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August 13, 2017 | Author: Najd Kacem | Category: Émile Durkheim, Group Cohesiveness, Sociology, Family, Socialization
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Chapitre

10

Quels liens sociaux dans des sociétés où s’affirme le primat de l’individu ? � MANUEL, PAGES 228-249

◗ But pédagogique et structure du chapitre • L’objectif pédagogique de ce chapitre est triple : – analyser l’évolution des instances d’intégration traditionnelle et son incidence sur le processus de socialisation, ainsi que l’apparition de nouveaux liens de sociabilité. Cet objectif est d’autant plus impérieux que la thématique de la « crise du lien social » semble dominer les discours actuels sur la cohésion sociale ; – cela nécessite donc d’étudier comment le processus de socialisation, lui-même changeant, peut modifier la cohésion sociale (croyances communes aux membres d’une société donnée, qui permettent de vivre ensemble) et, par voie de conséquence, les formes du lien social (le ciment qui unit les membres de cette société). D’ailleurs, cohésion sociale et lien social s’entretiennent mutuellement puisque le lien social, relation objective entre les individus et leurs pratiques, est indissociable d’une certaine communauté de croyances (que l’on peut mesurer par des enquêtes de satisfaction, par exemple) ; – face à une réalité sociale changeante, les concepts sociologiques changent aussi : aux côtés des concepts traditionnels, tels que la socialisation, la solidarité mécanique, la solidarité organique ou l’anomie, il s’agira de mettre en évidence les nouveaux outils que se sont donnés les sociologues, comme ceux de sociabilité, de réseaux sociaux, de désaffiliation, de disqualification, voire de capital social. • Le plan de ce chapitre présente une réponse tant sociologique qu’historique à la « question sociale » qui préoccupe les sociologues depuis le XIXe siècle jusqu’à nos jours. • La première partie porte sur les interrogations des fondateurs de la sociologie face à la naissance de la société moderne, marquée par la montée de l’individualisme. Il est donc important non • 162

seulement de comprendre les différents sens de l’individualisme – au-delà des présupposés que l’on a souvent sur ce concept –, mais aussi d’expliciter les facteurs de la cohésion sociale, en les actualisant par rapport à la tradition sociologique du XIXe siècle. • La question sociale a ensuite été reformulée tout au long du XXe siècle et en ce début du XXIe siècle : le discours sur le lien social n’est plus organisé à partir du thème tradition/modernité et la transition de l’une à l’autre, mais à partir de la thématique de la « rupture » : le lien social contemporain serait en crise. La deuxième partie est donc consacrée à la mesure de la rupture du lien social et aux incidences de cette dernière sur l’affaiblissement de la cohésion sociale. • Depuis environ cinquante ans, le rapport individu/société est tantôt abordé du point de vue du conflit, tantôt du point de vue du consensus, ou encore de l’interaction : c’est ce qui est étudié dans la troisième partie, avec la mise au jour de nouvelles fonctions intégratrices des instances de socialisation, et de nouveaux liens de sociabilité.

◗ Liens avec d’autres chapitres Ce chapitre peut être relié aux chapitres 8, 9, 11, 14 et 15. Robert Nisbet, dans La tradition sociologique, a examiné comment la communauté, l’autorité, le statut, le sacré et l’aliénation, s’ancrent concrètement dans le social, ainsi que leur portée théorique. Il explique les raisons qui l’ont incité à privilégier ces cinq concepts qu’on trouve au fondement d’une tradition de la sociologie : en effet, le défi posé par les « deux révolutions » a nourri la réflexion des pères fondateurs de la sociologie, d’Auguste Comte à Émile Durkheim, et de Max Weber à Georg Simmel, en tant que témoins de la transition entre tradition et modernité, des troubles et désordres, des bouleversements politiques et sociaux des © Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

années 1830-1900. Ces « deux révolutions » sont d’une part la naissance de l’industrie, d’abord en Grande-Bretagne, qui bouleversa tous les modes antérieurs d’organisation et de lien sociaux ; d’autre part, celle des institutions politiques, en particulier la Révolution française qui, pour la première fois, lia les problèmes du gouvernement et de la liberté. La sociologie était donc une discipline cherchant à fonder l’ordre social, au moment où les anciens garants de la légitimité sociale disparaissaient (le Roi, Dieu). Les sociologues se questionnaient sur la nouvelle articulation entre ordre social et changement social, individualisation et société. Ainsi, Robert A. Nisbet dit que la sociologie s’est construite autour d’une série d’oppositions reflétant toutes les transitions entre la société d’Ancien Régime et la société moderne : communauté vs. société (chap. 10), statut vs. appartenance de classe (chap. 8), autorité vs. pouvoir (chap. 11), sacré vs. profane (chap. 10), aliénation vs. progrès. Si la sociologie est née d’une inquiétude sur la capacité d’intégration des sociétés modernes, ce sujet est passé au second plan durant les périodes de forte croissance où le progrès économique était associé à la solidarité sociale. Cependant, l’inquiétude sur la capacité intégratrice de ces instances de socialisation n’a pas disparu. En témoigne le retour dans le débat public de l’expression « cohésion sociale » depuis les années 1990. Elle est désormais attachée aux termes de marginalisation, d’exclusion, de ségrégation territoriale : en France, diverses lois ont été présentées dans le cadre du « Plan national de cohésion sociale » établi, en 2005, par le Ministre Jean-Louis Borloo, lui-même intitulé ministre du Travail du Logement et de la Cohésion Sociale. Cependant, ce même ministère a changé de nom récemment, pour celui des Solidarités et de la Cohésion sociale. En témoigne le rôle accru des politiques économiques, visant à renforcer le rôle intégrateur du travail (chap. 14 et 15).

◗ Réponses aux questions Ouverture de chapitre � MANUEL, PAGES 228-229

• Documents 1, 2 et 3

Quels sont les liens entre individus qui semblent conflictuels parmi ces trois situations ? © Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

Dans le document 1, si les joueurs s’affrontent, c’est toujours de façon virtuelle. Ils ne sont pas ennemis dans la vie réelle, pourtant ils peuvent l’être dans le jeu, sans se connaître. Dans le document 3, les riverains s’unissent contre un adversaire commun très large, c’est-àdire les concepteurs d’un projet de construction d’un aéroport. Le lien social entre les riverains passe par le conflit avec autrui. Quels sont les liens entre individus qui paraissent plus harmonieux dans ces trois situations ? Dans le document 1, il arrive aussi que les joueurs collaborent virtuellement pour une mission commune par exemple. Quant au document 3 précédemment cité, il présente des liens harmonieux entre les riverains. Le document 2 est moins mitigé que les documents 1 et 3 : il y a explicitement des liens harmonieux entre tous ces jeunes fidèles catholiques, et entre eux et le Pape. Quelles sont les croyances communes mises en cause ? Les JMJ du document 2 traduisent une foi commune en Dieu, ainsi qu’une croyance commune en l’efficacité des rituels (sacrements) et de la prière dans l’Église Catholique. Si les joueurs jouent ensemble en réseau dans le document 1, sans pour autant se connaître dans la vie réelle, c’est parce qu’ils croient que ce jeu a un sens, à travers la mission qui est proposée aux joueurs, les quêtes des personnages. Finalement, ils sont en quête de sens de la vie, tout comme les jeunes du document 2, mais en passant cette fois-ci par la mission du héros qu’ils incarnent. On pourrait même penser que pour ces joueurs, le voyage initiatique de leur personnage a une fonction proche de celle du pèlerinage des jeunes vers Madrid pour participer aux JMJ.

1. Lien social et pérennité d’une société

� MANUEL, PAGES 230-233 A. De la société traditionnelle à la société moderne

• Document 1

1. Donnez des exemples de « communalisation » pouvant devenir des formes de « sociation » et inversement. 163 •

Ces deux types idéaux, « communautaire » et « associatif », peuvent participer de la même structure sociale. Par exemple, des types associatifs tels que l’échange marchand, le vote, la détermination de méthodes pédagogiques à l’école ou les négociations politiques entre pays, représentent a priori un compromis entre des intérêts opposés mais complémentaires, reposant sur l’intérêt personnel, et l’accord contractuel. Lorsque ces types dépassent le cadre de l’association à but déterminé, en étant mis en place pour une longue durée, instaurant des relations sociales entre les mêmes personnes qui ne sont pas limitées d’emblée à des services matériels particuliers, ils peuvent faire naître des valeurs sentimentales, de l’affect, un esprit communautaire. Par exemple, les types cités plus haut peuvent faire émerger des relations marchandes fondées sur la confiance en l’autre (relations de travail notamment), des partis politiques, une véritable communauté pédagogique. Inversement, le type communautaire peut être orienté dans le sens d’une rationalité en finalité : par exemple, la famille peut être comprise comme une sociation si elle fait l’objet de jeux d’alliance, de stratégies patrimoniales, d’héritages, ou, dans le cas de l’entreprise familiale, si le savoir-faire est partagé entre les membres de la famille. • Document 2

2. Comment Émile Durkheim articule-t-il conscience collective et conscience individuelle ? La conscience collective, d’après Durkheim, n’est pas l’agrégation des consciences individuelles, mais une réalité irréductible aux consciences individuelles. Le tout n’est pas identique à la somme des parties : il y a plus dans la conscience collective que dans la conscience individuelle. En cela, il récuse la sociologie d’Herbert Spencer, selon laquelle le social se réduirait à la satisfaction des intérêts individuels. Il s’oppose également à toute démarche qui ferait de la sociologie une simple extension de la psychologie. 3. À quel type de solidarité correspond la ressemblance des individus ? leur complé­mentarité  ? La solidarité mécanique n’est possible que si la conscience individuelle est totalement absorbée dans la conscience collective, si bien que l’individualité est nulle et que tous les individus se ressemblent, ont exactement les mêmes croyances et sentiments. • 164

La solidarité organique repose sur la dissociation entre conscience collective et conscience individuelle : par conséquent, chaque individu a une conscience individuelle propre, et des fonctions spécifiques. Puisque la conscience collective est un tout qui dépasse les consciences individuelles, ces dernières peuvent ne pas entièrement « coller » à la conscience collective, mais elles restent complémentaires. 4. Quelle est la source de la solidarité mécanique ? de la solidarité organique ? La solidarité mécanique correspond à une société où les individus sont semblables, dans la mesure où ils partagent tous, de la même manière et dans la même intensité, les éléments de la conscience collective. Cette société ne connaît donc ni la spécialisation des tâches, ni, par conséquent, celle des individus. La solidarité mécanique repose sur la similitude des individus. Durkheim la compare à la cohésion qui unit entre eux les éléments des corps bruts : le rapport de l’individu au groupe est direct et l’individuation y est faible. La solidarité organique repose à l’inverse sur la différenciation des tâches et des individus qui les accomplissent ; l’existence de sous-groupes spécialisés à l’intérieur du groupe social donne libre champ à l’individuation. En effet, la spécialisation impose aux individus de se particulariser, ce qui signifie qu’ils ne partagent plus tous les mêmes croyances. Durkheim compare cette solidarité à l’unité des organismes vivants : en effet, chaque organe est différent et a une fonction propre, tout en concourant à la vie du corps entier. C’est donc la division du travail qui est à la source de la solidarité organique. 5. En quoi peut-on qualifier d’« évolutionniste » cette théorie du lien social ? Ces deux modèles de solidarité sociale s’opposent, en ce que l’un ne peut prendre place qu’au détriment de l’autre. La solidarité mécanique, forme typique des sociétés primitives, doit céder du terrain pour que puisse se développer la solidarité organique. Par l’étude des transformations du droit – passage d’un droit répressif à un droit restitutif –, Durkheim démontre l’existence d’une mutation des sociétés qui mène vers la modernité telle qu’on la connaît alors à la fin du XIXe siècle, tout comme, dans la nature, les corps bruts laissent place à des organismes vivants. © Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

• Document 3

6. Explicitez l’expression « communauté morale ». Appliquant l’un des préceptes de son ouvrage programmatique Les règles de la méthode sociologique (1895), Durkheim définit soigneusement le fait social étudié, à savoir la religion, dans Les formes élémentaires de la vie religieuse (1912). Il rejette diverses définitions de la religion mettant en avant soit le surnaturel, soit la divinité. Il propose, en lieu et place, de décomposer le système que forme toute religion en deux éléments : les croyances ou ce qui relève de la pensée religieuse d’un côté, les rites ou ce qui relève de la pratique religieuse de l’autre. L’idée de religion est inséparable de l’existence d’une communauté morale, c’est-à-dire d’une Église, parce que cela introduit une différence décisive entre la religion et la magie – il n’existe pas d’Église magique. De plus, cette relation entre religion et Église introduit d’emblée le caractère collectif du fait religieux. Enfin, cette communauté morale repose essentiellement sur la croyance commune en la distinction sacré/profane. 7. Le totem n’existe-t-il que dans les sociétés archaïques ? Justifiez votre réponse. Le totem désigne une relation au sacré, c’està-dire ce qui est mis à part, ce qui est séparé. C’est une force anonyme qui est présente dans les être sacrés, ces derniers ne pouvant être mêlés au profane. Les divers interdits dont le sacré est entouré sont une marque de la distance entre les deux mondes. Cependant, la séparation entre les deux mondes n’empêche pas certaines formes de relation entre eux, sinon, le croyant serait privé de tout contact avec le sacré : cela passe par des rituels qui permettent une communication entre le profane et le sacré sans que ce dernier soit souillé par ce contact. Le totem n’est donc pas spécifique aux sociétés archaïques : en effet, on le retrouve, sous une forme symbolique, dans l’autel portant le crucifix, permettant la communion entre Dieu et les fidèles (religion chrétienne). Durkheim expliquait également que le drapeau avait toutes les caractéristiques d’un totem des sociétés modernes. 8. Comment les croyances totémiques entretiennent-elles le lien social ? Le sacré renvoie à des représentations collectives qui sont des états forts de la conscience collec© Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

tive. Comment rendre compte de ces temps forts du lien social ? Pour ce faire, Durkheim part des rythmes que connaît la vie sociale des sociétés australiennes : à la vie quotidienne où les membres de la tribu se dispersent sur le territoire pour satisfaire aux impératifs économiques, s’opposent les rassemblements provoqués par les fêtes et les cérémonies religieuses. Dans le premier cas, la vie sociale est atone, alors que dans le second, la puissance de la vie collective ressort avec acuité. À l’occasion des fêtes religieuses, la vie sociale est surexcitée, les passions sont exacerbées, les participants à ces cérémonies font l’expérience d’un état d’exaltation, qui leur rappelle qu’ils appartiennent à un tout social. Dans ces situations d’effervescence sociale, l’individu est en lien direct avec l’ensemble de la société, tout comme le fidèle est en relation avec le sacré. Les croyances totémiques se concrétisant par des pratiques rituelles ont donc une fonction recréatrice du lien social. • Document 4

9. Quel est le point commun entre ces approches ? Elles reposent sur la conception contemporaine de l’autonomie de l’individu, qu’il s’agisse de l’individu-acteur social responsable de ses actes et maître d’œuvre de ses entreprises (définition idéologique), de l’individu-citoyen doué de Raison qui élit ses représentants (définition morale ou républicaine de l’individualisme), ou de l’individualité historique abstraite, idéaltype qui permet de comprendre par interprétation le sens visé par les acteurs (reconstruction théorique, épistémologique). En effet, dans ces sociétés nouvellement industrielles, démocratiques et post-révolutionnaires du XIXe siècle, le processus d’émancipation de l’individu marquait le passage des sociétés holistes à des sociétés d’individus : les individus sont libérés de leur appartenance à un groupe, du pouvoir royal et divin. L’individu est un citoyen doué de Raison et capable d’avoir une activité réflexive sur le monde : c’est d’ailleurs cet individualisme républicain que valorisera Durkheim. 10. Quelles sont les implications de la conception durkheimienne de l’individualisme ? Selon Durkheim, les transformations radicales de la vie sociale, avec l’affaiblissement progressif et inéluctable de la conscience collective d’une 165 •

part et l’affirmation de la place accordée à l’individu d’autre part, sont deux mouvements qui ne sont pas entièrement antithétiques, puisqu’il voit dans le dernier phénomène, le maintien d’une conscience collective vive dans ce fondement de la morale moderne qu’est le « culte de l’individu ». Cet individualisme moral repose chez Durkheim sur une foi républicaine et en l’universalisme du citoyen. En témoignent ses cours pédagogiques à partir de 1887 et son engagement dans l’affaire Dreyfus, au nom de la dignité humaine. B. Les facteurs de la cohésion sociale

• Document 5

11. Dans quelle mesure les deux évènements ci-dessus reflètent-ils un rapport au sacré ? Si l’on reprend la conception durkheimienne du sacré, le diplôme universitaire et le tombeau de Mahomet seraient des sortes de totems incarnant le sacré. Cependant, certains objets peuvent finir par perdre leur nature sacrée et tomber dans le monde des objets profanes : dans le cas du diplôme, l’inflation et la dévalorisation consécutive des diplômes aux yeux des individus leur fait parfois perdre leur caractère sacré. 12. En quoi sont-ils créateurs de lien social ? L’effort déployé au cours de ces deux cérémonies est intense, mais bref. Pourtant, pour que les sentiments que les êtres sacrés représentent demeurent vifs dans les consciences individuelles, il faut que ces sentiments soient ravivés. Ces deux cérémonies permettent de re-créer le lien social autour d’un engagement et de croyances communs. Les êtres sacrés sont les formes symboliques sous lesquelles les hommes adorent la vie collective. 13. Plus généralement, comment l’école et la religion assurent-elles une certaine cohésion sociale ? L’école concourt à former et à entretenir des croyances communes, par l’autorité morale du professeur, l’importance du diplôme, le sens du progrès, l’attention à autrui. Ces croyances et sentiments communs aux membres de l’école constituent un ciment unissant les individus. Quant à la religion, elle est une représentation de la force sociale et les symboles dans lesquels elle s’objective (banquet, autel, tombeau, crucifix) sont des moyens qui permettent aux consciences • 166

individuelles de communiquer et de traduire leurs états intérieurs. Par exemple, la prière en groupe est un partage des états intérieurs des individus qui prient, et qui prennent conscience de la communauté de leurs croyances. Cependant, ceci n’est possible que dans les formes institutionnalisés de la religion, c’est-à-dire les « communautés morales » au sens de Durkheim. • Document 6

14. À l’aide du passage souligné, proposez une définition de la cohésion sociale selon Émile Durkheim. La cohésion sociale repose sur une conscience commune, une communauté de sentiments, de croyances, sur des interactions nombreuses entre individus, et sur une communauté de buts. La cohésion sociale est ainsi faite des représentations que se font les individus de la société, ces représentations se nourrissant de symboles. La cohésion sociale nécessite alors une confiance en soi et dans les institutions. 15. Illustrez les processus de régulation et d’intégration décrits dans ce texte. L’intégration sociale est d’autant plus forte que la vie collective est plus intense dans le groupe social : elle passe par la division du travail social en tant qu’elle crée des échanges, la famille, l’école, les groupes religieux. Quant à la régulation sociale, c’est le rôle modérateur joué par la société sur les passions individuelles qui nous pousse par exemple à rechercher plus de confort, plus de luxe. En effet, si les passions individuelles sont illimitées, ce n’est pas le cas des moyens fournis à l’individu par la société pour les assouvir. C’est le rôle de l’autorité morale exercée par la société sur les individus, qui passe par l’existence d’une hiérarchie sociale, ou d’une stratification sociale, à même d’organiser les interactions entre les membres du groupe et d’assigner à chacun des attentes socialement adaptées. Il importe que cette hiérarchie soit ressentie comme juste et légitime par les membres du groupe : il faut donc une certaine mobilité sociale, une certaine ouverture des fonctions. 16. Comment un processus de socialisation peut-il être défaillant ? Le processus de régulation peut être défaillant si la hiérarchie sociale et la division du travail ne sont pas perçues comme justes et légitimes © Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

par les individus, par exemple lorsque la mobilité sociale semble insuffisante, ou bien lorsqu’il y a inadéquation entre la distribution des fonctions sociales et la distribution des talents naturels. Le rôle de l’État dans sa visée de justice sociale, et de l’École en tant que vecteur de promotion sociale, est ici en cause. Le processus d’intégration peut être défaillant en cas d’individualisation trop poussée : par exemple, si les groupements religieux ou professionnels perdent de leur importance dans la vie des individus. • Document 7

17. Rappelez la définition de l’anomie. L’anomie est, selon Durkheim, la déficience, l’affaiblissement des règles sociales. 18. En quoi la famille conjugale risque-t-elle, selon Durkheim, de produire de l’anomie ? Durkheim décompose la famille en deux types de groupe social : le groupe conjugal (les époux) et le groupe familial ou domestique (les époux et les enfants). Avec l’expression « famille conjugale », il veut souligner l’ambiguïté de cette nouvelle forme de famille : la famille repose sur l’union conjugale, fondée elle-même sur le relationnel et l’affectif. Cette union en est du même coup fragilisée, lorsque l’amour n’est plus là. Alors que le mariage encadrait la famille de règles juridiques et sociales, le divorce casse la cellule conjugale et ouvre une zone d’indétermination pour les membres de la famille. 19. Comment les fonctions de la famille ontelles évolué ? Depuis le XIXe siècle, la famille participe toujours à la régulation sociale, mais de façon différente au fil du temps. Du XIXe siècle aux années 1950, les sociologues voient la famille avant tout comme le garant de l’ordre social, de la régulation sociale et de la tradition face à un monde en voie de modernisation. À partir des années 1950, la famille est perçue comme une institution adaptée à la société moderne, tout en assurant la stabilité du système social : c’est la perspective fonctionnaliste. Aux fonctions traditionnelles d’éducation des enfants, du soin apporté aux personnes âgées, et de division du travail dans la famille comme unité de production, se substituent la socialisation, le soutien affectif mutuel des adultes, etc. On voit ici que l’affect a une grande place dans © Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

cette spécialisation de la famille au croisement de la stabilité et du changement social. Plus récemment, on est passé d’une perspective où une relative étanchéité entre famille et rapports sociaux est postulée, à une autre perspective où est mise en évidence la traversée de la famille elle-même par les rapports sociaux. D’un point de vue plus microsociologique, les relations conjugales et les relations parents-enfants se privatisent et sont de plus en plus fondées sur l’affect. La famille est désormais le lieu de constitution de l’identité de l’individu, ceci n’étant pas incompatible avec la fonction socialisatrice. 20. Explicitez la phrase soulignée. Désormais, la socialisation passe par la mise en œuvre d’interactions entre l’individu et autrui : le soi ne se construit d’abord que par la communication avec des individus proches (famille), puis progressivement avec des cercles de relations plus larges (école, travail, groupes de pairs). Les habitudes individuelles en matière de santé, d’éducation, de loisirs, de goûts culturels, de comportement politique se forgent d’abord dans le cercle restreint que constitue la famille, avant d’être confrontées à l’ensemble de la société. La famille est donc bien le point de départ de la socialisation. • Document 8

21. Quelles sont les sources principales de sociabilité, selon les Français ? Les sources principales de sociabilité, d’après ce sondage, sont le milieu social, le lieu de résidence, la culture et l’âge. 22. Quel est le paradoxe inhérent à ces vecteurs de cohésion sociale dans la cité ? La cité semble être morcelée, sectorisée, dans la mesure où ces liens de sociabilité se développent avant tout entre des personnes déjà proches du point de vue de la PCS ou même de la « classe sociale », du quartier, de la culture (au sens large comme au sens strict), et de l’âge. Autrement dit, le sentiment de proximité entre les personnes repose une proximité sociale de fait : les liens de sociabilité vont de pair avec l’« entre-soi », et donc potentiellement la mise à l’écart d’autrui. • Pour argumenter

1. La division du travail comme élément fondamental de la cohésion sociale Paradoxe inhérent à la division du travail : loin d’être à l’origine de l’atomisation de la société, 167 •

elle est au contraire une forme d’adaptation de l’organisation sociale à ce changement. Comme l’indique Durkheim, les sociétés supérieures ne peuvent se maintenir en équilibre que si le travail y est divisé, parce que l’attraction du semblable par le semblable suffit de moins en moins à produire de la cohésion. La division du travail participe à l’intégration sociale, via les groupements professionnels, les syndicats, les corps de métier, etc. Le plus souvent, le contrat de travail confère même un statut social au travailleur. Le travail repose le plus souvent sur la signature d’un contrat, certes, mais il ne faut pas occulter les relations sociales voire affectives qui se nouent entre les participants au contrat. 2. La division du travail ne suffit pas à assurer la cohésion sociale Lorsque les groupements professionnels perdent de leur importance, la fonction intégratrice du travail peut être remise en question. L’École, l’État, participent à la régulation sociale, en visant à rendre justes et légitimes aux yeux des individus la répartition des activités professionnelles et la hiérarchie sociale qui en découle. La famille, en tant qu’instance de socialisation primaire, intervient dans la construction de l’identité individuelle, en conformité avec la société.

2. Le délitement du lien social

dans les sociétés contemporaines � MANUEL, PAGES 234-237

A. La mesure de la rupture du lien social

• Document 9

23. En quoi le ton optimiste dans De la division du travail social (1893) s’est-il émoussé dans Le Suicide (1897) ? Selon Durkheim, la division du travail unit les individus dans les diverses sphères de la société : par exemple, les rapports entre amis qui reposent sur la complémentarité ; au sein de la famille, la division du travail entre les conjoints a pour but de renforcer la solidarité conjugale ; de même, les fonctions politiques sont complémentaires. Normalement, l’intensification de la division du travail doit augmenter la solidarité entre les membres de la société. Pourtant, elle peut produire • 168

des effets contraires : tout d’abord, la division du travail peut conduire à l’anomie, partant, au suicide anomique (elle ne produit pas de solidarité car les relations entre les organes ne sont pas réglementés). Cela renvoie au manque de contiguïté entre ces organes. Durkheim cite l’exemple des crises industrielles et commerciales marquées par un désajustement entre l’offre et la demande de biens, ou des relations antagonistes entre capital et travail dans la grande industrie. Ensuite, la division du travail peut générer une intégration sociale trop faible, dans le cas où le travail attribué à chacun est insuffisant par exemple. Les relations entre individus perdent alors de leur intensité et de leur régularité, cela pouvant mener à un affaiblissement de la cohésion sociale, et au suicide de type égoïste. 24. Identifiez les instances de socialisation primaire et secondaire dans ce texte. L’instance de socialisation primaire citée dans ce texte est la famille. Les instances de socialisation secondaire sont l’État et le travail. Plus largement, la division du travail renvoie à d’autres sphères sociales et instances de socialisation secondaire telles que les groupes de pairs. Enfin, il est indirectement question de la religion dans le concept de « sacré ». 25. Qu’est-ce qui unit les membres d’une société hormis la complémentarité produite par la division sociale du travail ? Pour Durkheim, ce sont en dernier ressort la conscience collective, l’autorité morale, la communauté et le sacré qui fondent la cohésion sociale. Ce qui importe, ce n’est pas seulement que la réglementation existe, mais qu’elle soit acceptée par les consciences individuelles. Autrement dit, si elle n’a plus d’autorité morale et ne se maintient plus que par la force d’inertie ou la contrainte, elle ne peut plus jouer de rôle utile. Par conséquent, les individus doivent recevoir une éducation morale, grâce à laquelle ils considéreront les normes sociales comme légitimes. Or, dans cet apprentissage, les enseignants et les parents jouent un rôle clé. La règle sociale, le fait social, ne sont donc pas des choses totalement extérieurs aux consciences individuelles, puisque celles-ci sont amenées à les désirer, et à les respecter. Ceci nous amène à souligner l’importance du sacré comme temps festif alloué à la reviviscence des forces et des idéaux communs. © Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

• Document 10

26. Pourquoi le taux de divorce est-il plus significatif que le nombre de divorces ? Le taux de divorce, ou indicateur conjoncturel de divortialité, est une mesure du risque de divorce. Il mesure le nombre de divorces que connaîtrait une promotion fictive de 1 000 mariages si les risques de divorce observés l’année considérée pour chaque durée de mariage demeuraient inchangés. Il révèle donc le comportement des couples divorcés en fonction de la durée du mariage pendant l’année considérée, et est plus précis que le nombre de divorces. 27. Quelle semble être la durée « critique » du mariage ? L’année de tous les risques pour le mariage semble être la 5e année, puisque le taux de divorce atteint globalement un pic à ce moment-là (cas particulier pour 1989). 28. Caractérisez l’évolution du taux de divorce de 1979 à 2009. Quelle que soit la durée de mariage et l’année considérée, le taux de divorce augmente continûment. Néanmoins, les durées extrême et moyenne se distinguent par une plus forte augmentation : pour les mariages ayant durée de moins d’un an, d’un an, de 20 ou 29 ans, le taux de divorces a doublé voire triplé. Quant au taux de divorce pour les mariages de 5 à 6 ans, il a environ doublé. Concernant les autres durées de mariage, le risque de divorce a été multiplié par 1,5 à 2. • Document 11

29. Rédigez une phrase présentant les informations apportées par les données entourées en rouge. En 2009, selon l’enquête « Revenus fiscaux et sociaux », 32,9 % des individus membres d’une famille monoparentale dont la personne de référence a moins de 65 ans vivaient sous le seuil de pauvreté. La même année, 15,8 % des individus vivant seul ayant plus de 65 ans vivaient sous le seuil de pauvreté, de même que 13,5 % des individus vivant en France métropolitaine et qui ne sont pas étudiants. 30. Que pouvez-vous en conclure ? Les individus membres des familles monoparentales, dont la personne de référence a moins de 65 ans, avaient en 2009 2,3 fois plus de chance d’être © Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

pauvres que la moyenne des individus vivant dans les ménages dont la personne de référence a moins de 65 ans – tout type de ménage confondu (32,9/14,2). Ces individus avaient 3 fois plus de chance d’être pauvres, que les individus vivant en couple, dont la personne de référence a moins de 65 ans (32,9/10,8). Les personnes vivant seul, ayant plus de 65 ans, avaient 2 fois plus de chance d’être pauvres que les individus vivant en couple, dont la personne de référence a plus de 65 ans (15,8/7,6). Enfin, les membres des familles monoparentales dont la personne de référence a moins de 65 ans, et les individus seuls ayant plus de 65 ans, ont un taux de pauvreté supérieur à la moyenne des individus, tout type de ménage confondu. Nous pouvons en déduire que le risque de pauvreté est d’autant plus grand que les personnes sont âgées et vivent seules, ou bien sont membres de famille monoparentale. • Document 12

31. Comparez le taux d’emploi des non diplômés de la génération 2004 et des non diplômés de la génération 2007 sur l’ensemble de la période. Les taux d’emploi de ces deux générations se confondent l’année de sortie de la formation initiale, puis le taux d’emploi de la génération 2004 passe au-dessus de celui de la génération 2007. Progressivement, l’écart se creuse : 2 points de différence un an après la sortie de formation initiale, 9 points 2 ans et demi après, 7 points 3 ans après. 32. Quelle relation pouvez-vous établir entre le niveau de diplôme et le taux d’emploi ? Plus le niveau de diplôme est élevé, plus le taux d’emploi l’est aussi : on peut raisonnablement en déduire que c’est le niveau de diplôme qui influe sur le taux d’emploi. Cependant, concernant les diplômés du secondaire, la génération 2004 avait un taux d’emploi plus fort que la génération 2007 : le diplôme du secondaire rend sans doute moins employable qu’auparavant. Enfin, le diplôme du supérieur permet d’atteindre des taux d’emploi équivalents pour les deux générations, et malgré la crise, 85 % des diplômes du supérieur de la génération 2007 sont en emploi, trois ans après leur sortie du système éducatif. 33. En quoi la situation des non diplômés reflète-t-elle les difficultés du système scolaire 169 •

français à assurer sa fonction d’intégration sociale ? En 2008, le CERC publiait une note au titre évocateur : « Un devoir national : l’insertion des jeunes sans diplôme ». Les auteurs de ce rapport énumèrent les causes de la faible employabilité des jeunes sortant sans diplôme du système éducatif : tout d’abord, sans méconnaître la part de responsabilité qui revient à tel ou tel jeune sortant sans diplôme, il est clair que pour nombre d’entre eux, l’échec résulte principalement de déterminants du milieu économique et social durant leur enfance ou leur adolescence. Ensuite, le corollaire de ce facteur est que la majorité des sortants sans diplôme n’a pas bénéficié de l’égalité des chances sur laquelle repose l’École. B. Un processus de cohésion sociale affaibli

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34. Quelle est la trajectoire sociale du Hobo ? Les Hobos constituaient une catégorie particulière d’ouvriers que l’on peut situer, dans l’espace et dans le temps, de la manière suivante : leur plein développement se produit dans seconde moitié du XIXe siècle et au début du XXe siècle, et leur aire d’existence s’étend de Chicago à l’Ouest des États-Unis. Leur caractéristique essentielle était d’être des ouvriers migrants : ils n’avaient pas d’emploi fixe mais travaillaient de manière discontinue et sur des sites dispersés dans l’espace. Ils pouvaient occuper des emplois saisonniers, notamment dans l’agriculture, constituaient une bonne part de la main-d’œuvre employée sur les chantiers de construction temporaires, dont l’extension fut l’une des clefs de l’expansion économique de l’Ouest. Celle-ci exigeait une main d’œuvre mobile, sans attaches et acceptant des emplois intermittents. Mais il faut noter que cette mobilité n’est pas seulement l’effet d’un marché du travail en pays de « frontière ». Elle est liée, de manière décisive, aux turbulences d’une économie américaine extraordinairement volatile tout au long de la période. Le phénomène Hobo s’est d’abord développé comme une tentative d’adaptation ouvrière aux caractéristiques générales de l’économie américaine dans l’Ouest. Autre caractéristique essentielle de cette population : dépourvus de travail fixe, les Hobos sont aussi dépourvus de domicile. Ils n’ont ni logis ni attaches ni famille. Ils appartiennent à la vaste • 170

population des « sans-abris », dont les effectifs pouvaient atteindre jusqu’à 70 000 personnes pour la seule ville de Chicago. Pour le Hobo, se nourrir, se loger, se vêtir, vivre et résister au froid supposaient un mélange de constante débrouillardise et d’acceptation de la dépendance et du sordide. À l’intérieur de cette vaste classe démunie, en constante reconstitution, Anderson montre comment le Hobo voisinait avec d’autres catégories dont il était à la fois proche et différent, et comment la fragilité de sa propre condition risquait à tout moment de lui faire perdre ses quelques attributs positifs (dont le travail et la possibilité de migrer) pour le précipiter vers des catégories plus précaires et démunies encore que lui : le vagabond (se déplace mais ne travaille pas), le casanier (travaille sans être mobile), le clochard (sans travail ni mobilité). La force de l’ethnographie de Nels Anderson est de saisir un groupe social dans tous les aspects de son processus de vie, dans son travail, sa vie quotidienne, ses mythes et ses rêves. Il faut aussi souligner que son approche évite l’écueil du misérabilisme et qu’il fait ressortir, tout autant que la misère dans laquelle vivent les Hobos, l’ensemble des ressources de toute nature qu’ils mobilisent pour affronter les situations, leur capacité à se défendre ou à s’organiser (comme lorsqu’ils installent leur campement à l’extérieur des villes, où règne tout un code de « savoir vivre »), leur ouverture d’esprit. 35. Comment les Hobos maintiennent-ils une certaine forme d’intégration sociale malgré leur marginalisation ? Si le cadre principal du livre d’Anderson se situe à Chicago, c’est parce que les Hobos étaient souvent conduits à y passer et à y séjourner. Ils y avaient leur quartier, que l’auteur baptise la « Hobohème ». Nœud ferroviaire majeur, Chicago était un point de passage obligé pour les ouvriers migrants qui voyageaient clandestinement dans les trains de marchandises. La hobohème était enfin un « lieu de vie », offrant des possibilités pour se nourrir, se loger à bas prix, d’informations, de divertissements, réservoir d’opportunités en tous genres, espace de contact, de socialisation et de culture. Sans doute également cherchaient-ils aussi à Chicago un accès à la multitude d’institutions sociales que la misère avait suscitées, car la philanthropie constitue une tradition des classes dirigeantes américaines. © Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

• Document 14

36. Si on interprète la cohésion sociale, notamment, comme la confiance que les individus ont dans les institutions, comment interpréter la phrase soulignée ? Il semblerait que la cohésion sociale repose davantage sur la croyance commune en l’efficacité des institutions judiciaire et scolaire, que sur la confiance dans les institutions religieuses et législatives. 37. Quels sont les reproches essentiels faits aux religions, selon le texte ? Les Français ont perdu confiance dans les religions institutionnalisées, car à leurs yeux, elles seraient souvent associées au conflit tout en prêchant la paix, et font parfois naître l’intolérance et l’intégrisme : il y aurait une contradiction entre la communauté de buts propre aux religions, et les pratiques suscitées par ces mêmes religions. Dans le cas de l’Église catholique, les reproches portent parfois sur les rituels, les pratiques qui vont avec l’appartenance à cette institution. • Document 15

38. À l’aide de vos connaissances acquises en classe de 1re, rappelez la définition des concepts de désaffiliation sociale et de disqualification sociale. Désaffiliation sociale : processus de rupture progressive des liens sociaux, qui mène à l’exclusion sociale (R. Castel). Disqualification sociale : processus progressif de privation de qualifications et de refoulement hors du marché de l’emploi. Elle met l’accent sur le caractère multimensionnel, dynamique et évolutif de la pauvreté (S. Paugam). 39. En quoi la situation des « travailleurs pauvres » révèle-t-elle à la fois une défaillance et une permanence de la fonction intégratrice du travail ? Les travailleurs pauvres voient leur employabilité mise à mal par leur faible qualification, les dépenses telles que les frais de transport, les gardes d’enfants, etc. Pourtant, quelle que soit leur situation face aux aides sociales, les travailleurs pauvres refusent la dépendance des assistés, et préfèrent « s’en sortir » en travaillant. • Pour argumenter

1. La précarité liée à l’emploi La faible qualification des jeunes réduit leur © Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

employabilité. Depuis la crise de 2007, les détenteurs d’un diplôme du supérieur ont vu leur employabilité se dégrader. La faible employabilité est la caractéristique principale des travailleurs pauvres : risque de disqualification sociale pouvant mener à la pauvreté, voire à l’exclusion sociale (désaffiliation sociale). Il semble qu’en période de crise, la famille soit l’institution la plus sollicitée en France. 2. La précarité liée à la famille et au logement La fragilisation de la cellule conjugale peut mener au divorce : accroissement du nombre de familles monoparentales, dont la personne de référence est souvent une femme. Les familles monoparentales et personnes âgées seules sont davantage touchées par la pauvreté que les autres catégories de ménages, favorisant la désaffiliation sociale dont parle R. Castel. L’éclatement familial va de pair avec l’évolution des trajectoires résidentielles : possible précarité liée au logement, qui s’ajoute à la pauvreté.

3. Un lien social en recomposition � MANUEL, PAGES 238-241 A. Les instances de socialisation renouvellent leur fonction intégratrice

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40. Quels sont les signes d’une persistance des droits et des obligations des conjoints/ parents ? Dans la législation sur le mariage, le divorce et la sécurité du revenu, figurent toujours les droits et obligations mutuelles des époux, et leurs devoirs lorsqu’ils fondent une famille. De même, les parents ou futurs parents peuvent faire l’objet d’évaluations à partir de critères stricts (cas limite de l’adoption). En dépit de la fragilisation de la famille conjugale dont parlait Durkheim, les membres de la famille sont toujours liés par la loi. 41. Explicitez le passage souligné. Certains sociologues pensent que loin d’être un bastion impassible de la tradition, la famille en tant qu’instance socialisatrice est traversée par le changement social : son rôle doit par conséquent évoluer pour s’adapter aux transformations sociales. Dans ce cas, la famille est considérée comme active, et elle est étudiée de façon micro171 •

sociologique. D’autres au contraire ont davantage souligné la crise de l’institution familiale, passive, face au changement social. Cette conception mène à des études macrosociologiques sur le divorce. Le caractère macrosociologique des études sur le divorce menées au cours des années 1970 dans le cadre de la refonte du Code civil, suite à la forte progression de la divortialité, contraste avec l’orientation microsociologique des analyses contemporaines de la désunion. 42. En quoi peut-on dire que la parentalité s’autonomise par rapport à la conjugalité ? La formation du couple reposant davantage aujourd’hui sur les relations affectives, le lien conjugal peut se fragiliser lorsqu’apparaissent des difficultés relationnelles. L’absence de conversation conjugale, au fondement de l’ajustement des attentes réciproques et de la construction conjointe des identités, et le désenchantement amoureux produit par la routine du quotidien, apparaissent alors comme des ressorts centraux de la désunion. Le couple est d’ailleurs une nouvelle catégorie de l’action publique aux États-Unis. Au contraire, l’État français soutient par de nombreux dispositifs la parentalité (aide au parent isolé, soutien à la garde des enfants), mais se détourne de la conjugalité comme relation sociale. Depuis plusieurs années, et notamment depuis la libéralisation de l’accès au divorce, la conjugalité est laissée hors de toute intervention étatique ; la parentalité devient progressivement la catégorie d’action publique privilégiée. Le débat public comme la production scientifique porte presque exclusivement sur le temps de l’après-divorce. 43. Dans ce contexte, comment la famille jouet-elle son rôle intégrateur ? Dans l’après-divorce, la famille joue différemment son rôle intégrateur, car la parentalité peut survivre à la déconjugalisation, voire à la décohabitation. Les parents redoublent souvent d’attention pour leurs enfants, avec toutefois le risque que ces nouvelles relations parentales soient plus individualistes, et reposent sur des valeurs discordantes. • Document 17

44. Recherchez quel est le rôle d’un auxiliaire de vie scolaire. Depuis 2003, l’AVS effectue quatre types d’activités : interventions dans la classe définies en • 172

concertation avec l’enseignant (aide pour manipuler le matériel dont l’élève a besoin) ; participation aux sorties de classes ; accomplissement de certaines gestes techniques pour aider l’élève handicapé ; collaboration au suivi des projets d’intégration (projet individualisé de l’élève, rencontres avec la famille, réunion de l’équipe éducative). 45. En quoi cette situation témoigne-t-elle d’une nouvelle forme de lien social à l’école ? Tout d’abord, le lien social entre l’élève handicapé et les autres membres de l’école est médiatisé par une tierce personne ou institution : l’AVS. En outre, cette médiatisation repose sur l’individualisation de l’enseignement et du parcours de l’élève, ce qui peut sembler inédit à l’École républicaine. Néanmoins, cela renforce la mission d’égalité des chances de l’École, qui passe nécessairement par plus d’équité. Enfin, l’inclusion scolaire doit conduire les élèves en situation de handicap à s’affilier à la communauté scolaire. • Document 18

46. Pour les Français, quels sont les critères qui ont pris plus d’importance pour évaluer un emploi depuis 1981 ? L’évaluation d’un emploi dépend de plus en plus de l’ambiance de travail et du fait de s’intéresser à ce que l’on fait. Les considérations quantitatives (rémunération, horaires de travail, durée du congé, cadences) importent moins désormais pour juger du caractère satisfaisant d’un emploi. 47. Qu’en déduisez-vous concernant les liens de sociabilité qui se forment au travail ? Ce sont ces liens de sociabilité noués dans les relations entre collègues qui influent sur la qualité d’un emploi, plus que la rémunération qui y est assortie. • Document 19

48. Rappelez ce qu’est le capital social. C’est le réseau relationnel d’un individu, appréhendé comme ressource pour optimiser sa position professionnelle, son patrimoine, son pouvoir, etc. 49. Quel est le lien entre ségrégation spatiale et ségrégation sociale ? R.E. Park, fondateur de l’école de Chicago en 1925, a marqué la sociologie urbaine américaine : selon lui, « la topographie des lieux et la distribution spatiale de la population déterminent © Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

fatalement la place, le groupe, les associations avec lesquels chacun de nous est tenu de vivre » (1926). Notamment, dans les années 1920, à Chicago, les vagues successives de migrants transforment la ville, en même temps qu’ils s’y adaptent en aménageant leur espace propre. Depuis les années 1990 aux États-Unis, et les années 2000 en France, les gated communities, ou ensembles résidentiels fermés, passent pour des ghettos où les catégories aisées choisissent de se retirer, par souci de sécurité – en fait, ces résidences sécurisées, sont souvent composées de classes moyennes. Enfin, les familles bourgeoises se concentrent le plus souvent dans les « beaux quartiers » des grandes villes, ou dans des lieux de villégiature déjà fréquentés par d’autres familles bourgeoises. La ségrégation spatiale, en réunissant des individus proches en termes de revenu, de mode de vie, rend plus visible matériellement la ségrégation sociale. Si la ségrégation spatiale est le révélateur de la ségrégation sociale, elle en est aussi la conséquence. 50. En quoi cette ségrégation spatiale est-elle une condition de socialisation des jeunes issus des familles bourgeoises. L’ancrage géographique des familles bourgeoises conditionne la socialisation des jeunes issus de ces familles, par trois mécanismes. Tout d’abord, il crée un entre-soi en rendant visible la délimitation sociale. Les « beaux quartiers » présentent des caractères distinctifs qui constituent autant de marqueurs sociaux : architecture, largeur des rues, propreté, type de commerce, etc. En outre, cette délimitation spatiale du quartier est l’outil privilégié de sélection des établissements scolaires, des activités de loisirs pour les jeunes, qui voient alors une continuité entre les codes sociaux et le capital social transmis par la famille et ceux qui sont partagés à l’école, avec les amis. Ce capital social commun aux jeunes des familles bourgeoises facilitera leur intégration sociale, et participe dans une certaine mesure à la régulation sociale. B. De nouveaux liens de sociabilité se font jour

• Document 20

51. Quel a été l’effet de l’introduction des NTIC dans l’entreprise sur les liens de sociabilité au travail ? © Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

Les NTIC, notamment la messagerie électronique, multiplie les collègues réguliers, et équipe les interactions de proximité. Les mails permettent d’archiver les travaux et de faciliter les relations formelles. Quant aux relations informelles entre collègues, elles ne sont pas nécessairement accrues car les NTIC sont un nouvel outil de sélection des relations entre collègues, avec qui on choisit de développer des liens de sociabilité. • Document 21

52. Comment l’auteur caractérise-t-elle la modernité ? Selon Danièle Hervieu-Léger, la modernité est caractérisée par l’individualisation du rapport aux institutions et l’individualisation des croyances. La modernité n’a pas évincé le religieux, mais l’a transformé, en introduisant l’individu au centre de la sphère religieuse. Si la sécularisation des sociétés modernes est un phénomène incontestable, on observe aussi l’apparition de nouveaux types de demandes religieuses liées à la nature même de cette modernité. 53. Expliquez le passage souligné. Si la culture moderne génère à nouveau du religieux, celui-ci est recomposé et disséminé. Par conséquent, l’appartenance à une communauté de foi, l’observance des rites qui y est liée, sont mis en cause par la subjectivisation des croyances et la baisse de la confiance dans les institutions religieuses. La tradition religieuse ne constitue plus un code de sens qui s’impose à tous. Par exemple, l’Église est travaillée par des fortes tensions entre la revendication d’une expérience personnelle des croyants et la parole institutionnelle. 54. Qu’entend l’auteur par « petits bricolages rituels » ? Il s’agit du bricolage des croyances et des rites qui résulte de l’éclatement des institutions : la croyance s’est personnalisée. Chacun, à sa façon, puise dans le capital culturel religieux ce qui lui convient. Avant, la religion était perçue comme un carcan. Maintenant, elle apparaît comme un lieu de ressourcement selon les besoins et libres choix de l’individu. Ces bricolages rituels sont l’une des offres possibles à la quête de sens, qui n’a pas disparu dans les sociétés sécularisées. 55. Relevez le paradoxe de la croyance religieuse en dehors des institutions religieuses. L’effondrement des pratiques cultuelles institu173 •

tionnelles va de pair avec la prolifération et la dissémination du croire : ces deux aspects caractérisant le religieux moderne nourrissent aujourd’hui les croyances du plus grand nombre dans les pays développés. Ce phénomène explique entre autres le phénomène sectaire et certains débordements mystiques. • Document 22

56. Qu’est-ce que la désocialisation dans les réseaux en ligne ? La désocialisation dans les réseaux en ligne survient lorsque : – elle remet en question l’intégration sociale du participant, qui pratique le secret, l’isolement relationnel, le brouillage des frontières entre vie réelle et vie imaginaire. ; – elle remet en cause la régulation sociale en raison d’une crise de confiance entre le jeune participant et ses parents, d’une fréquentation sur les réseaux d’adultes stars du porno ou autres activités déviantes. Cela peut conduire le jeune à juger comme moins légitimes les rapports d’autorité entre enfants et adultes. • Pour argumenter

1. L’entreprise participe traditionnellement à la division du travail (solidarité) Rappeler les différentes définitions de la division du travail : division fonctionnelle (hiérarchie au sein de l’entreprise), division technique du travail (spécialisation des tâches : A. Smith et la manufacture d’épingles), division sociale du travail (E. Durkheim). Pour Durkheim, la division sociale du travail est le fondement de la solidarité organique. L’entreprise confère à l’individu une place dans la division du travail en fonction de ses talents, donc elle concentre des compétences complémentaires. Malgré l’effritement de la société salariale (R. Castel) et la précarité du travail (S. Paugam), le travail est encore une valeur centrale (réalisation de soi dans le travail, identité au travail) et participe à la construction des identités sociales. Voir R. Sainsaulieu : l’identité au travail et la façon dont les différents groupes au travail s’identifient au pair, au chef et aux autres groupes, se construisent par l’expérience des relations de pouvoir d’entreprise. 2. L’entreprise voit aussi apparaître en son sein de nouveaux liens de sociabilité • 174

La qualité des réseaux sociaux développés sur le lieu de travail donne plus de satisfaction qu’une rémunération élevée. Les NTIC ont permis à la fois de développer la sociabilité formelle (relations imposées et réglées dans le cadre de l’entreprise) et la sociabilité informelle (sélection des collègues membres du cercle de sociabilité, relations électives). Multiplication des réseaux informels : par exemple, les recrutements par « parrainage » ou réunions de décisions se préparent à la machine à café.

◗ Travaux dirigés : Comment « faire société » en temps de crise ? � MANUEL, PAGEs 242-243 TD 1 : Le chômage en France depuis 1975

• Document 1

1. Que mesurent respectivement le taux de chômage des 15-24 ans et la proportion de chômeurs chez les 15-24 ans ? Taux de chômage des 15-24 ans = nombre de chômeurs de 15-24 ans /nombre d’actifs de 1524 ans. Proportion de chômeurs chez les 15-24 ans = nombre de chômeurs de 15-24 ans/nombre total de 15-24 ans. Le nombre d’actifs de 15-24 ans étant nécessairement inférieur au nombre total de 15-24 ans, pour un nombre de chômeurs de 15-24 ans donné, le taux de chômage des 15-24 ans est supérieur à la part des chômeurs de 15-24 ans. 2. Comparez le taux de chômage des 15-24 ans au taux de chômage global des 15 ans et plus. Le taux de chômage des 15-24 ans est supérieur au taux de chômage des plus de 15 ans, ce qui signifie que les 15-24 ans connaissent un taux de chômage supérieur à la moyenne (taux de chômage global). 3. Comment ces taux ont-ils respectivement évolué depuis 1975 ? De 1975 à 2010, le taux de chômage global (plus de 15 ans) a augmenté de 5 points (9 % - 4 %), tandis que le taux de chômage des 15-24 ans a plus que triplé (24 %/7 % = 3,43). En outre, ce dernier connaît des fluctuations quasi-cycliques, plus marquées que pour le taux de chômage global. © Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

4. En quoi cette situation complique-t-elle l’intégration sociale des jeunes ? Les jeunes sont plus touchés par le chômage que l’ensemble des actifs de plus de 15 ans en période de récession économique. Lorsque vient la reprise, ces jeunes chômeurs sont encore moins employables, à double titre : parce qu’ils sont jeunes, et parce qu’ils ont connu une période de chômage plus ou moins longue. Or, la reconnaissance d’un statut social passe aujourd’hui par le travail : le chômage persistant des jeunes nuit alors leur intégration sociale. 5. Peut-on relativiser la gravité de cette situation ? Nous n’avons ici qu’une moyenne. Les jeunes les plus touchés par le chômage sont sans nul doute les moins diplômés, voire ceux qui n’ont pas de diplôme. Or, ces jeunes peu ou pas diplômés font l’objet d’un dispositif de repérage et de lutte contre le décrochage scolaire depuis 2004. Cette politique de la « seconde chance » est associée à la stratégie Europe 2020 qui vise, entre autres, à augmenter le taux d’emploi de cette population à risque. • Document 2

6. À quels problèmes d’intégration les jeunes sont-ils confrontés ? Les jeunes diplômés européens souffrent d’abord d’une défaillance de la fonction intégratrice du travail. Au-delà du problème d’intégration, il s’agit d’un problème de régulation sociale : ces jeunes n’ont plus confiance en eux, ni dans les institutions politiques ou syndicales, car les positions sociales semblent fermées. 7. Quelles instances d’intégration sont mises en cause dans ce texte ? Pourquoi ? Le travail ne joue plus son rôle d’intégration car il ne fournit plus un statut social qui permet à ces jeunes de se sentir utiles en société. Leur place dans la division du travail est compromise. L’École et l’État parviennent plus difficilement qu’avant à assurer une juste répartition des rôles en fonction des diplômes. Ils tendent alors à décevoir les espoirs de mobilité sociale. 8. Expliquez la phrase soulignée. Les réseaux sociaux en ligne et Internet accélèrent la marche vers la citoyenneté, tant pour ceux qui ne l’étaient pas encore (jeunes dans les dictatures arabes) que pour ceux qui avaient le © Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

sentiment de ne plus l’être (les jeunes Européens déclassés). Ils fournissent aux jeunes un moyen d’expression les faisant apparaître comme un groupe social uni fournissant une opinion commune face aux institutions politiques, en qui ils n’ont plus confiance. • Document 3

9. Rédigez une phrase présentant l’information apportée par la donnée entourée en rouge. En 2011, au Royaume-Uni, 28 % des jeunes de 18-30 ans étaient en accord avec l’affirmation « J’ai peu de possibilités de montrer ce dont je suis capable ». 10. Comparez la situation en France et au Danemark. En 2011, parmi les 18-30 ans, les jeunes en accord avec l’affirmation « J’ai peu de possibilités de montrer ce dont je suis capable » sont près de 6 fois plus nombreux en France qu’au Danemark (51,2 %/8,9 % = 5,75). 11. Quelles hypothèses peut-on faire pour expliquer ce sentiment exprimé par les jeunes, ainsi que les disparités constatées entre pays ? Faible mobilité sociale en France, Portugal, Espagne, Royaume-Uni et Allemagne relativement aux pays scandinaves. Cette faible confiance en soi en France, Portugal, Espagne, Royaume-Uni et Allemagne par rapport aux pays scandinaves, peut être due à un système scolaire différent, sans doute davantage fondé sur l’individualisation des pratiques pédagogiques dans ces derniers pays. Un marché du travail bloqué pour les jeunes de 18-30 ans en France, au Portugal et en Espagne. Inversement, on peut évoquer un marché du travail trop flexible au Royaume-Uni, qui rend plus fréquente la situation de chômage pour les jeunes. TD 2 : Quelle sociabilité dans les « quartiers » ?

• Document 1

1. Pourquoi peut-on dire qu’une sociabilité existait dans ce quartier jusqu’aux années 1970 ? Dans ce quartier, jusqu’aux années 1970, des individus voisins côtoyaient les mêmes espaces publics (rue, jardin, école, centre de loisirs, transports). Initialement des interactions entre anonymes, elles sont devenues des interactions entre 175 •

des individus qui prennent goût à se connaître et à échanger. En effet, par-delà les différences sociales, le point commun de tous ces habitants était de travailler, ce qui entretenait une confiance mutuelle. 2. Que s’est-il passé à partir des années 1980 ? Les liens de sociabilité fondés sur le travail et le sentiment d’avoir une place digne dans ce quartier se sont progressivement disloqués : désormais, des habitants viennent occuper les lieux sans avoir la possibilité de payer le loyer ; la paupérisation a rompu la confiance mutuelle que chacun avait en son voisin car « plus personne ou presque ne travaille », le cambriolage et les trafics supplantent le travail honnête. 3. Comment se justifie la question posée par le titre du texte ? Les quartiers dits « sensibles » sont ceux qui ont été touchés de plein fouet par cette dislocation des liens de sociabilité fondés sur le rapport au travail honnête rendant un homme digne de confiance. Dans cette petite ville de la banlieue parisienne, le centre-ville semble être un autre monde par rapport au quartier « sensible », alors qu’ils sont séparés par à peine 300 mètres. D’un quartier à l’autre, les liens de sociabilité, le rapport au travail, le taux de chômage peuvent varier fortement. Pourtant, cette tendance qui consiste à acquérir des biens ou se loger sans payer n’est pas spécifique aux quartiers dits « sensibles » : les « squats » et la délinquance sur les biens et les personnes s’accroissent en France depuis une vingtaine d’années. Ce sont ces phénomènes qui peuvent dégrader les liens de sociabilité et donc la confiance mutuelle dans les « quartiers ». • Document 2

4. Que représente chacun des personnages dessinés par Plantu ? À gauche, se trouvent des personnages qui semblent avoir un statut social par le travail, membres des catégories sociales aisées ou des classes moyennes. À droite, se trouve un jeune. La personne qui se trouve à terre a voulu passer d’une France au statut social assuré, à une France au statut social précaire : tous les personnages paraissent stupéfaits à la vision de cette scène, ils ne comprennent sans doute pas le mécanisme qui les empêche de vivre ensemble. Tout se passe comme si la « fracture sociale » n’était qu’un dis• 176

cours, qui ne correspondait pas au désir des individus de vivre ensemble. 5. Montrez que ce dessin permet d’illustrer les processus décrits dans le document 1. La « fracture sociale » n’est pas nécessairement un processus voulu par les individus eux-mêmes : c’est une association de facteurs globaux, de multiples décisions individuelles, qui a mené à ce que l’on pourrait appeler un effet émergent ou effet pervers collectif, non prévu par les individus. Lorsque M. Jean dit « Nous sommes abandonnés à nous-mêmes » et en explique les raisons, il ne mentionne pas nommément tel ou tel individu responsable de cette situation. Il a conscience de cette « fracture sociale », mais il ne l’attribue pas à des coupables. • Document 3

6. Que veut exprimer l’auteur quand il écrit « Tout est là », au début du texte ? Dans les banlieues marseillaises comme dans celles d’autres grandes villes se trouve tout le vivier qui pourrait provoquer une perte de lien social : jeunes non diplômés, dans l’inactivité la plus complète, taux de chômage élevé, pauvreté ambiante. 7. Quels éléments, mis en évidence dans ce texte, permettent de mieux comprendre pourquoi Marseille a été moins touchée que d’autres villes par les « crises des banlieues » ? Plusieurs raisons sont invoquées : – pas d’inégalité de taux de chômage au sein des villes de la banlieue marseillaise. Il n’y a donc pas de sentiment de « fracture sociale » qui attise le sentiment d’injustice ; – les liens de sociabilité dans les espaces publics entretiennent des interactions entre les habitants de quartiers différents ; – des liens forts entre certains quartiers limitent les bagarres entre bandes. 8. Peut-on pour autant dire que Marseille échappe aux problèmes rencontrés dans de nombreuses zones urbaines sensibles ? À l’occasion de la venue des jeunes de la banlieue marseillaise au centre-ville de Marseille, les habitants du centre-ville ont l’impression de voir leur quartier colonisé par des « indésirables » (jeunes vivant en situation précaire le plus souvent). La tension entre ces deux populations est donc latente mais elle alimente les craintes et © Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

la perte de confiance, d’où le succès du Front National à Marseille.

◗ Sujets Bac � MANUEL, PAGES 247-249 Dissertation

Introduction : « La France fut longtemps considérée comme un modèle de mobilité sociale. Or, la sécurité économique et la certitude du lendemain sont désormais des privilèges. La jeunesse française exprime son désarroi. Une fracture sociale se creuse dont l’ensemble de la Nation supporte la charge. La machine France ne fonctionne plus ». En prononçant ce discours le 17 février 1995, en pleine campagne présidentielle, Jacques Chirac parvenait à imposer un concept, un temps attribué à Emmanuel Todd, avant d’être rendu à Marcel Gauchet : celui de la fracture sociale, l’idée d’un fossé ayant fini par se creuser entre les élites d’une part, et les exclus de l’autre (les exclus étant incarnés à l’époque, dans l’imaginaire collectif, par les jeunes de banlieue). Que reste-t-il de la fracture sociale en 2012 ? Dans les discours, peu de choses : on s’attache désormais à renforcer les solidarités et la cohésion sociale, dans le nouveau ministère du même nom créé en 2010. Dans la réalité, les dernières statistiques de l’Insee témoignent d’une permanence des inégalités, d’une croissance forte même depuis une demi-douzaine d’années s’agissant du patrimoine. Inégalités que les mécanismes redistributifs (impôts, prestations sociales) ne parviennent pas à endiguer. La cohésion sociale repose sur une conscience commune, une communauté de sentiments, de croyances, sur des interactions nombreuses entre individus, et sur une communauté de buts. Elle nécessite alors une confiance en soi et dans les institutions. Transformer signifie prendre de nouvelles formes : quantitativement (renforcement ou affaiblissement des interactions, du lien social) et qualitativement (moindres ou plus fortes communautés de croyances, de sentiments et de buts, confiance en soi et dans les institutions). Or, à la source de la cohésion sociale, se trouvent les instances de socialisation, qui jouent à la fois un rôle intégrateur, lié au lien social, et un rôle régulateur, agissant sur la communauté de croyances, de sentiments et de buts et la confiance en soi et © Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

dans les institutions. Quelles sont les caractéristiques du processus de cohésion sociale depuis environ 50 ans ? Comment la double fonction intégratrice et régulatrice des instances de socialisation a-t-elle évolué ? I. Un processus traditionnel qui s’est affaibli… A. Affaiblissement du lien social, des interactions entre individus 1. La rupture progressive du lien social liée à l’isolement et/ou la pauvreté : cas des chômeurs, notamment de longue durée : désaffiliation sociale (Castel) ; cas des travailleurs pauvres : disqualification sociale (Paugam) ; cas des familles monoparentales. 2. L’individualisme fragilise les relations familiales. Relation conjugale repose de plus en plus sur l’affect + difficultés exogènes au couple (précarité professionnelle et chômage) à divorce plus fréquent, avec une certaine stabilisation depuis 1996, à l’exception du pic de 2005 (doc. 1). Concernant plus du tiers des mariages, le divorce serait devenu « naturel » aux yeux des sociologues comme de la puissance publique. Réseaux sociaux en ligne peuvent entraîner une « culture de la chambre » potentiellement désocialisante (P. Mercklé). Doc. 3 : les enfants de plus de 11 ans, en 2007, en France, ont un usage des SMS, des e-mails et de la messagerie instantanée plus fréquent avec leurs amis et camarades qu’avec les membres de leur famille (parents, grands-parents, fratrie). B. Une moindre confiance dans les institutions 1. L’École et l’État semblent ne pas permettre une ouverture des positions sociales en France : faible mobilité sociale. Ex : part importante de non diplômés sortant du système scolaire, forte reproduction sociale des inégalités. 2. Moindre confiance dans les institutions religieuses. Croire sans appartenir à une institution religieuse. II. … mais dont les sources sont renouvelées A. De nouveaux liens sociaux 1. Les nouvelles fonctions de la famille : la parentalité survit à la conjugalité. Doc. 1 : hausse du nombre de divorces par consentement mutuel depuis 2004, qui dépasse en nombre depuis 2001 le divorce pour faute. Illustre le passage d’un droit répressif à un droit restitutif, caractéristique d’une 177 •

solidarité sociale fondée sur la complémentarité des individus et une autonomie plus grande des consciences individuelles (Durkheim, 1893). 2. Des liens de sociabilité plus sélectifs : les réseaux sociaux. NTIC et relations informelles entre collègues : plus de choix de ces relations. TIC et proximité sociale : doc. 3 illustre une sélectivité des moyens de communication selon la proximité des individus. Pour les amis, deux sphères distinctes se forment : les amis proches et les copains/camarades d’école. Dans ces deux cercles, chacun des quatre outils de communication connaît un essor très sensible comparativement aux relations familiales. Capital social des familles bourgeoises : « entre-soi » des beaux quartiers. B. Une communauté de croyances et de buts qui n’a pas disparu 1. École/État renouvellent leurs mission régulatrice : intégration d’élèves handicapés à l’École, avec accompagnement personnalisé ; ouverture des positions sociales par la lutte contre le décrochage scolaire : doc. 2, une baisse significative de la part des jeunes âgés de 18 à 24 ans dont le niveau d’études ne dépasse pas le 1er cycle de l’enseignement secondaire et ne poursuivant ni études ni formation, entre 2000 et 2009 dans les pays de l’UE (à trois exceptions près). 2. Une quête de sens toujours présente. Cf. Danièle Hervieu Léger : les sociétés de haute modernité ne se caractérisent pas par une disparition des croyances religieuses, mais par la place nouvelle qu’elles ont par rapport aux institutions religieuses. Croyances et pratiques religieuses développent des liens de sociabilité parfois à la marge des institutions religieuses. Cf. Durkheim (1912) : rapport au sacré fondateur dans les sociétés modernes. Conclusion : Les symptômes de l’approfondissement du processus d’individualisation, les nouveaux liens électifs ne sont-ils pas fragiles ? Si l’on s’exprime en termes de cohésion sociale, on peut répondre oui : en effet, ce lien électif est source de tensions, car si l’individu choisit de plus en plus les personnes avec lesquelles il entretient des liens forts, on peut supposer que les situations de coprésence avec des individus anonymes, qu’il n’a pas choisi, lui soient plus déplaisantes. Cela influe à la fois sur les interactions dans l’espace public notamment, et sur la • 178

communauté de buts des individus de cet espace public. Les deux peuvent être remis en cause, par exemple, lors de la montée des incivilités. Dans Le nouvel esprit du capitalisme (1999), L. Boltanski et E. Chiapello établissent les éléments de formation de la « cité par projets », nouvelle configuration de l’esprit du capitalisme : dans ce monde réticulaire, l’étalon à l’aune duquel se mesure la grandeur des êtres et des choses est la capacité à s’insérer dans des réseaux, impulser des projets, être flexible. Celui qui n’a pas de projet et n’explore plus les réseaux est alors menacé d’exclusion. Épreuve composée

• Partie 1 : mobilisation de connaissances Question 1

Dans De la division du travail social (1893), Durkheim met en évidence le passage de la solidarité mécanique à la solidarité organique. Par la première, il désigne une société par similitude, caractéristique des « sociétés archaïques » : les individus y sont semblables les uns aux autres, partagent les mêmes sentiments, obéissent aux mêmes croyances, aux mêmes valeurs. La seconde en revanche, est caractérisée par la coopération d’individus différenciés dans leurs pratiques et leurs croyances, et dont les fonctions sont spécialisées (au sein de la famille, au travail, dans le système politique, etc.). C’est pourquoi dans la solidarité mécanique, les consciences individuelles sont absorbées par la conscience collective, alors que dans la solidarité organique, elles s’autonomisent par rapport à la conscience collective. Empiriquement, le rapport entre conscience individuelle et conscience collective est difficile à mesure : aussi, Durkheim choisit un fait extérieur qui symbolise ce rapport, le droit. Ainsi, le droit répressif est surtout présent dans les sociétés où le lien de solidarité sociale repose sur une union intime entre conscience individuelle et conscience collective : la rupture de ce lien constitue le crime. Quant à la solidarité organique, il la caractérise par la prépondérance du droit restitutif, qui n’est pas expiatoire, mais se réduit à une simple remise en état. Le passage de la solidarité mécanique à la solidarité organique est lié à deux autres changements sociaux : un approfondissement de la division du travail et un phénomène de densification à la © Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

fois matérielle – augmentation du volume et de la densité moyenne de la population – et morale – augmentation du nombre de contacts sociaux. Question 2

La sociabilité est le processus dans lequel des individus occupant des positions différenciées, inégalitaires, s’imposent une relation égalitaire. La sociabilité suppose donc le réseau parce qu’elle correspond à la fois à des relations sociales informelles – non organisées, électives ou affinitaires – et formelles – organisées, non choisies. Par exemple, les relations avec les amis et les amants sont électives, celles avec la parenté semi-électives, et celles avec les collègues de travail plutôt non électives. Le réseau social d’un individu constitue pour lui une ressource permettant de valoriser ses liens de sociabilité. Si ce réseau de relations est durable, il peut jouer le rôle de capital social que l’individu mobilise et valorise pour son propre intérêt. Or, le capital social est souvent transmis ou construit lors de la socialisation familiale, scolaire, par le travail. La socialisation est le processus par lequel les individus l’intègrent à la société et/ou à tel ou tel groupe, en acquérant et en intériorisant sa culture. Donc la socialisation influe sur la forme et l’intensité des liens de sociabilité. Inversement, les liens de sociabilité, lorsqu’ils sont durables, constituent un des vecteurs par lequels l’individu se socialise avec les amis, les collègues de travail par exemple. Nous pouvons en conclure que le lien entre la socialisation et la sociabilité est réciproque. • Partie 2 : Étude d’un document

Ce document est un tableau statistique présentant l’évolution de la répartition des familles selon le nombre d’enfants de moins de 18 ans, en France, d’après les recensements de la population. Ces résultats ont été publiés par l’Insee en 2009. Dans ses cours sur la famille conjugale (1921), Émile Durkheim expliquait que la centration sur les personnes est associée à la contraction de la famille. La « zone centrale » de la famille moderne est composée du mari, de la femme et des jeunes enfants, entourée de « zones secondaires », les ascendants et les descendants. La contraction peut s’entendre également comme la réduction de la taille de la famille « nucléaire » elle-même. On constate par exemple qu’en France, entre 1990 © Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

et 2008, la proportion des familles de 1 ou 2 enfants a augmenté, alors que celle des familles de 3 enfants ou plus a baissé. Sur l’ensemble de la période, ce sont les familles avec un seul enfant qui sont majoritaires, pour atteindre 45,3 % des familles en 2008. À l’inverse, ce sont les familles dites « nombreuses » qui sont minoritaires, pour atteindre 3,7 % de l’ensemble des familles en 2008. Ce tableau ne couvrant qu’une vingtaine d’année, il aurait été judicieux de placer ces données dans une perspective séculaire, depuis le début du XXe siècle, pour apprécier davantage ce phénomène de contraction de la famille. Cette dernière implique la limitation du nombre des naissances : d’après Philippe Ariès dans L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime (1960), cette limitation dérive non seulement de conditions objectives (baisse de la mortalité infantile), mais aussi de la place nouvelle qu’occupe l’enfant. La fin des familles nombreuses (4 enfants ou plus) traduit à la fois la nécessité de la concentration des efforts sur quelques enfants : réussite scolaire primordiale (espoir d’ascension sociale) et le besoin de personnaliser les relations. En effet, avec l’urbanisation de la société, la croissance des moyens de communication, les individus sont libérés des contraintes et des règles des milieux sociaux les plus proches. Le sentiment de communauté se restreint au fur et à mesure de cette extension. Par conséquent, la famille moderne est une institution où les membres ont une individualité plus grande que dans les familles antérieures. L’autonomie de l’individu, libérée des contraintes propres à la fusion de la famille restreinte ou élargie, a des effets importants sur le fonctionnement domestique : dans les familles où le patrimoine économique à transmettre constitue le premier objectif, le rôle central est tenu par le patrimoine. Dans la famille moderne, au contraire, les liens de parenté reposent moins sur la propriété, les biens communs au groupe familial. Ce sont désormais les relations entre l’homme et la femme, entre les parents et les enfants qui font vivre l’esprit de famille. • Partie 3 : Raisonnement s’appuyant sur un dossier documentaire

En avril 2012, le taux de chômage de la zone euro (11 %) dépassait de trois points celui des ÉtatsUnis (8,2 %). Dans les deux cas, le taux de chô179 •

mage n’a cessé d’augmenter depuis janvier 2008, mais il n’a commencé à décroître qu’aux ÉtatsUnis (en janvier 2010). Le travail demeure la référence centrale de la cohésion sociale : qu’ils s’agisse des bénéficiaires des minima sociaux, ou des jeunes en quête de reconnaissance sociale, ils souhaitent trouver un emploi. Or, la hausse rapide, depuis le milieu des années 1970, de la productivité du travail, ne peut que s’accompagner de transformations importantes des formes de lien au travail, et des relations d’emploi. La cohésion sociale repose sur une conscience commune, une communauté de sentiments, de croyances, sur des interactions nombreuses entre individus, et sur une communauté de buts. Elle nécessite alors une confiance en soi et dans les institutions. La socialisation (intégration et régulation) influe sur la cohésion sociale : le travail, en tant qu’instance de socialisation secondaire, suffit-il à assurer le processus de cohésion sociale ? I. Le travail est une condition nécessaire du processus de cohésion sociale A. Dans nos sociétés modernes marquées par le processus d’individualisation des consciences, la division du travail est à l’origine de la cohésion sociale 1. Des formes différentes de solidarité sont produites par chaque société, et la période contemporaine voit naître une solidarité organique et contractuelle. Pour É. Durkheim, la division du travail crée « entre les hommes tout un système de droits et de devoirs qui les liens les uns aux autres d’une manière durable. […] [Elle] donne naissance à des règles qui assurent le concours pacifique et régulier des fonctions divisées. La division du travail ne met pas en présence des individus, mais des fonctions sociales ». 2. La division du travail ne se limite pas au travail. La division sociale du travail se traduit par la répartition des rôles et des fonctions (politiques, économiques, religieuses, sociales, etc.) entre les membres de la société. Chacun est ainsi spécialisé dans une fonction, un rôle qui le rend complémentaire des autres et crée ainsi du lien social. La véritable fonction de la division du travail est de créer entre les personnes un sentiment de • 180

solidarité, de contribuer à l’intégration générale de la société et d’être un facteur essentiel de la cohésion sociale. À travers de nombreux exemples, Durkheim présente la dimension sociale de la division du travail : cas des rapports entre amis ou au sein du couple, mais aussi au niveau politique (complémentarité des différentes fonctions politiques au sein du système global). On remarque bien que la cohésion sociale contemporaine ne repose pas que sur l’échange contractuel, mais aussi sur des relations affectives, durables, que Max Weber nommait « communalisation » (1921), et qu’il illustrait par la famille, la paroisse, le voisinage, l’unité militaire, le syndicat ouvrier, la fraternité religieuse, etc. Voir doc. 1. B.Le travail, une instance de socialisation motrice 1. Un rôle intégrateur qui évolue. Il apporte tout d’abord au travailleur une identité sociale, et son appartenance à telle ou telle catégorie socioprofessionnelle définit sa place dans le processus de la production. Il constitue également la base de la socialisation secondaire, puisque tout au long de sa vie professionnelle, le travailleur continue à intérioriser les valeurs et la culture de l’entreprise. Le lien social se développe aussi bien au cours des pauses à la cafétéria que dans les relations clientèle. Cette fonction d’intégration sociale évolue dans la mesure où elle repose davantage sur les liens de sociabilité au travail (voir doc. 1). Le travail apporte aussi la possibilité de gravir des échelons grâce à la formation professionnelle continue, et permet donc une ascension sociale qui, aussi faible soit-elle, renforce l’intégration dans la société Enfin, en contrepartie de son activité, le travailleur perçoit un revenu qui lui permet de s’intégrer dans la société de consommation. 2. Un pilier pour les autres instances de socialisation Si le travail joue un rôle intégrateur, c’est parce qu’il renforce la capacité intégratrice des autres instances de socialisation : par exemple, l’École joue un rôle important de délivrance de diplômes, qui ne servirait à rien si ces derniers ne permettaient pas trouver un emploi. Aujourd’hui, fonder une famille est souvent conditionné au fait © Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

d’avoir un emploi. Enfin, la légitimité de l’État repose entre autres sur sa capacité à assurer un minimum d’emploi et de bien-être économique aux citoyens. En donnant une place à chaque individu en société, le travail assure une fonction d’intégration sociale, renforçant le lien social, et donc approfondissant la cohésion sociale. Cependant, il semble que cette fonction soit remise en cause. En outre, au–delà d’interactions nombreuses, cette dernière suppose aussi une communauté de sentiments, de croyances et de buts. La hiérarchie produite par la division du travail doit être perçue comme légitime par les individus. Comment entretenir ce sentiment de légitimité, de justice ? II. Le travail n’est pas suffisant pour assurer la cohésion sociale A. Le travail joue moins son rôle intégrateur 1. Chômage et travailleurs pauvres La montée du chômage et la précarité de l’emploi fragilise le rapport travail-entreprise et affaiblit durablement la socialisation secondaire (doc. 1). Le chômage accroît le nombre de ceux qui ne trouvent pas une place stable dans la société, entourés par une nébuleuse de situations précaires et l’incertitude des lendemains. Tout ceci atteste du retour de la vulnérabilité de masse du XIXe siècle. Désaffiliation sociale. Le chômeur et le travailleur pauvre voient leur niveau de vie considérablement réduit, ce qui les empêche de s’insérer dans les échanges économiques. Cf. disqualification sociale de Serge Paugam : les travailleurs pauvres souhaitent tout de même éviter la dépendance des assistés et préfèrent avoir recours à leur travail. 2. Les inemployables Cas limite des personnes dépendantes (physiquement ou mentalement), pour qui l’obtention d’un emploi est difficile, voire impossible (doc. 2) : en 2008, 40,4 % de personnes à domicile ou en institution déclaraient être affectées d’une déficience, et 6,8 % se sont vues reconnaître officiellement un taux d’incapacité. B. Pour assurer la cohésion sociale, le travail dépend des autres instances de socialisation.

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1. Pour assurer la régulation sociale, l’État et l’École sont des institutions incontournables Cas des personnes dépendantes ou handicapées (doc. 2) : en 2008, 13,9 % des personnes à domicile ou en institution déclaraient être inaptes à l’emploi, ou avoir dû l’abandonner, ou avoir un emploi aménagé pour raison de santé, tandis que 4,5 % déclaraient recevoir une allocation à rôle clé de l’État. En 2008, 5 % des 6-16 ans scolarisés déclaraient suivre un enseignement adapté à rôle clé de l’École pour donner aux handicapés une place en société, et ainsi ouvrir les positions sociales. Nécessité d’une aide humaine (AVS, services aux personnes dépendantes plus généralement, membre de la famille) : 10,3 % des personnes à domicile ou en institution déclaraient recourir à une aide humaine. 2. L’ouverture des positions sociales influe sur la légitimité des inégalités. Paradoxe du doc. 3 : aux États-Unis, où les inégalités réelles de revenu sont les plus fortes, 62 % des individus perçoivent les inégalités comme trop grandes, tandis qu’en France où les inégalités réelles de revenu sont nettement moindres, 85 % des individus jugent les inégalités comme trop grandes. La mobilité sociale plus forte aux États-Unis légitime les inégalités aux yeux des individus. Conclusion : pour entretenir la cohésion sociale, le travail en tant qu’instance de socialisation secondaire, doit à la fois assurer une certaine intégration sociale et participer à la régulation sociale. Dans sa fonction d’intégration sociale, le travail contribue à forger le ciment des interactions entre individus, mis à mal par le chômage et la précarité. Du côté de la régulation sociale, la division du travail ne donne lieu à une hiérarchie sociale perçue comme légitime aux yeux des individus, que si cette dernière correspond bien à la répartition des talents et des diplômes ; de même, la régulation sociale par une société plus « fluide », où les positions sociales sont ouvertes.

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