Blyton Enid Série Mystère Détectives 1 Le mystère du pavillon rose 1943 The Mystery of the Burn Cottage.doc

July 27, 2017 | Author: gerbotteau | Category: Cats, Dogs
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Enid BLYTTON LE MYSTÈRE DU PAVILLON ROSE Qui a mis le feu au pavillon de M. Brick? M. Groddy, le policeman, soupçonne tout le monde et s'embrouille dans les nombreuses pistes. Il s'y embrouille d'autant mieux que cinq enfants et un chien se trouvent sans cesse dans ses jambes. « Cirrculez! » rugit-il à tout instant. Peine perdue ! Fatty, le gros vantard, et son chien Foxy, Larry et Daisy, Pip et Betsy sont bien résolus à élucider avant tout le monde le mystère du pavillon rosé. 254

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DU GOLFE BLEU DE LA CASCADE DU VAISSEAU PERDU DE L'HÉLICOPTÈRE DU MONDIAL-CIRCUS CINQ SE DISTINGUE CINQ EN PÉRIL

dans la Nouvelle Bibliothèque Rosé LE MYSTÈRE DU VIEUX MANOIR LE MYSTÈRE DES GANTS VERTS LE MYSTÈRE DU CARILLON LE MYSTÈRE DE LA ROCHE PERCÉE LE MYSTÈRE DE L'ILE AUX MOUETTES LE MYSTÈRE DE MONSIEUR PERSONNE LE MYSTÈRE DU NID D'AIGLE LE MYSTÈRE DES VOLEURS VOLÉS LE CLUB DES CINQ LE CLUB DES CINQ CONTRE-ATTAQUE LE CLUB DES CINQ EN VACANCES LE CLUB DES CINQ VA 'CAMPER LE CLUB DES CINQ EN RANDONNÉE LE CLUB DES CINQ AU BORD DE LA MER LE CLUB DES CINQ ET LES GITANS LE CLUB DES CINQ EN ROULOTTE LA LOCOMOTIVE DU CLUB DES CINQ ENLÈVEMENT AU CLUB DES CINQ LE CLUB DES CINQ ET LES PAPILLONS LE CLUB DES CINQ ET LE TRÉSOR DE L'ILE LE CLUB DES CINQ ET LE COFFRE AUX MERVEILLES LA BOUSSOLE DU CLUB DES CINQ UN EXPLOIT DU CLAN DES SEPT LE CARNAVAL DU CLAN DES SEPT LE CLAN DES SEPT A LA RESCOUSSE LE CLAN DES SEPT ET L'HOMME DE PAILLE LE TÉLESCOPE DU CLAN DES SEPT LE VIOLON DU CLAN DES SEPT OUI-OUI OUI-OUI OUI-OUI OUI-OUI BRAVO,

AU PAYS DES JOUETS ET LA VOITURE JAUNE CHAUFFEUR DE TAXI VEUT FAIRE FORTUNE OUI-OUI!

LA FAMILLE TANT-MIEUX BONJOUR LES AMIS! FIDO, CHIEN DE BERGER

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ENID BLYTON

LE MYSTERE DU PAVILLON ROSE ILLUSTRATIONS DE JEANNE HIVES

HACHETTE

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TABLE 1. Le pavillon en flammes 2. Cinq détectives et un chien 3. Premier conciliabule 4. Les indices « cirrculent »! 5. Fatty et Larry mènent le jeu 6. Les bavardages de madame Minns. 7. Le vagabond, « cirrculez » et Fatty 8. A propos de bottes 9. A Lily de jouer ! 10. Interview de m. Horace Peeks 11. Le vagabond reparait 12. M. Smellie et les semelles de caoutchouc. 13. Des nouvelles de Lily 14. « Cirrculez » joue les trouble-fête 15. Larry et Fatty en danger 16. De surprise en déconfiture 17. D'étranges découvertes 18. Un ami imprévu 19. La fin d'un mystère

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CHAPITRE PREMIER LE PAVILLON EN FLAMMES par une sombre soirée d'avril, à neuf heures et demie. Le village de Peterswood était calme et tranquille. A peine un chien aboyait-il de temps en temps. Puis, tout à coup, à l'ouest du village, une grande lueur monta... Larry Daykin grimpait dans son lit quand il la vit. Il avait laissé les rideaux ouverts, pour que la lumière du jour le réveillât le lendemain matin, et voilà qu'il apercevait de la lumière sans même avoir eu le temps de se coucher! « Curieux! dit-il. Qu'est-ce qui peut bien se passer? » TOUT COMMENÇA

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II appela sa sœur : « Daisy, viens voir! On dirait qu'il y a le feu au village. » Daisy, en chemise de nuit, entra dans la chambre et regarda par la fenêtre. « C'est un incendie, fit-elle. Et quel incendie! Je me demande ce qui brûle. Peut-être une maison? Il faut aller voir, décida Larry. Rhabillons-nous en vitesse. Maman et papa sont sortis, donc on ne peut pas leur demander la permission. Tant pis! » Larry et Daisy s'habillèrent en toute hâte, descendirent l'escalier en courant, traversèrent le jardin obscur et se trouvèrent sur le chemin. Lorsqu'ils eurent dépassé la maison voisine, ils entendirent des pas précipités qui les suivaient. « Je parie que c'est Pip », dit Larry en se retournant et en allumant sa lampe de poche. Il vit alors un garçon du même âge que lui et une petite fille de quelque huit ans qui couraient de toutes leurs forces. « Comment, Betsy? Tu viens aussi? s'écria Daisy d'un ton surpris. Tu devrais déjà dormir! Larry! appela Pip. C'est bien un incendie, oui? Va-t-on aller chercher les pompiers? La maison aura eu le temps de brûler avant que les pompiers ne soient arrivés du village voisin, répondit Larry. Venez, on dirait que c'est du côté du chemin Haycock. » Ils reprirent leur course. Certains villageois avaient aperçu la lueur et couraient, eux aussi. « C'est la maison de M. Brick, l'archéologue, dit un homme. Pour sûr que c'est sa maison. » A mesure qu'on approchait du bout du chemin, les flammes devenaient plus hautes et plus rouges. « Ce n'est pas la maison! cria Larry. C'est le pavillon rosé qui se trouve au fond de son jardin. Avant, c'était

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une petite maison de deux pièces; maintenant, M. Brick a fait abattre la cloison et il se sert du local comme d'un cabinet de travail, pour y ranger ses collections. Il ne doit pas en rester grand-chose ! » Larry avait raison : le pavillon était une vieille bâtisse à colombages, revêtue de crépi rosé et coiffée d'un toit de chaume; la paille du toit flambait allègrement. M. Groddy, le policeman, était là : il donnait des ordres aux villageois qui apportaient des seaux d'eau. Dès qu'il vit les enfants, il cria en roulant les r. « Cirrculez, vous autres ! Cirrculez ! C'est ce qu'il dit toujours aux enfants, remarqua Betsy. Moi, je ne l'ai jamais entendu dire autre chose. » Les seaux d'eau jetés sur le feu ne servaient à rien. Le policeman demanda à grands cris où était passé le chauffeur de M. Brick. « M. Thomas? Où est M. Thomas? Dites-lui qu'il apporrte le tuyau avec lequel il lave la voiturre! M. Thomas est à la gare! cria une voix de femme. Il est allé chercher M. Brick qui arrive par le train de Londres. » C'était Mme Minns, la cuisinière, qui parlait, une personne corpulente et très calme à l'ordinaire, mais complètement terrifiée pour l'instant. De ses mains tremblantes elle remplissait des seaux d'eau au robinet. Les quatre enfants observaient la scène. « Dommage qu'un si joli petit pavillon soit détruit, remarqua Harry. Si seulement on nous laissait faire quelque chose pour aider à éteindre le feu. » A ce moment, un garçon de la taille de Larry sortit de l'ombre; il portait un seau d'eau et essaya d'en vider le contenu sur les flammes. Mais il visait mal, et, en un instant, Larry se trouva trempé de la tête aux pieds. « Hé! dis donc, tu ne peux pas faire attention? Pardon! répondit l'autre, un garçon bien potelé, bien habillé et fort satisfait de lui-même. 8

- C'est le garçon qui habite à l'hôtel, en face, avec ses parents, souffla Pip à Larry. Il croit qu'il connaît tout au monde et il ne sait même pas quoi faire de son argent de poche: il en a trop! » Le policeman venait d'apercevoir le garçon qui revenait avec un seau. « Girrculez! rugit-il. Pas besoin de garnements dans mes jambes. Je ne suis pas un garnement, répondit le gros garçon, indigné. Vous ne voyez pas que je vous aide à éteindre cet incendie? Sans moi, vous n'y arriverez jamais. - Cirrculez ! » répondit M. Groddy, qui avait de la suite dans les idées. A ce moment, un chien sauta en aboyant aux mollets du policeman. M. Groddy essaya de le repousser à coups de pied. « Si c'est votrre chien, rrappelez-le ! » cria-t-il au garçon, qui, sans se soucier de cette injonction, courut chercher un autre seau d'eau. Le chien, cependant, s'amusait beaucoup. Mais pas le policeman : « Cirrculez!... », hurlait M. Groddy, en donnant des coups de pied dans tous les sens, mais sans atteindre le petit foxterrier, qui s'esquivait à chaque fois. « C'est le chien de ce garçon, commenta Pip. C'est un super-chien! Si vous saviez comme il est drôle! Je voudrais bien en avoir un pareil. » Le toit du pavillon rosé s'effondra; la fumée jaillit; une odeur de brûlé se répandit dans l'air. Les enfants reculèrent d'un pas. On entendit une voiture remonter l'allée. Quelqu'un cria : « C'est M. Brick! » La voiture s'arrêta devant la maison. Un homme descendit et se précipita vers le pavillon en flammes. 9

« Monsieur Brrick, j'ai bien dû rregrret à vous fairre savoirr que votrre cabinet de trravail a brrûlé, dit le policeman. On a fait ce qu'on a pu pourr le sauver. Peine perrdue. Connaissez-vous les causes de ce sinistrre sinistrre? Comment voulez-vous que je les connaisse? répliqua M. Brick avec impatience. Je reviens de Londres, par le train. Où sont les pompiers? - A la ville voisine, répondit M. Groddy. Ce n'était plus la peine de les dérranger : les flammes avaient déjà trraversé le toit quand on a signalé l'incendie. Aviez-vous du feu dans votrre cheminée, monsieur Brrick? Oui, dit M. Brick. J'ai écrit dans mon cabinet de travail ce matin, et le feu était resté allumé toute la nuit. Une étincelle a très bien pu enflammer le chaume. Où est Mme Minns, ma cuisinière? Je suis là, monsieur, répondit Mme Minns en tremblant de tout son gros corps. Quel accident horrible, 10

monsieur! Vous m'aviez interdit d'entrer dans votre cabinet de travail; sinon, j'aurais pu m'apercevoir que le feu était en train de prendre. — La porrte était ferrmée à clef, dit le policeman. J'ai essayé d'ouvrrirr et je... » Un grand bruit l'interrompit : les murs venaient de s'écrouler à l'intérieur. Les flammes montèrent encore plus haut. Les assistants reculèrent, car la chaleur devenait intolérable. Tout à coup, M. Brick saisit M. Groddy par le bras et se mit à le secouer dans tous les sens. On aurait cru que le propriétaire du pavillon était devenu fou. « Mes papiers! haletait-il. Mes vieux documents, si précieux! Ils étaient tous là-dedans. Sauvez-les, sauvez-les! - Allons, allons, monsieur, soyez rraisonnable, dit M. Groddy en contemplant le brasier. Vous savez bien que c'est impossible. Mes papiers ! » hurla M. Brick, et il voulut se précipiter dans le feu. On le retint de force. « Ils étaient donc si rrarres que ça, vos papiers? demanda le policeman. - Ir-rem-pla-ça-bles ! répondit M. Brick en gémissant. Ils valaient des milliers de livres, pour moi. J'espère qu'ils étaient assurés, dit un villageois. - Oui, dit M. Brick, mais ils valaient plus que de l'argent. - Que veut dire assurer ? » demanda Betsy à voix basse. Larry le lui expliqua : « Si tu possèdes quelque chose de précieux qui risque de brûler ou d'être volé, tu donnes un peu d'argent à une compagnie d'assurances, tous les ans, et, en cas de vol ou d'incendie, la compagnie te rembourse tout le prix de l'objet que tu as perdu. 11

Je -comprends », dit Betsy. Elle observait M. Brick et lui trouvait l'air un peu drôle. C'était un homme de haute taille, très voûté, avec un épi de cheveux sur le devant de la tête, un long nez cl des lunettes. Betsy ne le jugeait pas sympathique. « Faites-moi circuler tous ces gens-là, ordonna M. Brick, en regardant les villageois et les enfants. Ils m'ont assez piétiné mon jardin comme ça. - D'accorrd, monsieur », dit M. Groddy, ravi de faire « cirrculer » tant de monde à la fois. Les flammes baissaient. L'incendie était terminé. Les villageois commencèrent à se disperser pour obéir à M. Groddy, et les enfants, qui avaient mal aux yeux ;i cause de la fumée, imitèrent leur exemple. « Drôlement passionnant, hein? dit le gros garçon qui les rattrapa dans l'allée. Heureusement qu'il n'y a pas de blessés. Dites donc, on pourrait peut-être se rencontrer demain, non? On jouerait à quelque chose

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ensemble. Je suis tout seul dans cet hôtel en face de la maison de M. Brick et je m'ennuie ! - Eh bien... » Larry ne trouvait pas l'air dégagé de ce garçon précisément à son goût. « Eh bien... si nous passons par là, nous irons te prendre. - D'accord, dit le garçon. Allons, Foxy, arrive! On rentre.» Le petit terrier rattrapa son maître et ils disparurent tous les deux dans l'obscurité. « Quel insupportable gros plein de soupe! s'écria Daisy. Et il s'imagine que nous avons envie de faire sa connaissance! Dis donc, Pip, si on allait voir les ruines du pavillon ensemble, demain matin? - Avec plaisir, dit Pip. Viens, Betsy, tu dors debout. » Larry et Daisy remontèrent l'allée jusqu'à leur maison, en bâillant. « Pauvre M. Brick, dit Daisy. Il avait l'air bouleversé à cause de ses vieux papiers perdus! »

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CHAPITRE II CINQ, DÉTECTIVES ET UN CHIEN LE LENDEMAIN,

Larry et Daisy allèrent à la recherche de Betsy et de Pip. Ils les entendirent jouer dans le jardin et les appelèrent aussitôt : « Pip! Betsy! On arrive! » Pip se montra et Betsy accourut derrière lui. « Je parie que vous êtes déjà allés voir les ruines du pavillon rosé ce matin, dit Larry. - Oui, répondit Pip. Et sais-tu ce qu'on raconte? Il paraît que c'est quelqu'un qui a mis le feu exprès. - Exprès? se récrièrent Larry et Daisy. Qui donc irait faire une chose pareille? Mystère, répondit Pip. J'ai entendu des gens qui 14

disaient que les inspecteurs de la compagnie d'assurance étaient venus, et qu'un expert a déclaré que le feu avait été allumé avec du pétrole! - Alors, dit Larry, c'est que M. Brick avait des ennemis ? - Sûrement, acquiesça Pip. Et le père « Cirrculez » doit être ravi d'avoir une vraie enquête à faire! Mais il est si brouillon qu'il va tout emmêler! Tiens, voilà encore le chien », dit Betsy. En effet, le petit fox-terrier venait de faire son apparition dans le jardin. Les pattes écartées, la tête pench.ee de côté, une oreille de travers, il les regardait comme pour dire : « Je ne vous dérange pas? » « Tiens, Foxy ! dit Larry en se penchant vers l'animal. Tu es un bon chien. J'aimerais bien que tu sois à moi. Daisy et moi, nous n'avons jamais eu de chien. - Ni moi, dit Pip. Qu'est-ce que tu veux, Foxy? Un gâteau? Un os? - Ouaf! dit Foxy, d'une voix étonnamment grave pour un si petit chien. Donne-lui les deux, le gâteau et l'os, Pip », dit Betsy. Pip alla les lui chercher et le petit chien, après avoir croqué l'os et dévoré le gâteau, se mit à gambader autour des enfants en les invitant à le poursuivre. « Dommage qu'il ait cette espèce de gros boudin comme patron », dit Larry, ce qui fit rire tout le monde. A ce moment précis, le maître de Foxy se montra. « Tiens, tiens ! fit-il. J'avais bien l'impression de vous avoir entendus jouer avec Foxy. Foxy, ici ! En voilà des façons, de te sauver tout seul! » Foxy courut à lui, tout joyeux. « Vous connaissez la nouvelle? demanda le gros garçon tout en caressant son chien. Quelqu'un aurait mis le feu exprès au pavillon. - Et tu crois cela? demanda Larry. 15

Et comment! dit le gros garçon. D'ailleurs, j'ai soupçonné le coup avant tout le monde. - A d'autres! fit Larry, incrédule. Ecoutez. J'habite dans l'hôtel qui est en face du jardin de M. Brick et hier soir, j'ai vu un vagabond qui rôdait dans les parages. Ça doit être lui qui a mis le feu. - Pour quoi faire? demanda Pip. Tu crois que les vagabonds passent leur temps à arroser les maisons de pétrole? - Non, mais ce vagabond pouvait avoir des griefs contre M. Brick, qui a mauvais caractère. Peut-être que M. Brick l'avait chassé de chez lui le matin même. - Allons dans la tonnelle pour discuter de tout cela, proposa Pip. Ce serait amusant si nous pouvions aider la police à résoudre cette énigme. » Ils s'installèrent tous dans la tonnelle, et Foxy grimpa sur les genoux de Larry qui en fut ravi. « A quelle heure as-tu vu le vagabond? demanda Pip. Vers six heures du soir. C'était un vieux bonhomme tout crasseux, avec un imperméable déchiré et un chapeau informe. Il longeait la haie. Foxy a failli lui sauter dessus. - Avait-il un bidon de pétrole à la main? demanda Larry. - Non. Il avait un bâton. C'est tout. - J'ai une idée! » s'écria Daisy. Daisy avait toujours des idées et souvent des bonnes. « Laquelle? demanda Larry. Nous serions des détectives, dit Daisy, et nous chercherions qui a mis le feu au pavillon? Qu'est-ce que c'est qu'un détective? demanda Betsy. Quelqu'un qui détecte, répondit Larry. Quelqu'un qui trouve qui a commis un crime. - Moi aussi, je veux être un détective, dit Betsy. Je suis sûre que je détecterais des tas de choses.

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Tu es trop petite! » s'écria Pip. Betsy faillit en pleurer. « Nous trois, qui sommes les plus grands, nous ferons de fameux détectives, dit Larry, les yeux brillants. Pip, Daisy et moi : trois fins limiers! - Et moi? demanda le gros garçon. Je suis très intelligent, vous savez! » Les autres le regardèrent sans conviction. S'il l'était, il n'en avait pas l'air. « On ne te connaît pas, objecta Larry. - Je m'appelle Frederick Adalbert Trotteville, dit le garçon. Et vous? - Moi, Lawrence Daykin, dit Larry. J'ai treize ans. - Moi, Margaret Daykin. J'ai douze ans, dit Daisy. - Moi, Philip Hilton. J'ai douze ans aussi, dit Pip. Et voici ma petite sœur Elisabeth. - Oui, dit le garçon. Mais personne ne vous appelle jamais comme ça, n'est-ce pas? Moi, on m'appelle Frederick tout court. » Les autres se mirent à rire. Le garçon parlait d'une voix pointue, affectée : ce nom de Frederick Adalbert Trotteville lui allait très bien! « F pour Frederick, A pour Adalbert, T, pour Trotte-ville, dit Pip. Il n'y a plus qu'à continuer et ça donne Fatty, comme l'acteur de cinéma qui est si gros et drôle. Ça te va comme un gant. » Frederick Adalbert Trotteville parut tout d'abord courroucé, puis il sourit : « C'est vrai que je suis gros, reconnut-il. J'ai un appétit énorme et je mange trop. - En ce cas, dit Daisy, tes parents n'auraient pas dû te donner des initiales comme ça. » Frederick Adalbert soupira. Il savait fort bien que ses nouveaux amis ne l'appelleraient plus jamais que Fatty. A l'école, c'était Gros-plein-de-soupe par-ci, Rondouillard par-là; pendant les vacances, ce serait Fatty.

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« Je suis très intelligent, vous savez.' »

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« Moi aussi, je voudrais faire partie du club, reprit-il. Après tout, c'est moi qui vous ai parlé du vagabond. — Ce n'est pas un club, dit Larry. C'est simplement nous trois, qui nous associons pour résoudre une énigme. — Moi aussi! implora Betsy. Vous n'allez pas me laisser? — Je vous en prie, prenez-la, dit tout à coup Fatty. Elle est petite, mais elle pourra être utile. Et je pense que Foxy devrait faire partie du réseau, lui aussi. Il a du flair, vous savez, ce qui est le principal pour un détective. — Oui, prenez Foxy et Fatty », supplia Betsy. Foxy se mit à geindre et à gratter Larry avec sa patte. Les trois grands décidèrent d'admettre Fatty pour avoir Foxy et on ne pouvait pas laisser Betsy toute seule. « Eh bien, d'accord, dit Larry. Nous formons une association à nous cinq et nous résolvons ensemble le ' Mystère de la Maison brûlée. — Cinq Détectives et un Chien! dit Betsy. Ce sera le nom de l'association. » Tout le monde se mit à rire, parce que le nom paraissait drôle, mais il resta pendant toutes les vacances et même bien après. « Les détectives, la police, ça me connaît! déclara Fatty. C'est moi qui vais commander. — Certainement pas, répliqua Larry. Je parie que tu n'en sais pas plus que nous autres. Nous nous sommes déjà aperçus de la bonne opinion que tu avais de toi-même et tu ferais mieux de t'y résigner tout de suite : nous n'avons pas l'intention de gober la moitié de toutes les histoires que tu vas nous raconter. Et pour ce qui est de commander, tu repasseras. C'est moi qui commanderai. J'ai l'habitude. — Exact, dit Pip. Larry est intelligent. C'est lui qui sera notre chef. — Bon, bon, ça va, accepta Fatty de mauvaise grâce.

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Vous êtes à quatre contre un. Mais dites donc, il est midi et demi passé : il faut que je m'en aille. - Rendez-vous ici à deux heures précises, dit Larry. On va parler d'indices. - Qu'est-ce que c'est, le dindiss? demanda Betsy. Je ne sais pas parler cette langue-là, moi. Tu l'apprendras! dit Pip, moqueur. En attendant, je me demande bien quel détective tu vas faire! »

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CHAPITRE III PREMIER CONCILIABULE

A DEUX HEURES, les cinq détectives et leur chien tinrent leur premier conciliabule dans la tonnelle de Pip. « Ici, dit Pip, ce sera notre quartier général. On est tout au bout du jardin et personne ne peut entendre ce que nous disons. » Ils s'assirent sur le banc de bois qui faisait le tour de la tonnelle. Foxy sauta de nouveau sur les genoux de Larry, ce qui fit plaisir à Larry et ne parut pas agacer Fatty. « Bon, commença Larry, puisque c'est moi qui nous commande, je vais commencer par résumer ce que nous

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savons, et puis nous allons discuter des mesures à prendre. — C'est passionnant, dit Betsy, ravie de faire partie des grands. — N'interromps pas le chef, Betsy », commanda Pip. Betsy prit un air sérieux et ne dit plus rien. « Nous savons tous, reprit Larry, que le cabinet de travail de M. Brick, qui se trouvait dans le pavillon rosé, au fond de son jardin, a brûlé la nuit dernière. M. Brick n'est arrivé qu'à la fin du sinistre avec son chauffeur qui était parti l'attendre à la gare. Les inspecteurs de la compagnie d'assurances disent qu'on a -trouvé des traces de pétrole, ce qui laisse supposer que l'incendie a été provoqué intentionnellement. Les cinq détectives et leur chien ont décidé qu'ils allaient découvrir le criminel. C'est ça? — C'est ça, et tu t'exprimes joliment bien », déclara Pip. Foxy agita la queue. Fatty ouvrit la bouche et commença, de son ton aigu et affecté : « Eh bien, moi, je propose que nous commencions par... » Mais Larry l'interrompit aussitôt : « C'est moi qui parle, Fatty. Toi, tu as le droit de te taire.» Fatty se tut donc, mais à regret. Il prit un air ennuyé et s'amusa à faire tinter de l'argent dans sa poche. « Or, reprit Larry, pour découvrir le criminel, nous devons découvrir d'abord qui a approché du pavillon ou du jardin hier soir. Fatty nous dit qu'il a vu un vagabond. Il faut que nous le retrouvions et que nous essayions de savoir s'il n'est pas responsable de l'incendie. Il y a aussi la cuisinière, Mme Minns. Il va falloir enquêter de ce côté-là. — Il faudrait aussi chercher si personne n'avait de dent contre M. Brick, remarqua Daisy. L'incendie pourrait être une vengeance. 22

— Très juste, Daisy, approuva Larry. Voilà un des points importants à découvrir : qui avait une dent contre M. Brick? — Tout le monde, répondit Pip. Notre jardinier dit que M. Brick est très méchant et que personne ne l'aime. — Il faut chercher des indices, dit Fatty, qui ne pouvait pas se taire plus longtemps. — Qu'est-ce que c'est que des indices? demanda Betsy. — Des indices, ce sont des choses qui permettent de trouver ce que l'on cherche, dit Larry. Par exemple, dans une histoire policière que je lisais l'autre jour, un voleur avait laissé tomber un bout de cigarette dans le magasin qu'il était en train de cambrioler et la police s'était aperçue que ce n'était pas une cigarette ordinaire. Alors les policiers ont cherché qui fumait des cigarettes comme celle-là, et ils ont trouvé le voleur. Ce mégot était un indice, tu comprends? — Je comprends, s'écria Betsy. Vous verrez que je trouverai des tas d'indices! — Il faut que nous en trouvions tous, dit Larry. Ouvrez bien vos yeux et vos oreilles. Par exemple, nous pourrions trouver des traces de pas aux alentours du pavillon, des traces de pas qu'aurait laissées l'incendiaire. » Fatty ricana. « Qu'est-ce que j'ai dit de si drôle? demanda Larry, froidement. — Je me demande, répondit Fatty, comment tu vas faire pour retrouver les traces de l'incendiaire parmi les milliers de traces qu'ont laissées les gens qui ont essayé d'éteindre le feu. » Larry rougit beaucoup et regarda Fatty d'un air furieux. Fatty lui sourit ironiquement. « L'incendiaire a pu se cacher dans la haie, ou quelque part par là, dit Larry. Personne, hier soir, n'est allé se fourrer dans la haie. Nous pourrions trouver des traces 23

de pas là-bas, non? Dans le fossé, par exemple, où il y a de la boue. - Possible, reconnut Fatty. Mais autour de la maison, tu commenceras par trouver mes traces, les tiennes, celles de « Cirrculez » et cent autres. - A mon avis, intervint Pip, il ne faut pas dire à Cirrculez que nous nous occupons de cette affaire. - D'autant plus qu'il s'imagine que ce mystère lui appartient, à lui tout seul, ajouta Daisy. Il n'aura pas l'air fin quand nous lui apprendrons qui a fait le coup! s'écria Larry. Je suis sûr que nous aurons trouvé avant lui, si nous nous mettons au travail tous ensemble. - On commence par quoi? demanda Pip, qui avait envie de passer à l'action. - Par chercher des indices, répondit Larry. Il faut nous renseigner sur le vagabond à l'imperméable déchiré, sur les gens qui ont une dent contre M. Brick et sur tous ceux qui ont pu trouver l'occasion de se faufiler dans le pavillon rosé ce jour-là, pour y mettre le feu. - On pourrait aller faire un brin de causette avec Mme Minns, la cuisinière, dit Daisy. Si quelqu'un est venu à la maison ce jour-là, elle doit bien le savoir. Et puis je crois que M. Brick a encore un domestique, sans compter le chauffeur? - Oui, un valet de chambre, mais je ne sais pas comment il s'appelle, dit Larry. Encore une chose à découvrir! Nous en avons des choses à faire! - Allons chercher les indices », dit Betsy, qui s'imaginait qu'il n'y aurait qu'à battre les buissons autour du pavillon brûlé pour trouver mille indices qui mèneraient droit à l'incendiaire. « D'accord, dit Larry, qui était pressé d'agir, lui aussi. Seulement, si on nous voit fouiller dans le jardin de M. Brick, on nous dira peut-être de nous en aller. Alors je vais laisser tomber un shilling quelque part, 24

et si on nous demande ce que nous faisons, nous répondrons que nous cherchons un shilling. Ce qui sera vrai, puisque j'en aurai « perdu » un exprès. - Entendu, fit Pip en se levant. Allons-y. Et après, l'un de nous devrait aller bavarder avec Mme Minns. Je parie qu'elle ne demandera pas mieux, et nous apprendrons des tas de choses utiles grâce à elle. » Foxy sauta à terre en remuant la queue. « Je suis sûre qu'il a tout compris, dit Betsy. Lui aussi, il veut chercher des indices. - Eh bien, en avant, les Cinq Détectives et leur Chien! commanda Larry en riant. Je sens qu'on va s'amuser. »

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CHAPITRE IV LES INDICES « CIRRCULENT»! et Foxy descendirent l'allée et rejoignirent la maison de M. Brick. Ils la dépassèrent, et suivirent le chemin jusqu'à une petite barrière de bois qui ouvrait sur un sentier; celui-ci, dissimulé par des buissons touffus, courait jusqu'à la maison brûlée. Les enfants comptaient passer par là, de façon à n'être pas remarqués. Par cette belle journée d'avril, sans vent, l'odeur de brûlé ne s'était pas dissipée. Les enfants ouvrirent la barrière de bois et se glissèrent dans le sentier. Bientôt ils débouchèrent sur un espace découvert au milieu duquel s'entassaient les ruines calcinées du pavillon rosé. LES

CINQ ENFANTS

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« Au travail ! chuchota Larry. Voyons si nous pouvons trouver quelque chose d'intéressant. » Manifestement, il était inutile de chercher dans la partie du jardin que sauveteurs et badauds avaient piétinée la veille. Les enfants se séparèrent donc et se mirent à fouiller les buissons et les haies surplombant les fossés qui entouraient le jardin. Foxy, lui aussi, perquisitionnait, mais comme il était persuadé qu'on cherchait des lapins, il introduisait son nez dans tous les terriers et grattait le sol de toutes ses forces. « Quel dommage, se disait-il, que ces imbéciles de lapins fassent des tunnels si étroits que les chiens ne peuvent pas entrer dedans! Sinon, quelles chasses à courre! » « Regardez, Foxy qui cherche des indices! » s'écria Pip en éclatant de rire. Les enfants cherchaient des traces de pas. Il n'y en avait pas sur le sentier, qui était cendré, ni dans l'herbe tout autour. Pip s'éloigna jusqu'à un fossé, dont l'extrémité était bouchée par des églantiers, et, là, il trouva aussitôt quelque chose. A voix basse, mais émue, il appela les .mires : « Hé! Dites donc, venez voir! » En un instant, il y eut foule autour de lui. Foxy était là aussi, les narines frémissantes. « Qu'est-ce qu'il y a? » demanda Larry. Pip indiqua le fossé boueux à ses pieds. Les orties qui y poussaient avaient été écrasées. Visiblement, quelqu'un était demeuré là un certain temps. Qui, à moins de vouloir se cacher, irait faire un séjour prolongé dans un fossé boueux plein d'orties? « Ce n'est pas tout, ajouta Pip. Il est entré par ici cl sorti par le même chemin, sans doute. » II montra la haie qui se trouvait derrière, et les

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enfants constatèrent que des branches et de petits rameaux avaient été cassés de façon à former une brèche. « Oh! oh! fit Daisy en écarquillant les yeux. C'est un indice, ça, Larry? Et un beau! s'écria Larry. Pas vu de traces de pas, Pip? » Pip secoua la tête. « L'homme qui s'était caché ici, répondit-il, a marché tout le temps sur les orties. » Les enfants suivirent le fossé. Malheureusement, après avoir contourné la maison brûlée, il débouchait sur l'espace qui avait été piétiné la nuit précédente. « Donc, dit Fatty, nous ne pourrons pas trouver de traces de pas intéressantes dans le jardin. Mais de l'autre côté de la haie? Nous pourrions passer par la brèche que le bonhomme a faite et aller chercher plus loin. Qu'en dites-vous? » Ils se faufilèrent par la trouée qui avait été pratiquée.dans la haie. Fatty passait le dernier. Il aperçut un petit lambeau de flanelle grise accroché à une épine. Aussitôt, il émit un long sifflement et saisit le bras de Larry, qui se trouvait devant lui. « L'homme a déchiré sa veste en passant par la brèche, déclara Fatty. Tu as vu ça? Ma parole, nous progressons. Nous savons déjà que l'incendiaire portait un costume de flanelle grise. » Larry décrocha précautionneusement le petit lambeau gris et le rangea dans une boîte d'allumettes en regrettant amèrement que ce fût Fatty et non pas lui-même qui eût eu la chance de remarquer l'indice. « Un bon point pour toi, fit-il. Ça peut se révéler de première importance. Fatty a trouvé un indice? » demanda Betsy. Tout le monde voulut voir la trouvaille du gros garçon. Larry ouvrit la boîte d'allumettes et exhiba le petit morceau de flanelle.

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Larry décrocha précautionneusement le petit lambeau gris

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« Maintenant, il ne nous reste plus qu'à trouver quelqu’un qui porte un costume de flanelle grise déchiré, et nous tenons le bonhomme! s'écria Daisy, ravie. — Nous sommes nettement plus intelligents que « Cirrculez », remarqua Pip. - Et tout cela grâce à ma vue! J'ai une vue extraordinaire, dit Fatty, très content de lui. Vous êtes tous passés par là et vous n'avez rien vu. Moi, qui étais le dernier... - Ça va, dit Larry. Tu as eu de la chance, c'est tout. » II remit leur trouvaille dans sa boîte. « C'est sensationnel, d'être un détective! déclara Betsy. Je m'amuse beaucoup, vous savez. - Je me demande bien pourquoi, répondit Pip. Tu n'as encore rien trouvé, toi. Moi, j'ai découvert la cachette; Fatty, ce bout de tissu. Mais toi, rien! » Ce fut Larry qui trouva l'empreinte. Il la trouva tout à fait par hasard. La trouée dans la haie conduisait à un pré, dans lequel il était impossible de trouver des traces. Mais, à un endroit, le fermier avait enlevé quelques mètres carrés de terre, et là, dans un coin, il y avait, indiscutablement, une empreinte de pied d'homme. « Ce sont les traces du fermier, je suppose, dit Pip, lorsque Larry lui eut montré sa découverte. - Non, dit Larry. Celles du fermier, les voici. » Et il montra les traces d'un gros soulier clouté, répétées plusieurs fois. « Celle-ci, reprit Larry, est nettement plus petite. Cela doit être du quarante et un tout au plus. Le fermier, lui, à l'air de chausser du quarante-huit. Il a un pied énorme. Je pense que la petite empreinte est celle de l'homme que nous cherchons. Voyons si nous pouvons en trouver d'autres. » Les enfants reprirent la fouille du terrain. Dans le

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pré, il était impossible de trouver quoi que ce fût; aussi s'égaillèrent-ils jusqu'aux parties dénudées qui le bordaient. Là, Daisy trouva encore quelques empreintes de part et d'autre d'un espace pavé qui reliait le pré à la route. « Est-ce que vous croyez que ce sont les mêmes? » demanda-t-elle. Les autres arrivèrent en courant. Larry se pencha. « Je crois que oui, répondit-il. Regardez. Ces empreintes-ci ont été faites par des semelles en caoutchouc, avec des croisillons en relief, très caractéristiques. Pip, veux-tu aller vérifier si la première empreinte porte le même motif? » Pip partit au galop. Il examina la première empreinte. Le doute n'était pas possible : « Oui! cria-t-il. C'est la même chose. » Grosse émotion. L'enquête, manifestement, progressait.

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« Pas la peine de continuer, dit Larry. Plus loin, la route est empierrée et nous ne trouverons rien. Mais nous avons déjà découvert ce que nous voulions. Nous savons qu'un homme s'est caché dans cette haie pour un motif inconnu, et qu'il portait des chaussures d'un certain modèle, d'une certaine pointure, avec des semelles de caoutchouc et des croisillons en relief. Pas mal, pour un coup d'essai. - Je vais faire un croquis de l'empreinte, annonça Fatty. Je Vais prendre ses mesures et puis j'en tirerai une copie exacte. Comme cela, si nous trouvons les chaussures, nous tiendrons l'homme. Nous savons quelles chaussures et quel costume il portait, dit Larry, en pensant au petit lambeau de flanelle grise. Je parie que Cirrculez n'a rien observé de tout cela. Je vais aller à l'hôtel chercher du papier pour dessiner ces empreintes, dit Fatty d'un ton solennel. Vous avez de la chance que je sache si bien dessiner. Le dernier trimestre, j'ai eu le premier prix d'art. - Quel art? railla Larry. Celui de te vanter ou celui de beaucoup manger? - Gros malin, va! » repartit Fatty, en colère. Il n'aimait pas du tout qu'on se moquât de lui. « Oui, répliqua Daisy, Larry est malin, et il ne se v.mte pas sans cesse de son intelligence, comme vous le faites du matin au soir, monsieur Frederick Adalbert Trotteville ! Retournons à la maison brûlée et cherchons d'autres indices, proposa Pip, pour apaiser ses amis. D'accord, dit Betsy. Je suis la seule à n'avoir pas encore trouvé d'indice, et j'en ai tellement envie! » Elle avait. l'air si triste que Fatty s'empressa de la consoler: « Foxy n'a rien trouvé non plus, et pourtant il a cherché de son mieux, Betsy. Ne te fais pas de souci.

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Je suis sûr que tu vas bientôt trouver un indice sensationnel!» Les enfants retournèrent tous à la trouée dans la haie et s'introduisirent de nouveau dans le jardin. Fatty courut chez lui pour chercher du papier et un crayon. Les autres se groupèrent auprès des ruines du pavillon. « Qu'est-ce que vous faites ici? rugit tout à coup une voix féroce. Voulez-vous bien cirrculer? - Pas de chance! C'est « Cirrculez » lui-même, chuchota Larry. Vite, cherchez tous mon shilling. » Les quatre enfants se penchèrent vers le sol et firent semblant de chercher quelque chose. « Vous n'avez pas entendu ce que j'ai dit? grogna le policeman. Qu'est-ce que vous cherrchez ici? - Un shilling que j'ai égaré, répondit Larry. Vous avez dû le laisser tomber quand vous êtes venu nous dérranger hier soir, dit M. Groddy. Quelle époque! Tout le temps, on a des gosses dans les jambes qui n'arrrrêtent pas de fouiner parrtout et d'encombrrer la cirrculation. Allons, allons, dégagez. - Ah! le voilà! s'écria Larry, en bondissant tout à coup sur son shilling qu'il avait dissimulé au préalable sous une touffe de pissenlit. On s'en va, monsieur Groddy. J'ai retrouvé mon shilling. - Alorrss, dépêchez-vous de cirrculer ! rugit le policeman. J'ai à trravailler ici, moi, à trravailler pour de bon, et je n'ai pas besoin de tas de mioches qui m'embouteillent la cirrculation. — Pourquoi? demanda Betsy. Vous cherchez des indices ? » Pip la pinça aussitôt pour qu'elle se tût. Heureusement, « Cirrculez » n'avait pas prêté attention à sa question. Il fit sortir les enfants par la grille en ajoutant : « Et garre à vous si vous rremettez les pieds ici! - Ah! celui-là! » s'écria Larry, d'un ton indigné,

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dès qu'ils se trouvèrent sur la route. « II s'imagine que les enfants ne sont bons à rien. S'il savait ce que nous avons déjà découvert, il rirait jaune. - Tu crois? demanda Betsy, très intéressée. Comment on fait pour rire jaune? Tu as failli me voir rire jaune moi-même, répliqua Pip, quand tu as demandé à « Cirrculez » s'il cherchait des indices. Il s'en est fallu de peu que tu ailles lui raconter que nous en avions trouvé. Voilà ce que c'est que d'avoir recruté un bébé comme toi! Je n'aurais rien dit du tout, répondit Betsy, au bord des larmes. Ah! Voilà Fatty! Courons le prévenir que « Cirrculez » est dans le jardin. » Une fois prévenu, Fatty décida de ne pas se hasarder de ce côté-là pour l'instant. Il dessinerait et mesurerait les empreintes plus tard. Il ne se sentait aucune sympathie particulière pour « Cirrculez », Foxy non plus. « De toute façon, c'est l'heure du goûter, annonça

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Larry, après avoir regardé sa montre. Rendez-vous demain, à dix heures du matin, dans la tonnelle de Pip. Nous avons bien travaillé, aujourd'hui". Je vais noter tous les indices que nous avons trouvés. Décidément, le métier de détective est passionnant! »

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CHAPITRE V FATTY ET LARRY MÈNENT LE JEU LE LENDEMAIN MATIN,

à dix heures, les cinq enfants et Foxy étaient de nouveau réunis dans la tonnelle. Fatty, d'un air solennel, exhiba une énorme feuille de papier à dessin sur laquelle il avait reproduit, grandeur nature, les empreintes du pied droit et du pied gauche avec tous les motifs gravés sur la semelle. C'était réellement un chef-d'œuvre. Les autres ouvrirent de grands yeux. « Pas mal, n'est-ce pas? dit Fatty en se gonflant d'orgueil, ce qui froissa ses nouveaux amis. Je vous l'avais bien dit, que j'étais très fort en dessin. » Larry pinça Pip et lui souffla dans l'oreille : 36

« On va se payer sa tête ! » Pip sourit en se demandant ce que Larry avait l'intention de faire. Larry prit le dessin et l'examina d'un œil critique. « Je trouve même que c'est très bien, déclara-t-il. Mais tu n'as pas réussi la queue. » Pip renchérit aussitôt : « Et puis, les oreilles, ce n'est pas exactement ça. En tout cas, la droite cloche. » Fatty en resta bouche bée et reprit son dessin pour vérifier que c'était bien celui qui représentait les empreintes. Oui, il ne s'était pas trompé. Que voulaient donc dire Pip et Larry? « Remarquez, les professeurs disent toujours que ce qu'il y a de plus difficile à dessiner, ce sont les mains, dit Larry en penchant la tête de côté pour mieux détailler le croquis. Je crois qu'ils n'ont pas tort, et que Fatty devrait s'exercer à dessiner les mains. » Daisy cachait avec difficulté son envie de rire. Betsy, stupéfaite, cherchait la queue, les oreilles et les mains dont parlaient les garçons. Fatty devint rouge de colère. «Je suppose que vous faites encore de l'esprit! s'écria-t-il, en arrachant le dessin à Larry. Vous savez très bien que ça représente les empreintes... - Ah ! bon, ce sont les empreintes ! dit Pip d'un ton surpris. Mais voyons, Larry, bien sûr ! Comment ne nous en étions-nous pas aperçus? » Daisy éclata de rire. Fatty replia son papier et prit un air vexé. Foxy sauta sur ses genoux et lui lécha le nez pour le consoler. Betsy, avec son innocence coutumière, ramena la paix. « Alors, ce n'était qu'une plaisanterie? fit-elle. N'est-ce pas, Larry? Moi, je voyais bien que c'était une copie des empreintes que nous avions relevées. Je me demandais de quoi vous parliez, toi et Pip. Fatty, je voudrais bien savoir dessiner comme toi. »

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Fatty s'était levé pour sortir. Maintenant, il se rassit. Les autres souriaient d'un air un peu gêné : c'était vraiment trop facile de se moquer de Fatty. Mais aussi, pourquoi était-il toujours si content de lui? «J'ai pris quelques notes sur nos découvertes d'hier », annonça Larry en tirant un petit carnet de sa poche. Il l'ouvrit, et lut la liste d'indices qu'ils possédaient déjà. Puis, il s'empara du dessin de Fatty : « Nous allons le classer avec le carnet, déclara-t-il. Je vais garder l'ensemble avec le petit bout de flanelle grise. Bientôt, ces indices peuvent devenir très importants. Mais je me demande où nous allons cacher tout cela? - Derrière toi, répondit aussitôt Pip, il y a une planche du mur qu'on peut déplacer. Quand j'étais aussi petit que Betsy, je cachais toujours des choses dans l'espace derrière. Nous pourrions y ranger nos archives. Personne n'irait les chercher là. » II désigna la planche, qui parut intéresser tout particulièrement Foxy. Le chien se dressa sur ses pattes de derrière et se mit à gratter. « II croit qu'il y a un lapin! » dit Betsy. Le carnet, la boîte d'allumettes contenant le lambeau de flanelle, et le dessin de Fatty furent soigneusement cachés derrière la planche que l'on remit ensuite en place. Les enfants étaient ravis de disposer d'une cachette pareille ! « Et maintenant, que faisons-nous aujourd'hui? demanda Pip. Il faut que nous poursuivions notre enquête. Autrement, la police va tout découvrir avant nous. - Eh bien, que l'un de nous aille interviewer Mme Minns, la cuisinière de M. Brick », dit Larry. Et comme il vit que Betsy ne comprenait pas le mot « interviewer », il expliqua : « C'est-à-dire aller la voir et lui demander ce qu'elle pense de tout cela. 38

Je pourrais y aller, moi, dit Betsy. Toi! s'écria Pip d'un ton de dédain. Tu lui raconterais aussitôt tout ce que nous avons découvert. Tu n'es pas capable de garder le plus petit secret. - Ce n'est pas vrai! répliqua Betsy. Depuis que j'ai six ans, je n'ai pas répété un seul secret. Tu le sais très bien. Taisez-vous, vous deux, ordonna Larry. Je pense que Daisy et Pip pourraient aller voir Mme Minns ensemble. Daisy sait se débrouiller pour ce genre de choses et Pip fera le guet, pour le cas où M. Brick ou « Cirrculez » passeraient dans les parages et risqueraient de deviner ce que Daisy est en train de faire. - Et moi, Larry, quels sont mes ordres? demanda Fatty, pour une fois d'un ton tout à fait humble. Toi et moi, nous bavarderons avec le chauffeur. Il a pu voir quelque chose en lavant la voiture, comme il le fait tous les matins. - Et moi? demanda Betsy, prête à pleurer. Je fais partie des Détectives, moi aussi. Toi, dit Larry, je ne vois vraiment pas à quoi tu peux être bonne. » Fatty eut pitié de Betsy : « Nous n'avons pas besoin de Foxy : il nous gênerait plutôt. Betsy pourrait peut-être le promener dans les champs? Il adore se promener et courir après les lapins. - Oh! oui, je pourrais faire ça! dit Betsy, souriante de nouveau. Et peut-être qu'en marchant, je trouverais un indice. » Tout le monde se mit à rire. « C'est cela, dit Larry. Tu trouveras un indice très important. Cours ! » Betsy s'en alla donc, avec Foxy sur ses talons. « Toi, lui dit-elle, tu vas chercher des lapins, et moi des indices. - Maintenant, Daisy et Pip, au travail! commanda Larry en se levant. Direction : Mme Minns.

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« Pip fera le guet... »

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- Quel prétexte lui donnerons-nous pour expliquer notre visite? demanda Daisy. - Je n'en sais rien, répondit le chef. Pensez-y vous-mêmes. Si tu ne trouves pas, Pip trouvera : un détective doit avoir de l'àpropos. - Ne partons pas tous ensemble, dit Pip. Partez les premiers, toi et Fatty, et voyez si le chauffeur est à son travail. Daisy et moi, nous nous mettrons en route un peu plus tard. » Larry et Fatty partirent donc. Ils suivirent la route jusqu'à la maison de M. Brick, qui était située en retrait de la route, au bout d'une avenue privée. Le garage était à côté de la maison. On entendait un homme siffler un air et de l'eau couler de ce côté-là. « II est en train de laver la voiture, dit Larry à voix basse. Viens. Nous allons faire semblant de chercher quelqu'un qui n'habite pas là, et puis nous lui demanderons s'il veut que nous l'aidions. » Les deux garçons remontèrent l'allée. Bientôt, ils arrivèrent en vue du garage, Larry aborda le jeune chauffeur qui arrosait la voiture avec une lance. « Bonjour, monsieur, dit Larry. Est-ce que Mme Thompson habite par ici? - Non, répondit le chauffeur. Ça, c'est la maison de M. Brick. - Pas de chance, fit Larry, d'un ton déçu. Quelle belle voiture ! s'écria-t-il ensuite. Une Rolls-Royce, répondit le chauffeur. Agréable i\ conduire. Mais elle est bien sale, aujourd'hui. Et il faut qu'elle soit propre pour quand M. Brick en aura besoin. - Nous allons vous aider, proposa Larry. Je vais l'arroser à votre place. J'ai l'habitude : je le fais souvent pour papa. » Aussitôt, les deux garçons se mirent au travail, et on en vint bientôt à parler de l'incendie du pavillon rosé. « Drôle d'histoire, dit le chauffeur, en frottant le 41

capot avec une peau de chamois. M. Brick était tout bouleversé en apprenant que ses papiers étaient détruits. Et puis voilà qu'on raconte maintenant que c'est quelqu’un qui a fait le coup exprès! Remarquez que, d'après Horace Peeks, s'il y a à s'étonner, c'est de voir que personne n'a encore donné une raclée à M. Brick, avec sa façon de traiter les gens. - Qui est Horace Peeks? demanda Larry, dressant l'oreille. - Moitié valet de chambre, moitié secrétaire, répondit le chauffeur. Mais il n'est plus là. Il est parti le jour de l'incendie. - Parti? Pourquoi cela? demanda Fatty d'un ton innocent. Mis à la porte, dit le chauffeur. M. Brick lui a payé ses huit jours, et il est parti. Mais avant ça, ils ont eu une de ces scènes! - A propos de quoi? demanda Larry. - Si j'ai bien compris, M. Brick avait découvert que Peeks lui empruntait de temps en temps ses costumes. Vous comprenez, Peeks et le patron, ils sont à peu près de la même taille, et Peeks aimait faire le gandin. Moi qui vous parle, je l'ai vu parader dans le costume bleu foncé de M. Brick, avec la cravate bleue à pois rouges de M. Brick et la canne à pommeau d'or de M. Brick! - Ça, alors! dit Fatty. Et quand M. Brick l'a découvert, il a dû prendre une belle colère et mettre Peeks à la porte. Peeks ne devait pas être content non plus. Vous pensez bien que non, dit le chauffeur. Il est venu me voir, et il m'a parlé du patron en des term.es!... J'étais gêné de l'entendre. Puis, vers onze heures, il est parti. Sa vieille mère habite dans le village à côté, et je pense qu'elle a été étonnée de voir son fils Horace rentrer à la maison à une heure pareille, ses bagages sur l'épaule.

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Les deux garçons, simultanément, avaient pensé : « Et si c'était Peeks qui avait brûlé le pavillon? Il faudra aller voir Peeks pour lui demander ce qu'il faisait ce soir-là. » A. ce moment, des rugissements retentirent, en provenance de la maison : « Alors, Thomas? Ça y est, cette voiture? Vous avez fini de raconter votre vie? Est-ce que je vous paie pour raconter votre vie, Thomas? - C'est le patron, dit le chauffeur à voix basse. Vous feriez mieux de filer. Merci pour votre aide. » Les deux garçons levèrent la tête. M. Brick, l'archéologue, se tenait à la fenêtre. « Tiens, voilà le père Brick! fit Larry. - Avec toutes ses collections archéologiques, dit Fatty, il devrait plutôt s'appeler Brick... -à-brac! » Larry se mit à rire : 43

« Maintenant, nous allons l'appeler Bric-à-brac, proposat-il. Il ne mérite pas autre chose, avec son charmant caractère ! - Je parie que c'est Peeks qui a mis le feu. Qu'est-ce que tu en penses, Larry? - Moi, je me demande si Daisy et Pip auront fait des découvertes aussi sensationnelles que nous. J'ai l'impression d'avoir entendu leurs voix quelque part. Retournons à la tonnelle : nous verrons bien s'ils nous apportent du nouveau. »

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CHAPITRE VI LES BAVARDAGES DE MADAME MINNS et Pip, eux aussi, s'étaient révélés d'excellents détectives. En approchant du jardin de M. Brick, ils s'étaient demandé sous quel prétexte ils pourraient s'introduire dans la cuisine. A ce moment, ils avaient entendu un faible miaulement. Daisy regarda dans la direction d'où provenait le bruit. « Tu as entendu? » demanda-t-elle. Le miaulement reprit. Les deux enfants se mirent à chercher et ils trouvèrent un petit chat blanc et noir qui avait grimpé dans un arbre et qui ne savait plus redescendre. DAISY

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« Pauvre minet! dit Daisy. Tu ne pourrais pas l'aider, Pip? » Pip escalada l'arbre et redescendit avec le petit chat; il le donna à Daisy qui se mit à le caresser. « Je me demande à qui il est? fit la petite fille. - Sûrement à Mme Minns, la cuisinière, repartit Pip. De toute façon, voilà notre prétexte tout trouvé. - C'est vrai », dit Daisy. Daisy et Pip entrèrent donc dans le jardin, remontèrent l'allée et allèrent frapper à l'entrée de service, qui se trouvait à un bout de la maison, tandis que le garage se trouvait au bout opposé. Une jeune fille d'environ seize ans balayait la cour. Une voix, qui semblait s'adresser à elle, sortait de la cuisine. « Ne laisse pas traîner de papiers dans la cour, Lily! La dernière fois, quand tu l'as balayée, tu y as laissé une bouteille cassée, la moitié d'un journal, et je ne sais plus quoi encore! Je me demande bien pourquoi ta mère ne t'a pas appris à te servir d'un balai et d'un four! De nos jours, les femmes s'imaginent que nous sommes faites, nous autres, pour tout apprendre à leurs filles, alors que nous avons assez de travail avec un patron difficile comme M. Brick, sans avoir à surveiller des paresseuses comme toi ! » Tout cela fut dit d'une seule traite, sans respirer. La jeune fille, apparemment, ne prêtait aucune attention à ce flux de paroles et continuait calmement à faire voler des nuages de poussière devant elle. « Bonjour, dit Pip. Est-ce que ce petit chat est à vous? Madame Minns! appela la jeune fille. Voilà des enfants qui rapportent le chaton. » Mme Minns apparut dans l'embrasure de la porte. C'était une grosse petite bonne femme, le souffle court et les manches roulées bien au-dessus de ses coudes potelés.

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« Ce chat est à vous? demanda Pip, pendant que Daisy exhibait leur capture. - Où est-il encore allé se fourrer? s'écria Mme Minns, en saisissant la petite bête et en la pressant contre son cœur. Pussy! Pussy! appela-t-elle. Le voilà, ton chaton! Tu l'avais encore perdu? Mauvaise mère, va! » Une grande chatte, noire et blanche, sortit de la cuisine et leva les yeux sur le petit chat, qui se mit à miauler et voulut sauter à terre. « Tiens, reprends-le, Pussy », dit Mme Minns. Elle le reposa à terre et il courut vers sa mère. « II ressemble tout à fait à sa maman, dit Daisy. - Elle en a encore deux autres, dit Mme Minns. Vous ne voulez pas entrer les voir? Ce sont des amours. Les chiens, je ne peux pas les souffrir, mais avec une chatte et des chatons, je suis heureuse. » Les deux enfants entrèrent dans la cuisine. La grande chatte s'était glissée dans un panier où étaient déjà installés deux petits chats, en tout point semblables au premier. « Est-ce que je peux rester et jouer un peu avec eux? demanda Daisy, qui pensait que ce serait un excellent prétexte pour bavarder avec Mme Minns. - Oui, si vous ne me dérangez pas dans mon travail », répondit Mme Minns en posant sur la table un sac de farine. Elle se préparait à faire de la pâtisserie. « Où habitez-vous? demanda-t-elle. Un peu plus loin, sur la route, dit Pip. Nous avons vu l'incendie, l'autre soir. » II n'en fallait pas plus pour lancer Mme Minns sur un sujet qui lui tenait particulièrement au cœur. Elle mit ses poings sur ses hanches et secoua la tête si énergiquement que ses grosses joues en tremblèrent. « Ça alors, quelle histoire! s'écria-t-elle. Figurez-vous, ce soir-là que... »

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Aussi bavarde que corpulente, la cuisinière oublia sa pâtisserie et entreprit le récit de ses malheurs, tandis que Daisy caressait tous les chats à la fois. « Figurez-vous que j'étais là, dans ma cuisine, en train de prendre une tasse de chocolat et de discuter de choses et d'autres avec ma sœur, dit Mme Minns. J'avais passé ma journée à nettoyer mes garde-manger et j'étais heureuse de pouvoir m'asseoir et me reposer un brin. Et puis voilà tout à coup que ma sœur me dit : « Maria, ça sent le brûlé! » Les enfants, passionnés par son récit, ne quittaient pas Mme Minns des yeux, et la brave femme était ravie d'avoir un public aussi attentif! « Alors moi, je dis à Anna -- Anna, c'est ma sœur : « Le brûlé? que je lui dis. Ce serait peut-être la soupe « qui brûle dans la marmite? » Et Anna, elle me dit : « Sûrement pas, Maria. Ça sent plus fort que ça! » Alors moi, je regarde par la fenêtre, et je vois le feu au fond du jardin. Vous avez dû avoir peur, dit Daisy. - « Eh bien, que je dis à ma sœur, on dirait que « c'est le cabinet de travail du patron qui brûle! Quelle « journée! Ça commence par M. Peeks qui se fait mettre « à la porte et qui s'en va avec armes et bagages! Ça « continue par M. Smellie qui a une de ces scènes avec « M. Brick, qu'on croirait qu'ils vont s'entre-tuer ! Ça « continue encore avec le vieux vagabond que M. Brick « prend sur le fait, pendant qu'il volait des œufs dans « le poulailler! Et ça finit par un incendie! » Les enfants ne perdaient pas une parole des confidences de Mme Minns. Apparemment, il y avait eu plus d'une querelle, ce jour-là, chez M. Brick. « Qui est M. Peeks? demanda Pip. - Le valet de chambre et le secrétaire du patron, répondit Mme Minns. Il ne se prenait pas pour rien, je vous jure. On n'avait pas d'atomes crochus, tous les 48

« ... et je vois le feu au fond du jardin.

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deux. Bon débarras, que j'ai dit, quand il est parti. Et ça ne m'étonnerait pas qu'il soit mêlé à cette histoire d'incendie. » A ce moment, Lily intervint : « M. Peeks est beaucoup trop bien élevé pour se mêler d'une histoire d'incendie, déclara-t-elle, en jetant son balai dans un coin. Si vous voulez mon avis, c'est M. Smellie qui a fait le coup. Voilà encore un drôle de bonhomme, celui-là! renchérit la cuisinière. Je me demande ce que peut bien faire sa gouvernante. Elle ne lui répare rien du tout. Il se promène avec des trous à ses chaussettes, ses vêtements déchirés, son chapeau pas brossé! Et pourtant on dit qu'il est très savant, et que pour ce 'qui est des vieux grimoires, il en sait plus que n'importe qui. - Pourquoi s'est-il querellé avec M. Brick? demanda Pip. - Sait-on seulement! dit Mme Minns. Ils ne font pas autre chose, ces deux-là. Ils, sont savants l'un et l'autre, mais ils ne sont pas d'accord sur ce qu'ils savent. De toute façon, le vieux M. Smellie, il a quitté la maison en bougonnant et il a claqué la porte si fort, en sortant, que mes casseroles en sont presque tombées du mur! Mais pour ce qui est de mettre le feu à la maison, il ne faut pas écouter Lily. M'est avis que M. Smellie ne saurait même pas se servir d'une allumette! M. Peeks, lui, ça ne m'étonnerait pas qu'il ait assez d'astuce pour se venger de ce que M. Brick lui a fait. Jamais! dit Lily, qui paraissait décidée à défendre le valet de chambre. C'est un jeune homme comme il faut, M. Peeks. Vous n'avez pas le droit de parler de lui de la sorte, madame Minns! - De quoi? s'écria Mme Minns, en colère. Si tu te figures que tu peux parler sur ce ton-là à une personne comme moi qui t'est en tout point aînée et supérieure, laisse-moi te dire que tu te trompes! Non, mais dites donc! 50

C'est toi, maintenant, qui vas m'apprendre ce que j'ai le droit de dire? Attends un peu de savoir nettoyer proprement un plancher, et enlever la poussière sur le dessus des tableaux, et repérer une toile d'araignée qui te crève les yeux, avant de me répondre! • Je ne vous répondais pas, dit la pauvre Lily. Tout ce que j'ai dit, c'est que... - Ah! tu ne vas pas recommencer! » glapit Mme Minns, en martelant la table de son rouleau à pâtisserie. « Commence par aller me chercher la bassine, si tu te rappelles où tu l'as mise hier. Et pas de discussion. Tu as compris? » L'histoire de la bassine et des défauts de Lily n'intéressait pas du tout les enfants. Ce qui les intéressait, c'étaient les gens avec qui M. Brick s'était querellé et qui, par conséquent, pouvaient lui en vouloir. Apparemment M. Peeks et M. Smellie avaient chacun une dent contre M. Brick. Et le vagabond? « Est-ce que M. Brick était très fâché contre le vagabond quand il l'a trouvé en train de voler des œufs? demanda Pip. Fâché? répéta Mme Minns. On n'entendait que lui dans la maison et dans le jardin. Dès que je l'ai eu entendu, je me suis dit : « Tiens, voilà le patron qui « recommence! » Ah! dommage qu'il ne passe pas de temps en temps sa mauvaise humeur sur cette fainéante de Lily! » Lily revint en portant la bassine qu'elle jeta, plus qu'elle ne la posa, sur la table. Les enfants ne pouvaient s'empêcher de plaindre la jeune fille. « Pas besoin de casser le matériel, dit Mme Minns. Je ne sais pas de quel pied tu t'es levée, Lily, mais ce que tu peux être désagréable aujourd'hui! Allez laver l'escalier de service, mademoiselle Lily! Ça vous fera du bien. » Lily sortit, en traînant derrière elle un grand seau.

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« Parlez-nous du vagabond, fit Pip. A quel moment M. Brick l'a-t-il surpris? - C'était le matin, dit Mme Minns, en commençant à rouler la pâte. Le vieux bonhomme avait commencé par venir ici, tout geignant et pleurant, pour demander l'aumône. Je l'ai envoyé promener. Alors il a dû faire le tour par le jardin, pour aller au poulailler. Et le patron l'a vu probablement par la fenêtre du pavillon. Alors, il a commencé à crier et à dire qu'il allait appeler la police, et j'ai vu passer le vagabond devant la porte de la cuisine, comme s'il avait le diable à ses trousses. - Peut-être est-ce lui qui a mis le feu au pavillon? » suggéra Pip. Mais Mme Minns tenait à son candidat : « Pensez-vous! ditelle. C'est Peeks. Un fripon, voilà ce que c'était, ce garçon. La nuit, quand tout le monde était couché, il se levait pour fouiller dans mon garde-manger et il emportait un pâté en croûte, ou des gâteaux,

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ou ce dont il avait envie ce jour-là. Comme je dis toujours, qui vole un œuf, vole un bœuf. Et qui vole un bœuf peut bien brûler une maison. » Tout à coup, des rugissements ébranlèrent les murs. Mme Minns dressa l'oreille : « Ça, dit-elle, c'est le patron. Il a dû trébucher sur quelque chose. » Pussy, qui était allée se promener, entra dans la cuisine en coup de vent, sa fourrure toute gonflée, tous ses poils dressés. Mme Minns poussa un cri d'horreur : « Pussy! Ma petite Pussy! Il t'a encore marché dessus! Pauvre mignonne chérie! » La pauvre mignonne chérie se retira sous la table en crachant. Les trois petits chats, dans leur panier, se levèrent et crachèrent aussi, de frayeur. M. Brick, rouge de colère, fit son apparition dans la cuisine. « Madame Minns, rugit-il, j'ai encore manqué de tomber par la faute de votre maudite chatte. Combien de fois devrai-je vous répéter que vous devez vous considérer responsable des agissements de cet animal? Je finirai par la faire noyer. - Monsieur, répliqua Mme Minns en jetant son rouleau à pâtisserie sur la table, le jour où vous noierez ma chatte, je quitterai votre maison pour ne plus y revenir. » M. Brick jeta à la cuisinière un regard qui montrait qu'il aurait aimé noyer la chatte et Mme Minns ensemble. « Je me demande bien quel plaisir vous pouvez trouver à conserver un animal aussi répugnant! Grands dieux! Qu'est-ce que je vois dans ce panier? Toutes ces petites horreurs sont à vous aussi? - Ils sont à Pussy, répondit Mme Minns avec dignité. Et je leur ai trouvé de bons maîtres, dans des maisons comme il faut, pour quand ils seront plus grands. »

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A ce moment, M. Brick aperçut les deux enfants et parut aussi mécontent de les voir qu'il l'avait été en voyant les petits chats. « Et ces enfants! s'écria-t-il. Qu'est-ce qu'ils font ici? Ah! madame Minns, je ne sais pas à quoi vous pensez d'embouteiller votre cuisine avec une tribu de chats et une tribu de gosses plus insupportables les uns que les autres! Dites-leur de me débarrasser le plancher. » II déposa sur une table le verre qu'il avait à la main, et quitta la pièce. Mme Minns le suivit d'un regard furibond et lorsqu'elle fut bien sûre qu'il ne pouvait plus l'entendre : « Si votre pavillon était encore debout, j'irais y mettre le feu de ce pas! » cria-t-elle. Pussy se frottait à sa jupe en ronronnant. Mme Minns se pencha pour la caresser : « Le grand méchant monsieur, il t'a marché dessus? demanda-t-elle d'une voix tendre. Il a dit de vilaines

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choses sur tes chers petits chatons? Allons, allons, il ne faut pas l'écouter, Pussy. — Nous allons partir », dit Daisy, craignant que M. Brick n'entendît les récriminations de la cuisinière et ne revînt encore plus furieux. « Merci beaucoup pour nous avoir permis de jouer avec les petits chats et pour nous avoir raconté tant de choses, madame Minns. C'était très intéressant. » Mme Minns, toute contente, donna un petit pain d'épice à chacun des deux enfants. Ils la remercièrent et sortirent de la maison, ravis d'avoir glané tant de renseignements. « Maintenant, fit Pip, il va falloir qu'on classe tout ça méthodiquement, et ce ne sera pas facile. Il y a trois personnes qui ont pu incendier le pavillon. Et tu sais, Daisy, si M. Brick parle toujours aux gens sur le même ton qu'aujourd'hui, je pense qu'il doit y avoir au moins vingt personnes qui seraient contentes de se venger de lui! »

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CHAPITRE VII LE VAGABOND,

« CIRRCULEZ » ET FATTY

quatre enfants se retrouvèrent dans la tonnelle; ils avaient tous quelque chose à raconter. Seuls Betsy et Foxy n'étaient pas encore rentrés, mais il n'était pas question de les attendre. « Nous avons vu le chauffeur. Il s'appelle Thomas, dit Larry. Il nous a parlé d'un valet de chambre, Peeks. Peeks a été chassé le jour de l'incendie parce qu'il portait les habits de M. Brick. — Je suis sûr que c'est lui qui a fait le coup, dit Fatty. Il faudra que nous nous renseignions sur lui. Il habite dans le village d'à-côté. — Oui, dit Daisy, mais écoutez : ça pourrait aussi être le vieux M. Smellie. » LES

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Elle raconta à Larry et à Fatty tout ce que Mme Minns avait dit. Puis, Pip parla du vagabond qui avait été pris à voler des œufs. Puis, Daisy décrivit l'attitude de M. Brick quand il était entré dans la cuisine et qu'il avait grondé Mme Minns à cause de la chatte. « Ils se sont querellés pour de vrai, déclara Daisy, et Mme Minns a dit, quand M. Brick est parti, que si son pavillon n'avait pas déjà brûlé, elle l'aurait brûlé elle-même avec plaisir. — Alors, dit Larry, c'est peut-être elle, l'incendiaire. Si cette envie lui est venue aujourd'hui, elle a très bien pu lui venir aussi il y a deux jours. Si quelqu'un avait des facilités pour le faire, c'est bien elle. — Déjà quatre suspects, annonça Fatty. Le vagabond, M. Smellie, M. Peeks et Mme Minns. Décidément, nous progressons. — Ça, je n'en sais rien! répliqua Larry. Plus nous trouvons de suspects, plus l'enquête devient difficile. Je ne vois pas du tout comment nous allons faire pour découvrir le coupable. — Nous devons vérifier les occupations des quatre suspects, dit Fatty raisonnablement. Par exemple, si nous découvrons que M. Smellie était à cent kilomètres d'ici le soir où le pavillon rosé a brûlé, nous pouvons le rayer de la liste. Si nous trouvons que Horace Peeks a passé la soirée avec sa mère, nous pouvons le rayer aussi. Et ainsi de suite. — Nous découvrirons probablement que les quatre suspects se trouvaient dans les environs du pavillon rosé, déclara Pip, pessimiste. Et comment faire pour retrouver le vagabond? Un vagabond, ça vagabonde. Ça fait des dizaines de kilomètres et personne ne sait où ça va. — Le vagabond, ce sera difficile, dit Daisy. Très difficile. Nous ne pouvons pas organiser une battue pour le retrouver. Et si nous ne le retrouvons pas, nous ne

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pouvons guère lui demander si, oui ou non, il a mis le feu au pavillon rosé. — Inutile, ma petite! répliqua Larry. Tu oublies nos indices. — Comment cela? — Eh bien, il nous suffira de découvrir quelle pointure il chausse, si ses souliers ont des semelles de caoutchouc avec des croisillons en relief, et s'il a une veste de flanelle grise. — Il n'a pas de veste en flanelle grise, dit Fatty. Je vous l'ai dit : il a un imperméable. — Il pourrait avoir une veste en flanelle grise sous l'imperméable, fit Daisy après avoir réfléchi un moment. Il aurait pu enlever son imperméable pour une raison quelconque. » Les autres ne se rallièrent pas à cette suggestion, mais ils ne proposèrent rien de mieux. « Nous aurons toujours le temps de parler flanelle et imperméable quand nous aurons retrouvé le bonhomme, dit Pip. — Tiens, voilà Foxy qui aboie, dit tout à coup Fatty. Et la voix de Betsy qui l'appelle! Nous avons des tas de choses à lui raconter, dites donc! » A ce moment, ils entendirent les pas de Betsy qui courait vers la tonnelle à travers le jardin. Les quatre aînés allèrent à sa rencontre. Foxy se jeta vers eux en aboyant joyeusement. « Betsy! Nous avons du nouveau! cria Larry. — On s'est bien amusé! » cria Daisy. Mais Betsy ne les écoutait pas. Ses yeux brillaient, ses joues étaient rouges et elle pouvait à peine parler. « Pip! Larry! J'ai trouvé un indice! J'ai trouvé un indice! haletait-elle. — Hein! Quoi? demandèrent les autres en chœur. — J'ai trouvé le vagabond, reprit la fillette. C'est le plus gros indice que nous ayons découvert, n'est-ce pas? »

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Larry commença à lui expliquer la différence entre un indice et un suspect, mais les autres l'interrompirent : « Betsy, tu es bien sûre que tu as trouvé le vagabond? demanda Pip. Et nous qui croyions que ce serait impossible ! - Où est-il? demanda Fatty, prêt à aller le voir tout de suite. — Et comment sais-tu que c'est le bon? demanda Daisy. - Parce qu'il porte un vieil imperméable tout crotté et un vieux chapeau avec un trou, comme Fatty nous l'avait décrit, dit Betsy. - Oui, dit Fatty, il avait un trou dans son chapeau. Betsy, dis-nous où il est. » Betsy, essoufflée, se laissa tomber dans l'herbe et commença son récit : « Eh bien, j'étais allée me promener avec Foxy, qui est très amusant à promener parce qu'il s'intéresse à tout. Nous sommes passés par la route, puis par les champs, et nous avons longé la rivière, loin, loin. Nous avons fini par arriver dans un champ où il y avait des moutons et de petits agneaux et un hangar à foin. » Foxy jappa, comme s'il voulait raconter son exploit. Betsy lui mit le bras autour du cou. « Oui, mon chien, dit-elle, c'est toi qui as trouvé le vagabond. Moi, je marchais tranquillement, et voilà tout à coup que Foxy tombe en arrêt, son poil se hérisse, et il grogne! Râââââouf! compléta Foxy obligeamment. - Il comprend vraiment tout ce que nous disons! s'écria Betsy. Donc, Foxy s'était mis à grogner, et puis à avancer vers le hangar avec une drôle de démarche raide, comme s'il avait des rhumatismes. - Les animaux marchent ainsi quand ils ont peur ou quand ils sont en colère, expliqua Fatty en souriant à Betsy. Continue, ma fille. 59

Foxy s'était mis à grogner...

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— Alors, j'ai suivi Foxy en essayant de ne pas faire de bruit, reprit Betsy. Je croyais que nous trouverions un chat ou un rat de l'autre côté du hangar. C'était le vagabond! — Ça alors! dit Larry, et Pip poussa un sifflement. — Tu es un détective épatant, Betsy, dit Fatty, sincèrement. —- J'avais tellement envie de trouver quelque chose! répondit Betsy. Mais en réalité, ce n'est pas moi, c'est Foxy, n'est-ce pas? — Foxy n'aurait rien trouvé du tout si tu ne l'avais pas emmené se promener, dit Larry. Et qu'est-ce qu'il faisait, ton vagabond? — Il dormait, fit Betsy. Il ne s'est même pas réveillé quand Foxy est allé lui renifler la plante des pieds. — La plante des pieds! s'écria Pip. Et quelles chaussures portait-il? Avait-il des semelles en caoutchouc? » Betsy sembla consternée : « Je n'ai pas pensé à regarder, fit-elle. J'aurais pu, pourtant, puisqu'il était endormi. Mais j'étais si contente de l'avoir trouvé, que je n'ai pas pensé à regarder ses semelles. — Alors, pas de temps à perdre! s'écria Pip en bondissant sur ses pieds. Peut-être dort-il encore. Courons. Nous regarderons ses chaussures et ses vêtements et Fatty nous dira si c'est celui qu'il a vu dans le jardin de M. Brick. » Et voilà nos cinq détectives et leur chien courant à travers champs vers la rivière. Ils étaient si pressés parce qu'ils craignaient que le vagabond ne s'en allât! Betsy avait eu bien de la chance de le trouver : il fallait en profiter. Ils approchèrent du hangar, et entendirent ronfler. Donc, le vagabond était encore là. Fatty prit Foxy par le collier et contourna le tas de foin, à pas de loup.

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De l'autre côté, un vieil homme déguenillé dormait. Il avait une barbe grise tout emmêlée, des sourcils touffus, un nez rouge et de longs cheveux mal peignés qu'on voyait apparaître sous un horrible vieux chapeau. Fatty le dévisagea et alla retrouver ses amis. « Oui, chuchota-t-il, c'est bien celui-là. Mais comment faire pour écarter son imperméable de façon à voir s'il porte une veste grise? Et ses pieds sont repliés sous lui. Il va falloir se mettre à plat ventre pour voir comment sont ses semelles. - J'y vais, dit Larry. Vous autres, attention à Foxy et faites le guet. » A son tour, Larry contourna le tas de foin et s'approcha sans bruit du vagabond, qui ronflait toujours. Larry s'assit à côté de lui et tendit le bras pour écarter l'imperméable et voir la couleur de la veste. Le pantalon qui dépassait par en bas était si vieux et sale qu'il était impossible de deviner de quelle couleur il avait été dans sa jeunesse. Le vagabond bougea et Larry retira sa main. Il décida d'essayer de regarder la semelle des souliers du vieil homme. Il s'accroupit donc, et appliqua sa tête contre le sol. Soudain, le vagabond ouvrit les yeux. Il regarda Larry avec l'air du plus profond étonnement. « Qu'est-ce que tu fais? » demanda le vieux. Larry sursauta violemment. « Tu me prends pour le roi d'Angleterre? C'est pour ça que tu te mets à genoux devant moi, ou quoi? Va-t'en d'ici. Je ne peux pas souffrir les enfants. On devrait inventer un moyen pour les supprimer tous ! » II se recoucha et ferma de nouveau les yeux. Larry attendit quelques secondes, puis il se prépara à couler un nouveau coup d'œil vers les semelles de l'irascible vagabond. Mais, à ce moment, il entendit siffler de l'autre côté du hangar. Donc, quelqu'un approchait. Il

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faudrait attendre que l'importun s'en allât. Larry rejoignit ses amis. « Qu'est-ce qui se passe? demanda-t-il. - C'est « Cirrculez » qui arrive », dit Fatty. Larry regarda, tout en restant dissimulé par le tas de foin. Le policeman suivait un sentier qui ne passait pas par le hangar. On pouvait espérer qu'il serait bientôt parti. Mais tout en marchant, il aperçut le vagabond endormi dans le foin. Les enfants se rejetèrent en arrière, tandis que M. Groddy changeait de direction et allait vivement vers le hangar. Une échelle, était adossée au las de foin et Larry fit monter Betsy et les autres. Fatty portait son chien dans ses bras. Là-haut, les détectives couraient moins de risques qu'en bas d'être découverts. Le policeman approchait sans bruit. Les enfants, du liant de leur cachette, le virent tirer un carnet. Fatty pinça Larry en apercevant la page que M. Groddy venait d'ouvrir :

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« Regarde! Il a le même dessin que nous! Il a copié l'empreinte. Il est plus malin que nous ne le pensions. » « Cirrculez » s'approcha du vagabond sur la pointe des pieds et essaya de distinguer quelles chaussures il portait. Puis, pour voir les semelles, il s'agenouilla, et regarda par en dessous. A ce moment, le vagabond s'éveilla. Il fut tout surpris de trouver un policeman prosterné devant lui. Un petit garçon, c'était déjà curieux, mais un policeman, cela dépassait la mesure ! Le vagabond se mit debout en poussant un rugissement : « Ça commence par un gosse et ça continue par un policeman! Que veulent dire toutes ces courbettes? » Et il enfonça son vieux chapeau troué sur sa tête. « Je désire inspecter vos souliers, dit Cirrculez. — Surtout n'oubliez pas les lacets, répliqua le vieux. — C'est les semelles que je veux voirr, répondit le policeman sans se démonter. — Vous êtes policier ou cordonnier? demanda le vagabond, qui perdait patience. Montrez-moi de plus près vos boutons d'uniforme, et je vous montrerai peut-être les semelles de mes souliers. » M. Groddy, le soufflé plus court, devint tout à coup très rouge. Il referma son carnet. « Venez au poste! » commanda-t-il. Mais le vagabond ne l'entendait pas de cette oreille. Il tourna les talons et partit à travers champ, plus vite qu'on ne l'aurait cru possible. « Cirrculez » poussa un cri de rage et se lança à sa poursuite. Alors Fatty, qui se penchait pour mieux voir, tomba du tas de foin et atterrit au sol avec un grand bruit et un cri de frayeur qui obligèrent le policeman à s'arrêter sur place, stupéfait. « Qu'est-ce que tout ça veut dirre? » demanda-t-il, en jetant des coups d'œil furibonds à Fatty. Puis, levant les yeux, M. Groddy aperçut les autres enfants, qui se penchaient pour voir si Fatty ne s'était 64

pas brisé les os. La colère du policeman ne connut plus de bornes. « Voulez-vous descendre de là-haut! rugit-il. Toujourrs des enfants dans mes jambes! Attendez un peu que le ferrmier vous attrrape! En voilà des façons, d'espionner les gens! » Fatty poussa un gémissement terrible. Le policeman, partagé entre son désir de courir après le vagabond et son envie de tirer les oreilles à Fatty, se jeta sur la victime la plus proche. « Ne me touchez pas! glapit Fatty. Je me suis cassé la jambe droite, le bras gauche, disloqué les deux épaules et luxé l'appendice! » Sincèrement, il se croyait à moitié mort. Avec un cri de frayeur, Betsy sauta à bas du tas de foin, pour secourir Fatty, et les autres descendirent à sa suite, tandis que Foxy exécutait une danse guerrière autour des chevilles de « Cirrculez » qui lui lançait, en vain, des coups de pied. « Cirrculez! hurlait « Cirrculez ». Les chiens et les enfants, cirrculez! Il y aurra donc toujourrs des enfants pour me dérranger dans mon trravail? Maintenant, voilà que mon homme est parrti et que je ne pourrrrai plus l'interrrroger. » II attendit de voir si Fatty était réellement blessé. Mais le garçon était si bien rembourré, qu'il s'en tirerait avec quelques bleus. Dès que le policeman eut constaté que les enfants s'occupaient de leur ami, le brossaient et le consolaient, il sortit du hangar pour voir si le vagabond était encore en vue. Ne l'apercevant pas, il revint aux enfants : « Maintenant, leur dit-il, cirrculez ! Et que je ne vous y rreprrenne plus! Comprris? » Puis, très digne, M. Groddy s'éloigna sans se retourner. Les enfants se regardèrent :

« Tout marchait si bien avant l'arrivée de « Cirrculez »,

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soupira Daisy. Je me demande où le vagabond a pu aller. — Moi, je rentre, dit Fatty, d'un ton piteux. Je ne me sens pas bien du tout. — Je vais te ramener, répondit Daisy. Viens avec nous, Betsy. Et vous deux, vous allez peut-être essayer de retrouver le vagabond? — Certainement, dit Larry. Il ne doit pas être très loin. — Et « Cirrculez » qui était sur la même piste que nous ! remarqua Pip. Mais il n'a pas notre bout de flanelle grise. Nous conservons encore l'avantage. »

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CHAPITRE VIII A PROPOS DE BOTTES et Pip prirent le pas gymnastique et rencontrèrent bientôt un paysan à qui ils demandèrent s'il n'avait pas vu un vagabond s'éloigner dans la direction qu'ils suivaient. « Pour sûr que je l'ai vu! répondit l'homme. Il est parti par là-bas. » Et il indiqua un petit bois, à quelque distance de là. Les garçons repartirent en courant et se glissèrent dans les fourrés. Ils sentirent bientôt une odeur de fumée et, se guidant au flair, ils débouchèrent dans une clairière. Là, assis sur un tronc d'arbre, ils trouvèrent le vieux vagabond en train de faire cuire quelque chose sur un LARRY

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feu de bois. Il avait ôté son chapeau, et ses cheveux crasseux pendaient en mèches autour de son visage. En apercevant Larry, il fronça le sourcil. « Encore toi? s'écria-t-il. Veux-tu t'en aller d'ici! Qu'est-ce que c'est que cette manie de me suivre partout? Je n'ai rien fait. — Si, dit Larry, sans reculer. Vous avez essayé de voler des œufs dans le poulailler de M. Brick. Mais ce n'est pas pour cela que nous vous cherchons. — M. Brick! Il s'appelle M. Brick, celui-là, répéta le vagabond. Eh bien, je ne lui ai rien volé du tout. Je ne suis pas un voleur : tout le monde vous le dira. — Alors pourquoi vous cachiez-vous dans le fossé, au fond du jardin? » demanda Larry. Le vagabond parut surpris. « Ce n'est pas moi qui étais caché dans le fossé, déclara-t-il. Sûrement pas. Je pourrais vous en raconter, des choses. Mais je préfère me taire. C'est vous qui m'avez mis ce policier aux trousses, pas vrai? — Non, répondit Larry. Il passait et il vous a vu par hasard. Il ne savait même pas que nous étions là. — Menteries ! répliqua le vieux. C'est vous qui m'avez mis ce policeman aux trousses. Je ne vais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas. Mais il s'en est passé, de drôles de choses ce soirlà! Oh oui! » Tout à coup, le vieux poussa un gémissement et se frotta le pied droit. Son gros orteil dépassait par le devant, car le soulier était trop petit. Le vagabond ôta le soulier et se frotta le pied, qu'une chaussette toute trouée découvrait presque entièrement. Les garçons regardèrent le soulier que le vagabond avait jeté à terre. On voyait parfaitement la semelle. C'était une semelle de cuir et si usagée que l'humidité passait au travers. « Pas en caoutchouc, chuchota Larry à Pip. Donc, ce n'est pas lui qui se cachait dans le fossé. Et il ne doit

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rien savoir du tout, je parie. Et regarde sa veste : elle est verte de vieillesse, pas grise. — Qu'est-ce que vous chuchotez encore? demanda le vagabond. Allez-vous-en, je vous dis. Est-ce que je ne peux plus vivre en paix? Je ne fais de mal à personne, et voilà que les gosses et les policiers ne me laissent plus une minute de paix. Je serais heureux comme un roi si seulement j'avais une paire de chaussures à ma taille. Vous n'avez pas de chaussures qui m'iraient? — Quelle pointure chaussez-vous? demanda Pip, pensant qu'il pourrait demander à son père de vieilles bottes usagées pour le pauvre vagabond qui avait mal aux pieds. — Comment voulez-vous que je sache? répliqua le vieux. Jamais acheté de chaussures de ma vie ! — Eh bien, j'essaierai tout de même de vous apporter une vieille paire de bottes de papa, dit Pip. Mieux encore, venez les chercher. J'habite dans la maison rouge, sur la même route que M. Brick. Venez demain et j'aurai peut-être des bottes pour vous. — Vous allez encore me dénoncer à ce policeman, si je viens, grommela le vagabond, en prélevant une substance bizarre dans la gamelle qui chauffait sur le feu, e( en commençant à manger avec ses doigts. Ou si ce n'est pas vous, ce sera votre M. Brick. Celui-là, il devrait l'aire attention. Je sais des choses sur lui et sur toute sa maison, moi. Je l'ai entendu crier après plus d'une per-nonne, ce jour-là. Oh oui! Et il s'est passé de drôles de choses. Mais je ne veux pas m'en mêler, que je vous dis. » Larry regarda sa montre. « II commence à se faire tard. On va partir, dit-il. M .lis venez chez Pip demain, et vous nous raconterez tout ce qui vous tracasse. Nous ne vous dénoncerons pas. » Les garçons quittèrent le vieux et rentrèrent à la maison en courant. « Maman, demanda Pip, est-ce que papa n'aurait pas

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une vieille paire de bottes dont il n'aurait plus besoin? — Pour quoi faire? demanda Mme Hilton. __ Parce que je connais quelqu'un à qui cela rendrait service, dit Pip. Il a les orteils qui lui sortent par le devant des souliers. — C'est un vieux vagabond, dit Betsy. — Mais oui, dit Pip. Mais tu nous as toujours appris à essayer d'aider les gens qui sont plus malheureux que nous, maman. __ Ah! très bien, dit Mme Hilton. Finis de manger, et après je chercherai s'il n'y a pas une paire de vieilles bottes que tu pourrais prendre. » Dès qu'il eut terminé son repas, Pip courut retrouver Betsy sous la tonnelle. « Betsy! Comment va Fatty? — Très bien, dit Betsy. Mais il a de très jolis bleus. Je n'en avais- jamais vu d'aussi jolis. Il va s'en vanter pendant trois semaines. Et vous deux, vous avez retrouvé le vagabond? 70

— Oui, mais ce n'est pas lui qui était caché dans le fossé ni qui s'est pris la veste dans les ronces, dit Pip. Nous avons vu ses souliers et sa veste. Il a entendu toutes les scènes qu'a faites M. Brick. Nous allons l'interroger demain, Larry et moi, quand il viendra chercher ses bottes. Je crois qu'il nous dirait des tas de choses s'il était certain que nous ne mettrons pas la police après lui. Peut-être même a-t-il vu la personne qui se cachait dans le fossé. — Oh! fit Betsy, impressionnée. Dis donc, Pip, n'est-ce pas que c'était drôle quand le vagabond s'est réveillé et qu'il a trouvé Larry agenouillé devant lui, et après « Cirrculez » qui faisait la même chose? — Oui, très drôle! acquiesça Pip en souriant. Tiens, voilà Fatty et Foxy qui arrivent. » Fatty fit son entrée en boitillant, la démarche très raide. Il n'arrivait pas à décider s'il allait solliciter l'admiration de ses amis, en parlant de sa chute avec indifférence, ou leur pitié, en leur racontant à quel point il s'était fait mal. Pour l'instant, il avait choisi l'attitude héroïque. Il sourit d'un pâle sourire à Betsy et à Pip et s'assit précautionneusement. « As-tu très mal? demanda Betsy, inquiète. -— Oh! ça va, répondit Fatty, vaillamment. Une chute, du haut d'un tas de foin, qu'est-ce que c'est? Rien du tout! Ne vous inquiétez pas pour moi. » Les autres le regardèrent avec admiration. « Voulez-vous voir mes bleus? proposa Fatty. — Je les ai déjà vus, dit Betsy, mais j'aimerais bien les revoir. Moi, j'aime les bleus quand ils deviennent jaunes. Pip, tu n'as pas encore vu les bleus de Fatty. » Pip était partagé entre son envie de voir les bleus et son désir de ne pas laisser Fatty en faire trop de cas. Mais Fatty n'attendit pas sa réponse. Il commença à ôter ses vêtements et à exhiber des bleus de toutes les formes

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et de toutes les dimensions. Indéniablement, c'étaient de très beaux bleus. « Je n'en ai jamais vu d'aussi superbes! s'écria Pip, incapable de cacher son admiration. Moi, je n'en ai jamais, des bleus comme ça! Comme tu vas être joli, quand ils seront jaune vert! - Je fais toujours des bleus sensationnels, dit Fatty. Une fois, j'ai heurté le poteau des buts en jouant au football, et j'ai eu un bleu qui avait exactement la forme d'une grosse cloche. Bizarre, n'est-ce pas? Oh! j'aurais aimé le voir, dit Betsy. - Et une autre fois, poursuivit Fatty, quelqu'un m'a donné un grand coup avec un bâton, et le lendemain matin, j'avais un bleu en forme de serpent. » Pip ramassa un bâton : « Si tu veux encore un serpent, proposa-t-il, tu n'as qu'à me dire où tu veux que je te le fasse. » Fatty se vexa : « Pas de blagues! s'écria-t-il. - Alors, cesse de nous parler de cloches et de serpents. Betsy n'a qu'à dire « C'est merveilleux » ou « Comme j'aurais aimé voir ça », et tu inventes des histoires à dormir debout! Tiens, voilà Larry et Daisy. » Fatty n'osa plus parler de ses bleus, et pourtant il aurait bien voulu les montrer aux deux nouveaux arrivants. Quant à Larry, il avait dressé ses plans tout en dînant, et il ne pensa même pas à demander à Fatty comment il se sentait après sa chute. « Ecoutez-moi, dit Larry. J'ai pensé à « Cirrculez ». C'est bien ennuyeux qu'il ait découvert les empreintes. Il ne faut tout de même pas qu'il trouve le mot de l'énigme avant nous. Il est possible qu'il pense à M. Peeks et à M. Smellie, comme il a pensé au vagabond. Il faut que nous devancions « Cirrculez » à tout prix. Ce serait trop vexant s'il arrivait au but avant nous. 72

- Bien sûr! » s'écrièrent tous les enfants, et Foxy remua la queue. « II faut voir le valet de chambre, Peeks. C'est très important, reprit Larry. Le vagabond, je ne le soupçonne plus depuis que j'ai vu ses souliers et sa veste. De toute façon, s'il avait mis le feu à la maison, il aurait quitté la région le plus vite possible. Or, il est resté. Moi, je pense que c'est Peeks l'incendiaire. Il faut le prouver. - Bien entendu! répondirent les autres. - Demain, je vais interroger le vagabond d'un peu plus près, annonça Larry, du ton d'un commissaire de police. Il peut sûrement nous dire des tas de choses. Fatty et Daisy, vous pourriez peut-être vous occuper de Peeks? Pip et Betsy resteront avec moi. - Parfait! » s'écrièrent Fatty et Daisy d'une seule voix. Une course de vitesse s'engageait entre « Cirrculez » et les enfants, qui voulaient absolument arriver les premiers.

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CHAPITRE IX A LILY DE JOUER! se sentait tout courbatu et n'avait plus envie de faire de recherches ce jour-là. Aussi Larry, Pip et Daisy le laissèrent-ils dans le jardin, à lire tranquillement, en compagnie de Betsy et de Foxy. « Allons voir Mme Minns, proposa Daisy. - D'accord, acquiesça Larry. D'ailleurs, il faudrait que nous regardions d'un peu plus près si Mme Minns n'a pas pu, elle-même, mettre le feu à la maison. J'ai l'impression que ce n'est pas elle, mais un détective ne doit pas se fier à ses impressions. Et puis, il nous faut l'adresse de Horace Peeks. - Nous allons porter du poisson à Pussy, la chatte, FATTY

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dit Daisy. Je crois qu'il en reste et je pense que la cuisinière me le donnera. Mme Minns sera ravie de nous voir si nous apportons des gâteries à Pussy. » La cuisinière leur donna une tête de poisson, enveloppée dans du papier. Foxy voulut suivre Daisy, mais Fatty le retint fermement par le collier. « Ce n'est pas la peine qu'il vienne, dit Daisy. Il se jetterait sur Pussy et alors Mme Minns se jetterait sûrement sur nous ! » Lorsqu'ils furent en chemin : « Tu me laisses parler, Daisy », commanda Larry. Daisy se mit à rire : « Tu ferais mieux de dire ça à Mme Minns, si tu as l'intention de placer un mot », fit-elle. Ils arrivèrent à l'entrée de service; la porte de la cuisine était ouverte. Ils regardèrent à l'intérieur. Lily riait seule et elle écrivait une lettre. On aurait dit qu'elle venait de pleurer. « Où est Mme Minns? demanda Larry. En haut, répondit Lily. Elle est en colère. J'ai renversé un pot de lait sur elle et elle est persuadée que je l'ai fait exprès. - Étiez-vous là, le soir de l'incendie? » demanda Larry. Lily secoua la tête. « Où étiez-vous, alors? demanda Larry. Vous n'avez pas vu l'incendie du tout? Je l'ai vu, quand je suis rentrée, dit Lily. Et vous n'avez aucun besoin de savoir où j'étais. Cela ne vous regarde pas, d'abord. Bien sûr, fit Larry, surpris de la violence de Lily. Ce que je ne comprends, c'est pourquoi Mme Minns mi sa sœur n'ont pas senti le brûlé dès que l'incendie a commencé.. La voilà, la sœur de Mme Minns », dit Lily. Une très grosse femme, avec des yeux pétillants sous

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un grand chapeau à fleurs, venait de s'arrêter devant la porte de la cuisine. Elle parut surprise de voir les enfants. « Bonsoir, madame Jones, dit Lily d'un ton malgracieux. Mme Minns est en haut, en train de se changer. Elle sera là dans une minute. » Mme Jones entra et se laissa tomber dans un rocking-chair, tout en reprenant son souffle. « Quelle chaleur, aujourd'hui! fit-elle. Qui sont tous ces enfants? - Nous habitons un peu plus loin, sur la route, dit Pip. Nous avons apporté une tête de poisson pour Pussy. - Où sont tous les petits chats? demanda Daisy, en apercevant le panier vide. - Oh! fit Lily, j'espère qu'ils ne sont pas montés. Mme Minns m'avait recommandé de garder la porte fermée.

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- Peut-être sont-ils allés dehors, dit Larry, en fermant la porte de communication entre la cuisine et le hall, de façon que M. Brick n'entendît pas ce qui se disait dans la cuisine. Tiens, voilà Pussy! » La grande chatte noire et blanche entra dans la cuisine, la queue dressée. Elle avait flairé la tête de poisson et alla droit à Daisy. Daisy défit le paquet et mit son cadeau dans l'écuelle de la chatte. Pussy retira aussitôt la tête de poisson de l'écuelle et se mit à la manger par terre. « Pussy a-t-elle eu peur, le soir de l'incendie ? demanda Pip, qui trouvait qu'il était temps d'entamer le sujet de la visite. - Elle était toute chose, répondit Mme Jones. — Comment se fait-il, demanda Daisy, que vous n'ayez pas senti que l'atelier brûlait, puisque vous étiez là, madame Jones? - Mais je l'ai senti! s'indigna Mme Jones. Je n'ai pas cessé de dire à Maria : « Maria, il y a quelque chose qui « brûle! » J'ai le nez très fin, moi. Mais Maria, non. Je n'ai pas cessé de renifler dans, la cuisine et je suis même allée dans le hall, pour voir si ce n'était pas là-bas que ça brûlait. - Mme Minns aussi a dû aller voir, dit Larry. - Maria ne pouvait pas bouger, ce soir-là, répondit Mme Jones. Elle avait une de ces attaques de rhumatisme! Elle était coincée. - Que voulez-vous dire par coincée? demanda Larry très intéressé. - Eh bien, vers l'heure du goûter, elle s'est assise dans ce rocking-chair et elle m'a dit comme ça : « Anna, « qu'elle m'a dit, je suis coincée. C'est mon rhumatisme « qui me reprend, et je ne peux plus bouger. - - Maria, « que je lui dis, tu n'as qu'à rester comme ça. Je vais « faire le thé et le reste. M. Brick est sorti, donc il n'y a « pas de dîner à préparer. Je resterai à te soigner jusqu'à « ce que tes pauvres jambes aillent mieux. » Les enfants écoutaient.

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« Si Mme Minns ne pouvait bouger de sa chaise se disaient-ils, comment aurait-elle fait pour mettre le feu à l'atelier? » « Et alors Mme Minns ne s'est pas levée du tout, jusqu'au moment où vous avez vu qu'il s'agissait vraiment d'un incendie? demanda Daisy. - Non, Maria est restée assise, 'répondit Mme Jones. Ce n'est que quand mon nez m'a dit qu'il y avait vraiment le feu, qu'elle a fait un effort pour se lever. J'étais allée jusqu'à la porte de la cuisine, et puis dans le jardin, et j'avais vu le pavillon flamber. Alors j'ai crié : « Maria, « il y a le feu! » Alors elle est devenue pâle comme un linge. « Maria, que je lui ai dit, il faut qu'on fasse quelque « chose. » Mais elle ne pouvait pas bouger de sa chaise : elle était coincée. » Les enfants enregistraient tous ces renseignements au fur et à mesure. Si Mme Minns avait réellement été « coincée » par son rhumatisme, elle n'avait pu courir mettre le feu à la maison. De plus, sa sœur ne l'avait pas quittée. Il n'y avait plus qu'à rayer Mme Minns de la liste des suspects. La porte s'ouvrit et Mme Minns entra, l'air furieux. Elle était montée pour enlever sa robe trempée de lait et pour en mettre une autre. Elle -jeta un regard furibond à Lily, puis elle regarda avec étonnement les trois enfants. « Eh bien, Maria, demanda Mme Jones, comment va ce rhumatisme? - Bonsoir, madame Minns, dit Daisy. Nous étions venus apporter une tête de poisson pour Pussy. » Mme Minns sourit aux anges. Elle était toujours très touchée lorsqu'on avait une attention pour sa précieuse chatte. « Ça, c'est gentil, fit-elle. Mon rhumatisme va mieux, ditelle à sa sœur. Mais j'ai peur qu'il ne me reprenne, car j'ai été trempée de lait de la tête aux pieds.

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« Maria ne pouvait pas bouger, ce soir-là », répondit Mme Jones

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Quelle époque! Voilà maintenant que cette fille se permet de me jeter du lait à la figure ! — Je ne l'ai pas fait exprès, protesta Lily. Est-ce que je peux aller poster cette lettre? — Certainement pas, répondit Mme Minns. Occupe-toi du thé pour M. Brick. Tu as assez écrit de lettres. Il serait peut-être temps de travailler un peu, pour changer. — Je veux la poster avant l'heure de la levée, dit Lily, prête à pleurer. — Impossible, ma fille », dit durement Mme Minns. Lily éclata en sanglots et les enfants la plaignirent du fond du cœur. Elle se leva, et commença à ranger des tasses et des soucoupes sur un plateau. Comment faire, se demandaient les enfants, pour en venir à parler de Horace Peeks? Ils avaient besoin de son adresse pour pouvoir aller le voir. « Est-ce que M. Brick a un nouveau valet de chambre? demanda Larry. — Il y en a plusieurs qui sont venus se présenter aujourd'hui, dit Mme Minns en se laissant tomber dans un fauteuil qui gémit sous son poids. J'espère qu'il en prendra un moins prétentieux que ce M. Peeks. — M. Peeks habite loin d'ici? demanda Pip. — Non ! dit Mme Minns. Je ne sais plus où il habite. Attendez, que je me rappelle... » A ce moment, elle fut violemment interrompue. La porte de la cuisine s'ouvrit, et, l'un après l'autre, trois petits chats traversèrent les airs et atterrirent sur le plancher en crachant et en miaulant. M. Brick apparut a la porte, dressé sur ses ergots, et son épi de cheveux tout crissant d'électricité, comme la crête d'un perroquet. « Ces horribles bêtes étaient dans mon bureau! rugit-il. J'avais pourtant donné des ordres! Si je les revois encore dans ma maison, je les noie toutes! » II était sur le point de claquer la porte, quand il 80

aperçut les trois enfants. Il avança sur eux, le doigt tendu: « Vous, je vous ai déjà mis à la porte. Et vous osez reparaître chez moi? » Larry, Pip et Daisy ne demandèrent pas leur reste. Ils prirent leurs jambes à leur cou. Ils n'étaient nullement poltrons, mais M. Brick avait l'air tellement furieux, qu'il pouvait fort bien les prendre par la peau du cou et les jeter dehors comme il l'avait fait pour les petits chats ! Les trois enfants remontèrent l'allée, mais, à moitié chemin, Larry s'arrêta : « Attendons que le père Bric-à-brac ait quitté la cuisine, dit-il, et retournons-y. Il faut absolument que nous nous procurions l'adresse de Horace Peeks. Nous ne pouvons rien faire sans elle. » Ils attendirent une minute ou deux, puis revinrent prudemment sur leurs pas. Mme Minns causait avec sa sœur, et Lily faisait toujours son remue-ménage avec des tasses et des soucoupes. Les enfants passèrent la tête par la porte. « Encore vous! s'écria Mme Minns en souriant. Je vous avais cru partis pour tout de bon. On aurait dit une volée de moineaux! — Nous étions en train de parler de l'adresse de Horace Peeks quand M. Brick est entré, dit Larry. — C'est vrai, fit Mme Minns. Elle m'était revenue à l'esprit, son adresse, et puis elle était repartie. Attendez voir... » Elle essayait, de toutes ses forces, de se rappeler, et les enfants attendaient en retenant leur souffle, quand des pas lourds retentirent au-dehors et l'on entendit heurter à la porte. Mme Minns dit « Entrez » et les enfants virent apparaître M. Groddy, le policeman! Suivrait-il donc toujours les mêmes pistes qu'eux? 81

« Bonjourr ! dit « Cirrculez » à Mme Minns, en tirant de sa poche son gros carnet noir. Je crrois que vous m'avez donné toutes les indications rrequises à prropos de cet incendie, mais j'aurrais encorre quelques questions à vous poser au sujet du nommé Peeks. » Les enfants se regardèrent, le sourcil froncé : M. Groddy s'occupait donc de Peeks, lui aussi. « Connaissez-vous son adrresse? demanda le poli-ceman en regardant Mme Minns de ses gros yeux pâles. — Si c'est pas une drôle de coïncidence, répondit Mme Minns. Voyez-vous, j'étais justement en train d'essayer de nie la rappeler, son adresse, au moment où vous avez frappé. C'est les enfants qui me la demandaient. — Les enfants? Quels enfants? demanda M. Groddy, tout surpris. Comment! Vous, ici! s'écria-t-il, en apercevant Larry, Daisy et Pip. Voulez-vous bien cirrculer? Je commence à en avoirr assez de vous rrencontrrer partout où je vais. Une vérritable infection, voilà ce que vous êtes! Et pourrquoi qu'il vous la fallait, l'adrresse de Peeks? Simple curriosité, je suppose? » Les enfants ne répondirent pas, M. Groddy leur montra la porte, du pouce : « Rrentrrez chez vous! ordonna-t-il. J'ai des affairres secrrètes à rrégler ici. Cirrculez ! » II n'y avait rien d'autre à faire que de « circuler » et les enfants circulèrent jusqu'à la grille. Ils étaient en colère. « Juste au moment où Mme Minns allait se rappeler jf, l'adresse! fulminait Larry. — J'espère qu'elle ne va pas se la rappeler maintenant, pour la donner à « Cirrculez », dit Pip. Sinon, M. Groddy va aller voir Peeks avant nous. — Pas de chance! » s'écria Daisy. Ils avaient perdu courage, tous les trois. Ils atteignaient la grille lorsqu'ils entendirent un léger

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sifflement dans les buissons, derrière eux. Ils se retournèrent. Lily sortit des buissons, sa lettre à la main. Elle paraissait terrifiée mais résolue : « Pouvez-vous mettre cette lettre à la poste? demanda-telle. C'est pour M. Peeks, pour le prévenir que les gens disent que c'est lui qui a mis le feu au pavillon. Mais ce n'est pas lui qui l'a fait. Je le sais. Vous voulez bien poster la lettre? » A ce moment, une voix retentit, en provenance de la cuisine : « Lily! Où es-tu encore fourrée? » Lily disparut aussitôt. Les enfants se dépêchèrent de quitter la propriété. Ils s'arrêtèrent derrière une haie, un peu plus loin, pour examiner l'enveloppe que Lily leur avait

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remise. Il n'y avait pas de timbre : Lily avait oublié d'en mettre un. Mais Pip eut une inspiration. « Allons voir Peeks aujourd'hui, après le goûter, proposat-il. Nous lui donnerons la lettre de Lily de la main à la main. - Bonne idée! s'écrièrent les autres. Après tout, on ne peut pas poster une lettre sans timbre, mais on peut très bien aller la porter. » Ils regardèrent l'adresse : Monsieur H. Peeks, Villa « Les Lierres » Wilmer Green. « Nous irons à bicyclette, décida Larry. Venez, il faut prévenir les autres! »

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CHAPITRE X INTERVIEW DE M. HORACE PEEKS trois enfants allèrent donc retrouver Fatty et Betsy. Foxy courut à leur rencontre en aboyant joyeusement. « Alors? demanda Fatty. Ayez-vous réussi? — Pas très bien au début, répondit Larry; mais à la fin nous avons eu un coup de chance! » II raconta leurs aventures de l'après-midi, et Betsy et Fatty l'écoutèrent avec beaucoup d'intérêt. Ils se penchèrent tous les cinq sur l'adresse de Peeks. « Voilà. Maintenant, Daisy et moi, nous allons a bicyclette à Wilmer Green, déclara Larry. Il y a neuf kilomètres, tout au plus. Mais nous allons commencer par goûter. - Moi aussi, je veux y aller, dit Betsy. LES

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- Moi aussi, j'aimerais bien, ajouta Fatty, seulement je suis encore trop courbatu. - Reste avec Betsy, dit Pip. Ce n'est pas la peine d'y aller en masse! Cela mettrait la puce à l'oreille de Peeks. - Quelle puce? » demanda Betsy. Larry lui expliqua que « mettre la puce à l'oreille de quelqu'un » signifie « le mettre sur ses gardes ». « Alors, vous me laissez toute seule! pleurnicha Betsy. - Si tu tiens vraiment à nous aider, fit Larry, cherche l'adresse de M. Smellie, veux-tu? Fatty cherchera avec toi. Vous pourriez regarder dans l'annuaire du téléphone, par exemple. Il nous faut cette adresse pour demain, parce que, lui aussi, nous devons aller le voir. Tous les suspects doivent être interviewés. Il y en a déjà deux d'éliminés, dit Pip. Mme Minns et le vagabond sont innocents. Il ne nous reste que M. Smellie et M. Peeks. J'espère que nous allons découvrir quelqu'un qui porte des souliers à semelles de caoutchouc, avec des croisillons. Cela nous aiderait sérieusement! - Moi, dit Betsy, toute joyeuse, je vous trouverai l'adresse de M. Smellie. Je vais chercher l'annuaire du téléphone et nous allons regarder avec Fatty. » A ce moment, le gong du goûter sonna. Les enfants rentrèrent en courant, se lavèrent les mains, et s'attablèrent devant une belle miche de pain, un beurrier plein de beurre et un grand pot de confiture. Larry et Daisy restèrent pour goûter avec leurs petits amis, mais Fatty retourna dans son hôtel, car sa maman l'attendait. Après le goûter, Fatty revint pour tenir compagnie à Betsy, tandis que Larry, Pip et Daisy prenaient leur bicyclettes et pédalaient vers Wilmer Green, dont ils connaissaient le chemin. « Si la mère de Peeks est là, dit Pip, je parie qu'elle 86

nous racontera sa vie, et nous saurons peut-être ce que nous cherchons à savoir, c'est-à-dire où était Horace Peeks le soir de l'incendie. Si sa mère nous dit qu'il était avec elle, nous pouvons le rayer de la liste. — Bonne idée! fit Larry. Et moi, juste avant d'arriver à la maison des Peeks, je dégonflerai mon pneu de devant, et le temps que je passerai à le regonfler, nous pourrons discuter encore avec Mme Peeks. — Entendu, dit Pip. Tu sais, je crois que nous devenons de très fins limiers. » Le village de Wilmer Green était un endroit charmant, avec une jolie mare où des canards tout blancs nageaient en rond. Les enfants descendirent de bicyclette et commencèrent à chercher la villa des Lierres. Une petite fille la leur indiqua : c'était une maisonnette tout à fait à l'écart du village, adossée à la foi et. Les enfants allèrent à bicyclette jusque-là, mirent pied à terre et poussèrent la vieille barrière de bois qui fermait le jardin. Larry avait déjà dégonflé son pneu, qui était maintenant à plat. Ils allèrent jusqu'à la porte, qui était à moitié ouverte. Daisy frappa doucement. « Entrez! » répondit.une voix. Daisy entra la première, suivie des deux garçons. Elle vit une vieille femme occupée à repasser une chemise. « Bonsoir, madame », dirent les enfants poliment. La vieille femme leur jeta un regard approbateur. Larry, Daisy et Pip étaient de charmants enfants et savaient très bien se tenir lorsqu'ils le voulaient. « Et d'où venez-vous comme ça? demanda-t-elle en continuant à repasser. — De Peterswood, dit Larry. Je pense que vous ne devez pas connaître ce petit village. — Mais si! répondit la vieille femme. Mon fils y travaillait, chez un certain M. Brick. — Oh! comme c'est drôle! dit Daisy. Nous étions

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justement dans le jardin de M. Brick le jour de 1 incendie. — De l'incendie? Quel incendie? Je n'avais pas entendu parler de cela. Ce n'est pas la maison de M. Brick qui a brûlé? — Pas la maison, le pavillon rosé, dit Pip. Et il n'y a pas eu de blessés. Mais comment se fait-il que votre fils ne vous en ait pas parlé? Il devait y être, pourtant. — Quand l'incendie a-t-il eu lieu? » demanda Mme Peeks. Pip le lui dit. Mme Peeks s'arrêta de repasser : « Ça, ditelle, c'est le jour où Horace est rentré. Voilà pourquoi il n'en a rien su. Il s'était disputé avec M. Brick, et il a rendu son tablier. Il est arrivé ici dans l'après-midi. J'en ai été toute retournée! — Alors, fit Pip, il a dû manquer l'incendie. Il a sûrement passé toute sa soirée avec vous? — Non, répondit Mme Peeks. Après le thé, il est sorti, et je ne l'ai pas revu avant le soir. Je ne lui ai pas demandé où il était allé. L'inquisition, ce n’est pas mon genre. Je pense qu'il devait être à l'auberge du Cochon-qui-Siffle, à jouer aux fléchettes. Il n'y a pas meilleur tireur aux fléchettes que mon petit Horace! » Les enfants échangèrent des coups d'œil entendus. Horace avait donc disparu après le thé, et n'était pas revenu avant le soir! Que cela semblait donc suspect! Où avait-il passé la soirée? Quoi de plus facile que de rentrer à Peterswood à bicyclette, se cacher dans le fossé, mettre le feu au pavillon pendant qu'il n'y avait personne dans les environs, et rentrer à Wilmer Green, dans la nuit? Larry se demanda quelle sorte de chaussures Horace pouvait porter. Il regarda autour de lui dans la cuisine. Il y avait une paire de chaussures sales dans un coin, qui attendaient qu'on voulût bien les cirer. Elles avaient, à peu près, la taille des empreintes relevées. Mais leurs semelles semblaient de cuir. Peut-être Peeks avait-il sur lui les souliers à semelle de caoutchouc? Si

seulement il était à. la maison!

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« II faut que j'aille regonfler mon pneu, dit Larry. Je reviens tout de suite. » Les autres continuèrent à bavarder avec Mme Peeks, mais ils ne purent rien apprendre de nouveau. Ils prirent congé d'elle et allèrent retrouver Larry. « Rien de neuf, souffla Pip. Tiens, tiens, mais qui vient donc par là? Je parie que c'est Horace en personne! » Un jeune homme mince et dégingandé approchait de la maison. Une boucle de cheveux mal peignés lui pendait sur le front; il avait un petit menton d'homme faible, des yeux bleus, en saillie, comme ceux de M. Groddy, et il portait une veste de flanelle grise. Tous les enfants remarquèrent aussitôt ce détail. Le cœur de Daisy se mit à battre la chamade. Avaient-ils enfin découvert le criminel? « D'où venez-vous? demanda Horace. - Du village où vous travailliez encore il n'y a pas longtemps, répondit Daisy en souriant. Nous sommes de Peterswood. - Oui, j'y ai travaillé, répondit Horace. Vous connaissez le père Brick, peut-être? Quel caractère! Jamais content! Vieux grigou, va! - Nous non plus, nous ne l'aimons pas beaucoup, dit Pip. Savez-vous qu'il y a eu le feu chez lui, le jour où vous l'avez quitté? — Comment savez-vous quel jour je l'ai quitté? demanda M. Peeks, surpris. - Nous avons parlé de l'incendie à votre maman, expliqua Pip et elle nous a dit qu'il devait avoir eu lieu le jour où vous êtes parti, puisque vous n'en aviez pas entendu parler. Tout ce que je peux dire, c'est que le père Brick a largement mérité que sa maison brûle tout entière,

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« Tiens, tiens, mais qui vient donc par là? »

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et lui avec, le sale vieux bonhomme! grogna Horace. J'aurais aimé voir ça, tiens. » Les enfants le regardèrent, se demandant s'il jouait la comédie ou s'il était sincère. « Alors, vous n'y étiez pas? demanda Daisy d'une voix pleine d'innocence. - Non, dit Peeks. J'étais où je voulais, et ça ne vous regarde pas. Compris? » A ce moment, Larry entreprit de faire le tour d'Horace pour chercher un accroc dans sa veste. « Qu'est-ce que vous faites, vous? s'écria Peeks. On dirait que vous me flairez comme un chien. - Vous avez une tache sur la manche, dit Larry. Je vais l'enlever. » C'était la première excuse qu'il avait trouvée. Il tira donc son mouchoir de sa poche, pour essuyer la tache imaginaire. Le mouchoir vint, mais suivi de la lettre que Lily avait confiée aux enfants pour la remettre à Horace Peeks et qu'ils avaient oubliée. La lettre tomba à terre, l'adresse en dessus. Horace se pencha et vit, avec stupéfaction, son propre nom sur l'enveloppe. « Qu'est-ce que c'est que ça? demanda-t-il à Larry. - C'est pour vous, répondit Larry. Lily nous avait demandé de la mettre à la poste, mais comme nous venions nous promener dans cette direction, nous avons pensé que nous pourrions vous la remettre de la main à la main. » Comme Peeks avait l'air de vouloir poser des questions indiscrètes, Larry décida qu'il était temps de partir. Il tourna sa bicyclette vers la sortie. « Au revoir, fit-il. Nous dirons à Lily que vous avez reçu sa lettre. » Les trois enfants enfourchèrent leur bicyclette et partirent en hâte. Horace se mit à crier : « Hé! Dites donc! Venez voir un moment! » Mais ils firent la sourde oreille. Leurs idées, à ce

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moment, n'étaient pas très claires. Ils roulèrent pendant trois kilomètres environ; puis, Larry sauta à terre et alla s'asseoir sur une barrière. « Arrivez, vous autres! appela-t-il. Nous allons discuter un moment et décider ce qu'il faut penser de toute cette histoire. » Ils s'assirent donc, très gravement, sur la barrière, tous les trois, et Larry demanda : « Pensez-vous que ce soit Horace qui ait mis le feu au pavillon? — Les apparences y sont, remarqua Daisy, d'un ton pensif. Il était furieux contre le père Bric-à-brac, et sa maman ne sait pas où il a passé sa soirée. Tu n'as pas vu s'il avait des chaussures à semelles de caoutchouc, Larry? Et s'il avait un accroc à sa veste de flanelle? — Je n'ai pas pu voir ses semelles, et il n'avait pas d'accroc à sa veste, répondit Larry. De toute façon, avec cette lettre, il est prévenu, et il va se tenir sur ses gardes. » Après une brève discussion, ils décidèrent de ne plus s'occuper de Peeks pour le moment, et de passer à M. Smellie, l'autre candidat. Ils ne pouvaient rien décider en ce qui concernait Peeks avant d'avoir vu Smellie, bien entendu. Ils remontèrent donc à bicyclette et descendirent la côte en roue libre. En bas il y avait un virage. Larry le prit sans ralentir et patatras ! Il entra en collision avec un piéton qu'il n'avait pas vu! Voilà donc le piéton et le cycliste par terre. Larry se mit sur son séant et chercha des yeux sa victime, qui se relevait péniblement. Horreur! C'était M. Groddy. « Quoi? Encorre vous? » rugit le policeman, de son ton le plus menaçant. Larry se releva en toute hâte. Les deux autres enfants avaient dépassé le lieu de la collision et pédalaient en riant aux éclats. 92

« Qu'est-ce que vous faites? hurla M. Groddy, tandis que Larry remontait sur son vélo. — Je circule! cria Larry. Vous ne voyez pas que je circule? » Et il partit à toute allure. M. Groddy suivait-il de nouveau la même piste que les enfants? Allait-il, de ce pas, rendre visite à Horace Peeks? De toute façon, Horace avait été prévenu par la lettre de Lily et M. Groddy ne tirerait pas grand-chose de lui.

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CHAPITRE XI LE VAGABOND REPARAIT IL ÉTAIT sept heures du soir quand les trois enquêteurs apparurent dans l'avenue qui menait à la maison de Pip Betsy commençait à s'inquiéter, parce qu’il était presque l'heure, pour elle, d'aller se coucher, et elle voulait, d'abord, connaître les nouvelles. En entendant les sonnettes des bicyclettes, Betsy sauta de joie. La soirée était délicieuse, et la fillette se trouvait encore dans le jardin, avec Fatty et Fox. Fatty avait, de nouveau, examiné ses bleus, et il était ravi de voir qu'ils avaient viré au violet. Bien qu'ils lui fissent encore mal, il en était très fier. « Quelles nouvelles? Quelles nouvelles? cria Betsy, lorsque les trois aînés se montrèrent.

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- Des tas de nouvelles! répondit gaiement Larry. Attendez deux secondes, que nous rangions nos bicyclettes.» Bientôt, ils furent installés tous les six, en comptant Foxy, dans la tonnelle. « Cirrculez » est sur la piste, lui aussi, dit Pip. Nous l'avons rencontré en revenant. Larry l'a renversé. Il doit être plus fin que nous ne pensions, « Cirrculez ». Mais enfin, il retarde sur nous. - Demain, proposa Fatty, occupons-nous de M. Smellie. Betsy et moi, nous avons trouvé son adresse. — Bravo, approuva Larry. Où habite-t-il? - L'adresse était dans l'annuaire téléphonique, dit Betsy, et nous n'avons pas eu de mal à trouver parce qu'il n'y avait qu'un seul M. Smellie. Il habite la villa « Les Saules », dans la rue Jeffreys. - Mais c'est tout près de chez nous! s'écria Larry, surpris. Notre jardin donne dans la rue Jeffreys! Seulement, je ne savais pas que ce coin-là était habité. Je n'y ai jamais rencontré personne, sauf une vieille femme. - Mlle Miggle, la femme de charge, dit Fatty. - Comment sais-tu cela? demanda Daisy. — Betsy et moi, répondit Fatty en souriant, nous ne sommes pas restés inactifs pendant votre absence. Nous avons demandé à votre jardinier où étaient « Les Saules », et il se trouvait qu'il le savait, parce que son frère y travaille. Et il nous a parlé de Mlle Miggle, qui a beaucoup d'ennuis avec M. Smellie, qui oublie toujours de se laver, de manger, et de mettre son imperméable quand il pleut. - Pourquoi? demanda Larry. Il est fou, ou quoi? - Non, pas du tout, répondit Betsy. C'est un monsieur très savant, qui a un métier qui finit en logue ! II étudie les vieux papiers, les parchemins, les documents, cl il n'aime rien au monde que ces grimoires. Il en possède de très précieux, à ce qu'il paraît.

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- Eh bien, fit Daisy, puisqu'il habite tout près de chez nous, Larry et moi, nous pourrions aller le voir demain. Nous commençons à être vraiment forts pour les interviews. Sûrement plus forts que « Cirrculez », en tout cas. Tous les suspects savent d'avance que M. Groddy leur en veut et ils font attention à ce qu'ils disent. Tandis qu'avec nous autres, les gens parlent sans se méfier. » Larry fouilla derrière la planche mobile et en tira son carnet. « II faut compléter nos notes », déclara-t-il en se mettant à écrire. Pip prit la boîte d'allumettes et l'ouvrit, pour regarder si la flanelle grise était de la même nuance que la veste de Peeks. La couleur était bien la même. « Et pourtant, dit Pip, Larry n'a pas trouvé d'accroc. Moi, j'ai regardé le pantalon, et je n'ai pas trouvé de trou non plus. » Après l'avoir regardé un moment, Pip remit le lambeau de flanelle dans la boîte, et déplia le dessin de Fatty, qui représentait l'empreinte des pieds de l'incendiaire. En se rappelant les queues, les oreilles et les mains qu'il avait feint d'y voir la première fois, Pip ne put s'empêcher de rire : « Tu sais, dit-il à Fatty, ce n'est vraiment pas mal dessiné du tout! » Fatty fut ravi, mais il eut la sagesse de le cacher. « Je vais apprendre par cœur le motif qui est gravé sur le caoutchouc, dit Pip. Si jamais je trouve une empreinte comme celle-ci, je la reconnaîtrai tout de suite. - Moi aussi, dit Betsy, je veux l'apprendre. » Très sérieusement, elle se mit à contempler le dessin : bientôt elle fut sûre que, si jamais elle revoyait une empreinte semblable, elle ferait aussitôt le rapprochement. « J'ai fini mes notes, dit Larry. Et il se trouve que nos indices ne servent à rien. Il faudra que nous nous

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renseignions sur les chaussures de Peeks et de M. Smellie. - Et si elles sont dans un placard? objecta Fatty. - Eh bien, il faudra chercher dans les placards », répliqua Larry, sans du tout savoir comment ils allaient s'y prendre pour fouiller dans les placards de M. Smellie. « Ecoutez-moi. Il y a quatre suspects. Mme Minns a souffert du rhumatisme toute la soirée; d'après sa sœur, elle était « coincée » dans son fauteuil, donc elle n'a pas pu mettre le feu au pavillon du père Bric-àbrac. Il reste trois suspects. Le vagabond n'a pas de chaussures à semelles de caoutchouc, ni de veste grise, et il ne s'est pas sauvé de la région, alors qu'il aurait pu le faire : donc, je l'élimine. Il reste deux suspects. - Moi, dit Pip, je suis pour Horace Peeks. Pourquoi n'a-t-il pas voulu nous dire où il avait passé la soirée de l'incendie? C'est très suspect, cela. - Eh bien, si M. Smellie nous dit où il était, lui, il ne nous restera plus que Peeks, déduisit Larry. Alors, nous reporterons notre attention sur lui, et nous découvrirons comment sont toutes ses chaussures, s'il a une veste grise avec un accroc dans sa penderie, ce qu'il faisait ce soir-là, et le reste. — Et après? demanda Betsy. Nous le dénonçons à la police? - En tout cas, répondit Larry, pas à « Cirrculez », qui ferait accroire à tout le monde que c'est lui qui a découvert le criminel. Non. Nous irons voir l'inspecteur lui-même, M. Jenks. Il est le chef de la police de tout le district. Papa le connaît très bien. C'est un homme très intelligent. Il habite en ville. - Oh! mais j'aurais peur de lui, dit Betsy. J'ai déjà un peu peur de « Cirrculez ». — Comment? demanda Fatty. Tu as peur? Tu n'as qu'à faire comme Larry : monter à bicyclette, et lui foncer dessus! » Tout le monde se mit à rire. A ce moment, le gong

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Le vagabond entre furtivement. 99

sonna, et les cinq enfants se quittèrent. Fatty alla dîner à l'hôtel, avec son papa et sa maman. Larry et Daisy enfourchèrent leur bicyclette et rentrèrent à la maison. Pip alla dîner et Betsy se coucher. Foxy accompagna son jeune maître qui se mit au lit aussitôt après avoir dîné, car ses bleus lui faisaient encore mal. Foxy les considéra attentivement, mais d'un air un peu dédaigneux. « Demain, quand le vagabond viendra chercher les bottes que maman m'a promises pour lui, nous lui poserons quelques questions, dit Pip à Betsy. - Quelles questions? - Nous lui demanderons, tout de go, s'il a vu Peeks se cacher dans le fossé, dit Pip. S'il répond oui, nous serons sûrs de notre fait. » Cette nuit-là, les enfants dormirent mal, car ils ne cessaient de penser à leur enquête. Betsy rêva de « Cirrculez » et se réveilla en poussant des cris, car elle croyait qu'il voulait la mettre en prison pour avoir provoqué l'incendie! Fatty dormit mal à cause de ses bleus : il en avait partout et ne savait plus sur quel côté se coucher ! Le lendemain, Fatty et Foxy rejoignirent Pip et Betsy, et, tous les quatre ensemble, ils attendirent le vagabond. Le vagabond entra furtivement par la grille de derrière, en jetant des regards inquiets autour de lui, comme s'il craignait de tomber dans une embuscade. Il portait toujours ses vieux souliers troués. Pip l'appela : « Par ici! » Le vagabond ne bougea pas. « Vous n'avez pas caché ce policeman quelque part? demanda-t-il. - Mais non! répondit Pip. Nous sommes aussi brouillés avec lui que vous. - Vous avez les bottes? » Pip fit signe que oui. Le vieil homme traversa le jardin et Pip l'emmena

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dans la tonnelle. Là, sur une petite table, il avait déposé les bottes. Les yeux du vagabond brillèrent en les voyant. « De belles bottes! fit-il. Elles m'iront comme des gants ! - Ce n'est pas pour vos mains, remarqua Fatty en riant. C'est pour vos pieds. Il y a aussi, dit Pip, une question ou deux que nous aimerions vous poser. » Le vagabond n'eut pas l'air content : « Moi, dit-il, je ne veux pas être mêlé à des histoires louches. Vous ne serez mêlé à rien du tout, garantit Pip. Ce que vous nous direz restera entre nous. - Que voulez-vous savoir? demanda le vagabond. - Avez-vous vu quelqu'un se cacher dans le jardin de M. Brick, le soir de l'incendie? demanda Fatty. - Oui, dit le vagabond, dans les buissons. » Betsy, Pip et Fatty en perdirent le souffle. « Vu? De vos yeux vu? demanda Pip. - Sûr que je les ai vus, dit le vagabond. J'ai vu des tas de gens, dans ce jardin, ce soir-là. Et où étiez-vous? demanda Betsy, par curiosité. - Ça ne vous regarde pas, répondit vivement le vagabond. Je ne faisais de mal à personne. » II devait être en train de surveiller le poulailler du père Bricà-brac, pensa Pip, qui ne se trompait pas : le vagabond espérait chaparder un œuf ou deux. « L'homme qui se cachait dans le fossé, est-ce que c'était un jeune homme avec une mèche de cheveux frisés sur le front, et des yeux saillants? demanda Pip. - Les yeux, je n'en sais rien; mais la mèche, pour sûr, dit le vagabond. Il était en train de causer à voix basse avec quelqu'un, mais je ne voyais pas l'autre. » Cela, c'était du nouveau! Horace Peeks s'était caché dans le fossé avec quelqu'un d'autre. Y avait-il deux incendiaires au lieu d'un?

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Les choses devenaient de plus en plus compliquées. Peutêtre M. Smellie et Horace Peeks avaient-ils comploté l'incendie ensemble? Les enfants ne savaient plus que penser. « Ecoutez... », commença Pip. Mais le vagabond considérait qu'il avait assez parlé. « Donnez-moi mes bottes, dit-il. Je ne vous raconte plus rien. Je finirai par être mêlé à des affaires louches, si je ne fais pas attention. Je n'y tiens pas du tout. Je suis un gars honnête, moi. » II mit ses nouvelles bottes, qui étaient un peu trop Bandes pour lui, mais il n'en était que plus à l'aise, et s'éloigna d'un air ravi. « Eh bien, le mystère s'épaissit, dit Fatty. Au lieu d'une seule personne dans le fossé, il y en avait deux. Le premier, c'était sûrement notre cher Horace. Mais l'autre? Peut-être Larry et Daisy auront-ils des nouvelles fraîches pour nous. »

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Tout le temps que le vagabond avait passé dans la tonnelle, Foxy n'avait pas cessé de grogner et Fatty avait dû le tenir en laisse pour l'empêcher de se jeter sur le vieil homme. Mais, tout à coup, le chien se mit à japper joyeusement. « II a entendu Larry et Daisy, fit Betsy. Chic, alors! Je me demande s'ils ont du nouveau. »

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CHAPITRE XII M. SMELLIE ET LES.SEMELLES DE CAOUTCHOUC et Daisy passèrent une matinée passionnante. Ils avaient décidé d'interviewer le vieux M. Smellie le plus vite possible. Ils discutèrent de la meilleure façon de l'approcher. « Puisque c'est si près, nous ne pouvons pas aller lui demander un verre d'eau, dit Daisy. Je n'ai pas la moindre idée. Quel prétexte pourrions-nous bien trouver pour aller le voir? » Après quelques instants de réflexion : « Si nous jetions notre balle dans son jardin? proposa Larry. - Et puis après? LARRY

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— Et puis après, petite sotte? Après, nous irions la chercher, en escaladant le mur, et il nous demanderait peut-être ce que nous sommes venus faire chez lui. — Bonne idée », dit Daisy. Larry jeta donc sa balle le plus haut qu'il put; elle passa pardessus les arbres et tomba au milieu de la pelouse, dans le jardin d'à côté. Les enfants coururent jusqu'au mur, l'escaladèrent et se trouvèrent dans les buissons qui formaient le fond du jardin de M. Smellie. Sans se cacher, bien au contraire, Larry et Daisy traversèrent la pelouse et se mirent à chercher leur balle. En réalité, ils la voyaient très bien : elle était au bord d'un parterre de rosés. Tout en cherchant, ils s'interpellaient à voix forte, pour que, de l'intérieur de la maison, on pût les entendre. Bientôt, ainsi qu'ils l'espéraient, une fenêtre s'ouvrit, et un vieux monsieur passa la tête dehors. Il avait le crâne complètement chauve, mais une barbe hirsute lui descendait jusqu'à mi-gilet. Il portait de grosses lunettes à monture d'écaillé, qui lui donnaient de très gros yeux. « Qu'est-ce que vous faites? » cria-t-il. Larry courut vers lui et répondit, très poliment : « J'espère que cela ne vous dérange pas, monsieur, que nous cherchions notre balle qui vient de tomber dans votre jardin? » Un souffle de vent, qui jeta les cheveux de Daisy dans son visage, souleva aussi la barbe de M. Smellie et, s'engouffrant à l'intérieur de la maison, fit voler des papiers qui se trouvaient sur le bureau du savant. L'un de ces papiers passa par la fenêtre. M. Smellie essaya bien de le rattraper, mais en vain. Le papier tomba sur le sol. « Le voici! dit Larry, en ramassant le papier et en le rendant au vieux monsieur. Quel drôle de papier! Il est très épais, tout jaune, et l'écriture qui le couvre est bien curieuse aussi.

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— C'est un parchemin, dit M. Smellie, en regardant Larry de ses yeux myopes. Il est très, très vieux. » Larry décida aussitôt de s'intéresser aux vieux parchemins. « Si vieux que ça, monsieur? Mais c'est passionnant! Quel âge peut-il bien avoir? » M. Smellie fut ravi de voir l'intérêt que prenait le jeune garçon à l'étude des grimoires. « J'en ai encore de bien plus vieux, répondit-il. Je passe mon temps à les déchiffrer. C'est comme cela que l'on apprend l'histoire. — C'est merveilleux! fit Larry. Peut-être que vous accepteriez de m'en montrer un ou deux, monsieur? — Très volontiers, mon garçon, répondit M. Smellie, ravi. Entrez, entrez. Passez par la porte du jardin : elle doit être ouverte. — Ma sœur pourrait-elle venir aussi? demanda Larry. Elle adore les vieux parchemins. Plus ils sont vieux, plus elle les aime. » « Quels enfants extraordinaires ! » pensa M. Smellie, en faisant signe à Daisy d'entrer aussi. Les deux enfants venaient d'essuyer leurs pieds sur le paillasson, quand une petite vieille dame qui ressemblait à un oiseau se précipita sur eux. « Que faites-vous ici? demanda-t-elle. Ici, c'est la maison de M. Smellie. Il ne permet à personne d'entrer chez lui. — C'est M. Smellie qui vient de nous inviter à entrer, dit Larry poliment. Et nous avons essuyé nos pieds. — Il vous a invités ! » s'écria Mlle Miggle, la femme de charge, qui n'en croyait pas ses oreilles. « II n'invite jamais personne, sauf M. Brick. Et même, depuis qu'ils ont eu leur grande querelle, M. Brick non plus ne vient pas. — C'est peut-être M. Smellie qui va voir M. Brick,

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alors? demanda Larry, en recommençant à essuyer ses pieds, pour prolonger la conversation. — Sûrement pas, dit Mlle Miggle. Il m'a dit qu'il ne remettrait jamais les pieds chez un personnage aussi grossier que M. Brick! Pauvre M. Smellie! Il ne mérite pas d'être traité comme M. Brick s'est permis de le faire. M. Smellie est un peu distrait, un peu bizarre quelquefois, mais il ne ferait pas de mal à une mouche. — Il est sûrement allé voir l'incendie chez M. Brick? » demanda Daisy. Mlle Miggle secoua la tête. « Non, dit-elle. Ce soir-là, il est allé faire son tour de promenade habituel, vers six heures, et il est rentré bien avant que l'incendie ne se déclare. » Les enfants échangèrent un regard. Ainsi donc, M. Smellie était sorti ce soir-là. Peut-être avait-il fait un saut jusqu'à la maison de M. Brick pour y mettre le feu? « Et vous, les enfants, vous avez vu l'incendie? » demanda la femme de charge. Mais ils n'eurent pas le temps de répondre, car M. Smellie venait voir ce qu'ils faisaient. Ils le suivirent dans son cabinet de travail, où régnait un indescriptible désordre : le parquet était jonché de papiers, et les murs couverts de livres jusqu'au plafond. « Mon Dieu! s'écria Daisy en regardant autour d'elle. Est-ce que personne ne vient jamais ranger ici? On ne peut presque pas marcher sans mettre le pied sur un papier. — J'ai interdit à Mlle Miggle de ranger cette pièce », dit M. Smellie, en remettant ses lunettes sur son nez. En effet, comme le nez était petit, et les lunettes grandes, elles avaient tendance à descendre à tout moment. « Maintenant, je vais vous montrer de très, très vieux livres, écrits sur des rouleaux de papier en l'an... en l'an... Je ne me rappelle plus bien. Je le savais, mais

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cet imbécile de Brick ne cesse de me contredire, et il m'embrouille. — Vous avez dû être impressionné par votre discussion, il y a quelques jours », dit Daisy, sur un ton de condoléance. M. Smellie enleva ses lunettes, les frotta sur sa manche et les remit sur son nez. « Bien sûr, fit-il. Je déteste les discussions. Cet imbécile de Brick n'est pas sot du tout, mais il se met en colère dès que je ne suis pas d'accord avec lui. Le document dont je vous parlais... » Les enfants écoutèrent patiemment, mais sans comprendre un mot du long discours de M. Smellie. Il avait complètement oublié qu'il parlait à des enfants, et il discourait comme si Larry et Daisy avaient été aussi savants que lui-même. Lorsqu'il se détourna pour prendre une nouvelle pile de parchemins, Larry chuchota à Daisy : « File voir dans le placard du hall si tu n'y trouves pas de chaussures. » Daisy sortit sans bruit. M. Smellie ne remarqua même pas qu'elle était partie. « Si je partais aussi, je parie qu'il ne le remarquerait pas non plus », pensa Larry. Pourtant, il ne prit pas le risque de vérifier son hypothèse. Daisy trouva sans difficulté le placard du hall. Elle ouvrit la porte et entra. Il était plein de bottes, de souliers, de galoches, de cannes, de manteaux. Daisy inspecta rapidement les souliers. Elle les prenait, paire par paire, cl les retournait. La pointure paraissait être celle qu'elle cherchait, mais les semelles n'étaient pas en caoutchouc. Et puis, tout à coup, Daisy trouva une paire de souliers qui avaient une semelle de caoutchouc. Quelle chance! Peut-être touchait-on au but? Daisy regarda le dessin de la semelle; cependant elle ne pouvait pas être sûre que ce fût le même que celui qu'avait relevé Fatty.

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« II faudra que je compare, décida la petite fille. Je vais rapporter l'un des deux souliers à la maison, et nous verrons bien!» Ne sachant pas où cacher le soulier, elle le fourra sous son pull-over, par-devant. Cela formait une bosse bien étrange, mais que faire d'autre? Daisy sortit donc du placard et faillit renverser Mlle Miggle! Mlle Miggle fut bien surprise de voir Daisy jaillir du placard comme le diable d'une boîte. « Comment! s'écria-t-elle, scandalisée. Vous jouez à cachecache, maintenant? - Euh!... Pas tout à fait », répondit Daisy, qui ne savait que dire.

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Mlle Miggle tenait un plateau avec des petits pains et un verre de lait. Elle alla déposer le tout sur une table, dans le bureau de M. Smellie, qui continuait à pérorer devant le malheureux Larry. Daisy suivit Mlle Miggle sur ses talons, dans l'espoir que personne ne remarquerait l'énorme bosse de son pull-over. « J'ai pensé que les enfants prendraient part avec plaisir à votre collation, monsieur », dit Mlle Miggle. Puis, se retournant : « Dieux du Ciel, mon enfant? Qu'est-ce que vous avez bien pu mettre sous votre pull-over? - Oh! j'y mets des tas de choses », répondit Daisy en espérant que personne ne lui demanderait de précisions. Larry fut sur le point de le faire, puis il remarqua que la bosse avait la forme d'un soulier, et préféra se taire. Les enfants se restaurèrent, en mangeant des petits pains et en buvant du lait, mais M. Smellie ne toucha pas à sa propre collation, malgré tous les efforts de Mlle Miggle, qui répétait : « Buvez votre lait maintenant, monsieur. Vous savez bien que vous n'avez pas déjeuné. » Elle se tourna vers les enfants. « Depuis ce maudit incendie, le pauvre M. Smellie n'est pas dans son assiette. - La perte de ces documents m'a donné un grand choc, avoua M. Smellie. Ils valaient des milliers de livres. Je sais bien que Brick était assuré et qu'il touchera son argent, mais il ne s'agit pas de cela. Ces papiers étaient irremplaçables. - C'est à leur propos que vous avez eu cette discussion? demanda Daisy. Pas du tout. Il s'agissait des manuscrits que je viens de vous montrer. Et cet imbécile de Brick disait que l'auteur était un certain Ulinus. Alors que moi, je sais parfaitement qu'ils ont été écrits par au moins trois personnages distincts. Je n'ai pas pu faire entendre raison à M. Brick. Il s'est mis en colère et m'a pratiquement

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jeté à la porte. Il m'a tellement fait peur que j'en ai oublié mes documents chez lui. Pauvre M. Smellie! compatit Daisy. Et vous n'avez entendu parler de l'incendie que le matin suivant? Exactement, dit M. Smellie. - N'êtes-vous pas allé vous promener dans la direction de la maison de M. Brick, ce soir-là? demanda Larry. Si vous y étiez allé, vous auriez pu voir le feu qui commençait de prendre. » Les lunettes de M. Smellie lui tombèrent du nez. Il les ramassa et les remit en place d'une main tout à coup tremblante. Mlle Miggle essaya de le calmer : « Voyons, voyons, ne vous agitez pas, monsieur. Buvez plutôt votre lait. Voilà plusieurs jours que vous n'êtes pas dans votre état normal. Vous m'avez dit vous-même que vous ne saviez pas dans quelle direction vous étiez allé ce soir-là. Vous -avez fait un tour, simplement. - Oui, dit M. Smellie, en se laissant lourdement tomber dans une chaise. C'est cela... Un tour... Un tour... Quelquefois, je ne me rappelle plus très bien ce que j'ai fait, n'est-ce pas, mademoiselle Miggle? - Mais oui, mais oui, dit Mlle Miggle, en tapotant gentiment l'épaule de M. Smellie. Cette discussion, cet incendie, tout cela vous a bouleversé. Ne vous inquiétez donc pas. » Elle se tourna vers les enfants et leur dit à voix basse : « Vous feriez mieux de partir. Il est fatigué. » Les enfants firent signe qu'ils comprenaient et sortirent sans bruit. Ils traversèrent le jardin, passèrent par-dessus le mur, et n'échangèrent leurs impressions qu'une fois chez eux. « Bizarre, n'est-ce pas? dit Daisy. Il a eu l'air très ému, quand nous lui avons demandé ce qu'il faisait le soir de

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l'incendie. Peut-être a-t-il oublié que c'est lui qui a mis le feu? Ou peut être se le rappelle-t-il, et c'est pour cela qu'il a peur? - Mystère! répondit Larry. Il a l'air si doux, qu'on l'imagine mal en train de mettre le feu à une maison. Et pourtant, s'il se mettait vraiment en colère... Au fait, Daisy, que caches-tu donc sous ton pull-over? - Un soulier à semelle de caoutchouc, avec un dessin curieux, dit Daisy, en tirant le soulier de sa cachette. - On dirait que c'est le même motif, dit Larry. Courons voir les autres, et comparons le soulier avec le chef-d'œuvre de Fatty. Dépêche-toi ! »

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CHAPITRE XIII DES NOUVELLES DE LILY LARRY et Daisy rejoignirent les autres détectives en courant. Daisy brandissait le soulier. « Daisy, tu as trouvé les souliers à semelles de caoutchouc qui ont fait les empreintes de la prairie? demanda Fatty. Je crois que oui, répondit Daisy, très solennelle. Larry et moi, nous sommes allés voir M. Smellie, comme nous en avions l'intention, et pendant qu'il causait avec Larry, j'ai fouillé dans le placard du hall, là où il range ses souliers et toute sorte de choses. Et j'ai trouvé une seule paire de souliers qui avait des semelles en caoutchouc, et je suis presque sûre que les dessins correspondent.

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- On dirait bien que oui, fit Pip. - Sûrement, dit Fatty. Je le sais, parce que c'est moi qui ai copié l'empreinte. Et moi, dit Betsy, je crois que ce n'est pas le même dessin. Ici, les carrés sont trop grands. Je suis sûre que ce n'est pas le même soulier. - Ridicule, fit Pip. Tu es petite, tu n'y connais rien. Fatty, va chercher le dessin dans la tonnelle, pour prouver à Betsy qu'elle dit des sottises. » Fatty courut le chercher. Il le trouva derrière la planche à secret et le rapporta aux autres, qui attendaient avec impatience. Minutieusement, ils comparèrent le dessin et la semelle. Et puis ils soupirèrent profondément, car ils s'étaient trompés. « Betsy a raison, dit Fatty. Les carrés de la semelle sont plus petits que ceux du dessin. Et je suis sûr que le dessin est bon, parce que j'ai tout mesuré très soigneusement. Je suis très fort pour ce 'genre de choses. Je réussis toujours à... Tais-toi, dit Larry, que les vantardises de Fatty mettaient toujours en colère. Betsy a raison. Bravo, ma petite Betsy! » Betsy rougit de plaisir. Elle avait dit qu'elle apprendrait le dessin par cœur et elle l'avait fait. Mais elle était aussi déçue que les autres de constater que Daisy s'était trompée. « C'est bien difficile, d'être un détective, dit Betsy. On trouve tout le temps des choses qui ne servent à rien ou qui compliquent le problème. Pip, il faut que tu racontes à Larry et à Daisy ce qu'a dit le vagabond. Très juste », fit Pip. Et il raconta son entrevue avec le vagabond. « Donc, vous voyez, conclut-il, tout se complique. Le vagabond a bien vu Peeks se cacher dans les buissons, mais il l'a entendu chuchoter avec quelqu'un d'autre.

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Peut-être M. Smellie? Vous dites qu'il est sorti ce soir-là, et nous savons que Peeks est sorti aussi. Ils ont peut-être mis le feu ensemble. — Possible, dit Larry, d'un ton pensif. Ils se connaissaient sûrement, et ils ont pu se mettre d'accord pour punir le père Bricà-brac de sa méchanceté. Comment le découvrir? — Nous pourrions retourner voir M. Smellie, proposa Daisy. De toute façon, il faut bien que nous lui rendions son soulier. Nous ne pouvons pas le garder. Avez-vous vu « Cirrculez » aujourd'hui? » Personne ne l'avait rencontré, et personne ne tenait à le voir. Les enfants discutèrent pour savoir ce qu'ils devaient faire maintenant. Tout s'embrouillait dans leur tête. Ils avaient rayé Mme Minns et le vagabond de la liste des suspects, mais il leur paraissait impossible de savoir si l'incendiaire était Peeks, Smellie, ou les deux ensemble. « On pourrait retourner voir Lily, dit tout à coup Fatty. Elle pourrait nous renseigner sur Horace Peeks. Après tout, elle lui a écrit une lettre pour l'avertir du danger. Elle en sait plus peut-être qu'elle n'en a l'air. — Mais ce soir-là, Lily était libre, objecta Daisy. — Qui l'empêchait de se cacher dans le jardin du père Bricà-brac? répliqua Fatty. — On dirait que tout le village s'est caché dans le jardin de Brick ce soir-là, dit Larry. Le vagabond, Peeks sûrement, Smellie peut-être, et Lily aussi? — Je sais bien. Le jardin était plein, reconnut Fatty en riant. Naturellement, nous ne soupçonnons pas Lily, mais elle peut savoir des choses. Pourquoi ne pas aller la voir. — Pourquoi pas? accepta Larry. Oh! voilà le gong du déjeuner. Il faut remettre l'expédition à l'après-midi. Nous irons tous ensemble, et nous apporterons quelque

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chose pour les chats. Et puis il y a le soulier de M. Smellie. Quand le lui rendrons-nous? — Ce soir, dit Daisy. Dès qu'il fera nuit, Larry peut se glisser dans le jardin et dans la maison sans être remarqué. — D'accord, fit Larry, en se levant. Rendez-vous après déjeuner. A propos, comment vont tes bleus, Fatty? — Ils sont superbes, répondit Fatty, en se rengorgeant. Je vais te les montrer. — Pas le temps maintenant, dit Larry. Nous les verrons cet après-midi. — Il y en a un qui est déjà tout jaune », fit Fatty. Mais Larry et Daisy étaient déjà partis. Pip et Betsy rentraient à la maison en courant, de peur d'être en retard pour le déjeuner. Fatty fut obligé de partir tout seul avec Foxy, espérant que les autres penseraient à demander à voir ses bleus plus tard. A deux heures et demie, l'équipe des détectives fut de nouveau au complet. Daisy avait fait un saut chez le marchand de poissons et avait acheté quelques déchets pour les chats. L'odeur était si forte que Foxy ne cessait pas de renifler le paquet en essayant de le défaire. Et personne ne parla à Fatty de ses bleus. Il fut si vexé, qu'il s'assit à l'écart et bouda, pendant que les autres préparaient l'entrevue avec Lily. Betsy remarqua l'attitude du gros garçon : « Fatty, que se passe-t-il? lui demanda-t-elle. Tu n'es pas malade. — Non », dit Fatty. Daisy le regarda et se mit à rire : « Pauvre Fatty! Nous avions promis de regarder ses bleus, et nous avons oublié! » Tout le monde se mit à rire. « Quel bébé, ce Fatty! s'écria Larry. Allons, mon gros, montre-nous tes bleus, et nous allons les admirer tous, des plus grands jusqu'aux plus petits.

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— Inutile, répondit Fatty. Et si vous continuez à discuter comme vous faites, ce sera l'heure du goûter avant que nous n'ayons bougé de place. — Nous regarderons ses bleus au retour, chuchota Daisy à Larry. Il boude trop, maintenant. » Ils partirent donc pour la maison de M. Brick. « Nous sommes sûrs que le père Bric-à-brac ne nous mettra pas à la porte, parce que je l'ai vu qui passait en voiture, dit Pip. — Il faut se répartir en deux groupes, dit Larry. Les uns discuteront avec Mme Minns pendant que les autres se débrouilleront pour entraîner Lily dans le jardin et pour la faire parler. Nous verrons comment les choses se présentent. » II se trouva que tout se présentait bien. Mme Minns était sortie, et Lily était toute seule à la cuisine. Elle fut ravie de voir les enfants et Foxy. « Je vais mettre Pussy et les petits chats dans le hall,

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dit-elle, et je vais fermer la porte. Comme ça, le petit chienchien pourra rentrer. Moi, j'aime les chiens. Comment s'appelle-t-il? Foxy? Et mignon, avec ça! Foxy, Foxy, veux-tu un os? » Bientôt tous les chats furent dans le hall, et Foxy put ronger un os tout à son aise. Lily donna aussi du chocolat aux enfants. Elle paraissait beaucoup plus à son aise quand Mme Minns n'était pas là. « Nous avons remis votre lettre à Horace Peeks, dit Larry. Nous n'avons pas eu de difficulté à le trouver. — Oui, j'ai reçu une lettre de lui aujourd'hui, répondit Lily tristement. Il me dit que M. Groddy est allé le voir, et qu'il lui a dit des tas de méchancetés. Horace est tellement ennuyé qu'il ne sait plus que faire. — M. Groddy pense que M. Peeks a mis le feu au pavillon? demanda Daisy. — Il y a des tas de gens qui pensent ça, répondit Lily. Mais ce n'est pas vrai. — Comment le savez-vous? demanda Fatty. — Je le sais, fit Lily, d'un ton buté. — Mais puisque vous n'y étiez pas, dit Larry, vous ne pouvez pas savoir qui a mis ou n'a pas mis le feu. Après tout, c'est peut-être bien Horace. — Ecoutez, dit Lily, si vous me donnez votre parole de ne rien dire à personne, je vous raconterai quelque chose. Jurez-le. — Nous le jurons », répondirent les cinq enfants d'une seule voix. Lily parut soulagée. « Alors, dit-elle, je peux vous expliquer pourquoi je sais qu'Horace n'a pas mis le feu au cabinet de travail. Je le sais, parce que j'avais rendez-vous avec Horace à cinq heures de l'après-midi, et que nous nous sommes quittés à dix heures du soir. » Les cinq enfants la regardèrent avec stupéfaction. Pour un renseignement précis, c'en était un!

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« Mais vous auriez dû le raconter à tout le monde, dit enfin Larry. Si vous racontez cela, personne ne pourra plus prétendre qu'Horace a brûlé le pavillon. » Les yeux de Lily se remplirent de larmes. « Voyez-vous, expliqua-t-elle, Mme Minns dit que je suis trop jeune pour me marier, mais Horace Peeks et moi, nous nous aimons. M. Brick me dit qu'il me chassera s'il me rencontre jamais en train de me promener avec Horace, et Mme Minns a promis à M. Brick de le prévenir si elle me prenait jamais à parler à ce jeune homme. Alors, je n'ose même pas aller au cinéma avec lui ou lui adresser la parole dans la maison. — Pauvre Lily! s'apitoya Daisy. Alors quand vous avez entendu que tout le monde disait du mal de lui, vous avez eu très peur et vous lui avez écrit. — Oui, dit Lily. Et si je raconte où j'étais, ce soir-là, je perdrai ma place. Et Horace ne peut pas dire qu'il était avec moi, parce qu'il sait que j'aurai des ennuis, s'il le dit. — Où étiez-vous allés? demanda Fatty. — Je suis allée à bicyclette jusqu'à mi-chemin de Wilmer Green, raconta Lily. Nous nous sommes rencontrés chez sa sœur qui habite là-bas, nous avons goûté et dîné ensemble. Nous avons raconté à sa sœur comment Horace avait perdu sa place, et elle a dit que son mari pourrait peut-être lui donner du travail avant qu'il trouve un autre emploi. » Fatty se rappela que le vagabond avait dit qu'il avait vu Horace Peeks, cet après-midi-là. Lily mentait donc? « Êtes-vous bien sûre que Horace n'est venu ici à aucun moment de l'après-midi? » demanda Fatty. Ses petits amis savaient bien pourquoi il posait cette question : eux aussi, ils se rappelaient le témoignage du vagabond. « Non, non! Il n'est pas venu! » cria Lily, terrifiée. Elle tordait un mouchoir dans ses mains. « Horace n'est pas venu ici. Nous étions chez sa sœur.

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Demandez-lui. Elle vous le dira », répétait-elle. Larry sentit que Lily avait peur et qu'elle mentait. Il résolut de payer d'audace. « Lily, fit-il gravement, quelqu'un a vu Horace ici ce soir-là. » Lily écarquilla des yeux horrifiés. « Impossible! cria-t-elle. Personne n'a pu le voir. — Eh bien, on l'a vu. » Lily se mit à sangloter. « Qui, qui? demandait-elle. Mme Minns et sa sœur étaient dans la cuisine. M. Brick et le chauffeur étaient sortis. Il n'y avait personne. Je sais qu'il n'y avait personne. — Comment pouvez-vous le savoir, puisque vous n'étiez pas là vous-même? » demanda Larry. Alors Lily se décida à parler. « Je vais tout vous dire, fit-elle, en étouffant un sanglot. Mais n'oubliez pas que vous avez juré de vous taire. Voilà ce qui s'est passé. Quand j'ai retrouvé Horace chez sa sœur, il m'a dit qu'il avait laissé des affaires à lui chez M. Brick, mais qu'il n'osait pas venir les demander au patron. Alors je lui ai dit : « Horace, M. Brick est « sorti cet après-midi, tu peux venir les chercher pendant « qu'il n'est pas là. » Les enfants l'écoutaient, en retenant leur souffle. Enfin, ils apprenaient la vérité. Lily continua son récit, tout en tordant son mouchoir : « Alors, nous avons pris une tasse de thé, et puis on est venus à bicyclette jusqu'ici, et on a laissé nos vélos derrière la haie. Personne ne nous a vus. Nous avons marché derrière la haie jusqu'au jardin de M. Brick. Puis, on s'est cachés dans les buissons, pour écouter si personne ne venait. » Les enfants acquiescèrent de la tête. Le vagabond avait entendu Peeks chuchoter : c'était avec Lily qu'il avait dû chuchoter.

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« Bientôt, continua Lily, je me suis aperçue que Mme Minns et sa sœur discutaient ensemble : elles pouvaient continuer pendant des heures, alors j'ai offert à Horace d'aller lui chercher ses affaires, mais il voulait le faire lui-même. Donc j'ai fait le guet pendant qu'il se glissait dans la maison par une fenêtre ouverte, qu'il reprenait ses effets et qu'il venait me retrouver dans les buissons. Et après ça, nous sommes partis sans avoir vu personne. Horace n'a pas profité de cette promenade pour aller faire un tour du côté du pavillon? » demanda Larry. Lily eut l'air indigné : « Sûrement pas! s'écria-t-elle. D'abord, je l'aurais vu. Puis, il n'a pas été parti plus de trois minutes. Enfin Horace ne ferait jamais une chose pareille! - Alors, dit Larry, Horace est éliminé. Il n'est pas l'incendiaire. » Tous les enfants' pensaient comme lui. « Vous avez eu raison de nous parler franchement, Lily, reprit Larry. Mais en ce cas, je me demande qui a bien pu commettre le crime. - Il ne reste plus que M. Smellie », dit innocemment Betsy. Ses paroles produisirent le plus inattendu des effets. Lily poussa un cri aigu et regarda Betsy comme si elle ne pouvait en croire ses oreilles. La jeune servante ouvrait et refermait sa bouche à la manière d'un poisson et semblait incapable de dire un mot. « Que se passe-t-il? demanda Larry, tout surpris. Pourquoi la petite a-t-elle dit ça? chuchota Lily. Comment sait-elle que M. Smellie est venu ici ce soir-là? » Ce fut au tour des enfants d'exprimer de l'étonnement. « Nous n'en sommes pas sûrs, dit Larry. Mais nous le supposons. Et vous, Lily, pourquoi paraissez-vous si surprise? Vous n'avez pas pu voir M. Smellie puisque vous

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«Et vous, Lily, pourquoi paraissez-vous si surprise ? »

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nous avez dit que vous n'aviez vu personne quand vous étiez avec Horace. — C'est vrai, dit Lily, mais Horace, lui, il a vu quelqu'un. Quand il est monté à l'étage pour aller chercher ses affaires, il a vu quelqu'un qui se glissait par la porte du jardin. C'était M. Smellie. — Ça alors! » dirent Larry et Pip, d'une seule voix. Les enfants se regardèrent les uns les autres. « Donc M. Smellie est bien venu ici ce soir-là, répéta Larry. — Rien d'étonnant à ce qu'il ait été ému quand tu lui as demandé s'il n'avait pas tourné autour de la maison de M. Brick le soir de l'incendie, fit Daisy. — C'est lui le coupable! dit Betsy d'un ton triomphant. Maintenant, nous en sommes sûrs. Il doit être méchant comme la gale, ce vieux monsieur! — Vous pensez que c'est lui qui a mis le feu? » demanda Fatty à Lily. Elle sembla perplexe. « Je n'en sais rien, fit-elle. Il a l'air d'un vieux monsieur très gentil, très doux, et il me dit toujours quelque chose d'aimable en passant. Je ne peux pas me le figurer en train de mettre le feu à une maison. Mais ce que je sais en tout cas, c'est que le coupable n'est pas Horace. — Evidemment, fit Larry. Je comprends maintenant pourquoi vous n'avez rien dit au début : vous aviez peur. Eh bien, soyez tranquille : nous ne raconterons rien à personne, et nous allons nous occuper sérieusement de ce M. Smellie! »

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CHAPITRE XIV « CIRRGULEZ » JOUE LES TROUBLE-FÊTE avoir pris congé de Lily, qui se sentait soulagée d'avoir raconté ses ennuis à ses petits amis, les enfants allèrent goûter chez Pip, tout en discutant des informations qu'ils avaient réunies. « Ça avance, ça avance, dit Pip en se frottant les mains. Je suis persuadé que Peeks n'a rien à voir avec l'incendie. Le coupable, c'est M. Smellie. Ce n'est pas pour rien qu'il a eu l'air si effrayé quand, Daisy et toi, vous lui avez parlé de ses promenades du soir. S'il n'avait rien fait de mal, il n'aurait pas eu peur. - Et nous savons que ses chaussures sont de la taille convenable, dit Daisy. Ce n'est que le dessin de la semelle qui n'est pas le même que celui de l'empreinte. APRÈS

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II a peut-être caché la bonne paire quelque part, dit Fatty, de peur qu'on ne le reconnaisse à ses traces. Exact, approuva Larry. Si seulement nous pouvions trouver quelqu'un avec un accroc à sa veste de flanelle, la question serait réglée. Le plus urgent, fit Daisy, c'est de chercher les chaussures. Rappelle-toi : il nous a dit que Mlle Miggle n'avait pas le droit de ranger son bureau. Il a très bien pu cacher ses souliers dans un placard, ou derrière une rangée de livres. Très juste, fit Larry. Tu dois avoir raison, Daisy. Ce soir, je me glisserai dans sa maison et je perquisitionnerai. - Est-ce qu'on a le droit d'entrer dans les maisons des gens et de perquisitionner? demanda Pip. - A qui veux-tu que nous demandions la permission? répliqua Larry. Nous ne faisons pas de mal. Nous essayons seulement de trouver un indice. Je sais bien, mais les grandes personnes sont si bizarres! Peut-être qu'il y en a à qui ça déplairait que des enfants viennent chercher des indices dans leur maison. - Que veux-tu que nous fassions d'autre? Et puis, de toute façon, il faut bien que nous remettions à sa place le soulier que Daisy a emprunté. D'accord », dit Pip. A ce moment, Mme Hilton s'approcha des enfants et demanda à Fatty des nouvelles de sa petite santé. Fatty fut ravi, parce que ses amis avaient oublié une fois de plus d'inspecter ses bleus. « Merci beaucoup, madame, dit le gros garçon, je vais très bien, mais les bleus prennent des formes tout à l'ait extraordinaires. J'en ai un qui ressemble à une tête de chien, à la tête de Foxy plus précisément. Vraiment? fit la maman de Pip, très étonnée. Montrezmoi cela, je vous en prie. » 125

Fatty passa les minutes les plus agréables de sa vie à exhiber ses bleus, tous, les uns après les autres et surtout celui qui ressemblait à une tête de chien. Mme Hilton ne saisit peutêtre pas très bien la ressemblance, mais elle eut l'air intéressée. Les enfants étaient furieux. Ils avaient fait tous leurs efforts pour guérir Fatty de sa vantardise, et voilà que la maman de Pip le faisait retomber dans ses habitudes. Au bout de cinq minutes, Fatty était en train de lui raconter l'histoire du bleu qui avait eu la forme d'une cloche, et de celui qui avait ressemblé trait pour trait à un serpent. « Pour les bleus, il n'y a pas à dire, je suis doué, déclara-til. Et encore, aujourd'hui, ce n'est rien. Vous verrez demain, quand je serai jaune!... Partons, souffla Larry à Pip. Je ne peux pas supporter ce gros plein de soupe quand il a une crise! » Les quatre enfants laissèrent donc Fatty en discussion animée avec Mme Hilton, et s'éclipsèrent. Foxy resta avec son maître, à remuer la queue, et à admirer les bleus multicolores. « On va aller faire un tour à bicyclette, proposa Pip. Fatty me porte sur les nerfs, quand il se gonfle comme ça! » Aussitôt dit, aussitôt fait. Lorsque Mme Hilton eut quitté Fatty et que celui-ci se retrouva tout seul, il fut horriblement vexé, et passa une heure à se morfondre. Lorsque les autres revinrent, il leur dit tout net ce qu'il pensait d'eux : « Bande de lâcheurs! Qu'est-ce qui vous a pris de partir comme ça? En voilà une façon de traiter tes invités, Pip! Vous êtes tous des mal élevés! Nous pensions que tu en avais pour une bonne heure à raconter tes histoires de bleus à Mme Hilton, dit Larry. Ne prends pas l'air si féroce, Fatty. Si tu faisais un peu moins l'idiot…

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- Comment! Vous partez chercher des indices sans moi, maintenant? répliqua Fatty. Je fais pourtant partie des Détectives, non? Qu'est-ce que vous êtes encore allés faire? Vous étiez chez Peeks? Ou chez Lily? - Chez personne », répondit Betsy. Elle avait pitié de Fatty. Comme elle était la plus jeune, il lui était si souvent arrivé de se trouver délaissée qu'elle ne pouvait souffrir qu'un autre enfant se sentît abandonné, lui aussi. « Nous sommes simplement allés nous promener à bicyclette », expliqua-t-elle. Mais Fatty était vexé pour de bon : « Je crois que je vais donner ma démission des Détectives, déclara-t-il. Je vais reprendre mon dessin avec l'empreinte et je vais partir. Je vois bien que vous ne voulez pas de moi. Allons, viens, Foxy. » Aucun des enfants ne voulait voir partir Foxy, ni Fatty non plus, d'ailleurs. Une fois qu'on le connaissait, le gros garçon n'était pas si déplaisant qu'il en avait l'air. Daisy le rattrapa : « Allons, reviens! lui dit-elle gentiment. Nous avons besoin de toi. Nous voulons discuter de ce que nous allons faire ce soir au sujet des souliers de M. Smellie. Viens donner ton avis. Moi, je veux entrer avec Larry et faire le guet pendant qu'il cherche les souliers, et Larry ne veut pas! » Fatty revint sur ses pas, mais sans cesser de bouder. « Larry, dit Daisy, je t'en prie, laisse-moi entrer chez M. Smellie avec toi. Fatty, tu n'es pas de mon avis? — Non, dit Fatty. Il faut un garçon pour aller avec Larry. Moi, par exemple. Larry perquisitionnera, et moi, je ferai le guet. - C'est moi qui irai, proposa Pip. - Fatty s'est offert le premier, dit Larry. C'est lui qui viendra. Nous attendrons jusqu'à neuf heures et

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demie, environ, et puis nous ferons une reconnaissance pour voir si le vieux Smellie est toujours dans son bureau. Pas la peine de prendre de risques tant qu'il n'est pas couché. L'ennui, c'est qu'il fait peut-être partie de la corporation des gens qui ne se mettent pas au lit avant trois heures du matin. Nous verrons bien. J'y serai à neuf heures et demie, dit Fatty. Où est le soulier? Dans la tonnelle? Je le prendrai avec moi, il fera noir et personne ne verra ce que je porterai. » En voyant qu'on lui demandait de participer à une entreprise aventureuse, Fatty avait oublié de bouder. Il demanda à Larry où serait le rendez-vous. « Moi, dit Larry, je grimperai par-dessus le mur, au fond du jardin. Mais toi, tu ferais mieux de suivre la route jusqu'à la grille et d'entrer dans le jardin par-devant. Puis tu feras le tour de la maison et nous nous rencontrerons quelque part derrière la maison. Vu? - D'accord, dit Fatty. Je crierai comme la chouette pour te prévenir quand je serai en place. Tu sais crier comme la chouette? demanda Betsy. - Bien sûr; écoute », fit Fatty. Il mit ses deux pouces l'un contre l'autre et arrondit les paumes de ses mains. Puis il souffla doucement entre ses pouces et un ululement sinistre retentit aussitôt. « Oh! ce que tu es adroit, Fatty! » s'écria Betsy, pleine d'admiration. Fatty ulula encore une fois. Il ululait vraiment très bien. « Sensationnel! » dit Betsy. Fatty ouvrit la bouche pour expliquer qu'il pouvait imiter toute une série d'autres animaux, mais en voyant l'expression de Larry, il jugea plus prudent de s'abstenir. Il referma la bouche précipitamment. « Bon, fit Larry, alors tout est réglé. Rendez-vous derrière la maison de M. Smellie, à neuf heures et demie. Signal de reconnaissance : le cri de la chouette. Je pense

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Fatty ulula encore une fois. 129

que j'arriverai avant toi et que je serai caché dans les buissons, à t'attendre. » En allant se coucher, ce soir-là, les enfants étaient tout émus. A neuf heures dix, Fatty éteignit la lumière dans sa chambre et passa la tête dans le couloir. Il n'y avait personne. Le gros garçon descendit l'escalier à pas de loup. Il traversa rapidement le jardin de l'hôtel et se trouva bientôt dans l'avenue, le soulier caché sous la veste. A neuf heures et demie, Fatty arriva devant la maison de M. Smellie. Les fenêtres étaient éteintes. Fatty attendit quelques moments en se promenant pour être sûr que la voie était libre. Quelqu'un se tenait dans l'ombre, adossé à un des arbres de la route, mais Fatty ne remarqua rien. Il était juste sur le point de franchir la grille lorsqu'une poigne brutale s'abattit sur son épaule. De peur, Fatty faillit perdre .connaissance. Il poussa un cri horrible et laissa tomber le soulier de M. Smellie. « Et alorrss? » dit une voix que Fatty ne connaissait que trop bien. Une torche électrique s'alluma et aveugla le malheureux garçon, et la voix de « Cirrculez » répéta : « Et alorrss? » Le policeman s'était embusqué derrière un arbre. Tout étonné de voir Fatty se faufiler dans l'allée et faire les cent pas devant la grille, il avait résolu de l'interpeller. Maintenant, il était encore plus surpris de découvrir qu'il s'agissait d'un membre de cette bande d'enfants qu'il rencontrait à chaque pas. Il se pencha donc pour ramasser ce qui était tombé et contempla le soulier unique de M. Smellie dans le plus profond étonnement. « Qu'est-ce que c'est? demanda-t-il. - On dirait un soulier, répondit Fatty. Lâchez-moi. Vous n'avez pas le droit de me serrer comme ça. 130

- Et qu'est-ce que vous en faites, de ce soulier? demanda « Cirrculez, » qui allait de surprise en surprise. Où est l'autrre, celui qui fait la pairre? Je ne sais pas au juste », répondit Fatty. Le policier le secoua énergiquement. « Pas d'insolence! » rugit-il. Il tourna le soulier la semelle vers le haut et aussitôt qu'il eut vu que la semelle était en caoutchouc, il eut la même idée que Daisy : le dessin ressemblait à celui de l'empreinte. M. Groddy regarda la chaussure, de plus en plus stupéfait. De nouveau, il aveugla Fatty avec sa torche : « Où as-tu trrouvé ça? questionna-t-il. A qui est-ce? » Fatty prit l'air buté : « On me l'a donné. Pour l'instant, je le garrde, dit M. Groddy. Toi, viens avec moi. » Fatty n'en avait pas la moindre intention. D'une torsion rapide, il échappa à la poigne du policeman et partit au galop le long de la route. Il la remonta jusqu'en haut de la côte, puis tourna à angle droit dans l'allée où se trouvait la maison de Larry. Il sauta dans le jardin, et courut jusqu'au fond. Son cœur battait à se rompre. Il escalada la muraille, passa par-dessus et se laissa choir de l'autre côté, dans le jardin de M. Smellie. Là, à pas de loup, il se glissa derrière la maison. Puis il poussa un ululement prolongé : « Hou hou hou... »

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CHAPITRE XV LARRY ET FATTY EN DANGER UNE NOUVELLE FOIS,

le pauvre Fatty faillit mourir de peur, car quelqu'un venait de le saisir par le bras. Il s'était attendu à un sifflement en réponse à son ululement, mais Larry, caché derrière les buissons devant lesquels Fatty se tenait, l'avait aussitôt agrippé. « Aïe! cria Fatty. - Chut! répondit Larry à voix basse. Tu as le soulier? - Non », dit Fatty. Et, en peu de mots, il expliqua ce qui était arrivé. Larry l'écouta, consterné.

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« Animal! s'écria le chef lorsque l'adjoint eut terminé. L'un de nos meilleurs indices ! Et tu le donnes à « Cirrculez », en mains propres ! Il est forcé de savoir que nous suivons la même piste que lui. Ce n'était plus un indice, c'était une erreur, répondit Fatty. Tu sais bien que le dessin n'est pas le même. De toute façon, « Cirrculez » nous tenait tous les deux, le soulier et moi. Encore heureux que je sois arrivé à m'en tirer, même sans soulier. - Alors, qu'allons-nous faire? demanda Larry. On peut se mettre en chasse tout de suite. Il n'y a pas de lumière dans le bureau. M. Smellie doit être couché. Allons-y, fit Fatty. Où est la porte du jardin? » Ils la trouvèrent sans difficulté et constatèrent avec joie qu'elle n'était pas fermée à clef. Une lumière qui provenait de la cuisine indiquait que Mlle Miggle veillait encore. Il faudrait décidément se montrer très prudents. Les deux garçons entrèrent sans bruit. Larry se glissa dans le bureau où Daisy et lui avaient causé avec M. Smellie. « Toi, fais le guet dans le hall, chuchota-t-il. Si Mlle Miggle ou M. Smellie se montrent, tu me préviens. J'ouvre une des fenêtres du bureau, si je peux le faire sans trop de bruit, et je saute dehors. » Larry était armé d'une lampe électrique, et il en balaya la pièce, où régnaient toujours le désordre et la poussière. Partout, il y avait des papiers. Des papiers et des livres sur le bureau, sur le plancher, sur les chaises. Des livres dans les bibliothèques, sur la cheminée... Visiblement, M. Smellie était un grand savant! » Larry commença à perquisitionner. Il enleva quelques livres sur chaque étagère et passa la main derrière mais ne trouva rien. Il souleva des piles de papiers sans plus de résultat. Fatty, qui faisait le guet dans le hall, avait cependant

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aperçu le placard où Daisy avait trouvé le soulier. Qui sait? Peut-être avait-elle mal cherché? Il décida d'aller y passer une inspection à son tour. Il se glissa donc dans le placard et se mit à tourner et à retourner tous les souliers et toutes les bottes qui s'y trouvaient. Il s'absorba si bien dans cette intéressante occupation, qu'il n'entendit pas qu'on introduisait une clef dans la serrure de la porte d'entrée. Il n'entendit pas non plus le maître de maison refermer la porte, puis traverser le hall tout tranquillement et entrer dans le bureau... Fatty ne s'aperçut de sa présence que lorsque le vieux savant eut allumé l'électricité et bien entendu, il était trop tard pour prévenir Larry. Larry fut pris alors qu'il fouillait dans un secrétaire. Lui aussi, il ne s'aperçut qu'il y avait quelqu'un dans la pièce que lorsque la lumière jaillit. Horrifié, il fit volte-face. M. Smellie et le jeune garçon se regardèrent : celui-ci épouvanté, celui-là fou de rage. « Vous êtes un voleur! dit M. Smellie. Un cambrioleur. Un méchant garnement. Je vais vous enfermer et appeler la police. » D'un bond, il fut sur Larry, l'empoigna d'une main étonnamment robuste et le secoua de toutes ses forces. Larry haletait : «Je vous en prie, monsieur, je vous en prie!... » Mais M. Smellie n'avait pas l'intention d'écouter ses explications. Ses vieux papiers étaient ce qu'il avait de plus cher au monde, et il lui suffisait de voir quelqu'un y mettre le nez, pour perdre son sang-froid. Tout en marmonnant des menaces terribles, il fit sortir Larry dans le hall sans cesser de le secouer. Le pauvre Fatty, tout honteux d'avoir trahi sa mission, tremblait de peur dans son placard et n'osait se montrer. « Répugnant petit personnage! » criait M. Smellie en contraignant Larry à gravir l'escalier.

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Larry essayait bien de protester, mais M. Smellie ne l'écoutait pas. « Je vais chercher la police, répétait-il. Je vais vous donner pieds et poings liés à M. Groddy. » Fatty ne savait que faire. Avoir échoué, c'était lamentable, mais savoir que Larry serait livré au méchant M. Groddy! Du fond du placard, Fatty entendit M. Smellie pousser Larry dans une pièce au premier étage et l'enfermer à clef. Mlle Miggle, stupéfaite d'entendre tout ce bruit, se précipita dans le hall pour voir ce qui se passait. « On me vole ! On me cambriole ! cria M. Smellie en redescendant. Voilà ce qui se passe! Je viens de rentrer. Je mets les pieds dans mon bureau et je vois des voleurs en train de fouiller dans mes papiers. » Mlle Miggle se figura aussitôt qu'il y avait eu trois ou quatre hommes armés, occupés à cambrioler le bureau de M. Smellie et elle demanda : « Et alors, où sont-ils, vos voleurs? Enfermés dans la lingerie, là-haut », dit M. Smellie. Mlle Miggle n'en croyait pas ses oreilles. Quoi, M. Smellie avait conduit plusieurs brigands dans la lingerie là-haut, et les y avait enfermés de sa main? Quant à M. Smellie, il tremblait de la tête aux pieds, tant il était ému. « Reposez-vous un moment avant de téléphoner à la police, conseilla gentiment Mlle Miggle. Vous voilà dans tous vos états! Je vais vous apporter quelque chose à boire. Dans la lingerie les voleurs ne craignent rien. M. Smellie se laissa tomber sur une chaise, dans le hall. Son cœur battait fort, le souffle lui manquait. « Ça ira mieux dans quelques minutes, répondit-il. Je les ai maîtrisés, les bandits! » Mlle Miggle courut dans la cuisine. Fatty tendit l'oreille. Il pensa que M. Smellie était retourné dans son

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bureau alors qu'en réalité il était assis sur une chaise, au pied de l'escalier. « Je vais essayer de sauver le pauvre Larry », décida Fatty. Il ouvrit la porte du placard et fonça vers l'escalier. M. Smellie fut stupéfait de voir un autre garçon paraître devant ses yeux. Sa maison était-elle pleine de garçons, ce soir? Et celui-là était sorti du placard comme un diable de sa boîte. M. Smellie se jeta sur Fatty pour le saisir. Fatty, effrayé, poussa un cri et voulut s'enfuir par l'escalier. M. Smellie qui l'avait déjà empoigné, fut traîné sur plusieurs marches. Le vieillard avait maintenant retrouvé toute sa force et sa colère était telle contre son second voleur qu'il tint bon. Fatty continua à monter, tandis que sa veste, à laquelle M. Smellie s'était accroché, craquait sur toutes les coutures. Puis Fatty trébucha et s'assit sur une marche, à mi-chemin du premier étage. M. Smellie s'écroula sur lui et faillit l'aplatir. « Aïe! Oh! hurla Fatty. Voulez-vous vous en aller? Vous m'écrasez. » Alors Mlle Miggle laissa tomber le verre qu'elle tenait à la main et se précipita dans le hall. Que se passait-il donc ce soir? Y avait-il une deuxième bande de voleurs dans la maison? Elle eut juste le temps de voir Fatty échapper à M. Smellie en glissant sous lui et rouler jusqu'au bas de l'escalier en hurlant et en gémissant. Elle vit aussitôt qu'il s'agissait d'un jeune .garçon et elle l'interrogea sévèrement : « Qu'est-ce que ça signifie? Comment osez-vous entrer dans une maison qui ne vous appartient pas? Comment vous appelezvous? Où habitent vos parents? » Fatty ne cessait pas de gémir et de pleurer. Larry l'entendit et se demanda ce qui se passait. Il commença de tambouriner contre la porte de la lingerie, ajoutant

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encore à la confusion générale. Mlle Miggle ne comprenait plus rien. « II a enfermé mon camarade là-haut... geignait Fatty. Je voulais monter le libérer, mais M. Smellie m'a attrapé et je me suis fait bien mal... Je suis sûre, dit Mlle Miggle, qu'un vieux monsieur aussi doux que M. Smellie n'a pas pu vous faire de mal exprès. J'ai mal partout! hurla Fatty. Envoyez chercher un docteur! » Mlle Miggle était une bonne âme. Elle se pencha sur le gros garçon et vit qu'il était en effet couvert clé bleus et ne réfléchit pas que les bleus dataient de plusieurs jours. « Monsieur Smellie, s'écria-t-elle, regardez ce malheureux enfant! » M. Smellie fut horrifié de voir dans quel état se trouvait Fatty. « Mettez-lui tout de suite une pommade quelconque, ordonna-t-il. C'est bien ce que je compte faire pendant que vous^ téléphonez à la police », dit Mlle Miggle. Mais M. Smellie paraissait moins pressé. « Je pense, dit-il, que je ferais mieux de commencer par demander des explications à ces jeunes gens. - Je vous en prie, dit Fatty, laissez sortir mon camarade. Nous ne sommes pas venus ici pour vous voler. C'était une plaisanterie. » M. Smellie, dont le bon cœur reprenait le dessus, alla chercher Larry et conduisit les deux garçons, tout penauds, dans son bureau. Cependant Mlle Miggle commença à soigner les ecchymoses de Fatty. « Jamais je n'ai vu des bleus pareils sur un enfant! » s'exclamait la bonne dame, tout en tamponnant les endroits douloureux avec un morceau d'ouate qu'elle humectait au goulot d'une petite bouteille.

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Horrifié, il fit volte-face.

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« Pour les bleus, dit Fatty, il n'y a pas à dire : je suis très doué. Une fois, j'ai eu un bleu qui avait exactement la forme d'une cloche. » Mais M. Smellie interrompit ces histoires de bleus « Que faisiez-vous dans ma maison, vous deux? » demandat-il sèchement. Larry et Fatty se regardèrent : ils ne savaient que répondre. « Allons, il faut parler, dit Mlle Miggle. Vous n'aviez pas de bonnes intentions quand vous êtes venus ici. Essayez de vous racheter en disant la vérité. » Les garçons se taisaient toujours. M. Smellie perdit patience. « Ne croyez pas m'impressionner avec vos bleus, reprit-il. Je sais très bien que ce n'est pas aujourd'hui que vous vous les êtes faits. Donnez-moi vos noms et vos adresses. Je vais prévenir la police et vos parents. » Devant une telle menace, les. enfants furent bien obligés de s'incliner. « Nous sommes venus vous rapporter un soulier que nous vous avions pris ce matin », balbutia Larry à voix basse. Mlle Miggle et M. Smellie le regardèrent comme s'il était devenu fou. « Un soulier? demanda M. Smellie. Quel soulier? Pour quoi faire un soulier? Pourquoi un seul soulier? Quelle est cette histoire? - Nous cherchions un soulier qui aurait fait une empreinte », ajouta Larry. Ce n'était pas plus clair. M. Smellie donna des petits coups de plume impatients sur son bureau. « Expliquez-vous comme il faut, ordonna-t-il. Je vous accorde une minute. Ensuite je téléphone à la police et à vos parents, à moins que vous ne me donniez une explication complète et loyale de votre conduite inadmissible.

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Inutile d'insister, dit Fatty à Larry. Il va falloir qu'on lui dise la vérité, même si cela le met sur ses gardes. - Au nom du Ciel, de quoi parlez-vous? demanda Mlle Miggle, qui n'y comprenait plus rien. Me mettre sur mes gardes? répéta M. Smellie. Qu'entendez-vous par là? Décidément, mes garçons, je crois que vous êtes complètement fous! - Mais non, répondit Larry, la tête basse. Seulement nous savons quelque chose qui vous concerne. Nous savons que vous êtes entré dans la maison de M. Brick le soir de l'incendie. » Ces paroles eurent un effet immédiat. M. Smellie laissa tomber sa plume et bondit en l'air. Ses lunettes tombèrent; sa barbe s'agita. Mlle Miggle ne cacha pas non plus sa surprise. « Oui, poursuivit Larry. Vous êtes allé chez M. Brick ce soirlà. On vous' a vu. On nous l'a répété. - Qui vous a raconté ça? demanda M. Smellie, d'une voix tremblante. Horace Peeks. Il était rentré pour ramasser ses affaires avant le retour de M. Brick et il vous a vu. Quelle explication allez-vous donner à la police? - Oh! monsieur Smellie, qu'étiez-vous allé faire làbas? » s'écria Mlle Miggle, craignant que le vieux savant, qu'elle ne considérait pas comme tout à fait normal, n'eût mis le feu au pavillon de M. Brick. M. Smellie se rassit et chaussa ses lunettes de nouveau. « Mademoiselle Miggle, dit-il sévèrement, je vois que vous me soupçonnez d'avoir mis le feu chez ce vieil imbécile de Brick. Je ne comprends pas que vous puissiez avoir une idée pareille. Vous qui m'avez servi pendant de longues années et qui savez parfaitement que je suis incapable de tuer une mouche. - Alors, pourquoi y êtes-vous allé? demanda Mlle Miggle. Vous feriez mieux de me dire la vérité,

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monsieur. Ça ne fera pas de différence entre nous : je vous soignerai tout de même. — Je n'ai pas besoin que vous me soigniez! répliqua M. Smellie avec impatience. Je suis allé chez M. Brick pour reprendre les papiers que j'avais oubliés chez lui après notre dispute de ce matin-là. Je suis entré dans la maison, je n'ai jamais songé à le nier, mais je n'ai pas approché du pavillon rosé. J'ai repris mes papiers •: les voici sur cette table. J'ai passé la matinée d'aujourd'hui à les montrer à ce garçon et à sa sœur. »

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CHAPITRE XVI DE SURPRISE EN DÉCONFITURE ne quittaient plus des yeux M. Smellie qui, visiblement, avait dit la vérité. « Ça, alors! s'écria Larry. C'est pour les papiers que vous êtes allé jusque là-bas ! Et vous ne vous êtes LES ENFANTS

pas caché dans le fossé, alors? — Bien sûr que non, fit M. Smellie. J'ai remonté l'allée, j'ai trouvé la porte du jardin ouverte, je suis entré, j'ai retrouvé mes papiers. Puis je suis ressorti. Je ne me suis caché nulle part, à aucun moment, à moins que vous ne considériez que je me cachais quand je me suis arrêté devant la grille pour m'assurer qu'il n'y avait personne dans les parages.

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- Ça, alors! » répéta Larry. Le garçon était sérieusement perplexe. Si M. Smellie ne mentait pas, il ne restait plus de suspects du tout. Pourtant, le pavillon avait bel et bien été brûlé! « Maintenant, veuillez m'expliquer pourquoi vous m'avez emprunté un soulier », dit M. Smellie. Larry expliqua et Fatty raconta comment M. Groddy lui avait arraché la chaussure qu'il s'apprêtait à rendre à son propriétaire. M. Smellie parut mécontent : « Encore ce policeman de malheur! grogna-t-il. Il ne cesse de se promener devant ma maison. Je pense qu'il doit me soupçonner, lui aussi. Et maintenant, il a mon soulier. A mon avis, vous méritez tous les deux une bonne fessée. - Peut-être bien, monsieur, répondit Fatty. Mais nous cherchions seulement à découvrir l'incendiaire. » Et il se mit à raconter toute l'enquête à M. Smellie. Mlle Miggle écoutait, pleine d'admiration et d'indignation mêlées : d'indignation, parce que les enfants avaient eu de tels soupçons à l'encontre du vieux savant; d'admiration parce qu'ils avaient trouvé tant d'indices et tant de suspects. « De toute façon, dit M. Smellie lorsque Fatty eut terminé son récit, c'est l'heure d'aller vous coucher. Je puis vous assurer que je n'ai pas mis le feu au pavillon de cet imbécile de Brick, et que je ne sais pas qui peut l'avoir fait. Horace Peeks? Je ne le pense pas. Plutôt le vieux vagabond. Mais ce que je vous conseille, c'est de laisser la police s'occuper de ces choses-là : vous êtes de petits enfants et vous ne découvrirez jamais rien de sérieux. » Les garçons se levèrent. « Je suis désolé pour votre soulier, monsieur, dit Fatty. - Moi aussi, je suis désolé pour mon soulier, répondit sèchement M. Smellie. Mais il y a mon nom dedans,

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et je pense que M. Groddy me le rapportera demain matin. Bonsoir. Et essayez de ne plus me soupçonner de vols, d'incendies, d'assassinats ou de choses de ce genre. Je suis un vieux monsieur, j'aime mes parchemins, et je ne fais de mal à personne. Vu? » Les garçons prirent congé, et ils n'étaient pas très fiers d'euxmêmes. Visiblement, M. Smellie, à qui ils avaient inconsidérément fait perdre son temps et qu'ils avaient bouleversé pour rien, n'était pas l'incendiaire. Mais alors, qui? « Je suis fatigué, dit Larry. Rendez-vous demain, chez Pip. - Bonsoir, dit Fatty. Quelle aventure! » Les trois autres détectives furent très émus, le lendemain matin, d'entendre le récit des aventures de Larry et de Fatty. Mais ils furent encore plus perplexes qu'émus. « C'est vraiment bizarre, dit Pip d'un ton pensif. Nous découvrons des tas de gens qui se sont cachés dans ce jardin ce soir-là, et ils avaient tous une raison plausible pour s'y trouver. Même le vagabond, qui chapardait des œufs. Et pourtant, nous n'arrivons pas à trouver le vrai criminel. Le vagabond pourrait peut-être avoir mis le feu au pavillon, entre deux expéditions au poulailler. Horace Peeks pourrait peut-être l'avoir fait, encore qu'il ne soit parti que trois minutes. M. Smellie pourrait peut-être l'avoir fait après avoir rassemblé ses papiers. - Et pourtant, dit Larry, nous avons le sentiment qu'aucun des trois n'est coupable. Allons dans le jardin du père Bric-à-brac et perquisitionnons de nouveau : nous avons peut-être oublié quelque chose. » Aussitôt dit, aussitôt fait. Les enfants trouvèrent Lily en train d'étendre du linge à sécher et ils lui firent signe. Après avoir regardé si Mme Minns ne la surveillait pas, la jeune servante accourut. « Lily, demanda Larry, montrez-nous la place exacte où vous étiez cachée avec Horace. Était-ce dans le fossé, près du pavillon?

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- Pas du tout, répondit Lily. Nous ne sommes jamais allés du côté du fossé. Nous étions là-bas, dans ces buissons près de l'allée. - Et M. Smellie prétend s'être arrêté près de la grille d'entrée et nulle part ailleurs, remarqua Fatty d'un ton pensif. Pourtant, quelqu'un s'est bien caché dans le fossé. Retournons voir. » Ils y allèrent. Les orties se redressaient, mais on voyait encore sans difficulté à quel endroit elles avaient été aplaties. Les enfants se glissèrent par la brèche et coururent inspecter une nouvelle fois les empreintes qu'ils avaient trouvées dans la partie désherbée de la prairie. L'empreinte était à peine visible, mais on la reconnaissait tout de même sans difficulté. « Avez-vous remarqué une chose? demanda Daisy. Cette empreinte-ci et celles qui sont de l'autre côté de la

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barrière vont toutes dans le même sens. Elles sont orientées vers la maison. La personne qui s'est cachée dans le fossé a traversé la prairie pour aller chez M. Brick, mais rien n'indique qu'elle soit repartie par le même chemin. - La personne a dû sortir par la grille, tout simplement, répondit Fatty. Aujourd'hui, je n'ai plus aucun courage. Nos indices ne mènent nulle part, tous nos suspects sont innocents. Je commence à en avoir assez de trouver des choses qui ne servent à rien. Nous devrions nous reposer une journée. Allons faire un pique-nique quelque part. Quelle bonne idée! s'écrièrent les enfants. Allons chercher nos bicyclettes. Nous pique-niquerons dans le bois de Burnham. » Mme Hilton ne voulut pas permettre à Betsy d'accompagner les aînés : les bois de Burnham étaient trop loin pour qu'une petite fille de huit ans pût y aller à bicyclette. Betsy fut très déçue. « De toute façon, dit Mme Hilton, je te trouve un peu pâlotte aujourd'hui. Vous n'avez qu'à lui laisser Foxy : elle ira le promener, elle adore ça. » C'était vrai : Betsy adorait se promener avec Foxy, mais ce n'était tout de même pas aussi amusant qu'un pique-nique! La petite fille fit de grands signes aux aînés qui s'éloignaient à bicyclette et, de la voir toute seule près de la grille, Fatty eut pitié d'elle : « Je te rapporterai une cargaison de primevères! cria-t-il. Surveille bien Foxy! » Foxy remua la queue. Il avait l'intention de surveiller Betsy et non pas de se laisser surveiller par elle. Il avait aussi le cœur tout gros de voir les enfants partir sans lui. Mais il savait fort bien qu'il ne courait pas aussi vite qu'une bicyclette! La nuit, il avait plu; les chemins étaient boueux. Betsy décida de mettre ses bottes de caoutchouc. Foxy la suivait, ses pattes sales et trempées.

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« Quel dommage que tu ne puisses pas porter de galoches, Foxy, dit Betsy. C'est fou comme tu te salis! » Et les voilà partis tous les deux. Betsy prit d'abord le chemin qui descendait vers la rivière, puis un sentier qui suivait le cours d'eau, puis un champ qui conduisait à la barrière près de laquelle les enfants avaient trouvé les premières empreintes, quelques jours plus tôt. Betsy trottinait gaiement, en jetant des bâtons que Foxy lui rapportait. Elle prenait grand soin de ne pas jeter de pierres, parce que Fatty disait que les chiens se cassent les dents dessus. Elle se pencha pour ramasser un bout de bois, et fut stupéfaite par ce qu'elle venait d'apercevoir. Là, droit devant elle, bien visible sur le sentier boueux, il y avait une série d'empreintes exactement pareilles à celles que les enfants avaient trouvées près de la barrière. Betsy connaissait le dessin par cœur. Elle ne pouvait se tromper. C'étaient bien des empreintes faites par des semelles de caoutchouc avec des croisillons et de petits carrés aux angles arrondis. « Regarde, Foxy, regarde! » dit enfin Betsy. Son cœur battait à se rompre. Foxy vint inspecter les empreintes ; il les renifla, puis il regarda Betsy et remua la queue. « Ce sont les mêmes, Foxy, n'est-ce pas? dit Betsy. Écoute, Foxy : il a plu la nuit dernière, donc quelqu'un a marché ici depuis ce matin, et ce quelqu'un... c'est celui que nous cherchons sans savoir qui c'est! Oh! Foxy, qu'est-ce que je dois faire? Je suis si émue! Pas toi? » Foxy gambadait autour de la petite fille comme s'il comprenait tout ce qu'elle disait. Pendant quelques instants elle regarda les empreintes, hésitante : « Nous allons suivre la piste, Foxy, décida-t-elle enfin. Voilà ce eue nous allons faire. D'accord? Je ne sais pas combien de temps il s'est passé depuis que la personne est venue par ici, mais il ne doit pas y avoir des heures.

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Nous avons peut-être même une chance de la rattraper. En route! » Foxy, le nez au sol, courut en avant. On aurait dit qu'il suivait les empreintes, mais en réalité c'était l'odeur. La petite fille et le chien longèrent le sentier, traversèrent une route, prirent un autre sentier, enfin une allée où les traces étaient moins visibles. Heureusement, le flair de Foxy lui permettait de ne pas perdre la piste, même aux endroits où l'on ne voyait pas d'empreintes. « Comme tu es malin, Foxy! disait Betsy, pleine d'admiration. Ah! si j'avais un flair comme le tien! Oui, tu as raison, voilà les traces de nouveau. Elles vont vers la barrière. » Pas d'erreur, l'homme avait traversé la barrière et sauté dans le champ qui se trouvait derrière. Betsy trouvait la chasse de plus en plus passionnante. « La piste va dans la même direction que l'autre, dit Betsy au chien. Regarde, Foxy. Maintenant, mon toutou, il faut que tu flaires de toutes tes forces, parce que moi, dans l'herbe de la prairie, je ne vois plus rien. » Foxy traversa le pré en ligne droite, le nez toujours au sol. Il suivait exactement le chemin que l'homme avait pris. Bientôt Betsy arriva à un endroit où il y avait de la boue et où elle retrouva des traces de pas. « Tu ne t'es pas trompé, Foxy, dit-elle. Flaire, flaire! Dépêchons-nous. Peut-être allons-nous rattraper la personne si nous courons. J'ai l'impression que ces empreintes viennent seulement d'être faites. » La piste ne conduisait pas à la brèche dans la haie. Elle amenait à une autre barrière, reprenait de l'autre côté, et suivait l'allée qui menait à la maison des Hilton. Mais, en passant devant la grille de M. Brick, les pas changeaient de direction et s'engageaient dans l'allée du jardin! Betsy fut stupéfaite. Ainsi donc, l'incendiaire était bien retourné sur les lieux! Était-il entré par la grande

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« Tu ne t'es pas trompé, Foxy, dit-elle. Flaire, flaire! » 149

porte ou par la cuisine? Betsy remonta l'avenue, sans quitter les traces de pas des yeux. Elles la conduisirent jusqu'à la porte principale. A ce moment, la porte elle-même s'ouvrit et M. Brick parut. Il sembla surpris de voir la petite fille. « Qu'est-ce que tu fais ici? demanda-t-il. — Oh! monsieur Brick, dit Betsy, tellement émue par sa découverte qu'elle en oublia la nécessité du secret, j'étais en train de suivre votre piste et elle conduit jusqu'à votre porte. Oh! monsieur Brick, c'est très important que nous sachions qui a laissé ces traces. Quelqu'un est venu vous voir aujourd'hui : qui est-ce? » M. Brick fronça le sourcil : « Je ne comprends rien à ce que tu racontes. Pourquoi est-ce important? — Parce que si je savais qui a fait ces empreintes, je pourrais dire aux autres qui a mis le feu à votre atelier », répondit Betsy, pleine de son importance. M. Brick parut complètement abasourdi et transperça Betsy du regard. « Entre, dit-il enfin. Quelle drôle d'histoire! Une petite fille comme toi qui s'amuse à suivre des empreintes! Comme si tu pouvais y comprendre quelque chose. Allons, viens, entre. Non, laisse le chien dehors. — Je vous en prie, dit Betsy, laissez-le entrer aussi. Il sera très sage. Si nous le laissons dehors, il grattera à votre porte jusqu'à ce qu?il ait fait un trou! » Foxy reçut donc l'autorisation d'entrer, et les trois « personnages » s'installèrent dans le bureau de M. Brick, qui, comme celui de M. Smellie, était tout encombré de livres et de papiers. « Eh bien, dit M. Brick, s'efforçant de parler d'une voix agréable, ce qui lui était très difficile, eh bien, ma petite fille, veux-tu m'expliquer pourquoi tu suivais ces traces et me dire tout ce que tu en sais? Cela pourrait m'aider. »

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Betsy, très fière de voir une grande personne l'écouter si attentivement, raconta toute l'histoire des Détectives, celle des suspects, celle des indices, et toutes les aventures qui étaient arrivées aux enfants. M. Brick l'écouta sans l'interrompre une seule fois. Pendant ce temps, Foxy se conduisait très mal. Il ne cessait de renifler M. Brick et d'essayer de lui grignoter les orteils. M. Brick n'aimait pas du tout cela, mais Foxy insistait. Betsy finit par prendre le chien sur ses genoux pour le faire rester tranquille. Lorsqu'elle eut fini son histoire, Betsy leva les yeux sur M. Brick : « Maintenant, fit-elle, dites-moi qui est venu vous voir aujourd'hui. — Nous n'avons pas de chance, répondit M. Brick. Deux de vos suspects sont venus me voir : M. Smellie pour m'emprunter un livre et Horace Peeks pour me demander un certificat. — Donc, dit Betsy, c'est l'un de ces deux-là. Je me demande lequel des deux possède des chaussures avec des semelles comme ça. Monsieur Brick, il ne faut dire à personne ce que je viens de vous raconter. C'est un secret. — Bien entendu! se récria M. Brick. J'ai l'impression qu'il y avait pas mal de monde dans mon jardin le jour où je suis allé en ville. Attends un peu que je découvre mon incendiaire! Il m'a brûlé mes précieux papiers. — Maintenant, il faut que je parte », dit Betsy en se levant. Elle reposa Foxy à terre et il se jeta aussitôt sur M. Brick et commença à lui renifler les jambes. Alors M. Brick lui donna un grand coup de pied, et Foxy se mit à pleurer. « Oh! s'écria Betsy, consternée. Pourquoi faites-vous des choses comme ça, monsieur Brick? Il ne faut jamais donner de coups de pied aux chiens. C'est méchant.

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— Va-t'en et emmène ton insupportable animal, répliqua M. Brick. Et je te conseille à toi et à tes camarades de ne plus te mêler des affaires des grandes personnes. Laissez la police mener son enquête. — Nous sommes bien obligés de continuer, répondit Betsy, puisque nous sommes détectives. » Elle redescendit l'avenue avec Foxy et vit de nouveau les traces : elles arrivaient à la porte principale et elles en repartaient. Ah! si seulement Betsy savait si c'était Peeks ou M. Smellie qui les avait faites ! Ah ! comme elle souhaitait voir ses petits amis rentrer au plus tôt de leur pique-nique! Comme il était pénible de ne pouvoir tout leur raconter tout de suite. Un instant, elle se demanda s'ils n'allaient pas se fâcher parce qu'elle avait livré leurs secrets à M. Brick. Mais il avait promis de ne rien dire à personne et il serait peut-être même disposé à aider les Détectives dans leur tâché. Les Détectives rentrèrent, fatigués et joyeux après une journée passée dans les bois de Burnham. Fatty rapportait à Betsy un énorme bouquet de primevères. Sans attendre une minute, Betsy commença à raconter ses aventures et sa découverte. Elle était parvenue au milieu de son récit, lorsque — surprise singulièrement désagréable! — Mme Hilton, suivie de M. Groddy, très rébarbatif et fort content de lui, firent leur apparition. « Voilà « Cirrculez » ! dit Larry. Qu'est-ce qu'il nous veut encore? » Le mystère s'éclaircit bientôt. Mme Hilton parla aux enfants d'une voix sévère : « M. Groddy m'apprend, leur dit-elle, que vous vous êtes conduits de façon bien étrange ces derniers jours. J'ai peine à le croire. — Qu'est-ce qu'il y a? demanda Pip, en jetant des regards furibonds à « Cirrculez ». — Pip, dit Mme Hilton, tiens-toi correctement. Si je comprends bien, vous vous êtes mêlés de choses qui 152

regardent exclusivement la police. Même Betsy ! Je trouve cela tout à fait déplacé. M. Groddy ajoute que toi, Frederick, et toi, Larry, vous êtes même entrés dans la maison de M. Smellie hier soir. Que vont dire vos mamans? Betsy, elle, s'est amusée à suivre des traces et à se prendre pour un chien policier. — Qui a dit cela à M. Groddy? demanda Betsy. Personne ne savait, que moi et M. Brick. — M. Brick m'a donné un coup de téléphone, et je viens d'aller le voirr, répondit M. Groddy, très digne. Il m'a rraconté tous vos agissements, petits indiscrrets! » Betsy se mit à sangloter : « M. Brick m'avait promis de ne rien dire à personne. C'est un méchant vieux bonhomme! Il ne tient pas ses promesses. Je le déteste! — Betsy, tais-toi, ordonna Mme Hilton. — Bien sûr, fit Pip, Betsy est allée tout raconter. C'est parce que nous l'avons laissée faire partie des détectives. Elle va tout raconter à M. Brick, lui à « Cirrculez », et nous voilà dans la mélasse. — Qu'est-ce que tu marmonnes, Pip? demanda Mme Hilton. Qu'est-ce que c'est que Circulez? — C'est M. Groddy, répondit Pip. Il nous dit toujours de cirrculer. — Hein? » fit M. Groddy. Les yeux lui sortaient de la tête; il était si furieux qu'il ressemblait à une grenouille qui se gonfle. « Hein? Comme si je ne vous avais pas toujourrs rrencontrré surr mon passage! Toujourrs en trrain de m'empoisonner! Maintenant, écoutez-moi bien. » II fallut bien se résigner à écouter le sermon de M. Groddy. Les cinq enfants, rouges de colère, la tête basse, l'entendirent parler d'enfants insupportables, de vrraies pestes de malheurr et d'obstrruction au rrègle-ment! Betsy sanglotait toujours. Seul Foxy ne paraissait pas abattu : il tournoyait autour des chevilles de

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M. Groddy et évitait agilement les coups de pied que le policeman lui lançait. « Cirrculez » termina son discours par une menace : « Si je vous rretrrouve encorre à fouiner dans ce qui ne vous rregarrde pas, ou si M. Brrick vous y rreprrend, je vous prréviens que vous aurrez des ennuis trrès sérrieux ! Oh oui! trrès sérrieux! Quant à vous, jeune Larry, jeune Daisy et jeune Frrederrick, je vais de ce pas prrévenirr vos parrents rrespectifs. Vous avez fait de l'obstrruction : vous vous en rrepentirrez. — Nous n'avons pas fait d'obstruction, dit Pip. Nous voulions faire de notre mieux. — Taisez-vous ! ordonna M. Groddy d'un air majestueux. Dans ce genrre d'affairres, les enfants ne peuvent que fairre empirrer les choses. Et il leur arrrrive aprrès des ennuis vrraiment trrès sérrieux! » Et sur ces mots M. Groddy tourna les talons et s'éloigna avec Mme Hilton.

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CHAPITRE XVII D'ÉTRANGES DÉCOUVERTES M. Groddy fut parti, la colère des enfants se déchaîna contre la pauvre Betsy. « Petite dinde! fit Pip. Pourquoi as-tu tout raconté au père Bric-à-brac? — Tu as tout gâché, tu sais, Betsy, dit Daisy. — Et voilà la fin des Détectives et du Chien! dit Larry. Voilà ce qui arrive quand on est gentil avec des bébés comme toi, Betsy. Tout est fini. » Betsy sanglotait. Fatty eut pitié d'elle. Il lui mit la main autour des épaules et lui parla gentiment, bien qu'il fût aussi déçu que les autres eh voyant la ruine de tous leurs projets, de tous leurs espoirs. DÈS QUE

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« Ne pleure pas, Betsy. Nous faisons tous des sottises. Et tu as été très adroite en découvrant cette piste avec Foxy. Je donnerais cher pour savoir lequel des deux, Peeks ou Smellie, portait les chaussures de caoutchouc ! » Mme Hilton revint, l'air toujours aussi mécontent. « J'espère, dit-elle, que vous avez honte de vous. Maintenant, vous allez tous vous rendre chez M. Brick et vous lui ferez des excuses pour vous être mêlés de ses affaires. Il est sûrement furieux de savoir que vous vous êtes permis d'aller tous les jours dans son jardin. — Nous ne faisions aucun mal, dit Pip. — Là n'est pas la question, dit sa mère. Les enfants n'o nt .pas le droit d'entrer dans des propriétés privées quand il leur en prend fantaisie. Vous irez tout de suite faire des excuses à M. Brick. Dépêchez-vous. » Les enfants partirent donc, suivis de Foxy. Ils étaient tous maussades et mécontents. S'excuser devant le père Bric-à-brac, qu'ils détestaient! Ah oui! vraiment! D'autant plus que M. Brick s'était conduit de façon franchement malhonnête en ne tenant pas la parole qu'il avait donnée à Betsy. « Quelle catastrophe! » grogna Larry. Tout le monde était de son avis. « Celui qui a mis le feu à son cabinet de travail a bien fait, déclara Fatty. Je suis ravi que ses papiers aient été détruits aussi. — Il ne faut pas dire de choses pareilles », fit observer Daisy, mais elle n'était pas loin de penser comme Fatty. Ils remontèrent l'avenue et sonnèrent à la porte. Betsy montra les traces de pas, ce qui ne manqua pas d'intéresser les ex-détectives. Betsy ne se trompait pas : les empreintes étaient exactement semblables à celles que Fatty avait dessinées. Quelle malchance! Etre obligés d'abandonner les recherches au moment même où elles allaient aboutir! Mme Minns ouvrit la porte et fut surprise de voir

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Betsy sanglotait 158

les cinq enfants. Pussy, qui accompagnait sa maîtresse, prit la poudre d'escampette dès qu'elle eut aperçu Foxy. « Pourriez-vous dire à M. Brick que nous désirons le voir? » demanda Larry. Mme Minns parut encore plus étonnée. Elle n'eut pas le temps de répondre. Une voix hargneuse rugissait déjà : « Qu'est-ce que c'est encore, madame Minns? — Il y a là cinq enfants et un chien qui désirent vous parler », répondit Mme Minns. Il y eut un silence. « Amenez-les! » commanda la voix rugissante, et les cinq enfants et le chien, en file indienne, entrèrent solennellement dans le bureau. M. Brick s'y prélassait dans un fauteuil, les jambes croisées et la mèche furibonde. « Qu'est-ce que vous voulez? demanda-t-il. — Maman a dit qu'il fallait qu'on vous fasse des excuses, monsieur Brick-à-br..., monsieur Brick », fit Pip. Et, d'une seule voix et d'un ton lamentable, les enfants psalmodièrent : « Excusez-nous, monsieur Brick! — Euhum! fit M. Brick, devenu plus aimable. Ce n'est pas trop tôt. — Vous aviez promis que vous ne diriez rien à personne, intervint Betsy. C'est très vilain de ne pas tenir ses promesses. » M. Brick pensait que -les promesses faites aux enfants ne comptaient pas : il ne se sentit donc pas coupable et ne fit pas d'excuses à la petite Betsy. Il était sur le point de lui répliquer durement, lorsque des avions passèrent en rase-mottes au-dessus du jardin en vrombissant. Le bruit fit sursauter M. Brick. Foxy grogna. Larry courut à la fenêtre : il était passionné d'aviation et reconnaissait à première vue tous les types d'avions. « Ça, c'est des Tempêtes ! s'écria-t-il. Je n'en avais encore jamais vu qu'une seule fois, dans la région. Regardez leur drôle de queue.

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II en est passé sept il y a deux ou trois jours, répondit M. Brick. Je les ai vus. Y en a-t-il encore sept aujourd'hui? » Larry les compta. Tous les enfants regardaient par la fenêtre, sauf Fatty qui ne quittait pas M. Brick des yeux. Le gros garçon ouvrit la bouche pour parler, puis il la referma, mais il ne cessa pas pour autant de regarder M. Brick d'un œil perplexe. Les avions passèrent une nouvelle fois. « Allons les voir, proposa Larry. Nous les verrons mieux du dehors. Au revoir, monsieur Brick. - Bonsoir, répondit M. Brick. Et je vous conseille de ne plus vous mêler de mes affaires. C'est probablement Peeks qui a mis le feu à mon pavillon. La police arrivera bien à le prouver. Il portait des souliers à semelles de caoutchouc ce matin quand il est venu me voir, et je ne doute pas que ce ne soit lui qui ait laissé des traces dans l'avenue. - Oh! comme c'est triste! » dirent les enfants, très peines pour la pauvre Lily. Lily serait très malheureuse, ils le savaient. Seul Fatty ne dit rien, mais regarda M. Brick d'un drôle d'air. Puis les enfants sortirent, mais les avions ne revinrent plus : on les entendit s'éloigner; puis tout bruit disparut. « On est quittes ! soupira Larry. Il m'en a coûté de, faire des excuses à cet odieux bonhomme! Alors, tout compte fait, ce serait Peeks qui...? » Tout en descendant la route vers la rivière, pour faire une petite promenade avant le dîner, les enfants continuaient à se lamenter. Mais Fatty ne disait mot. Betsy le regarda. « Qu'as-tu, Fatty? lui demanda-t-elle. Ce sont tes bleus qui te font mal? - Non, répondit Fatty. J'avais oublié mes bleus. Mais je pensais à quelque chose de bien étrange.

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Fatty ne quittait pas M. Brick des yeux.

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— Quoi donc? » demandèrent les autres. Fatty s'arrêta et montra le ciel : « Ces avions, dit-il, que nous avons vus... » Les autres l'écoutaient, intéressés de savoir ce que le gros garçon allait leur raconter : « Eh bien, reprit Fatty, c'étaient des Tempêtes, et ils ne sont venus ici que deux fois : une fois aujourd'hui, et une autre fois le jour où le pavillon a brûlé. — Et alors? demanda Larry, agacé. Qu'est-ce que ça a d'étrange? — Écoutez-moi, dit Fatty. Quand nous avons parlé de ces Tempêtes, M. Brick a dit qu'il les avait vus il y a quelques jours, qu'il les a comptés, et qu'il y en avait sept. Ce qui est exact. — Où veux-tu en venir? demanda Pip en fronçant le sourcil. — J'en viens à une chose bizarre, répondit Fatty. Où était M. Brick le soir de l'incendie? — Dans le train de Londres, dit Larry. — Alors comment a-t-il pu voir et compter les avions qui volaient ici? » II y eut un silence de perplexité. Tout le monde essayait de résoudre cette question. Larry parla le premier. « Tu as raison, dit-il, c'est bizarre. Ces avions ne sont venus ici que deux fois, tout le monde en a parlé. Et si le père Bric-à-brac les a vus ce soir-là, c'est qu'il était ici... — Et pourtant, son chauffeur est allé le chercher au train de Londres, objecta Daisy. S'il était réellement dans ce train, il n'a pas pu voir les Tempêtes, puisqu'à l'heure où les avions étaient ici, le train avait à peine quitté Londres. — C'est pourquoi, conclut triomphalement Fatty, nous avons un nouveau suspect : le père Bric-à-brac en personne !

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— Ooooh! s'écria Betsy. Il n'a tout de même pas mis le feu chez lui exprès! — Mais si, répliqua Fatty, pour toucher l'argent de l'assurance de ses fameux papiers. Les gens malhonnêtes font ça quelquefois. Je pense qu'il a dû vendre les papiers, puis mettre le feu au pavillon rosé et déclarer que les papiers avaient brûlé pour encaisser l'argent. Dites donc, ce serait une solution, ça! — Alors, qu'allons-nous faire? demanda Larry. — Essayer de découvrir comment M. Brick a fait pour se trouver dans le train de Londres ce soir-là. Regardez. Nous ne sommes pas loin de la ligne du chemin de fer. Le train de Londres passe tous les jours vers cette heure-ci. Attendons, et nous verrons bien ce qui se passera. » Les enfants grimpèrent sur le petit mur qui séparait la voie ferrée du chemin et s'assirent pour attendre. Bientôt, ils virent un' nuage de fumée dans le lointain. Le train approchait à grande vitesse. Mais, peu à peu, il ralentit, ralentit encore, et finit par s'arrêter. « II s'arrête toujours ici, dit Betsy. Je l'ai souvent remarqué. Peut-être qu'il prend de l'eau? » Le train s'était arrêté trop loin pour que les enfants pussent voir quel était le but réel de cette halte, et il reprit bientôt son chemin. Il faisait tant de bruit que Foxy se cacha derrière un buisson quand la locomotive passa devant les enfants. Fatty et Larry réfléchissaient profondément. « Écoutez, dit Fatty. Ne serait-il pas possible d'attendre le train ici et, à la faveur de la nuit, de sauter dans un compartiment vide pendant l'arrêt? — Tu dois avoir raison, s'écria Larry. C'est exactement ce que j'étais en train de me dire moi-même. Le père Bric-à-brac pourrait très bien avoir fait cela. Il déclare qu'il part pour Londres, il rentre en cachette, il se tapit dans le fossé après être passé par la prairie où

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nous avons trouvé ses traces, il met le feu au pavillon, il file jusqu'au chemin de fer, il attend que le train s'arrête, il saute dans un compartiment vide, puis il descend à Peterswood comme si de rien n'était : là il trouve sa voiture et son chauffeur. Ni vu ni connu! » Plus les enfants y pensaient, plus cette solution leur paraissait possible. « Après tout, remarqua Betsy, un homme qui est capable de ne pas tenir sa parole, peut faire n'importe quoi! — Eh bien, Foxy, qu'est ce qui te prend? demanda Fatty, entendant le petit chien aboyer furieusement dans un bouquet d'arbres. Qu'est-ce que tu as trouvé, Foxy? Un lapin? — Rrrrouaff! » répondit Foxy. Il apparut, traînant un objet noir, plein de boue. « Qu'est-ce que ça peut bien être? » demanda Betsy. Tout le monde regarda. « C'est un vieux soulier, dit Daisy en riant. Foxy, qu'est-ce que tu veux faire de cette saleté? » Mais Foxy ne l'écoutait pas. Il courut droit à Betsy, déposa le soulier à ses pieds, leva les yeux sur elle, et remua la queue comme s'il essayait de lui dire quelque chose. Betsy ramassa le soulier, le retourna... « Regardez ! s'écria-t-elle. Cette fois-ci, c'est le bon ! » Les autres faillirent en tomber du mur. Betsy avait raison : c'était le soulier qui avait fait les empreintes. « Foxy a suivi la piste avec moi, et il connaissait l'odeur, et quand il a senti les chaussures cachées dans les broussailles, il l'a reconnue, c'est pour cela qu'il m'a apporté le soulier, à moi! s'écria Betsy, ravie. Parce que nous avions suivi la piste ensemble, vous comprenez? Oh! Et maintenant je comprends pourquoi il tournait autour des pieds de M. Brick : il reconnaissait l'odeur. — Bon chien! dit Fatty, en caressant Foxy. Maintenant, où est l'autre soulier, mon vieux? Cherche, cherche. » 164

Foxy fila comme une flèche dans les broussailles et se mit à gratter la terre. Bientôt il eut déterré l'autre soulier qu'il vint déposer aux pieds de Fatty. Les enfants ramassèrent les chaussures. « Donc, conclut Fatty, le père Bric-à-brac a pris peur après la visite de Betsy, et il est allé enterrer ses souliers pour que la police ne les trouve pas dans sa maison ou ne le voie pas en train de les porter. Et c'est notre brave Foxy qui a découvert le pot aux rosés! Bon chien, brave chien! Demain tu auras un os, un vrai grand os à moelle ! - Et maintenant, dit Larry, que faisons-nous? Pas la peine de prévenir la police. On se méfie déjà de nous et personne ne nous écouterait. Venez. Nous discuterons de tout cela au bord de la rivière, proposa Pip. L'heure est grave. Il faut prendre une décision. »

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CHAPITRE XVIII UN AMI IMPRÉVU trouvèrent un endroit abrité sur la berge escarpée de la rivière et s'assirent en rond. Foxy grogna un peu, puis s'installa au milieu. « Pourquoi grognes-tu? demanda Betsy. Tu ne veux pas rester près de nous? » Foxy grogna encore, puis se tut. Les enfants commencèrent leur discussion. « C'est curieux, dit Pip. Nous avons découvert l'incendiaire, et nous possédons tous les indices : nous savons comment il a fait pour grimper dans le train de Londres, nous savons que ses souliers sont ceux qui ont fait les empreintes mystérieuses, nous savons qu'il a pris peur et LES ENFANTS

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qu'il a caché ces chaussures compromettantes, nous les avons trouvées, nous savons ce que tous les autres suspects faisaient dans le jardin ce soir-là. Nous savons tout, et nous ne pouvons rien dire parce que personne ne ferait attention à nous. - Très juste, acquiesça Fatty d'un ton sinistre. Nous avons résolu le mystère et nous ne pouvons rien faire pour que le coupable soit puni. Et pourtant ce père Bric-à-brac est vraiment odieux! Voyez comme il a manœuvré pour accuser Peeks, quand il a vu que nous en savions trop! - C'est exact, dirent les autres. - Et il s'est trahi en nous parlant d'avions! fit Larry. Fatty a été drôlement malin de remarquer ça. - Supérieurement malin! » fit Daisy, enthousiaste. Les autres renchérirent, et Fatty bomba aussitôt le torse : « Rien d'étonnant, expliqua-t-il. C'est une question d'intelligence. Je vous ai toujours dit qu'au lycée... TAIS-TOI, FAT-TY! » s'écrièrent les enfants en chœur. Fatty ne se le fit pas dire deux fois, mais il était heureux de savoir que les autres admiraient ses talents de détective. Les enfants continuèrent à parler de leur affaire pendant quelques minutes, mais bientôt Foxy se mit à grogner d'un ton si féroce que personne ne sut plus que penser : « Que lui arrive-t-il donc? demanda Betsy. Il a peut-être mal à son petit ventre? » Elle n'avait pas fini de parler que les roseaux s'écartèrent, et qu'une large figure d'homme, ronde et sympathique, apparut au-dessus du bord de l'eau, à quelques mètres des enfants. L'homme avait été assis au ras même de la rivière, plus bas que les jeunes détectives : aussi ne Pavaient-ils pas aperçu. « Oh! s'écrièrent les enfants, surpris.

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- Pardonnez-moi, dit l'homme, dont les grands yeux intelligents pétillaient de malice. Je vous ai fait peur? J'étais en train de taquiner le goujon dans mon petit coin favori, juste en dessous de l'endroit où vous êtes, et je ne faisais pas de bruit pour ne pas effrayer le poisson. Alors j'ai entendu tout ce que vous disiez, et j'ai trouvé que c'était vraiment très intéressant. » Foxy aboyait de toutes ses forces. L'homme grimpa sur le rebord où les enfants étaient installés. C'était un grand gaillard, à la carrure imposante, vêtu d'un costume de tweed et chaussé d'énormes souliers jaunes. Il s'assit par terre et offrit du chocolat aux enfants, qui ne purent s'empêcher de le trouver très sympathique. « Avez-vous écouté tout ce que nous disions? demanda Betsy. C'était secret, vous savez. Nous sommes détectives. - Ah! ah! Je vois », dit l'homme, en allumant sa pipe. Foxy lui lécha la main, et l'homme le caressa gentiment. « Et vous, demanda Betsy, qui êtes-vous? Je ne vous ai jamais vu, avant. - Moi? Je suis un peu détective aussi, répondit l'homme. Si je comprends bien, vous avez résolu votre énigme, mais vous ne pouvez pas publier vos découvertes ? - Précisément, dit Larry. Vous voyez, M. Groddy, le policeman de Peterswood, ne nous aime pas, et il s'est plaint à nos parents de ce que nous avions fait. Je sais bien que nous avons exagéré, mais c'était pour la bonne cause ! - Racontez-moi tout, dit l'étranger. J'aimerais en causer avec vous, d'homme à hommes. » Les yeux de l'étranger pétillaient, et de sa grande main vigoureuse il caressait Foxy. Larry regarda ses amis. « Je pense qu'on peut tout lui dire? » demanda-t-il.

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Les autres firent signe qu'ils étaient d'accord. Sans savoir pourquoi, ils avaient confiance en cet homme. Et Larry raconta son histoire. Tantôt Daisy, Fatty ou Pip l'interrompaient, pour apporter un complément, tantôt l'étranger posait une question, hochait la tête... « Toi, tu es un petit malin », dit-il en s'adressant à Fatty lorsque Larry eut raconté l'incident des Tempêtes. Fatty rougit de plaisir et Betsy lui serra la main, pour lui montrer qu'elle était fière de lui. « Eh bien, dit l'homme, lorsque l'histoire fut terminée, vous avez fait du bon travail! » II cogna sa pipe pour faire tomber les cendres et reprit : « Je félicite les cinq Détectives et leur Chien. Et je pense que je peux vous aider. - Comment cela? demanda Larry. — Il faut retrouver le vagabond, répondit l'étranger. D'après ce que vous dites, il semble qu'il ait vu M. Brick se cacher dans le fossé. Ce serait un témoignage important. Et puis, il faut tout de même mettre la police au courant. » Les enfants poussèrent tous un « oh! » de déception, pensant que « Cirrculez » s'arrogerait tout le mérite de la découverte. « D'ailleurs, comment voulez-vous qu'on retrouve ce vagabond? demanda Larry. Il doit avoir fait des kilomètres depuis ce jour-là! Je vous le retrouverai, promit l'inconnu. - Et « Cirrculez », je veux dire M. Groddy, corrigea Fatty, il ne croira pas un mot de notre histoire! Je vous promets de m'en occuper, fit l'homme. Rendezvous demain, à dix heures au poste de police. Vous verrez, tout s'arrangera. » II prit sa canne à pêche et la mit sur son épaule! « Ravi d'avoir causé avec vous, dit-il. Cette petite 169

conversation aura été précieuse pour moi comme pour vous. » Et il s'éloigna à grands pas. « Dix heures, au poste, dit Fatty, inquiet. Je me demande ce qui va bien se passer. Et comment va-t-il faire pour retrouver le vagabond? » Personne n'en savait rien. Larry regarda sa montre. « Oh! nous allons être en retard pour le dîner! s'exclamat-il. Filons. Et ne manquez pas le rendez-vous de demain! »

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CHAPITRE XIX LA FIN D'UN MYSTÈRE les cinq Détectives et leur Chien arrivèrent ponctuellement au poste de police. Ils apportaient leurs indices avec eux, comme l'étranger le leur avait demandé : le dessin de l'empreinte, le bout de flanelle dans la boîte d'allumettes, les souliers à semelles de caoutchouc, tout était au complet. « Le seul indice qui n'ait servi à rien, dit Larry, c'est le bout de flanelle. Peut-être M. Brick portait-il un costume gris ce jour-là? » Ils entrèrent dans le poste, très intimidés. M. Groddy était là, sans son casque. Il y avait aussi un autre policeman que les enfants ne connaissaient pas. Ils regardèrent M. Groddy avec LE

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inquiétude, s'attendant à ce qu'il se jetât sur eux en rugissant : « Cirrculez !... » Mais non. Il leur dit de s'asseoir avec politesse. Tout surpris, ils obéirent. Foxy alla inspecter les chevilles du policeman qui ne lui lança même pas de coup de pied. « Nous avons rendez-vous avec quelqu'un, déclara Fatty. - Il serra là dans trrois minutes », dit « Cirrculez ». A ce moment, une voiture de police s'arrêta, et les enfants furent étonnés de voir que ce n'était pas leur nouvel ami, mais le vagabond qui venait d'arriver. Il paraissait terrifié et ne cessait de marmonner : « Je suis un gars honnête. Je n'ai jamais rien fait de mal. Bien sûr, je vais dire tout ce que j'ai vu, mais je ne veux pas d'ennuis...» Un policier en civil accompagnait le vagabond. Betsy fut toute surprise lorsque Larry lui dit que ce monsieur en costume gris était de la police : « Je croyais qu'ils gardaient toujours leur uniforme », ditelle. A ce moment une autre voiture s'arrêta devant le poste. Un homme en uniforme bleu, très élégant, avec une casquette, en sortit, et les policemen le saluèrent militairement. Quelle grande voiture, pensaient les enfants, mais aussi quel grand monsieur!... Et tout à coup, Betsy s'écria : « C'est le monsieur qui péchait le goujon!... - Bonjour, dit l'inconnu en souriant. - Nous avons trouvé le vagabond, monsieur l'inspecteur », dit l'homme au costume gris au monsieur qui péchait le goujon. Les enfants échangèrent des regards de surprise : leur nouvel ami était inspecteur de police! Ça, alors!... « Un inspecteur, c'est quelqu'un de très haut placé, chuchota Pip à Betsy. Et de très intelligent. Regarde le père « Cirrculez ». Il tremble comme une feuille. »

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En réalité, M. Groddy ne tremblait pas, mais il était très ému de recevoir un inspecteur de police dans son petit poste L'inspecteur sourit aux enfants. « Content de vous revoir », fit-il. Et à M. Groddy il ajouta, ce qui fit sursauter le pauvre policeman : « Vous en avez de la chance, qu'il y ait des gosses aussi malins que ceux-là dans votre district, Groddy! » « Cirrculez » ouvrit la bouche et la referma de nouveau. Il se serait bien passé de gosses plus malins que lui dans son district. Mais comment le dire à monsieur l'inspecteur? Puis on amena le vagabond. Il ne se fit pas prier pour dire la vérité, dès qu'on lui eut assuré qu'il ne risquait rien en racontant ce qu'il avait vu. Les enfants l'écoutèrent attentivement. « Dites-nous quelles sont les personnes que vous avez aperçues dans le jardin de M. Brick ce soir-là, commanda l'inspecteur. - Eh bien, dit le vagabond. D'abord, il y avait moi, sous un buisson, près du pavillon rosé. Je ne faisais de mal à personne : je me reposais, c'est tout. Précisément, fit l'inspecteur. - Puis, il y a eu le gars qui s'était fait mettre à la porte le matin même. Peeks, je crois qu'on l'appelle. Il se cachait dans la broussaille avec quelqu'un que je n'ai pas vu, mais d'après la voix, c'était une jeune fille. Il est entré dans la maison par une fenêtre et il est ressorti par le même chemin. - Ah! dit l'inspecteur. - Puis, il y a eu un vieux monsieur, qui s'était disputé avec Brick ce matin-là. Il s'est glissé dans la maison et il est ressorti, mais par la porte, à la même heure. - Continuez.

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- Et puis, il y a eu M. Brick lui-même. » Tous les auditeurs retinrent leur souffle. « J'étais là, sous ce buisson, dit le vagabond, quand j'ai entendu quelqu'un passer par la trouée dans la haie, juste derrière moi. J'ai regardé, et j'ai vu que c'était M. Brick en personne. Il est resté dans le fossé un bout de temps. Puis il est allé dans un buisson et il a pris un bidon qui y était caché. » Fatty poussa un petit sifflement! Les enfants avaient tout deviné : le bidon contenait sûrement du pétrole ou de l'essence. « Alors, M. Brick est entré dans le pavillon. Il y est resté un moment, il en est ressorti en fermant la porte à clef, et il s'est caché de nouveau dans le fossé. Quand le soir est tombé, M. Brick est sorti de son fossé, et il est parti en direction du chemin de fer. Alors j'ai vu une lueur dans le pavillon. J'ai deviné que c'était l'incendie, et j'ai décampé aussi vite que j'ai pu : je ne voulais pas

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qu'on me trouve là et qu'on m'accuse d'avoir mis le feu. - Je vous remercie, dit l'inspecteur. La ruse, comme dit l'autre, était bien ourdie. M. Brick a besoin d'argent. Il s'arrange pour se quereller avec plusieurs personnes le même jour de façon à égarer les soupçons. Il part pour la gare avec son chauffeur, prend le train, descend à la station suivante, revient à pied à travers champs et se cache dans son propre fossé. Il met le feu au pavillon rosé, rejoint la voie ferrée à l'endroit où le train de Londres s'arrête toujours, monte dans un compartiment vide, à la faveur de l'obscurité. Il arrive à Peterswood où son chauffeur l'attend et le ramène chez lui où il découvre l'incendie. - Il va falloir aller lui poser quelques questions, à ce brave M. Brick, dit le policier en civil. - Exactement », fit l'inspecteur. Il se tourna vers les enfants! « Je vous tiendrai au courant, dit-il. Et laissez-moi vous dire que je suis très fier d'avoir fait la connaissance des cinq Détectives et de leur Chien. J'espère que nous aurons encore l'occasion de travailler ensemble dans l'avenir. Je vous suis très reconnaissant de votre aide, et je suis sûr que M. Groddy pense comme moi. » M. Groddy n'en pensait pas un mot, mais il tenta de sourire pour faire plaisir à l'inspecteur. « Bonsoir, Groddy, dit l'inspecteur en montant en voiture. - Au rrevoir, monsieur l'inspecteurr. - Est-ce que je peux vous déposer quelque part, les enfants? Nous allons peut-être dans la même direction? » C'était bien le cas, car l'inspecteur allait rendre visite à M. Brick, en compagnie du policier en civil. Les enfants s'entassèrent donc dans la voiture, en espérant que tout le village les verrait avec leur nouvel ami, le grand inspecteur. « Vous ne pourriez pas dire un mot pour nous à nos 175

parents, je suppose? demanda Pip. M. Groddy leur a raconté tant de mal de nous qu'ils sont très fâchés. - Bien volontiers, répondit l'inspecteur, en mettant en marche sa puissante voiture. Je passerai chez vous après avoir vu Brick. » II tint parole. Quelques heures plus tard, il débarquait chez Mme Hilton et lui disait combien il admirait le travail des cinq détectives. « Ce sont des enfants très astucieux, dit-il. Je suis sûr que vous serez de mon avis, madame. » Les enfants l'entourèrent. « Qu'a dit M. Brick? demandèrent-ils. Il a commencé par nier, mais les chaussures et les avions l'ont accablé : il a tout avoué. Je pense qu'il va passer un bon moment en prison et qu'il ne retrouvera pas de sitôt sa confortable villa, ni sa cuisinière, qui est dans tous ses états! - Lily va être contente d'apprendre qu'on ne soupçonne plus Horace, dit Daisy. Et nous irons voir M. Smellie pour lui demander pardon d'être entrés dans sa maison et de lui avoir emprunté son soulier. Est-ce que M. Groddy le lui rendra? - C'est déjà fait, fit l'inspecteur. Sur ce, les enfants, au revoir. - Il y a un seul indice qui ne nous a servi à rien, dit Larry, en tirant le lambeau de flanelle de la boîte d'allumettes. Nous n'avons pas trouvé un seul suspect en veste de flanelle avec un accroc. Là, fit l'inspecteur, je crois que je peux vous aider. - Oh ! oui, je vous en prie », dit Betsy. L'inspecteur prit Larry par un bras, le fit pivoter sur lui-même, et montra aux enfants un léger accroc, près de l'emmanchure, à la veste de flanelle grise que portait le garçon. « Vous avez dû vous faire ça en passant par la brèche, expliqua M. Jenks, l'inspecteur. Le garçon qui vous suivait 176

a remarqué le bout d'étoffe sur une épine, et il l'a pris pour un indice. Heureusement, personne ne s'est aperçu de l'accroc, sinon vous auriez été obligé d'inscrire Larry sur la liste des suspects! » Les enfants se mirent à rire. « Tout est bien qui finit bien, dit l'inspecteur. J'espère que vous êtes de mon avis? - Oh! oui! » s'écrièrent les enfants. M. Jenks monta en voiture, et la voiture disparut derrière le tournant. Les enfants rentrèrent dans le jardin. « Et voilà! fit Daisy. Plus de mystère à résoudre, plus de détectives! - Mais si! répliqua Fatty. Il faut que nous restions détectives, parce que nous ne savons pas quel jour un nouveau mystère peut se présenter. - Alors il ne nous reste plus qu'à attendre. » Et c'est ce qu'ils, font, nos cinq petits détectives et leur chien : ils attendent un mystère. Pour notre part, nous pensons qu'il ne tardera guère... Nous vous tiendrons au courant. C'est promis.

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