas ainsi. Prends donc ce qui te revient et va-t-en. Voudrais-tu venir chez moi pour m'imposer tes volontés? Moi, je fais ce que je veux et ce qui est juste. Ne sois pas méchant et ne me porte pas à l'injustice. Je suis bon". O vous tous qui m'écoutez, je vous dis en vérité que Dieu le Père propose à tous les hommes les mêmes conditions et promet un même salaire. Celui qui avec zèle se met au service du Seigneur sera traité par Lui avec justice, même s'il n'a pas beaucoup travaillé à cause de l'imminence de sa mort. En vérité je vous dis que ce ne sont pas toujours les premiers qui seront les premiers dans le Royaume des Cieux, et que là-haut on verra de ceux qui étaient les derniers devenir les premiers et d'autres qui étaient les premiers être les derniers. Là on verra beaucoup d'hommes, qui n'appartiennent pas à Israël, plus saints que beaucoup d'Israël. Je suis venu appeler tout le monde, au nom de Dieu. Mais si les appelés sont nombreux, peu nombreux sont les choisis, car peu nombreux sont ceux qui veulent la Sagesse. N'est pas sage celui qui vit du monde et de la chair, et non pas de Dieu. Il n'est pas sage, ni pour la terre, ni pour le Ciel. Car sur la terre il s'attire des ennemis, des punitions, des remords. Et pour le 113 Ciel, il perd tout pour l'éternité. Je répète: soyez bons avec le prochain quel qu'il soit. Soyez obéissants, en laissant à Dieu le soin de punir celui qui donne des ordres injustes. Soyez continents en sachant résister aux sens, honnêtes en résistant à l’or. Soyez cohérents pour dire anathème à ce qui le mérite et à le refuser quand la chose vous semble juste, quitte ensuite à établir des relations avec ceux dont vous aviez d'abord maudit l'idée. Ne faites pas aux autres ce que vous ne vous ne voudriez pas qu'il vous soit fait, et alors...» «Mais va-t-en, ennuyeux prophète! Tu nous a gâté le marché!... Tu nous as enlevé les clients!...» crient les marchands en faisant irruption dans la cour... Et ceux qui avaient murmuré dans la cour aux premiers enseignements de Jésus - ce n'était pas seulement des phéniciens mais aussi des hébreux qui se trouvent dans la ville, pour je ne sais quel motif - s'unissent aux marchands pour insulter et menacer et surtout pour le chasser... Jésus ne plaît pas parce qu'il ne pousse pas au mal... Il croise les bras et regarde, attristé, solennel. Les gens, divisés en deux partis, en viennent aux mains pour défendre ou attaquer le Nazaréen. Insultes, louanges, malédictions, bénédictions, des apostrophes: «Ils ont raison les pharisiens. Tu es vendu à Rome, l'ami des publicains et des courtisanes», ou par contre: «Taisez-vous, blasphémateurs! C'est vous qui êtes vendus à Rome, phéniciens d'enfer!» «Vous êtes des Satans!» «Que l'Enfer vous engloutisse!» «Hors d'ici! Hors d'ici!» «Hors d'ici, voleurs qui venez faire le marché ici, usuriers» et cætera. Les soldats interviennent en disant: «Ce n’est pas Lui qui met le trouble! Il le subit!» Et avec leurs lances ils font évacuer la cour et ferment le portail. Il reste avec Jésus les trois frères prosélytes et les six disciples. «Mais comment vous est-il venu à l'idée de le faire parler?» demande le triaire aux trois frères. «Il y en a tant qui parlent!» répond Elie. «Oui. Et il n'arrive rien car ils enseignent ce qui plait à l'homme. Mais ce n’est pas cela que Lui enseigne, et ils ne le digèrent pas...» Le vieux soldat regarde avec attention Jésus qui est descendu de sa place et qui est debout, comme abstrait. Au dehors la foule est toujours en effervescence. Aussi on fait sortir d'autres troupes de la caserne et avec elles le centurion en personne. Ils frappent et se font ouvrir, alors que d'autres restent pour repousser aussi bien ceux qui crient: «Vive le Roi d'Israël!», 114 que ceux qui le maudissent. Le centurion s'amène inquiet et, en colère, s'en prend au vieil Aquila: «C'est ainsi que tu fais respecter Rome, toi? En laissant acclamer un roi étranger sur une terre soumise?» Le vieux soldat salue avec froideur et répond: «Il enseignait le respect et l'obéissance et il parlait d'un royaume qui n’est pas de cette terre. C'est pour cela qu'ils le haïssent. Car il est bon et respectueux. Je n'ai pas trouvé motif d'imposer le silence à quelqu'un qui n'attaquait pas notre loi.» Le centurion se calme et bougonne: «Alors c'est une nouvelle sédition de cette infecte racaille... C'est bien. Donnez l'ordre à l'homme de s'en aller immédiatement. Je ne veux pas d'histoires, ici. Obéissez et escortez-le hors de la ville dès que le chemin sera libre. Qu'il aille où il Lui plaira, aux enfers s'il le veut, mais qu'il sorte de ma juridiction. Compris?» «Oui. Nous le ferons.» Le centurion tourne le dos en faisant briller sa cuirasse et ondoyer son manteau pourpre, et il s'en va

sans même regarder Jésus. Les trois frères disent au Maître: «Nous sommes désolés...» «Ce n'est pas votre faute. Et ne craignez pas, vous n'en éprouverez pas de mal. C'est Moi qui vous le dis...» Les trois changent de couleur... Philippe dit: «Comment connais-tu notre peur?» Jésus sourit doucement, un rayon de soleil sur son visage attristé: «Je sais ce qu'il y a dans les coeurs et je connais l'avenir.» Les soldats, en attendant, se sont mis au soleil. Ils lorgnent, commentent... «Comment donc pourraient-ils nous aimer, s'ils le détestent Lui qui ne les opprime pas?» «Et qui fait des miracles, devrais-tu dire...» «Par Hercule! Quel est celui de nous qui est allé prévenir qu'il y avait un suspect?» «C'est Caïus!» «Celui qui fait du zèle! En attendant, nous avons manqué la soupe et je prévois que je vais perdre le baiser d'une fillette!... Ah!» «Epicurien! Où est ta belle?» «Je ne to le dirai sûrement pas à toi, ami!» «Elle est derrière le potier, du côté des Fondations. Je le sais. Je t'ai vu, il y a quelques soirs...» dit un autre. Le triaire, comme s'il passait, va vers Jésus et Lui tourne autour, 115 il le regarde, le regarde. Il ne sait que dire... Jésus lui sourit pour l'encourager. L'homme ne sait que faire... Mais il s'approche davantage. Jésus montre les cicatrices: «Toutes des blessures? Tu es un preux et un fidèle, alors...» Le vieux soldat rougit à ce compliment. «Tu as beaucoup souffert pour I'amour de ta Patrie et de ton empereur... Ne voudrais-tu pas souffrir un peu pour une plus grande Patrie: le Ciel? Pour un Empereur éternel: Dieu?» Le soldat secoue la tête et il dit: «Je suis un pauvre païen, mais il n’est pas dit que je n’arrive pas moi aussi à la onzième heure. Mais qui va m'instruire? Tu vois!... Ils te chassent. Et ce sont des blessures qui font mat, pas les miennes!... Moi, au moins, je les ai rendues aux ennemis. Mais Toi, que donnes-tu à ceux qui te blessent?» «Le pardon, soldat. Le pardon et l'amour.» «Moi, j'ai raison. Le soupçon qu'ils font peser sur Toi est stupide. Adieu, galiléen.» «Adieu, romain.» Jésus reste seul jusqu'à ce que les frères et les disciples reviennent avec des vivres. Les frères en offrent aux soldats pendant que les disciples en offrent à Jésus. Ils mangent sans appétit, au soleil, pendant que les soldats mangent et boivent joyeusement. Puis un soldat sort pour regarder sur la place silencieuse. «Nous pouvons aller» crie-t-il. «Ils sont tous partis. Il n'y a plus que les patrouilles.» Jésus se lève docilement, il bénit et réconforte les trois frères auxquels il donne un rendez-vous pour la Pâque au Gethsémani, et il sort, encadré par les soldats avec ses disciples humiliés qui viennent par derrière et ils suivent la route vide jusqu'à la campagne. «Salut, galiléen» dit le triaire. «Adieu, Aquila. Je t’en prie: ne faites pas de mal à Daniel, Elie et Philippe. C'est Moi seul le coupable. Dis-le au centurion.» «Je ne vais rien dire. A cette heure, il ne s'en souvient même plus, et les trois frères nous fournissent un bon ravitaillement, spécialement de ce vin de Chypre que le centurion aime plus que la vie. Sois tranquille. Adieu.» Ils se séparent. Les soldats repassent les portes. Jésus et les siens se dirigent vers l’est, à travers la campagne silencieuse. 116

18. LE BERGER ANNA CONDUIT JESUS VERB ACZIB Jésus s'achemine à travers une région très montagneuse. Ce ne sont pas des hautes montagnes mais une succession de montées et de descentes de collines et une quantité de torrents, joyeux en cette fraîche et nouvelle saison, limpides comme le ciel, jeunes comme les premières feuilles de plus en plus nombreuses sur les branches. Mais bien que la saison soit belle, joyeuse, capable de soulager le coeur, il ne semble pas que Jésus ait l'esprit très soulagé et encore moins que Lui les apôtres. Ils vont très silencieux dans le fond

d'une vallée. Des bergers et des troupeaux seulement se présentent à leurs yeux, mais Jésus ne paraît même pas les voir. C'est le soupir découragé de Jacques de Zébédée et ses paroles inattendues, fruit d'une réflexion soucieuse, qui attirent l'attention de Jésus... Jacques dit: «Et défaites sur défaites!... Il semble que nous soyons des maudits...» Jésus lui met la main sur l'épaule: «Ne sais-tu pas que c'est le sort des meilleurs?» «Hé! je le sais depuis que je suis avec Toi! Mais de temps à autre, il faudrait quelque chose de différent, et avant nous l'avions, pour remonter notre coeur et notre foi...» «Tu doutes de Moi, Jacques?» Quelle douleur fait trembler la voix du Maître! «Non!...» Le «non» n'est pas très assuré, en vérité. «Mais pour ce qui est de douter, tu doutes. De quoi, alors? Tu ne m'aimes plus comme autrefois? De me voir chassé, ridiculisé, ou même seulement laissé de côté sur ces confins phéniciens, a-t-il affaibli ton amour?» Des pleurs tremblent dans les paroles de Jésus, bien qu'il n'y ait pas de sanglots ni de larmes. C'est vraiment son âme qui pleure. «Pour cela non, mon Seigneur! Au contraire mon amour pour Toi augmente quand je te vois incompris, récusé, humilié, affligé. Et pour ne pas te voir ainsi, pour pouvoir changer le coeur des hommes, je serais prêt à donner ma vie en sacrifice. Tu dois me croire. Ne me brise pas le coeur, déjà si affligé, en pensant que tu doutes de mon amour. Autrement... Autrement je tomberais dans des excès. Je reviendrais en arrière, et j'exercerais une vengeance contre celui qui t'afflige, pour te prouver que je t'aime, pour t'enlever ce doute, et si j'étais pris et tué cela ne m'importerait en rien. Il me suffirait de t'avoir donné une preuve d'amour.» 117 «Oh! fils du tonnerre! D'où te vient cette véhémence? Veux-tu donc être une foudre exterminatrice?» Jésus sourit de la fougue et des projets de Jacques. «Oh! au moins je te vois sourire! C'est déjà un fruit de mes projets. Qu'en dis-tu, Jean? Devons-nous mettre en pratique ce que je pense pour soulager le Maître humilié par tant de refus?» «Oh! oui. Allons et mettons-nous à parler. Et s'ils l'insultent encore comme un roi de paroles, un roi de comédie, un roi sans argent, un roi fou, frappons dur pour qu'ils s'aperçoivent que le roi a aussi une armée de fidèles et qu'ils ne sont pas disposés à le laisser mépriser. La violence est utile en certaines choses. Allons, frère!» «Mais écoutez-les! Et Moi, qu'ai-je prêché pendant tant de temps? Oh! surprise des surprises! Même Jean, ma colombe, est devenu un épervier! Regardez-le, vous, comme il est laid, troublé, ébouriffé, déformé par la haine! Oh! honte! Et vous vous étonnez que des phéniciens restent indifférents, que des hébreux soient haineux, que des romains m'intiment l'expulsion, quand vous, les premiers, vous n'avez encore rien compris depuis deux années que vous êtes avec Moi, quand vous êtes devenus fiel par la haine que vous avez dans le coeur, quand vous rejetez de votre coeur ma doctrine d'amour et de pardon, quand vous l'expulsez comme une sottise, et accueillez comme une bonne alliée la violence! Oh! Père Saint! Cela, oui, c'est une défaite! Au lieu d'être comme autant d'éperviers qui aiguisent leurs becs et leurs griffes, ne vaudrait-il pas mieux que vous soyez des anges qui prient le Père de donner le réconfort à son Fils? Quand donc a-t-on vu un orage faire du bien par ses foudres et sa grêle? Eh bien, en souvenir de ce péché que vous avez commis contre la Charité, en souvenir du moment où j'ai vu affleurer sur votre visage l'animal-homme au lieu de l'homme-ange, que je veux toujours voir en vous, je vais vous surnommer "les fils du tonnerre".» Jésus est mi-sérieux quand il parle aux fils de Zébédée tout enflammés. Mais ses reproches ne durent pas devant leur repentir et, avec un visage que l'amour rend lumineux, il les serre contre son coeur en disant: «Et plus jamais, mauvais comme cela. Et merci pour votre amour. Et aussi pour le vôtre, amis» dit-il en s'adressant à André, Mathieu et les deux cousins. «Venez ici que je vous embrasse vous aussi. Mais ne savez-vous pas que si je n'avais pas d'autre joie que celle de faire la volonté de mon Père et votre amour, je serais toujours heureux même si le monde entier me 118 souffletait? Je suis triste, non pas pour Moi, pour mes défaites, comme vous dites, mais par pitié pour les âmes qui repoussent la Vie. Voilà, maintenant nous sommes tous contents, n’est-ce pas, grands enfants que vous êtes? Alors, allons. Allez trouver ces bergers qui sont en train de traire le troupeau et demandez un peu de lait, au nom de Dieu. N'ayez pas peur» dit-il en voyant l’air désolé des apôtres. «Obéissez avec foi. Vous aurez du lait et non des coups de bâton, même si l'homme est phénicien». Et les six s'en vont alors que Jésus les attend sur la route. Et il prie pendant ce temps, le Jésus affligé dont personne ne veut... Les apôtres reviennent avec un petit seau de lait et ils disent: «L'homme a dit que tu ailles là-bas, il doit te parler, mais il ne peut laisser les chèvres capricieuses aux petits bergers.» Jésus dit: «Alors allons manger leur pain.» Et ils vont tous sur la pente sur laquelle s'accrochent les chèvres capricieuses.

«Je te remercie du lait que tu m'as donné. Que veux-tu de Moi?» «Tu es le Nazaréen, n’est-ce pas? Celui qui fait des miracles?» «Je suis celui qui prêche le Salut Eternel. Je suis le Chemin pour aller au Dieu Vrai, la Vérité qui se donne, la Vie qui vous vivifie. Je ne suis pas un sorcier qui fait des prodiges. Ceux-ci sont les manifestations de ma bonté et de votre faiblesse, qui a besoin de preuves pour croire. Mais que veux-tu de Moi?» «Voilà... Tu étais il y a deux jours à Alexandroscène?» «Oui. Pourquoi?» «Moi aussi j'y étais avec mes chevrettes et quand j'ai compris qu'il y avait de la bagarre j'ai filé, parce qu'on a l'habitude de les provoquer pour voler ce qui se trouve sur les marchés. Ce sont tous des voleurs: les phéniciens... comme les autres. Je ne devrais pas le dire car mon père était prosélyte et ma mère syrienne, prosélyte moi aussi. Mais c'est la vérité. Bien. Revenons à notre récit. Je m'étais mis dans une étable avec mes bêtes, en attendant le char de mon fils. Et le soir, au sortir de la ville, j'ai rencontré une femme en pleurs avec une fillette dans les bras. Elle avait fait huit milles pour venir vers Toi, parce qu'elle habite hors de la ville, dans la campagne. Je lui ai demandé ce qu'elle avait. C'est une prosélyte. Elle était venue pour vendre et acheter. Elle avait entendu parler de Toi. Et l'espoir lui était venu au coeur. Elle était accourue à la maison. Elle avait pris sa fillette. Mais avec un fardeau, on marche lentement! Quand elle fut au magasin des frères, tu n'y étais plus. Eux, les frères, lui ont dit: "Ils l'ont chassé. Mais il nous a dit hier 119 soir qu'il refera les escales de Tyr". Moi - je suis père moi aussi - je lui ai dit: "Et alors va là-bas". Mais elle m'a répondu: "Et, si après ce qui est arrivé, il passe par d'autres chemins pour retourner en Galilée?". Je lui ai dit: "Oh! écoute. Ce sera une des deux routes des frontières. Moi, je fais paître mes troupeaux entre Rohob et Lesemdan, justement sur la route des frontières entre ici et Nephtali. Si je le vois, je le Lui dis. Parole de prosélyte". Et voilà je to l'ai dit.» «Et que Dieu t'en récompense. J'irai trouver la femme. Je dois retourner à Aczib.» «Tu vas à Aczib? Alors nous pourrons faire route ensemble si tu ne dédaignes pas un berger.» «Je ne dédaigne personne. Pourquoi vas-tu à Aczib?» «Parce que là, j'ai des agneaux. A moins que... je n'en aie plus.» «Pourquoi?» «Parce qu'il y a la maladie... Je ne sais pas si c'est de la sorcellerie ou autre chose. Je sais que mon beau troupeau est devenu malade. C'est pour cela que j'ai amené ici les chèvres, qui sont encore saines, pour les séparer des brebis. Ici vont rester mes deux fils. Maintenant ils sont à la ville pour les commissions. Mais je retourne là... pour les voir mourir, mes belles brebis laineuses...» L'homme soupire... Il regarde Jésus et il s'excuse: «Te parler à Toi, qui es Celui qui est, de ces choses et t'affliger, Toi certainement déjà affligé de la façon dont ils te traitent, c'est de la sottise. Mais les brebis, nous les aimons et c'est notre fortune, sais-tu?» «Je comprends, mais elles vont guérir. Ne les as-tu pas fait voir à des gens qui s'y connaissent?» «Oh! Ils m'ont tous dit la même chose: "Tue-les et vends leurs peaux. Il n'y a rien d'autre à faire" et même ils m'ont menacé si je les fais sortir... Ils ont peur de la maladie pour les leurs. Je dois les garder ainsi enfermées... et elles meurent en plus grand nombre. Ils sont méchants, tu sais? ceux de Aczib...» Jésus dit simplement: «Je le sais.» «Moi, je dis qu'ils me les ont ensorcelées...» «Non. Ne crois pas ces histoires... Quand tes fils vont venir, vas-tu partir tout de suite?» «Tout de suite. Ils vont être ici dans un moment. Est-ce que ce sont tes disciples, eux? N'y a-t-il qu'eux seuls?» «Non, j'en ai encore d'autres.» «Et pourquoi ne viennent-ils pas ici? Une fois, près de Méron, j'ai rencontré un groupe de ceux-ci. Ils avaient à leur tête un berger. 120 C'est ce qu'on disait. C'était un homme grand, robuste, qui s'appelait Elie. C'était en octobre, me semble-t-il, avant ou après les Tabernacles. Maintenant il t'a quitté?» «Aucun disciple ne m'a quitté.» «On m'avait dit que...» «Quoi?» «Que tu... que les pharisiens... En somme que les disciples t'avaient quitté par peur, et parce que tu étais un...» «Un démon. Dis-le simplement. Je le sais. Double mérite pour toi, qui crois malgré cela.» «Et pour ce mérite, ne pourrais-tu pas... mais peut-être je demande une chose sacrilège...» «Dis-la. Si elle est mauvaise, je te le dirai.» «Ne pourrais-tu pas, en passant, bénir mon troupeau?» l'homme est tout angoissé...

«Je vais bénir ton troupeau. Celui-ci...» et il lève la main pour bénir les chèvres éparses, «...et celui des brebis. Crois-tu que ma bénédiction les sauve?» «Comme tu sauves les hommes des maladies, ainsi tu pourras sauver les bêtes. On dit que tu es le Fils de Dieu. Les brebis, c'est Dieu qui les a créées. Ce sont donc des choses du Père. Moi... je ne savais pas s'il était respectueux de te le demander. Mais si c'est possible, fais-le, Seigneur, et je porterai au Temple de grandes offrandes de louange. Ou plutôt, non! Je te les donnerai pour les pauvres et ce sera mieux.» Jésus sourit et se tait. Les fils du berger arrivent, et peu après Jésus avec les siens et le vieux berger partent, en laissant les jeunes gens à la garde des chèvres. Ils marchent rapidement, dans l'intention d'arriver vite à Cédès pour en sortir aussitôt en essayant de rejoindre la route qui va de la mer vers l'intérieur. Ce doit être la même, qui bifurque au pied du promontoire, qu'ils ont faite en allant à Alexandroscène. Du moins c'est ce que je comprends d'après les conversations du berger avec les disciples. Jésus est en avant tout seul. «Mais n'aurons-nous pas d'autres ennuis?» demande Jacques d'Alphée. «Cédès ne dépend pas de ce centurion. Elle est hors des frontières phéniciennes. Les centurions, il suffit de ne pas les piquer, ils se désintéressent de la religion.» «Et puis nous ne nous y arrêtons pas...» «Arriverez-vous à faire plus de trente milles en un jour?» 121 demande le berger. «Oh! nous sommes des pèlerins perpétuels!» Ils marchent sans arrêt... Ils arrivent à Cédès et la dépassent sans incidents. Ils prennent la route directe. Sur la borne est indiquée Aczib. Le berger la montre en disant: «Demain, nous y serons. Cette nuit, vous viendrez avec moi. Je connais des paysans des vallées, mais beaucoup sont dans les frontières phéniciennes... C'est bien! Nous sortirons des frontières, et sûrement on ne nous découvrira pas tout de suite... Oh! la surveillance! Il vaudrait mieux l'exercer pour les voleurs!...» Le soleil tombe et les vallées n'aident certainement pas à garder sa lumière, boisées comme elles le sont. Mais le berger est au courant et il va avec assurance. Ils arrivent à un petit village, exactement une poignée de maisons. «S'ils nous donnent l'hospitalité ici, ce sont des israélites. Nous sommes vraiment sur les frontières. S'ils ne veulent pas de nous, nous irons dans un autre village qui est phénicien.» «Je n'ai pas de préventions, homme.» Ils frappent à une maison. «Toi, Anna? Avec des amis? Viens, viens et que Dieu soit avec toi» dit une femme très âgée. Ils entrent dans une vaste cuisine que réjouit un grand feu. Une famille nombreuse de tous les âges, est réunie à table, mais courtoisement fait place à ceux qui viennent d'arriver. «Voici Jonas. Voilà sa femme, ses enfants, ses petits-enfants et les belles-filles. Une famille patriarcale, fidèle au Seigneur» dit le berger Anna à Jésus. Et puis, se tournant vers le vieux Jonas: «Et celui qui est avec moi, c'est le Rabbi d'Israël celui que tu désirais connaître.» «Je bénis Dieu de Lui donner l'hospitalité et d'avoir de la place, ce soir. Et je bénis le Rabbi d'être venu dans ma maison, et je demande sa bénédiction.» Anna explique que la maison de Jonas est comme une auberge pour les pèlerins qui vont de la mer vers l'intérieur. Tous s'assoient dans la cuisine chaude et les femmes servent les nouveaux arrivés. Il y a un tel respect qu'il en est paralysant. Mais Jésus détend la situation en prenant autour de Lui, tout de suite après le repas, les nombreux enfants et en s'intéressant à eux qui tout de suite fraternisent. Et derrière eux, dans le bref espace de temps qui sépare le souper du repos, les hommes de la maison 122 s'enhardissent racontant ce qu'ils ont appris du Messie et demandant de nouveaux détails. Et Jésus rectifie, confirme, explique avec bienveillance, dans une paisible conversation, jusqu'à ce que pèlerins et gens de la famille aillent se reposer après que Jésus les ait tous bénis.

19. LA MERE CANANEENNE

«Le Maître est-il avec toi?» demande le vieux paysan Jonas à Jude Thaddée qui entre dans la cuisine. Déjà le feu est allumé pour chauffer le lait et réchauffer la pièce, car il fait un peu froid dans ces premières heures d'une matinée de fin janvier, je crois, ou de début février. La matinée est très belle mais le froid est un peu piquant. «Il doit être sorti pour prier. Il sort souvent à l'aube, quand il sait qu'il peut être seul. Il va bientôt arriver. Pourquoi le demandes-tu?» «Je l'ai demandé aussi aux autres, qui maintenant se sont dispersés pour le chercher, car il y a une femme à côté, avec mon épouse. C'est une femme d'un village d'au-delà de la frontière et je ne sais pas vraiment dire comment elle a su que le Maître est ici, mais elle le sait et elle veut Lui parler.» «C'est bien. Elle Lui parlera. Peut-être est-elle celle qu'il attend, avec une fillette malade. C'est son esprit qui l'aura conduite ici.»~ «Non. Elle est seule, elle n'a pas d'enfant avec elle. Je la connais bien, parce que les villages sont si voisins... et la vallée appartient à tous. Et puis, moi je pense qu'il ne faut pas être cruel avec les voisins, même phéniciens, pour servir le Seigneur. Je peux me tromper mais...» «C'est aussi ce que dit toujours le Maître, qu'il faut avoir pitié de tous. » «C'est ce qu'il fait, n’est-ce pas?» «Oui. » «Anna m'a dit aussi, que même maintenant on le traite mal. Mal, toujours mal!... En Judée, comme en Galilée, partout. Pourquoi donc Israël est-il si mauvais avec son Messie? Je veux parler des plus grands parmi nous d'Israël, car le peuple l'aime.» «Comment sais-tu ces choses?» 123 «Oh! je vis ici, au loin, mais je suis un fidèle israélite. Il me suffit d'aller au Temple pour les fêtes d'obligation pour savoir tout le bien et tout le mal! Et le bien on le connaît moins que le mal, parce que le bien est humble et ne fait pas de réclame. Les bénéficiaires devraient le proclamer, mais peu nombreux sont ceux qui sont reconnaissants après avoir reçu des grâces. L'homme reçoit le bienfait et il l'oublie... Le mal, au contraire, fait résonner ses trompettes et il fait retentir ses paroles, même aux oreilles de ceux qui ne veulent pas entendre. Vous, qui êtes ses disciples, ne savez-vous pas à quel point, au Temple, on dénigre et on accuse le Messie? Les scribes ne font plus d'instructions que sur son compte. Je crois qu'ils se sont fait un recueil d'instructions sur la manière d'accuser le Maître et de faits qu'ils présentent comme des motifs valables d'accusation. Et il faut avoir la conscience très droite et ferme et libre, pour savoir résister et juger avec sagesse. Lui, est-il au courant de ces manoeuvres?» «Il les connaît toutes. Et nous, plus ou moins, nous sommes aussi au courant, mais Lui ne s'en frappe pas. Il continue son travail et le nombre des disciples ou des croyants augmente chaque jour.» «Que Dieu veuille qu'ils tiennent jusqu'à la fin, mais l'homme est instable dans ses pensées. Il est faible... Voici le Maître qui vient vers la maison avec trois disciples.» Et le vieillard sort, suivi de Jude Thaddée, pour vénérer Jésus qui, plein de majesté, se dirige vers la maison. «La paix soit avec toi, aujourd'hui et toujours, Jonas.» «Gloire et paix avec Toi, Maître, toujours.» «La paix à toi, Jude. André et Jean ne sont-ils pas encore revenus?» «Non, et je ne les ai pas entendus sortir. Personne. J'étais fatigué et j'ai dormi comme une souche.» «Entre, Maître. Entrez. L'air est frais ce matin. Dans le bois il devait faire très froid. Il y a ici du lait chaud pour tout le monde.» Ils sont en train de boire le lait et tous, sauf Jésus, y trempent de bons morceaux de pain, quand surviennent André et Jean avec Anna, le berger. «Ah! tu es ici? Nous revenions pour dire que nous ne t'avions pas trouvé...» s'écrie André. Jésus donne le salut de paix aux trois, et ajoute: «Vite, prenez votre part et partons car je veux être, avant le soir, au moins au pied de la montagne d'Aczib. Ce soir commence le sabbat.» «Mais, mes brebis?» 124 Jésus sourit et répond: «Elles seront guéries après que je les aurai bénies.» «Mais je suis à l'orient de la montagne! Et Toi, pour cette femme, to vas au couchant...» «Laisse faire Dieu, et Lui pourvoira à tout.» Le repas est fini, et les apôtres montent prendre les sacs de voyage pour le départ. «Maître... cette femme qui est là... tu ne l'écoutes pas?»

«Je n'ai pas le temps, Jonas. La route est longue et, du reste, je suis venu pour les brebis d'Israël. Adieu, Jonas. Que Dieu te récompense de ta charité. Ma bénédiction est sur toi et sur tous tes parents. Allons.» Mais le vieillard se met à crier à tue-tête: «Enfants! Femmes! Le Maître part! Accourez!» Et comme une nichée de poussins éparpillés dans un pailler accourent au cri de la mère poule qui les appelle, ainsi de tous les côtés de la maison accourent femmes et hommes occupés à leurs travaux ou encore à moitié endormis, et les enfants à moitié nus qui sourient avec leurs visages à peine éveillés... Ils se serrent autour de Jésus qui est au milieu de l’aire, et les mères enveloppent les enfants dans leurs jupes pour les garantir de l’air, ou bien les serrent dans leurs bras jusqu'à ce qu'une servante accoure avec des petits vêtements qui sont vite passés. Mais voilà qu'accourt une femme qui n’est pas de la maison, une pauvre femme en pleurs, honteuse... Elle marche courbée, presque en rampant et, arrivée près du groupe au milieu duquel se trouve Jésus, elle se met à crier: «Aie pitié de moi, ô Seigneur, Fils de David! Ma fillette est toute tourmentée par le démon qui lui fait faire des choses honteuses. Aie pitié parce que je souffre tant et que je suis méprisée par tous à cause de cela. Comme si ma fille était responsable de faire ce qu'elle fait... Aie pitié, Seigneur, Toi qui peux tout. Elève ta voix et ta main et commande à l’esprit impur de sortir de Palma. Je n'ai que cette enfant et je suis veuve... Oh! ne t’en va pas! Pitié!...» En effet Jésus qui a fini de bénir les membres de la famille et qui a réprimandé les adultes d'avoir parlé de sa venue - et eux s'excusent en disant: «Nous n'avons pas parlé, crois-le, Seigneur!» - s'en va montrant une dureté inexplicable envers la pauvre femme qui se traîne sur les genoux en tendant des bras suppliants, haletante alors qu'elle dit: «C'est moi, moi qui t'ai vu hier pendant que tu passais le torrent, et j'ai entendu qu'on tu disait: "Maître". Je vous 125 ai suivis parmi les buissons et j'ai entendu leurs conversations. J'ai compris qui tu es... Et ce matin, je suis venue alors qu'il faisait encore nuit, pour rester ici sur le seuil comme un petit chien jusqu'au moment où Sara s'est levée et m'a fait entrer. Oh! Seigneur, pitié! Pitié! D'une mère et d'une petite!» Mais Jésus marche rapidement, sourd à tout appel. Ceux de la maison disent à la femme: «Résigne-toi! Il ne veut pas t'écouter. Il l'a dit: c'est pour ceux d'Israël qu'il est venu...» Mais elle se lève, à la fois désespérée et pleine de foi, et elle répond: «Non. Je le prierai tant qu'il m'écoutera.» Et elle se met à suivre le Maître ne cessant de crier ses supplications qui attirent sur le seuil des maisons du village tous ceux qui sont éveillés et qui, comme ceux de la maison de Jonas, se mettent à la suivre pour voir comment la chose va finir. Les apôtres pendant ce temps se regardent entre eux étonnés et ils murmurent: «Pourquoi agit-il ainsi? Il ne l'a jamais fait!...» Et Jean dit: «A Alexandroscène il a pourtant guéri ces deux.» «C'étaient des prosélytes, pourtant» répond le Thaddée. «Et celle qu'il va guérir maintenant?» «Elle est prosélyte, elle aussi» dit le berger Anna. «Oh! mais que de fois il a guéri aussi des gentils ou des païens! La petite romaine, alors?...» dit André désolé, qui ne sait pas se tranquilliser de la dureté de Jésus envers la femme cananéenne. «Je vais vous dire ce qu'il y a» s'exclame Jacques de Zébédée. «C'est que le Maître est indigné. Sa patience est à bout, devant tant d'assauts de la méchanceté humaine. Ne voyez-vous pas comme il est changé? Il a raison! Désormais il ne va se donner qu'à ceux qu'il connaît. Et il fait bien!» «Oui. Mais en attendant, elle nous suit en criant, avec une foule de gens à sa suite. Lui, s'il veut passer inaperçu, a trouvé moyen d'attirer l'attention même des arbres...» bougonne Mathieu. «Allons Lui dire de la renvoyer... Regardez ici le beau cortège qui nous suit! Si nous arrivons ainsi sur la route consulaire, nous allons être frais! Et elle, s'il ne la chasse pas, ne va pas nous lâcher...» dit le Thaddée fâché, qui de plus se retourne et dit à la femme: «Tais-toi et va-t-en!» Et ainsi fait Jacques de Zébédée. Mais la femme ne s'impressionne pas des menaces et des injonctions et continue de supplier. «Allons le dire au Maître, qu'il la chasse, Lui, puisqu'il ne veut pas l'écouter. Cela ne peut pas durer ainsi!» dit Mathieu, alors qu'André murmure: «La pauvre!» et Jean ne cesse de répéter: «Moi, 126 je ne comprends pas... Moi, je ne comprends pas...» Il est bouleversé, Jean, de la façon d'agir de Jésus. Mais désormais, en accélérant leur marche, ils ont rejoint le Maître qui s'en va rapidement comme si on le poursuivait. «Maître! Mais renvoie cette femme! C'est un scandale! Elle crie derrière nous! Elle nous fait remarquer de tout le monde! La route se remplit toujours plus de passagers... et beaucoup la suivent. Dis-lui qu'elle s'en aille.» «Dites-le-lui, vous. Moi, je lui ai déjà répondu.»

«Elle ne nous écoute pas. Allons! Dis-le-lui, Toi. Et avec sévérité.» Jésus s'arrête et se retourne. La femme prend cela pour un signe de grâce, et elle hâte le pas, elle élève le ton déjà aigu de sa voix et son visage pâlît car son espoir grandit. «Tais-toi, femme, et retourne chez toi! Je l'ai déjà dit: "Je suis venu pour les brebis d'Israël". Pour guérir les malades et rechercher celles d'entre elles qui sont perdues. Toi, tu n'es pas d'Israël Mais la femme est déjà à ses pieds et les baise en l'adorant et en tenant serrées ses chevilles, comme si elle était une naufragée qui a trouvé un rocher où se réfugier, et elle gémit: «Seigneur, viens à mon secours! Tu le peux, Seigneur. Commande au démon, Toi qui es saint... Seigneur, Seigneur, tu es le Maître de tout, de la grâce comme du monde. Tout t'est soumis, Seigneur. Je le sais. Je le crois. Prends donc ce qui est en ton pouvoir et sers-t-en pour ma fille.» «Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants de la maison et de le jeter aux chiens de la rue.» «Moi, je crois en Toi. En croyant, de chien de la rue je suis devenue chien de la maison. Je to l'ai dit: je suis venue avant l'aube me coucher sur le seuil de la maison où tu étais, et si tu étais sorti de ce côté là, to aurais buté contre moi. Mais tu es sorti de l'autre côté et tu ne m'as pas vue. Tu n'as pas vu ce pauvre chien tourmenté, affamé de ta grâce, qui attendait pour entrer en rampant où tu étais, pour te baiser ainsi les pieds, en te demandant de ne pas le chasser...» «Il n'est pas bien de jeter le pain des enfants aux chiens» répète Jésus. «Mais pourtant les chiens entrent dans la pièce où le maître mange avec ses enfants, et ils mangent ce qui tombe de la table, ou les restes que leur donnent les gens de la maison, ce qui ne sert plus. Je ne te demande pas de me traiter comme une fille et de me 127 faire asseoir à ta table. Mais donne-moi, au moins, les miettes...» Jésus sourit. Oh! comme son visage se transfigure dans ce sourire de joie!... Les gens, les apôtres, la femme, le regardent avec admiration... sentant que quelque chose va arriver. Et Jésus dit: «Oh! femme! Grande est ta foi. Et par elle tu consoles mon esprit. Va donc, et qu'il te soit fait comme tu veux. Dès ce moment, le démon est sorti de ta petite. Va en paix. Et comme de chien perdu tu as su vouloir être chien domestique, ainsi sache à l'avenir être fille, assise à la table du Père. Adieux.» «Oh! Seigneur! Seigneur! Seigneur!... Je voudrais courir pour voir ma Palma chérie... Je voudrais rester avec Toi, te suivre! Béni! Saint!» «Va, va, femme. Va en paix.» Et Jésus reprend sa route alors que la cananéenne, plus agile qu'une enfant, s'éloigne en courant, suivie de la foule curieuse de voir le miracle... «Mais pourquoi, Maître, l'as-tu faite tant prier pour ensuite l'écouter?» demande Jacques de Zébédée. «A cause de toi et de vous tous. Cela n’est pas une défaite, Jacques. Ici, je n'ai pas été chassé, ridiculisé, maudit... Que cela relève votre esprit abattu. J'ai déjà eu aujourd'hui ma nourriture très douce. Et j'en bénis Dieu. Et maintenant allons trouver cette autre qui sait croire et attendre avec une foi assurée.» «Et mes brebis, Seigneur? Bientôt je devrai prendre une autre route que la tienne pour aller à ma pâture...» Jésus sourit, mais ne répond pas. Il est beau d'aller, maintenant que le soleil réchauffe l’air et fait resplendir comme des émeraudes les feuilles nouvelles des bois et les herbes des prairies, changeant en chaton tout calice de fleur à cause des gouttes de rosée qui brillent dans les pétales multicolors des fleurettes des champs. Et Jésus va, souriant. Et les apôtres, qui ont subitement repris courage, le suivent en souriant... Ils arrivent au carrefour. Le berger Anna, mortifié, dit: «C'est ici que je devrais te quitter... Tu ne viens donc pas guérir mes brebis? Moi aussi, j'ai foi, et je suis prosélyte... Me promets-tu, au moins, de venir après le sabbat?» «Oh! Anna! Mais tu n'as pas encore compris que tes brebis sont guéries depuis le moment où j'ai levé la main vers Lesemdan? Va donc, toi aussi, pour voir le miracle et bénir le Seigneur.» 128 Je crois que la femme de Loth, quand elle eut été changée en sel, n'a pas été différente du berger qui est resté comme il était, un peu incliné mais la tête relevée vers Jésus pour le regarder, un bras à demi tendu en l’air... Il semble être une statue. Et on pourrait lui mettre l'inscription: «Le Suppliant.» Mais ensuite il se redresse et se prosterne, en disant: «Béni, sois-tu! Toi, bon! Toi, saint!... Mais je t'ai promis beaucoup d'argent, et ici, je n'ai que quelques drachmes... Viens, viens chez moi après le sabbat...» «Je viendrai, non pour l'argent mais pour to bénir encore pour ta simple foi. Adieu, Anna. La paix soit avec toi.» Et ils se séparent...

«Et cela aussi, n'est pas une défaite, amis! Et ici aussi, je n'ai pas été ridiculisé, chassé et maudit!... Allons! Il y a une mère qui nous attend depuis plusieurs jours...» Et la marche continue, avec un petit arrêt pour manger du pain et du fromage et boire à une source... Le soleil est au midi quand on voit apparaître le carrefour. «Voici le commencement des escales de Tyr là, au fond» dit Mathieu. Et il se réjouit à la pensée que la plus grande partie du parcours est faite. Justement, adossée à une borne romaine, il y a une femme. A ses pieds, sur un strapontin, une fillette sur les sept ou huit ans. La femme regarde dans toutes les directions, vers les escales dans les rochers, vers la route de Ptolémaïs, vers celle que parcourt Jésus, et de temps à autre elle se penche pour caresser sa petite, pour lui garantir la tête du soleil avec une toile, lui recouvrir les pieds et les mains avec un châle... «Voilà la femme! Mais où aura-t-elle dormi pendant ces jours?» demande André. «Peut-être dans cette maison tout près du carrefour. Il n'y a pas d'autres maisons dans le voisinage» répond Mathieu. «Ou à la belle étoile» dit Jacques d'Alphée. «Non. A cause de la fillette, non» répond son frère. «Oh! pour obtenir la grâce!...» dit Jean. Jésus ne parle pas, mais il sourit. Tous en rang, trois d'un côté, trois de l'autre, avec Lui au milieu, ils occupent la route à cette heure de pose des voyageurs, occupés à manger là où les a pris le milieu du jour. Jésus sourit, grand, beau, au milieu du rang. Et il semble que toute la lumière du soleil se soit concentrée sur son visage, tant il est radieux. Il semble émettre des rayons. 129 La femme lève les yeux... Ils sont désormais à une cinquantaine de mètres. Peut-être Jésus a attiré son attention, distraite par une plainte de la fille, par son regard fixé sur elle. Elle regarde... Elle porte les mains à son coeur par un mouvement involontaire, provoqué par l'angoisse, elle sursaute. Jésus épanouit son sourire. Et ce sourire resplendissant, inexprimable, doit dire tant de choses à la femme qui, non plus anxieuse mais souriante, comme si déjà elle éprouvait son futur bonheur, se penche pour prendre sa petite et la levant de son strapontin, la portant les bras tendus, comme si elle l'offrait à Dieu, elle s'avance et quand elle est arrivée aux pieds de Jésus, elle s'agenouille en levant le plus qu'elle peut la fillette allongée qui regarde, extasiée, le très beau visage de Jésus. La femme ne dit pas un mot. Et que doit-elle dire de plus profond que ce qu'elle dit par toute son attitude?... Et Jésus ne dit qu'une seule parole, petite, mais puissante, mais béatifiante comme le «Fiat» de Dieu dans la création du monde: «Oui.» Et il pose sa main sur la petite poitrine de l'enfant étendue. Et l'enfant, avec un cri d'alouette libérée de la cage, crie: «Maman!» et elle s'assied tout d'un coup, glisse à ses pieds, et embrasse sa mère qui, épuisée, vacille et va tomber à la renverse, s'évanouissant par suite de la fatigue, de l'angoisse subitement apaisée, de la joie qui dépasse les forces du coeur déjà affaibli par tant de souffrances passées. Jésus la soutient promptement. Son intervention est plus efficace que celle de la fillette qui, alourdissant de son poids les bras maternels, ne l'aide pas précisément à la soutenir. Jésus la fait asseoir et fait passer la force en elle... Et il la regarde pendant que des larmes muettes descendent sur le visage à la fois fatigué et bienheureux de la femme. Puis viennent les paroles: «Merci, mon Seigneur! Merci et bénédictions! Mon espérance a été couronnée... Je t'ai tant attendu... Mais maintenant je suis heureuse...» La femme, après avoir surmonté son évanouissement, se remet à genoux, adorant, tenant devant elle la fillette que Jésus caresse. Elle explique: «Il y a deux ans que dans l'échine un os se détériorait la paralysant et l'amenant à la mort lentement et en la faisant beaucoup souffrir. Nous l'avions fait voir à des médecins d'Antioche, de Tyr, de Sidon et même de Césarée et de Panéade, faisant tant de dépenses pour les médecins et les remèdes que nous avons 130 dù vendre la maison que nous avions en ville et nous retirer dans celle de campagne, et congédier les serviteurs de la maison pour ne garder que ceux de la campagne, vendre nos productions qu'auparavant nous consommions... Et rien ne servait! Je t'ai vu. Je savais ce que tu fais ailleurs. J'ai espéré ta grâce aussi pour moi... Et je l'ai eue! Maintenant je retourne à la maison, légère, joyeuse... et à mon époux, je donnerai la joie... A mon Jacques, lui qui m'a mis au coeur l'espérance, en me racontant ce qui

était arrivé par ta puissance en Galilée et en Judée. Oh! si nous n'avions pas craint de ne pas te trouver, nous serions venus avec la fillette. Mais tu es toujours en route!...» «En cheminant, je suis venu vers toi... Mais où as-tu séjourné pendant ces jours?» «Dans cette maison... Mais la nuit, la fillette seule y restait. Il y a là une brave femme: elle en prenait soin à ma place pendant la nuit. Moi, je suis restée toujours ici, par crainte de te manquer si tu passais de nuit.» Jésus lui met la main sur la tête: «Tu es une bonne mère. Dieu t'aime à cause de cela. Tu vois qu'Il t'a aidée en tout.» «Oh! oui! Je l'ai bien senti pendant que je venais. J'étais venue de la maison à la ville, croyant t'y trouver, par conséquent avec peu d'argent et seule. Puis, suivant le conseil de l'homme, j'ai poursuivi ma route pour ce lieu. J'ai envoyé prévenir à la maison et je suis venue... et il ne m'a rien manqué. Ni pain, ni abri, ni force.» «Toujours avec ce fardeau dans les bras? Ne pouvais-tu pas louer un char?...» demande peiné Jacques d'Alphée. «Non. Elle aurait trop souffert, à en mourir. C'est dans les bras de sa mère que ma Jeanne est venue à la Grâce.» Jésus caresse leurs cheveux à toutes les deux: «Maintenant partez et soyez toujours fidèles au Seigneur. Que le Seigneur soit avec vous et qu'avec vous soit ma paix.» Jésus reprend sa marche sur la route qui va à Ptolémaïs. «Et cela aussi n'est pas une défaite, amis. Et ici aussi, je n'ai été ni chassé, ni ridiculisé, ni maudit.» En suivant la route directe, ils ont vite fait de rejoindre la maréchalerie, près du pont. Le maréchal romain se repose au soleil, assis contre le mur de la maison. Il reconnaît Jésus et le salue. Jésus lui rend son salut et il ajoute: «Me permets-tu de rester ici, pour reposer un peu et manger un peu de pain?» «Oui, Rabbi. Ma femme voulait te voir... car je lui ai dit ce que j'avais entendu de ton discours de l'autre fois. Esther est hé131 braïque. Mais je n'osais te le dire, moi je suis romain. Je te l'aurais envoyée...» «Appelle-la donc.» Et Jésus s'assoit sur le banc qui est contre le mur, alors que Jacques de Zébédée distribue le pain et le fromage... Une femme d'environ quarante ans sort, confuse, rouge de honte. «La paix à toi, Esther. Il t’est venu le désir de me connaître? Pourquoi?» «A cause de ce que tu as dit... Les rabbins nous méprisent, nous, qui avons épousé un romain... Mais mes enfants je les ai tous portés au Temple et les garçons sont tous circoncis. Je l'ai dit d'avance à Titus, quand il voulait m'épouser... Et lui est bon... Il me laisse toujours faire avec les enfants. Coutumes, rites, tout est hébraïque ici!... Mais les rabbins, les chefs de synagogues, nous maudissent. Toi, pas... Tu as des paroles de pitié-pour nous... Oh! sais-tu ce que c'est pour nous? C'est comme sentir autour de soi les bras du père et de la mère qui nous ont répudiées et maudites, ou qui sont sévères avec nous... C'est comme remettre les pieds dans la maison que l'on a quittée et ne plus s'y sentir étrangère... Titus est bon. Pendant nos fêtes, il ferme la maréchalerie en perdant ainsi beaucoup d'argent et il m'accompagne avec les enfants au Temple, car il dit que l'on ne peut rester sans religion. Lui dit que la sienne est celle de la famille et du travail, comme auparavant c'était celle du devoir de soldat... Mais moi, Seigneur... j'ai voulu te demander une chose... Tu as dit que ceux qui suivent le vrai Dieu doivent prélever un peu de leur levain saint et le mettre dans la bonne farine pour la faire fermenter saintement. Je l'ai fait avec mon époux. J'ai cherché, pendant ces vingt années que nous sommes ensemble, de travailler son âme qui est bonne avec le levain d'Israël. Mais lui ne se décide jamais... et il est âgé... Je le voudrais avec moi dans l'autre vie... Unis par la foi, comme nous le sommes par l'amour... Je ne te demande pas la richesse, le bien-être, la santé. Ce que nous avons nous suffit, Dieu en soit loué! Mais cela, je le voudrais... Prie pour mon époux! Qu'il appartienne au vrai Dieu...» «Oui, il aura cette grâce. Sois-en assurée. Tu demandes une chose sainte et tu l'auras. Tu as compris les devoirs de la femme envers Dieu et envers son époux. Il faudrait qu'il en fût ainsi de toutes les épouses! En vérité je te dis que beaucoup devraient t’imiter. Continue d'être ainsi, et tu auras la joie d'avoir ton Titus à tes côtés, 132 dans la prière et au Ciel. Fais-moi voir tes enfants.» La femme appelle ses nombreux enfants: «Jacob, Judas, Lévi, Marie, Jean, Anne, Elise, Marc» et puis elle entre dans la maison et en revient avec un enfant qui marche à peine et une autre de trois mois, au plus: «Et lui est Isaac, et la toute petite c'est Judith» dit-elle en terminant la présentation. «Abondance!» dit en riant Jacques de Zébédée. Et Jude s'écrie: «Six garçons! Et tous circoncis! Et avec des noms purs! Bravo!»

La femme est heureuse et elle fait l'éloge de Jacob, Judas et Lévi qui aident leur père «tous les jours sauf le sabbat, jour où Titus travaille seul pour mettre les fers faits d'avance» dit-elle. Et elle loue Marie et Anne «qui aident leur mère.» Mais elle ne se fait pas faute de louer les quatre plus petits «bons et sans caprices. Titus m'aide à les éduquer, lui qui a été un soldat discipliné» dit-elle en regardant affectueusement l'homme qui, adossé à l'huisserie, une main sur la hanche, a écouté tout ce qu'a dit sa femme avec un franc sourire sur son visage ouvert et qui maintenant se rengorge en entendant rappeler ses mérites de soldat. «Très bien. La discipline des armes n'est pas odieuse à Dieu quand se fait avec humanité le propre devoir du soldat. Le tout c'est d'être toujours moralement honnête, dans tout travail, pour être toujours vertueux. Cette discipline d'autrefois, que tu fais passer dans tes enfants, doit te préparer à un service plus haut: à celui de Dieu. Maintenant nous te quittons. J'aurai bien juste le temps d'arriver à Aczib avant la fin du crépuscule. Paix à toi, Esther, et à toute ta maison. Appartenez, bientôt, tous au Seigneur.» La mère et les enfants s'agenouillent pendant que Jésus lève la main pour les bénir. L'homme, comme s'il était de nouveau le soldat de Rome devant son empereur, se met au garde-à-vous, en saluant à la romaine. Et ils s'en vont... Après quelques mètres, Jésus met la main sur l'épaule de Jacques: «Et encore une fois, la quatrième de la journée, je te fais remarquer que ce n'est pas une défaite, ce n'est pas être chassé, ridiculisé, maudit... Et maintenant, qu'en dis-tu?» «Que je suis un sot, Seigneur» dit impétueusement Jacques de Zébédée. «Non. Toi et vous tous, vous êtes encore et toujours trop humains, et vous éprouvez toutes les sautes d'humeur de celui qui est plus dominé par l'humanité que par l'esprit. L'esprit, quand il est 133 souverain, ne change pas à tout souffle de vent qui ne peut être toujours une brise parfumée... Il pourra souffrir, mais sans s'altérer. Je ne cesse de prier pour que vous arriviez à cette domination de l'esprit. Mais vous devez m'aider par votre effort... Eh bien! Le voyage est terminé. Pendant ce temps, j'ai semé ce qu'il faut pour préparer le travail pour le temps où ce sera vous qui serez les évangélisateurs. Maintenant nous pouvons aller au repos du sabbat avec la conscience d'avoir fait notre devoir. Et nous attendrons les autres... Puis nous irons... encore... toujours... jusqu'à ce que tout soit accompli...

20. BARTHELEMY DECOUVRE LE POURQUOI... Le lendemain du sabbat. Jésus est réuni avec les six dans une pièce où il y a des lits très misérables, entassés les uns près des autres. L'espace qui reste libre suffit à peine pour aller d'un bout à l'autre de la pièce. Ils mangent leur nourriture plus que humble, assis sur les lits, car il n'y a pas de tables ni de sièges. Et Jean, à un certain moment, va s'asseoir sur le bord de la fenêtre à la recherche du soleil. C'est ainsi qu'il voit le premier ceux que l'on attend: Pierre, Simon, Philippe et Barthélemy qui se dirigent vers la maison. Il les appelle et puis sort dehors, suivi de tous. Il ne reste que Jésus qui pour tout mouvement se lève et se tourne pour regarder du côté de la porte... Ceux qui viennent d'arriver entrent, et il est facile d'imaginer l'exubérance de Pierre, comme il est facile de se représenter la révérence profonde de Simon le Zélote. Ce qui surprend, c'est l'attitude de Philippe et surtout de Barthélemy. Ils entrent, je dirais comme craintifs, angoissés, et bien que Jésus leur ouvre les bras pour échanger avec eux le baiser de paix déjà donné à Pierre et à Simon, eux tombent à genoux et se penchent, le front jusqu'au sol, en baisant les pieds de Jésus et ils restent ainsi... et les soupirs étouffés de Barthélemy montrent qu'il pleure silencieusement sur les pieds de Jésus. «Pourquoi cette angoisse, Barthélemy? Tu ne viens pas dans les bras du Maître? Et toi, Philippe, pourquoi es-tu si craintif? Si je ne savais pas que vous êtes deux hommes honnêtes, dont le coeur ne peut loger la malice, je devrais soupçonner que vous êtes coupables. Mais il n’en est pas ainsi. Allons, donc! Il y a si longtemps que 134 je désire votre baiser et de voir le regard limpide de vos yeux fidèles...» «Nous aussi, Seigneur...» dit Barthélemy en levant son visage sur lequel brillent des larmes. «Nous n’avons désiré que Toi, nous demandant en quoi nous pouvions

t'avoir déplu pour mériter de rester si longtemps séparés. Et cela nous paraissait une chose injuste... Mais maintenant, nous savons... Oh! pardon, Seigneur! Nous te demandons pardon. Moi surtout, parce que Philippe a été séparé de Toi à cause de moi. Et à lui, je l'ai déjà demandé. C'est moi le seul coupable, moi, le vieil israélite si dur à se renouveler, qui t'ai donné la douleur...» Jésus se penche et le lève de force, et de même pour Philippe, et il les embrasse ensemble en disant: «Mais de quoi t'accuses-tu? Tu n'as pas fait de mal. Aucun mal! Et Philippe non plus. Vous êtes mes chers apôtres, et aujourd'hui je suis heureux de vous avoir avec Moi, réunis pour toujours...» «Non, non... pendant longtemps nous avons ignoré le motif pour lequel tu t'es justement méfié de nous, au point de nous exclure de ta famille apostolique. Mais maintenant nous le savons... et nous te demandons pardon, pardon, pardon, moi surtout, Jésus, mon Maître...» Et Barthélemy le regarde avec anxiété, avec amour, avec compassion. Agé comme il l’est, il semble un père qui regarde son fils affligé, qui regarde son visage amaigri par une peine qu'il n’avait pas remarquée et dont tout d'abord il n'avait pas vu l'amaigrissement, le vieillissement... Et de nouvelles larmes coulent sur les joues de Barthélemy. Et il s'écrie: «Mais que t'ont-ils fait? Que nous ont-ils fait pour nous faire souffrir tous ainsi? Il semble qu'un esprit mauvais soit entré parmi nous, pour nous troubler, nous rendre tristes, affaiblis, apathiques, stupides... Stupides au point de ne pas comprendre que tu souffrais... Au contraire, au point d'accroître tes souffrances par nos mesquineries, notre stupidité, nos respects humains, notre vieille humanité... Oui, le vieil homme a triomphé en nous, toujours, sans que ta Vitalité parfaite ait jamais pu nous renouveler. C'est cela, cela qui ne me donne pas la paix! Avec tout mon amour je n'ai pas su me renouveler, et te comprendre, et te suivre... Ce n’est que matériellement que je t'ai suivi... Mais Toi, tu voulais que nous te suivions spirituellement... et que nous te comprenions dans ta perfection... pour devenir capables de te perpétuer... Oh! mon Maître! Mon Maître qui t’en iras un jour, après tant de luttes, d'embûches, de dégoûts, de douleurs, et avec la douleur de nous savoir encore non 135 préparés!...» Et Barthélemy penche sa tête sur l'épaule de Jésus, et il pleure, vraiment désolé, brisé par la conscience d'avoir été un disciple sans intelligence. «Ne te laisse pas abattre, Nathanaël. Tu vois tout avec un grossissement qui te surprend. Mais ton Jésus savait que vous étiez des hommes... et il n'exige rien de plus que ce que vous pouvez donner. Oh! vous me donnerez tout, vraiment tout. Mais maintenant vous devez croître, vous former... Et c'est un travail lent. Mais je sais attendre, et je jouis de votre croissance car vous croissez continuellement dans ma Vie. Même ton chagrin, même la concorde de ceux qui étaient avec Moi, même la pitié qui succède à des duretés qui étaient votre nature, à des égoïsmes, des cupidités spirituelles, même votre gravité actuelle, tout est phase de votre croissance en Moi. Allons, donc! Reste en paix puisque je sais. Tout. Ton honnêteté, ta bonne foi, ta générosité, ton sincère amour. Pourrais-je douter de mon sage Barthélemy et de Philippe, si bien équilibré et fidèle? Ce serait faire tort à mon Père qui m'a accordé de vous avoir parmi mes plus chers. Mais maintenant... Allons, assoyons-nous ici, et que ceux qui se sont déjà reposés s'occupent des frères fatigués et affamés en leur donnant une nourriture et repos. Et pendant ce temps, racontez à votre Maître et à vos frères ce qu'ils ignorent.» Et il s'assoit sur son lit avec à ses côtés Philippe et Nathanaël, alors que Pierre et Simon s'assoient sur le lit voisin, en face de Jésus, genoux contre genoux. «Parle-toi, Philippe. Moi, j'ai déjà parlé. Et tu as été plus juste que moi pendant ce temps...» «Oh! Barthélemy! Juste! J'avais seulement compris que ce n'était pas malveillance ou inconstance du Maître de n'avoir pas voulu de nous... Et j'essayais de te tranquilliser ainsi... en t'empêchant de penser à des choses qui ensuite t'auraient donné de la douleur de les avoir pensées, et du remords... Moi, j'avais un seul remords... De t'avoir retenu de désobéir au Maître quand tu voulais suivre Simon de Jonas qui allait à Nazareth pour prendre Margziam... Après... je t'ai vu tant souffrir dans ton corps et dans ton âme, que je me disais: "Il aurait mieux valu que je le laisse faire! Le Maître lui aurait pardonné sa désobéissance et Barthélemy n'aurait plus eu l’âme empoisonnée par ces idées"... Mais, tu le vois! Si tu étais parti, tu n'aurais jamais eu la clef du mystère... et peut-être le soupçon que tu avais sur l'inconstance du Maître ne serait plus jamais tombé. Ainsi, au contraire...» 136 «Oui. Ainsi, au contraire, j'ai compris. Maître, Simon de Jonas et Simon le Zélote, que j'ai assailli de questions pour savoir beaucoup de choses, pour avoir la confirmation de nombreuses choses que je savais déjà, m'ont dit seulement: "Le

Maître a beaucoup souffert au point qu'il est amaigri et vieilli. Israël tout entier, et nous les premiers, en avons la responsabilité. Lui nous aime et nous pardonne. Mais il désire ne pas parler du passé. C'est pour cela que nous vous conseillons de ne pas le questionner et de ne pas parler..." Mais je veux parler. Pour ce qui est de te questionner, je ne te questionnerai pas, mais je dois parler pour que tu saches. Car rien ne doit t'être caché de ce qu'il y a dans l'âme de ton apôtre. Un jour - Simon et les autres étaient partis depuis quelques jours - est venu chez moi, Michaël de Cana. Un peu parent, très ami, et compagnon d'études dès l'enfance... Lui, j'en suis certain, est venu de bonne foi, par affection pour moi. Mais celui qui l'a envoyé n’est pas de bonne foi. Il voulait savoir pourquoi j'étais resté à la maison... alors que les autres étaient partis. Et il m'a dit: "Alors c'est vrai? Tu t'es séparé parce que, en bon israélite, tu ne peux approuver certaines choses. Et volontiers les autres te laissent de côté, à commencer par Jésus de Nazareth, parce qu'ils sont certains que tu ne les aiderais pas, même en devenant un complice silencieux. Tu fais bien! Je reconnais en toi l'homme d'autrefois. Je croyais que tu t'étais corrompu, en reniant Israël. Tu fais bien pour ton esprit et pour ton bien-être et pour celui des tiens. Car ce qui arrive ne sera pas pardonné par le Sanhédrin et on persécutera ceux qui y ont pris part". Moi, je lui ai dit: "Mais de quoi parles-tu? Je t'ai dit que j'avais eu l'ordre de rester à la maison à cause de la saison et pour diriger vers Nazareth les éventuels pèlerins, ou de leur dire d'attendre le Maître pour la fin de scebat à Capharnaüm et toi, tu me parles de séparations, de complicité, de persécutions? Explique-toi!..." N’est-ce pas, Philippe, que c'est ainsi que j'ai parlé?» Philippe approuve. «Alors» reprend Barthélemy, «Michaël m'a dit qu'il était connu que tu t'étais révolté contre le conseil et le commandement des membres du Sanhédrin, en gardant avec Toi Jean d'Endor et une grecque... Seigneur, je te donne de la douleur, n’est-ce pas? Mais pourtant, je dois parler. Je te demande: est-ce vrai qu'ils étaient à Nazareth?» «Oui. C'est vrai.» «Est-il vrai qu'ils sont partis avec Toi?» «Oui. C'est vrai.» 137 «Philippe: Michaël avait raison! Mais comment pouvait-il le savoir?» «Mais, voilà! Ce sont ces serpents qui nous ont arrêtés, Simon et moi, et qui sait combien d'autres. Ce sont les vipères habituelles» dit Pierre avec véhémence. Jésus, au contraire, demande paisiblement: «Il ne t'a rien dit d'autre? Sois sincère avec ton Maître, à fond.» «Rien d'autre. Il voulait savoir de moi... Et moi, j'ai menti à Michaël. J'ai dit: "Jusqu'à Pâque je reste à la maison". Par peur qu'il me suive, que... je ne sais pas... Par peur de te faire du mal... Et alors j'ai compris aussi pourquoi tu m'as quitté... Tu avais senti que j'étais encore trop Israël...» Barthélemy se remet à pleurer... «...et tu as douté de moi...» «Non. Cela, non! Absolument pas. Tu n'étais pas nécessaire en cette heure auprès de tes compagnons, alors que tu l'étais, et tu le vois, à Bethsaïda. A chacun sa mission, et à chaque âge ses fatigues...» «Non, non! Ne me mets plus de côté pour aucune fatigue, Seigneur. Ne tiens compte de rien... Tu es bon, mais je veux rester avec Toi. C'est une punition d'être loin de Toi... Et moi, sot, incapable de tout, j'aurais pu au moins te consoler, si je ne pouvais faire autre chose. J'ai compris... Tu les as envoyés avec ces deux. Ne me le dis pas. Je ne veux pas le savoir. Mais je me rends compte qu'il en est ainsi, et je le dis. Eh bien, alors j'aurais pu et dû être avec Toi. Mais tu ne m'as pas pris pour me punir d'être si rétif à devenir "nouveau". Mais, je te jure, Maître, que ce que j'ai souffert m'a renouvelé, et que jamais plus tu ne reverras le vieux Nathanaël.» «Tu vois donc que la souffrance s'est, pour tous, terminée en joie. Et maintenant nous allons, sans nous presser, à la rencontre de Thomas et de Judas, sans attendre qu'ils arrivent au lieu qui était prévu. Puis, avec eux, nous irons encore... Il y a tant à faire!... Demain, nous nous mettrons en route, de bonne heure.» «Et tu feras bien. Le temps va changer au nord. Malheur pour les cultures... dit Philippe.

«Oui! Les dernières grêles ont dévasté la campagne par bandes. Si tu voyais, Seigneur! Il semble que le feu soit passé dans certains endroits. Et c'est curieux ce sont de vrais malheurs, comme je l'ai dit: par bandes» dit Pierre. «Pendant que vous n'étiez pas là, il a beaucoup grêlé. Un jour, au milieu de la lune de tébeth, cela semblait un vrai fléau. On me dit que dans la plaine, on doit recommencer les semailles. Il faisait 138 d'abord plus chaud, mais depuis lors, on recherche le soleil avec plaisir. On revient en arrière... Quels signes étranges! Que sont-ils?» demande Philippe. «Rien de plus que des effets de lunaisons. N'y pense pas. Ce ne sont pas ces choses qui doivent nous faire impression. Du reste nous allons nous diriger vers la plaine et il fera bon marcher. Du temps froid, mais pas tellement, mais par contre sec. Venez, en attendant. Sur la terrasse il y a un beau soleil. Nous allons nous reposer là-haut, tous ensemble...»

16. JESUS A ALEXANDROSCENE On a de nouveau rejoint la route après un long détour à travers les champs et après avoir passé un torrent sur un petit pont de planches branlantes permettant seulement le passage des personnes: une passerelle plutôt qu'un pont. Et la marche continue à travers la plaine qui se rétrécit de plus 98 en plus car les collines se rapprochent du littoral, au point qu'après un autre torrent avec l'indispensable pont romain, la route de plaine devient route de montagne, en se dédoublant au pont en une moins rapide qui s'éloigne vers le nord-est à travers une vallée, tandis que celle choisie par Jésus, d'après l'indication de la borne romaine: «Alexandroscène - m. V°», est un véritable escalier dans la montagne rocheuse et escarpée plongeant son museau dans la Méditerranée, qui se découvre de plus en plus à la vue à mesure que l'on monte. Seuls les piétons et les ânes suivent cette route, ces gradins pourrait-on dire. Mais peut-être parce qu'elle est un raccourci avantageux, la route est encore très battue et les gens observent avec curiosité le groupe galiléen, si inhabituel, qui la suit. «Ce doit être le cap de la tempête» dit Mathieu en montrant le promontoire qui s'avance dans la mer. «Oui, voilà au-dessous le village dont nous a parlé le pêcheur» approuve Jacques de Zébédée. «Mais qui peut avoir construit cette route?» «Qui sait depuis combien de temps elle existe! Les phéniciens peut-être...» «Du sommet nous allons voir Alexandroscène au-delà de laquelle se trouve le Cap Blanc. Mon Jean, tu vas voir une grande étendue de mer!» dit Jésus et il met son bras autour des épaules de l'apôtre. «J'en serai content. Mais il va bientôt faire nuit. Où allons-nous reposer?» «A Alexandroscène. Tu vois? La route commence à descendre. Au-dessous se trouve la plaine jusqu'à la ville que l’on voit là-bas.» «C'est la ville de la femme d'Antigonea... Comment pourrons-nous faire pour la contenter?» dit André. «Tu sais, Maître? Elle nous a dit: "Allez à Alexandroscène. Mes frères y ont des comptoirs et ils sont prosélytes. Parlez-leur du Maître. Nous sommes fils de Dieu, nous aussi..." et elle pleurait parce qu'elle était mal vue comme belle-fille... de sorte que jamais ses frères ne viennent la voir et qu'elle est sans nouvelles d'eux...» explique Jean. «Nous chercherons les frères de la femme. S'ils nous accueillent comme pèlerins, nous pourrons lui faire ce plaisir...» «Mais comment allons-nous faire pour dire que nous l'avons vue?» «Elle est au service de Lazare. Nous sommes amis de Lazare» dit Jésus. «C'est vrai. Tu parleras, Toi...» 99

«Oui. Mais activez la marche pour trouver la maison. Savez-vous où elle est?» «Oui, près du Camp. Ils ont beaucoup de relations avec les romains auxquels ils vendent tant de choses.» «C'est bien.» Ils font rapidement la route plane, belle, une vraie route consulaire qui certainement communique avec celles de l'intérieur, ou plutôt, qui se poursuit vers l'intérieur après avoir lancé son prolongement rocheux, en gradins, le long de la côte, à cheval sur le promontoire. Alexandroscène est une ville plus militaire que civile. Elle doit avoir une importance stratégique que j'ignore. Blottie comme elle l'est entre les deux promontoires elle semble une sentinelle préposée à la garde de ce coin de mer. Maintenant que l'oeil peut voir l'un et l'autre cap, on voit qu'il s'y dresse en grand nombre des tours fortifiées qui forment une chaîne avec celles de la plaine, et de la ville où, vers la côte, trône le Camp imposant. Ils entrent dans la ville après avoir franchi un autre petit torrent situé tout près des portes, et ils se dirigent vers la masse hostile de la forteresse en jetant tout autour des regards curieux, et deviennent eux aussi objets de curiosité. Les soldats sont très nombreux et ils semblent en bons rapports avec les habitants, ce qui fait bougonner les apôtres: «Gens de la Phénicie! Sans fierté!» Ils arrivent aux magasins des frères d'Hermione alors que les derniers acheteurs en sortent, chargés des marchandises les plus variées, qui vont des draps aux nappes, et des fourrages aux grains, ou bien à l'huile et aux aliments. Odeurs de cuir, d'épices, de paille, de laine grège, remplissent le large hall par lequel on arrive dans une cour vaste comme une place et sous les portiques de laquelle sont les nombreux dépôts. Accourt un homme barbu et brun. «Que voulez-vous? Des vivres?» «Oui... et aussi le logement, si tu ne dédaignes pas de loger des pèlerins. Nous venons de loin, et nous ne sommes jamais venus ici. Accueille-nous au nom du Seigneur.» L'homme regarde attentivement Jésus, qui parle au nom de tous. Il le scrute... Puis il dit: «Vraiment je ne donne pas le logement, mais tu me plais. Tu es galiléen, n’est-ce pas? Les galiléens valent mieux que les juifs. Il y a trop de moisissure chez eux. Ils ne nous pardonnent pas d'avoir un sang qui n’est pas pur. Ils feraient 100 mieux d'avoir, eux, l'âme pure. Viens, entre ici, j'arrive tout de suite. Je ferme parce qu'il va faire nuit.» En effet, c'est déjà le crépuscule, et il fait encore plus sombre dans la cour que domine le Camp puissant. Ils entrent dans une pièce et ils s'assoient sur des sièges disposées ça et là. Ils sont fatigues... L'homme revient avec deux autres, l'un plus âgé, l'autre plus jeune, et il montre les hôtes qui se lèvent en saluant, et dit: «Voici. Que vous en semble-t-il? Ils me paraissent honnêtes...» «Oui. Tu as bien fait» dit le plus âgé à son frère et puis, s'adressant aux hôtes, ou plutôt à Jésus qui semble clairement leur chef, il demande: «Comment vous appelez-vous?» «Jésus de Nazareth, Jacques et Jude de Nazareth aussi. Jacques et Jean de Bethsaïda, et aussi André, en plus Mathieu de Capharnaüm.» «Comment vous trouvez-vous ici? Persécutés?» «Non. Nous évangélisons. Nous avons parcouru plus d'une fois la Palestine, de la Galilée à la Judée, d'une mer à l'autre et nous avons été jusqu'au-delà du Jourdain, dans l'Auranitide. Maintenant nous sommes venus ici... pour enseigner.» «Un rabbi ici? Cela nous étonne, n’est-ce pas, Philippe et Elie?» demande le plus âgé. «Beaucoup. De quelle caste es-tu?» «D'aucune. Je suis de Dieu. Croient en Moi ceux du monde qui sont bons. Je suis pauvre, j'aime les pauvres, mais je ne méprise pas les riches, auxquels j'enseigne l'amour et la miséricorde et le détachement des richesses, de même que j'enseigne aux pauvres d'aimer leur pauvreté en ayant confiance à Dieu qui ne laisse périr personne. Parmi mes amis riches et mes disciples il y a Lazare de Béthanie...» «Lazare? Nous avons une soeur mariée à un de ses serviteurs.» «Je le sais. C'est pour cela aussi que je suis venu, pour vous dire qu'elle vous salue et vous aime.» «Tu l'as vue?» «Pas Moi. Mais ceux qui sont avec Moi, envoyés par Lazare à Antigonea.» «Oh! dites! Que fait Hermione? Est-elle vraiment heureuse?» «Son mari et sa belle-mère l'aiment beaucoup. Le beau-père la respecte...» dit Jude Thaddée. «Mais il ne lui pardonne pas le sang maternel. Dis-le.» «Il est en passe de le lui pardonner. Il nous en a fait de grandes 101 louanges. Et elle a quatre enfants très beaux et gentils. Cela la rend heureuse. Mais vous êtes toujours dans son coeur et elle a dit de vous amener le Maître Divin.»

«Mais... comment... Tu es le... Tu es celui qu'on appelle le Messie, Toi?» «Je le suis.» «Tu es vraiment le... On nous a dit à Jérusalem que tu es, que l'on t'appelle le Verbe de Dieu. Est-ce vrai?» «Oui.» «Mais l'es-tu pour ceux de là-bas ou bien pour tous?» «Pour tous. Pouvez-vous croire que je le suis?» «Croire ne coûte rien, surtout quand on espère que ce que l’on croit peut enlever ce qui fait souffrir.» «C'est vrai, Elie. Mais ne parle pas ainsi. C'est une pensée très impure, beaucoup plus que le sang mêlé. Réjouis-toi non pas dans l'espoir que tombe ce qui te fait souffrir, comme homme, du mépris d'autrui, mais réjouis-toi dans l'espoir de conquérir le Royaume des Cieux.» «Tu as raison. Je suis à moitié païen, Seigneur...» «Ne te rabaisse pas. Je t'aime toi aussi et c'est aussi pour toi que je suis venu.» «Ils doivent être fatigués, Elie. Tu les retiens par tes discours. Allons souper et puis conduisons-les se reposer. Il n'y a pas de femmes, ici... Aucune israélite n'a voulu de nous et nous désirions une d'elles... Pardonne-nous donc si la maison te paraît froide et sans ornements.» «Votre bon coeur me la rendra ornée et chaude.» «Combien de temps restes-tu?» «Pas plus d'un jour. Je veux aller vers Tyr et Sidon et je voudrais être à Aczib avant le sabbat.» «Tu ne peux pas, Seigneur! Sidon est loin!» «Demain, je voudrais parler ici.» «Notre maison est comme un port. Sans en sortir tu auras des auditeurs à tu convenance, d'autant plus que demain il y a un gros marché.» «Allons alors, et que le Seigneur vous récompense de votre charité.» 102 17. LE LENDEMAIN A ALEXANDROSCENE La cour des trois frères est moitié à l'ombre, moitié au soleil. Elle est pleine de gens qui vont et viennent pour leurs achats alors qu'en dehors du portail, sur la petite place, on entend la rumeur du marché d'Alexandroscène avec le va-et-vient confus des acheteurs et des vendeurs, avec le bruit des ânes, des brebis, des agneaux, des poules. On comprend qu'ici, il y a moins de complications et on apporte même les poulets au marché sans craindre de contaminations d'aucune sorte. Braiments, bêlements, gloussement des poules et cocorico triomphant des coqs se mêlent aux voix des hommes en un choeur joyeux qui parfois monte à des notes aiguës et dramatiques à la suite de quelque altercation. Même dans la cour des frères il règne un bruit confus et il se produit quelque altercation ou pour le prix ou parce qu'un acheteur a pris une chose qu'un autre voulait acquérir. Elle n’est pas absente non plus la plainte lamentable des mendiants qui de la place, près du portail, défilent la litanie de leurs misères sur un air triste comme la plainte d'un mourant. Des soldats romains vont et viennent en maîtres dans l'entrepôt et sur la place. Je suppose que c'est un service d'ordre, car je les vois armés, et jamais seuls, parmi les phéniciens tous armés. Jésus aussi va et vient dans la cour, se promenant avec les six apôtres, attendant le moment favorable pour parler. Et puis il sort un moment sur la place en passant près des mendiants auxquels il donne une obole. Les gens se distraient pendant quelques minutes pour regarder le groupe des galiléens et se demandent qui sont ces étrangers. Et il en est qui informent, parce qu'ils ont demandé aux trois frères, qui sont leurs hôtes. Un murmure suit les pas de Jésus qui s'en va tranquillement caressant les enfants qu'il trouve sur son chemin. Il y a aussi, au milieu du murmure, les ricanements et les épithètes peu flatteuses pour les hébreux, et aussi le désir honnête d'entendre ce «Prophète», ce «Rabbi», ce «Saint», ce «Messie» d'Israël, auquel ils donnent ces noms lorsqu'ils en parlent, selon leur degré de foi et de rectitude de leurs âmes. J'entends deux mères: «Mais est-ce vrai?» «C'est Daniel qui me l'a dit, justement à moi. Il a parts à Jérusalem avec des gens qui ont vu les miracles du Saint.» «Oui, d'accord! Mais est-ce bien cet homme?»

103 « Oh! Daniel m'a dit que ce ne peut être que Lui à cause de ce qu'il dit.» «Alors... que dis-tu? Il me fera grâce même si je ne suis que prosélyte?» «Je dirais que oui... Essaie. Peut-être il ne reviendra plus ici chez nous. Essaie, essaie! Il ne te fera sûrement pas de mal!» «J'y vais» dit la petite femme en laissant en plan le vendeur de vaisselle avec lequel elle marchandait des assiettes; le vendeur qui a entendu la conversation des deux femmes, déçu, irrité à cause de la bonne affaire qui s'en va en fumée, s'en prend à la femme qui est restée, la couvrant d'injures telles que: «Prosélyte maudite. Sang d'hébreux. Femme vendue» et cætera. J'entends deux hommes graves et barbus: «J'aimerais l'entendre. On dit que c'est un grand Rabbi.» «Un Prophète, dois-tu dire. Plus grand que le Baptiste. Elie m'a s dit certaines choses! Certaines choses! Il est au courant, car il a une soeur mariée à un serviteur d'un grand riche d'Israël, et pour avoir de ses nouvelles s'informe auprès des serviteurs. Ce riche est très ami du Rabbi...» Un troisième, un phénicien peut-être, qui a entendu parce qu'il était tout près, amène sa figure sournoise, moqueuse entre les deux, et raille: «Belle sainteté! Confite dans la richesse! A mon avis, un saint devrait vivre pauvrement!» «Tais-toi, Doro, langue maudite. Tu n'es pas digne, toi païen, de juger ces choses.» «Ah! vous en êtes dignes vous, toi spécialement, Samuel! Tu ferais mieux de me payer ce que tu me dois.» «Tiens! et ne me tourne plus autour, vampire à la face de faune!»... J'entends un vieillard à moitié aveugle, accompagné d'une fillette, qui demande: «Où est? Où est le Messie?» et la petite crie: «Laissez passer le vieux Marc! Veuillez dire au vieux Marc où se trouve le Messie!» Les deux voix, celle du vieillard: faible et tremblante, celle de la fillette: argentine et assurée, se répandent sur la place, inutilement, jusqu'à ce qu'un autre homme dise: «Vous voulez trouver le Rabbi? Il est revenu vers la maison de Daniel. Le voilà arrêté qui parle avec des mendiants.» J'entends deux soldats romains: «Ce doit être celui que persécutent les juifs, les bonnes peaux! On voit, rien qu'à le regarder, qu'il vaut mieux qu'eux.» 104 «C'est pour cela qu'il leur cause des ennuis!» «Allons le dire au porte-drapeau. C'est l'ordre.» «Un ordre stupide, Caïus! Rome a peur des agneaux et elle supporte, il faudrait dire, caresse les tigres.» (Scipion). «Il ne me semble pas, Scipion! Ponce massacre facilement!» (Caïus). «Oui... mais il ne ferme pas sa maison aux hyènes qui le flattent.» (Scipion). «Politique, Scipion! Politique!» (Caïus). «Lâcheté, Caïus, et sottise. C'est de celui-ci qu'il devrait être l'ami, pour avoir de l'aide pour garder dans l'obéissance cette racaille asiatique. Il ne sert pas bien Rome, Ponce, en négligeant cet homme qui est bon, et en flattant les mauvais.» (Scipion). «Ne critique pas le Proconsul. Nous sommes des soldats, et le supérieur est sacré comme un dieu. Nous avons juré obéissance au divin César et le Proconsul est son représentant.» (Caïus). «Cela va bien pour ce qui concerne le devoir envers la Patrie, sacrée et immortelle. Mais cela ne vaut pas pour le jugement intérieur.» (Scipion). «Mais l'obéissance vient du jugement. Si ton jugement se révolte contre un ordre et le critique, to n'obéiras plus totalement. Rome s'appuie sur notre obéissance aveugle pour protéger ses conquêtes.» (Caïus). «Tu sembles un tribun et tu parles bien. Mais je te fais remarquer que si Rome est reine, nous ne sommes pas des esclaves, mais des sujets. Rome n'a pas, ne doit pas avoir, de citoyens esclaves. C'est l'esclavage qui impose le silence à la raison des citoyens. Moi, je dis que ma raison juge que Ponce agit mal en négligeant cet israélite, appelle-le Messie, Saint, Prophète, Rabbi, à ton goût. Et j'ai le sentiment que je puis le dire car ma fidélité à Rome n'en est pas amoindrie, ni mon amour. Mais, au contraire, je le voudrais parce que Lui, en enseignant le respect envers les lois et les Consuls, comme il le fait, coopère à la prospérité de Rome.» (Scipion). «Tu es cultivé, Scipion... Tu feras ton chemin. Tu es déjà avancé! Moi, je suis un pauvre soldat. Mais, en attendant, tu vois là? Il y a un rassemblement autour de cet Homme. Allons le dire aux chefs.» (Caïus)... En effet près du portail des trois frères, il y a un tas de gens autour de Jésus qui, par sa grande taille, est bien en vue. Puis tout à coup un cri s'élève, et les gens s'agitent. Certains accourent du marché alors que d'autres s'éloignent vers la place et au-delà. 105 Questions... réponses... «Qu'est-il arrivé?» «Qu'y a-t-il?» «L'Homme d'Israël a guéri le vieux Marc!»

«Le voile de ses yeux a disparu.» Jésus, entre temps, est entré dans la cour avec une suite de gens. En arrière, se traînant péniblement, il y a un des mendiants, un bancal qui se traîne avec les mains plutôt qu'avec les jambes. Mais si les jambes sont tordues et sans force, et sans l’aide de béquilles il ne saurait avancer, la voix est très robuste! On dirait une sirène qui déchire l'atmosphère ensoleillée du matin: «Saint! Saint! Messie! Rabbi! Pitié!» Il ne cesse de crier à perdre haleine. Deux ou trois personnes se retournent: «Garde ton souffle! Marc est hébreu, toi, pas.» «Il accorde des grâces aux vrais israélites, pas aux fils de chiens!» «Ma mère était juive...» «Et Dieu l'a frappée en to donnant à elle, toi monstre, à cause de son péché. Va t'en, fils de louve! Retourne à ta place, être pétri de boue...» L'homme s'adosse au mur, humilié, effrayé par la menace des poings tendus... Jésus s'arrête, se retourne, regarde. Il commande: «Homme, viens ici!» L'homme le regarde, regarde ceux qui le menacent... et il n'ose pas avancer. Jésus fend la petite foule et il va à lui. Il le prend par la main, c'est-à-dire lui met la main sur l'épaule, et dit: «N'aie pas peur. Viens avec Moi» et regardant les gens cruels, il dit, l’air sévère: «Dieu appartient à tous les hommes qui le cherchent et sont miséricordieux.» Les gens comprennent l'allusion, et maintenant ce sont eux qui restent en arrière, ou plutôt qui s'arrêtent où ils sont. Jésus se retourne. Il les voit là, confus, prêts à s'en aller, et il leur dit: «Non, venez vous aussi. Cela vous fera du bien à vous aussi, cela redressera et fortifiera votre âme comme je redresse et fortifie cet homme parce qu'il a su avoir foi. Homme, je te le dis, sois guéri de ton infirmité.» Et il retire la main de l’épaule du bancal après que celui-ci ait éprouvé une sorte de secousse. L'homme se redresse avec assurance sur ses jambes, jette ses vieilles béquilles et il crie: «Il m'a guéri! Louange au Dieu de ma mère!» et puis il s'agenouille pour baiser le bord du vêtement de 106 Jésus. L'agitation des gens qui veulent voir, ou qui, ayant vu, font des commentaires, est à son comble. Dans le fond de l'entrée qui mène de la place à la cour, les cris qui viennent de la foule résonnent bruyamment et se répercutent contre les murs du Camp. Les troupes doivent craindre qu'il se soit produit une rixe - cela doit se produire facilement dans ces endroits où il y a tant d'oppositions de races et de religions - et le porte-drapeau accourt en se frayant brutalement un chemin et en demandant ce qui arrive. «Un miracle, un miracle! Jonas, le bancal,. a été guéri. Le voilà, près de l'Homme de Galilée.» Les soldats se regardent entre eux. Ils ne parlent pas jusqu'à ce que toute la foule se soit écoulée, mais en arrière, il s'en est rassemblé une autre des gens qui étaient dans les magasins ou sur la place, où ne sont restés que les vendeurs pleins de dépit à cause de la diversion imprévue qui réduit à rien le marché de ce jour. Puis, voyant passer un des trois frères, ils demandent: «Philippe, sais-tu ce que va faire maintenant le Rabbi?» «Il parle, il enseigne, et dans ma cour!» dit Philippe tout joyeux. Les soldats s'interrogent: Rester? S'en aller? «Le chef nous a dit de surveiller...» «Qui? L'Homme? Mais pour Lui, nous pourrions jouer aux dés une amphore de vin de Chypre» dit Scipion, le soldat qui auparavant défendait Jésus auprès de son compagnon. «Moi, je dirais que c'est Lui qui a besoin qu'on le protège, pas le droit de Rome! Vous le voyez là-bas? Parmi nos dieux, il n'y en a aucun de si doux et pourtant d'aspect si viril. Cette racaille n’est pas digne de le posséder, et les indignes sont toujours mauvais. Restons pour le protéger. A l'occasion, nous le tirerons d'affaire et nous caresserons les épaules de ces galériens» dit un autre. Son intervention est un mélange de moquerie et d'admiration. «Tu parles bien, Pudens. D'ailleurs Azio, va appeler Procore le chef. Il rêve toujours de complots contre Rome et... d'avancement pour lui, pour récompenser son activité toujours en éveil pour le salut du divin César et de la déesse Rome, mère et maîtresse du monde. Il se persuadera qu'ici il n'acquerra pas de brassard ni de couronne.» Un jeune soldat part en courant et revient de même en disant: «Procore ne vient pas. Il envoie le triaire Aquila ... » «Bien! Bien! Mieux vaut lui que Cecilius Maximus lui-même. Aquila a servi en Afrique, en Gaule, et il a été dans les forêts cruel107 les qui nous ont enlevé Varus et ses légions. Il connaît les grecs et les bretons et il a un bon flair pour s'y reconnaître... Oh! Salut! Voilà le glorieux Aquila! Viens, apprends-nous, à nous misérables, à connaître la valeur des êtres!» «Vive Aquila, chef des troupes!» crient tous les soldats en donnant des tapes affectueuses au vieux soldat, dont on ne compte plus les cicatrices sur le visage, les

bras et les mollets nus. Lui sourit d'un air débonnaire et il s'écrie: «Vive Rome, maîtresse du monde! Pas moi, pauvre soldat. Qu'y a-t-il donc?» «Il faut surveiller cet homme grand et qui est blond comme le cuivre le plus clair.» «Bien! Mais qui est-ce?» «Ils l'appellent le Messie. Il s'appelle Jésus et il est de Nazareth. C'est celui, sais-tu, pour qui on a transmis l'ordre...» «Hum! Peut-être... Mais il me semble que nous courons après les nuages.» «Ils disent qu'il veut se faire roi et supplanter Rome. Il a été dénoncé par le Sanhédrin, et les pharisiens, les sadducéens, les hérodiens, à Ponce. Tu sais que les hébreux ont ce ver dans le crâne et, de temps à autre, il en sort un roi...?» «Oui, oui... Mais si c'est pour cela!... De toutes façons écoutons ce qu'il dit. Il me semble qu'il se dispose à parler.» «J'ai su par un soldat qui est avec le centurion que Publius Quintilianus lui en a parlé comme d'un philosophe divin... Les femmes impériales en sont enthousiastes...» dit un autre soldat, qui est jeune. «Je le crois! J'en serais enthousiaste moi aussi si j'étais une femme et je le voudrais dans mon lit...» dit en riant franchement un autre jeune soldat. «Tais-toi, impudique! La luxure te dévore!» plaisante un autre. «Et toi pas, Fabius! Anne, Sira, Alba, Marie...» «Tais-toi, Sabin. Il parle et je veux écouter» commande le triaire, et tous se taisent. Jésus est monté sur une caisse installée contre un mur, il est donc bien visible pour tout le monde. Son doux salut s'est déjà répandu dans l’air et il a été suivi par les paroles: «Enfants d'un unique Créateur, écoutez» puis, dans le silence attentif des gens, il continue. «Le Temps de la Grâce est venu pour tous, non seulement pour Israël, mais pour le monde entier. Hébreux, qui vous trouvez ici pour diverses raisons, prosélytes, 108 phéniciens, gentils, écoutez tous la Parole de Dieu, comprenez la Justice, connaissez la Charité. Possédant la Sagesse, la Justice et la Charité, vous aurez le moyen d'arriver au Royaume de Dieu, à ce Royaume qui n’est pas réservé aux seuls fils d'Israël, mais à tous ceux qui désormais aimeront le Vrai, l'Unique Dieu et croiront à la parole de son Verbe. Ecoutez. Je suis venu de si loin non pas avec des visées d'usurpateur, ni avec la violence de conquérant. Je suis venu seulement pour être le Sauveur de vos âmes. La puissance, la richesse, les charges ne me séduisent pas. Elles ne sont rien pour Moi, et je ne les regarde même pas. Ou plutôt, je les regarde pour en avoir pitié parce qu'elles me font pitié, car ce sont autant de chaînes pour retenir prisonnier votre esprit, en l'empêchant de venir au Seigneur Eternel, Unique, Universel, Saint et Béni. Je les regarde et les approche comme les plus grandes misères. Et je cherche à guérir les hommes de leurs fascinantes et cruelles tromperies qui séduisent les fils de l'homme, pour qu'ils puissent en user avec justice et sainteté, non comme des armes cruelles qui blessent et tuent l'homme, et toujours pour commencer l'esprit de ceux qui ne savent pas en user saintement. Mais, en vérité, je vous dis que pour Moi il est plus facile de guérir un corps difforme qu'une âme difforme, il est plus facile de donner la lumière à des pupilles éteintes, la santé à un corps qui meurt, que de donner la lumière aux esprits et la santé aux âmes malades. Pourquoi cela? Parce que l'homme a perdu de vue la fin véritable de sa vie et se laisse absorber par ce qui est transitoire. L'homme ne sait pas ou ne se souvient pas, ou s'il se souvient, il ne veut pas obéir à cette sainte injonction du Seigneur et, je parle aussi pour les gentils qui m'écoutent, de faire le Bien, car le Bien existe à Rome comme à Athènes, en Gaule comme en Afrique, car la loi morale existe sous tous les cieux, dans toute religion, dans tout coeur droit. Et les religions, depuis celle de Dieu jusqu'à celle de la morale isolée, disent que ce qu'il y a de meilleur en nous survit et que c'est selon comme il se sera comporté que son sort sera fixé de l'autre côté. La fin de l'homme est donc la conquête de la paix dans l'autre vie, non pas la bombance, l'usure, la domination, le plaisir, ici-bas, pour un temps limité, qu'il faut payer pendant l'éternité, par des tourments très durs. Eh bien, l'homme ne sait pas, ou ne se rappelle pas, ou ne veut pas se rappeler, cette vérité. S'il ne la connaît pas, il est moins coupable. S'il ne s'en souvient pas, il a une cer-

109 taine culpabilité, car il faut garder la vérité allumée comme un saint flambeau dans les esprits et dans les coeurs. Mais, s'il ne veut pas s'en souvenir et si, quand elle flambe, il ferme les yeux pour ne pas la voir, en la haïssant comme la voix d'un rhéteur pédant, alors sa faute est grave, très grave. Et pourtant Dieu lui pardonne, si l'âme répudie sa mauvaise façon d'agir et se propose de poursuivre, pour le reste de sa vie, la vraie fin de l'homme qui est de conquérir la paix éternelle dans le Royaume du vrai Dieu. Avez-vous jusqu'à maintenant suivi une mauvaise route? Avilis, pensez-vous qu'il soit trop tard pour prendre le bon chemin? Est-ce que, désolés, vous dites: "Je ne savais rien de tout cela! Et maintenant je suis ignorant et je ne sais pas m'y prendre"? Non, ne pensez pas qu'il en soit comme des choses matérielles et qu'il faut beaucoup de temps et de peine pour refaire ce qui a déjà été fait, mais avec sainteté. La bonté de l'Eternel, le Véritable Seigneur Dieu, est telle qu'Il ne vous fait certainement pas parcourir de nouveau à rebours le chemin déjà fait, pour vous ramener au carrefour où vous, en errant, avez quitté le bon sentier pour le mauvais. Elle est si grande que du moment où vous dites: "Je veux appartenir à la Vérité", c'est-à-dire à Dieu parce que Dieu est Vérité, Dieu, par un miracle tout spirituel, verse en vous la Sagesse par laquelle d'ignorants vous devenez possesseurs de la Science surnaturelle, comme ceux qui depuis des années la possèdent. La Sagesse c'est vouloir Dieu, aimer Dieu, cultiver l'esprit, tendre au Royaume de Dieu en répudiant tout ce qui est chair, monde et Satan. La Sagesse c'est obéir à la Loi de Dieu qui est loi de Charité, d'Obéissance, de Continence, d'Honnêteté. La Sagesse c'est aimer Dieu avec tout soi-même, aimer le prochain comme nous-mêmes. Ce sont les deux éléments indispensables pour être sages de la Sagesse de Dieu. Et dans notre prochain, il n'y a pas seulement ceux de notre sang ou de notre race et de notre religion, mais tous les hommes riches ou pauvres, sages ou ignorants, hébreux, prosélytes, phéniciens, grecs, romains...» Jésus est interrompu par des cris menaçants de certains forcenés. Il les regarde et il dit: «Oui, cela c'est l'amour. Je ne suis pas un maître servile. Je dis la vérité, car c'est ainsi que je dois faire pour semer en vous ce qui est nécessaire pour la Vie éternelle. Que cela vous plaise ou non, je dois vous le dire pour faire mon devoir de Rédempteur. A vous de faire le vôtre de besogneux de la Rédemption. Aimez donc le prochain, tout le prochain, d'un amour saint. 110 Non pas d'un louche concubinage d'intérêts pour lequel est "anathème" le romain, le phénicien ou le prosélyte ou vice versa, tant que ne se mêlent pas la sensualité ou l'argent, alors que s'il y a soif de sensualité ou intérêt d'argent les "anathèmes" disparaissent...» Une autre rumeur de la foule alors que les romains, de leur place dans l'atrium, s'écrient: «Par Jupiter! Il parle bien celui-ci!» Jésus laisse la rumeur se calmer et reprend: «Aimer le prochain comme nous voudrions être aimés. Car cela ne nous fait pas plaisir d'être maltraités, vexés, volés, opprimés, calomniés, insultés. Les autres ont la même susceptibilité nationale ou personnelle. Ne faisons donc pas le mal que nous ne voudrions pas réciproquement qu'il nous fût fait. La Sagesse c'est d'obéir aux dix Commandements de Dieu: "Je suis le Seigneur ton Dieu. N’en aie pas d'autre en dehors de Moi. N'aie pas d'idoles, ne leur rends pas un culte. N'emploie pas le Nom de Dieu en vain. C'est le Nom du Seigneur, ton Dieu, et Dieu punira celui qui s'en sert sans raison, ou pour des imprécations, ou pour valider un péché. Souviens-toi de sanctifier les fêtes. Le sabbat est sacré pour le Seigneur qui s'y reposa de la Création, et l'a béni et sanctifié. Honore ton père et ta mère afin de vivre en paix longuement sur la terre et éternellement dans le Ciel. Ne tue pas. Ne commets pas l'adultère. Ne vole pas.

Ne parle pas faussement contre ton prochain. Ne désire pas la maison, la femme, le serviteur, la servante, le boeuf, l'âne de ton prochain, ni autre chose qui lui appartienne". Cela, c'est la Sagesse. Celui qui fait cela est sage et il conquiert la Vie et le Royaume sans fin. Donc à partir d'aujourd'hui, proposez-vous de vivre selon la Sagesse en la faisant passer avant les pauvres choses de la terre. Que dites-vous? Parlez. Vous dites qu'il est tard? Non. Ecoutez une parabole. Un maître sortit au point du jour pour engager des travailleurs pour sa vigne et il convint avec eux d'un denier pour la journée. Il sortit de nouveau à l'heure de tierce et, réfléchissant que les travailleurs engagés étaient peu nombreux, voyant d'autre part sur la place des travailleurs désoeuvrés qui attendaient qu'on les embauche, il les prit et il leur dit: "Allez à ma vigne, et je vous don111 nerai ce que j'ai promis aux autres". Et ils y allèrent. Il sortit à sexte et à none et il en vit d'autres encore et il leur dit: "Voulez-vous travailler dans mon domaine? Je donne un denier par jour à mes travailleurs". Ces derniers acceptèrent et ils y allèrent. Il sortit enfin vers la onzième heure et il en vit d'autres qui paressaient au coucher du soleil. "Que faites-vous, ainsi oisifs? N'avez-vous pas honte de rester à rien faire pendant tout le jour?" leur demanda-t-il. "Personne ne nous a embauchés pour la journée. Nous aurions voulu travailler et gagner notre nourriture, mais personne ne nous a appelés à sa vigne". "Eh bien, je vous embauche pour ma vigne. Allez et vous aurez le salaire des autres". Il parla ainsi, car c'était un bon maître et il avait pitié de l'avilissement de son prochain. Le soir venu et les travaux terminés, l'homme appela son intendant et lui dit: "Appelle les travailleurs, et paie-leur leur salaire selon ce que j'ai fixé, en commençant par les derniers qui sont les plus besogneux, n'ayant pas eu pendant la journée la nourriture que les autres ont eue une ou plusieurs fois et qui, même par reconnaissance pour ma pitié, ont travaillé plus que tous. Je les ai observés; renvoie-les, pour qu'ils aillent au repos qu'ils ont bien mérité et pour jouir avec les leurs du fruit de leur travail". Et l'intendant fit ce que le maître ordonnait en donnant à chacun un denier. Vinrent en dernier ceux qui travaillaient depuis la première heure du jour. Ils furent étonnés de ne recevoir, eux aussi, qu'un seul denier, et ils se plaignirent entre eux et à l'intendant qui leur dit: "J'ai reçu cet ordre. Allez vous plaindre au maître et pas à moi". Ils s'y rendirent et ils dirent: "Voilà, tu n’es pas juste! Nous avons travaillé douze heures, d'abord à la rosée et puis au soleil ardent et puis de nouveau dans l'humidité du soir, et tu nous a donné le même salaire qu'à ces paresseux qui n’ont travaillé qu'une heure!... Pourquoi cela?" Et l'un d'eux, surtout, élevait la voix en se déclarant trahi et indignement exploité. "Ami, en quoi t'ai-je fait tort? De quoi ai-je convenu avec toi à l'aube? Une journée de travail continu pour un denier de salaire. N’est-ce pas?" "C'est vrai. Mais tu as donné la même chose à ceux qui ont si peu travaillé..." "N'as-tu pas accepté ce salaire qui to paraissait convenable?" "Oui, j'ai accepté, parce que les autres donnaient encore moins". 112 "As-tu été maltraité ici par moi?" "Non, en conscience, non". "Je t'ai accordé un long repos pendant le jour et la nourriture, n’est-ce pas? Je t'ai donné trois repas. Et on n'était pas convenu de la nourriture et du repos. N’est-ce pas?" "Oui, ils n'étaient pas convenus." "Pourquoi alors les as-tu acceptés?" "Mais... Tu as dit: 'Je préfère agir ainsi pour que vous ne soyez pas trop lassés en revenant chez vous'. Et cela nous semblait trop beau... Ta nourriture était bonne, c'était une économie, c'était..." "C'était une faveur que je vous faisais gratuitement et personne ne pouvait y prétendre. N’est-ce pas?" "C'est vrai". "Je vous ai donc favorisés. Pourquoi vous lamentez-vous? C'est moi qui devrais me plaindre de vous qui, comprenant que vous aviez affaire à un bon maître, vous travailliez nonchalamment alors que ceux qui étaient venus après vous, avec le bénéfice d'un seul repas, et les derniers sans repas, travaillaient avec plus d'entrain faisant en moins de temps le même travail que vous avez fait en douze heures. Je vous aurais trahis si, pour payer ceux-ci, je vous avais enlevé la moitié de votre salaire. Pas ainsi. Prends donc ce qui te revient et va-t-en. Voudrais-tu venir chez moi pour m'imposer tes volontés? Moi, je fais ce que je veux et ce qui est juste. Ne sois pas méchant et ne me porte pas à l'injustice. Je suis bon". O vous tous qui m'écoutez, je vous dis en vérité que Dieu le Père propose à tous les hommes les mêmes conditions et promet un même salaire. Celui qui avec zèle se met au service du Seigneur

sera traité par Lui avec justice, même s'il n'a pas beaucoup travaillé à cause de l'imminence de sa mort. En vérité je vous dis que ce ne sont pas toujours les premiers qui seront les premiers dans le Royaume des Cieux, et que là-haut on verra de ceux qui étaient les derniers devenir les premiers et d'autres qui étaient les premiers être les derniers. Là on verra beaucoup d'hommes, qui n'appartiennent pas à Israël, plus saints que beaucoup d'Israël. Je suis venu appeler tout le monde, au nom de Dieu. Mais si les appelés sont nombreux, peu nombreux sont les choisis, car peu nombreux sont ceux qui veulent la Sagesse. N'est pas sage celui qui vit du monde et de la chair, et non pas de Dieu. Il n'est pas sage, ni pour la terre, ni pour le Ciel. Car sur la terre il s'attire des ennemis, des punitions, des remords. Et pour le 113 Ciel, il perd tout pour l'éternité. Je répète: soyez bons avec le prochain quel qu'il soit. Soyez obéissants, en laissant à Dieu le soin de punir celui qui donne des ordres injustes. Soyez continents en sachant résister aux sens, honnêtes en résistant à l’or. Soyez cohérents pour dire anathème à ce qui le mérite et à le refuser quand la chose vous semble juste, quitte ensuite à établir des relations avec ceux dont vous aviez d'abord maudit l'idée. Ne faites pas aux autres ce que vous ne vous ne voudriez pas qu'il vous soit fait, et alors...» «Mais va-t-en, ennuyeux prophète! Tu nous a gâté le marché!... Tu nous as enlevé les clients!...» crient les marchands en faisant irruption dans la cour... Et ceux qui avaient murmuré dans la cour aux premiers enseignements de Jésus - ce n'était pas seulement des phéniciens mais aussi des hébreux qui se trouvent dans la ville, pour je ne sais quel motif - s'unissent aux marchands pour insulter et menacer et surtout pour le chasser... Jésus ne plaît pas parce qu'il ne pousse pas au mal... Il croise les bras et regarde, attristé, solennel. Les gens, divisés en deux partis, en viennent aux mains pour défendre ou attaquer le Nazaréen. Insultes, louanges, malédictions, bénédictions, des apostrophes: «Ils ont raison les pharisiens. Tu es vendu à Rome, l'ami des publicains et des courtisanes», ou par contre: «Taisez-vous, blasphémateurs! C'est vous qui êtes vendus à Rome, phéniciens d'enfer!» «Vous êtes des Satans!» «Que l'Enfer vous engloutisse!» «Hors d'ici! Hors d'ici!» «Hors d'ici, voleurs qui venez faire le marché ici, usuriers» et cætera. Les soldats interviennent en disant: «Ce n’est pas Lui qui met le trouble! Il le subit!» Et avec leurs lances ils font évacuer la cour et ferment le portail. Il reste avec Jésus les trois frères prosélytes et les six disciples. «Mais comment vous est-il venu à l'idée de le faire parler?» demande le triaire aux trois frères. «Il y en a tant qui parlent!» répond Elie. «Oui. Et il n'arrive rien car ils enseignent ce qui plait à l'homme. Mais ce n’est pas cela que Lui enseigne, et ils ne le digèrent pas...» Le vieux soldat regarde avec attention Jésus qui est descendu de sa place et qui est debout, comme abstrait. Au dehors la foule est toujours en effervescence. Aussi on fait sortir d'autres troupes de la caserne et avec elles le centurion en personne. Ils frappent et se font ouvrir, alors que d'autres restent pour repousser aussi bien ceux qui crient: «Vive le Roi d'Israël!», 114 que ceux qui le maudissent. Le centurion s'amène inquiet et, en colère, s'en prend au vieil Aquila: «C'est ainsi que tu fais respecter Rome, toi? En laissant acclamer un roi étranger sur une terre soumise?» Le vieux soldat salue avec froideur et répond: «Il enseignait le respect et l'obéissance et il parlait d'un royaume qui n’est pas de cette terre. C'est pour cela qu'ils le haïssent. Car il est bon et respectueux. Je n'ai pas trouvé motif d'imposer le silence à quelqu'un qui n'attaquait pas notre loi.» Le centurion se calme et bougonne: «Alors c'est une nouvelle sédition de cette infecte racaille... C'est bien. Donnez l'ordre à l'homme de s'en aller immédiatement. Je ne veux pas d'histoires, ici. Obéissez et escortez-le hors de la ville dès que le chemin sera libre. Qu'il aille où il Lui plaira, aux enfers s'il le veut, mais qu'il sorte de ma juridiction. Compris?» «Oui. Nous le ferons.» Le centurion tourne le dos en faisant briller sa cuirasse et ondoyer son manteau pourpre, et il s'en va sans même regarder Jésus. Les trois frères disent au Maître: «Nous sommes désolés...» «Ce n'est pas votre faute. Et ne craignez pas, vous n'en éprouverez pas de mal. C'est Moi qui vous le dis...» Les trois changent de couleur... Philippe dit: «Comment connais-tu notre peur?» Jésus sourit doucement, un rayon de soleil sur son visage attristé: «Je sais ce qu'il y a dans les coeurs et je connais l'avenir.» Les soldats, en attendant, se sont mis au soleil. Ils lorgnent, commentent...

«Comment donc pourraient-ils nous aimer, s'ils le détestent Lui qui ne les opprime pas?» «Et qui fait des miracles, devrais-tu dire...» «Par Hercule! Quel est celui de nous qui est allé prévenir qu'il y avait un suspect?» «C'est Caïus!» «Celui qui fait du zèle! En attendant, nous avons manqué la soupe et je prévois que je vais perdre le baiser d'une fillette!... Ah!» «Epicurien! Où est ta belle?» «Je ne to le dirai sûrement pas à toi, ami!» «Elle est derrière le potier, du côté des Fondations. Je le sais. Je t'ai vu, il y a quelques soirs...» dit un autre. Le triaire, comme s'il passait, va vers Jésus et Lui tourne autour, 115 il le regarde, le regarde. Il ne sait que dire... Jésus lui sourit pour l'encourager. L'homme ne sait que faire... Mais il s'approche davantage. Jésus montre les cicatrices: «Toutes des blessures? Tu es un preux et un fidèle, alors...» Le vieux soldat rougit à ce compliment. «Tu as beaucoup souffert pour I'amour de ta Patrie et de ton empereur... Ne voudrais-tu pas souffrir un peu pour une plus grande Patrie: le Ciel? Pour un Empereur éternel: Dieu?» Le soldat secoue la tête et il dit: «Je suis un pauvre païen, mais il n’est pas dit que je n’arrive pas moi aussi à la onzième heure. Mais qui va m'instruire? Tu vois!... Ils te chassent. Et ce sont des blessures qui font mat, pas les miennes!... Moi, au moins, je les ai rendues aux ennemis. Mais Toi, que donnes-tu à ceux qui te blessent?» «Le pardon, soldat. Le pardon et l'amour.» «Moi, j'ai raison. Le soupçon qu'ils font peser sur Toi est stupide. Adieu, galiléen.» «Adieu, romain.» Jésus reste seul jusqu'à ce que les frères et les disciples reviennent avec des vivres. Les frères en offrent aux soldats pendant que les disciples en offrent à Jésus. Ils mangent sans appétit, au soleil, pendant que les soldats mangent et boivent joyeusement. Puis un soldat sort pour regarder sur la place silencieuse. «Nous pouvons aller» crie-t-il. «Ils sont tous partis. Il n'y a plus que les patrouilles.» Jésus se lève docilement, il bénit et réconforte les trois frères auxquels il donne un rendez-vous pour la Pâque au Gethsémani, et il sort, encadré par les soldats avec ses disciples humiliés qui viennent par derrière et ils suivent la route vide jusqu'à la campagne. «Salut, galiléen» dit le triaire. «Adieu, Aquila. Je t’en prie: ne faites pas de mal à Daniel, Elie et Philippe. C'est Moi seul le coupable. Dis-le au centurion.» «Je ne vais rien dire. A cette heure, il ne s'en souvient même plus, et les trois frères nous fournissent un bon ravitaillement, spécialement de ce vin de Chypre que le centurion aime plus que la vie. Sois tranquille. Adieu.» Ils se séparent. Les soldats repassent les portes. Jésus et les siens se dirigent vers l’est, à travers la campagne silencieuse. 116

18. LE BERGER ANNA CONDUIT JESUS VERB ACZIB Jésus s'achemine à travers une région très montagneuse. Ce ne sont pas des hautes montagnes mais une succession de montées et de descentes de collines et une quantité de torrents, joyeux en cette fraîche et nouvelle saison, limpides comme le ciel, jeunes comme les premières feuilles de plus en plus nombreuses sur les branches. Mais bien que la saison soit belle, joyeuse, capable de soulager le coeur, il ne semble pas que Jésus ait l'esprit très soulagé et encore moins que Lui les apôtres. Ils vont très silencieux dans le fond d'une vallée. Des bergers et des troupeaux seulement se présentent à leurs yeux, mais Jésus ne paraît même pas les voir. C'est le soupir découragé de Jacques de Zébédée et ses paroles inattendues, fruit d'une réflexion soucieuse, qui attirent l'attention de Jésus... Jacques dit: «Et défaites sur défaites!... Il semble que nous soyons des maudits...» Jésus lui met la main sur l'épaule: «Ne sais-tu pas que c'est le sort des meilleurs?» «Hé! je le sais depuis que je suis avec Toi! Mais de temps à autre, il faudrait quelque chose de différent, et avant nous l'avions, pour remonter notre coeur et notre foi...»

«Tu doutes de Moi, Jacques?» Quelle douleur fait trembler la voix du Maître! «Non!...» Le «non» n'est pas très assuré, en vérité. «Mais pour ce qui est de douter, tu doutes. De quoi, alors? Tu ne m'aimes plus comme autrefois? De me voir chassé, ridiculisé, ou même seulement laissé de côté sur ces confins phéniciens, a-t-il affaibli ton amour?» Des pleurs tremblent dans les paroles de Jésus, bien qu'il n'y ait pas de sanglots ni de larmes. C'est vraiment son âme qui pleure. «Pour cela non, mon Seigneur! Au contraire mon amour pour Toi augmente quand je te vois incompris, récusé, humilié, affligé. Et pour ne pas te voir ainsi, pour pouvoir changer le coeur des hommes, je serais prêt à donner ma vie en sacrifice. Tu dois me croire. Ne me brise pas le coeur, déjà si affligé, en pensant que tu doutes de mon amour. Autrement... Autrement je tomberais dans des excès. Je reviendrais en arrière, et j'exercerais une vengeance contre celui qui t'afflige, pour te prouver que je t'aime, pour t'enlever ce doute, et si j'étais pris et tué cela ne m'importerait en rien. Il me suffirait de t'avoir donné une preuve d'amour.» 117 «Oh! fils du tonnerre! D'où te vient cette véhémence? Veux-tu donc être une foudre exterminatrice?» Jésus sourit de la fougue et des projets de Jacques. «Oh! au moins je te vois sourire! C'est déjà un fruit de mes projets. Qu'en dis-tu, Jean? Devons-nous mettre en pratique ce que je pense pour soulager le Maître humilié par tant de refus?» «Oh! oui. Allons et mettons-nous à parler. Et s'ils l'insultent encore comme un roi de paroles, un roi de comédie, un roi sans argent, un roi fou, frappons dur pour qu'ils s'aperçoivent que le roi a aussi une armée de fidèles et qu'ils ne sont pas disposés à le laisser mépriser. La violence est utile en certaines choses. Allons, frère!» «Mais écoutez-les! Et Moi, qu'ai-je prêché pendant tant de temps? Oh! surprise des surprises! Même Jean, ma colombe, est devenu un épervier! Regardez-le, vous, comme il est laid, troublé, ébouriffé, déformé par la haine! Oh! honte! Et vous vous étonnez que des phéniciens restent indifférents, que des hébreux soient haineux, que des romains m'intiment l'expulsion, quand vous, les premiers, vous n'avez encore rien compris depuis deux années que vous êtes avec Moi, quand vous êtes devenus fiel par la haine que vous avez dans le coeur, quand vous rejetez de votre coeur ma doctrine d'amour et de pardon, quand vous l'expulsez comme une sottise, et accueillez comme une bonne alliée la violence! Oh! Père Saint! Cela, oui, c'est une défaite! Au lieu d'être comme autant d'éperviers qui aiguisent leurs becs et leurs griffes, ne vaudrait-il pas mieux que vous soyez des anges qui prient le Père de donner le réconfort à son Fils? Quand donc a-t-on vu un orage faire du bien par ses foudres et sa grêle? Eh bien, en souvenir de ce péché que vous avez commis contre la Charité, en souvenir du moment où j'ai vu affleurer sur votre visage l'animal-homme au lieu de l'homme-ange, que je veux toujours voir en vous, je vais vous surnommer "les fils du tonnerre".» Jésus est mi-sérieux quand il parle aux fils de Zébédée tout enflammés. Mais ses reproches ne durent pas devant leur repentir et, avec un visage que l'amour rend lumineux, il les serre contre son coeur en disant: «Et plus jamais, mauvais comme cela. Et merci pour votre amour. Et aussi pour le vôtre, amis» dit-il en s'adressant à André, Mathieu et les deux cousins. «Venez ici que je vous embrasse vous aussi. Mais ne savez-vous pas que si je n'avais pas d'autre joie que celle de faire la volonté de mon Père et votre amour, je serais toujours heureux même si le monde entier me 118 souffletait? Je suis triste, non pas pour Moi, pour mes défaites, comme vous dites, mais par pitié pour les âmes qui repoussent la Vie. Voilà, maintenant nous sommes tous contents, n’est-ce pas, grands enfants que vous êtes? Alors, allons. Allez trouver ces bergers qui sont en train de traire le troupeau et demandez un peu de lait, au nom de Dieu. N'ayez pas peur» dit-il en voyant l’air désolé des apôtres. «Obéissez avec foi. Vous aurez du lait et non des coups de bâton, même si l'homme est phénicien». Et les six s'en vont alors que Jésus les attend sur la route. Et il prie pendant ce temps, le Jésus affligé dont personne ne veut... Les apôtres reviennent avec un petit seau de lait et ils disent: «L'homme a dit que tu ailles là-bas, il doit te parler, mais il ne peut laisser les chèvres capricieuses aux petits bergers.» Jésus dit: «Alors allons manger leur pain.» Et ils vont tous sur la pente sur laquelle s'accrochent les chèvres capricieuses. «Je te remercie du lait que tu m'as donné. Que veux-tu de Moi?» «Tu es le Nazaréen, n’est-ce pas? Celui qui fait des miracles?» «Je suis celui qui prêche le Salut Eternel. Je suis le Chemin pour aller au Dieu Vrai, la Vérité qui se donne, la Vie qui vous vivifie. Je ne suis pas un sorcier qui fait des prodiges. Ceux-ci sont les manifestations de ma bonté et de votre faiblesse, qui a besoin de preuves pour croire. Mais que veux-tu de Moi?» «Voilà... Tu étais il y a deux jours à Alexandroscène?» «Oui. Pourquoi?»

«Moi aussi j'y étais avec mes chevrettes et quand j'ai compris qu'il y avait de la bagarre j'ai filé, parce qu'on a l'habitude de les provoquer pour voler ce qui se trouve sur les marchés. Ce sont tous des voleurs: les phéniciens... comme les autres. Je ne devrais pas le dire car mon père était prosélyte et ma mère syrienne, prosélyte moi aussi. Mais c'est la vérité. Bien. Revenons à notre récit. Je m'étais mis dans une étable avec mes bêtes, en attendant le char de mon fils. Et le soir, au sortir de la ville, j'ai rencontré une femme en pleurs avec une fillette dans les bras. Elle avait fait huit milles pour venir vers Toi, parce qu'elle habite hors de la ville, dans la campagne. Je lui ai demandé ce qu'elle avait. C'est une prosélyte. Elle était venue pour vendre et acheter. Elle avait entendu parler de Toi. Et l'espoir lui était venu au coeur. Elle était accourue à la maison. Elle avait pris sa fillette. Mais avec un fardeau, on marche lentement! Quand elle fut au magasin des frères, tu n'y étais plus. Eux, les frères, lui ont dit: "Ils l'ont chassé. Mais il nous a dit hier 119 soir qu'il refera les escales de Tyr". Moi - je suis père moi aussi - je lui ai dit: "Et alors va là-bas". Mais elle m'a répondu: "Et, si après ce qui est arrivé, il passe par d'autres chemins pour retourner en Galilée?". Je lui ai dit: "Oh! écoute. Ce sera une des deux routes des frontières. Moi, je fais paître mes troupeaux entre Rohob et Lesemdan, justement sur la route des frontières entre ici et Nephtali. Si je le vois, je le Lui dis. Parole de prosélyte". Et voilà je to l'ai dit.» «Et que Dieu t'en récompense. J'irai trouver la femme. Je dois retourner à Aczib.» «Tu vas à Aczib? Alors nous pourrons faire route ensemble si tu ne dédaignes pas un berger.» «Je ne dédaigne personne. Pourquoi vas-tu à Aczib?» «Parce que là, j'ai des agneaux. A moins que... je n'en aie plus.» «Pourquoi?» «Parce qu'il y a la maladie... Je ne sais pas si c'est de la sorcellerie ou autre chose. Je sais que mon beau troupeau est devenu malade. C'est pour cela que j'ai amené ici les chèvres, qui sont encore saines, pour les séparer des brebis. Ici vont rester mes deux fils. Maintenant ils sont à la ville pour les commissions. Mais je retourne là... pour les voir mourir, mes belles brebis laineuses...» L'homme soupire... Il regarde Jésus et il s'excuse: «Te parler à Toi, qui es Celui qui est, de ces choses et t'affliger, Toi certainement déjà affligé de la façon dont ils te traitent, c'est de la sottise. Mais les brebis, nous les aimons et c'est notre fortune, sais-tu?» «Je comprends, mais elles vont guérir. Ne les as-tu pas fait voir à des gens qui s'y connaissent?» «Oh! Ils m'ont tous dit la même chose: "Tue-les et vends leurs peaux. Il n'y a rien d'autre à faire" et même ils m'ont menacé si je les fais sortir... Ils ont peur de la maladie pour les leurs. Je dois les garder ainsi enfermées... et elles meurent en plus grand nombre. Ils sont méchants, tu sais? ceux de Aczib...» Jésus dit simplement: «Je le sais.» «Moi, je dis qu'ils me les ont ensorcelées...» «Non. Ne crois pas ces histoires... Quand tes fils vont venir, vas-tu partir tout de suite?» «Tout de suite. Ils vont être ici dans un moment. Est-ce que ce sont tes disciples, eux? N'y a-t-il qu'eux seuls?» «Non, j'en ai encore d'autres.» «Et pourquoi ne viennent-ils pas ici? Une fois, près de Méron, j'ai rencontré un groupe de ceux-ci. Ils avaient à leur tête un berger. 120 C'est ce qu'on disait. C'était un homme grand, robuste, qui s'appelait Elie. C'était en octobre, me semble-t-il, avant ou après les Tabernacles. Maintenant il t'a quitté?» «Aucun disciple ne m'a quitté.» «On m'avait dit que...» «Quoi?» «Que tu... que les pharisiens... En somme que les disciples t'avaient quitté par peur, et parce que tu étais un...» «Un démon. Dis-le simplement. Je le sais. Double mérite pour toi, qui crois malgré cela.» «Et pour ce mérite, ne pourrais-tu pas... mais peut-être je demande une chose sacrilège...» «Dis-la. Si elle est mauvaise, je te le dirai.» «Ne pourrais-tu pas, en passant, bénir mon troupeau?» l'homme est tout angoissé... «Je vais bénir ton troupeau. Celui-ci...» et il lève la main pour bénir les chèvres éparses, «...et celui des brebis. Crois-tu que ma bénédiction les sauve?» «Comme tu sauves les hommes des maladies, ainsi tu pourras sauver les bêtes. On dit que tu es le Fils de Dieu. Les brebis, c'est Dieu qui les a créées. Ce sont donc des choses du Père. Moi... je ne savais pas s'il était respectueux de te le demander. Mais si c'est possible, fais-le, Seigneur, et je porterai au Temple de grandes offrandes de louange. Ou plutôt, non! Je te les donnerai pour les pauvres et ce sera mieux.» Jésus sourit et se tait. Les fils du berger arrivent, et peu après Jésus avec les siens et le vieux berger

partent, en laissant les jeunes gens à la garde des chèvres. Ils marchent rapidement, dans l'intention d'arriver vite à Cédès pour en sortir aussitôt en essayant de rejoindre la route qui va de la mer vers l'intérieur. Ce doit être la même, qui bifurque au pied du promontoire, qu'ils ont faite en allant à Alexandroscène. Du moins c'est ce que je comprends d'après les conversations du berger avec les disciples. Jésus est en avant tout seul. «Mais n'aurons-nous pas d'autres ennuis?» demande Jacques d'Alphée. «Cédès ne dépend pas de ce centurion. Elle est hors des frontières phéniciennes. Les centurions, il suffit de ne pas les piquer, ils se désintéressent de la religion.» «Et puis nous ne nous y arrêtons pas...» «Arriverez-vous à faire plus de trente milles en un jour?» 121 demande le berger. «Oh! nous sommes des pèlerins perpétuels!» Ils marchent sans arrêt... Ils arrivent à Cédès et la dépassent sans incidents. Ils prennent la route directe. Sur la borne est indiquée Aczib. Le berger la montre en disant: «Demain, nous y serons. Cette nuit, vous viendrez avec moi. Je connais des paysans des vallées, mais beaucoup sont dans les frontières phéniciennes... C'est bien! Nous sortirons des frontières, et sûrement on ne nous découvrira pas tout de suite... Oh! la surveillance! Il vaudrait mieux l'exercer pour les voleurs!...» Le soleil tombe et les vallées n'aident certainement pas à garder sa lumière, boisées comme elles le sont. Mais le berger est au courant et il va avec assurance. Ils arrivent à un petit village, exactement une poignée de maisons. «S'ils nous donnent l'hospitalité ici, ce sont des israélites. Nous sommes vraiment sur les frontières. S'ils ne veulent pas de nous, nous irons dans un autre village qui est phénicien.» «Je n'ai pas de préventions, homme.» Ils frappent à une maison. «Toi, Anna? Avec des amis? Viens, viens et que Dieu soit avec toi» dit une femme très âgée. Ils entrent dans une vaste cuisine que réjouit un grand feu. Une famille nombreuse de tous les âges, est réunie à table, mais courtoisement fait place à ceux qui viennent d'arriver. «Voici Jonas. Voilà sa femme, ses enfants, ses petits-enfants et les belles-filles. Une famille patriarcale, fidèle au Seigneur» dit le berger Anna à Jésus. Et puis, se tournant vers le vieux Jonas: «Et celui qui est avec moi, c'est le Rabbi d'Israël celui que tu désirais connaître.» «Je bénis Dieu de Lui donner l'hospitalité et d'avoir de la place, ce soir. Et je bénis le Rabbi d'être venu dans ma maison, et je demande sa bénédiction.» Anna explique que la maison de Jonas est comme une auberge pour les pèlerins qui vont de la mer vers l'intérieur. Tous s'assoient dans la cuisine chaude et les femmes servent les nouveaux arrivés. Il y a un tel respect qu'il en est paralysant. Mais Jésus détend la situation en prenant autour de Lui, tout de suite après le repas, les nombreux enfants et en s'intéressant à eux qui tout de suite fraternisent. Et derrière eux, dans le bref espace de temps qui sépare le souper du repos, les hommes de la maison 122 s'enhardissent racontant ce qu'ils ont appris du Messie et demandant de nouveaux détails. Et Jésus rectifie, confirme, explique avec bienveillance, dans une paisible conversation, jusqu'à ce que pèlerins et gens de la famille aillent se reposer après que Jésus les ait tous bénis.

19. LA MERE CANANEENNE «Le Maître est-il avec toi?» demande le vieux paysan Jonas à Jude Thaddée qui entre dans la cuisine. Déjà le feu est allumé pour chauffer le lait et réchauffer la pièce, car il fait un peu froid dans ces premières heures d'une matinée de fin janvier, je crois, ou de début février. La matinée est très belle mais le froid est un peu piquant. «Il doit être sorti pour prier. Il sort souvent à l'aube, quand il sait qu'il peut être seul. Il va bientôt arriver. Pourquoi le demandes-tu?» «Je l'ai demandé aussi aux autres, qui maintenant se sont dispersés pour le chercher, car il y a une

femme à côté, avec mon épouse. C'est une femme d'un village d'au-delà de la frontière et je ne sais pas vraiment dire comment elle a su que le Maître est ici, mais elle le sait et elle veut Lui parler.» «C'est bien. Elle Lui parlera. Peut-être est-elle celle qu'il attend, avec une fillette malade. C'est son esprit qui l'aura conduite ici.»~ «Non. Elle est seule, elle n'a pas d'enfant avec elle. Je la connais bien, parce que les villages sont si voisins... et la vallée appartient à tous. Et puis, moi je pense qu'il ne faut pas être cruel avec les voisins, même phéniciens, pour servir le Seigneur. Je peux me tromper mais...» «C'est aussi ce que dit toujours le Maître, qu'il faut avoir pitié de tous. » «C'est ce qu'il fait, n’est-ce pas?» «Oui. » «Anna m'a dit aussi, que même maintenant on le traite mal. Mal, toujours mal!... En Judée, comme en Galilée, partout. Pourquoi donc Israël est-il si mauvais avec son Messie? Je veux parler des plus grands parmi nous d'Israël, car le peuple l'aime.» «Comment sais-tu ces choses?» 123 «Oh! je vis ici, au loin, mais je suis un fidèle israélite. Il me suffit d'aller au Temple pour les fêtes d'obligation pour savoir tout le bien et tout le mal! Et le bien on le connaît moins que le mal, parce que le bien est humble et ne fait pas de réclame. Les bénéficiaires devraient le proclamer, mais peu nombreux sont ceux qui sont reconnaissants après avoir reçu des grâces. L'homme reçoit le bienfait et il l'oublie... Le mal, au contraire, fait résonner ses trompettes et il fait retentir ses paroles, même aux oreilles de ceux qui ne veulent pas entendre. Vous, qui êtes ses disciples, ne savez-vous pas à quel point, au Temple, on dénigre et on accuse le Messie? Les scribes ne font plus d'instructions que sur son compte. Je crois qu'ils se sont fait un recueil d'instructions sur la manière d'accuser le Maître et de faits qu'ils présentent comme des motifs valables d'accusation. Et il faut avoir la conscience très droite et ferme et libre, pour savoir résister et juger avec sagesse. Lui, est-il au courant de ces manoeuvres?» «Il les connaît toutes. Et nous, plus ou moins, nous sommes aussi au courant, mais Lui ne s'en frappe pas. Il continue son travail et le nombre des disciples ou des croyants augmente chaque jour.» «Que Dieu veuille qu'ils tiennent jusqu'à la fin, mais l'homme est instable dans ses pensées. Il est faible... Voici le Maître qui vient vers la maison avec trois disciples.» Et le vieillard sort, suivi de Jude Thaddée, pour vénérer Jésus qui, plein de majesté, se dirige vers la maison. «La paix soit avec toi, aujourd'hui et toujours, Jonas.» «Gloire et paix avec Toi, Maître, toujours.» «La paix à toi, Jude. André et Jean ne sont-ils pas encore revenus?» «Non, et je ne les ai pas entendus sortir. Personne. J'étais fatigué et j'ai dormi comme une souche.» «Entre, Maître. Entrez. L'air est frais ce matin. Dans le bois il devait faire très froid. Il y a ici du lait chaud pour tout le monde.» Ils sont en train de boire le lait et tous, sauf Jésus, y trempent de bons morceaux de pain, quand surviennent André et Jean avec Anna, le berger. «Ah! tu es ici? Nous revenions pour dire que nous ne t'avions pas trouvé...» s'écrie André. Jésus donne le salut de paix aux trois, et ajoute: «Vite, prenez votre part et partons car je veux être, avant le soir, au moins au pied de la montagne d'Aczib. Ce soir commence le sabbat.» «Mais, mes brebis?» 124 Jésus sourit et répond: «Elles seront guéries après que je les aurai bénies.» «Mais je suis à l'orient de la montagne! Et Toi, pour cette femme, to vas au couchant...» «Laisse faire Dieu, et Lui pourvoira à tout.» Le repas est fini, et les apôtres montent prendre les sacs de voyage pour le départ. «Maître... cette femme qui est là... tu ne l'écoutes pas?» «Je n'ai pas le temps, Jonas. La route est longue et, du reste, je suis venu pour les brebis d'Israël. Adieu, Jonas. Que Dieu te récompense de ta charité. Ma bénédiction est sur toi et sur tous tes parents. Allons.» Mais le vieillard se met à crier à tue-tête: «Enfants! Femmes! Le Maître part! Accourez!» Et comme une nichée de poussins éparpillés dans un pailler accourent au cri de la mère poule qui les appelle, ainsi de tous les côtés de la maison accourent femmes et hommes occupés à leurs travaux ou encore à moitié endormis, et les enfants à moitié nus qui sourient avec leurs visages à peine éveillés... Ils se serrent autour de Jésus qui est au milieu de l’aire, et les mères enveloppent les

enfants dans leurs jupes pour les garantir de l’air, ou bien les serrent dans leurs bras jusqu'à ce qu'une servante accoure avec des petits vêtements qui sont vite passés. Mais voilà qu'accourt une femme qui n’est pas de la maison, une pauvre femme en pleurs, honteuse... Elle marche courbée, presque en rampant et, arrivée près du groupe au milieu duquel se trouve Jésus, elle se met à crier: «Aie pitié de moi, ô Seigneur, Fils de David! Ma fillette est toute tourmentée par le démon qui lui fait faire des choses honteuses. Aie pitié parce que je souffre tant et que je suis méprisée par tous à cause de cela. Comme si ma fille était responsable de faire ce qu'elle fait... Aie pitié, Seigneur, Toi qui peux tout. Elève ta voix et ta main et commande à l’esprit impur de sortir de Palma. Je n'ai que cette enfant et je suis veuve... Oh! ne t’en va pas! Pitié!...» En effet Jésus qui a fini de bénir les membres de la famille et qui a réprimandé les adultes d'avoir parlé de sa venue - et eux s'excusent en disant: «Nous n'avons pas parlé, crois-le, Seigneur!» - s'en va montrant une dureté inexplicable envers la pauvre femme qui se traîne sur les genoux en tendant des bras suppliants, haletante alors qu'elle dit: «C'est moi, moi qui t'ai vu hier pendant que tu passais le torrent, et j'ai entendu qu'on tu disait: "Maître". Je vous 125 ai suivis parmi les buissons et j'ai entendu leurs conversations. J'ai compris qui tu es... Et ce matin, je suis venue alors qu'il faisait encore nuit, pour rester ici sur le seuil comme un petit chien jusqu'au moment où Sara s'est levée et m'a fait entrer. Oh! Seigneur, pitié! Pitié! D'une mère et d'une petite!» Mais Jésus marche rapidement, sourd à tout appel. Ceux de la maison disent à la femme: «Résigne-toi! Il ne veut pas t'écouter. Il l'a dit: c'est pour ceux d'Israël qu'il est venu...» Mais elle se lève, à la fois désespérée et pleine de foi, et elle répond: «Non. Je le prierai tant qu'il m'écoutera.» Et elle se met à suivre le Maître ne cessant de crier ses supplications qui attirent sur le seuil des maisons du village tous ceux qui sont éveillés et qui, comme ceux de la maison de Jonas, se mettent à la suivre pour voir comment la chose va finir. Les apôtres pendant ce temps se regardent entre eux étonnés et ils murmurent: «Pourquoi agit-il ainsi? Il ne l'a jamais fait!...» Et Jean dit: «A Alexandroscène il a pourtant guéri ces deux.» «C'étaient des prosélytes, pourtant» répond le Thaddée. «Et celle qu'il va guérir maintenant?» «Elle est prosélyte, elle aussi» dit le berger Anna. «Oh! mais que de fois il a guéri aussi des gentils ou des païens! La petite romaine, alors?...» dit André désolé, qui ne sait pas se tranquilliser de la dureté de Jésus envers la femme cananéenne. «Je vais vous dire ce qu'il y a» s'exclame Jacques de Zébédée. «C'est que le Maître est indigné. Sa patience est à bout, devant tant d'assauts de la méchanceté humaine. Ne voyez-vous pas comme il est changé? Il a raison! Désormais il ne va se donner qu'à ceux qu'il connaît. Et il fait bien!» «Oui. Mais en attendant, elle nous suit en criant, avec une foule de gens à sa suite. Lui, s'il veut passer inaperçu, a trouvé moyen d'attirer l'attention même des arbres...» bougonne Mathieu. «Allons Lui dire de la renvoyer... Regardez ici le beau cortège qui nous suit! Si nous arrivons ainsi sur la route consulaire, nous allons être frais! Et elle, s'il ne la chasse pas, ne va pas nous lâcher...» dit le Thaddée fâché, qui de plus se retourne et dit à la femme: «Tais-toi et va-t-en!» Et ainsi fait Jacques de Zébédée. Mais la femme ne s'impressionne pas des menaces et des injonctions et continue de supplier. «Allons le dire au Maître, qu'il la chasse, Lui, puisqu'il ne veut pas l'écouter. Cela ne peut pas durer ainsi!» dit Mathieu, alors qu'André murmure: «La pauvre!» et Jean ne cesse de répéter: «Moi, 126 je ne comprends pas... Moi, je ne comprends pas...» Il est bouleversé, Jean, de la façon d'agir de Jésus. Mais désormais, en accélérant leur marche, ils ont rejoint le Maître qui s'en va rapidement comme si on le poursuivait. «Maître! Mais renvoie cette femme! C'est un scandale! Elle crie derrière nous! Elle nous fait remarquer de tout le monde! La route se remplit toujours plus de passagers... et beaucoup la suivent. Dis-lui qu'elle s'en aille.» «Dites-le-lui, vous. Moi, je lui ai déjà répondu.» «Elle ne nous écoute pas. Allons! Dis-le-lui, Toi. Et avec sévérité.» Jésus s'arrête et se retourne. La femme prend cela pour un signe de grâce, et elle hâte le pas, elle élève le ton déjà aigu de sa voix et son visage pâlît car son espoir grandit. «Tais-toi, femme, et retourne chez toi! Je l'ai déjà dit: "Je suis venu pour les brebis d'Israël". Pour guérir les malades et rechercher celles d'entre elles qui sont perdues. Toi, tu n'es pas d'Israël Mais la femme est déjà à ses pieds et les baise en l'adorant et en tenant serrées ses chevilles, comme si elle était une naufragée qui a trouvé un rocher où se réfugier, et elle gémit: «Seigneur, viens à mon secours! Tu le peux, Seigneur. Commande au démon, Toi qui es saint... Seigneur, Seigneur, tu

es le Maître de tout, de la grâce comme du monde. Tout t'est soumis, Seigneur. Je le sais. Je le crois. Prends donc ce qui est en ton pouvoir et sers-t-en pour ma fille.» «Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants de la maison et de le jeter aux chiens de la rue.» «Moi, je crois en Toi. En croyant, de chien de la rue je suis devenue chien de la maison. Je to l'ai dit: je suis venue avant l'aube me coucher sur le seuil de la maison où tu étais, et si tu étais sorti de ce côté là, to aurais buté contre moi. Mais tu es sorti de l'autre côté et tu ne m'as pas vue. Tu n'as pas vu ce pauvre chien tourmenté, affamé de ta grâce, qui attendait pour entrer en rampant où tu étais, pour te baiser ainsi les pieds, en te demandant de ne pas le chasser...» «Il n'est pas bien de jeter le pain des enfants aux chiens» répète Jésus. «Mais pourtant les chiens entrent dans la pièce où le maître mange avec ses enfants, et ils mangent ce qui tombe de la table, ou les restes que leur donnent les gens de la maison, ce qui ne sert plus. Je ne te demande pas de me traiter comme une fille et de me 127 faire asseoir à ta table. Mais donne-moi, au moins, les miettes...» Jésus sourit. Oh! comme son visage se transfigure dans ce sourire de joie!... Les gens, les apôtres, la femme, le regardent avec admiration... sentant que quelque chose va arriver. Et Jésus dit: «Oh! femme! Grande est ta foi. Et par elle tu consoles mon esprit. Va donc, et qu'il te soit fait comme tu veux. Dès ce moment, le démon est sorti de ta petite. Va en paix. Et comme de chien perdu tu as su vouloir être chien domestique, ainsi sache à l'avenir être fille, assise à la table du Père. Adieux.» «Oh! Seigneur! Seigneur! Seigneur!... Je voudrais courir pour voir ma Palma chérie... Je voudrais rester avec Toi, te suivre! Béni! Saint!» «Va, va, femme. Va en paix.» Et Jésus reprend sa route alors que la cananéenne, plus agile qu'une enfant, s'éloigne en courant, suivie de la foule curieuse de voir le miracle... «Mais pourquoi, Maître, l'as-tu faite tant prier pour ensuite l'écouter?» demande Jacques de Zébédée. «A cause de toi et de vous tous. Cela n’est pas une défaite, Jacques. Ici, je n'ai pas été chassé, ridiculisé, maudit... Que cela relève votre esprit abattu. J'ai déjà eu aujourd'hui ma nourriture très douce. Et j'en bénis Dieu. Et maintenant allons trouver cette autre qui sait croire et attendre avec une foi assurée.» «Et mes brebis, Seigneur? Bientôt je devrai prendre une autre route que la tienne pour aller à ma pâture...» Jésus sourit, mais ne répond pas. Il est beau d'aller, maintenant que le soleil réchauffe l’air et fait resplendir comme des émeraudes les feuilles nouvelles des bois et les herbes des prairies, changeant en chaton tout calice de fleur à cause des gouttes de rosée qui brillent dans les pétales multicolors des fleurettes des champs. Et Jésus va, souriant. Et les apôtres, qui ont subitement repris courage, le suivent en souriant... Ils arrivent au carrefour. Le berger Anna, mortifié, dit: «C'est ici que je devrais te quitter... Tu ne viens donc pas guérir mes brebis? Moi aussi, j'ai foi, et je suis prosélyte... Me promets-tu, au moins, de venir après le sabbat?» «Oh! Anna! Mais tu n'as pas encore compris que tes brebis sont guéries depuis le moment où j'ai levé la main vers Lesemdan? Va donc, toi aussi, pour voir le miracle et bénir le Seigneur.» 128 Je crois que la femme de Loth, quand elle eut été changée en sel, n'a pas été différente du berger qui est resté comme il était, un peu incliné mais la tête relevée vers Jésus pour le regarder, un bras à demi tendu en l’air... Il semble être une statue. Et on pourrait lui mettre l'inscription: «Le Suppliant.» Mais ensuite il se redresse et se prosterne, en disant: «Béni, sois-tu! Toi, bon! Toi, saint!... Mais je t'ai promis beaucoup d'argent, et ici, je n'ai que quelques drachmes... Viens, viens chez moi après le sabbat...» «Je viendrai, non pour l'argent mais pour to bénir encore pour ta simple foi. Adieu, Anna. La paix soit avec toi.» Et ils se séparent... «Et cela aussi, n'est pas une défaite, amis! Et ici aussi, je n'ai pas été ridiculisé, chassé et maudit!... Allons! Il y a une mère qui nous attend depuis plusieurs jours...» Et la marche continue, avec un petit arrêt pour manger du pain et du fromage et boire à une source... Le soleil est au midi quand on voit apparaître le carrefour. «Voici le commencement des escales de Tyr là, au fond» dit Mathieu. Et il se réjouit à la pensée que la plus grande partie du parcours est faite. Justement, adossée à une borne romaine, il y a une femme. A ses pieds, sur un strapontin, une fillette sur les sept ou huit ans. La femme regarde dans toutes les directions, vers les escales dans les

rochers, vers la route de Ptolémaïs, vers celle que parcourt Jésus, et de temps à autre elle se penche pour caresser sa petite, pour lui garantir la tête du soleil avec une toile, lui recouvrir les pieds et les mains avec un châle... «Voilà la femme! Mais où aura-t-elle dormi pendant ces jours?» demande André. «Peut-être dans cette maison tout près du carrefour. Il n'y a pas d'autres maisons dans le voisinage» répond Mathieu. «Ou à la belle étoile» dit Jacques d'Alphée. «Non. A cause de la fillette, non» répond son frère. «Oh! pour obtenir la grâce!...» dit Jean. Jésus ne parle pas, mais il sourit. Tous en rang, trois d'un côté, trois de l'autre, avec Lui au milieu, ils occupent la route à cette heure de pose des voyageurs, occupés à manger là où les a pris le milieu du jour. Jésus sourit, grand, beau, au milieu du rang. Et il semble que toute la lumière du soleil se soit concentrée sur son visage, tant il est radieux. Il semble émettre des rayons. 129 La femme lève les yeux... Ils sont désormais à une cinquantaine de mètres. Peut-être Jésus a attiré son attention, distraite par une plainte de la fille, par son regard fixé sur elle. Elle regarde... Elle porte les mains à son coeur par un mouvement involontaire, provoqué par l'angoisse, elle sursaute. Jésus épanouit son sourire. Et ce sourire resplendissant, inexprimable, doit dire tant de choses à la femme qui, non plus anxieuse mais souriante, comme si déjà elle éprouvait son futur bonheur, se penche pour prendre sa petite et la levant de son strapontin, la portant les bras tendus, comme si elle l'offrait à Dieu, elle s'avance et quand elle est arrivée aux pieds de Jésus, elle s'agenouille en levant le plus qu'elle peut la fillette allongée qui regarde, extasiée, le très beau visage de Jésus. La femme ne dit pas un mot. Et que doit-elle dire de plus profond que ce qu'elle dit par toute son attitude?... Et Jésus ne dit qu'une seule parole, petite, mais puissante, mais béatifiante comme le «Fiat» de Dieu dans la création du monde: «Oui.» Et il pose sa main sur la petite poitrine de l'enfant étendue. Et l'enfant, avec un cri d'alouette libérée de la cage, crie: «Maman!» et elle s'assied tout d'un coup, glisse à ses pieds, et embrasse sa mère qui, épuisée, vacille et va tomber à la renverse, s'évanouissant par suite de la fatigue, de l'angoisse subitement apaisée, de la joie qui dépasse les forces du coeur déjà affaibli par tant de souffrances passées. Jésus la soutient promptement. Son intervention est plus efficace que celle de la fillette qui, alourdissant de son poids les bras maternels, ne l'aide pas précisément à la soutenir. Jésus la fait asseoir et fait passer la force en elle... Et il la regarde pendant que des larmes muettes descendent sur le visage à la fois fatigué et bienheureux de la femme. Puis viennent les paroles: «Merci, mon Seigneur! Merci et bénédictions! Mon espérance a été couronnée... Je t'ai tant attendu... Mais maintenant je suis heureuse...» La femme, après avoir surmonté son évanouissement, se remet à genoux, adorant, tenant devant elle la fillette que Jésus caresse. Elle explique: «Il y a deux ans que dans l'échine un os se détériorait la paralysant et l'amenant à la mort lentement et en la faisant beaucoup souffrir. Nous l'avions fait voir à des médecins d'Antioche, de Tyr, de Sidon et même de Césarée et de Panéade, faisant tant de dépenses pour les médecins et les remèdes que nous avons 130 dù vendre la maison que nous avions en ville et nous retirer dans celle de campagne, et congédier les serviteurs de la maison pour ne garder que ceux de la campagne, vendre nos productions qu'auparavant nous consommions... Et rien ne servait! Je t'ai vu. Je savais ce que tu fais ailleurs. J'ai espéré ta grâce aussi pour moi... Et je l'ai eue! Maintenant je retourne à la maison, légère, joyeuse... et à mon époux, je donnerai la joie... A mon Jacques, lui qui m'a mis au coeur l'espérance, en me racontant ce qui était arrivé par ta puissance en Galilée et en Judée. Oh! si nous n'avions pas craint de ne pas te trouver, nous serions venus avec la fillette. Mais tu es toujours en route!...» «En cheminant, je suis venu vers toi... Mais où as-tu séjourné pendant ces jours?» «Dans cette maison... Mais la nuit, la fillette seule y restait. Il y a là une brave femme: elle en prenait soin à ma place pendant la nuit. Moi, je suis restée toujours ici, par crainte de te manquer si tu passais de nuit.» Jésus lui met la main sur la tête: «Tu es une bonne mère. Dieu t'aime à cause de cela. Tu vois qu'Il t'a aidée en tout.»

«Oh! oui! Je l'ai bien senti pendant que je venais. J'étais venue de la maison à la ville, croyant t'y trouver, par conséquent avec peu d'argent et seule. Puis, suivant le conseil de l'homme, j'ai poursuivi ma route pour ce lieu. J'ai envoyé prévenir à la maison et je suis venue... et il ne m'a rien manqué. Ni pain, ni abri, ni force.» «Toujours avec ce fardeau dans les bras? Ne pouvais-tu pas louer un char?...» demande peiné Jacques d'Alphée. «Non. Elle aurait trop souffert, à en mourir. C'est dans les bras de sa mère que ma Jeanne est venue à la Grâce.» Jésus caresse leurs cheveux à toutes les deux: «Maintenant partez et soyez toujours fidèles au Seigneur. Que le Seigneur soit avec vous et qu'avec vous soit ma paix.» Jésus reprend sa marche sur la route qui va à Ptolémaïs. «Et cela aussi n'est pas une défaite, amis. Et ici aussi, je n'ai été ni chassé, ni ridiculisé, ni maudit.» En suivant la route directe, ils ont vite fait de rejoindre la maréchalerie, près du pont. Le maréchal romain se repose au soleil, assis contre le mur de la maison. Il reconnaît Jésus et le salue. Jésus lui rend son salut et il ajoute: «Me permets-tu de rester ici, pour reposer un peu et manger un peu de pain?» «Oui, Rabbi. Ma femme voulait te voir... car je lui ai dit ce que j'avais entendu de ton discours de l'autre fois. Esther est hé131 braïque. Mais je n'osais te le dire, moi je suis romain. Je te l'aurais envoyée...» «Appelle-la donc.» Et Jésus s'assoit sur le banc qui est contre le mur, alors que Jacques de Zébédée distribue le pain et le fromage... Une femme d'environ quarante ans sort, confuse, rouge de honte. «La paix à toi, Esther. Il t’est venu le désir de me connaître? Pourquoi?» «A cause de ce que tu as dit... Les rabbins nous méprisent, nous, qui avons épousé un romain... Mais mes enfants je les ai tous portés au Temple et les garçons sont tous circoncis. Je l'ai dit d'avance à Titus, quand il voulait m'épouser... Et lui est bon... Il me laisse toujours faire avec les enfants. Coutumes, rites, tout est hébraïque ici!... Mais les rabbins, les chefs de synagogues, nous maudissent. Toi, pas... Tu as des paroles de pitié-pour nous... Oh! sais-tu ce que c'est pour nous? C'est comme sentir autour de soi les bras du père et de la mère qui nous ont répudiées et maudites, ou qui sont sévères avec nous... C'est comme remettre les pieds dans la maison que l'on a quittée et ne plus s'y sentir étrangère... Titus est bon. Pendant nos fêtes, il ferme la maréchalerie en perdant ainsi beaucoup d'argent et il m'accompagne avec les enfants au Temple, car il dit que l'on ne peut rester sans religion. Lui dit que la sienne est celle de la famille et du travail, comme auparavant c'était celle du devoir de soldat... Mais moi, Seigneur... j'ai voulu te demander une chose... Tu as dit que ceux qui suivent le vrai Dieu doivent prélever un peu de leur levain saint et le mettre dans la bonne farine pour la faire fermenter saintement. Je l'ai fait avec mon époux. J'ai cherché, pendant ces vingt années que nous sommes ensemble, de travailler son âme qui est bonne avec le levain d'Israël. Mais lui ne se décide jamais... et il est âgé... Je le voudrais avec moi dans l'autre vie... Unis par la foi, comme nous le sommes par l'amour... Je ne te demande pas la richesse, le bien-être, la santé. Ce que nous avons nous suffit, Dieu en soit loué! Mais cela, je le voudrais... Prie pour mon époux! Qu'il appartienne au vrai Dieu...» «Oui, il aura cette grâce. Sois-en assurée. Tu demandes une chose sainte et tu l'auras. Tu as compris les devoirs de la femme envers Dieu et envers son époux. Il faudrait qu'il en fût ainsi de toutes les épouses! En vérité je te dis que beaucoup devraient t’imiter. Continue d'être ainsi, et tu auras la joie d'avoir ton Titus à tes côtés, 132 dans la prière et au Ciel. Fais-moi voir tes enfants.» La femme appelle ses nombreux enfants: «Jacob, Judas, Lévi, Marie, Jean, Anne, Elise, Marc» et puis elle entre dans la maison et en revient avec un enfant qui marche à peine et une autre de trois mois, au plus: «Et lui est Isaac, et la toute petite c'est Judith» dit-elle en terminant la présentation. «Abondance!» dit en riant Jacques de Zébédée. Et Jude s'écrie: «Six garçons! Et tous circoncis! Et avec des noms purs! Bravo!» La femme est heureuse et elle fait l'éloge de Jacob, Judas et Lévi qui aident leur père «tous les jours sauf le sabbat, jour où Titus travaille seul pour mettre les fers faits d'avance» dit-elle. Et elle loue Marie et Anne «qui aident leur mère.» Mais elle ne se fait pas faute de louer les quatre plus petits «bons et sans caprices. Titus m'aide à les éduquer, lui qui a été un soldat discipliné» dit-elle en regardant affectueusement l'homme qui, adossé à l'huisserie, une main sur la hanche, a écouté tout ce qu'a dit sa femme avec un franc sourire sur son visage ouvert et qui maintenant se rengorge en entendant rappeler ses mérites de soldat. «Très bien. La discipline des armes n'est pas odieuse à Dieu quand se fait avec humanité le propre devoir du soldat. Le tout c'est d'être toujours moralement honnête, dans tout travail, pour être

toujours vertueux. Cette discipline d'autrefois, que tu fais passer dans tes enfants, doit te préparer à un service plus haut: à celui de Dieu. Maintenant nous te quittons. J'aurai bien juste le temps d'arriver à Aczib avant la fin du crépuscule. Paix à toi, Esther, et à toute ta maison. Appartenez, bientôt, tous au Seigneur.» La mère et les enfants s'agenouillent pendant que Jésus lève la main pour les bénir. L'homme, comme s'il était de nouveau le soldat de Rome devant son empereur, se met au garde-à-vous, en saluant à la romaine. Et ils s'en vont... Après quelques mètres, Jésus met la main sur l'épaule de Jacques: «Et encore une fois, la quatrième de la journée, je te fais remarquer que ce n'est pas une défaite, ce n'est pas être chassé, ridiculisé, maudit... Et maintenant, qu'en dis-tu?» «Que je suis un sot, Seigneur» dit impétueusement Jacques de Zébédée. «Non. Toi et vous tous, vous êtes encore et toujours trop humains, et vous éprouvez toutes les sautes d'humeur de celui qui est plus dominé par l'humanité que par l'esprit. L'esprit, quand il est 133 souverain, ne change pas à tout souffle de vent qui ne peut être toujours une brise parfumée... Il pourra souffrir, mais sans s'altérer. Je ne cesse de prier pour que vous arriviez à cette domination de l'esprit. Mais vous devez m'aider par votre effort... Eh bien! Le voyage est terminé. Pendant ce temps, j'ai semé ce qu'il faut pour préparer le travail pour le temps où ce sera vous qui serez les évangélisateurs. Maintenant nous pouvons aller au repos du sabbat avec la conscience d'avoir fait notre devoir. Et nous attendrons les autres... Puis nous irons... encore... toujours... jusqu'à ce que tout soit accompli...

20. BARTHELEMY DECOUVRE LE POURQUOI... Le lendemain du sabbat. Jésus est réuni avec les six dans une pièce où il y a des lits très misérables, entassés les uns près des autres. L'espace qui reste libre suffit à peine pour aller d'un bout à l'autre de la pièce. Ils mangent leur nourriture plus que humble, assis sur les lits, car il n'y a pas de tables ni de sièges. Et Jean, à un certain moment, va s'asseoir sur le bord de la fenêtre à la recherche du soleil. C'est ainsi qu'il voit le premier ceux que l'on attend: Pierre, Simon, Philippe et Barthélemy qui se dirigent vers la maison. Il les appelle et puis sort dehors, suivi de tous. Il ne reste que Jésus qui pour tout mouvement se lève et se tourne pour regarder du côté de la porte... Ceux qui viennent d'arriver entrent, et il est facile d'imaginer l'exubérance de Pierre, comme il est facile de se représenter la révérence profonde de Simon le Zélote. Ce qui surprend, c'est l'attitude de Philippe et surtout de Barthélemy. Ils entrent, je dirais comme craintifs, angoissés, et bien que Jésus leur ouvre les bras pour échanger avec eux le baiser de paix déjà donné à Pierre et à Simon, eux tombent à genoux et se penchent, le front jusqu'au sol, en baisant les pieds de Jésus et ils restent ainsi... et les soupirs étouffés de Barthélemy montrent qu'il pleure silencieusement sur les pieds de Jésus. «Pourquoi cette angoisse, Barthélemy? Tu ne viens pas dans les bras du Maître? Et toi, Philippe, pourquoi es-tu si craintif? Si je ne savais pas que vous êtes deux hommes honnêtes, dont le coeur ne peut loger la malice, je devrais soupçonner que vous êtes coupables. Mais il n’en est pas ainsi. Allons, donc! Il y a si longtemps que 134 je désire votre baiser et de voir le regard limpide de vos yeux fidèles...» «Nous aussi, Seigneur...» dit Barthélemy en levant son visage sur lequel brillent des larmes. «Nous n’avons désiré que Toi, nous demandant en quoi nous pouvions t'avoir déplu pour mériter de rester si longtemps séparés. Et cela nous paraissait une chose injuste... Mais maintenant, nous savons... Oh! pardon, Seigneur! Nous te demandons pardon. Moi surtout, parce que Philippe a été séparé de Toi à cause de moi. Et à lui, je l'ai déjà demandé. C'est moi le seul coupable, moi, le vieil israélite si dur à se renouveler, qui t'ai donné la douleur...» Jésus se penche et le lève de force, et de même pour Philippe, et il les embrasse ensemble en disant: «Mais de quoi t'accuses-tu? Tu n'as pas fait de mal. Aucun mal! Et Philippe non plus. Vous êtes mes chers apôtres, et aujourd'hui je suis heureux de vous avoir avec Moi, réunis pour toujours...»

«Non, non... pendant longtemps nous avons ignoré le motif pour lequel tu t'es justement méfié de nous, au point de nous exclure de ta famille apostolique. Mais maintenant nous le savons... et nous te demandons pardon, pardon, pardon, moi surtout, Jésus, mon Maître...» Et Barthélemy le regarde avec anxiété, avec amour, avec compassion. Agé comme il l’est, il semble un père qui regarde son fils affligé, qui regarde son visage amaigri par une peine qu'il n’avait pas remarquée et dont tout d'abord il n'avait pas vu l'amaigrissement, le vieillissement... Et de nouvelles larmes coulent sur les joues de Barthélemy. Et il s'écrie: «Mais que t'ont-ils fait? Que nous ont-ils fait pour nous faire souffrir tous ainsi? Il semble qu'un esprit mauvais soit entré parmi nous, pour nous troubler, nous rendre tristes, affaiblis, apathiques, stupides... Stupides au point de ne pas comprendre que tu souffrais... Au contraire, au point d'accroître tes souffrances par nos mesquineries, notre stupidité, nos respects humains, notre vieille humanité... Oui, le vieil homme a triomphé en nous, toujours, sans que ta Vitalité parfaite ait jamais pu nous renouveler. C'est cela, cela qui ne me donne pas la paix! Avec tout mon amour je n'ai pas su me renouveler, et te comprendre, et te suivre... Ce n’est que matériellement que je t'ai suivi... Mais Toi, tu voulais que nous te suivions spirituellement... et que nous te comprenions dans ta perfection... pour devenir capables de te perpétuer... Oh! mon Maître! Mon Maître qui t’en iras un jour, après tant de luttes, d'embûches, de dégoûts, de douleurs, et avec la douleur de nous savoir encore non 135 préparés!...» Et Barthélemy penche sa tête sur l'épaule de Jésus, et il pleure, vraiment désolé, brisé par la conscience d'avoir été un disciple sans intelligence. «Ne te laisse pas abattre, Nathanaël. Tu vois tout avec un grossissement qui te surprend. Mais ton Jésus savait que vous étiez des hommes... et il n'exige rien de plus que ce que vous pouvez donner. Oh! vous me donnerez tout, vraiment tout. Mais maintenant vous devez croître, vous former... Et c'est un travail lent. Mais je sais attendre, et je jouis de votre croissance car vous croissez continuellement dans ma Vie. Même ton chagrin, même la concorde de ceux qui étaient avec Moi, même la pitié qui succède à des duretés qui étaient votre nature, à des égoïsmes, des cupidités spirituelles, même votre gravité actuelle, tout est phase de votre croissance en Moi. Allons, donc! Reste en paix puisque je sais. Tout. Ton honnêteté, ta bonne foi, ta générosité, ton sincère amour. Pourrais-je douter de mon sage Barthélemy et de Philippe, si bien équilibré et fidèle? Ce serait faire tort à mon Père qui m'a accordé de vous avoir parmi mes plus chers. Mais maintenant... Allons, assoyons-nous ici, et que ceux qui se sont déjà reposés s'occupent des frères fatigués et affamés en leur donnant une nourriture et repos. Et pendant ce temps, racontez à votre Maître et à vos frères ce qu'ils ignorent.» Et il s'assoit sur son lit avec à ses côtés Philippe et Nathanaël, alors que Pierre et Simon s'assoient sur le lit voisin, en face de Jésus, genoux contre genoux. «Parle-toi, Philippe. Moi, j'ai déjà parlé. Et tu as été plus juste que moi pendant ce temps...» «Oh! Barthélemy! Juste! J'avais seulement compris que ce n'était pas malveillance ou inconstance du Maître de n'avoir pas voulu de nous... Et j'essayais de te tranquilliser ainsi... en t'empêchant de penser à des choses qui ensuite t'auraient donné de la douleur de les avoir pensées, et du remords... Moi, j'avais un seul remords... De t'avoir retenu de désobéir au Maître quand tu voulais suivre Simon de Jonas qui allait à Nazareth pour prendre Margziam... Après... je t'ai vu tant souffrir dans ton corps et dans ton âme, que je me disais: "Il aurait mieux valu que je le laisse faire! Le Maître lui aurait pardonné sa désobéissance et Barthélemy n'aurait plus eu l’âme empoisonnée par ces idées"... Mais, tu le vois! Si tu étais parti, tu n'aurais jamais eu la clef du mystère... et peut-être le soupçon que tu avais sur l'inconstance du Maître ne serait plus jamais tombé. Ainsi, au contraire...» 136 «Oui. Ainsi, au contraire, j'ai compris. Maître, Simon de Jonas et Simon le Zélote, que j'ai assailli de questions pour savoir beaucoup de choses, pour avoir la confirmation de nombreuses choses que je savais déjà, m'ont dit seulement: "Le Maître a beaucoup souffert au point qu'il est amaigri et vieilli. Israël tout entier, et nous les premiers, en avons la responsabilité. Lui nous aime et nous pardonne. Mais il désire ne pas parler du passé. C'est pour cela que nous vous conseillons de ne pas le questionner et de ne pas parler..." Mais je veux parler. Pour ce qui est de te questionner, je ne te questionnerai pas, mais je dois parler pour que tu saches. Car rien ne doit t'être caché de ce qu'il y a dans l'âme de ton apôtre. Un jour - Simon et les autres étaient partis depuis quelques jours - est venu chez moi, Michaël de Cana. Un

peu parent, très ami, et compagnon d'études dès l'enfance... Lui, j'en suis certain, est venu de bonne foi, par affection pour moi. Mais celui qui l'a envoyé n’est pas de bonne foi. Il voulait savoir pourquoi j'étais resté à la maison... alors que les autres étaient partis. Et il m'a dit: "Alors c'est vrai? Tu t'es séparé parce que, en bon israélite, tu ne peux approuver certaines choses. Et volontiers les autres te laissent de côté, à commencer par Jésus de Nazareth, parce qu'ils sont certains que tu ne les aiderais pas, même en devenant un complice silencieux. Tu fais bien! Je reconnais en toi l'homme d'autrefois. Je croyais que tu t'étais corrompu, en reniant Israël. Tu fais bien pour ton esprit et pour ton bien-être et pour celui des tiens. Car ce qui arrive ne sera pas pardonné par le Sanhédrin et on persécutera ceux qui y ont pris part". Moi, je lui ai dit: "Mais de quoi parles-tu? Je t'ai dit que j'avais eu l'ordre de rester à la maison à cause de la saison et pour diriger vers Nazareth les éventuels pèlerins, ou de leur dire d'attendre le Maître pour la fin de scebat à Capharnaüm et toi, tu me parles de séparations, de complicité, de persécutions? Explique-toi!..." N’est-ce pas, Philippe, que c'est ainsi que j'ai parlé?» Philippe approuve. «Alors» reprend Barthélemy, «Michaël m'a dit qu'il était connu que tu t'étais révolté contre le conseil et le commandement des membres du Sanhédrin, en gardant avec Toi Jean d'Endor et une grecque... Seigneur, je te donne de la douleur, n’est-ce pas? Mais pourtant, je dois parler. Je te demande: est-ce vrai qu'ils étaient à Nazareth?» «Oui. C'est vrai.» «Est-il vrai qu'ils sont partis avec Toi?» «Oui. C'est vrai.» 137 «Philippe: Michaël avait raison! Mais comment pouvait-il le savoir?» «Mais, voilà! Ce sont ces serpents qui nous ont arrêtés, Simon et moi, et qui sait combien d'autres. Ce sont les vipères habituelles» dit Pierre avec véhémence. Jésus, au contraire, demande paisiblement: «Il ne t'a rien dit d'autre? Sois sincère avec ton Maître, à fond.» «Rien d'autre. Il voulait savoir de moi... Et moi, j'ai menti à Michaël. J'ai dit: "Jusqu'à Pâque je reste à la maison". Par peur qu'il me suive, que... je ne sais pas... Par peur de te faire du mal... Et alors j'ai compris aussi pourquoi tu m'as quitté... Tu avais senti que j'étais encore trop Israël...» Barthélemy se remet à pleurer... «...et tu as douté de moi...» «Non. Cela, non! Absolument pas. Tu n'étais pas nécessaire en cette heure auprès de tes compagnons, alors que tu l'étais, et tu le vois, à Bethsaïda. A chacun sa mission, et à chaque âge ses fatigues...» «Non, non! Ne me mets plus de côté pour aucune fatigue, Seigneur. Ne tiens compte de rien... Tu es bon, mais je veux rester avec Toi. C'est une punition d'être loin de Toi... Et moi, sot, incapable de tout, j'aurais pu au moins te consoler, si je ne pouvais faire autre chose. J'ai compris... Tu les as envoyés avec ces deux. Ne me le dis pas. Je ne veux pas le savoir. Mais je me rends compte qu'il en est ainsi, et je le dis. Eh bien, alors j'aurais pu et dû être avec Toi. Mais tu ne m'as pas pris pour me punir d'être si rétif à devenir "nouveau". Mais, je te jure, Maître, que ce que j'ai souffert m'a renouvelé, et que jamais plus tu ne reverras le vieux Nathanaël.» «Tu vois donc que la souffrance s'est, pour tous, terminée en joie. Et maintenant nous allons, sans nous presser, à la rencontre de Thomas et de Judas, sans attendre qu'ils arrivent au lieu qui était prévu. Puis, avec eux, nous irons encore... Il y a tant à faire!... Demain, nous nous mettrons en route, de bonne heure.» «Et tu feras bien. Le temps va changer au nord. Malheur pour les cultures... dit Philippe. «Oui! Les dernières grêles ont dévasté la campagne par bandes. Si tu voyais, Seigneur! Il semble que le feu soit passé dans certains endroits. Et c'est curieux ce sont de vrais malheurs, comme je l'ai dit: par bandes» dit Pierre. «Pendant que vous n'étiez pas là, il a beaucoup grêlé. Un jour, au milieu de la lune de tébeth, cela semblait un vrai fléau. On me dit que dans la plaine, on doit recommencer les semailles. Il faisait 138 d'abord plus chaud, mais depuis lors, on recherche le soleil avec plaisir. On revient en arrière... Quels signes étranges! Que sont-ils?» demande Philippe.

«Rien de plus que des effets de lunaisons. N'y pense pas. Ce ne sont pas ces choses qui doivent nous faire impression. Du reste nous allons nous diriger vers la plaine et il fera bon marcher. Du temps froid, mais pas tellement, mais par contre sec. Venez, en attendant. Sur la terrasse il y a un beau soleil. Nous allons nous reposer là-haut, tous ensemble...»

Maria VALTORTA L’ Evangile tel qu’il m’a été revelé Vol. 6° * 20 % en ligne * TABLE DES MATIERES Chap. La troisième année de la vie publique (deuxième partie) 76 En direction de la rive occidentale du Jourdain. 77 A Galgala. 78 Vers Engaddi. Séparation et adieux de Judas et Simon. 79 Arrivée à Engaddi. 80 Prédication et miracles à Engaddi.

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81 Guérison du lépreux Elisée d'Engaddi. 82 A Masada. 83 A la maison de campagne de Marie, mère de Judas. 84 Adieu à Kériot. 85 Anne et Marie de Kériot. Adieu à la mère de Judas. 86 Adieu à Jutta. 87 Adieu à Hébron. 88 Adieu à Béthsur. 89 A Béther. 90 Jésus avec Pierre et Barthélemy à Béther. 91 Adieu à Béther. 92 Lutte et victoire spirituelle de Simon de Jonas 93 En allant vers Emmaüs de la plaine. 94 Prédication près d'Emmaüs de la plaine. 95 A Joppé Jésus pane à Judas de Kériot et à des gentils. 96 Dans le domaine de Nicodème. 97 Chez Joseph d'Arimathie. 98 Le sabbat dans la maison de Joseph d'Arimathie. Le synhédriste Jean. 99 Les apôtres parlent. 100 Miracle du glanage dans la plaine. 101 Les apôtres entre eux et avec Jésus. Jésus et Pierre. 102 A Jérusalem pour la Pentecôte. 103 Jésus au banquet du synhédriste et pharisien. 104 A Béthanie. 105 Jésus et le mendiant sur la route qui va à Jéricho. 106 La conversion de Zachée.

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107 «Zachée publicain et pécheur mais non par mauvaise volonté». 535 108 «Heureux les pauvres en esprit». 109 Au village de Salomon. 110 Jésus dans un village de la Décapole. 111 Le possédé. 112 Le levain des pharisiens. 113 «Vous devez dire: "Nous sommes des serviteurs inutiles» 114 «S'il se repent sept fois, pardonne-lui sept fois». 115 «C'est un martyre de vivre pour instruire les autres quand on aspire à aller au Ciel». 116 A Cesarée Maritime. 117 «La sagesse, étant une forme de sainteté, donne la lumière de jugement». 118 «La religion c'est l’amour et le désir d’aller vers Celui en qui nous croyons». 119 La parabole de la vigne et du libre arbitre. 120 En allant par la plaine d'Esdrelon. 121 Jésus et le nid tombé. 122 «Heureux ceux qui en toute chose savent voir Dieu». 123 En continant la marche dans la plaine d'Esdrelon. 124 Avec les paysans de Giocana. 125 A Nazareth. 126 Jésus, en travaillant, dit la parabole du bois verni. 127 Les sabbats dans la paix de Nazareth. 128 «Avant d'être mère, je suis fille et servante de Dieu». 129 Jésus et Marie en colloque. 130 Marie à Tibériade. 131 Il faut remercier avec reconnaissance qui nous fait des faveurs. 132 Un nouveau sabbat à Nazareth. 133 Le départ et le voyage pour Bethléem de Galilée. 134 Judas de Kériot chez Marie à Nazareth. 135 La mort du grand-père de Margziam. 136 Jésus parle de la charité aux apôtres. 137 Jésus à Tibériade. 138 Jésus arrive à Capharnaüm. 139 La prédication dans la région du lac. A Capharnaüm. 140 A Magdala. 141 Episode à Capharnaüm. Jésus protecteur des enfants. 142 A la bourgade qui précède Ippo. 143 Prédication matinale dans la bourgade sur le lac. 144 Prédication près du refuge du lépreux. 145 Jésus à Ippo. 146 Vers Gamala. 147 A Gamala. 148 De Gamala à Aféca.

149 Prédication à Aféca. 150 A Gerghesa et retour à Capharnaüm. 151 «Soyez prudents comme des serpents et simples comme des colombes». 152 Le sabbat à Capharnaüm. 153 Chez Jeanne de Chouza. Lettre d'Antioche. 154 Aux thermes d'Emmaüs de Tibériade. 155 A Tarichée.

76. EN DIRECTION DE LA RIVE OCCIDENTALE DU JOURDAIN Jésus est de nouveau en route. Il tourne le dos au nord, côtoie les méandres du fleuve pour chercher quelqu'un qui le passe. Les siens sont tous autour de Lui et ils évoquent les événements des quelques jours passés dans le petit village de Salomon et dans sa maison. D'après ce que je comprends, ils sont restés jusqu'à ce que se répande dans les milieux hostiles le bruit de la présence du Maître. Quand la chose s'est produite ils s'en sont allés, laissant pour garder la maisonnette remise en ordre le vieil Ananias, tranquille dans sa pauvreté qui n’est plus désolée. «Espérons que les âmes restent dans 1'état où elles sont maintenant» dit Barthélemy. «Si nous allons et venons comme dit le Maître, nous les garderons dans ces dispositions» répond Jude d'Alphée. «Il pleurait, pauvre vieillard! Il s'était attaché...» dit André encore tout ému. «Et ses dernières paroles m'ont plu. N’est-ce pas, Maître, qu'il a parlé en sage?» dit Jacques de Zébédée. «Moi je dis qu'il a parlé en saint!» s'exclame Thomas. «Oui. Et je n'oublierai pas son désir» répond Jésus. «Mais qu'a-t-il dit précisément? Je m'étais éloigné avec Jean pour dire à la mère de Michaël de se souvenir de faire ce que le Maître a dit, et je ne sais rien de précis» dit l'Iscariote. «Il a dit: "Seigneur, si tu passes par le village de ma bru, dis-lui que je ne lui garde pas rancune et que je suis content de n'être plus délaissé car, de cette manière, moins sévère sera pour elle le jugement de Dieu. Dis-lui qu'elle fasse grandir les petits dans la foi au Messie pour qu'ainsi je les aie avec moi au Ciel, et dès que je serai dans la paix, je prierai pour eux et pour leur salut". Et je le dirai. Je chercherai la femme et je le lui dirai car il est bien de le faire» dit Jésus. «Pas un mot de reproche! Et même il se félicite que ne mourant plus de faim et d'abandon, le péché de la femme en soit diminué. C'est admirable!» observe Jacques d'Alphée. «Mais aux yeux de Dieu cela diminuera-t-il vraiment la faute de la bru? C'est à savoir!» dit Jude d'Alphée. Les avis sont contraires. Mathieu s'adresse à Jésus: «Quel est ton jugement, Maître? Les choses resteront-elles comme elles étaient avant ou bien changeront-elles?» 7 «Elles changeront...» «Tu vois que j'ai raison? ...» dit Thomas triomphant. Mais Jésus fait signe de le laisser parler et il dit: «Elles changeront pour le vieillard, elles changeront au Ciel comme elles changèrent sur la Terre pour son indulgente douceur. Pour la femme, elles ne changeront pas. Sa faute crie toujours aux yeux de Dieu. Seul le repentir pourrait changer le jugement sévère. Et je le lui dirai.» «Où habite-t-elle?» «A Masada, auprès de ses frères.» «Et tu veux aller jusque là ? » «Ces lieux aussi doivent être évangélisés...» «Et à Kériot?» «Nous remonterons de Masada à Kériot et nous irons à Jutta, Hébron, Bétsur, Béther, pour être de nouveau à Jérusalem pour la Pentecôte.» «Masada est un lieu d'Hérode...» «Qu'importe? C'est une forteresse, mais lui n'y est pas. Et même s'il y était!... Ce n’est pas la présence d'un homme qui m'empêchera d'être le Sauveur.» «Mais où passons-nous le fleuve?» «Vers Galgala. De là nous le côtoierons en suivant les montagnes. Les nuits sont fraîches, et la nouvelle lune de Ziv éclaire le ciel serein.» «Si nous allons par ces lieux, pourquoi ne pas aller à la montagne où to as jeûné? Il est juste que tous aient la possibilité de la bien connaître» dit Mathieu. «Nous y irons aussi. Mais voici une barque. Négociez le trajet pour que l’on puisse passer de l'autre côté.»

77. A GALGALA Je ne sais pas comment est maintenant Galgala. Au moment où Jésus y entre, c'est une ville ordinaire de Palestine, assez peuplée, située sur une colline peu élevée, couverte surtout de vignes et d'oliviers. Mais le soleil y est si fort que les blés aussi peuvent y trouver place, semés au hasard sous les arbres ou entre les rangs de vignes. Et ils mûrissent malgré les feuillages parce qu'ils sont 8 rôtis à souhait par le soleil qui déjà se ressent du voisinage du désert. Poussière, brouhaha, saleté, confusion de jour de marché. Et, inévitables comme le destin, les habituels pharisiens et scribes zélés et non convaincus, qui avec de grands gestes discutent doctoralement dans le meilleur coin de la place et qui font semblant de ne pas voir Jésus ou de ne pas le connaître. Jésus va tout droit consommer son repas sur une petite place secondaire, presque à la périphérie, toute ombragée par un enchevêtrement de branches d'arbres de toutes espèces. J'ai l'impression qu'il s'agit d'une portion de montagne faisant partie depuis peu de l'agglomération et qui garde encore le souvenir de son état naturel. Le premier à s'approcher de Jésus, qui mange du pain et des olives, est un homme déguenillé Il demande un peu de pain. Jésus lui passe le sien avec toutes les olives qu'il a en main. «Et Toi? Nous n'avons pas d'argent, tu le sais» observe Pierre. «Nous avons tout laissé à Ananias...» «N'importe. Je n'ai pas faim. Soif, si...» Le mendiant dit: «Ici derrière il y a un puits. Mais pourquoi m'as-tu tout donné? Tu pouvais me donner la moitié de ton pain... Si tu n'éprouves pas du dégoût de le reprendre...» «Mange, mange. Moi, je puis m'en passer. Mais pour que tu ne penses pas que j'aie du dégoût, donne-moi de tes mains une seule bouchée et je la mangerai pour être ton ami...» L'homme, au visage triste et sombre, s'éclaire d'un sourire étonné et il dit: «Oh! c'est la première fois depuis que je suis le pauvre Ogla que quelqu'un me dit qu'il veut être mon ami!» et il donne une bouchée de pain à Jésus. Et il demande: «Qui es-tu? Comment t'appelles-tu?» «Je suis Jésus de Nazareth, le Rabbi de Galilée.» «Ah!... J'ai entendu par d'autres parler de Toi... Mais... n'es-tu pas le Messie?...» «Je le suis.» «Et Toi, Messie, tu es si bon avec les mendiants? Le Tétrarque nous fait battre par ses serviteurs s'il nous voit sur sa route...» «Moi, je suis le Sauveur. Je ne bats pas. J'aime.» L'homme le regarde fixement. Puis il se met à pleurer lentement. «Pourquoi pleures-tu?» «Parce que... je voudrais être sauvé... Tu n'as plus soif, Seigneur? Je pourrais te conduire au puits et je parler...» 9 Jésus comprend que l'homme veut avouer quelque chose et il se lève en disant: «Allons.» «Je viens moi aussi!» déclare vivement Pierre. «Non. Je reviens tout de suite, d'ailleurs... Et il faut respecter celui qui se repent.» Il va avec l'homme derrière une maison au-delà de laquelle s'étend la campagne. «Là il y a le puits... Bois, et puis écoute-moi.» «Non, homme. Verse d'abord en Moi ta peine et ensuite... je boirai. Et puis j'aurai peut-être une eau plus douce pour ma soif que celle du sol.» «Laquelle, Maître?» «Ton repentir. Allons sous ces arbres. Ici les femmes nous observent. Viens» et il lui met la main sur 1'épaule et le pousse vers un massif d'oliviers. «Comment sais-tu que je suis coupable et que je me repens?» «Oh!... Mais parle et n'aie pas peur de Moi.» «Seigneur... Nous étions sept frères d'un même père, mais moi j'étais né d'une femme que mon père avait épousée une fois veuf. J'étais haï par les six autres. Le père, en mourant, nous laissa à tous des parts égales. Mais quand il fut mort, les six autres, en corrompant les juges, m'enlevèrent tout mon bien. Ils chassèrent ma mère et moi-même, avec des accusations infâmes. Elle mourut alors que j'avais seize ans... et elle mourut de privations... Et dès lors, je n'ai plus eu personne pour m'aimer...» et il pleure tout abattu. Il se reprend et continue: «Les six, riches et heureux, connaissaient la prospérité, grâce aussi à mon bien, et moi je mourais de faim car j'étais tombé malade en assistant ma mère épuisée... Mais Dieu les a frappés l’un après l'autre. Je les ai tant maudits, tant haïs, qu'ils ont été victimes du sortilège. Faisais-je mal? Certainement. Je le sais. Et je

le savais. Mais comment aurais-je pu ne pas les haïr et les maudire? Le dernier, qui était en réalité le troisième par rang d'âge, résistait à toutes les malédictions. Il prospérait même, grâce aux biens des cinq autres, il avait hérité légitimement des trois plus jeunes, morts sans épouses, il avait épousé la veuve du premier, mort sans enfants, et il avait frauduleusement, par des prêts et des ruses, enlevé une bonne partie de la succession du second à la veuve et aux orphelins. Quand il me rencontrait par hasard aux marchés où j'allais comme serviteur d'un riche pour vendre des denrées, il m'insultait et me frappait... Un soir, je l'ai rencontré... J'étais seul, il était seul. Lui était un peu ivre de vin... 10 Et moi, j'étais ivre de souvenirs et de haine... Il y avait dix ans que ma mère était morte... Il m'insulta, en insultant la morte... Il l'appela "chienne immonde" et il m'appela "fils de la hyène..." Seigneur, s'il n'avait pas touché ma mère... j'aurais supporté. Mais il l'a insultée... Je l'ai pris au collet. Nous avons lutté... Je voulais seulement le frapper... Mais il a glissé à terre... et la terre était couverte d'une herbe glissante, en pente... et dessous il y avait un ravin et un torrent... Il a roulé, ivre comme il l'était, et il est tombé... On le cherche encore depuis tant d'années... Mais il est enseveli dans les pierres et le sable d'un torrent du Liban. Moi, je ne suis plus revenu chez mon maître, et lui n’est plus revenu à Césarée Panéade. J'ai marché sans paix... Ah! la malédiction de Caïn! Peur de vivre... et peur de mourir... Je suis tombé malade... Et puis... j'ai entendu parler de Toi... Mais j'avais peur... On disait que tu voyais dans le coeur de l'homme. Et ils sont si méchants les rabbis d'Israël!... Ils ne connaissent pas la pitié... Toi, Rabbi des rabbis, tu étais ma terreur... Et je fuyais devant Toi. Et pourtant je voudrais être pardonné...» Il pleure, affaissé sur le sol... Jésus le regarde et murmure: «Et prenons sur Moi même ces péchés!... Fils! Ecoute. Je suis la Pitié, pas la terreur. C'est aussi pour toi que je suis venu. N'aie pas honte de Moi... Je suis le Rédempteur. Tu veux être pardonné? De quoi?» «De mon crime. Tu me le demandes? J'ai tué mon frère.» «Tu as dit: "Je voulais seulement le frapper" parce qu'à ce moment-là to étais offensé et irrité. Mais quand tu haïssais et maudissais non pas un mais six frères, tu n'étais pas offensé et irrité. Tu le faisais comme tu respirais, spontanément. La haine et la malédiction, la joie de les voir frappés, c'était ton pain spirituel, n’est-ce pas?» «Oui, Seigneur. Pendant dix années ce fut mon pain.» «Eh bien, en réalité, le plus grand crime, to l'as commencé du moment où tu as haï et maudit. Tu es six fois homicide de tes frères.» «Mais, Seigneur, ils m'avaient ruiné et haï... Et ma mère était morte de faim...» «Tu veux dire que tu avais raison de te venger.» «Oui, je veux le dire.» «Tu n'as pas raison. Il y avait Dieu pour punir. Toi, tu devais aimer. Et Dieu t'aurait béni sur la Terre et dans le Ciel.» «Il ne me bénira donc jamais?» «Le repentir ramène la bénédiction. Mais que de douleurs, que de 11 angoisses tu t'es donné! Par ta haine tu t’en es données beaucoup plus que ne t’en avaient données tes frères!...» «C'est vrai! C'est vrai! Une horreur qui dure depuis vingt-six ans. Oh! Pardonne-moi, au nom de Dieu. Tu vois que j'ai en moi la douleur de ma faute! Je ne demande rien pour ma vie. Je suis mendiant et malade. Mais je veux rester tel, souffrir, expier. Mais donne-moi la paix de Dieu! J'ai fait des sacrifices au Temple en souffrant de la faim, pour accumuler la somme pour l'holocauste. Mais je ne pouvais dire mon crime, et je ne sais pas si mon sacrifice a été accepté.» «Nullement. Même si chaque jour tu en avais consommé un, à quoi aurait-il servi quand to mentais en l'offrant? C'est un rite superstitieux et inutile celui qui n’est pas précédé du sincère aveu de la faute. Faute ajoutée à une faute, et donc encore plus qu'inutile. Offrande sacrilège. Que disais-tu au prêtre?» «Je disais: "J'ai péché par ignorance en faisant des choses interdites par le Seigneur et je veux expier". Je pensais: "Je sais en quoi j'ai péché, et Dieu le sait. Mais à l'homme je ne peux le dire clairement. Dieu, qui voit tout, sait que je pense à mon péché".»

«Restrictions mentales, échappatoires indignes. Le Très-Haut les hait. Quand on pèche, on expie. Ne le fais plus.» «Non, Seigneur. Et serai-je pardonné? Ou dois-je aller tout avouer? Payer de ma vie la vie que j'ai prise? Il me suffit de mourir avec le pardon de Dieu.» «Vis pour expier. Tu ne pourrais pas rendre son mari à la veuve et leur père aux enfants... Avant de tuer, avant de permettre que la haine devienne maîtresse, il faudrait réfléchir! Mais lève-toi et marche par ton nouveau chemin. En marchant, tu trouveras de mes disciples. Les monts de Judée, si to vas de Tecua à Bethléem, et au-delà vers Hébron, sont certainement parcourus par eux. Dis-leur que Jésus t'envoie et dis-leur qu'avant la Pentecôte il remontera vers Jérusalem en passant par Béthsur et Béther. Demande Elie, Joseph, Lévi, Mathias, Jean, Benjamin, Daniel, Isaac. Te rappelleras-tu ces noms? Adresse-toi à eux particulièrement. Maintenant allons...» «Et tu ne bois pas?» «J'ai bu tes larmes. Une âme qui revient à Dieu! Il n'y a rien de plus réconfortant pour Moi.» «Je suis pardonné, alors?! Tu dis: "Qui revient à Dieu"...» «Oui. Tu es pardonné. Et ne hais jamais plus.» L'homme se penche de nouveau, car il s'était redressé, et il baise les pieds de Jésus. 12 Ils reviennent vers les apôtres et ils les trouvent en discussion avec des scribes. «Voici le Maître. Lui peut vous répondre et vous dire que vous êtes pécheurs.» «Qu'y a-t-il?» demande Jésus dont le salut déférent n'obtient pas de réponse. «Maître, ils nous vexent avec leurs questions et leurs moqueries...» «Supporter les ennuis, c'est une oeuvre de miséricorde.» «Mais ils t'offensent Toi. Ils font de Toi un objet de mépris... et les gens hésitent. Tu le vois? Nous avions réussi à rassembler des personnes... Maintenant qui reste-t-il? Deux ou trois femmes...» «Oh! non! Vous avez aussi un homme, un homme crasseux! C'est encore trop pour vous! Seulement, ô Maître, ne te semble-t-il pas de te contaminer trop, Toi qui dis toujours que les saletés te dégoûtent?» raille un jeune scribe en montrant le mendiant qui est à côté de Jésus. «Lui n'est pas sale. Il n'a pas la saleté qui me répugne. Lui c'est "le pauvre". Le pauvre ne me dégoûte pas. Sa misère doit seulement ouvrir l'âme à des sentiments de pitié fraternelle. J'ai le dégoût des misères morales, des coeurs empuantis, des âmes en lambeaux, des esprits couverts de plaies.» «Et tu sais si lui n'est pas tel?» «Je sais qu'il croit et espère en Dieu et en sa miséricorde, maintenant qu'il l'a connue.» «Connue? Où habite-t-elle? Dis-le pour que nous aussi nous puissions y aller et voir son visage. Ah! Ah! Le Dieu terrible, que Moïse n'osait pas regarder, doit avoir une bien terrible face même dans sa miséricorde, même si après tant de siècles s'est adoucie sa rigueur!» réplique le jeune scribe et il rit d'un rire qui est plus négateur qu'un blasphème. «Moi qui to parle, je suis la Miséricorde de Dieu!» crie Jésus. Il s'est dressé, et fulgurante est la puissance de son regard et de son geste. Je ne sais pas comment l'autre n'aie pas peur... Cependant, même s'il ne fuit pas, il ne sait plus continuer ses sarcasmes et il se tait alors qu'un autre le remplace: «Oh! que de paroles inutiles! Nous voudrions seulement pouvoir croire. Nous ne demanderions pas mieux. Mais, pour croire, il faut avoir des preuves. Maître, sais-tu ce qu'est Galgala pour nous?» «Et tu me prends pour un sot?» dit Jésus. Et prenant le ton de la psalmodie, lent, un peu traînant, il commence: «"Et Josué, s'étant 13 levé avant le jour, leva le camp. Partis de Setim, lui et tous les fils d'Israël arrivèrent au Jourdain où ils s'arrêtèrent trois jours, à la fin desquels les hérauts parcoururent le camp en criant: 'Quand vous verrez l'Arche de l'Alliance du Seigneur votre Dieu, portée par les prêtres de la race de Lévi, partez vous aussi et suivez-les, mais qu'il y ait entre vous et l'Arche un intervalle de deux mille coudées, afin que vous puissiez voir de loin et distinguer le chemin par lequel vous devez marcher, n'y étant jamais passé et...' ".» «Assez! Assez! La leçon tu la sais. Eh bien, nous voudrions avoir de Toi, pour croire, un pareil miracle. Au Temple, à Pâque, on nous a rebattu les oreilles de la nouvelle apportée par un passeur, que to as arrêté le fleuve en crue. Donc si pour un homme quelconque tu as tant fait, pour nous, qui sommes tellement plus qu'un homme, fais le miracle de descendre dans le Jourdain avec les tiens et de le passer à pied sec comme Moïse à la Mer Rouge et Josué à Galgala. Allons! Les sortilèges ne servent que pour les ignorants, mais nous nous ne serons pas séduits par ta nécromancie, bien que Toi, c’est connu, tu connaisses les secrets de l'Egypte et les formules magiques.» «Je n'en ai pas besoin.» «Descendons au fleuve et nous croirons en Toi.» «Il est dit: "Ne tente pas le Seigneur ton Dieu"!»

«Tu n'es pas Dieu! Tu es un pauvre fou. Tu es quelqu'un qui soulève les foules ignorantes. Avec elles c’est facile, car to as Belzébuth avec Toi. Mais avec nous qui sommes pourvus des insignes d'exorcistes, to es moins que rien» dit un scribe sur un ton agressif. «Ne l'offense pas! Prie-le de nous contenter. Comme tu le traites, il s'avilit et perd sa puissance. Allons, Rabbi de Nazareth! Donne-nous une preuve et nous t'adorerons» dit un vieux scribe, astucieux comme un serpent, et il est plus hostile dans ses flatteries tortueuses que les autres dans leur férocité déclarée. Jésus le regarde. Puis il se tourne vers le sud-ouest et il ouvre les bras en les tendant en avant. Il dit: «Là-bas se trouve le désert de Juda et là il me fut dit par l'Esprit du Mal de tenter le Seigneur mon Dieu. Et j'ai répondu: "Va-t-en Satan! Il est dit que Dieu doit être adoré, non tenté. Et il faut pour le suivre dépasser la chair et le sang". C'est ce que je vous dis à vous.» «C'est à nous que tu donnes le nom de Satan? A nous? Ah! maudit!» et, plus semblables à des voyous qu'à des docteurs de la Loi, ils prennent des pierres éparses sur le sol pour le frapper, et ils crient: «Va-t-en! Va-t-en! Maudit sois-tu éternellement!» 14 Jésus les regarde, sans peur. Il paralyse leur geste sacrilège, ramasse son manteau et il dit: «Allons! Homme, marche devant Moi» et il revient vers le puits, vers l'oliveraie de la confession, il y pénètre... Et accablé, il baisse la tête alors que deux larmes qu'il ne peut retenir roulent de ses cils sur son visage pâle. Ils arrivent à une route. Jésus s'arrête et il dit au mendiant: «Je ne peux te donner de l'argent. Je n'en ai pas. Je te bénis. Adieu. Fais ce que je t'ai dit.» Ils se séparent... Les apôtres sont affligés. Ils ne parlent pas. Ils se regardent en dessous... Jésus rompt le silence en reprenant le ton du psaume interrompu par le scribe: «"Et le Seigneur dit à Josué: 'Prends douze hommes, un par tribu, et fais leur prendre au milieu du lit du Jourdain, à l'endroit où se sont arrêtés les pieds des prêtres, douze pierres très dures que vous érigerez à l'endroit des campements, là où vous planterez les tentes cette nuit'. Et Josué, après avoir appelé à lui les douze hommes choisis parmi les fils d'Israël, un par tribu, leur dit: 'Allez en avant de l'Arche du Seigneur votre Dieu au milieu du Jourdain et prenez de là, sur vos épaules, chacun une pierre selon le nombre des fils d'Israël, pour en faire un monument au milieu de vous. Et quand dans l'avenir vos fils vous interrogeront, en disant: Que signifient ces pierres? Vous leur répondrez: Les eaux du Jourdain disparurent devant l'Arche de l'Alliance du Seigneur qui les traversa, et ces pierres furent placées comme monument éternel des fils d'Israël' ".» Jésus relève sa tête qu'il tenait baissée. Il tourne son regard vers les douze qui le regardent. Il dit avec une autre voix, sa voix des moments de plus grande tristesse: «Et l'Arche a été dans le fleuve. Et ce ne furent pas les eaux, mais les cieux qui s'ouvrirent par respect pour le Verbe qui s'y trouvait pour les sanctifier, les rendre plus saintes qu'elles ne le furent à cause de l'Arche arrêtée dans le lit du fleuve. Et le Verbe s'est choisi douze pierres. Très dures, car elles doivent durer jusqu'à la fin du monde. Et parce qu'elles doivent être les fondations pour le Temple nouveau et pour la Jérusalem éternelle. Douze. Rappelez-le-vous. Ce doit être le nombre. Et puis il en a choisi douze autres pour un second témoignage. Les premiers disciples bergers, et Abel le lépreux, et Samuel l'estropié, les premiers guéris... et reconnaissants... Très dures aussi, car elles devront résister aux coups d'Israël qui hait Dieu!... Qui hait Dieu!...» Quelle voix déchirée, affaiblie, presque blanche a Jésus alors 15 qu'il pleure sur la dureté d'Israël. Il reprend: «Dans le fleuve, les siècles et l'homme éparpillèrent les pierres souvenir... Sur la Terre, la haine éparpillera mes douze. Sur les rives du fleuve, les siècles et les hommes ont détruit l'autel souvenir... Les premières et les secondes pierres, ayant servi à tous les usages à cause de la haine des démons qui ne sont pas seulement dans l'enfer mais aussi dans les hommes, ne se reconnaissent plus. Telles d'entre elles servirent même pour tuer. Et qui me dit que dans les pierres levées contre Moi il n'y avait pas des éclats des pierres très dures choisies par Josué? Très dures! Ennemies! Oh! très dures! Même parmi les miens, il y en aura qui, séparés, serviront de trottoir aux démons qui marchent sur Moi... et se feront cailloux pour me frapper... et ils ne seront plus les pierres choisies... mais les satans... Oh! Jacques, mon frère! Très dur est Israël avec son Seigneur!» et, chose jamais vue, Jésus accablé par je ne sais quel découragement qui le domine, se penche sur l'épaule de Jacques d'Alphée et l'embrasse en pleurant...

78. VERS ENGADDI. SEPARATION ET ADIEUX DE JUDAS ET SIMON Ils doivent avoir continué leur route au clair de lune et séjourné dans quelque caverne pendant quelques heures et repris le chemin à l'aube. Et ils sont visiblement fatigués par le cheminement difficile sur la rocaille, à travers les arbustes épineux et les lianes qui rampent et embarrassent les pieds. La marche est guidée par Simon le Zélote qui semble bien connaître les parages et qui s'excuse de la difficulté de la marche comme si elle dépendait de lui. «Maintenant, quand nous serons de nouveau sur les monts que vous voyez, nous marcherons mieux et je vous promets du miel sauvage en abondance et de l'eau pure en abondance...» «De l'eau? J'y patauge! Le sable m'a rongé les pieds comme si j'avais marché sur le sel et ma peau est toute en feu. Quels lieux maudits! Oh! on sent, oui, on sent que l'on est dans le voisinage des lieux punis par le feu du Ciel! Il est resté dans le vent, dans la terre, dans les épines. Dans tout!» s'exclame Pierre. . «Et pourtant c'était beau ici autrefois, n’est-ce pas, Maître?» «Très beau. Dans les premiers siècles du monde ces lieux étaient 16 un petit Eden. Le sol très fertile, riche en sources servant à tant d'usages, mais disposées de façon à ne donner que du bien. Ensuite... le désordre des hommes parut s'emparer des éléments. Et ce fut la ruine. Les sages du monde païen expliquent de plusieurs manières le terrible châtiment. A la manière des hommes, cependant, parfois avec une terreur superstitieuse. Mais croyez-le: ce fut seulement la volonté de Dieu qui changea l'ordre des éléments. Ceux du ciel appelèrent ceux des profondeurs, ils se heurtèrent, ils s'excitèrent l’un l'autre en une ronde maléfique, les éclairs incendièrent le bitume que les veines ouvertes du sol avaient répandu en désordre, et le feu des entrailles de la terre et le feu sur la terre, et le feu du ciel pour alimenter celui de la terre et pour ouvrir, par les épées des éclairs, de nouvelles blessures dans la terre qui tremblait dans des convulsions effrayantes, brûla, détruisit, rongea des stades et des stades d'un lieu qui était auparavant un paradis en en faisant l'enfer que vous voyez et où il ne peut y avoir de vie.» Les apôtres écoutent attentivement... Barthélemy demande: «Tu crois que si on pouvait assécher le voile épais des eaux, nous trouverions au fond de la Grande Mer les restes des villes punies?» «Certainement. Et presque intactes, car l'épaisseur des eaux fait un linceul de chaux aux villes ensevelies. Mais le Jourdain a répandu sur elles une épaisse couche de sable. Et elles sont ensevelies deux fois pour qu'elles ne se redressent plus, symbole de ceux qui, obstinés dans leurs fautes, sont inexorablement ensevelis par la malédiction de Dieu et la domination de Satan qu'ils ont servi avec tant d'anxiété pendant leur vie.» «Et est-ce ici que se réfugia Matthatias de Jean de Siméon, le juste asmonéen qui est, avec ses fils, la gloire d'Israël tout entier?» «Ici. Entre les montagnes et les déserts, et c'est ici qu'il remit de l'ordre dans le peuple et l'armée, et Dieu fut avec lui.» «Cependant, du moins... Ce fut pour lui plus facile car les Assidiens furent plus justes que ne le sont les pharisiens avec Toi!» «Oh! être plus juste que les pharisiens c'est bien facile! Plus facile encore que de piquer pour cette épine qui s'est attachée à mes jambes... Regardez ici!» dit Pierre qui, en écoutant, n'a pas regardé par terre et s'est trouvé enveloppé par un buisson épineux qui fait saigner ses mollets. «Sur les montagnes, il y en a moins. Tu vois qu'il y en a déjà moins?» dit Simon le Zélote pour le réconforter. «Hum! Tu es très au courant...» 17 «J'y ai vécu proscrit et persécuté...» «Ah! Alors!...» En effet, les petits monts deviennent verts, d'un vert moins torturant, bien qu'ils soient moins ombragés et si leur herbette est peu développée, elle est en revanche très odorante et parsemée de fleurs qui en font un tapis coloré. Des nuées d'abeilles y font leurs provisions et puis de là vont aux cavernes dont sont criblés les flancs de la montagne et là, sous des rideaux de lierre et de

chèvrefeuille, déposent le miel dans des ruches naturelles. Simon le Zélote va à une caverne et il en sort avec des rayons de miel d'or, et à une autre, et à une autre encore jusqu'à ce qu'il en ait pour tous, et il en offre au Maître et aux amis qui mangent volontiers le miel doux et filant. «Si on avait du pain! Comme c'est bon!» dit Thomas. «Oh! même sans pain, c'est bon! Meilleur que les épis philistins. Et... on espère qu'il n'y aura pas de pharisien qui vienne nous dire de ne pas en manger!» dit Jacques de Zébédée. Ils s'en vont tout en mangeant et ils arrivent à une citerne où se déversent des ruisselets dont l'eau s'en va ensuite je ne sais où. L'eau qui déborde sort du bassin et elle est fraîche, cristalline, étant protégée du soleil et des débris par la voûte du rocher où la citerne est creusée. En retombant, elle forme un petit lac minuscule dans la roche de silice noirâtre. C'est avec un plaisir visible que les apôtres se déshabillent et se plongent, à tour de rôle, dans le bassin inattendu. Mais auparavant, ils ont voulu que Jésus en profite «pour que leurs membres en soient sanctifiés» dit Mathieu. Ils reprennent la marche, restaurés bien que plus affamés, et les plus affamés, en plus du miel qu'ils mangent, rongent des tiges de fenouil sauvage et d'autres pousses comestibles dont je ne connais pas le nom. La vue est belle des plateaux de ces monts bizarres qui semblent avoir eu leurs cimes tranchées d'un coup d'épée. Des déchirures d'autres montagnes vertes et de plaines fertiles se voient au sud, et aussi quelque arrière-plan sur la Mer Morte, qui par contre est visible à l'orient, avec les montagnes lointaines de l'autre rive, estompées par un brouillard de nuées légères qui s'élèvent du sud-est. Au nord, quand on la découvre entre les crêtes des montagnes, on voit la verdure lointaine de la plaine jordanienne, à l'ouest les hautes montagnes de la Judée. Le soleil commence à brûler et Pierre dit sentencieusement que 18 «ces nuées sur les monts de Moab sont signe de fortes chaleurs.» «Maintenant nous allons descendre dans la vallée du Cédron. Elle est ombragée...» dit Simon. «Le Cédron?! Oh! comment a-t-on fait pour arriver si vite au Cédron?» «Oui, Simon de Jonas. Le chemin a été rude, mais comme il a abrégé le parcours! En suivant sa vallée, on arrive vite à Jérusalem» explique le Zélote. «Et à Béthanie... Je devrais envoyer certains d'entre vous à Béthanie pour dire aux soeurs de conduire Egla chez Nike. Elle m'en a tant prié, et c'est une juste prière. La veuve sans enfants aura elle aussi un saint amour, et la fillette sans parents une mère vraiment israélite qui la fera grandir dans notre foi antique et dans la mienne. Je voudrais venir Moi aussi... Un repos paisible pour mon esprit attristé... Dans la maison de Lazare le coeur du Christ ne trouve qu'amour... Mais long est le voyage que je veux accomplir avant la Pentecôte!» «Envoie-moi, Seigneur, et avec moi un bon marcheur. Nous irons à Béthanie et ensuite je remonterai à Kériot et là nous nous rencontrerons» dit l'Iscariote enthousiaste. Les autres, au contraire, dans l'attente d'être choisis pour ce voyage qui les séparerait du Maître, ne sont pas du tout enthousiastes. Jésus réfléchit. Et tout en réfléchissant, il regarde Judas. Il se demande s’il va consentir. Judas insiste: «Oui, Maître! Dis oui! Fais-moi plaisir!...» «Tu es le moins indiqué de tous!, ô Judas, pour aller à Jérusalem!» «Pourquoi, Seigneur? Je la connais plus que tout autre!» «C'est bien pour cela!... Non seulement elle t’est connue, mais elle pénètre en toi plus qu'en tout autre.» «Maître, je te donne ma parole que je ne m'arrêterai pas à Jérusalem et je ne verrai personne d'Israël, de par ma volonté... Mais laisse-moi aller. Je te précéderai à Kériot et...» «Et tu ne feras pas pression pour me donner des honneurs humains?» «Non, Maître. Je le promets.» Jésus réfléchit encore. «Pourquoi, Maître, tant d'hésitation? Tu te méfies tellement de moi?» «Tu es un faible, Judas. Et en t'éloignant de la Force, tu tombes! Tu es si bon depuis quelque temps! Pourquoi veux-tu te troubler et me causer du chagrin?» «Mais non, Maître, je ne veux pas ces choses! Il me faudra bien un 19 jour être sans Toi! Et alors? Comment ferai-je si je ne me suis pas préparé?» «Judas a raison» disent plusieurs. «C'est bien!... Va. Va avec Jacques mon frère.» Les autres respirent soulagés. Jacques, peiné, soupire, mais il dit docilement: «Oui, mon Seigneur! Bénis-nous et nous partirons.» Simon le Zélote a pitié de sa peine et il dit: «Maître, les pères remplacent volontiers les fils pour leur donner de la joie. Lui je l'ai pris pour fils en même temps

que Jude. Le temps a passé, mais mon idée est toujours la même. Accueille ma prière... Envoie-moi avec Judas de Simon. Je suis âgé, mais résistant comme un jeune, et Judas n'aura pas à se plaindre de moi.» «Non, ce n'est pas juste que tu te sacrifies en t'éloignant du Maître à ma place. Certes c'est pour toi une souffrance de ne pas aller avec Lui...» dit Jacques d'Alphée. «Ma souffrance s'adoucit par la joie de te laisser avec le Maître. Tu me raconteras ensuite ce que vous avez fait... D'ailleurs... je vais volontiers à Béthanie...» termine le Zélote comme pour amoindrir la valeur de ce qu'il a offert. «C'est bien, vous irez tous deux. En attendant poursuivons jusqu'à ce petit village. Qui y monte pour chercher du pain au nom de Dieu?» «Moi! Moi!» Tous veulent y aller, mais Jésus retient Judas de Kériot. Quand ils se sont tous éloignés, Jésus lui prend les mains et lui parle vraiment visage contre visage. Il semble qu'il veuille faire passer en lui sa pensée, le suggestionner au point que Judas ne puisse avoir d'autres pensées qui ne soient pas celles que Jésus veut. «Judas... Ne te fais pas du mal! Ne te fais pas du mal, mon Judas! Ne te sens-tu pas plus calme et plus heureux depuis quelque temps, libéré des pieuvres de ton moi le plus mauvais, de ce moi humain qui est si facilement le jouet de Satan et du monde? Oui, tu te sens ainsi! Préserve donc ta paix, ton bien-être. Ne te nuis pas, Judas! Je lis en toi. Tu es à un si bon moment! Oh! si je pouvais, si je pouvais au prix de tout mon Sang te garder ainsi, détruire jusqu'au dernier rempart où se niche un grand ennemi pour toi et te faire tout esprit, intelligence d'esprit, amour d'esprit, esprit, esprit!» Judas, poitrine contre poitrine, visage contre visage avec Jésus, les mains dans les mains, est presque abasourdi. Il murmure: «Me nuire? Dernier rempart? Lequel?...» 20 «Lequel?! Tu le sais. Tu sais avec quoi tu te nuis! En cultivant tes pensées de grandeur humaine et des amitiés que tu supposes être utiles pour te donner cette grandeur. Il ne t'aime pas, Israël, crois-le. Il te hait comme il me hait et comme il hait quiconque peut avoir l'apparence d'un probable triomphateur. Et toi, justement parce que tu ne caches pas ta pensée de vouloir être tel, tu es haï. Ne crois pas à leurs paroles mensongères, à leurs fausses questions qu'ils font sous prétexte de s'intéresser à tes pensées pour t'aider. Ils te circonviennent pour nuire, pour savoir et pour nuire. Et Je ne te prie pas pour Moi, mais pour toi, pour toi seul. Moi, si je suis en butte à l'iniquité, je serai toujours le Seigneur. Ils pourront torturer la chair, la tuer. Rien de plus. Mais toi, mais toi! C'est ton âme qu'ils tueraient... Fuis la tentation, mon ami! Dis-moi que tu la fuiras! Donne à ton pauvre Maître persécuté, tourmenté, cette parole de paix!» Il l'a pris dans ses bras maintenant, et il lui parle joue contre joue, près de l'oreille, et les cheveux d'or foncé de Jésus se mêlent aux lourdes boucles brunes de Judas. «Moi, je le sais que je dois souffrir et mourir. Je sais que ma couronne ne sera que celle du martyr. Je sais que ma pourpre ne sera que celle de mon Sang. C'est pour cela que je suis venu. Car c'est par ce martyre que je rachèterai l'Humanité, et l'amour me presse depuis un temps sans limite vers l'accomplissement de cette action. Mais je voudrais qu'aucun des miens ne se perde. Oh! tous les hommes me sont chers, car ils ont en eux l'image et la ressemblance de mon Père et l'âme immortelle que Lui a créée. Mais vous, vous aimés et préférés, vous sang de mon sang, pupille de mon oeil, non, non, perdus non! Oh! il n'y aura pas de torture semblable à celle-là, même si Satan enfonçait en Moi ses armes brûlantes de soufres infernaux et me mordait, m'enveloppait, lui, le Péché, I'Horreur, le Dégoût, il n'y aura pas de torture pour Moi semblable à celle d'un de mes élus qui se perd... Judas, Judas, mon Judas! Mais veux-tu que je demande au Père de souffrir trois fois ma Passion horrible et que de ces trois, deux soient pour te sauver toi seul? Dis-le-moi, ami, et je le ferai. Je dirai de multiplier à l'infini mes souffrances pour cela. Je t'aime, Judas, je t'aime tellement. Et je voudrais, je voudrais te donner Moi-même, to rendre Moi-même, pour te sauver de toi-même...» «Ne pleure pas, ne parle pas ainsi, Maître. Moi aussi, je t'aime. Moi aussi, je me donnerais moi-même pour te voir fort, respecté, craint, triomphant. Je ne t'aime peut-être pas parfaitement. Je ne 21 pense peut-être pas parfaitement. Mais tout ce que je suis, je l'emploie, et peut-être

j'en abuse, si anxieux que je suis de te voir aimé. Mais, je te jure, je te jure sur Jéhovah, que je n'approcherai pas des scribes, ni des pharisiens, ni des sadducéens, ni des juifs, ni des prêtres. Ils diront que je suis fou. Mais cela ne m'importe pas. Il me suffit que tu n'aies pas de chagrin à cause de moi. Es-tu content? Un baiser, Maître, un baiser pour ta bénédiction et ta protection.» Ils s'embrassent et ils se séparent alors que les autres reviennent, descendant en courant la colline, en agitant de larges fouaces et des fromages frais. Ils s'assoient sur l'herbe verte et partagent la nourriture en racontant qu'ils ont été bien accueillis parce que, dans les quelques maisons, il y a des gens qui connaissent les bergers disciples et qui sont favorables au Messie. «Nous n'avons pas dit que tu étais là, car autrement...» termine Thomas. «Nous tâcherons de passer par ici un jour. Il ne faut négliger personne» répond Jésus. Le repas prend fin. Jésus se lève et bénit les deux qui vont à Béthanie et qui n'attendent pas le soir pour reprendre la route, car la vallée est ombragée et pleine de sources. Jésus, et les dix qui restent, de leur côté s'étendent sur l'herbe et se reposent en attendant le crépuscule, pour revenir vers la route d'Engaddi et de Masada, comme je l'entends dire à ceux qui sont restés.

79. ARRIVEE A ENGADDI Les pèlerins, malgré la fatigue d'une longue marche faite peut-être en deux étapes du crépuscule à l'aurore par des sentiers certainement pas faciles, ne peuvent retenir une exclamation admirative. Après avoir franchi le dernier tronçon de route sur une côte où des diamants étincellent au premier soleil du matin, ils ont devant eux le panorama complet des deux rives de la Mer Morte. La rive occidentale laisse un petit espace de plaine entre la Mer Morte et la ligne des petits monts qui avec leur faible altitude semblent la dernière vague des montagnes de Judée qui s'est avancée sur le rivage désolé et est restée là avec une belle végétation, après avoir mis le désert nu entre elle et la plus proche chaîne de Judée. 22 La rive orientale, au contraire, a des montagnes qui tombent presque à pic dans le bassin de la Mer Morte. On a vraiment l'impression que le terrain, au cours d'une épouvantable catastrophe tellurique, ait ainsi été brisé avec une coupure nette en laissant auprès du lac des lézardes verticales par où descendent des torrents plus ou moins alimentés dont les eaux, destinées à s'évaporer, se jettent dans les eaux sombres, maudites, de la Mer Morte. En arrière, au-delà du lac et de la première corniche des monts, d'autres et d'autres monts qui resplendissent dans le soleil du matin. Au nord l'embouchure vert-azur du Jourdain, au sud des monts qui font une corniche au lac. C'est un spectacle d'une grandeur solennelle, triste, réprobatrice, où se fondent les riants aspects des montagnes et la sombre image de la Mer Morte qui semble rappeler, par son aspect, ce que peut le péché et ce que peut la colère du Seigneur. Il est en effet d'un aspect terrible cet immense miroir d'eau sans une voile, sans une barque qui le sillonne, sans un oiseau qui le survole, sans un animal qui vienne boire sur ses rives! Contrastant avec cette évocation de châtiment de la mer, les effets miraculeux du soleil sur les collines et sur les dunes, jusque sur les sables du désert, où les cristaux de sel prennent l'aspect de jaspes précieux répandus sur le sable, sur les pierres, sur les tiges rigides des plantes désertiques, en faisant de tout un spectacle de beauté par la poussière de diamant qui recouvre toutes choses. Plus miraculeux encore l'aspect d'un plateau fertile de cent à cent cinquante mètres qui domine la mer avec des palmiers splendides, des vignes et des arbres de toutes espèces, parcouru par des eaux

azurées et où s'étend une belle ville entourée de campagnes luxuriantes. Quand le regard passe du sombre aspect de la mer, de l'aspect tourmenté de la rive orientale qui ne présente une tristesse paisible que dans une langue de terre basse et verte qui s'avance au sud-est dans la mer, de l'aspect désolé du désert de Juda, de celui sévère des monts de Judée, à cette vue si douce, si riante, si fleurie, il semble que ce soit un cauchemar de fièvre qui s'évanouisse, pour faire place à une suave vision de paix. «C'est Engaddi, chantée par les poètes de notre Patrie. Admirez comme elle est belle la région alimentée par des eaux gracieuses au milieu d'une pareille désolation! Descendons dans ses jardins, car tout est jardin ici: le pré, le bois, la vigne. C'est l'antique Asason-Tamar dont le nom évoque les belles palmeraies sous lesquelles il était plus beau encore de construire les cabanes et de cultiver la 23 terre, de s'aimer, d'élever les enfants et les troupeaux au bruissement harmonieux des frondaisons des palmiers. C'est l'oasis riante qui a survécu aux terres de l'Eden puni par Dieu, entourée, comme une perle enchâssée, de sentiers qui ne sont praticables que pour les chèvres et les chevreuils, comme il est dit au Livre des Rois. Sur ces sentiers s'ouvrent pour ceux qui sont persécutés, fatigués et abandonnés, des cavernes hospitalières. Rappelez-vous David, notre roi, et rappelez-vous sa bonté pour Saül son ennemi. C'est Asason-Tamar, c'est Engaddi, la fontaine, la bénie, la beauté, d'où partirent les ennemis contre le roi Josaphat et les fils de son peuple, qui, effrayés, furent réconfortés par Jahaziel, fils de Zacharie, en qui parlait l'Esprit de Dieu. Et ils remportèrent une grande victoire parce qu'ils eurent foi dans le Seigneur et méritèrent son aide grâce à la pénitence et à la prière auxquelles ils se livrèrent avant la bataille. C'est celle qu'a chantée Salomon, comme un modèle pour les beautés de la Belle entre les belles. C'est celle qu'a nommée Ezéchiel comme une de celles qu'ont alimentées les eaux du Seigneur... Descendons! Allons porter à la gemme d'Israël, l'Eau vive qui descend du Ciel.» Et il commence presque en courant la descente par un sentier casse-cou tout en tournants et en zigzag dans la roche calcaire rougeâtre qui, aux points où elle s'approche le plus de la mer, va vraiment jusqu'à l'extrémité où la montagne fait une corniche à cette dernière. Un sentier à donner le vertige même aux montagnards les plus adroits. Les apôtres ont du mal à le suivre, et les plus âgés sont tout à fait distancés par le Maître quand celui-ci s'arrête aux premiers palmiers et aux premières vignes du fertile plateau où chantent les eaux cristallines et des oiseaux de toutes espèces. Des brebis blanches paissent sous le toit bruissant des palmeraies, des mimosas, des plantes balsamiques, des pistachiers, et des arbres qui exhalent des parfums fins ou pénétrants qui se fondent avec ceux des roseraies, de la lavande en fleur, de la cannelle, du cinnamome, de la myrrhe, de l'encens, du safran, des jasmins, des lys, des muguets et de la fleur d'aloès qui ici est géante, des oeillets et des benjoins qui pleurent avec d'autres résines par les entailles pratiquées dans les troncs. C'est vraiment «le jardin clos, la source du jardin», et de tous côtés se présentent les fruits et les fleurs, les parfums, la beauté! Il n'y a pas en Palestine un endroit aussi beau, dans son étendue et sa beauté naturelle. On comprend, en le regardant, beaucoup de pages des poètes de l'Orient où ils chantent les beautés des oasis comme celles de paradis répandus 24 sur la Terre. Les apôtres tout en sueur, mais remplis d'admiration, se joignent au Maître et ensemble ils descendent par une route bien entretenue vers la rive que l'on rejoint après avoir franchi des terrasses successives toutes cultivées d'où descendent, en cascades riantes, les eaux bienfaisantes qui arrosent toutes les cultures jusqu'à la plaine qui se termine sur le rivage. A mi-côte ils entrent dans la ville blanche où bruissent les palmeraies, embaumée par les rosiers et les mille fleurs de ses jardins, et ils cherchent, au nom de Dieu, un logement aux premières maisons. Les maisons, bienveillantes comme la nature, s'ouvrent sans hésitation et leurs habitants demandent qui est «ce Prophète qui ressemble au roi Salomon, vêtu de lin et rayonnant la beauté.»... Jésus entre avec Jean et Pierre dans une maisonnette où une veuve habite avec son fils. Les autres

s'éparpillent ça et là après la bénédiction du Maître et avec le projet de se réunir au crépuscule sur la place la plus grande.

80. PREDICATION ET MIRACLES A ENGADDI Jésus, vers le crépuscule, un crépuscule de feu qui rougit les maisons toutes blanches d'Engaddi et donne à la Mer Morte des reflets de nacre noire, se dirige vers la place principale. Il a avec Lui le jeune homme qui 1'a logé et qui le guide à travers les méandres de la ville, à l'architecture vraiment orientale. Le soleil doit être très fort dans ces lieux ainsi ouverts en face de la lourde surface de la Mer Salée. J'ai l'impression qu'aux mois d'été il doit en sortir des souffles brûlants, isolés comme ils le sont au milieu du désert aride que le soleil doit battre sans pitié en rendant brûlant le terrain. Pour s'en défendre les habitants d'Engaddi ont construit des rues étroites qui paraissent l'être encore plus à cause des gouttières et des corniches des maisons qui s'avancent largement, de sorte qu'en levant les yeux on ne voit qu'une bande étroite du ciel, d'un azur violent, qui apparaît là-haut. Les maisons sont hautes, presque toutes à deux étages, surmontées d'une terrasse sur laquelle, malgré la hauteur, grimpent et s'étendent des vignes pour faire de l'ombre et donner le plaisir des 25 grappes qui, une fois mûries sous le soleil souverain, dans la réverbération des murs et du sol de la terrasse, doivent être douces comme le raisin sec de Damas. Et les vignes rivalisent pour donner le plaisir aux hommes et aux oiseaux très nombreux qui, des passereaux aux pigeons, font leurs nids à Engaddi, avec les palmiers élevés, poussés un peu partout, et avec les opulents arbres à fruits qui s'élèvent dans les cours, dans les jardins resserrés entre les maisons et se penchent au-dessus des ruelles et retombent des murs blanchis avec leurs branches chargées de fruits qui mûrissent au joyeux soleil, et dépassent les archivoltes très nombreuses qui en certains endroits forment de véritables galeries interrompues çà et là par les exigences architectoniques, et montent vers le ciel bleu, si uni, d'une couleur si moelleuse qu'il donne l'impression que, s'il était possible de le toucher, on toucherait un lourd velours ou un cuir lisse peint et teint par un sage artiste avec cette teinte parfaite plus chargée qu'une turquoise, moins qu'un saphir, très belle, inoubliable. Et les eaux... Que de sources et de fontaines doivent jaillir dans les cours et les jardins des maisons parmi la verdure de mille plantes! En passant dans les ruelles encore désertes, car les habitants sont encore au travail ou dans leurs maisons, on entend l'eau qui coule, qui clapote, qui bruit, comme autant de notes d'une harpe pincée par un artiste caché. Et pour en augmenter le charme, les archivoltes, les détours continuels des rues recueillent ces bruits des eaux, les amplifient, augmentent leur nombre par l'effet des échos pour en faire tout un arpège. Et des palmiers, des palmiers, des palmiers! Sur la moindre petite place large comme une pièce d'habitation, voilà les fûts, minces, très élevés qui montent vers le ciel avec à peine là-haut un mouvement de balancement dans les feuilles qui bruissent serrées comme un panache en haut du fût. L'ombre, qui en plein midi tombe à pic sur la place minuscule et la couvre toute entière, se reflète maintenant d'une manière bizarre sur les murets des terrasses plus hautes. Pourtant la ville est propre si on la compare aux villes de Palestine. Peut-être le fait que les maisons soient serrées les unes contre les autres, qu'elles aient toutes des cours et des jardins cultivés, a contribué à enseigner aux habitants à ne pas jeter toutes les immondices dans les rues, à les recueillir, au contraire, avec les ordures des animaux pour en faire des tas de fumier destinés aux arbres et aux plates-bandes ou bien... par rare souci d'ordre. Les 26 ruelles sont propres, asséchées par le soleil, et on n'y trouve pas les peu gracieux tas de légumes jetés au rebut, les sandales éculées, les chiffons sales, les excréments et autres choses désagréables que l'on voit dans Jérusalem elle-même, dans les rues à

peine périphériques. Voici le premier cultivateur qui revient du travail sur un âne gris. Pour le défendre contre les mouches, l'homme a caparaçonné complètement avec des branches de jasmin son âne qui s'en va au petit trot en secouant ses oreilles et ses grelots sous la couverture ondulante des branches parfumées. L'homme regarde et salue. Le jeune homme lui dit: «Viens à la grande place. Tu entendras le Rabbi qui est chez moi.» Voilà un troupeau de brebis qui envahit la rue, s'y engageant en venant d'une petite place au fond de laquelle on aperçoit la campagne. Elles marchent étroitement serrées l’une contre l'autre, mettant leurs sabots là où les a mis celle qui les précède, la tête penchée comme si leur tête était trop lourde pour leur cou trop grêle sur leur corps obèse. Elles trottinent de leur pas bizarre et leur corps trop gras semble un baluchon fixé sur quatre piquets... Jésus, Jean et Pierre imitent l'homme qui est avec eux et s'adossent au mur chaud d'une maison pour les laisser passer. Un homme et un enfant suivent le troupeau. Ils regardent et saluent. Le jeune homme dit: «Renfermez les brebis et venez à la grande place avec vos parents. Le Rabbi de Galilée est parmi nous. Il va nous parler.» Voici la première femme qui sort, entourée d'une nichée d'enfants, et qui va je ne sais où. Le jeune homme lui dit: «Viens avec Jean et les enfants écouter le Rabbi que l'on nomme Messie.» Les maisons s'ouvrent peu à peu dans le soir qui vient et laissent entrevoir les fonds verts des jardins, ou ceux paisibles des courettes où les pigeons font leur dernier repas. Le jeune homme passe la tête par chacune des portes ouvertes et il dit: «Venez entendre le Rabbi, le Seigneur.» Ils débouchent enfin dans une rue droite, l'unique rue droite de cette ville qui n'a pas été construite comme on l'a voulu, mais comme l'ont voulu les palmiers ou les puissants pistachiers certainement centenaires et respectés comme des notables par les habitants qui leur doivent de ne pas mourir d'insolation. Voici, au fond, une place où font office de colonne les fûts de nombreux palmiers. On dirait une de ces salles hypostyles des temples ou des palais très anciens, faites d'un vaste espace rempli de colonnes placées à des distances régulières pour faire une forêt de pierre 27 soutenant le plafond. Ici les palmiers font office de colonnes et, serrés comme ils sont, forment avec les feuilles qui se rejoignent, un plafond émeraude sur la place blanche au milieu de laquelle se trouve une fontaine élevée, de forme carrée, remplie d'eaux cristallines qui jaillissent d'une colonnette au centre du bassin et retombent dans des vasques plus basses où peuvent s'abreuver les animaux. En ce moment les paisibles pigeons domestiques l’ont prise d'assaut et ils boivent ou dansent un menuet avec leurs pattes roses sur le bord le plus haut, ou bien ils éclaboussent leurs plumes en produisant des reflets dûs aux gouttes d'eau qui s'accrochent un moment aux barbes des plumes. Il y a du monde et il y a les huit apôtres qui étaient allés çà et là en quête de logement et chacun a rassemblé ses fidèles désireux d'entendre celui que l'apôtre a indiqué comme le Messie promis. Les apôtres se hâtent d'accourir de tous côtés vers le Maître, comme autant de comètes qui traînent à leur suite les petits groupes de leurs conquêtes. Jésus lève la main pour bénir les disciples et les gens d'Engaddi. Jude d'Alphée parle au nom de tous: «Voici, Maître et Seigneur. Nous avons fait ce que tu as dit et eux savent qu'aujourd'hui la Grâce de Dieu est parmi eux. Mais ils veulent aussi la Parole. Plusieurs te connaissent par ouï-dire, certains pour t'avoir rencontré à Jérusalem. Tous, les femmes en particulier, désirent to connaître et en premier lieu le chef de la synagogue. Le voici. Avance, Abraham.» L'homme, vraiment très âgé, s'avance. Il est Emu. Il voudrait parler, parler, mais dans son émotion il ne trouve plus un mot de ce qu'il avait préparé. Il se penche pour s'agenouiller en s'appuyant sur son bâton, mais Jésus l'en empêche et commence par l'embrasser en disant: «Paix au vieux et juste serviteur de Dieu!» et l'autre, de plus en plus ému, ne sait que répondre: «Louange à Dieu! Mes yeux ont vu le Promis! Et que puis-je demander de plus à Dieu?» et, levant les bras dans une pose hiératique, il entonne le psaume de David (34): «"J'ai attendu anxieusement le Seigneur, et Lui s'est tourné vers moi".» Mais il ne le dit pas tout. Il dit les passages qui se rapportent davantage à l'événement: «"Il a entendu mon cri et Il m'a tiré de l’abîme de la misère et de la boue du marécage... Il a mis sur mes lèvres un cantique nouveau. Bienheureux l'homme qui a mis son espoir dans le Seigneur. Tu as fait beaucoup de choses merveilleuses, ô Seigneur mon 28

Dieu, et il n'est personne qui t'égale dans tes desseins. Je voudrais les énumérer, en parler, mais leur multitude dépasse toute énumération. Tu n’as pas voulu de sacrifice, ni d'oblation, mais Tu as ouvert mes oreilles... (il est de plus en plus ému). Il est dit que je dois faire ta volonté... Ta Loi est dans mon coeur. J'ai annoncé to justice à la grande assemblée. Voici: je n'ai pas gardé mes lèvres closes, Tu le sais, ô Seigneur. Je n'ai pas tenu ta justice cachée au dedans de moi, j'ai proclamé ta vérité et le salut qui vient de Toi... Mais Toi, ô Seigneur, n'éloigne pas de moi ta compassion... Des malheurs sans nombre sont tombés sur moi... (et il pleure vraiment, en disant les paroles d'une voix que les larmes rendent encore plus vieille et plus tremblante). Je suis mendiant et besogneux, mais le Seigneur a soin de moi. Tu es mon aide, mon protecteur, ô mon Dieu, ne tarde pas!..." Voilà le psaume, mon Seigneur, et j'ajoute de mon côté: "Dis-moi: ‘Viens' et je te dirai ce que dit le psaume: 'Voilà, je viens!' ".» Il se tait et pleure avec toute sa foi dans ses yeux brouillés par les années. Les gens expliquent: «Il a perdu sa fille qui lui laisse des petits-enfants. Sa femme est devenue aveugle et idiote à cause des nombreuses souffrances, et l'on ne sait rien de leur unique garçon. Il est disparu ainsi, du jour au lendemain...» Jésus pose sa main sur l'épaule du vieil homme et lui dit: «Les souffrances des justes passent aussi rapidement que l'hirondelle en comparaison de la durée de la récompense éternelle. Mais nous allons rendre à ta Saraï ses yeux d'autrefois et l'intelligence de sa jeunesse pour qu'elle réconforte ta vieillesse.» «Elle s'appelle Colombe» avertit quelqu'un du peuple... «Pour lui elle est sa princesse. Mais écoutez la parabole que je vous propose.» «Tu ne vas pas auparavant délivrer des ténèbres les yeux et l'esprit de mon épouse pour qu'elle puisse goûter la Sagesse?» demande anxieusement le vieux chef de la synagogue. «Peux-tu croire que Dieu peut tout, et que d'un autre monde vient son pouvoir?» «Oui, ó Seigneur. Je me rappelle un soir d'il y a plusieurs années. Alors, j'étais heureux, mais je croyais, même dans la joie. Car c'est ainsi! L'homme, quand il est heureux, peut même oublier Dieu. 29 Moi, je croyais en Dieu, même en ce temps joyeux où j'étais jeune et ma femme en bonne santé et mon Elise grandissait, une jeune fille belle comme un palmier, qui était déjà fiancée, et Elisée l'égalait en beauté et la surpassait en force comme il convient à un homme... J'étais allé avec l'enfant aux sources qui sont près des vignes qui sont la dot de Colombe, laissant ma femme et ma fille aux métiers sur lesquels se tissait le trousseau nuptial... Mais peut-être je t'ennuie? Le malheureux songe, en se souvenant, a sa joie passée... mais cela n'intéresse pas les autres...» «Parle, parle!» «J'étais allé avec 1'enfant... Les sources... Si tu es venu par la route à l'occident, tu sais où elles sont... Les sources étaient à la limite du lieu béni, et en regardant, on voyait au-delà le désert et la route blanche à cause des pierres romaines encore bien visibles alors dans les sables de Juda... Plus tard... fini aussi ce signe! Et ce n’est rien qu'un signe se perde dans les sables! Mais c'est mal que se soit effacé le signe de Dieu, envoyé pour te désigner, dans les esprits d'Israël. Dans trop d'esprits! Mon garçon me dit: "Père, regarde! Une grande caravane, et des chevaux, et des chameaux, et des serviteurs et des seigneurs, en direction d'Engaddi. Ils viennent peut-être aux sources avant la tombée de la nuit..." Je levai les yeux des branches que je relevais et qui traînaient après la vendange abondante, et je vis... Les hommes venaient bien aux sources. Ils descendirent et me virent et ils me demandèrent s'ils pouvaient camper en cet endroit pour une nuit. "Engaddi a des maisons hospitalières, et elle est toute proche" répondis-je. "Non. Nous veillons pour être prêts à fuir, car Hérode nous recherche. D'ici, les sentinelles verront toute la route et il sera facile d'échapper à ceux qui nous recherchent". "Quel péché avez-vous commis?" demandai-je étonné et prêt à leur indiquer les cavernes de nos montagnes, comme c'est pour nous une coutume sacrée à l'égard des persécutés. Et j'ajoutai: "Vous êtes étrangers et de lieux différents... Je ne sais pas comment vous avez pu pécher contre Hérode..." "Nous avons adoré le Messie qui est né à Bethléem de Juda et vers lequel nous a guidé l'étoile du Seigneur. Hérode le cherche et donc il nous cherche pour que nous lui indiquions l'endroit où Il se trouve. Et il le cherche pour le tuer. Nous, peut-être, nous trouverons la mort dans les déserts, sur cette route longue et inconnue, mais nous ne dénoncerons pas le Saint descendu du Ciel!" 30 Le Messie! Le rêve de tout véritable israélite! Mon rêve! Et Il était au monde! Et

Il était à Bethléem de Juda selon la prédiction!... Je demandai, en tenant mon garçon sur mon coeur, des nouvelle et des nouvelles en disant: "Ecoute, Elisée! Rappelle-toi! Toi, certainement tu le verras!" J'avais cinquante ans et je n'espérais plus le voir... et je n'espérais pas vivre assez pour le voir homme... Elisée... ne peut plus l'adorer...» Le vieillard pleure de nouveau, mais il se ressaisit et dit: «Les trois Sages parlèrent avec une patiente douceur. Ils m'ont décrit ta sainte enfance, et la Mère, et le père... J'aurais passé la nuit avec eux... Mais Elisée s'endormait sur mon sein. Je saluai les trois Sages en leur promettant de me taire pour ne pas leur faire tort par des dénonciations possibles. Mais à Colombe, dans la chambre nuptiale, je racontai tout, et ce fut le soleil au milieu des malheurs qui nous frappèrent ensuite. Ensuite j'appris le massacre... et pendant des années, j'ai ignoré si tu étais sauf. Maintenant, je le sais. Mais moi seulement, car Elise est morte, Elisée n’est plus, et Colombe ne peut entendre l'heureuse nouvelle... Mais la foi dans le pouvoir de Dieu, déjà vive, est devenue parfaite depuis cette soirée lointaine où trois hommes, de races différentes, ont témoigné de la puissance de Dieu, par leur union d'âmes, grâce à l'étoile miraculeuse, sur le chemin de Dieu pour adorer son Verbe.» «Et ta foi sera récompensée. Maintenant, écoutez. Qu’est-ce que la foi? Elle est parfois pareille à une dure semence de palmier, minuscule, formée d'une brève phrase: "Dieu existe", nourrie par une seule affirmation: "Je l'ai vu". Ainsi il en a été de la foi d'Abraham en Moi, grâce aux paroles des trois Sages d'Orient. Ainsi il en a été de la foi de notre peuple, depuis les plus lointains patriarches, transmise d'une génération à l'autre, depuis Adam à sa postérité, depuis Adam, pécheur, mais auquel on a cru quand il a dit: "Dieu existe, et nous existons parce qu'Il nous a créés. Et moi, je l'ai connu". Ainsi il en a été de cette foi, toujours plus parfaite car toujours plus manifestée, qui est venue par la suite, et qui est pour nous un héritage, éclairé de manifestations divines, d'apparitions angéliques, de lumières de l'Esprit. Semences toujours minuscules en comparaison de l'Infini. Semences minuscules. Mais en mettant des racines, en fendant la dure écorce de l'animalité avec ses doutes et ses tendances, en triomphant des herbes nuisibles des passions, des péchés, des moisissures des dégradations, des vers rongeurs des vices, de tout, elle s'élève dans les coeurs, grandit, s'élance vers le soleil, vers le ciel, s'élève, 31 s'élève... jusqu'à se libérer des limites de la chair et se fondre en Dieu, dans sa connaissance parfaite, dans sa possession complète, au-delà de la vie et de la mort, dans la vraie Vie. Celui qui possède la foi possède le chemin de la Vie. Celui qui sait croire n'erre pas. Il voit, il reconnaît, il sert le Seigneur et il possède le salut éternel. Pour lui le Décalogue est quelque chose de vital et tout ordre qui vient de lui est une perle dont s'orne sa future couronne. Pour lui est le salut, la promesse du Rédempteur. Il est déjà mort celui qui croyait avant que je ne vienne sur la Terre? Il n'importe. Sa foi le rend égal à ceux qui maintenant s'approchent de Moi avec amour et foi. Les justes trépassés seront bientôt dans la joie car leur foi va avoir sa récompense. Après avoir accompli la volonté de mon Père, j'irai et je dirai: "Venez!" et tous ceux qui sont morts dans la Foi monteront avec Moi dans le Royaume du Seigneur. Imitez dans la foi les palmiers de votre terre, qui sont nés dune petite semence, mais avec une si forte volonté de croître, et de pousser si droit, oublieux du sol, mais énamourés du soleil, des astres, du ciel. Ayez foi en Moi. Sachez croire ce que trop peu croient en Israël, et je vous promets la possession du Royaume céleste, par le pardon de la faute d'origine et par la juste récompense pour tous ceux qui pratiquent ma doctrine qui est la très douce perfection du parfait Décalogue de Dieu. Je vais rester parmi vous aujourd'hui et demain, jour du sabbat sacré, et je partirai à l'aube du lendemain du sabbat. Que celui qui est affligé vienne à Moi! Que celui qui doute vienne à Moi! Que celui qui veut la Vie vienne à Moi! Sans crainte, car je suis la Miséricorde et l'Amour.» Et Jésus fait un large geste de bénédiction pour congédier ses auditeurs afin qu'ils puissent aller au repas du soir et au repos. Il va s'éloigner quand une petite vieille, jusqu'alors cachée dans le coin d'une ruelle, fend la foule qui veut encore rester avec le Maître, et parmi les cris étonnés de cette foule va s'agenouiller aux pieds de Jésus en criant: «Bénis sois-tu et le Très-Haut qui t'envoie! Et le sein qui t'a engendré qui est plus qu'un sein de femme puisqu'elle a pu te porter Toi!»

Un cri d'homme se fond avec le sien: «Colombe! Colombe! Oh! Tu vois! Tu entends! Tu parles avec sagesse en reconnaissant le Seigneur! Oh! Dieu! Dieu de mes pères! Dieu d'Abraham, Isaac et Jacob! Dieu des prophètes! Dieu de Jean, le Prophète! Dieu! Mon Dieu! Fils du Père! Roi comme le Père! Sauveur par obéissance au 32 Père! Dieu comme le Père, et mon Dieu, Dieu de ton serviteur! Que to sois béni, aimé, suivi, adoré éternellement!» Et le vieux chef de la synagogue glisse à genoux, à côté de sa petite vieille, et l'embrassant avec le bras gauche, la serrant contre son coeur, il se penche et la fait pencher pour baiser les pieds du Sauveur, alors qu'un cri de joie de la foule toute entière fait vibrer les troncs tant il est puissant et effraie les pigeons qui, déjà dans leurs nids, prennent leur vol en tournant au-dessus d'Engaddi comme pour répandre dans toute la ville la nouvelle que le Sauveur est dans ses murs.

81. GUERISON DU LEPREUX ELISEE D'ENGADDI Ils doivent, peut-être sur le conseil des habitants d'Engaddi eux-mêmes, avoir anticipé leur départ, car il est absolument nuit et la lune presque pleine éclaire la ville d'une lumière très vive. Les ruelles sont des rubans d'argent au milieu des cubes des maisons et les murailles des jardins, qui semblent avoir changé la chaux en marbre de sculpteur par l'effet magique des rayons lunaires. Les palmiers et les autres arbres prennent un aspect fantastique, enveloppés dans la phosphorescence de la lune. Les sources et les petits ruisseaux sont des petites cascades et des colliers de diamants. Dans les feuillages les rossignols défilent des colliers de notes, unissant leur chant prodigieux au chant des eaux qui, dans la nuit, font entendre des sons plus nets. La ville est endormie, mais il y a quelques personnes avec Jésus qui s'en va. Ce sont les hommes des maisons qui logeaient Jésus et les apôtres, et quelques autres habitants qui se sont unis à eux. Le chef de la synagogue marche à côté de Jésus. Oh! il ne veut pas renoncer à l'accompagner, même quand Jésus le prie de le faire, avant d'entrer en pleine campagne. Et ils s'en vont en direction de la route qui mène à Masada, pas la route basse qui côtoie la Mer Morte et dont j'entends dire qu'elle est malsaine et dangereuse à parcourir de nuit, mais vers la route intérieure taillée dans la côte, presque sur la cime des collines qui bordent le lac. Elle est splendide l'oasis au clair de lune! On semble marcher dans un pays de rêve. Puis l'oasis, la véritable oasis, cesse et les 33 palmiers deviennent rares. C'est la montagne proprement dite avec ses arbres de haute futaie, ses prés, ses flancs creusés de cavernes comme presque toutes les montagnes de Palestine. Mais ici je dirais qu'elles sont en plus grand nombre, et leurs ouvertures sont étranges, en longueur ou en largeur, les unes droites, d'autres de biais, certaines rondes à mi-côte, d'autres qui sont une simple fissure, elles ont des aspects effrayants au clair de lune. «Abraham, la route est plus en bas. Pourquoi continues-tu de monter en allongeant la route et en prenant ce sentier impraticable?» reproche quelqu'un d'Engaddi. «Parce que je dois montrer quelque chose au Messie et Lui demander de faire encore une chose en plus des grands bienfaits qu'il nous a faits. Mais si vous êtes fatigués, retournez chez vous ou attendez-moi ici. J'irai seul» dit le vieillard qui marche péniblement en haletant sur le sentier difficile et abrupt. «Oh! non! Nous venons avec toi. Mais ta fatigue nous fait peine. Tu es tout essoufflé...» «Oh! ce n'est pas le sentier!... C'est autre chose! C'est une épée qui se retourne dans mon coeur... c'est une espérance qui le gonfle. Venez, mes fils, et vous saurez quelle douleur, quelle douleur était dans le coeur de celui qui consolait toutes vos douleurs! Quelle... non désespoir, cela non, mais... résignation à ne plus espérer aucune joie à tout jamais, était dans le coeur de celui qui vous disait toujours d'espérer en Dieu qui peut tout... Je vous ai appris à croire au Messie... Vous souvenez-vous, quand je pouvais le faire désormais sans Lui causer du tort, comme je parlais de Lui avec assurance? Vous disiez: "Mais le massacre d'Hérode?" Eh! oui! C'était une grande épine dans le coeur! Mais je m'attachais de tout moi-méme à l'espérance... Je disais: "Si à ces trois, qui n'étaient même pas d'Israël, Dieu a envoyé l'étoile pour les inviter à adorer le Messie enfant, s'Il les a guidés par elle vers la pauvre maison qu'ignoraient les rabbins d'Israël, les princes des prêtres et les scribes, si par un songe Il les a avertis de ne pas repasser chez Hérode, pour sauver l'Enfant, n'aura-t-Il pas, en usant d'une puissance encore plus grande, averti le père et la Mère de s'enfuir, en emportant en lieu sûr l'espérance de Dieu et de l'homme?" Et la foi dans son salut grandissait, vainement attaquée par le doute humain et les paroles des autres... Et quand... et quand la plus grande douleur que puisse avoir un père s'empara de moi... quand je dus conduire à un tombeau un vivant... et lui dire... et lui 34 dire... "Reste ici tant que durera ta vie... et pense que si l'amour des caresses maternelles ou un autre motif te poussait vers les maisons, je devrais te maudire, te frapper tout le premier, et te reléguer dans un endroit où mon amour désolé ne pourrait même plus te secourir", quand je dus faire cela... je m'accrochai encore davantage à la foi en Dieu, Sauveur de son Sauveur, et me dire à moi et à mon fils... à

mon fils lépreux... vous entendez? lépreux... dire... "Inclinons notre tête sous la volonté du Seigneur et croyons en son Messie! Moi Abraham... toi Isaac, immolé par le mal, non par le feu, offrons notre douleur pour avoir le miracle..." Et chaque mois, à chaque nouvelle lune... en venant ici en cachette, chargé de nourriture... de vêtements... d'amour... que je devais déposer loin de mon enfant... parce que je devais retourner auprès de vous... mes fils... et auprès de mon épouse aveugle, de mon épouse hébétée, rendue aveugle et hébétée par la terrible douleur..