Blyton Enid Un chien pour Dominique.doc

July 31, 2017 | Author: gerbotteau | Category: Cats, Domestication, Dogs, Domesticated Animals, Animals And Humans
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UN CHIEN POUR DOMINIQUE par Enid BLYTON

« « Ah ! si seulement j’avais un chien » ! soupire Dominique. Mais les parents du petit garçon refusent d'en admettre un dans la maison. Alors Dominique se console en allant aider un vétérinaire à soigner les animaux. S'occuper de chiens, de chats, d'oiseaux, quel bonheur pour le petit garçon ! Jusqu'au jour où des bandits décident de voler des chiots de grande valeur que le vétérinaire garde chez lui. Voilà Dominique entraîné dans une drôle d'aventure!... Une aventure qui va peut-être lui permettre de réaliser son rêve...

ENID BLYTON

UN CHIEN POUR

DOMINIQUE ILLUSTRATIONS DE FRANCOIS BATET

HACHETTE

TABLE 1. Mamie vient dîner 2. Pauvre petit chat 3. Dominique trouve du travail 4. Les débuts de Dominique 5. Une passionnante soirée 6. Dimanche après-midi 7. Dominique a fort à faire 8. Dominique a des ennuis 9. Au milieu de la nuit 10. Une désagréable surprise 11. Prince se distingue 12. Une surprise pour Dominique 13. Une magnifique journée 14. Un chien pour Dominique

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CHAPITRE PREMIER Mamie vient dîner « "BON JOUR, Mamie! » rugit Dominique. Il arrivait de l'école en courant, son cartable sur le dos. « J'espère que tu vas rester dîner avec nous? demanda-t-il à sa grand-mère. — Bien sûr. D'ailleurs, j'ai une question

à te poser. C'est bientôt ton anniversaire. Tu vas avoir huit ans... Qu'est-ce qui te ferait plaisir? — Je ne suis pas certain qu'il mérite un cadeau, intervint papa en levant soudain les yeux de son journal. Ses bulletins sont de plus en plus médiocres! » Le petit garçon devint tout rouge. « C'est que, papa, je ne suis pas aussi intelligent que toi! Je fais de mon mieux. Mais devant un problème de mathématiques, je perds tous mes moyens... Et j'ai horreur des rédactions. J'ai beau me creuser la tête, je ne trouve jamais rien à dire. — Tu pourrais mieux faire si tu t'en donnais la peine, déclara maman qui apportait une belle tarte aux prunes pour le goûter. Sur ton dernier devoir de sciences naturelles, ton professeur a écrit : « Excellent à tous points de « vue. Dominique connaît mieux que per-« sonne les oiseaux et tous les animaux. » Pourquoi ne t'appliques-tu pas de la même façon en rédaction et en mathématiques ? — Ce n'est pas du tout pareil! Quand on fait un cours sur les chiens, ou les

chevaux, les oiseaux, les écureuils, je n'en perds pas un mot! Et si je suis interrogé, je sais tout de suite quoi dire! — As-tu eu de bonnes notes aujourd'hui? » demanda alors papa. Dominique secoua la tête. Son père fronça les sourcils. « Bien sûr, tu rêvais, comme d'habitude! — C'était de la géographie ce matin, et c'était si ennuyeux que je ne pouvais pas m'empêcher de penser à autre chose. Ça parlait de péninsules et d'isthmes... — Et à quoi pensais-tu pendant ce temps-là? — Je pensais à un cheval que j'avais rencontré en allant à l'école ce matin... — Un cheval! gronda maman. Pendant le cours de géographie!... — C'était un pauvre vieux cheval qui faisait de son mieux pour tirer une lourde charrette. J'ai tout de suite vu qu'il avait une plaie sur le flanc, à l'endroit où frottait le harnais. Mais le conducteur de la charrette n'avait pas l'air de s'en soucier, et il frappait la pauvre bête. — Alors tu as pensé au cheval pendant

tout le cours de géographie? demanda gentiment Mamie. — Je ne pouvais pas penser à autre chose. Je me demandais si l'homme allait mettre une pommade sur la plaie quand il serait arrivé chez lui. Je me représentais ce que j'aurais fait si le cheval avait été à moi. Quand on a un animal à soi, Mamie, on doit s'en occuper, et le soigner s'il est malade ou blessé, non? - Naturellement, répondit Mamie. Allons, ne pense plus à ce cheval. Surement, l'homme aura fait le nécessaire.

Parlons de choses plus amusantes. Que veux-tu pour ton anniversaire? » Les yeux de Dominique se mirent à briller. « II y a quelque chose que je désire plus que tout au monde! — Eh bien, si ce n'est pas trop cher et si je peux l'acheter, tu l'auras. Qu'est-ce que c'est? — Un petit chien! Un chiot pour moi tout seul! Je pourrais lui fabriquer moi-même sa niche. Je suis très adroit de mes mains, tu sais! ----Non, Dominique! interrompit aussitôt maman. As-tu pensé aux soins que demande un animal? Il faut le nourrir, le sortir, s'occuper de lui... — Je le ferai! s'écria Dominique. Je le dresserai. Il me suivra partout. Il pourra dormir dans ma chambre, sur une descente de lit. Il pourra... — Dormir dans ta chambre? Certainement pas!... Non, Mamie! Non! Pas de chien! Si vous saviez déjà tout ce que Dominique rapporte à la maison! Des chenilles. Un hérisson... Et même un chat de gouttière qui m'a volé la viande que je venais d'acheter!

— Oh! maman. Si j'avais un chien à moi, je ne ramènerais plus jamais d'autres bêtes à la maison! C'est vraiment ce que je désire le plus au monde! Un chien! S'il te plaît, Mamie, donne-m'en un pour mon anniversaire!... - Ecoute, Dominique, dit papa, un chien te prendra beaucoup de temps... et tu as besoin de travailler!... Je suis désolé, Mamie, mais tu lui donneras autre chose. » Mamie parut triste. « Eh bien, alors, Dominique, je t'achèterai dés livres sur les animaux. Peut-être que ton père te permettra d'avoir un chien quand tu travailleras mieux à l'école. — Ce ne sera jamais mieux, fit le pauvre Dominique. Je suis moins intelligent que les autres. Il n'y a qu'en travail manuel que je suis fort. Mamie, je te ferai un petit tabouret pour le tien, d'anniversaire! Je suis en train de sculpter un pied de lampe, et le professeur de travail manuel a dit que même lui n'aurait pas fait mieux. Pour tout ce qui est manuel, je me défends bien! — Je sais aussi que tu as bon cœur,

Dominique, fit Mamie. Puisque tu ne peux pas avoir un chien pour ton anniversaire, tu viendras avec moi choisir des livres. Aimerais-tu en avoir un sur les chiens, et un autre sur les chevaux, ou sur les félins? — Oh! oui. Je serais bien content... mais j'aurais tant aimé avoir un chien!... — Dominique, cela ne tient qu'à toi, fit papa. Aie de meilleures notes et nous verrons... Et cette tarte aux prunes? Mamie, félicite la cuisinière, elle l'a faite exprès pour toi! » Ils goûtèrent, puis parlèrent gaiement en attendant le dîner. 14

Dominique ne parla pas beaucoup. Il rêvait. « Où est-ce que je mettrais le chien si j'en avais un? se disait-il. Voyons... Je pourrais lui fabriquer une niche que j'installerais dans mon petit carré de jardin. Comme le petit chien serait heureux de me voir, chaque matin! Comment je l'appellerais? Youki? Plouf? Tonnerre? Filou?... Non, il n'aurait rien d'un filou! Je lui apprendrais à... » « Regardez! Dominique est encore en train de rêvasser, fit maman. Réveille-toi, Dominique! C'est l'heure de se mettre à table. Je me demande bien à quoi il peut encore rêver? » Mamie savait bien à quoi! Elle sourit à Dominique. Comme elle aurait voulu pouvoir lui offrir ce petit chien qu'il désirait tant!

CHAPITRE II Pauvre petit chat DEUX JOURS plus tard, Dominique revenait de l'école en balançant son cartable à bout de bras. Il lançait de joyeux « salut! » à tous les chiens qu'il rencontrait sur son chemin. Soudain un petit chat franchit un portail entrouvert, et se précipita au milieu de la chaussée.

C'était un petit chat tout noir aux yeux ronds. « Je vais ramener ce chaton chez lui, se dit Dominique. Il risque de se faire écraser! » II se mit à courir. Mais il n'était pas le seul à avoir aperçu le chat. Un chien traversa la route. « Ouah! Ouah! Un chat!... Attends un peu que je t'attrape! » Le chien bondit en aboyant de toutes ses forces. Le chaton mourait de peur. Il essaya de grimper à un arbre. Mais il ne fut pas assez rapide. Vlouf! Le chien appuya ses deux pattes de devant sur le tronc, et il happa entre ses dents la queue de son ennemi. « Ouah! Ouah! Je te tiens! » « Arrête! Couché! cria Dominique qui arrivait en courant. Laisse ce petit chat tranquille! » « Ouah! » fit le chien en s'enfuyant. Dominique examina le petit chat qui s'agrippait en tremblant à l'écorce de l'arbre. Etait-il blessé? Le garçon le prit tout doucement dans ses bras. « Pauvre petite bête! Le chien t'a

mordu la queue. Elle saigne... Que faire? Je vais te ramener dans ta maison où l'on te soignera.»

Mais la femme qui ouvrit à Dominique secoua la tête. « Ce chaton n'est pas à nous. Je ne sais pas à qui il appartient. On le voit rôder par ici depuis quelques jours, mais il n'est à personne. C'est pourquoi il est si maigre, pauvre petit! — Quelle honte! » s'écria Dominique en caressant doucement le chaton. Celui-ci se pelotonna contre lui, enfonçant ses petites griffes dans le tissu de son veston. Il poussa un miaulement misérable. « Eh bien, pensa Dominique, je n'ai plus qu'à le ramener chez moi. Je ne peux tout de même pas le laisser dans la rue. Ce chien le tuerait s'il le rattrapait une deuxième fois... Que va dire maman? Elle qui n'aime pas les chats! » II enveloppa précautionneusement la petite bête dans un pan de sa veste, et prit le chemin de sa maison, tout en se creusant la tête. La vieille remise tout en désordre, au fond du jardin, pourrait peut-être servir

d'abri? Dominique y mettrait une caisse avec quelques chiffons pour le chat. Il faudrait trouver un moyen de tenir la porte fermée pour que le petit animal y soit en sécurité. « Tu comprends, ta queue a l'air en bien mauvais état. Il faudra attendre d'être guéri avant de recommencer à gambader. Je te mettrai une pommade et un pansement. » II valait mieux ne pas ramener le chaton dans la villa. Cela risquait de faire un drame! Dominique l'emporta donc directement dans la remise, au fond du jardin. Il y trouva un vieux sac à pommes de

terre qu'il étendit dans le fond d'une caisse. Puis il posa le petit chat dessus, et se mit à le caresser, en lui parlant de la voix qu'il savait prendre lorsqu'il s'adressait aux animaux : une voix douce et rassurante. Le chaton ronronna timidement. « Pauvre petite bête, tu ronronnes tout de même? Après tes émotions de tout à l'heure, je ne t'en aurais guère cru capable! Je vais tâcher de trouver une pommade et de quoi te faire un pansement. Je t'apporterai aussi un peu de lait peutêtre. »

Il ferma soigneusement la porte de la remise, et mit une grosse pierre devant la chatière de la cloison, puis il courut jusqu'à la villa. « C'est toi, Dominique? demanda sa mère. Le dîner sera prêt dans dix minutes! » Dix minutes? Bon! C'était juste le temps qu'il lui fallait pour trouver ce qu'il voulait et retourner à la remise. Il se précipita vers la cuisine où il n'y avait personne. Sa mère était dans sa chambre au premier. Vite, il ouvrit l'armoire à pharmacie, y prit un tube de pommade et une boîte de pansements. Il prit aussi une soucoupe, ouvrit le réfrigérateur, et versa du lait dans la soucoupe. Il sortit alors dans le jardin. Quelle chance! Personne ne l'avait vu! Dans la remise, le chaton n'avait pas bougé. Il était dans sa caisse en train de lécher sa blessure. « Ta petite langue râpeuse ne te guérira pas, s'écria Dominique. Je vais te mettre un désinfectant. Tu te sentiras mieux après. Maintenant, ne bouge plus. Je ne te ferai pas mal! » Et, bien doucement, il prit le chaton

sur ses genoux tout en le caressant. Le petit chat ronronna. Dominique étendit alors sur la blessure la pommade désinfectante. Le chaton poussa un miaulement de douleur, et faillit tomber des genoux du petit garçon. « Allons, allons, fit Dominique en le flattant de la main, c'est presque fini. Je n'ai plus qu'à t'enrouler ce pansement autour de la queue. » Sa voix douce calmait le chaton qui se tint immobile pendant qu'il enroulait la bande de gaze autour de la plaie. Mais, au moment où il attachait le pansement, le chat poussa encore un miaulement strident et d'un bond quitta les genoux du petit garçon. Dominique avait posé par terre la soucoupe de lait quand il était entré dans la remise. Le chaton soudain l'aperçut. Il se précipita dessus et la lapa avidement, sans plus penser à sa blessure. Le petit garçon était ravi. Il avait soigné la morsure et donné à boire au chat. Il était content de lui. Il se baissa pour gratter du doigt la petite tête lisse. « Reste là maintenant, bien à l'abri

dans ta caisse. Dès que je pourrai, je reviendrai te voir. » II sortit dans le jardin après avoir soigneusement refermé la porte. Il était tout joyeux. Ce petit chat, dans la remise, était à lui désormais, puisqu'il n'avait pas de propriétaire. Ah! Si seulement maman n'avait pas eu les chats en horreur! Comme on aurait pu être heureux à la maison! « II faudra que je le donne à quelqu’un qui saura l'aimer, pensa Dominique avec un soupir. Mais il faut d'abord que sa morsure soit guérie. » Le petit chat but encore une gorgée de lait puis revint dans sa caisse. Il renifla la pommade que Dominique lui avait mise, et peu après s'endormit. Il se sentait en sécurité pour la nuit.

CHAPITRE III Dominique trouve du travail DOMINIQUE ne put retourner dans la remise que le lendemain après le déjeuner. Il emporta du lait et les déchets de viande qu'il avait mis de côté. « II doit avoir bien faim. Heureusement que je lui ai laissé du lait hier! » Mais la soucoupe était encore presque pleine. Le chat ne bougeait pas dans sa

caisse. Quand Dominique se pencha sur lui, il ne fit entendre qu'un bien faible miaulement, comme pour dire : « Tiens, le gentil petit garçon est revenu me voir! » « Tu as bien triste mine, petit chaton! fit Dominique, surpris. Qu'est-ce que tu as? Tu n'as même pas fini le lait que je t'ai laissé! » Il comprit en regardant la queue blessée. Elle était très enflée. Le chat avait arraché le pansement avec ses dents. Il avait l'air de souffrir beaucoup et regardait le garçon comme pour lui demander de le guérir. « Oh! fit Dominique, j'ai l'impression que ça s'est aggravé. Comme mon doigt, quand je m'étais blessé avec un clou. Que faire, maintenant, que faire? » Le chaton restait parfaitement immobile, le regard fixé sur Dominique. « Je ne peux pas t'installer dans la cuisine. Ma mère déteste les chats. Je vais te conduire chez le vétérinaire. N'aie pas peur, c'est le docteur des animaux, et il est toujours très doux avec eux. Il saura te soigner, lui! — Miaou! » fit le chaton, que la voix

amicale et les mains douces du petit garçon réconfortaient un peu. Mais il eut un sursaut de douleur quand celuici le prit et le mit sous un pan de sa veste. « Je t'ai fait mal? demanda Dominique. Ce n'est pas ma faute! Dépêchons-nous, comme ça nous serons les premiers chez le vétérinaire qui pourra t'examiner tout de suite. Heureusement qu'on est samedi! Sinon, j'aurais dû retourner à l'école cet après-midi! » II y avait déjà trois personnes dans le salon d'attente du vétérinaire lorsque Dominique arriva : un homme avec un chien, qui avait une patte bandée; une femme avec un perroquet dont l'aile pendait; et une petite fille qui tenait sur ses genoux une boîte avec une souris blanche. Un par un, ils furent appelés dans le cabinet du vétérinaire. Et ce fut enfin le tour de Dominique. Le vétérinaire était grand. Il avait des mains puissantes qui paraissaient étonnamment douces et habiles. Il vit tout de suite que la queue du chaton était dans un triste état. « C'est un chien qui l'a mordu, expliqua

Dominique. J'ai fait ce que je pouvais : je lui ai mis une pommade désinfectante, et j'ai fait un pansement. — C'est exactement ce qu'il fallait faire, dit le vétérinaire. Pauvre petite bête! Je crois bien qu'il va falloir l'amputer d'une moitié de sa queue! Mais ce n'est pas ça qui le gênera beaucoup! - Peut-être que les autres chats croiront qu'il vient de l'île de Man. Les chats de l'île de Man ont des queues très courtes, n'est-ce pas? » Le vétérinaire sourit. « C'est vrai... Bon, tu vas me laisser

ton chat. Je m'occuperai de lui. Sois tranquille, il ne sera pas malheureux ici! » Dominique trouvait le vétérinaire très sympathique. Ses grosses mains ne brutalisaient pas le chat, qui se mit d'ailleurs à ronronner. « Est-ce que tous les animaux vous aiment, monsieur? demanda Dominique. — Je le crois. Les animaux savent toujours reconnaître ceux qui sont leurs amis. Ce chat, par exemple, sait que tu es son ami. Il n'a pas peur quand tu le touches. Je le garderai ici une semaine, et tu pourras alors revenir le chercher. — Et... je vous devrai combien? — Ne pense pas à cela. J'enverrai la facture à ton père. — C'est que... ni mon père ni ma mère ne sont au courant pour le chat. Je l'avais installé dans une remise où personne ne va jamais. Il n'est pas à moi, c'est un chat perdu. Ma mère n'aime pas beaucoup les animaux — surtout les chats. Je voudrais payer votre facture avec mon argent de poche!... Mais l'ennui, c'est que je n'en ai pas beaucoup en ce moment! — Alors je vais te proposer quelque

chose, dit le vétérinaire. Veux-tu gagner un peu d'argent en m'aidant? Cela te permettrait de régler ma facture. Mon assistante a dû s'absenter pour quelques jours. C'est elle qui s'occupait des chiens. Il faut les laver et leur donner à manger. Tu pourrais peut-être le faire en fin d'après-midi pendant quelques jours? - Oh! oui, répondit Dominique qui sautait de joie. Je serais si content! Mais croyez-vous que je saurai? Nous n'avons jamais eu d'animaux à la maison. Pourtant j'adore les chiens, ça oui! — Quand un jeune garçon sait tenir un chat comme tu tenais celui-ci, je lui confierais n'importe quel animal. Tout le monde n'a pas le don de comprendre les animaux, tu sais! Tu as de la chance! — Ma grand-mère dit que ceux qui aiment les animaux arrivent toujours à les comprendre... ----Elle a raison. Bon... J'ai d'autres clients qui attendent. Dépose le chat dans ce panier. Je m'occuperai de lui dès que je le pourrai. Et reviens tout à l'heure, à cinq heures et demie, je te présenterai aux chiens. D'accord?

— Oui, monsieur! » répondit joyeusement Dominique. Il déposa tout doucement le chat dans un panier qui était là, par terre. Puis il s'en alla. Jamais il ne s'était senti aussi heureux! Le chat allait guérir. Il serait bien soigné. Et pas de souci à se faire pour la facture! Comme ce travail que le vétérinaire lui offrait avait l'air passionnant! S'occuper de chiens, leur donner à manger, et peut-être les emmener promener! Oui, mais... qu'est-ce que les parents de Dominique allaient dire? Le petit garçon en parla d'abord à son père. « Papa, le vétérinaire a besoin d'un aide pendant quelques jours pour remplacer son assistante qui est en voyage. J'ai pensé que je pouvais accepter ce travail — c'est le soir après l'école. Je pourrais ainsi gagner un peu d'argent. Tu dis toujours que les enfants sont paresseux de nos jours, qu'autrefois, quand tu étais petit, les garçons gagnaient leur argent de poche en travaillant en dehors des heures de classe...

— Bravo, Dominique! dit papa. Je suis très content. Tant que tu n'en négligeras pas pour autant tes devoirs et tes leçons, tu peux aller aider le vétérinaire, puisque cela te plaît tant. » Dominique était ravi. Il attendait avec impatience l'heure de partir. S'occuper de chiens! Comment ceux-ci allaient-ils l'accueillir? Et lui, serait-il capable de faire le travail dont on allait le charger? Ah! Vivement cinq heures!

CHAPITRE IV Les débute de Dominique COMME le reste de l'après-midi parut long à Dominique! Il s'occupa comme tous les samedis. Il nettoya et graissa la bicyclette de son père, puis la sienne, et désherba un bout du jardin. Puis sa mère l'appela. « Qu'est-ce que ton père m'apprend?

Tu veux aller travailler chez le vétérinaire? Tu as bien fait tous tes devoirs au moins? — Oh! oui, maman, répondit Dominique, soudain inquiet. D'ailleurs, papa a trouvé que c'était une très bonne idée. » En fait, Dominique savait que ce n'était pas tout à fait vrai et qu'il lui restait encore du travail. Mais il avait beau se mettre à sa table, sa pensée vagabondait... Il avait peur aussi que sa mère lui défendît d'aller le soir chez le vétérinaire. Il enfila ses vêtements les plus usagés, et à cinq heures moins le quart, hop! Il se précipita sur sa bicyclette! Arrivé à la maison du vétérinaire, il rentra son vélo dans le garage et chercha le chenil. Le vétérinaire y était. Il soignait un chien qui avait eu la patte écrasée. « Te voilà déjà, Dominique? s'écria-t-il. Eh bien, tu n'es pas en retard! Tiens, donne-moi un coup de main! Ce pauvre vieux toutou a eu un tel choc qu'il en est encore raide de peur. Je voudrais réussir à le calmer avant de tenter quoi que ce soit.

« Tiens, donne-moi un coup de main. »

— Que lui est-il arrivé? » Dominique baissait des yeux apitoyés sur la pauvre patte toute déformée. Le chien tremblait. « II s'est coincé la patte dans une porte. C'est sans doute le vent qui l'a fait claquer, et il n'a pas eu le temps de retirer sa patte. Il est à bout de nerfs. Crois-tu que tu réussiras à l'empêcher de bouger le temps que je l'examine? — Je ne sais pas. Je vais essayer », dit Dominique. Il caressa le chien et se mit à lui parler de sa voix « spéciale » — celle qu'il prenait avec les animaux. « Mon pauvre vieux... Ne t'en fais pas! Bientôt tu pourras te servir de ta patte! Allons, vieux, allons!... » Le chien se tourna vers lui, dressa les oreilles. Il l'écouta. Puis il lécha la joue de Dominique, et poussa un petit jappement. « Continue à lui parler, dit le vétérinaire. Ne t'arrête pas. Il t'écoute. Il me laissera faire si tu réussis à l'occuper. » Dominique continua donc à parler au chien et à le caresser. Le chien se serrait contre le petit garçon autant qu'il le pouvait

Ce garçon lui semblait rassurant. Il avait une odeur propre et agréable. Il méritait bien d'être écouté. Le chien poussa quelques petits jappements plaintifs tandis que le vétérinaire pansait sa patte malade. Il finit par dire : « C'est presque terminé, mon vieux toutou! Je n'ai plus qu'à te mettre un plâtre. N'aie pas peur, tu pourras marcher comme avant. » Le chien souffla bruyamment et posa sa tête contre l'épaule de Dominique. Dominique en fut si heureux qu'il ne

sut plus quoi dire au chien pendant quelques secondes. Puis il répéta tout bêtement ce que le vétérinaire avait dit : « N'aie pas peur, tu pourras marcher comme avant! — Terminé! fit le vétérinaire en se redressant. Viens, mon toutou, viens maintenant dans ta niche et tâche de dormir! » Le chien le suivit en boitant. Dominique suivit aussi. Plusieurs fois, le chien lui lécha la main, comme pour le remercier. Le vétérinaire ouvrit alors la porte d'une cage spacieuse, dont le plancher était couvert de paille. « Bonsoir, chien! fit Dominique. — Ouah! Ouah! répondit le chien. — Il va très bien s'en tirer, déclara le vétérinaire. Mon garçon, tu as été parfait! Tu as exactement la voix qu'il faut pour parler aux bêtes. Bon! Voici les chiens qu'il faudrait laver et brosser. Donne-leur aussi à boire. Nettoie les cages qui sont sales. Tu trouveras là-bas de la paille fraîche si tu en as besoin. » De toute sa vie, jamais Dominique n'avait passé une soirée aussi intéressante! Il y avait cinq chiens dans le chenil,

chacun dans une cage particulière. Et ces chiens étaient tous très différents les uns des autres. Il les examina attentivement. « Un berger allemand — Un labrador. Eh bien, il n'est pas maigre, celui-là! — un basset avec de toutes petites pattes... Comme il a l'air intelligent! Et quel est donc ce chien, là-bas, dans la dernière cage? Oh! Un petit caniche noir! Qu'il est beau! Quant à celui-ci, on se demande bien de quelle race il est : un peu fox-terrier, un peu épagneul, et aussi un peu autre chose! » Les chiens aboyèrent gaiement pour accueillir Dominique. Ils adoraient la compagnie et avaient fort envie d'aller se dégourdir les pattes. « Trois d'entre eux, dit le vétérinaire, ne sont ici que parce que leurs propriétaires ont dû partir en voyage. Le basset a une oreille malade. Et le petit corniaud, là-bas, a mangé quelque chose qui l'a empoisonné. Mais il va déjà beaucoup mieux. Tu n'auras pas peur d'entrer dans les cages? Ils aboient plus qu'ils ne mordent! — Oh! je n'ai pas peur, protesta Dominique. Est-ce que je pourrai les emmener promener lorsque j'aurai fini?

— Pas ce soir. Il est déjà tard. Je m'en chargerai moi-même quand tu seras parti. Il faut aussi que tu les brosses! » Le vétérinaire rejoignit son cabinet de consultation. Le jeune garçon était aux anges. Cinq chiens pour lui tout seul! Et qui plus est, tous ces chiens semblaient aussi ravis de le voir que lui l'était d'être avec eux! « Salut, les chiens! leur fit-il. Je vais vous apporter un gros pot d'eau fraîche. Ensuite je nettoierai vos niches, et je vous apporterai des litières de paille 38

toutes neuves. Puis nous ferons connaissance. Ce ne sera pas long! » II sortit du chenil en sifflotant. Il trouva sans mal la fontaine et remplit une bassine d'eau. Quand ils le virent revenir, les chiens se mirent à japper et à aboyer de toutes leurs forces. Les plus gros se dressaient en appuyant leurs pattes de devant contre la porte de leur cage. « Je vous aime tous énormément, leur dit Dominique en prenant sa voix spéciale. J'espère bien que vous allez aussi m'aimer! — Ouah! Ouah! Wouh! Wouh! Wouof ! » Aucun doute, tous étaient décidés à aimer Dominique!

CHAPITRE V Une passionnante soirée DOMINIQUE passa 'une soirée passionnante avec les cinq chiens. Il entra d'abord dans la cage du labrador. C'était une très grande cage avec une porte grillagée, fermée par un loquet. Le labrador était un gros chien au poil doré. Il n'aboya pas lorsque Dominique ouvrit la porte de la cage. « Salut! fit Dominique. Tu vas bien?

Dommage que je ne sache pas ton nom... Voici de l'eau fraîche! Maintenant, je vais balayer un peu ta niche et changer la paille de ta litière. Que penses-tu de ce programme? » Le labrador fit quelques pas en direction du jeune garçon et vint renifler ses jambes et ses mains. Il se mit alors à remuer la queue. Dominique le flatta doucement. « Mon pauvre vieux, tu voudrais bien rentrer chez toi? Ton maître te manque? » Au mot « maître », le chien dressa les oreilles et fit : « ouah! ouah! » Dominique lui changea l'eau de sa gamelle. Le labrador se mit à boire avidement. Il ne consentait à boire que si l'eau était parfaitement propre. Il vint à nouveau flairer Dominique, décida que c'était un ami, et lui lécha le genou. Dominique, heureux comme jamais, le flatta encore. « J'aurais bien voulu rester plus longtemps avec toi, déclara-t-il. Mais il faut que je m'occupe aussi des autres chiens. Dès que j'aurai fini, je reviendrai te lisser les poils avec une grosse brosse.»

II ouvrit la cage du berger allemand. C'était aussi une très grande cage, où le chien était à l'aise. « Salut! Eh bien, toi, tu en as une énorme gamelle! tu dois avoir une de ces soifs! Attends un peu, coquin, ne bois pas dans mon seau, je vais te verser autant d'eau que tu en veux... Bon, je reviendrai te brosser tout à l'heure! » Le berger s'arrêta de boire et s'approcha de la porte de la cage en même temps que Dominique. Il voulait sortir. « Non, non! fit Dominique d'un ton ferme. Le vétérinaire vous emmènera tous promener tout à l'heure. Allons, laisse-moi passer. » Ensuite venait la cage du caniche — une petite boule de poils frisés qui sautilla gaiement quand Dominique ouvrit sa porte et se mit à le lécher partout où il pouvait. « J'aurais dû apporter une serviette pour m'essuyer, s'écria Dominique. Ta langue me semble bien mouillée! Tiens! Voici à boire. A tout de suite! » Les deux autres chiens, le basset et le corniaud, n'avaient pas une mine excellente, surtout le basset qui avait l'oreille

malade. Ils agitèrent tout de même la queue et aboyèrent faiblement quand Dominique ouvrit la porte de leur cage. Le corniaud avait très soif et but tout de suite l'eau qu'on lui versait. Dominique le flatta de la main. « On voit tes côtes, mon pauvre ami. Et tu as l'air tout triste. Je te rapporterai de l'eau quand je reviendrai nettoyer ta cage. » Le chien vint se frotter contre les jambes du garçon, comme pour lui dire merci de sa gentillesse. Il jappa quand Dominique s'en alla.

« Quel gentil garçon! pensait-il. Comme j'aimerais passer la nuit au pied de son lit! Je pourrais venir me pelotonner contre lui, et peutêtre que je me sentirais mieux! » II était temps pour Dominique de nettoyer les cages et de changer la paille des litières. Les chiens furent contents de le revoir, et poussèrent des « Ouah! Ouah! » de plaisir. Le vétérinaire qui travaillait dans son cabinet de consultation jeta un coup d'œil par la fenêtre. Les chiens semblaient heureux. Le jeune garçon

avait déjà réussi à s'en faire des amis. « Tiens! Le voilà qui arrive avec une grosse botte de paille! » Dominique nettoya à fond chaque cage, et y étendit de la paille fraîche. Chaque chien se blottissait contre lui en aboyant gaiement quand il entrait. Il n'arrêtait pas de leur parler, et ils aimaient beaucoup sa voix. Ils dressaient l'oreille et répondaient par de petits « Ouah! Ouah! ». Ils gambadaient autour de lui ou lui léchaient la main quand ils pouvaient l'attraper. Jamais Dominique ne s'était senti aussi heureux! Il brossa ensuite énergiquement chacun des chiens, et ce fut sans doute là son travail le plus agréable. Les chiens aimaient beaucoup qu'on leur lisse le poil pour le débarrasser de la poussière de la journée. Chaque chien avait sa brosse marquée à son nom. Et les chiens ne se tinrent plus de joie lorsque Dominique sut les appeler par leurs noms! Quand il eut terminé son travail de la soirée, il donna une caresse à chacun des chiens, et leur dit bonsoir. Les cinq chiens vinrent s'appuyer de leurs pattes

de devant contre la grille. Ils le regardèrent partir en aboyant comme pour dire : « A demain! N'oublie pas de revenir! — Je reviendrai! » leur cria Dominique. Et il alla dire au vétérinaire qu'il avait terminé. Celui-ci lui donna une tape amicale sur l'épaule, et sourit. « Les chiens n'ont jamais été aussi heureux, d'après ce qu'il m'a semblé entendre... C'est demain dimanche. Est-ce que tu pourras venir quand même? — Oh! oui. Pas le matin, mais je pourrai venir l'après-midi et le soir si vous

avez du travail pour moi, monsieur. Je serai content de gagner de quoi payer la facture pour le petit chat. Est-ce que je peux le voir? Est-ce que sa blessure va mieux? — Cela s'améliore. Il est dans la pièce à côté. Viens le voir. » Ils ouvrirent la porte. Dans une petite cage bien propre, le chat était couché sur un coussin. Il se mit à ronronner lorsqu'il aperçut Dominique. Il se leva, appuyant son petit nez contre les barreaux. « II n'a plus que la moitié de sa queue, maintenant, fit tristement Dominique. Pauvre petite bête! Est-ce qu'il souffre encore? — Oh! Pour ainsi dire plus. Mais il faut qu'il se tienne tranquille jusqu'à ce que sa blessure se soit cicatrisée. — Que va-t-il devenir? demanda Dominique. Personne ne voudra d'un chaton qui n'a plus que la moitié de sa queue! Ah! Si seulement ma mère me permettait de le garder! — Ne te fais pas de souci pour lui! Nous lui trouverons un bon foyer où l'on sera gentil pour lui. Tu as bien travaillé

aujourd'hui. Reviens demain, tu pourras promener les chiens. Je crois que je peux te les confier tous à la fois sans risque! » Dominique respirait la joie en rentrant chez lui. Aussitôt arrivé à la villa, il se précipita dans les escaliers et se fit couler un bain. Une fois lavé, il mit des vêtements propres. « Maman ne trouvera pas que je sens le chien! Je sens le savon des pieds à la tête!... Mais je préfère encore l'odeur de chien. Oh! Vivement demain! Je me demande comment je vais réussir à attendre!... »

CHAPITRE VI Dimanche après-midi AU DÎNER, Dominique dévora. Il avait travaillé dur toute la soirée. Sa mère fut surprise de voir les assiettes de soupe et la grosse platée de légumes et de viande qu'il avala. Pourquoi es-tu aussi affamé? demanda-t-elle. Ah! bien sûr! Tu es allé aider

le vétérinaire! Qu'est-ce qu'il t'a fait faire? — J'ai nettoyé les cages des chiens. Il y en avait cinq. Et qu'as-tu fait encore? demanda sa mère avec un petit sourire. — Eh bien, j'ai remplacé l'eau de leurs gamelles, et j'ai brossé un berger allemand qui s'appelle Prince, un labrador, un basset, un caniche et un bâtard... Est-ce que je peux avoir encore des pommes de terre, s'il te plaît? » Papa se mit à rire. « Donne-lui aussi une autre tranche de viande. Il a travaillé plus dur qu'à l'école. Je crois que les chiens lui réussissent mieux que les livres! — Si tu savais comme ces chiens sont passionnants! s'écria Dominique. Papa, tu aurais dû les voir gambader autour de moi comme s'ils m'avaient toujours connu! — Tout cela est bien beau, dit maman. Mais j'espère que cela ne te fait pas oublier le travail de classe que tu as à faire pour lundi? — Catastrophe! fit Dominique, effondré. J'avais complètement oublié. C'est

encore des trucs avec ces horribles nombres décimaux. Et il faut que j'écrive une rédaction sur les feuilles d'automne. J'aimerais bien mieux parler de chiens! Je pourrais en écrire des pages et des pages! - Cesse un peu de penser aux chiens et finis ton dîner, dit maman. Après il faut absolument que tu avances un peu dans ton travail de classe. — Je suis hop fatigué! soupira Dominique. Je le rai toutes mes opérations fausses! Il vaut mieux que je m'y mette demain matin. Je dois retourner chez le vétérinaire l'après-midi et le soir jusqu’au dîner. — Eh bien, dit papa, en voilà de l'ardeur pour ce nouveau travail! Cela me fait plaisir. Mais rappelle-toi, si ton travail scolaire en souffre, tu n'auras pas la permission de continuer! » Pauvre Dominique! Son travail de la soirée l'avait réellement fatigué. Il ne réussit pas à calculer correctement. Sa tête finit par tomber sur son cahier et il s'endormit. Heureusement que ses parents étaient sortis après le dîner! Quand il se réveilla, il était presque neuf heures. Il rangea vite son cahier et

se mit au lit, craignant que ses parents entrent et découvrent que ses devoirs n'étaient pas faits. « Je les ferai demain matin! décida-t-il. Je vais remonter la sonnerie de mon réveil. Je me lèverai de bonne heure. A ce moment-là, j'aurai l'esprit clair! » Aussi, lorsque son réveil sonna à sept heures, il bondit hors de son lit et s'attaqua à ses opérations. Oui, ce matin, elles lui paraissaient plus faciles! Mais il y avait cette rédaction sur les feuilles d'automne! Tant pis, il la ferait après avoir pris son petit déjeuner. L'ennui, c'est que, après le petit déjeuner, maman lui demanda de l'aider à éplucher des légumes. Ri ensuite papa eut besoin de lui pour tailler la haie! Ah! Cette rédaction! Si encore le sujet avait été intéressant!... S'il avait fallu raconter quelque chose sur les cinq chiens du vétérinaire, il aurait pu en remplir des pages et des pages! Il avait dit au vétérinaire qu'il arriverait à deux heures et demie. Après le déjeuner, il ne lui resta donc plus que vingt minutes pour faire sa rédaction.

Il prit son stylo et écrivit n'importe quoi à toute vitesse. Non seulement c'était mal écrit, mais c'était bourré de fautes d'orthographe, car il n'avait pas le temps de vérifier dans son dictionnaire comment les mois s'écrivaient. Quand il eut fini, il contempla le résultat d'un air consterné. Le professeur ne sciait pas content. Mais il n'avait vraiment pas le temps de recommencer! Peut-être qu'il réussirait à se réveiller plus tôt demain lundi, et qu'il pourrait au moins recopier le devoir!

Vite, il mit ses vieux habits et se rua à la recherche de sa bicyclette. Puis il démarra à toute allure, et pédala de toutes ses forces, bien content d'avoir pu partir avant qu'on ne lui demande encore son aide à la maison! Dominique passa un après-midi merveilleux. Le vétérinaire l'emmena dans un petit bâtiment très lumineux où il gardait les oiseaux blessés ou malades, ainsi que les perruches qu'il élevait pour les vendre. Comme ces perruches avaient l'air gaies! Le vétérinaire les fit sortir de leur grande cage. Elles voletèrent aussitôt autour de la tête de Dominique, vinrent se percher sur ses épaules ou sur sa main — et l'une d'elles se posa même sur son oreille! « Oh! s'écria-t-il. Comme j'aimerais en avoir deux à moi dans une cage! — Bonjour, monsieur, fit soudain une voix rauque juste dans l'oreille de Dominique. Comment allez-vous? Comment allez-vous ? Comment allezvous ? » Surpris, Dominique chercha la personne qui parlait. Et alors il éclata de

« C'est ce perroquet qui parle! Il est magnifique! Est-il blessé? — Non. Je ne l'ai en garde que parce que son propriétaire est malade. Un brillant causeur, hein! - Ferme la porte, ferme la porte! » hurla le perroquet. Dominique se précipita vers la porte. Le vétérinaire se mit à rire. Ne la ferme pas! C'est une des phrases qu'il connaît. Il veut te faire en tendre tout son répertoire! » Le perroquet s'éclaircit la gorge, exactement

comme le faisait parfois le père de Dominique. Puis il reprit d'un ton sévère : « Asseyez-vous! Debout! Allez vous coucher!» Dominique éclata de rire — et le perroquet l'imita. Son rire ressemblait tellement à celui d'un être humain que le petit garçon en était stupéfait. Le vétérinaire l'emmena ensuite auprès des chats. Le chaton noir dormait, couché en rond. Sa courte queue était encore entourée d'un pansement. Il paraissait en pleine forme et très heureux de vivre. Il y avait avec lui quatre chats adultes, l'un avec la tête bandée, un autre avec une patte plâtrée. « Voici mes malades, dit le vétérinaire en en caressant un. Les chats sont plus difficiles à soigner que les chiens. Ils sont beaucoup moins confiants. Tu vois cette chatte tigrée? Elle souffre en ce moment. Méfie-toi, elle pourrait bien essayer de te griffer! » Mais Dominique s'était penché sur la chatte avant même que le vétérinaire ait terminé sa phrase. Le petit garçon se mit à la caresser tout en lui parlant de sa

voix spéciale. Bientôt la chatte ronronnait et blottissait sa tête contre la main de Dominique. Le vétérinaire était étonné. « Ça alors! Cette chatte qui me laisse à peine la loucher! Cela me fait penser qu'il faut que je lui change son pansement. Est-ce que tu peux t'arranger pour qu'elle se tienne tranquille? Ce matin, elle a lutté comme une petite furie! Tu veux prendre le risque? Tu sais, elle va peut-être te griller jusqu'au sang! - On verra bien! répondit Dominique, ravi de se rendre utile. J'adore les chats et les chatons. Dites-moi ce que je dois faire... Ecoutez-la ronronner! Je suis sûr qu'elle ne me griffera pas. — Méfie-toi, Dominique! Les chats ne sont pas comme les chiens. Si tu rentres chez toi avec la figure toute zébrée, on ne te laissera plus revenir chez moi. Aussi, fais attention! »

CHAPITRE VII Dominique a fort à faire DOMINIQUE continua à caresser la chatte tigrée. « Que lui est-il arrivé? demanda-t-il au vétérinaire. - Elle s'est fait prendre les pattes de derrière dans un piège. L'une des deux a tout de suite été guérie. Mais l'autre était ouverte jusqu'à l'os et n'arrive pas

à se cicatriser. Il faut donc que je lui badigeonne la patte avec une lotion astringente — mais elle ne se laisse pas faire! — Vous ne pouvez pas à la fois tenir la chatte et lui badigeonner la patte, déclara Dominique, tandis que les poils de l'animal commençaient à se hérisser de peur. Est-ce que votre assistante, quand elle était là, vous la tenait? — Oh! Sûrement pas! Cette chatte lui faisait peur! C'est un animal à demi sauvage qui passe le plus clair de ses journées dans les bois. C'est pour ça qu'elle s'est fait prendre dans un piège. Heureusement, son propriétaire l'a trouvée à temps. Bon, je vais te montrer comment il faut que tu la tiennes! » Le vétérinaire prit délicatement la chatte pour montrer au petit garçon comment il devait la tenir. L'animal se mit soudain à cracher de fureur, et essaya de bondir, toutes griffes dehors. Mais le vétérinaire ne la lâcha pas. « Je comprends, fit Dominique. Pauvre Minette! N'aie pas peur! Nous sommes tes amis, tu sais! Pauvre petite Minette!

— Continue à lui parler. Elle va t'écouter exactement comme l'a fait le chien malade hier. Tu as une voix qui charme les animaux. Beaucoup d'enfants pourraient l'avoir s'ils voulaient s'en donner la peine. Il suffit de parler doucement, gentiment, un peu comme si l'on chuchotait, et surtout de ne pas s'arrêter. Les animaux, alors, ne peuvent pas s'empêcher d'écouter. Continue à parler à la chatte, Dominique. Elle est déjà plus calme. » La chatte se débattit un peu lorsque Dominique la prit dans ses bras. Il se mit à lui parler de la voix apaisante qu'il prenait lorsqu'il s'adressait aux animaux. Bientôt la chai le ne bougea plus, et le vétérinaire put lui soigner sa patte blessée. Elle poussa un petit miaulement de détresse quand la lotion pénétra dans la blessure, mais ce fut tout. Le vétérinaire remit le bandage. L'animal restait immobile dans les bras de Dominique et, bientôt, ronronnait de plaisir. « Est-ce que je peux la tenir encore un peu? demanda le petit garçon. Elle a l'air de se plaire dans mes bras! »

Le vétérinaire le regarda avec une soudaine attention. « Tu devrais être vétérinaire, plus tard. Tu as la manière avec les animaux. Ils ont confiance en toi. Tu aimerais soigner les bêtes? - C'est ce que j'aimerais le mieux au monde! répondit Dominique. J'aime tant les animaux! Eux aussi m'aiment. C'est vrai! Je n'en ai jamais eu à moi parce que mes parents ne les aiment pas... Enfin, j'ai élevé des chenilles et un ou deux hérissons. Et même une fois une petite souris des champs...

— Mais on ne t'a pas permis de les garder à la maison? Tu sais, certaines personnes adorent les animaux, et tout ce qui a un rapport avec la nature. Et d'autres pas du tout. Je crois que ce sont les gens comme nous qui ont la meilleure part. — Sûrement! » Dominique ramena la chatte dans sa cage. Puis il ajouta : « Je ferais aussi bien de ne plus penser à devenir vétérinaire. Mon père voudra que je devienne architecte comme lui. Si encore j'étais bon en dessin! Mais je ne suis vraiment pas doué pour ça. Je ferai un très mauvais architecte et, à chaque minute de ma vie, je détesterai mon métier. Pour compenser, il faudra que je recueille chez moi des douzaines et des douzaines de chiens et de chats perdus! » Le vétérinaire se mit à rire. « Quand on veut vraiment quelque chose, on y arrive toujours! Tu seras vétérinaire quand tu seras grand, et tu seras heureux à longueur d'année... Eh bien, maintenant, au travail! » Dominique passa un dimanche splendide.

Il s'occupa encore d'autres animaux II nettoya les cages des oiseaux. Et surtout, surtout, il allait emmener les cinq chiens faire une longue, longue promenade! Le vétérinaire téléphona aux parents du petit garçon pour leur demander s'il pouvait rester à l'heure du goûter. Il n'eut donc pas à courir à la maison pour quatre heures et demie. Il alla chercher les chiens. « Qui veut venir en promenade? » leur demanda-t-il. Les chiens se mirent tous à aboyer de joie, et le berger allemand secoua sa porte à toute force comme s'il voulait l'ouvrir lui-même. « Emmène-les sur la colline! dit le vétérinaire. Peu de gens y vont. Tu pourras donc y laisser courir les chiens tout leur soûl. Quand tu voudras qu'ils reviennent vers loi, lu siffleras. Est-ce que tu sais siffler? » Dominique, aussitôt, siffla le plus fort qu'il put. Le vétérinaire sursauta. Et tous les chiens dans leurs cages se mirent à aboyer comme des perdus! « Attention au basset quand tu seras sur la colline. Il n'ira pas aussi vite que les autres avec ses pattes courtes!

Et ne laisse pas le corniaud s'engouffrer dans un terrier de lapin. Il a la passion des lapins, ce chien là! » Bientôt Dominique était dehors, avec les cinq chiens gambadant sur ses talons. On aurait dit qu'ils le connaissaient tous depuis des années! Une fois sur la colline, ils se dispersèrent en bondissant, ivres de bonheur. Le corniaud ne tarda pas à disparaître dans un terrier, et Dominique ml toutes les peines du monde à l'en la ire sortir! Un homme qui descendait la colline

arrivait à leur rencontre. Prince, le berger allemand, se précipita pour le flairer, et l'homme lui cria : « Va-t'en, sale bête! » II le menaça même avec sa canne. Le gros chien se mit aussitôt à gronder, et montra les crocs. « Rappelle ton chien! » hurla l'homme d'une voix tremblante de colère. Dominique s'arrêta, frappé de stupeur. C'était M. Perchet, son professeur de mathématiques. Le petit garçon siffla le berger allemand. Prince lui obéit tout de suite. Les quatre autres chiens croyant qu'on les appelait en firent autant. Tous se précipitèrent de toutes leurs pattes vers Dominique. Arrivés vers lui, ils se mirent à tourner en rond, aboyant pour quêter une caresse. M. Perchet était rudement étonné de reconnaître Dominique — le cancre de la classe de mathématiques — entouré de cinq chiens débordant de vitalité! « Au nom du ciel, que fais-tu là avec cette horde de chiens? cria-t-il. Ce berger allemand est un animal dangereux! — Il est doux comme un agneau! répliqua

M. Perchet, son professeur de mathématiques!

Dominique, absolument ravi d'avoir vu son terrible professeur de mathématiques terrorisé par un chien. Je les emmène en promenade. Ici, les chiens, au pied! » Et à la surprise du professeur, les cinq chiens s'alignèrent derrière les talons du jeune garçon. Quand il se mit à marcher, ils le suivirent aussi docilement que des élèves suivent leur maître dans la salle de classe. Eh bien, eh bien! Ce garçon ne maîtrisait peutêtre pas parfaitement ses opéra-lions, mais il avait l'air de se débrouiller joliment bien avec les chiens! Peut-être qu'il y avait plus de ressources en lui qu'on ne le croyait au premier abord...

CHAPITRE VIII Dominique a des ennuis LA SEMAINE SUIVANTE, Dominique ne *-* put aller chez le vétérinaire que le soir, après la sortie de l'école. Comme il attendait ce moment avec impatience! Comme il était heureux d'entrer dans le chenil et de voir les chiens! Ceux-ci lui souhaitaient la bienvenue avec tant de

fougue qu'on pouvait les entendre aboyer à un kilomètre de là! Mais le pauvre Dominique eut un choc quand arriva le mardi, et que l'on rendit les rédactions du samedi précédent. Le devoir que Dominique avait donné n'était guère présentable. Il n'avait même pas eu le temps de le recopier proprement. Le professeur de français posa la pile de devoirs sur son bureau. Il rendit d'abord les meilleurs. Puis il finit par arriver à celui de Dominique. Il avait l'air consterné. « Cette rédaction est à refaire, quand ça ne serait que pour l'écriture et les fautes d'orthographe! Tu n'étais vraiment pas à ton travail, mon pauvre garçon! — Je vous prie de m'excuser, fit le pauvre Dominique. Mais j'ai eu tant à faire pendant le week-end! — Ah! oui. Tu as promené des chiens, à ce qu'on m'a dit! Eh bien, je vais demander à tes parents qu'ils veillent à ce que ton travail de classe soit d'abord fait - - et bien fait — avant toute autre occupation.

- S'il vous plaît, monsieur, ne dites rien à mes parents! Je vais recommencer ma rédaction. J'en écrirai le double si vous voulez! — Très bien. Tu vas refaire cette rédaction, mais tu vas la refaire ce soir-même, et me l'apporter demain matin. Chez moi puisque c'est mercredi. Pour ce soir, les chiens se passeront de ta compagnie! » « II exagère! pensa à part lui Dominique. Il doit savoir que je vais tous les soirs après l'école chez le vétérinaire! Il veut m'empêcher d'aller promener les chiens! » Mais il fallait bien obéir. Dominique dut dire au vétérinaire qu'il ne pourrait être au chenil à cinq heures. « C'est dommage! dit gentiment le vétérinaire. Les chiens vont te réclamer! Tu vas leur manquer! Mais cela ne fait rien. Tu reviendras demain. Aujourd'hui je m'arrangerai. » Une fois rentré chez lui, Dominique monta dans sa chambre pour refaire sa rédaction. Quel ennui! Perdre une si belle fin d'aprèsmidi! Les chiens seraient-ils tristes

de ne pas le voir? Est-ce qu'ils le réclameraient? Ah! si seulement il avait à faire un devoir sur les chiens au lieu de cette stupide rédaction! Sa mère fut étonnée de le trouver dans sa chambre en train de travailler. « Je croyais que tu devais aller chez le vétérinaire! Que fais-tu donc? Un devoir supplémentaire ? — Quelque chose comme ça! » répondit Dominique. Sa mère regarda le devoir de plus près, et fronça les sourcils. « Mais, Dominique, tu es en train de refaire ta rédaction de l'autre jour? Ah! Voici ce que tu avais rendu?... Eh bien, ce n'est pas étonnant qu'on te la fasse refaire! Comment as-tu pu rendre un travail aussi stupide, aussi mal écrit, et avec combien de fautes 'd'orthographe!... Tu as dû l'écrire à toute vitesse parce qu'il ne te restait pas assez de temps après avoir passé ta journée chez le vétérinaire! — J'ai fait tellement de choses pendant ce week-end, fit Dominique d'une voix désespérée. J'ai eu peu de temps pour ma rédaction. Tu sais ce que ton père a dit : que

tu ne pouvais aller aider le vétérinaire qu'à la condition que ton travail de classe soit bon. J'ai bien peur que tu n'aies à renoncer à t'occuper de ses chiens. » Le cœur battant, Dominique regarda sa mère. Ne plus aller là-bas? Ne plus voir ces chiens qu'il aimait? Ne plus soigner les chats ni les oiseaux? Que dirait le vétérinaire, cet homme qu'il admirait tant? « II faut que je- continue à y aller, fit-il anxieusement. Le vétérinaire va me payer mon travail. Et j'ai besoin de l'argent que je dois gagner.

— Besoin pour quoi? » demanda maman, étonnée. Dominique détourna les yeux. Pouvait-il lui dire qu'il avait mené chez le vétérinaire un petit chat perdu et qu'ainsi il avait l'impression d'avoir un animal à lui? Pouvait-il dire que l'argent qu'il gagnait devait servir à le faire soigner? Elle n'aimait pas les chats. Elle ne pourrait pas comprendre ce qu'il ressentait pour cette pauvre petite bête qui s'était fait mordre par un chien. Mais tout alla de mal en pis. Maman parla à papa de la rédaction bâclée. Papa et maman tombèrent tous deux d'accord : si le travail de Dominique était mauvais, c'est parce qu'il n'avait pas assez de temps pour le faire. Il devait donc abandonner son travail chez le vétérinaire. Et papa téléphona lui-même au vétérinaire pour lui dire que Dominique n'irait plus chez lui! Le vétérinaire fut désolé. Il aimait Dominique et appréciait la façon dont il s'y prenait avec les animaux. Dominique allait lui manquer. Et le petit chat noir? Il faudrait trouver quelqu'un qui accepte de le recueillir.

Quel dommage que Dominique n'ait pas d'animal à lui, lui qui comprenait si bien les bêtes! Dominique fut très malheureux. Il aurait tant voulu aller encore chez le vétérinaire. Comme les animaux lui manquaient! Au bout d'un jour ou deux, il commença à en perdre le sommeil. Une nuit, il resta éveillé des heures durant. Il se représentait les cinq chiens, les oiseaux, et le petit chat noir à la queue coupée. Ne verrait-il donc plus jamais ce petit chaton? Lui qui ne pouvait pas s'empêcher de le considérer comme sien... Il s'assit sur son lit, et, par la fenêtre ouverte, regarda dans la direction de la maison du vétérinaire. « J'ai une idée! Je vais m'habiller, et j'irai voir le chenil. Les chiens me connaissent. Si je leur fais signe de ne pas aboyer, ils se tairont. Comme ils vont être contents de me voir! Ça leur est bien égal, à eux, si je suis mauvais en rédaction ou si je me trompe dans nies opérations! Avec eux, je ne me trompe pas! Ils me trouvent formidable!... Bien sûr que je ne suis pas formidable, mais

ça fait tout de même plaisir de se dire qu'il y a quelqu'un pour le croire! » II s'habilla vite, et descendit sans bruit les escaliers. Il se glissa dehors par la porte de la cuisine qu'il referma derrière lui. Il prit la clef, car il ne voulait pas la laisser aux cambrioleurs. « Et maintenant, allons retrouver mes chiens! se dit-il, le cœur déjà moins gros. Comme ils vont être surpris, et contents! Je me sentirai mieux quand j'aurai passé un petit moment avec eux... Quelquefois, je me dis que les chiens sont plus gentils que les gens! »

CHAPITRE IX Au milieu de la nuit DOMINIQUE sortit sa bicyclette du garage. Bientôt il pédalait à toute vitesse dans la nuit noire. Il se dirigeait vers la maison du vétérinaire. « Je ne passerai qu'une demi-heure avec les chiens. Je serai tout de même moins malheureux quand je les aurai vus

et qu'ils m'auront léché les mains pour me montrer qu'ils m'aiment. » Peu de temps après, il arrivait devant le portail qu'il connaissait bien. Il laissa sa bicyclette dans une remise vide et courut vers le chenil. Les chiens allaient-ils aboyer et donner l'alarme? Ou le reconnaîtraient-ils et se tiendraientils tranquilles ? Les chiens dormaient. Mais ils se réveillèrent tous lorsque Dominique s'approcha d'eux. Prince, le gros berger allemand, se mit à gronder. Puis il s'arrêta brusquement, les oreilles dressées. Il venait de flairer l'odeur de ce gentil garçon qui les emmenait promener il y a quelques jours. Le berger fit « Ouah! Ouah! » pour exprimer sa joie. Le basset était, lui aussi, bien réveillé. Il ne gronda pas. Il avait tout de suite reconnu Dominique qu'il aimait tant. Il essaya de le voir à travers le grillage de sa porte, mais le garçon était hors de vue. Il entendit alors sa voix, et se mit à remuer la queue gaiement. Bientôt Dominique se penchait pardessus le grillage pour lui dire bonjour.

Le berger allemand était fou de joie. Mais il n'aboya que faiblement, car Dominique lui fit impérativement signe de se taire. « Chut! Chut! Ne réveille pas le vétérinaire! Je vais entrer dans chacune de vos cages pour vous dire bonjour à tous l'un après l'autre. Vous m'avez tant manqué! » II entra d'abord dans la cage de Prince. Le chien se jeta fougueusement sur lui et faillit le faire tomber. Il était tellement heureux qu'il ne pouvait pas s'empêcher d'aboyer un peu. Il se mit à lécher le petit garçon en mettant ses pattes sur ses épaules et en appuyant sa tête contre la sienne. Dominique le serra contre lui, le caressa, et même l'embrassa de toutes ses forces. « Je suis si content de te revoir! Tu m'as tant manqué, tu sais! Je suis en pénitence, mais ça t'est bien égal, pas vrai? Allons, du calme, mon chien! Je vais aller dire bonjour aux autres, et puis je reviendrai un peu vers toi avant de partir! » II passa à la cage suivante, qui était

celle du basset. Sa queue battait la mesure, et il cherchait à sauter sur Dominique pour lui lécher la figure. Le petit garçon l'embrassa, le chatouilla, et le retourna sur le dos. Le basset aimait beaucoup ça car il était très joueur. Puis Dominique alla trouver le caniche qui se mit à cabrioler partout tant il était heureux. Il finit par sauter dans les bras du petit garçon et lui lécha les joues. Dominique poussa un soupir de bonheur. Comme tous ces chiens étaient attachants! La cage d'après était celle du corniaud sans race définie. Le chien ne tenait plus en place depuis qu'il avait entendu Dominique entrer dans les autres cages et parler avec le berger allemand, le basset et le caniche. Il se jeta sur le garçon et se mit à japper de toutes ses forces. « Chut! fit Dominique, inquiet. Tu vas réveiller tout le monde! Tais-toi, sinon je vais avoir des ennuis! » Le chien comprit tout de suite. Il était très intelligent, comme le sont souvent ces chiens sans race. Il ne voulait pas attirer d'ennuis à son ami.

Il se calma tout de suite, et se contenta de lécher Dominique partout où il pouvait : sur les mains, sur les genoux, sur le cou même! « J'aurais bien dû apporter avec moi une serviette! se dit Dominique en s'essuyant tant bien que mal avec son mouchoir. Allons, reste tranquille! Je vais passer chez le labrador! » Mais quand il braqua sa lampe de poche sur la cage suivante, il s'aperçut que le labrador n'y était plus! A sa place, il y avait un épagneul au magnifique poil noir. Jamais Dominique n'en avait vu d'aussi beau. C'était une chienne. Elle poussa un petit jappement lorsque la torche l’éclaira. Elle ne connaissait pas Dominique. Qui était donc cet étranger que les autres chiens accueillaient avec tant de joie? « Oh! fit Dominique, déçu, le labrador a dû rentrer chez lui. Mais toi, tu es splendide! Oh!... qu'est-ce que tu as là, près de toi? Des chiots! Des tout petits chiots! Oh! laisse-moi entrer les voir! Je te promets que je ne leur ferai pas peur! » La chienne écoutait la voix douce du

petit garçon. C'était la voix de quelqu'un que l'on pouvait aimer. Elle fit « Ouah! Ouah! » comme pour dire : « Oui! Oui! Tu peux entrer si tu veux! Je serai contente de te montrer mes enfants!» Dominique ouvrit donc la porte et entra. La chienne le surveilla d'abord d'un œil un peu méfiant tout de même. Mais Dominique connaissait suffisamment les chiens pour se tenir tranquille et donner le temps à la chienne de le flairer. Elle vint lui mettre ses pattes sur les épaules. Elle poussa alors un petit jappement qui

voulait dire : « Très bien, tu es mon ami! » Et de sa langue humide, elle lui lécha la main droite. Puis elle se retourna vers ses petits chiens, et regarda Dominique pour lui demander : « Alors? Comment les trouves-tu? Ne sont-ils pas magnifiques? • Ils sont vraiment splendides, comme toi d'ailleurs, fit Dominique en caressant la tête soyeuse de la chienne. J'y suis! Tu es cette chienne de très grande valeur que le vétérinaire attendait! Il m'a dit que tu valais extrêmement cher, et chacun de tes chiots vaut aussi un tas d'argent... Comme j'aurais voulu être là quand on t'a amenée! J'aurais tant aimé m'occuper de toi et de tes petits chiens, vous changer votre litière, et vous apporter de l'eau fraîche... » La chienne se roula en boule autour de sa portée de chiots et leva ses yeux humides vers le petit garçon. Elle semblait comprendre ce qu'il lui disait. « Bonne nuit! dit-il en chuchotant. Je vais vous laisser dormir, toi et tes petits chiots tout noirs! »

Il la quitta donc. Prince, le berger allemand, les deux pattes de devant appuyées contre la grille, guettait le petit garçon. « Je reviens un peu te tenir compagnie! » lui chuchota Dominique. Et à la grande joie du chien, il ouvrit de nouveau la porte de sa cage et s'assit sur la paille à côté de lui. Il posa sa tête contre le flanc de l'animal, et Prince, tout heureux, ne bougea plus. II faisait chaud dans le chenil. On y était bien... Attention, Dominique, tes yeux se ferment, tu pourrais bien t'endormir!... Réveille-toi, Dominique, voici quelqu 'un ! Ré veille-toi !...

CHAPITRE X Une désagréable surprise dormait à poings fermés. Il avait bien chaud. Il faisait bon dans le chenil! On y était parfaitement bien! Le gros berger allemand ne faisait pas un mouvement, content de sentir le petit garçon dormir contre lui. Il dressait l'oreille pour guetter le moindre bruit, car il se sentait le gardien de Dominique. DOMINIQUE

Soudain il se mit à gronder. Tout d'abord, ce furent de très faibles grognements, car il ne voulait pas réveiller le petit garçon. Mais bientôt il gronda plus fort, et Dominique se réveilla en sursaut. « Qu'est-ce qu'il y a? » demanda-t-il à Prince qui s'était relevé. C'est avec férocité que le chien grondait maintenant. Ses poils se hérissaient de colère. Puis il se mit à aboyer. Dominique se leva aussitôt. « Qu'y a-t-il? Je t'en prie, ne réveille pas le vétérinaire! Il ne serait peut-être pas content de me trouver là au milieu de la nuit! » Mais le berger allemand aboyait de toutes ses forces. Il se ruait sur le grillage de sa porte comme s'il voulait le démolir. En fidèle gardien, le gros chien signalait l'approche' d'un inconnu. « Je ferais mieux de m'en aller, se dit Dominique. Si le vétérinaire me trouve ici, il croira peut-être que c'est moi qui ai dérangé les chiens. Eh bien, ça, alors! Voilà qu'ils aboient tous maintenant! Y aurait-il quelqu'un d'autre que moi ici? Mais pour quoi faire? Aucun voleur ne voudrait s'embarrasser d'un de ces

chiens qui lui sauteraient tout de suite dessus!» Le basset jappait avec rage, et le corniaud en faisait autant. Même le petit caniche aboyait aussi fort qu'il pouvait. Il n'y avait que l'épagneule noire qui se taisait. Peut-être craignait-elle de réveiller ses chiots? Dominique sortit de la cage du berger allemand en escaladant le grillage. Il avait préféré ne pas ouvrir la porte, car Prince se serait précipité dehors, et il n'aurait peut-être pas été facile de le ramener chez lui. Soudain le petit garçon sursauta. Quelqu’un sortait de la cage de l'épagneule! Le clair de lune était bien faible cette nuit-là, et tout ce que vit Dominique fut une silhouette noire qui tirait derrière elle la porte grillagée. Puis il aperçut une autre silhouette. « Tiens! Ils sont deux! Que font-ils? Nom d'un petit bonhomme, ils ne sont pas en train de voler les petits épagneuls? Où est ma lampe de poche? Il faut que j'aille tout de suite voir! » Les deux silhouettes avaient maintenant disparu silencieusement dans les

buissons. Dominique trouva sa lampe électrique qui avait glissé de sa poche. Il se rua vers la cage de l'épagneule et braqua dessus le faisceau de sa lampe. « La chienne est encore là! Elle a l'air de dormir. Je vais entrer voir si les chiots sont toujours avec elle. » II ouvrit la porte, et braqua sa lampe en tous sens sur le sol de la cage. Mais il eut beau faire, il ne découvrit pas un seul chiot. La chienne était toute seule sur sa corbeille de paille, la tête sur les pattes de devant, les yeux fermés. « Comment peut-elle dormir? Tous les

chiens continuent à aboyer, il n'y a qu'elle qui ne dit rien. Elle doit être malade! » II la toucha. Elle était chaude, et il sentit son souffle sur sa main. Il la secoua un peu. « Réveille-toi! On vient de te voler tes chiots! Oh! Ces bandits ont dû l'assommer! Ils ne voulaient pas courir le risque d'être mordus, pardi! Allez, tss! Tss! Réveille-toi! » Mais l'épagneule ne bougeait toujours pas. Dominique se redressa et se demanda ce qu'il allait faire. Les voleurs avaient maintenant pas mal d'avance. Jamais il ne pourrait les rattraper! Ah! Une idée! Il savait qui pourrait retrouver leur piste, qui ne s'arrêterait pas avant de les avoir rattrapés! Le petit garçon retourna à toute vitesse à la cage de Prince. Le chien aboyait toujours. Les autres aussi d'ailleurs. « Prince, rattrape-les! cria Dominique en ouvrant la porte. Vite, mon chien, chope-lés! Cours! Cours! » Le grand berger allemand fila comme une flèche, bondissant souplement par-dessus

les buissons. Il disparut vile dans l'obscurité, mais Dominique pouvait; entendre ses féroces aboiements. Si quelqu’un pouvait rattraper les voleurs, c'était bien lui! Soudain Dominique sentit qu'il tremblait sur ses jambes. Cela le surprit. « Pourtant je n'ai pas peur! Ça doit être l'émotion. Pourvu qu'on retrouve les jolis petits épagneuls! » A ce moment-là, quelqu'un entra dans le chenil et saisit Dominique par l'épaule. « Qu'est-ce que tu fais là? C'est à cause de toi que les chiens font ce vacarme? Tu mériterais une fessée! » C'était le vétérinaire! Il n'avait pas vu que le garçon qu'il tenait était Dominique. Il le secoua sans ménagement, et quand il le lâcha, Dominique roula sur le sol. « Monsieur, monsieur, écoutez-moi! s'écria celui-ci tout en se relevant le plus vite qu'il put. Je suis Dominique! Je ne suis pas un voleur! Mais des voleurs étaient là tout à l'heure! Ils ont emporté les petits épagneuls, et... — Quoi? Les magnifiques petits chiots? »

Le vétérinaire se rua vers la cage de l'épagneule. Il alluma une grosse torche électrique. « II faut que j'appelle la police! Je me suis levé dès que j'ai entendu les chiens aboyer... mais je me demande bien ce que toi, tu fais ici? — Je n'arrivais pas à m'endormir, répondit Dominique. Alors j'étais venu voir les chiens. Je sais bien que cela paraît idiot, mais c'est la vérité. Ils me manquaient tant! Je suis resté un moment et je me suis endormi dans la cage du berger allemand. J'ai été réveillé par les voleurs. Mais avant que j'aie compris de quoi il s'agissait, ils étaient déjà partis!»

Le vétérinaire braqua sa torche dans la direction de la cage de Prince. « La porte est ouverte! s'écria-t-il surpris. Le chien s'est sauvé! — C'est moi qui l'ai libéré pour qu'il coure après les voleurs! Vous m'avez dit un jour que les bergers allemands étaient souvent employés comme chiens policiers, qu'on leur faisait suivre des pistes... alors j'ai pensé qu'il saurait retrouver les voleurs.

— Dominique, tu es un génie! » fit le vétérinaire. Et à la grande surprise du petit garçon, il lui donna une claque amicale dans le dos. « C'était la seule chose à faire! Il est tout à fait capable de rattraper ces bandits et de nous les ramener ici. Je préfère être à ma place qu'à la leur! Bon! Nous n'avons plus qu'à téléphoner à la police, puis nous reviendrons dans la cage de Prince et nous l'attendrons bien tranquillement. Si tu veux mon avis, nos voleurs vont avoir une bien désagréable surprise.

CHAPITRE XI Prince se distingue AVEC quelle impatience Dominique guettait le retour de Prince! Le vétérinaire et le petit garçon n'étaient pas seuls dans le chenil. Attendaient avec eux deux solides policiers! Lorsque le vétérinaire avait téléphoné au commissariat, on lui avait tout de suite envoyé les deux policiers. « Bonne idée qu'a eue ce garçon

d'envoyer le chien à leurs trousses! avait déclaré le plus âgé des deux. C'était astucieux. J'aimerais bien avoir à moi un chien de ce genre! » Les autres chiens ne s'étaient pas rendormis. Ils aboyaient de temps en temps. L'épagneule, qui avait retrouvé ses sens et découvrait que ses petits avaient disparu, hurlait désespérément. Installés dans la cage de Prince, les hommes parlaient à voix basse. Dominique les écoutait dans un demi-sommeil, ne sachant pas trop si ce qu'il venait de vivre n'était pas un rêve. Soudain, le corniaud donna de la voix. « Ça, chuchota le vétérinaire, c'est un avertissement! Je ne serais pas surpris que Prince ait trouvé nos voleurs. J'espère qu'il nous les ramène! » Bientôt les autres chiens se joignirent au concert. Les deux policiers se levèrent et sortirent dans la cour du chenil. Dominique et le vétérinaire se levèrent aussi. Le petit garçon sentit à nouveau ses genoux s'entrechoquer. L'émotion! Il entendit un grondement féroce, puis un aboiement aigu. Aucun doute, c'était Prince!

« C'est mon chien qui revient! s'écria le vétérinaire. Et d'après ce que j'entends, il a trouvé les voleurs. Ils sont en train de courir en trébuchant de l'autre côté de la haie. Pourvu qu'ils rapportent les chiots! » Les pas se rapprochèrent. Les policiers bondirent tous les deux en braquant leurs torches électriques qui illuminèrent les buissons. Les faisceaux lumineux éclairèrent bientôt deux malfaiteurs terrorisés, suivis par un gros chien aux crocs menaçants. Prince, le berger allemand! Il avait suivi les hommes à la trace pendant presque deux kilomètres avant de les rejoindre. Comme ils avaient dû avoir peur quand ils l'avaient vu surgir derrière eux! « Restez où vous êtes! dit le plus vieux policier d'un ton -de commandement. Vous êtes en état d'arrestation! Où sont les chiots? — Regardez! Cette bête féroce m'a mordu! s'écria l'un des deux hommes en montrant sa main ensanglantée. Il faut que je voie un médecin! — Cela peut attendre! fit le policier. Le car de police sera là dans quelques minutes. On verra ça au commissariat. Où sont les chiots?

— Nous n'en savons rien, intervint l'autre homme d'assez mauvaise grâce. Nous les avons laissés là où nous étions quand ce chien nous a sauté dessus! Savoir où ils ont pu aller, maintenant!... - Ce chien est dangereux! reprit le premier voleur en jetant sur Prince des coups d'œil méfiants. Il a mordu aussi mon copain. Il est blessé à la jambe! — Vous n'avez eu que ce que vous méritiez! déclara le vétérinaire. Inspecteur, il faut que je retrouve ces chiots le

plus vite possible, ou alors ils mourront. Ils ont encore besoin de leur mère. Pendant que vous vous occupez de ces deux lascars, je repars avec Prince. J'espère qu'il réussira à retrouver les chiots! — Je peux y aller aussi? demanda anxieusement Dominique. — Viens! Au point où nous en sommes, autant que tu assistes à la fin de l'aventure! » Le vétérinaire prit le petit garçon par le bras. « II s'est pas mal débrouillé, n'est-ce pas, inspecteur? — Ça, vous pouvez le dire! Dommage qu'il ne fasse pas partie de la police! Mais peut-être qu'il y entrera un jour, pas vrai, jeune homme? — Oh! Non! s'écria Dominique. Je serai vétérinaire! Mais je dresserai pour vous des chiens policiers si ça peut vous rendre service! » Tout le monde éclata de rire. Puis le vétérinaire fit signe au garçon. « Viens! Il faut que nous retrouvions ces chiots dans moins d'une heure si nous ne voulons pas qu'il y en ait un ou deux de moins. Ils doivent mourir de

peur et être affamés. Prince! Cherche, mon chien, cherche! Trouve-nous les petits épagneuls! » Leur mère poussa soudain un aboiement aigu. « Elle voudrait venir aussi avec nous! déclara Dominique. — Eh bien, emmenons-la! » La petite troupe s'engagea à travers les buissons. Prince marchait en avant, puis le vétérinaire, qui portait un panier, puis Dominique, et enfin l'épagneule, qui, la dernière, reniflait les traces qu'elle sentait dans l'herbe. « Comment Prince trouvera-t-il l'endroit où ces hommes ont laissé les chiots? » demanda Dominique quand ils atteignirent le bois. La torche électrique du vétérinaire projetait devant eux un rond de lumière. « C'est un endroit où il est déjà passé, dit le vétérinaire. Il s'en souviendra. Les bergers allemands sont imbattables quand il s'agit de suivre une piste... Eh! Prince, pas si vite! L'épagneule n'arrive plus à nous suivre! » Prince semblait savoir où il allait. De temps en temps, il s'arrêtait pour flairer « Eh! Prince, pas si vite! » -»

l'air. Au bout de deux kilomètres environ, il stoppa net. L'épagneule se mit à aboyer comme une folle et bondit en avant. « Prince a senti les chiots, et leur mère les a sentis aussi. N'allons pas plus loin. Laissons-les nous indiquer le chemin. » L'épagneule se frayait un passage dans le sousbois, en continuant à aboyer. Puis soudain, elle s'arrêta, renifla quelque chose, et se mit à pousser des jappements de joie! Le vétérinaire braqua sa torche dans sa direction. Là, dans l'herbe, elle avait

retrouvé ses chiots. Il n'en manquait pas un! Leur mère les léchait avec amour. Elle se tourna soudain vers le vétérinaire. Elle prit alors un de ses bébés dans sa gueule. Elle voulait le ramener à la maison! « Du calme, ma vieille! lui dit le vétérinaire, en prenant la voix « spéciale » que Dominique employait souvent avec les animaux. Ne t'en fais pas! Tu vois, j'ai apporté un panier dans lequel j'ai mis un morceau de couverture. Tu vas me laisser faire. Je vais envelopper tes petits dans cette couverture et les mettre

dans le panier. Tu pourras faire le trajet de retour en reniflant le panier, comme ça, tu seras tranquille! Allons! Bientôt, vous serez tous sains et saufs au chenil! » Ils repartirent donc en procession à travers le bois. Prince le premier, tout content de son exploit. Puis le vétérinaire avec son panier plein de chiots. Puis l'épagneule, sa truffe tout contre le panier. Et enfin, le dernier, un petit garçon follement heureux : Dominique Quelle nuit! Ah! Heureusement qu'il avait eu du mal à s'endormir et qu'il avait eu l'idée d'aller dire bonjour aux chiens!..,

CHAPITRE XII Une surprise pour Dominique Dominique, le vétérinaire et les chiens arrivèrent enfin au chenil, ils entendirent une sonnerie de téléphone. Le vétérinaire soupira. « J'espère que ce n'est pas pour m'appeler auprès d'un chat malade ou pour me raconter des sornettes à propos QUAND

d'un singe qui s'ennuie! Il est passé minuit, et je suis épuisé! Pas toi, Dominique? — Si, je suis fatigué, mais ça n'a pas d'importance! Quelle nuit fantastique, hein? » Le vétérinaire alla décrocher le téléphone. « Allô? Oui. Qui est à l'appareil? Oh! C'est le père de Dominique! Oui, Dominique est bien ici. Je suis désolé que vous vous soyez fait du souci. Euh!... Apparemment, il n'arrivait pas à trouver le sommeil, et il a eu l'idée de venir dire un petit bonsoir à mes chiens. Une riche idée qu'il a eue là! Nous avons eu une nuit pleine d'aventures : il nous a fallu courir après des voleurs, mais nous les avons rattrapés. Dominique s'est conduit en héros... Eh bien, il est un peu fatigué maintenant. Me permettez-vous de lui donner une chambre cette nuit? Oui, oui - je serai ravi de le garder. Très bien. Bonne nuit! - C'était papa? fit Dominique, bouleversé. Etait-il en colère contre moi parce que j'ai quitté la maison au milieu de la nuit?

— Non, non, je ne crois pas. Il était surtout soulagé de savoir que tu étais bien ici, sain et sauf. Maintenant, au lit, mon garçon! Je vais t'installer dans la chambre à côté de la mienne. File! Ce n'est pas le moment de te laver ou de faire je ne sais quoi. Tu es trop fatigué. Allez, au lit! » Dominique s'endormit sitôt- couché. Il était peut-être fatigué, comme le disait le vétérinaire, mais il était surtout très heureux. Quelle chance qu'il soit venu au chenil justement ce soir-là et qu'il ait pu aider à faire arrêter les voleurs! Quelle chance que Prince ait retrouvé les petits épagneuls perdus! Quelle chance que... Mais juste au moment où il pensait cela, il sombra dans le sommeil. Il ne se réveilla que lorsque le vétérinaire entra dans sa chambre le lendemain matin. « Oh! Ça y est! s'écria Dominique en regardant sa montre avec inquiétude, je vais être en retard à l'école! — Pas d'agitation! C'est aujourd'hui mercredi, donc pas d'école. Ta mère vient de me téléphoner, elle était dans un bel état! Je ne te dirai pas à quel sujet! Elle voudrait que tu rentres à la maison

tout de suite afin d'arriver à temps pour le petit déjeuner. — Oh! Pourvu que je n'aie pas trop d'ennuis! s'écria Dominique en sautant à bas de son lit. — Je n'ai pas l'impression que ce soient des ennuis qui t'attendent. Dépêche-toi tout de même, et si on te le permet, reviens dans la journée me donner un coup de main. » Dominique ne mit pas longtemps à s'habiller, et fila sur sa bicyclette jusqu’a sa maison.

Son père allait-il se fâcher contre lui parce qu'il était sorti au milieu de la nuit? Eh bien, il ne regrettait rien. Dommage qu'il n'ait pas pu aller jeter un coup d'œil sur les petits épagneuls ce matin pour savoir comment ils allaient! Mais il pourrait peut-être revenir tout à l'heure. Il laissa sa bicyclette contre le mur du jardin et courut jusqu'à la porte de la cuisine. Mme Marchai, la cuisinière, l'interpella au moment où il entrait : « Eh bien, Dominique, si on peut imaginer une chose pareille! Voilà que tu es dans les journaux, maintenant tenant! » Dominique ne devinait pas ce qu'elle voulait dire. Mais il ne tarda pas à comprendre. Dès qu'il entra dans la salle à manger, sa mère se précipita à sa rencontre et le serra dans ses bras. « Dominique! Oh! Dominique! Je ne me doutais pas que j'avais un fils aussi courageux! — Bravo! mon garçon, fit papa, en lui mettant la main sur l'épaule. Figure-toi que tu es dans les journaux! » Dominique était surpris. Il regarda son père d'un air intrigué : « De quoi parles-tu, papa? .

— Eh bien, regarde! » Papa lui montra la première page de son journal. Là, en plein milieu, il y avait un paragraphe qui ne parlait que de Dominique! Un jeune garçon lance un berger allemand à la poursuite des voleurs. Venait ensuite toute l'histoire : comment Dominique s'était réveillé dans le chenil en pleine nuit. Il avait entendu les voleurs et envoyé Prince à leurs trousses, etc. « Je suppose que ce sont les policiers qui ont raconté l'affaire aux journaux, fit Dominique, stupéfait. Maman, je n'arrivais pas à dormir tellement je pensais à ces chiens. C'est pour cela que je suis allé les voir au milieu de la nuit. Je me disais que papa et toi, vous ne vouliez plus que j'aille aider le vétérinaire... mais j'avais envie de revoir les chiens. Je me sentais si seul... — Tout est bien qui finit bien, dit papa d'un ton réjoui. Ta mère et moi, nous sommes fiers de toi. Nous avons réfléchi et nous avons décidé tous les deux que tu pourrais retourner chez le vétérinaire...

— Oh! Papa! Merci! s'écria Dominique, fou de joie. Je vais donc pouvoir revoir les petits chiots, ceux que les voleurs voulaient prendre! Si vous voyiez comme ils sont beaux! Oh! Si seulement j'étais assez riche pour en acheter un! Et le petit chat noir... Je voudrais bien être assez riche pour payer le vétérinaire qui l'a soigné. Et si je pouvais acheter... — Bon, bon, cela suffit, Dominique! fit papa. Ce n'est pas le moment d'avoir des idées de grandeur, surtout avec un travail de classe aussi médiocre que le tien. — Qu'as-tu à faire pour demain?

demanda maman. Que tout cela ne te fasse pas oublier ton travail! De quoi s'agit-il? De mathématiques? As-tu une rédaction? De l'histoire, ou de la géographie? — Je ne sais plus, fit Dominique, soudain dégrisé. Ah! Ça me dégoûte! Qu'est-ce que j'ai fait de mon cahier de textes? Je n'ai pas du tout envie de faire des mathématiques, ni quoi que ce soit, d'ailleurs... » II finit par retrouver son cahier de textes, et regarda ce qu'il y avait à faire pour le jeudi. « Ah! Encore une rédaction! Il ne

manquait plus que ça! Qu'est-ce que c'est encore? Racontez ce que vous aimeriez faire quand vous serez plus grand, et donnez les raisons de votre choix,. » Dominique lut une deuxième fois le texte de sa rédaction. Il n'en croyait pas ses yeux! Soudain, il bondit de joie! « Eh bien, voilà un devoir que je vais savoir faire! Plus tard, je veux être vétérinaire, et je connais parfaitement bien les raisons de mon choix! Je vais pouvoir mettre des chiens, des chats, des chevaux et des oiseaux plein ma rédaction! D'ailleurs, je vais la commencer tout de suite!

CHAPITRE XIII Une magnifique journée L'ENTRAIN

avec lequel Dominique exécuta son travail de classe était vraiment étonnant! « D'habitude, les sujets de rédaction sont si stupides! Il faut toujours écrire des tas de lignes sur des choses qui n'intéressent personne! Mais voilà un sujet intelligent. Je sais exactement que dire. Je ne demande qu'une chose, c'est

d'avoir suffisamment de papier pour écrire tout ce que j'ai à écrire. » Dominique venait juste de terminer la plus longue rédaction de toute sa vie quand on frappa à la porte d'entrée. C'était un reporter d'un autre journal. Il voulait poser quelques questions à Dominique sur ses aventures de la nuit. « Je suis désolé, dit papa. On a assez parlé de lui comme ça. Nous ne voulons pas que toute cette histoire lui monte à la tête. — Mais je ne lui aurais pas posé plus d'une ou deux questions, répliqua le journaliste. Par exemple, que pense-t-il faire quand il sera grand? A-t-il l'idée de devenir policier et de courir après les voleurs? » Dominique avait tout entendu. Il dévala les escaliers à toute allure. « C'est drôle, c'est exactement le sujet de ma rédaction pour demain! s'écria-t-il. Je veux être vétérinaire! J'ai écrit noir sur blanc les raisons de mon choix! Je viens juste de finir! — Et quelles sont ces raisons? demanda l'homme en adressant un clin d'œil à Dominique.

— Ecoutez, fit papa en repoussant Dominique derrière lui, je viens de vous dire que nous ne voulons pas que notre fils se monte la tête avec cette histoire. Tout ce que je peux faire pour vous, c'est de vous laisser lire sa rédaction. — Eh bien, passez-la-moi », fit le journaliste. Dominique tenait son cahier à la main. Il le tendit à l'homme qui lut rapidement la rédaction. « Excellent! s'écria-t-il. Excellent! Voilà bien la meilleure rédaction que j'aie lue depuis des siècles! Cela vient droit du cœur! Chaque phrase est bien sentie! Tu dois toujours avoir de très bonnes notes en rédaction, mon jeune ami? — C'est moi qui ai toujours la plus mauvaise note, fit piteusement Dominique. Mais cette foisci, c'est différent. |,';Le sujet me plaisait. J'ai écrit ce que | j'avais envie d'écrire. Je connais tout ce qui concerne le métier de vétérinaire! Vous ne pouvez pas savoir comme c'est ^passionnant! — Dominique, remonte dans ta chambre! fit papa, qui ne voulait pas

que le petit garçon parlât trop. Laisse-moi ta rédaction. » Dominique remonta les escaliers, et son père se tourna vers le journaliste. « Vous pouvez prendre son devoir plutôt que de lui poser des questions. Mais si vous voulez imprimer le texte dans votre journal, je trouve que vous devez le payer au gamin. Je placerai pour lui l'argent dans une banque. — Parfait! Je vous signe un chèque! répliqua l'homme aussitôt, au grand étonnement du père de Dominique. Et si son professeur ne lui met pas une bonne note, tout ce que je peux dire, c'est qu'il

ne connaît pas son métier! Je prends le cahier, je vais faire copier le texte, et je vous le renvoie avant ce soir pour que l'enfant puisse le rendre demain à son professeur. Merci, monsieur, et au revoir! » Le journaliste s'en alla, l'air ravi de lui-même. « Etonnant, pensait-il, comme ce petit garçon a su écrire des choses intéressantes sur le métier de vétérinaire! Et comme il connaît bien les animaux! C'est remarquable! Un gentil gamin! Il mérite bien d'avoir des animaux à lui. C'est drôle, je n'ai vu ni chien, ni chat, dans la maison. Enfin, peut-être qu'avec mon chèque, ce garçon s'achètera un petit animal qu'il pourra chérir! » Le père et la mère de Dominique étaient contents qu'un journaliste ait donné un gros chèque pour la rédaction de leur fils! Ils allèrent le montrer à Dominique. « Quoi? fit le petit garçon, stupéfait. Tant d'argent pour une simple rédaction? Si j'avais su, j'aurais soigné plus mon écriture! Mais en réalité, ça ne vaut pas un clou! J'aurai la plus mauvaise

note de la classe, comme d'habitude. Tout de même, ce chèque! Qu'est-ce que je vais acheter avec tant d'argent? — Je mettrai le chèque à la banque et tu en toucheras le montant quand tu seras grand », dit papa. Le visage de Dominique s'assombrit. « Oh! non, papa! Je voudrais le dépenser! J'en ai besoin, tu sais! C'est mon argent, après tout! Maman, dis à papa qu'il doit me donner l'argent tout de suite! — Eh bien, eh bien, fit maman qui était très fière de ce que Dominique avait fait la nuit précédente, pour une fois, laisse-le donc dépenser cet argent à sa guise! Il en fera ce qu'il voudra. — Ce que je voudrai, maman? C'est bien vrai, je pourrai en faire ce que je voudrai? Tu ne diras pas non si cela ne te plaît pas? — Tu as été si courageux cette nuit que tu as bien mérité, pour une fois, de faire ce qu'il te plaît. — Maman, si j'achète un bébé chien avec l'argent, tu me laisseras faire? — C'est d'accord, dit maman. Tu l'as mérité! »

Et papa fit signe qu'il était d'accord, lui aussi. « Et, continua Dominique, si je vous demande encore une chose? Je voudrais ramener à la maison un petit chat blessé que le vétérinaire a soigné pour moi. Il n'a plus que la moitié de sa queue, parce qu'il a été mordu par un chien. Il n'est pas beau du tout. Mais je l'aime. C'est à cause de lui que je suis allé travailler chez le vétérinaire. Je l'avais emmené chez lui pour qu'il le soigne, mais quand il m'a dit qu'il allait envoyer la facture à papa, j'ai dit non, que j'allais faire n'importe quel travail pour lui, et qu'il pourrait garder mes gains pour payer la facture. » Maman prit brusquement le petit garçon dans ses bras. « Tu pourras avoir un chien, un chat, une tortue, un singe, tout ce qu'il te plaira! Nous ne savions pas que nous avions un fils aussi intelligent et aussi courageux! Nous sommes fiers de toi, Dominique! — Oh! Maman! Un chien à moi!... et mon petit chaton! Je pourrai même avoir un singe si j'arrive à économiser assez

d'argent pour en acheter un? Je crois que je vais aussi acheter une cage avec des perruches, des bleues et des vertes!... Oh! Je n'arrive pas à y croire! — Et si ton professeur te met une mauvaise note à ta rédaction, déclara papa en souriant, il aura affaire à moi! Bon, enfin si je comprends bien, nous devons abandonner l'idée de faire de toi un architecte? Ce sera amusant d'avoir un vétérinaire dans la famille, pour changer!... Garçon, je suis fier de toi! Oui, oui, je suis fier! »

CHAPITRE XIV Un chien pour Dominique LE PÈRE de Dominique tint parole. Il donna au petit garçon le montant en argent de son chèque. « Eh bien, me voilà riche! s'écria celui-ci, ravi. Maman, cela ne t'ennuie pas que je fasse un saut chez le vétérinaire pour lui raconter l'histoire du chèque? -— Va! Mais reviens pour l'heure du

déjeuner! J'ai prévu un menu spécial! » Dominique prit sa bicyclette. En roulant, il sifflait gaiement, parce qu'il avait le cœur en fête. Dire que la nuit dernière, il était si malheureux qu'il n'arrivait pas même à s'endormir! Et aujourd'hui il était le plus heureux petit garçon du monde! Tout cela parce qu'il était allé dire un petit bonjour aux chiens au milieu de la nuit! Le vétérinaire fut très content de le revoir si tôt. Il poussa un sifflement de surprise quand il vit les billets que Dominique sortit de ses poches. « Eh bien, s'écria-t-il, tu en as de la chance! Qu'est-ce que tu vas faire de tout ça? — Monsieur, est-ce que vous voudrez bien me vendre un des petits épagneuls? J'en désire un plus que n'importe quoi au monde! Avoir un chien à moi, c'est mon rêve de toujours! Un ami qui me comprendra, qui sera toujours avec moi, et à qui je pourrai me fier complètement... — Si jamais un petit garçon a mérité d'avoir un chien, c'est bien toi! déclara le vétérinaire. Mais je refuse de te vendre

un épagneul. Je vais te le donner! Ce sera ta récompense pour la nuit dernière. Tu pourras choisir celui que tu préfères. Viens, allons les voir!» Dominique en resta sans voix. Il devint tout rouge. Le vétérinaire se mit à rire. « Tu ne sais plus quoi dire, hein? Ah! autre chose : ton petit chaton va aussi bien que possible maintenant. Je sais que tu aimerais l'avoir. Tu pourras l'emporter. Le chaton et le chiot grandiront ensemble. — Merci! dit enfin Dominique qui retrouvait sa langue. Mais vous savez, j'ai beaucoup d'argent aujourd'hui, et je peux payer pour! —- Je sais. Mais si tu veux vraiment t'occuper d'animaux, il va falloir construire un chenil, des cages, et acheter des tas de choses. Je te montrerai comment fabriquer tout cela toi-même, cela te coûtera moins cher! Tu n'auras qu'à te procurer du bois et des clous! Comme tu es adroit de tes mains, tu auras plaisir à construire les maisons de tes protégés. — J'ai l'impression de vivre un rêve! s'écria Dominique tandis qu'ils se dirigeaient

tous deux vers le chenil. J'étais si malheureux hier, et aujourd'hui, je suis le plus heureux de la terre! Oh! Comme les petits épagneuls sont beaux! Il me semble qu'ils ont grandi depuis la nuit dernière! Regardez celui-là qui essaie de se tramer à quatre pattes! » La chienne leva sur les arrivants ses beaux yeux bruns. Avec sa truffe, elle poussa doucement un des chiots du côté de Dominique. « Elle veut que tu aies celui-ci! déclara le vétérinaire. C'est le plus beau de la portée. »

C'est finalement celui-là que choisit Dominique. Il le laissa à sa mère. Il ne l'emporterait que lorsqu'il serait assez fort pour se passer d'elle. En attendant, le petit garçon allait lui construire une splendide niche! « Tu verras! fit-il au petit épagneul. Et comme le chaton viendra sûrement dormir avec toi dans ta niche, je te l'amènerai pour que vous fassiez connaissance le plus tôt possible. J'espère que vous deviendrez vite amis! » Dominique alla alors parler à sa Mamie du chien qu'il venait de choisir.

Elle écouta l'histoire, enchantée de ce qu'elle apprenait. « Et moi qui voulais t'acheter un chien pour ton anniversaire!... Voilà que tu en as gagné un par toimême! Tu mérites bien d'avoir un chien, Dominique! Je suis sûre que tu sauras l'élever! Je ne peux donc pas t'acheter un chien, puisque tu en as déjà un, mais je vais t'acheter une belle corbeille capitonnée pour lui. Comme ça, tu pourras le faire dormir dans ta chambre! — Oh! Mamie, comme tu es gentille! Et moi, je vais lui fabriquer une magnifique niche! Le vétérinaire a promis de m'aider. Nous irons acheter les planches ensemble. J'ai aussi un petit chat, celui qui n'a plus qu'une moitié de queue. Et je crois que je vais avoir des perruches, Mamie! Il me restera assez d'argent pour leur acheter une grande cage. Mon premier bébé perruche sera pour toi! Préfèrestu en avoir une bleue ou une verte? — Une verte, cela se mariera mieux avec mes rideaux! Tu sais, je suis contente, Dominique! Tu as bien mérité tout ce qui t'arrive!» Bien entendu, Dominique continua à

travailler pour le vétérinaire! Celui-ci tomba malade une semaine, et pendant cette semaine, il aurait fallu voir Dominique! Il s'occupait des chiens, des chats, des oiseaux, et d'un petit singe malingre. Comme il était heureux de se rendre utile! Comme il se plaisait auprès des animaux! Prince, le berger allemand, était retourné chez son maître, mais Dominique le rencontrait souvent quand il partait se promener avec d'autres chiens. C'était toujours Prince qui voyait le premier le petit garçon. Dominique l'entendait soudain bondir derrière lui. Et le

chien se jetait sur lui au risque de le renverser! Il se mettait alors à lancer de joyeux aboiements! : « Ouah! Ouah! Ouah! » « Tu te rappelles cette nuit où tu as rattrapé les voleurs dans le bois? lui demandait Dominique, en passant ses doigts dans l'épaisse fourrure de l'animal. Tu vois ce petit épagneul noir à côté de moi? C'est un des chiots que tu as sauvés cette nuit-là! Cher vieux Prince! Je ne t'oublierai jamais!» Si un jour, en vous promenant sur une colline, vous rencontrez un jeune garçon entouré de cinq ou six molosses qui accourent vers lui au premier coup de sifflet, ce garçon sera sans doute Dominique en train de promener les chiens du vétérinaire. Vous n'aurez pas besoin de lui demander lequel est le sien. Vous reconnaîtrez tout de suite son magnifique épagneul noir!

Enid Blyton

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