Introduction à la psychosomatique

June 13, 2018 | Author: زين العابدين فارس | Category: Psychological Trauma, Childhood, Psychoanalysis, Major Depressive Disorder, Behavioural Sciences
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Texte historique

PIERRE MARTY

Introduction à la psychosomatique11

Notre expérience de l’Institut de Psychosomatique de Paris et de l’Hôpital de la Poterne des Peupliers, attaché à l’Institut, montre que, globalement, la gravité des maladies somatiques s’établit en fonction inverse de la solidité du Moi des individus. Plus le Moi est solide, moins les maladies sont graves. À l’inverse, les maladies graves (je parle ici surtout des maladies auto-immunes et des cancers) surviennent le plus souvent chez des sujets dont le Moi se révèle insuffisant dès le début du développement de l’appareil psychique, soit fragile, soit désorganisable. Ces deux notions correspondent sans doute aux « Moi » rétrécis ou disloqués dont S. Freud a parlé dans l’article de 1937 qui nous intéresse aujourd’hui. Les sujets auxquels je fais allusion, même en l’absence d’une maladie somatique grave, toujours éventuelle, posent d’ailleurs des problèmes quant à leur analyse : – Soit, que l’on ne puisse les analyser en raison de leur manque d’insight. – Soit, que les frustrations, naturellement inhérentes à l’analyse, les mettent en danger de désorganisation somatique pendant le cours de la cure. – Soit encore, qu’ils ne supportent pas la rupture finale avec leur analyste et que se déclenche, à ce moment, la maladie grave. 1. Texte inédit prononcé par l’International Psychanalytical Association lors du 35 e Congrès International de Psychanalyse (Montréal) organisé au cours de la séance plénière du lundi 27 juillet 1987. Pierre Marty y était modérateur. Rev. franç. Psychosom., 29/2006

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Je dois dire, en revanche, qu’un certain nombre de patients atteints de maladies somatiques réversibles, à crises non évolutives, peuvent parfaitement bénéficier d’une cure de psychanalyse. Ceci, lorsque l’on constate chez ces patients la présence de liaisons représentatives, de refoulements, d’un Surmoi post-œdipien, de mécanismes de défense de type névrotique enfin. Mais là n’est pas notre intérêt présent. La question des difficultés de l’analyse, dont je viens d’évoquer un aspect à propos des maladies somatiques graves, se pose en effet aujourd’hui, quant aux deux facteurs de la force des pulsions d’une part, des traumatismes de l’enfance, d’autre part. À mon sens, force des pulsions et traumatismes de l’enfance – mais je parle ici de traumatismes de la petite enfance – ne constituent qu’un même problème. Il est sans doute vrai que la force initiale, innée, des pulsions, est différente d’un individu à l’autre. Cependant, une certaine puissance pulsionnelle au départ, pourra ultérieurement se manifester de deux manières : soit dans l’organisation mentale progressive de l’individu, donnant alors lieu à un Moi solide, soit – et c’est ici que les traumatismes de la petite enfance interviennent – en faisant obstacle à la construction mentale. Dans ce dernier cas, l’encadrement psychique n’étant pas suffisant, le Moi se trouvera rétréci ou disloqué en même temps que les pulsions se déverseront ailleurs sous des formes négatives – je fais allusion à divers aspects de la pulsion de mort – sous des formes de déliaisons, de désorganisations qui pourront parfois atteindre gravement le système somatique. On aurait affaire, dans ces conditions, non pas à de puissantes pulsions refusant de se plier au Moi, mais bien à une insuffisance du Moi à endiguer les pulsions. On peut observer directement chez le petit enfant, comme indirectement grâce à l’anamnèse des adultes, que c’est au sein de l’appareil mental et plus précisément, aux divers niveaux de la construction du préconscient de l’individu, que les traumatismes précoces agissent. Ils peuvent empêcher la formation des représentations de divers ordres, toujours chargées d’affects, représentations sensorielles, perceptives, représentations finales de choses et de mots. Ils peuvent empêcher de s’établir les multiples liaisons entre les représentations et empêcher aussi, de ce fait, la continuité souhaitable du fonctionnement mental. D’un tel processus, attaquant les éléments du rouage essentiel que constitue le préconscient dans l’appareil mental, naissent sans doute pour une grande part, les agénésies et les faiblesses du Moi. Comment un Moi peut-il accomplir son travail de délibération sans une richesse de son système de représentations ? Comment peut-on parvenir à

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l’organisation d’un Moi de la deuxième topique lorsque le système préconscient est pauvre ? Les traumatismes de la petite enfance, sur lesquels j’insiste, sont en rapport avec les interrelations Mère-enfant pendant les deux premières années de la vie surtout. Laissant des vides dans la construction de l’appareil psychique, ils fragilisent naturellement les sujets, ils les sensibilisent à nombre d’événements de l’enfance ultérieure, de l’adolescence et de l’âge adulte. Ces événements prendront ainsi facilement une valeur traumatique. Quant à la nature des traumatismes précoces auxquels je m’attache, il s’agit essentiellement de dépressions du petit enfant lui-même ou de dépressions de sa Mère. Chez le petit enfant, ces dépressions, plus fréquentes qu’on le pense, sont en rapport avec la perte d’un objet affectivement investi ou avec la multiplication et la durée d’états de détresse. Les traumatismes de la première enfance, jouant ainsi sur la qualité de la construction mentale et laissant de véritables trous dans cette construction, on ne sera pas étonné de trouver par la suite des difficultés, des impossibilités ou des dangers d’analyse chez les sujets en cause. Ceci – je me répète – pour manque d’insight résultant du manque de représentations et de liaisons entre les représentations, pour fragilité devant les frustrations et les ruptures, résultant de la répétition des traumatismes premiers qui, parce que trop précoces, ne peuvent pas toujours être élaborés pendant le travail analytique. On ne sera pas davantage étonné de savoir que le schéma dynamique majeur, que l’on retrouve dans la vie des malades graves, se présente ainsi : dépression de la petite enfance, dépression latente ultérieure, enfin, à la suite d’une perte d’objet de l’âge adulte, dépression marquée – souvent de type essentiel – avec éclosion d’une maladie grave ou rechute de celle-ci. J’arrête ici cette courte introduction à la psychosomatique dans le cadre du thème de notre 35e Congrès.

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